Faute de mot plus précis : Chapitre 23 – La liste
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 17-10-2026 dans la catégorie Entre-nous, les femmes
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Mon père est descendu à Yverdon le samedi 13 décembre, sans prévenir.
Il n’est jamais venu chez moi. Pas une fois depuis que j’ai emménagé rue des Philosophes. Il a aidé au déménagement en février de l’année d’avant, il a monté des cartons, et il n’est plus jamais revenu, parce que ce sont mes parents qui reçoivent et moi qui monte, et que ça n’a jamais été discuté par personne.
Il a sonné à dix heures dix du matin. J’étais en pyjama.
— Papa ?
— Je passais.
Il ne passait pas. Sainte-Croix est en haut d’une montagne et on ne passe pas à Yverdon en descendant de Sainte-Croix, on y va.
–––
Il a refusé le café et il a accepté un thé, ce qui n’est jamais arrivé.
Il s’est assis à ma table de cuisine, dans le formica jaune, et il a regardé par la fenêtre le parking des poubelles pendant que l’eau chauffait.
— C’est calme, ici.
— C’est un parking.
— C’est calme quand même.
On a parlé de la voiture pendant six minutes. Puis du chauffage de Sainte-Croix, qu’il faut changer et qu’il ne changera pas cette année. Puis d’un cousin en Belgique dont j’ignorais l’existence.
Et puis il a sorti un papier de la poche intérieure de sa veste.
Une feuille A4 pliée en quatre, écornée, avec des marques de pliage très marquées, le genre de pli qu’on obtient quand un papier est resté longtemps dans une poche.
Il l’a posée sur la table entre nous et il l’a poussée vers moi de deux centimètres.
–––
C’était la liste.
Son écriture, en majuscules, comme sur l’étiquette du classeur de Noah, sauf que ce n’était pas du tout la même écriture et que je me suis fait cette réflexion idiote en une demi-seconde.
Sept lignes.
RIEN SUR INTERNET
PAS SE TENIR LA MAIN DEVANT L’ÉCOLE
FAIRE ATTENTION AUX VOITURES LE SOIR
SAVOIR QUI A L’ADRESSE
NE RIEN DIRE AU TRAVAIL
DEMANDER À MAÎTRE B. SI PROBLÈME AVEC LA DIRECTION
NE PAS ALLER DANS CERTAINS ENDROITS
Il l’avait écrite le 6 septembre, après mon départ. Il me l’a dit plus tard : il était remonté dans la chambre du fond, celle du volet, et il l’avait écrite debout.
Trois lignes étaient barrées.
Pas raturées. Barrées d’un seul trait net à la règle, ce qui est très lui, avec la date écrite au-dessus de chaque barre.
*Ne rien dire au travail* était barré, daté du 22 novembre.
*Pas se tenir la main devant l’école* était barré, daté du 22 novembre aussi.
*Ne pas aller dans certains endroits* était barré, daté du 6 décembre.
–––
Je n’ai rien dit pendant un long moment.
Lui non plus. Il tenait sa tasse à deux mains et il regardait le parking.
J’ai fini par demander :
— Le 22 novembre, c’est quoi ?
— Ta mère m’a dit que tu l’avais dit à l’école.
— Elle le savait ?
— Nadia l’a dit à sa sœur, et sa sœur connaît quelqu’un du chœur.
Il a haussé les épaules devant l’évidence du système.
— Alors j’ai barré. Parce que tu l’as fait, et qu’il ne s’est rien passé.
— Il s’est passé des trucs.
— Je sais. Ta mère me l’a dit aussi. Un enfant a dit un mot.
Il a bu une gorgée.
— Un enfant a dit un mot et un autre enfant est allé pleurer chez toi parce qu’il trouvait ça injuste. C’est ça que j’ai retenu. Alors j’ai barré.
–––
Le 6 décembre, c’était autre chose.
Il a mis plus longtemps à l’expliquer et il ne m’a pas regardée en le faisant.
Il a dit qu’il avait cherché. Sur internet, avec deux doigts, parce qu’il tape avec deux doigts.
Il a cherché ce qui se passe là-bas maintenant. Il a trouvé des articles. Il a trouvé qu’il existe une association à Douala qui s’appelle Alternatives, qui a un local, un numéro de téléphone, des gens dont on voit les visages sur des photos. Il a trouvé une avocate, une dame de son âge à peu près, qui défend ces affaires devant les tribunaux depuis vingt ans et qui a été menacée un nombre de fois qu’il n’a pas voulu me préciser.
