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Le lendemain, samedi 22h. L'heure de notre rendez-vous approche, enfin, je n'en suis pas sûre. On ne s'est rien dit. Mais s'il y a une heure à laquelle chacun de nous peut se référer pour notre plaisir quotidien, c'est bien 22h30, non ? Je stresse, est-ce que ce n'était qu'un heureux hasard, nous deux, au même moment, sous la douche ? Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai de l'attente, de l'espoir. L'espoir qu'il sera là, à 22h30 sous la douche voisine. Mais l'espoir me fait peur, peur de la déception. Un traumatisme passé avec les garçons. Je préfère me dire...
Deux jours plus tard, à 16 h 10 précises. L’adresse que m’avait donnée M. Morel menait à un immeuble haussmannien du 8e arrondissement, façade pierre de taille, digicode discret, pas d’enseigne. J’avais enfilé une robe noire simple, assez courte mais pas provocante, des ballerines et mon sac à dos d’étudiante. Les lunettes sur le nez. J’avais hésité à les enlever. Je les avais gardées. Si je devais jouer un rôle, autant commencer par celui que je maîtrisais déjà : la bonne élève curieuse. L’ascenseur était silencieux, miroirs fumés, parfum léger de bois de santal. Au troisième étage, une porte en...
Temps de lecture ~ 40 minutes Le premier cours L'amphithéâtre sentait la peinture fraîche et le café froid. Bastien Morel arriva avec cinq minutes d'avance, ce qui ne lui ressemblait pas, et choisit une place au milieu des gradins, ni trop près ni trop loin, la position du type qui observe sans se compromettre. Il posa son sac, sortit un carnet neuf, un stylo, et regarda les autres arriver. Ils étaient une trentaine. Des étudiants en master en santé, spécialisation psychiatrie et sciences du comportement, la plupart déjà rodés aux cours magistraux, aux TD d'anatomie, aux nuits de garde simulées....
Je le cherchai tous les soirs. Le lundi, en sortant du bâtiment, je remontai la rue jusqu’au bâtiment d’angle. Le lampadaire orange, le mur, le trottoir mouillé. Personne. Le mardi, pareil. Le mercredi, je fis un détour de trois rues, au cas où il aurait changé d’endroit. Rien. Le jeudi, je restai vingt minutes plantée sous le lampadaire, à faire semblant de consulter mon téléphone, en scrutant chaque silhouette qui approchait. Il faisait moins deux. Je rentrai avec les doigts gourds et la gorge nouée. Anaïs le voyait bien. — Il reviendra, disait-elle. — Tu n’en sais rien. — Non....