Faute de mot plus précis : Chapitre 20 – Mon père
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 15-10-2026 dans la catégorie Entre-nous, les femmes
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Il a fallu attendre le 6 septembre, parce qu’il n’y avait pas moyen de le trouver seul avant.
C’est ce que je me suis raconté pendant quatre semaines. En réalité je montais tous les quinze jours à Sainte-Croix et il y avait chaque fois une demi-heure où ma mère faisait quelque chose ailleurs, et chaque fois je trouvais une raison.
Le 6 septembre, il réparait un volet.
Le volet de la chambre du fond ne tient plus depuis l’an dernier et il a décidé, ce samedi-là, à soixante ans, de monter sur une échelle avec un tournevis. Ma mère était partie au marché. Je suis allée tenir l’échelle.
On est restés dix minutes sans parler, ce qui est normal avec lui.
Puis j’ai dit :
— Papa. Est-ce que maman t’a dit ?
Il n’a pas arrêté de visser.
— Oui.
–––
Il a fini le volet.
Il a mis quatre minutes de plus, il a testé le mécanisme deux fois, il est descendu de l’échelle, il a replié l’échelle, il a rangé le tournevis dans la caisse. Chaque geste dans l’ordre.
Puis il s’est assis sur la marche du perron, ce qu’il ne fait jamais, et il a regardé le jardin.
Il n’a pas dit un mot pendant peut-être deux minutes.
Je me suis assise à côté de lui parce que je ne savais pas quoi faire d’autre.
Et il a dit :
— Est-ce que quelqu’un le sait, au travail ?
–––
J’ai été prise complètement de court.
Je m’étais préparée à tout, sauf à ça. J’avais préparé des réponses pour la religion, pour la famille au pays, pour la question de savoir si c’était de sa faute, pour celle de savoir si j’étais sûre. J’avais préparé une réponse à « pourquoi tu me fais ça ».
Je n’avais rien pour « est-ce que quelqu’un le sait au travail ».
J’ai dit non. Que Nadia savait. Personne d’autre.
— Bien.
Il a hoché la tête plusieurs fois.
— Ne le dis pas.
— Papa…
— Écoute-moi. Ne le dis pas au travail. Tu as des enfants dont tu t’occupes, tu as des parents qui viennent te voir. Tu ne sais pas ce qu’il y a dans la tête des gens.
Sa voix était parfaitement calme et c’est ça qui m’a fait peur.
— Papa, on n’est pas…
— Je sais où on est.
Il a regardé ses mains.
— Je sais très bien où on est. Ça ne change rien à ce que je te dis.
–––
Les quarante minutes qui ont suivi, je ne les rendrai pas complètement, parce qu’une bonne partie s’est passée en silence.
Il n’a pas dit qu’il désapprouvait. Pas une fois. Je le lui ai demandé directement, à un moment, parce que je ne supportais plus de deviner.
— Est-ce que ça te dégoûte ?
Il a tourné la tête vers moi et il a eu l’air sincèrement stupéfait.
— Quoi ?
— Est-ce que ça te dégoûte.
— Mathilde. Non.
Et il a détourné les yeux tout de suite, ce qui a annulé une partie du non.
Ce qui est sorti ensuite est sorti par bouts, dans le désordre, avec de longs blancs, et il ne m’a pas regardée une seule fois.
Il y avait un garçon à Bamenda, dans le quartier, qui avait deux ou trois ans de plus que lui. Il ne m’a pas dit son nom. Il a dit « un garçon du quartier » quatre fois.
Il avait quinze ans, lui, quand c’est arrivé. Il n’a pas dit ce qui était arrivé. Il a dit qu’il y avait eu des gens dans la rue, que c’était le soir, qu’il n’a rien vu parce que sa mère l’avait fait rentrer et qu’elle avait fermé la porte, et qu’il avait entendu.
Il a dit que le lendemain tout le monde faisait comme d’habitude.
Et il a dit une chose qui m’a retourné l’estomac et que je ne lui ai pas fait répéter :
— Il y avait des voisins que je connaissais.
–––
Après ça, il est resté longtemps sans rien dire.
Puis il a recommencé à parler, plus vite, et j’ai compris qu’il était en train de me faire une liste.
