Faute de mot plus précis : Chapitre 22 – Seule, et pas de la même manière
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 16-10-2026 dans la catégorie En solitaire
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Novembre m’a fait quelque chose que je n’attendais pas.
Je m’étais préparée à retomber. J’avais deux ans d’expérience : le déni, la colère, les listes, les explications à trouver. Je connaissais le programme et je l’attendais presque avec une forme de résignation professionnelle.
Ce n’est pas venu.
J’étais malheureuse, très, d’une manière propre et continue qui me réveillait à cinq heures. Je pleurais dans la voiture entre l’école et chez moi, à peu près trois fois par semaine, toujours au même rond-point. Je n’avais plus faim le soir.
Mais je n’ai pas cherché une seule fois à savoir ce que j’avais fait de mal.
Ça a été la découverte de ce mois-là. Je savais exactement pourquoi on n’était plus ensemble, je pouvais l’expliquer en trois phrases à n’importe qui, et personne, y compris moi, n’était en train de me démontrer que j’avais mal vu.
C’est très différent. Ça fait aussi mal et ça n’abîme pas.
–––
J’ai revu Ariane, une fois, le premier mardi. Je lui ai raconté.
Elle m’a écoutée avec cette technique qu’elle a de laisser tomber les silences, et à la fin elle a dit une chose très courte :
— Elle a raison sur une chose et vous avez raison sur tout le reste, et ça ne vous aide pas.
— Non.
— Non. La question n’est pas qui a raison. C’est de savoir si elle est capable de faire autrement, et ça, aucune de vous deux ne le sait aujourd’hui.
J’ai demandé combien de temps ça prend, ce genre de chose.
Elle a répondu qu’elle avait vu des gens changer à cinquante-huit ans et des gens ne jamais changer, et qu’elle avait arrêté de faire des pronostics en 2009.
–––
Awa m’a appelée le 12 novembre.
Salomé ne lui avait rien dit, ce qui, quand j’y repense, est plutôt à son honneur. Awa avait simplement remarqué que je n’étais plus venue au groupe du jeudi.
On a mangé ensemble un samedi midi. Elle a commandé un dessert avant le plat, en expliquant que c’était sa seule règle de vie.
Je lui ai raconté la crise. Y compris ma phrase sur le traitement, que j’ai rapportée mot pour mot parce que je voulais qu’on me dise que ce n’était pas si grave.
Awa a posé sa cuillère.
— C’est grave.
— Ah.
— Écoute, moi j’en prends. J’en prends depuis huit ans et ça a changé ma vie, et je le dis à qui veut l’entendre. Et je peux te garantir que si quelqu’un me disait un jour que je devrais en prendre parce que je serais plus facile à supporter, je le mettrais dehors.
Elle a repris sa cuillère.
— Ce n’est pas le médicament, le problème. C’est à qui appartient la décision.
— Je sais.
— Tu sais depuis quand ?
— Depuis à peu près une seconde après l’avoir dit.
— Bon.
Elle a mangé une bouchée.
— Alors ça va. Ce sont les gens qui mettent trois ans qui m’inquiètent.
–––
Le 20 novembre, j’ai fait une chose que je n’avais pas prévue et que je n’ai décidée nulle part.
C’était la pause de dix heures, la salle des maîtres, la machine à café. Cinq ou six collègues. Quelqu’un a parlé d’une sortie de fin d’année et de la question de savoir si les accompagnants pouvaient venir avec leur conjoint.
Et une collègue s’est tournée vers moi et a dit, gentiment, sans arrière-pensée :
— Toi tu es toute seule, non ?
Deux ans plus tôt, j’aurais dit oui.
Un an plus tôt, j’aurais dit oui.
Trois semaines plus tôt, j’aurais probablement dit oui, parce que Salomé et moi on ne se voyait plus et que ç’aurait été techniquement exact, et que la lâcheté trouve toujours un angle technique.
J’ai dit :
— Non. Enfin, c’est compliqué en ce moment. Mais elle s’appelle Salomé.
–––
Il y a eu à peu près une seconde et demie.
Puis une collègue a demandé ce qu’elle faisait dans la vie. Une autre a dit qu’elle connaissait quelqu’un qui avait fait refaire son appartement par une entreprise de Grandson et a voulu savoir si c’était la même. Le collègue qui parlait de la sortie a répété sa question sur les accompagnants, parce qu’il tenait à sa question.
Et c’est tout.
