Auteur:
Argamenon
Mémoire des failles
(avec un
grand merci à E. pour son aide aux dialogues)
Il fait froid,
mais d'un froid sans comparaison aucune avec l'hiver qui s'annonce.
Un froid laissé par l'angoisse et dont Lydie se dit qu'il
ressemble à ses feuilles délaissées par l'automne
qu'un vent maladroit jette à la figure des étoiles
...qui s'en foutent. La voiture où presque contre son gré
elle s'était tout à l'heure assise, pensant à
défaut de s'y plaire au moins de s'y trouver à l'aise,
se dirige maintenant à vive allure vers une destination
que seul l'ordonnancier de leur vie semble connaître. Ne
sachant conduire elle a pris place comme à l'accoutumée
à l'arrière et partage son temps entre le paysage
qui défile et le cuir mou du siège. Elle demeure
blottie, prisonnière d'elle-même, comme confinée
dans un tourment assassin, pour ne pas dire autiste. Juste devant
elle, il y a Mélanie qu'elle considérait comme une
amie et a ses côtés, assise au volant, Isabelle qui
parfois détourne son regard de la route pour se moquer
de son air contrit. Isabelle, c'est cette femme blonde au profil
latin dont le visage sait se faire sévère à
l'envi ou doux et rieur suivant l'humeur. Un visage d'une perverse
beauté qui capture les regards pour ne plus les rendre.
Mélanie la lui a présentée un soir se débauche.
C'est alors que les ennuis ont commencé. Il leur fallait
de l'argent à ces deux connes, un petit braquage sans histoire
avaient-elles dit. Le bruit des balles siffle encore autour de
Lydie qui semble de loin la plus perturbée ; et puis ce
policier mort pour quoi ? Une question qui n'a trouvé de
réponse que dans la fuite. Lydie voudrait dire à
Mélanie qu'elle arrête de fumer ces putains de Malboro
qui puent, mais elle pense qu'en fait c'est son esprit tout entier
qui pue. Elle préfère se taire une fois encore et
Mélanie semble la toiser du haut de son indifférence,
laissant à sa froide beauté le soin de couper toute
envie de conversation. On a connu des statues plus expressives.
De son futur elle ne ressent plus que la crainte et la faillite.
La route devient difficile. Mélanie prétend qu'elle
est déjà venue dans la région à une
époque où le tourisme y était prospère
et qu'elle se souvient vaguement d'un raccourci, une route peuplée
de légendes macabres dont elle a oublié de se rappeler.
Elles en rient tandis que Lydie ne les écoute pas ou peu.
Il paraît que personne n'en est jamais revenu et que l'on
ignore où elle mène et surtout si elle mène
quelque part. Mélanie trouve que c'est justement l'endroit
idéal pour une retraite, pour s'y faire oublier. Lydie,
elle, elle sait où elle va, elle va à ce néant
qui est aujourd'hui sa vie : elle n'aura plus jamais chaud. La
voiture s'avance, emprunte le raccourci ; le destin parfois aussi
emprunte d'étonnant raccourci. Le décor souffre
d'un manque de rigueur, les ravins succèdent aux précipices,
les montagnes s'alignent en cohorte montante et le soleil quant
à lui s'il ne s'appuie pas encore nettement sur l'une d'elle
est néanmoins déjà mourant. Le jour décline
la nuit augmente, Le gouffre à toujours soif, Lydie se
récite Baudelaire à voix lente. Puis elle le regarde,
ce soleil, le premier qui lui échappe d'un jour maudit,
elle le regarde délaisser un peu de son sang sur les bords
frangés des collines. Tout lui rappelle son malheur : la
route caillouteuse, la profondeur des précipices, la pénombre
étouffante, et le soleil qui pose son agonie... Soudain
Isabelle s'agite et la tire de son soliloque.
- Vous voyez
ce que je vois ! s'écrie-t-elle excitée comme à
son habitude quand elle n'est pas de mauvaise humeur.
- On dirait
un château, répond Mélanie tandis qu'elle
passe une main dans ses longs cheveux châtains.
En effet une
grande bâtisse à l'allure baroque s'élève
maintenant devant les trois femmes. Les fenêtres sont à
ce point imposantes qu'on dirait des yeux et la porte d'entrée
à tout d'une bouche béante aux commissures sournoises.