Ne rien mettre sur internet. Ne pas se tenir la main devant l’école. Faire attention aux voitures dans la rue le soir. Savoir qui a mon adresse.
Il a dit qu’il fallait que je pense à ce qui se passerait si un parent d’élève faisait une lettre. Il a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pourrait me conseiller si jamais il y avait un problème avec l’école. Il a dit qu’il avait mis quinze ans à obtenir qu’on écrive son nom correctement sur ses fiches de salaire et que les gens ne changent pas parce qu’il y a des lois.
Il parlait de plus en plus vite. C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu mon père parler vite.
Et à un moment, au milieu d’une phrase sur les voitures dans la rue, il est passé dans l’autre langue.
Trois ou quatre phrases. Peut-être cinq. Je n’en ai pas compris un mot.
Je connais ce signal depuis que je suis toute petite. Ma mère aussi. Il l’a fait à l’enterrement de son frère, en 2011, et au téléphone quand j’ai annulé le mariage. Ce n’est jamais long. Ça sort et ça repart, et ensuite il redevient parfaitement calme.
Il s’est arrêté au milieu d’une phrase. Il a mis sa main devant sa bouche, une seconde, comme quelqu’un qui vient de laisser tomber quelque chose.
Puis il s’est levé et il a dit qu’il allait ranger l’échelle, alors que l’échelle était déjà rangée.
–––
Je suis restée sur le perron.
Ma mère est rentrée du marché vingt minutes plus tard et elle a compris avant d’avoir posé ses sacs, parce qu’elle est comme ça. Elle a demandé si ça allait. J’ai dit oui.
On a mangé tous les trois. Il a parlé de la voiture. Il m’a resservi deux fois sans demander, ce qui est chez lui l’équivalent d’une déclaration.
Au moment de partir, sur le pas de la porte, il m’a tendu un sac de commissions. Des œufs, du café, deux courgettes du jardin.
Il a dit :
— Tu conduis doucement.
Et rien d’autre.
–––
Dans la voiture, je n’ai pas pleuré et j’ai été très surprise de ne pas pleurer.
J’ai roulé jusqu’à Yverdon en essayant de comprendre ce qui venait de se passer, et je me suis arrêtée sur le parking d’un garage fermé pour appeler Salomé, et je n’ai pas appelé.
Parce que j’avais besoin de trouver le mot avant.
Ce n’était pas du rejet. Il ne m’a rien reproché, il ne m’a pas demandé de changer, il ne m’a pas dit une seule fois que c’était mal. Il m’a resservi deux fois.
Ce n’était pas non plus de l’acceptation, et si je disais ça, je mentirais pour me faire du bien.
C’était de la peur. De la peur pure, quarante minutes de peur, chez un homme de soixante ans qui a passé sa vie à ne pas prendre de place et à qui je venais d’annoncer que sa fille venait d’en prendre.
Et le problème, c’est qu’on ne peut rien répondre à ça. On peut discuter avec une objection. Avec la peur de quelqu’un qui a entendu quelque chose à quinze ans derrière une porte fermée, on ne discute pas.
–––
J’ai fini par l’appeler en arrivant en bas de chez moi.
J’ai raconté. Tout, dans l’ordre, y compris le garçon du quartier et les voisins qu’il connaissait.
Salomé m’a écoutée sans m’interrompre une seule fois, ce qu’elle sait faire mieux que personne au monde.
À la fin, elle a dit :
— Il t’a fait une liste.
— Oui.
— Est-ce que tu te rends compte qu’il t’a fait une liste ?
Je n’ai pas répondu.
— Mathilde. Il ne t’a pas dit d’arrêter. Il t’a dit comment faire pour que ça se passe bien. Ce n’est pas la même chose du tout.
J’ai dit que c’était une liste de choses à cacher.
— Oui. Et elle est à moitié fausse, et dans six mois il faudra qu’on en discute avec lui, une par une. Mais aujourd’hui, ton père est un type qui a passé quarante minutes à réfléchir à ta sécurité alors qu’il aurait pu passer quarante minutes à réfléchir à lui.
Il y a eu un silence sur la ligne.
— Je te dis ça et je sais très bien que ça ne t’aide pas ce soir.
— Non.
— Non. Je monte ?