Je suis retournée dans ma classe et j’ai eu les jambes qui tremblaient pendant dix minutes devant vingt-deux enfants en train de faire un exercice de proportionnalité.
Parce que ce n’était pas rien. Je le sais, mon père le sait, et il y a des endroits de ce pays où ça se serait passé autrement. J’ai eu de la chance, et le fait d’avoir eu de la chance ne rend pas la chose facile à faire.
Mais surtout, et c’est ça qui m’a fait trembler : je l’avais fait seule.
Pas pour elle. Pas parce qu’elle me l’avait demandé, pas dans une négociation, pas après une conversation dans une voiture. Elle ne savait même pas. On ne se parlait plus.
Je l’avais fait parce que dire oui m’était devenu impossible.
–––
Il y a eu des suites, évidemment. Ce n’est pas un conte.
Une collègue avec qui je n’ai jamais eu de rapports chaleureux est devenue franchement froide, et je n’ai jamais su si c’était lié. Une autre est venue me voir dans ma classe le lendemain pour me dire qu’elle trouvait ça très bien, avec une intensité qui m’a mise très mal à l’aise, et on ne s’est jamais reparlé du sujet.
La direction ne m’a rien dit et n’avait aucune raison de me dire quoi que ce soit.
Aucun parent n’a écrit de lettre. Je ne sais pas si aucun parent n’est au courant ou si aucun parent ne s’en soucie, et je préfère la deuxième hypothèse sans pouvoir la vérifier.
Le seul incident est arrivé en décembre. Un élève de ma classe, dont je tairai le prénom, a dit à un autre élève, dans un couloir, un mot que je ne rapporterai pas, en parlant de moi.
L’autre élève est venu me le dire, en larmes, parce qu’il trouvait ça injuste.
C’était Loïc.
Je me suis assise sur une table avec lui et on a parlé dix minutes. Je lui ai dit merci. Je lui ai dit qu’il avait bien fait, que je m’en occupais, et qu’il n’avait pas à porter ça.
Après, j’ai géré la chose comme je gère tout ce qui se passe dans ma classe, c’est-à-dire mal la première demi-heure et correctement ensuite. J’ai vu l’élève. J’ai vu ses parents, qui ont été très embêtés et parfaitement corrects. Ça s’est arrêté là.
Le soir, chez moi, j’ai eu envie d’appeler Salomé avec une force physique.
Je ne l’ai pas fait. J’ai appelé Nadia, qui a dit trois gros mots et qui a proposé de venir, et j’ai dit non merci et on a parlé une heure au téléphone.
–––
Il y a une chose que j’ai faite en novembre et dont je n’ai parlé à personne pendant longtemps.
J’ai relu mes propres messages.
Toute la conversation avec elle, depuis le 2 avril, en remontant. Sept mois. J’ai passé un dimanche entier là-dessus, avec du café, comme on dépouille un dossier.
Je cherchais des preuves. Je ne savais pas de quoi. Peut-être qu’elle avait déjà décidé pour moi vingt fois sans que je le voie, et que j’allais découvrir qu’on ne m’avait jamais laissé le choix de rien.
Ce n’est pas ce que j’ai trouvé.
J’ai trouvé une femme qui me demande dix-sept fois si ça va, qui répond parfois quatre jours plus tard, qui m’envoie des photos de murs à des heures indécentes, et qui écrit *je ne sais pas* à peu près une fois par semaine.
Et j’ai trouvé une autre chose, que je n’ai pas cherchée du tout : sur sept mois, elle ne m’a jamais dit une seule fois que j’exagérais.
Pas une. J’ai vérifié deux fois parce que je ne le croyais pas.
Huit ans avec quelqu’un qui me le disait sans jamais employer le mot, et sept mois avec quelqu’un qui ne l’a pas fait une seule fois. J’ai refermé mon téléphone et je suis allée marcher au bord du lac dans un froid ridicule.
Elle m’a écrit deux fois en un mois.
La première, le 16 novembre : *Je pense à toi. Je ne t’écris pas pour te demander quelque chose.*
J’ai répondu : *Moi aussi.*
La deuxième, le 30 : *J’ai commencé un truc. Je te dirai. Ce n’est pas une manœuvre.*
J’ai regardé ce message longtemps en essayant de comprendre ce que ça voulait dire, et j’ai fini par répondre simplement : *D’accord.*
C’est tout ce qu’on s’est dit en cinq semaines, et curieusement ça m’a fait du bien. Elle ne me faisait pas la cour et elle ne disparaissait pas. Elle restait là, à distance, sans rien me demander, ce qui était probablement la première chose qu’elle faisait à mon rythme depuis le début.