Ce château est un visage à lui tout seul. Il porte
cependant en lui quelque chose de démesuré qui fait
peur à Lydie qui croit y reconnaître les traits d'un
homme jadis connu rapporté de loin par Dieu seul sait quel
souvenir antique. Une tour secouée par le vent et habitée
par son murmure semble battre la mesure du temps ; un doux vol
d'hirondelles lui octroie un peu de vie et néanmoins s'échappe
très vite de ses coteaux avant de se jeter à l'arrière
du château dans le précipice qui le jouxte de très
près.
- Alors tu
viens Lydie ou il faut que l'on vienne chercher ! crie alors Isabelle
qui déjà s'approche de la porte. J'ai attendu d'avoir
31 ans pour voir ça s'écrie-t-elle à nouveau
excitée.
- Moi j'ai
cinq ans de moins et je m'en serais bien passée, s'exclame
Mélanie désappointée.
Lydie n'a
pas d'autre choix que de les suivre... Isabelle en tête,
les trois femmes s'approchent de l'imposante porte d'entrée.
Le heurtoir de bronze les fixe d'un regard mauvais, Lydie frémit
tout en essayant de se convaincre que ce n'est que son imagination
qui lui joue des tours. Isabelle hésite à frapper
: si le château est abandonné, cela n'aura pas d'importance.
Mais s'il ne l'est pas, que diront les propriétaires ?
Ils risqueraient de les reconnaître et d'appeler la police,
leur signalement doit avoir été diffusé partout
! Comme si elle avait lu dans son esprit, Mélanie suggère
- On n'a qu'à
entrer en douce et traquer les habitants s'il y en a. On avisera
une fois qu'ils seront hors d'état de nuire...
Lydie a un
hoquet involontaire
- Vous voulez
les tuer ?!
- Qui parle
des les tuer, idiote ! On peut se contenter de les assommer un
peu...
Et le regard
complice qu'elle échange avec Isabelle clôt le débat.
Lydie n'aura
pas son mot à dire cette fois-ci non plus. Mélanie
et son amie entrouvrent alors la porte en évitant autant
qu'elles peuvent de la faire grincer. La porte est lourde et le
long cri que poussent les gonds rouillés trahit l'inutilité
de leur effort. Elles tirent alors le battant, se moquant désormais
du bruit qu'elles feront avec cette porte ; tant pis pour la discrétion.
Isabelle sort
son arme et chuchote :
- Mélanie,
prend cette idiote avec toi et va explorer l'aile droite. Je pars
vers la gauche. Rendez-vous ici dans une heure.
Mélanie
acquiesce, s'arme de son couteau et attrape Lydie par le bras.
- Tu n'as
pas intérêt à faire un seul bruit, toi !
Lydie se dégage
et jette un regard noir à cette fille qu'elle ne reconnaît
plus comme son amie. Puis son regard s'étend vers l'immense
hall dans lequel elles se trouvent. La décoration est grandiose,
riche et pleine de goût, mais tout semble poussiéreux,
comme si le château avait été abandonné
depuis des années. L'antiquité des lustres et la
patine du bois des escaliers ajoutent à l'atmosphère
fantastique qui emplit ces lieux. Cependant, une torche enflammée
accrochée au mur trahit une présence... Quelqu'un
est passé ici il y a peu de temps.
- On se croirait
dans un film... Mieux, dans un conte ! pense la jeune fille qui
involontairement repense à la Belle et la Bête de
Cocteau. Tout à fait cette atmosphère obscure et
poussiéreuse...
- Et bien
alors ? Il n'y a pas l'électricité ici ?! s'exclame
Mélanie, visiblement mal à l'aise. Cet endroit me
donne le frisson !
Mais Lydie
ne l'écoute pas. Elle est subjuguée par la grandeur
de l'endroit, par le velouté des tentures, le rouge et
l'or des tapis et des cadres, par cette lumière dansante
et tamisée que projettent les chandelles des lustres et
les torches aux murs. Elle se sent curieusement bien, pour la
première fois depuis longtemps... Comme si elle connaissait
cet endroit, comme si elle était ici chez elle. \"Sans
doute parce que j'ai toujours aimé la littérature
fantastique... Je dois sûrement associer ce château
à l'une ou l'autre de ces aventures imaginaires.\"
Pensa-t-elle à la recherche d'une explication.
Sans qu'elle
s'en rende compte, elle a pris les devants et explore, pleine
d'enthousiasme, les nombreuses pièces du château,
Mélanie anxieuse sur ses talons.