Elle est montée. Elle a mis quarante minutes, elle est arrivée en tenue de chantier, et elle avait oublié son sac dans la voiture, ce qui l’a obligée à redescendre.
–––
Ce soir-là, il s’est passé une chose que je n’avais pas prévue.
Et à un moment, sans que ce soit décidé par personne, ça a basculé.
Je pleurais encore. Elle me tenait dans son dos, ce qui était acrobatique vu la différence de taille. Elle m’embrassait la nuque pour me calmer. Puis elle ne m’embrassait plus la nuque pour me calmer. Sa bouche est restée plus longtemps. Sa main a glissé sous mon t-shirt, à plat sur mon ventre, puis plus haut.
Je me suis retournée. Je l’ai embrassée avec une violence dont j’ai eu honte pendant une demi-seconde. Ensuite plus de honte du tout. J’avais besoin d’elle tout de suite, durement. Elle a suivi sans poser de question. Elle a tiré mon pantalon, j’ai tiré le sien. On s’est retrouvées à moitié tombées en travers du lit. J’ai écarté ses cuisses avec mon genou et j’ai glissé deux doigts en elle d’un coup. Elle était trempée. Elle a poussé un cri court contre ma bouche. J’ai frotté son clitoris avec le pouce en même temps, vite, sans douceur. Elle a joui en quelques minutes, les ongles dans mon dos.
Ensuite elle m’a retournée. Elle s’est mise entre mes jambes et m’a prise avec la bouche et les doigts en même temps, plus fort que d’habitude, comme si elle avait compris que c’était ce qu’il fallait ce soir-là. Je suis venue en lui tenant les cheveux, les yeux ouverts sur le plafond, en pensant seulement : c’est réel. Une femme est là. Ce n’est pas une liste. Ce n’est pas une porte fermée.
Après, on est restées à plat ventre en travers du lit, en sueur, à moitié tombées.
Elle a dit :
— Ça va mieux ?
— Un peu.
— Mmh.
Elle a posé la joue sur mon dos.
— Il faudra quand même en parler demain. Tu ne peux pas faire ça toutes les fois.
— Je sais.
— Je dis pas que ça m’a dérangée.
— J’ai bien vu.
Elle a ri contre ma peau et je l’ai sentie dans mes côtes.
C’est ce que je me suis raconté pendant quatre semaines. En réalité je montais tous les quinze jours à Sainte-Croix et il y avait chaque fois une demi-heure où ma mère faisait quelque chose ailleurs, et chaque fois je trouvais une raison.
Le 6 septembre, il réparait un volet.
Le volet de la chambre du fond ne tient plus depuis l’an dernier et il a décidé, ce samedi-là, à soixante ans, de monter sur une échelle avec un tournevis. Ma mère était partie au marché. Je suis allée tenir l’échelle.
On est restés dix minutes sans parler, ce qui est normal avec lui.
Puis j’ai dit :
— Papa. Est-ce que maman t’a dit ?
Il n’a pas arrêté de visser.
— Oui.
–––
Il a fini le volet.
Il a mis quatre minutes de plus, il a testé le mécanisme deux fois, il est descendu de l’échelle, il a replié l’échelle, il a rangé le tournevis dans la caisse. Chaque geste dans l’ordre.
Puis il s’est assis sur la marche du perron, ce qu’il ne fait jamais, et il a regardé le jardin.
Il n’a pas dit un mot pendant peut-être deux minutes.
Je me suis assise à côté de lui parce que je ne savais pas quoi faire d’autre.
Et il a dit :
— Est-ce que quelqu’un le sait, au travail ?
–––
J’ai été prise complètement de court.
Je m’étais préparée à tout, sauf à ça. J’avais préparé des réponses pour la religion, pour la famille au pays, pour la question de savoir si c’était de sa faute, pour celle de savoir si j’étais sûre. J’avais préparé une réponse à « pourquoi tu me fais ça ».
Je n’avais rien pour « est-ce que quelqu’un le sait au travail ».
J’ai dit non. Que Nadia savait. Personne d’autre.
— Bien.
Il a hoché la tête plusieurs fois.
— Ne le dis pas.
— Papa…
— Écoute-moi. Ne le dis pas au travail. Tu as des enfants dont tu t’occupes, tu as des parents qui viennent te voir. Tu ne sais pas ce qu’il y a dans la tête des gens.