Il a dit :
— Je croyais qu’il n’y avait rien.
Il a reposé sa tasse.
— Je suis parti en quatre-vingt-neuf. Dans ma tête, c’est resté quatre-vingt-neuf. J’ai eu quinze ans dans une rue et j’ai gardé la rue, et j’ai cru pendant quarante ans que la rue était toute l’histoire.
Il a montré la ligne barrée du doigt.
— Il y a des gens qui se battent là-bas. Ils ont plus de courage que moi. Alors j’ai barré celle-là aussi.
–––
J’ai demandé pour les quatre qui restaient.
Il a dit :
— Celles-là, je les garde.
— Papa.
— Non. *Rien sur internet*, je la garde. *Savoir qui a ton adresse*, je la garde. Ce n’est pas parce que tu es avec une femme. C’est parce que tu es une femme et que tu es visible, et ça, ça ne changera pas parce que j’ai barré trois lignes.
Il a replié le papier.
— Et maître B., tu gardes son nom. Il ne servira à rien. Tu le gardes quand même.
Il me l’a tendu.
— C’est pour toi.
–––
J’ai demandé pourquoi il ne me l’avait pas envoyée par la poste, ou dit au téléphone.
Il a eu l’air de trouver la question étrange.
— On ne barre pas des lignes au téléphone.
Puis il a ajouté, après un temps :
— Et je voulais voir où tu habites.
Il a regardé la cuisine en formica jaune, la fenêtre, le parking. Il a dit que le joint de la fenêtre était à refaire et qu’il repasserait avec ce qu’il faut, ce qu’il a fait en janvier.
Je ne pleure pas devant mon père. Ça ne s’est jamais fait, ni à quinze ans, ni à l’annulation du mariage.
J’ai tenu jusqu’à ce qu’il parte, c’est-à-dire quarante minutes de plus, pendant lesquelles on a reparlé de la voiture et du chauffage.
Sur le pas de la porte, il a dit une dernière chose. Il avait déjà les clés à la main.
— Elle est venue à la maison.
— Je sais. On s’est disputées à cause de ça.
— Ah.
Il a réfléchi.
— Elle n’aurait pas dû venir sans te le dire.
— Non.
— Mais elle est venue.
Il a regardé le couloir de l’immeuble.
— Moi, à trente-sept ans, je ne l’aurais pas fait.
Et il est parti, et j’ai fermé la porte, et je me suis assise par terre dans l’entrée avec un papier plié en quatre dans la main.
–––
Je n’ai pas appelé Salomé ce jour-là.
C’est peut-être ce que j’ai fait de mieux de tout l’hiver. Parce que ce qui venait de se passer était entre mon père et moi, et que s’il y a une chose que ces deux mois m’avaient apprise, c’est qu’on ne recolle pas une histoire avec l’émotion d’une autre.
J’ai photographié la feuille et je l’ai rangée dans le tiroir de la cuisine, avec les piles et les élastiques.
Ce qui m’a tenue par terre dans cette entrée pendant un quart d’heure, ce n’était pas les trois lignes barrées. C’était les dates au-dessus.
Il n’avait pas changé d’avis en bloc, un soir, sous le coup de quelque chose. Il avait gardé un papier dans une poche de veste pendant trois mois. Il l’avait ressorti deux fois, à deux semaines d’intervalle, pour barrer une ligne à la règle et écrire la date, et il l’avait replié, et il l’avait remis dans sa poche.
Mon père ne dit pas les choses. Il tient des comptes, et un jour il les montre.
Le lendemain, dimanche, ma mère a appelé à l’heure habituelle. Elle a parlé du chien, d’une dame du chœur, du chauffage. Au bout de vingt minutes elle a dit :
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Il est descendu ou pas ?
— Il est descendu.
— Ah, bon. Parce qu’il est parti à neuf heures et demie en disant qu’il allait à la déchetterie.
Elle a fait un bruit avec sa bouche.
— La déchetterie.
–––
Le 18 décembre, il y avait le repas de fin d’année de l’association.
Un an, jour pour jour, après celui où j’avais vu Salomé rire près d’une fenêtre avec une femme en rouge à lèvres, et où j’avais compris en me servant du taboulé.