L'heure écoulée,
les trois femmes se retrouvent devant la grande porte.
- Je n'ai
trouvé personne, commença Isabelle. C'est étrange,
car le château ne peut pas être abandonné,
il y a des torches partout et j'ai entendu le mouvement d'une
horloge.
- Et pas d'électricité
! Ajouta Mélanie.
- Quoi qu'il
en soit, j'ai trouvé des chambres, à l'étage.
On va pouvoir dormir ici. Rien d'intéressant chez vous
?
- Non. Une
salle à manger, une salle commune, ce genre de trucs.
Les yeux d'Isabelle
s'illuminent :
- Une cuisine
avec ?
- Oui, mais
vide.
- Dommage.
On mangera pas ce soir.
Lydie se risque
à placer un mot.
- Vous ne
trouvez pas ça bizarre vous ? De la poussière comme
si le château était abandonné, des lumières
comme s'il était habité, mais une cuisine vide et
pas d'électricité ni d'eau courante ! On se croirait
revenu en arrière dans le temps ou quelque chose du genre.
Les deux complices
se taisent un instant, mais Mélanie brise le silence :
- Arrête
avec tes conneries, tu me donnes la chair de poule !
Puis après
un autre instant de silence :
- Je propose
qu'on monte à l'étage se trouver des lits. Plus
vite la nuit sera passée, mieux je me sentirais !
Acquiesçant
sans mot dire, Isabelle monte à l'étage, suivie
de près par Mélanie. Lydie en arrière de
quelques marches a un sourire émerveillé. Celui-ci
cependant se fige quand elle voit au milieu des nombreux portraits
qui semblent saluer leur ascension se dessiner le visage plaisant
d'un jeune homme vêtu du plus bel habillage. Contrairement
aux autres aucune date ne stipule sa naissance et moins encore
sa mort. Le cadre est légèrement de travers, l'empêchant
de mieux en apprécier les détails, mais elle parvient
néanmoins à déceler quelque chose d'attendrissant
qui s'enfuit du regard, lequel ne paraît avoir d'éclat
que pour elle et semble habité de cette lueur surannée
des gens pour qui l'avenir n'est qu'un passé recomposé.
Un nom émerge un temps de la poussière : Desmond.
- Tu te dépêches,
geins soudain Mélanie tirant Lydie de sa torpeur, Isabelle
nous a trouvé une chambre !
Lydie ne peut
contenir un regard à nouveau haineux à l'encontre
de Mélanie ! Et la considérant des pieds à
la tête elle se demande une fois de plus où elle
a bien pu apprendre à s'habiller ! Son débardeur
à bretelles fait office de soutiens-gorge et surplombe
un jeans qui semble avoir trop pris le moule de ses fesses. Elle
va bien avec l'autre, pense-t-elle, l'autre c'est à dire
cette Isabelle qu'elle voudrait n'avoir jamais connue et qui est
toujours à se mettre des mini-jupes en cuir pour appuyer
l'aimable richesse de son postérieur. Lydie s'enquière
alors d'une autre chambre, ne désirant pas partager plus
longtemps son espace avec les deux pétasses qui ont maintenant
au moins mérité son antipathie. Au vu du nombre
de pièces qu'abrite le château le choix se pose en
embarras et pourtant elle arrête très vite ce dernier
sur la chambre voisine, non sans en avoir visité quelques
autres au préalable qui lui ont laissé de la poussière
aux lèvres. Celle-ci l'intrigue. D'abord à cause
de la porte surmontée par une sorte de pentacle et aussi
en ce qu'elle lui parait la plus courtoise en comparaison de l'austérité
du reste. Ses dimensions sont immenses et elle semble avoir été
pensée en fonction du grand lit à baldaquins qui
à lui seul remplit tout un côté de la pièce.
L'atmosphère y est chaude et l'air moins humide que partout
ailleurs dans le château. Une énorme commode fait
face au lit tandis qu'au centre se trouve un boudoir lui-même
surmonté de trois bougies séparées sur une
égale distance et entourant un livre mis de biais et portant
le titre énigmatique de « Ma Mémoire Morte
». Lydie qui a oublié d'être indifférente,
s'empresse de le feuilleter ; l'écriture est vive et nerveuse,
rendant la lecture délicate, et les ratures sont nombreuses
qui portent sur des mots comme amour, aimée, douleur, cercueil,
joie. Cela ressemble à un livre de bord sans pour autant
en être un. Des dates ponctuent les pages et donnent le
rythme des siècles : 1590,1614, 1780, 1850, 1910. A chacune
d'elles semble correspondre un événement enfanté
dans le supplice et succédant à un grand vide de
mots. Un nom revient sur à peu près chaque page,
un nom de femme : Luciana. Il est bien impossible à Lydie
de tirer un récit de ses brides ; elle n'en demeure pas
moins interloquée et merveilleusement captivée.