–––
La nuit, c’était autre chose.
Je le note parce que ça a été une des surprises de cette période et que je ne m’y attendais pas du tout.
Avec Noah, après la rupture, mon corps avait continué pendant des mois à réclamer un homme dont je savais tout, et ça m’avait humiliée. Le rêve du 12 mars, l’oreiller sur la bouche, la tapisserie à fleurs bleues.
Là, il ne s’agissait pas de ça.
Ce qui me revenait, ce n’était pas une sensation. C’était le geste. Sa main courte et abîmée qui prend la mienne et la déplace de dix centimètres. La voix qui dit « Là ». Rien d’autre. Pas de commentaire. Pas de gentillesse consolante.
Je me suis allongée dans mon lit. J’ai fermé les yeux. J’ai refait le geste sur moi-même. Ma propre main, déplacée exactement comme la sienne l’avait été. J’ai frotté lentement, en gardant cette image. La pression exacte. Le moment où elle avait fermé les yeux.
Ça a monté. Quand c’est arrivé, j’ai continué encore un peu, jusqu’à ce que ce soit trop. Ensuite je suis restée immobile. Les larmes sont venues juste après, sans sanglot, juste les yeux qui se remplissent et débordent sur les tempes. Ce n’était pas de la tristesse pour elle. C’était autre chose. Le fait que quelqu’un m’avait demandé de dire au lieu d’expliquer, et que mon corps s’en souvenait mieux que moi.
J’ai essuyé mon visage avec le drap. Je me suis tournée sur le côté. Je me suis endormie avec ça.
–––
Le 3 décembre, dans mon lit, à onze heures du soir, j’ai eu une pensée d’une clarté désagréable.
Je pouvais très bien vivre sans elle. J’avais trente ans, un métier que j’aime, quatre-vingt-six mille francs, des parents, une amie qui règle tout dans sa voiture. Je n’allais pas mourir. J’allais même très probablement rencontrer quelqu’un d’autre un jour.
Et je n’en avais aucune envie.
Ce n’était pas un besoin. C’était un choix, ce qui est infiniment plus embêtant, parce qu’on ne peut s’en prendre à personne.
Je m’étais préparée à retomber. J’avais deux ans d’expérience : le déni, la colère, les listes, les explications à trouver. Je connaissais le programme et je l’attendais presque avec une forme de résignation professionnelle.
Ce n’est pas venu.
J’étais malheureuse, très, d’une manière propre et continue qui me réveillait à cinq heures. Je pleurais dans la voiture entre l’école et chez moi, à peu près trois fois par semaine, toujours au même rond-point. Je n’avais plus faim le soir.
Mais je n’ai pas cherché une seule fois à savoir ce que j’avais fait de mal.
Ça a été la découverte de ce mois-là. Je savais exactement pourquoi on n’était plus ensemble, je pouvais l’expliquer en trois phrases à n’importe qui, et personne, y compris moi, n’était en train de me démontrer que j’avais mal vu.
C’est très différent. Ça fait aussi mal et ça n’abîme pas.
–––
J’ai revu Ariane, une fois, le premier mardi. Je lui ai raconté.
Elle m’a écoutée avec cette technique qu’elle a de laisser tomber les silences, et à la fin elle a dit une chose très courte :
— Elle a raison sur une chose et vous avez raison sur tout le reste, et ça ne vous aide pas.
— Non.
— Non. La question n’est pas qui a raison. C’est de savoir si elle est capable de faire autrement, et ça, aucune de vous deux ne le sait aujourd’hui.
J’ai demandé combien de temps ça prend, ce genre de chose.
Elle a répondu qu’elle avait vu des gens changer à cinquante-huit ans et des gens ne jamais changer, et qu’elle avait arrêté de faire des pronostics en 2009.
–––
Awa m’a appelée le 12 novembre.
Salomé ne lui avait rien dit, ce qui, quand j’y repense, est plutôt à son honneur. Awa avait simplement remarqué que je n’étais plus venue au groupe du jeudi.
On a mangé ensemble un samedi midi. Elle a commandé un dessert avant le plat, en expliquant que c’était sa seule règle de vie.
Je lui ai raconté la crise. Y compris ma phrase sur le traitement, que j’ai rapportée mot pour mot parce que je voulais qu’on me dise que ce n’était pas si grave.
Awa a posé sa cuillère.