Sa voix était parfaitement calme et c’est ça qui m’a fait peur.
— Papa, on n’est pas…
— Je sais où on est.
Il a regardé ses mains.
— Je sais très bien où on est. Ça ne change rien à ce que je te dis.
–––
Les quarante minutes qui ont suivi, je ne les rendrai pas complètement, parce qu’une bonne partie s’est passée en silence.
Il n’a pas dit qu’il désapprouvait. Pas une fois. Je le lui ai demandé directement, à un moment, parce que je ne supportais plus de deviner.
— Est-ce que ça te dégoûte ?
Il a tourné la tête vers moi et il a eu l’air sincèrement stupéfait.
— Quoi ?
— Est-ce que ça te dégoûte.
— Mathilde. Non.
Et il a détourné les yeux tout de suite, ce qui a annulé une partie du non.
Ce qui est sorti ensuite est sorti par bouts, dans le désordre, avec de longs blancs, et il ne m’a pas regardée une seule fois.
Il y avait un garçon à Bamenda, dans le quartier, qui avait deux ou trois ans de plus que lui. Il ne m’a pas dit son nom. Il a dit « un garçon du quartier » quatre fois.
Il avait quinze ans, lui, quand c’est arrivé. Il n’a pas dit ce qui était arrivé. Il a dit qu’il y avait eu des gens dans la rue, que c’était le soir, qu’il n’a rien vu parce que sa mère l’avait fait rentrer et qu’elle avait fermé la porte, et qu’il avait entendu.
Il a dit que le lendemain tout le monde faisait comme d’habitude.
Et il a dit une chose qui m’a retourné l’estomac et que je ne lui ai pas fait répéter :
— Il y avait des voisins que je connaissais.
–––
Après ça, il est resté longtemps sans rien dire.
Puis il a recommencé à parler, plus vite, et j’ai compris qu’il était en train de me faire une liste.
Ne rien mettre sur internet. Ne pas se tenir la main devant l’école. Faire attention aux voitures dans la rue le soir. Savoir qui a mon adresse.
Il a dit qu’il fallait que je pense à ce qui se passerait si un parent d’élève faisait une lettre. Il a dit qu’il connaissait quelqu’un qui pourrait me conseiller si jamais il y avait un problème avec l’école. Il a dit qu’il avait mis quinze ans à obtenir qu’on écrive son nom correctement sur ses fiches de salaire et que les gens ne changent pas parce qu’il y a des lois.
Il parlait de plus en plus vite. C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu mon père parler vite.
Et à un moment, au milieu d’une phrase sur les voitures dans la rue, il est passé dans l’autre langue.
Trois ou quatre phrases. Peut-être cinq. Je n’en ai pas compris un mot.
Je connais ce signal depuis que je suis toute petite. Ma mère aussi. Il l’a fait à l’enterrement de son frère, en 2011, et au téléphone quand j’ai annulé le mariage. Ce n’est jamais long. Ça sort et ça repart, et ensuite il redevient parfaitement calme.
Il s’est arrêté au milieu d’une phrase. Il a mis sa main devant sa bouche, une seconde, comme quelqu’un qui vient de laisser tomber quelque chose.
Puis il s’est levé et il a dit qu’il allait ranger l’échelle, alors que l’échelle était déjà rangée.
–––
Je suis restée sur le perron.
Ma mère est rentrée du marché vingt minutes plus tard et elle a compris avant d’avoir posé ses sacs, parce qu’elle est comme ça. Elle a demandé si ça allait. J’ai dit oui.
On a mangé tous les trois. Il a parlé de la voiture. Il m’a resservi deux fois sans demander, ce qui est chez lui l’équivalent d’une déclaration.
Au moment de partir, sur le pas de la porte, il m’a tendu un sac de commissions. Des œufs, du café, deux courgettes du jardin.
Il a dit :
— Tu conduis doucement.
Et rien d’autre.
–––
Dans la voiture, je n’ai pas pleuré et j’ai été très surprise de ne pas pleurer.
J’ai roulé jusqu’à Yverdon en essayant de comprendre ce qui venait de se passer, et je me suis arrêtée sur le parking d’un garage fermé pour appeler Salomé, et je n’ai pas appelé.