Une page semble avoir été déchirée
et Lydie s'amuse à imaginer le chemin qui l'a conduite
à émigrer en toute fin de volume. Celle-ci est demeurée
lisible malgré quelques taches et pose une généalogie
bizarre faisant état de plusieurs noms s'embrassant au
seins d'une histoire quelque peu morbide, calquée semble-t-il
sur la mort elle-même. On y parle essentiellement de la
comtesse Elisabeth Bathory, épouse du compte Ferenz Nasdady
le héros noir de la Hongrie connu surtout pour ses hauts
faits de guerre. De sang royal, elle devait d'avoir sa place dans
l'Histoire non pour la noblesse de son coeur mais pour l'étendue
de ses crimes perpétrés en son château de
Csejthe. Un croquis rapidement esquissé montre un bâtiment
fort semblable à celui qui les héberges aujourd'hui.
Mélangeant rituels ésotériques et scènes
de tortures la comtesse Bathory se lavait du sang de ses victimes
pour protéger sa jeunesse. Elle eut quatre enfants dont
un fils qui, écoeuré, la dénonça et
dont elle devait se venger de la plus terrible des façons
en faisant de Luciana, sa fiancée, sa dernière victime.
Il s'appelait Desmond, Lydie pensa tout de suite au portrait dont
elle regrettait qu'il n'ait eu de voix pour parler, mais certains
silence sont plus évocateur qu'aucun mot. Tout en continuant
la lecture, qui maintenant la captive autant qu'elle l'effraye,
elle apprend que la comtesse a été emmurée
dans cette chambre même où elle se trouve aujourd'hui,
avant d'y mourir quatre années plus tard à l'âge
de cinquante-quatre ans, en 1614. Le compte-rendu s'arrête
ainsi net sur la mort de la comtesse, ne disant rien sur le devenir
de ce pauvre Desmond. Lydie frissonne et pense que cette page
plutôt que déchirée a du être rajoutée
bien des années plus tard par elle ne sait quel troublions
qui avait rêvé de joindre la parole au mythe. Il
lui reste maintenant à visiter la commode qui semble désespérément
déserte ; cependant en ouvrant le dernier tiroir, elle
découvre une robe magnifique, entre turquoise et bleu mât.
En fait de robe il s'agit plutôt d'une chemise de nuit parfaitement
conservée à ce point qu'on la croirait pour neuve.
Lydie se déshabille jusqu'à être nue, puis
passe le délicieux vêtement qui étonnamment
lui tombe comme un gand. Le grand miroir qui garni la commode
lui renvoie à ce moment l'image d'une femme resplendissante,
cintrée de bleu comme s'il s'agissait d'un songe, sertie
de son rêve comme portant un bijou. Elle ne peut résister
à la tentation d'aller se montrer à Isabelle et
à Mélanie, histoire d'attiser leur jalousie. Alors
qu'elle s'approche de leur chambre dont la porte est demeurée
entr'ouverte, elle risque, utile préliminaire, un regard
en éclaireur par l'entrebâillement de cette dernière.