— C’est grave.
— Ah.
— Écoute, moi j’en prends. J’en prends depuis huit ans et ça a changé ma vie, et je le dis à qui veut l’entendre. Et je peux te garantir que si quelqu’un me disait un jour que je devrais en prendre parce que je serais plus facile à supporter, je le mettrais dehors.
Elle a repris sa cuillère.
— Ce n’est pas le médicament, le problème. C’est à qui appartient la décision.
— Je sais.
— Tu sais depuis quand ?
— Depuis à peu près une seconde après l’avoir dit.
— Bon.
Elle a mangé une bouchée.
— Alors ça va. Ce sont les gens qui mettent trois ans qui m’inquiètent.
–––
Le 20 novembre, j’ai fait une chose que je n’avais pas prévue et que je n’ai décidée nulle part.
C’était la pause de dix heures, la salle des maîtres, la machine à café. Cinq ou six collègues. Quelqu’un a parlé d’une sortie de fin d’année et de la question de savoir si les accompagnants pouvaient venir avec leur conjoint.
Et une collègue s’est tournée vers moi et a dit, gentiment, sans arrière-pensée :
— Toi tu es toute seule, non ?
Deux ans plus tôt, j’aurais dit oui.
Un an plus tôt, j’aurais dit oui.
Trois semaines plus tôt, j’aurais probablement dit oui, parce que Salomé et moi on ne se voyait plus et que ç’aurait été techniquement exact, et que la lâcheté trouve toujours un angle technique.
J’ai dit :
— Non. Enfin, c’est compliqué en ce moment. Mais elle s’appelle Salomé.
–––
Il y a eu à peu près une seconde et demie.
Puis une collègue a demandé ce qu’elle faisait dans la vie. Une autre a dit qu’elle connaissait quelqu’un qui avait fait refaire son appartement par une entreprise de Grandson et a voulu savoir si c’était la même. Le collègue qui parlait de la sortie a répété sa question sur les accompagnants, parce qu’il tenait à sa question.
Et c’est tout.
Je suis retournée dans ma classe et j’ai eu les jambes qui tremblaient pendant dix minutes devant vingt-deux enfants en train de faire un exercice de proportionnalité.
Parce que ce n’était pas rien. Je le sais, mon père le sait, et il y a des endroits de ce pays où ça se serait passé autrement. J’ai eu de la chance, et le fait d’avoir eu de la chance ne rend pas la chose facile à faire.
Mais surtout, et c’est ça qui m’a fait trembler : je l’avais fait seule.
Pas pour elle. Pas parce qu’elle me l’avait demandé, pas dans une négociation, pas après une conversation dans une voiture. Elle ne savait même pas. On ne se parlait plus.
Je l’avais fait parce que dire oui m’était devenu impossible.
–––
Il y a eu des suites, évidemment. Ce n’est pas un conte.
Une collègue avec qui je n’ai jamais eu de rapports chaleureux est devenue franchement froide, et je n’ai jamais su si c’était lié. Une autre est venue me voir dans ma classe le lendemain pour me dire qu’elle trouvait ça très bien, avec une intensité qui m’a mise très mal à l’aise, et on ne s’est jamais reparlé du sujet.
La direction ne m’a rien dit et n’avait aucune raison de me dire quoi que ce soit.
Aucun parent n’a écrit de lettre. Je ne sais pas si aucun parent n’est au courant ou si aucun parent ne s’en soucie, et je préfère la deuxième hypothèse sans pouvoir la vérifier.
Le seul incident est arrivé en décembre. Un élève de ma classe, dont je tairai le prénom, a dit à un autre élève, dans un couloir, un mot que je ne rapporterai pas, en parlant de moi.
L’autre élève est venu me le dire, en larmes, parce qu’il trouvait ça injuste.
C’était Loïc.
Je me suis assise sur une table avec lui et on a parlé dix minutes. Je lui ai dit merci. Je lui ai dit qu’il avait bien fait, que je m’en occupais, et qu’il n’avait pas à porter ça.
Après, j’ai géré la chose comme je gère tout ce qui se passe dans ma classe, c’est-à-dire mal la première demi-heure et correctement ensuite. J’ai vu l’élève. J’ai vu ses parents, qui ont été très embêtés et parfaitement corrects. Ça s’est arrêté là.
Le soir, chez moi, j’ai eu envie d’appeler Salomé avec une force physique.
Je ne l’ai pas fait. J’ai appelé Nadia, qui a dit trois gros mots et qui a proposé de venir, et j’ai dit non merci et on a parlé une heure au téléphone.