Parce que j’avais besoin de trouver le mot avant.
Ce n’était pas du rejet. Il ne m’a rien reproché, il ne m’a pas demandé de changer, il ne m’a pas dit une seule fois que c’était mal. Il m’a resservi deux fois.
Ce n’était pas non plus de l’acceptation, et si je disais ça, je mentirais pour me faire du bien.
C’était de la peur. De la peur pure, quarante minutes de peur, chez un homme de soixante ans qui a passé sa vie à ne pas prendre de place et à qui je venais d’annoncer que sa fille venait d’en prendre.
Et le problème, c’est qu’on ne peut rien répondre à ça. On peut discuter avec une objection. Avec la peur de quelqu’un qui a entendu quelque chose à quinze ans derrière une porte fermée, on ne discute pas.
–––
J’ai fini par l’appeler en arrivant en bas de chez moi.
J’ai raconté. Tout, dans l’ordre, y compris le garçon du quartier et les voisins qu’il connaissait.
Salomé m’a écoutée sans m’interrompre une seule fois, ce qu’elle sait faire mieux que personne au monde.
À la fin, elle a dit :
— Il t’a fait une liste.
— Oui.
— Est-ce que tu te rends compte qu’il t’a fait une liste ?
Je n’ai pas répondu.
— Mathilde. Il ne t’a pas dit d’arrêter. Il t’a dit comment faire pour que ça se passe bien. Ce n’est pas la même chose du tout.
J’ai dit que c’était une liste de choses à cacher.
— Oui. Et elle est à moitié fausse, et dans six mois il faudra qu’on en discute avec lui, une par une. Mais aujourd’hui, ton père est un type qui a passé quarante minutes à réfléchir à ta sécurité alors qu’il aurait pu passer quarante minutes à réfléchir à lui.
Il y a eu un silence sur la ligne.
— Je te dis ça et je sais très bien que ça ne t’aide pas ce soir.
— Non.
— Non. Je monte ?
Elle est montée. Elle a mis quarante minutes, elle est arrivée en tenue de chantier, et elle avait oublié son sac dans la voiture, ce qui l’a obligée à redescendre.
–––
Ce soir-là, il s’est passé une chose que je n’avais pas prévue.
Et à un moment, sans que ce soit décidé par personne, ça a basculé.
Je pleurais encore. Elle me tenait dans son dos, ce qui était acrobatique vu la différence de taille. Elle m’embrassait la nuque pour me calmer. Puis elle ne m’embrassait plus la nuque pour me calmer. Sa bouche est restée plus longtemps. Sa main a glissé sous mon t-shirt, à plat sur mon ventre, puis plus haut.
Je me suis retournée. Je l’ai embrassée avec une violence dont j’ai eu honte pendant une demi-seconde. Ensuite plus de honte du tout. J’avais besoin d’elle tout de suite, durement. Elle a suivi sans poser de question. Elle a tiré mon pantalon, j’ai tiré le sien. On s’est retrouvées à moitié tombées en travers du lit. J’ai écarté ses cuisses avec mon genou et j’ai glissé deux doigts en elle d’un coup. Elle était trempée. Elle a poussé un cri court contre ma bouche. J’ai frotté son clitoris avec le pouce en même temps, vite, sans douceur. Elle a joui en quelques minutes, les ongles dans mon dos.
Ensuite elle m’a retournée. Elle s’est mise entre mes jambes et m’a prise avec la bouche et les doigts en même temps, plus fort que d’habitude, comme si elle avait compris que c’était ce qu’il fallait ce soir-là. Je suis venue en lui tenant les cheveux, les yeux ouverts sur le plafond, en pensant seulement : c’est réel. Une femme est là. Ce n’est pas une liste. Ce n’est pas une porte fermée.
Après, on est restées à plat ventre en travers du lit, en sueur, à moitié tombées.
Elle a dit :
— Ça va mieux ?
— Un peu.
— Mmh.
Elle a posé la joue sur mon dos.
— Il faudra quand même en parler demain. Tu ne peux pas faire ça toutes les fois.
— Je sais.
— Je dis pas que ça m’a dérangée.
— J’ai bien vu.
Elle a ri contre ma peau et je l’ai sentie dans mes côtes.
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