Quelle n'est pas sa surprise de découvrir Isabelle, la
jupe relevée, le slip à terre et se faisant photographier
le postérieur par Mélanie. Mélanie adore
les fesses d'Isabelle et Isabelle aime à les lui montrer
: l'instant est propice à la luxure, les chairs appellent
la pellicule et le cul d'Isabelle frissonne de toute sa peau à
se savoir sur le chemin de la postérité. Les deux
femmes s'embrassent bientôt tout en se déshabillant
malgré le froid ambiant. Et Lydie de perdurer dans l'étonnement
lorsqu'elle voit Isabelle proposer ensuite son cul à la
vindicte de sa complice. A chaque léger coup donné,
les seins d'Isabelle tressautent et semblent vouloir se détacher
d'un corps autant disposé à la luxure que le vacancier
à la dilettante. Du rose au rouge il n'y que l'espace d'une
main et le postérieur d'Isabelle l'apprend pour son plus
grand plaisir. Mélanie se lève alors et propose
à Isabelle de jouer avec son corps comme s'il s'agissait
de le soumettre à la parole. Isabelle ne se fait pas prier
et ligote rapidement la jeune femme qu'elle attache au lit comme
une prisonnière devant accéder à ses manies
et use de sa langue comme d'un tisonnier attisant le feu toujours
vif de l'épiderme de sa soumise. Le visage de Mélanie
soudainement se révulse pour atteindre la même rougeur
que plus tôt les fesses d'Isabelle. Jamais Lydie n'avait
entendu quelqu'un jouir avec cette vigueur ni même cru qu'autant
de précaution dans l'extase soit possible. Mélanie
ne maîtrise bientôt plus son corps dont les emportements
successifs et les soubresauts vagues n'ont de cesse de souligner
la qualité du plaisir donné. Ses seins sont à
la fois lourds et tendus et quelque chose de rose dans sa voix
demande à Isabelle de continuer. Ses fesses abondantes
quoique magnifiques possèdent les postures de la chair
quand elle s'offre par-delà la pudeur. Puis tout en s'embrassant
leur émoi se mêle en cet endroit où le désir
se fait geste. Quand les mots oublient de tenir leur place c'est
parfois au corps de se divulguer. Les deux femmes se lient alors
enfin dans le commun délire de leur peau et Lydie ne sait
bientôt plus où commence Mélanie et où
finit Isabelle. Leur plaisir semble un dédale où
elles aiment à s'aventurer et peut-être à
se perdre. Très vite les portes de la jouissance s'ouvrent
sur leur visage rougit et leur voix claque comme les fenêtres
mal fermées du plaisir. Lydie, qui ne sait si elle doit
être offusqué ou excitée, décide de
partir, « Mieux vaut ne pas insister ». Elle suspend
néanmoins son pas le temps de prêter oreille à
la conversation qui s'ouvre entre les deux femmes et dont elle
semble la cible ; Isabelle a du venin dans la voix :
- «
Dis, ta copine Lydie c'est un vrai boulet cette fille ! »,
ricane-t-elle
- Elle n'a
jamais été ma copine, tu sais, répond Mélanie,...
...enfin
pas vraiment... J'aime à le lui laisser croire. Elle sort
avec mon ancien petit ami et je suis certaine qu'elle est encore
jalouse de notre relation. Où elle n'a pas tord c'est que
je ne me gênerais pas pour foutre le bordel dans sa vie
si tel est mon plaisir.
Mélanie
appuie cette dernière phrase d'un rictus qui déplait
plus encore à Lydie que le propos lui-même.
- A te voir
si belle on en oublierait que tu es une garce ! S'amuse Isabelle
Mélanie
se déchausse alors de ses escarpins et commence à
masser les gros seins pointus d'Isabelle avec ses pieds nus avant
de porter un orteil masturbatoire vers son clitoris. Isabelle
reprend, la voix rauque de plaisir et toute tremblante.
- Moi je crois
qu'elle va nous attirer des ennuis, elle est trop fragile ta copine
! Il faut nous en débarrasser au plus tôt ! (Elle
s'agite tout en lui demandant de continuer d'une de plus en plus
voix chevrotante)
- Tu veux
dire la tuer..., s'étonne Mélanie, très peu
surprise en fait tandis qu'elle continue à triturer le
clitoris d'Isabelle dont les seins se durcissent à l'envi.
- Quoi d'autre,
l'endroit est idéal. En plus, réfléchis,
c'est une part en plus du butin qui trouve à s'installer
dans notre poche.
- Je suis
d'accord à la seule condition que tu me laisses m'en occuper.
- Que comptes-tu
faire ? s'interloque soudain Isabelle dont le visage se marque
maintenant de légers spasmes qui sont autant de stigmates
signalant l'approche du plaisir.
- J'ai mon
idée : imaginons que demain sous le couvert d'une visite
du château un événement malheureux survienne...
- Toi, je
sais ce que tu vas me dire...
- Il y a une
tour qui donne tout entière sur un précipice : une
chute est si vite arrivée...
Lydie enrage
d'entendre ça. Elle d'habitude si gentille et dont on a
toujours eu à vanter la courtoisie et la richesse du coeur
se voit maintenant assaillie d'idées de meurtre corrélatives
à sa colère. Les images lui viennent, burlesques
pour la plupart. Ainsi, imagine-t-elle Isabelle et Mélanie
liées à leur lit et proposant leur postérieur
à diverses tortures et plus encore à sa vengeance...