–––
Il y a une chose que j’ai faite en novembre et dont je n’ai parlé à personne pendant longtemps.
J’ai relu mes propres messages.
Toute la conversation avec elle, depuis le 2 avril, en remontant. Sept mois. J’ai passé un dimanche entier là-dessus, avec du café, comme on dépouille un dossier.
Je cherchais des preuves. Je ne savais pas de quoi. Peut-être qu’elle avait déjà décidé pour moi vingt fois sans que je le voie, et que j’allais découvrir qu’on ne m’avait jamais laissé le choix de rien.
Ce n’est pas ce que j’ai trouvé.
J’ai trouvé une femme qui me demande dix-sept fois si ça va, qui répond parfois quatre jours plus tard, qui m’envoie des photos de murs à des heures indécentes, et qui écrit *je ne sais pas* à peu près une fois par semaine.
Et j’ai trouvé une autre chose, que je n’ai pas cherchée du tout : sur sept mois, elle ne m’a jamais dit une seule fois que j’exagérais.
Pas une. J’ai vérifié deux fois parce que je ne le croyais pas.
Huit ans avec quelqu’un qui me le disait sans jamais employer le mot, et sept mois avec quelqu’un qui ne l’a pas fait une seule fois. J’ai refermé mon téléphone et je suis allée marcher au bord du lac dans un froid ridicule.
Elle m’a écrit deux fois en un mois.
La première, le 16 novembre : *Je pense à toi. Je ne t’écris pas pour te demander quelque chose.*
J’ai répondu : *Moi aussi.*
La deuxième, le 30 : *J’ai commencé un truc. Je te dirai. Ce n’est pas une manœuvre.*
J’ai regardé ce message longtemps en essayant de comprendre ce que ça voulait dire, et j’ai fini par répondre simplement : *D’accord.*
C’est tout ce qu’on s’est dit en cinq semaines, et curieusement ça m’a fait du bien. Elle ne me faisait pas la cour et elle ne disparaissait pas. Elle restait là, à distance, sans rien me demander, ce qui était probablement la première chose qu’elle faisait à mon rythme depuis le début.
–––
La nuit, c’était autre chose.
Je le note parce que ça a été une des surprises de cette période et que je ne m’y attendais pas du tout.
Avec Noah, après la rupture, mon corps avait continué pendant des mois à réclamer un homme dont je savais tout, et ça m’avait humiliée. Le rêve du 12 mars, l’oreiller sur la bouche, la tapisserie à fleurs bleues.
Là, il ne s’agissait pas de ça.
Ce qui me revenait, ce n’était pas une sensation. C’était le geste. Sa main courte et abîmée qui prend la mienne et la déplace de dix centimètres. La voix qui dit « Là ». Rien d’autre. Pas de commentaire. Pas de gentillesse consolante.
Je me suis allongée dans mon lit. J’ai fermé les yeux. J’ai refait le geste sur moi-même. Ma propre main, déplacée exactement comme la sienne l’avait été. J’ai frotté lentement, en gardant cette image. La pression exacte. Le moment où elle avait fermé les yeux.
Ça a monté. Quand c’est arrivé, j’ai continué encore un peu, jusqu’à ce que ce soit trop. Ensuite je suis restée immobile. Les larmes sont venues juste après, sans sanglot, juste les yeux qui se remplissent et débordent sur les tempes. Ce n’était pas de la tristesse pour elle. C’était autre chose. Le fait que quelqu’un m’avait demandé de dire au lieu d’expliquer, et que mon corps s’en souvenait mieux que moi.
J’ai essuyé mon visage avec le drap. Je me suis tournée sur le côté. Je me suis endormie avec ça.
–––
Le 3 décembre, dans mon lit, à onze heures du soir, j’ai eu une pensée d’une clarté désagréable.
Je pouvais très bien vivre sans elle. J’avais trente ans, un métier que j’aime, quatre-vingt-six mille francs, des parents, une amie qui règle tout dans sa voiture. Je n’allais pas mourir. J’allais même très probablement rencontrer quelqu’un d’autre un jour.
Et je n’en avais aucune envie.
Ce n’était pas un besoin. C’était un choix, ce qui est infiniment plus embêtant, parce qu’on ne peut s’en prendre à personne.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Et le chapitre 21 ?
Je suis fan de ce récit, ces hauts, ces bas, ces moments de doute, tout est si réel 🥰🥰🥰
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