Dehors le
jour vacille, la pénombre déborde. Des pans entiers
de nuit s'épandent sur le petit cimetière bordant
le château. L'air semble immobile. Le froid culmine au portique
des bois, un froid si proche du sépulcre qu'on le dirait
de pierre. Bientôt, un bruit de carriole se mêle au
vent mais Lydie ni Mélanie et encore moins Isabelle qui
n'en peut plus de jouir ne peuvent l'entendre. Un vertige s'empare
de la nuit qu'éclairent juste quelques bougies et le silence
est un invité bavard que l'on entend que trop. Quand Lydie
regagne sa chambre, son regard est éteint et son esprit
empli des brumes hivernales de la dépression. Elle s'affale
sur le grand lit prise de fatigue et laisse aux heures le soin
de rythmer ses rêves. Le noir, bientôt, envahit tout,
du salon à l'étage en passant bien évidemment
par la cage d'escalier où se tient le portrait de Desmond.
Une horloge ponctue la nuit d'un martèlement obscène.
Lydie, de temps à autre, s'éveille parcourue d'un
frisson. Soudainement alors qu'elle se retourne pour interroger
le cadran des heures une surprise et non des moindres l'attend
: les bougies se sont allumées sans y avoir été
invitée et derrière elles se dessine la forme oblongue
d'un visage qui ressemble à s'y méprendre à
Desmond Nasdady. Il est blafard certes mais gracieux et ses fins
sourcils s'ajoutent à ses traits pour donner à son
visage raffinement et noblesse. Bien vite une bourrasque de vent
fait cependant claquer la fenêtre, soufflant les bougies
ainsi que chacun des traits de ce visage qu'elles avaient sorti
pour un temps de l'ombre. En même temps des jappements de
jouissance lui parviennent à l'oreille, qui émanent
de la chambre voisine. « Elles n'arrêteront donc jamais
de baiser », se dit Lydie excédée. Ce qu'elle
ignore c'est que Mélanie et Isabelle ont été
surprises dans leur sommeil par deux ombres qui maintenant honorent
leur nudité agissant telles des vagues et parcourant leur
corps du lent friselis du plaisir... A peine Lydie s'est-elle
réinstallée dans la torpeur qu'elle sent un vent
caressant lui courir sur la peau sans se douter qu'il s'agit d'une
main dont la douceur n'a d'égale que la blancheur. Son
corps lui échappe bientôt à petites doses,
le plaisir se plaît au murmure ; Lydie n'ose cependant pas
ouvrir les yeux tant sa crainte est grande de ce qu'elle pourrait
découvrir. Elle se transforme bientôt en un brasier
que seul vient éteindre une petite morsure qui lui marque
soudainement le coup et la transforme en une autre : « Luciana
enfin je te retrouve... », lance Desmond d'une voix plus
proche du chuchotement que de la parole. Ces mots suffisent à
Lydie pour retrouver la mémoire, celle-là même
qu'elle avait enfouie et qui était demeurée après
tant de siècles si vivace en elle. ...La comtesse Bathory,
Desmond ce doux jeune homme trop sensible qu'elle avait rencontré
aux champs et puis sa mort en une lente agonie un jour néfaste
de février... Deux ombres, entre-temps, sont venues se
loger près de Desmond et Lydie n'a nul besoin d'explication
pour comprendre qu'il s'agit d'âmes errantes qui n'ont pu
se départir de l'endroit d'une mort placée sous
le signe de l'agonie. Lydie ou Luciana, une personne est de trop.
Aussi Desmond n'a-t-il plus besoin que d'un baiser pour interchanger
les mémoires et convaincre la jeune femme de son identité
: Lydie est morte, longue vie à Luciana !
Isabelle entre
à cet instant accompagné de Mélanie. Les
deux femmes ne se sont pas données la peine de se rhabiller.
Isabelle tient un revolver à la main qu'elle fait voyager
sur toute l'étendue de son corps au rose patent.
- Lydie vient
avec nous, on a une vue imprenable à te faire admirer,
dit-elle d'un air menaçant et péremptoire.
Mélanie
à cet instant s'aperçoit de la présence de
l'oblongue silhouette de Desmond qu'Isabelle avait ignoré
encore trop en proie à son plaisir.
- Qui est-ce
? demande-t-elle à Isabelle qui lui répond d'un
haussement d'épaule et de ces quelques mots « Je
ne sais pas mais on ne va pas tarder à le savoir ».
- Qui êtes-vous
?!!
Desmond n'attendait
que cela pour se retourner et offrir la vision de ses deux canines.
- Mon Dieu
qu'est-ce que c'est que çà !? hurle Mélanie
qui dans l'instant prend la fuite.
Isabelle,
elle, est demeurée un rien en retrait. Sa voix s'est enrayée
tout comme son pistolet dont le tir est demeuré muet. Rasant
les murs, elle décide d'une fuite intelligente.
Mélanie
monte dans la tour poursuivie par celle que l'on ne doit plus
nommer Lydie mais bien maintenant Luciana. Une fois au sommet
Mélanie verte de peur avance à reculons.
- Non ne me
fait pas de mal ! crie-t-elle à la jeune femme en laquelle
elle a bien du mal de reconnaître son ancienne « amie
».
Un pas plus
loin et ce sera la chute.
Pendant ce
temps Isabelle a rejoint sa voiture. Elle n'a pas hésité
à abandonner sa complice d'autant plus qu'elle sait que
l'argent se trouve bien installé dans le coffre. La jeune
blonde s'y installe complètement nue, les seins en cloche
et le postérieur à l'air ; elle est excitée
comme jamais et quand la peur se mélange à l'excitation
l'orgasme n'est jamais très loin. Elle s'empresse d'enfoncer
son pied presque nu sur l'accélérateur et démarre
en trombe. Cependant une fois encore le plaisir la prend d'assaut
dans un de ces moments où s'imposerait la sagesse. Mais
cette fois Isabelle n'y est pour rien. N'étaient ces deux
ombres, jamais elle n'aurait pensé à jouir en cet
instant voué à la fuite. Toute nue dans sa voiture
qui semble foncer vers l'enfer, Isabelle, le corps assailli de
caresses, frissonne de se voir les seins malaxés comme
du simple pouding, animés par une force qui échappe
à l'entendement autant qu'à la logique. Une des
deux ombres entre-temps s'est attachée à son clitoris.
Isabelle jouit bientôt comme une salope avec la voix remplie
d'onomatopée licencieuses et sans trop bien comprendre
ce qui lui arrive. Son appétit est rose et ses pieds se
tortillent dans tous les sens. Soudainement les protagonistes
de son plaisir disparaissent comme n'ayant existé que le
temps d'un râle et quand elle porte son regard sur ce qu'il
est de plus en plus difficile d'appeler une route c'est pour en
constater bientôt l'absence. Le vide se pose sous ses roues
tel un gigantesque vertige. Isabelle tente d'éviter la
chute mais en vain. La jeune femme se crispe à son volant,
monte sur les freins, et tandis que son visage se ride d'horreur,
elle habille une dernière fois sa bouche d'un AAAAAAAA
qui pour une fois ne marque plus son plaisir mais bien l'ornement
de sa peur. Se barrant le visage de ses mains en ultime geste
d'impuissance, elle disparaît avec sa voiture dans le gouffre
qui l'avale tel une bouche béante à l'appétit
sans fond.
Une centaine
de mètre plus bas la voiture se ramasse violemment sur
les rochers et explose rageusement comme s'il s'agissait d'un
gigantesque orgasme de Dame Justice, ...quelques billets virevoltent
au vent...
*
Les mois
ont passé. Un peu comme le vin qui devient vinaigre et
enfin se bonifie, la région a retrouvé une certaine
prospérité touristique. Un nouveau mystère
s'est investi du paysage et attire les curieux en quête
de sensations douteuses. La voiture écrabouillée
en contrebas de la falaise n'a pas encore finit de déchaîner
les contradictions et la pellicule retrouvée au château
maudit de Csejthe, d'où semblait venir la voiture, à
l'autopsie n'a donné à voir qu'un superbe cul nu.
Si l'on interroge
les gens du pays ils vous diront que parfois l'on voit passer,
là haut dans la montagne, un homme assez grand tenant par
la taille une douce personne. Tout juste derrière, à
deux pas, les suit une autre femme qui semble n'être là
que pour l'usage. Il paraît que celui qui embrase leur chemin
s'expose à la morsure du vampire mais que bien souvent
tous trois se transforment en chauve souris - et cela le croit
qui veut.
FIN