Je n’avais aucune idée de si elle y serait. J’ai passé trois jours à me dire que je n’irais pas, et je crois que je savais depuis le début que j’irais.
Elle y était.
Elle était près de la porte, en train de démonter une table, avec Awa qui tenait l’autre bout et qui m’a vue la première.
Awa a dit quelque chose. Salomé s’est retournée.
Elle avait maigri, ce qui chez elle se voit tout de suite au visage. Elle avait aussi coupé ses cheveux encore plus court, ce qui lui va, ce que je ne lui ai pas dit ce soir-là.
Elle a posé la table.
Et pendant qu’elle traversait la salle vers moi, entre les chaises et les enfants qui couraient, avec exactement la même tête que quelqu’un qui va se jeter à l’eau en décembre, j’ai eu le temps de penser une chose très bête et très nette.
Je ne savais toujours pas comment nommer ce que j’avais dans la poitrine.
Ça faisait treize mois, et il n’y avait toujours aucun mot, et pour la première fois ça ne me dérangeait pas du tout.
Il n’est jamais venu chez moi. Pas une fois depuis que j’ai emménagé rue des Philosophes. Il a aidé au déménagement en février de l’année d’avant, il a monté des cartons, et il n’est plus jamais revenu, parce que ce sont mes parents qui reçoivent et moi qui monte, et que ça n’a jamais été discuté par personne.
Il a sonné à dix heures dix du matin. J’étais en pyjama.
— Papa ?
— Je passais.
Il ne passait pas. Sainte-Croix est en haut d’une montagne et on ne passe pas à Yverdon en descendant de Sainte-Croix, on y va.
–––
Il a refusé le café et il a accepté un thé, ce qui n’est jamais arrivé.
Il s’est assis à ma table de cuisine, dans le formica jaune, et il a regardé par la fenêtre le parking des poubelles pendant que l’eau chauffait.
— C’est calme, ici.
— C’est un parking.
— C’est calme quand même.
On a parlé de la voiture pendant six minutes. Puis du chauffage de Sainte-Croix, qu’il faut changer et qu’il ne changera pas cette année. Puis d’un cousin en Belgique dont j’ignorais l’existence.
Et puis il a sorti un papier de la poche intérieure de sa veste.
Une feuille A4 pliée en quatre, écornée, avec des marques de pliage très marquées, le genre de pli qu’on obtient quand un papier est resté longtemps dans une poche.
Il l’a posée sur la table entre nous et il l’a poussée vers moi de deux centimètres.
–––
C’était la liste.
Son écriture, en majuscules, comme sur l’étiquette du classeur de Noah, sauf que ce n’était pas du tout la même écriture et que je me suis fait cette réflexion idiote en une demi-seconde.
Sept lignes.
RIEN SUR INTERNET
PAS SE TENIR LA MAIN DEVANT L’ÉCOLE
FAIRE ATTENTION AUX VOITURES LE SOIR
SAVOIR QUI A L’ADRESSE
NE RIEN DIRE AU TRAVAIL
DEMANDER À MAÎTRE B. SI PROBLÈME AVEC LA DIRECTION
NE PAS ALLER DANS CERTAINS ENDROITS
Il l’avait écrite le 6 septembre, après mon départ. Il me l’a dit plus tard : il était remonté dans la chambre du fond, celle du volet, et il l’avait écrite debout.
Trois lignes étaient barrées.
Pas raturées. Barrées d’un seul trait net à la règle, ce qui est très lui, avec la date écrite au-dessus de chaque barre.
*Ne rien dire au travail* était barré, daté du 22 novembre.
*Pas se tenir la main devant l’école* était barré, daté du 22 novembre aussi.
*Ne pas aller dans certains endroits* était barré, daté du 6 décembre.
–––
Je n’ai rien dit pendant un long moment.
Lui non plus. Il tenait sa tasse à deux mains et il regardait le parking.
J’ai fini par demander :
— Le 22 novembre, c’est quoi ?
— Ta mère m’a dit que tu l’avais dit à l’école.
— Elle le savait ?
— Nadia l’a dit à sa sœur, et sa sœur connaît quelqu’un du chœur.
Il a haussé les épaules devant l’évidence du système.
— Alors j’ai barré. Parce que tu l’as fait, et qu’il ne s’est rien passé.
— Il s’est passé des trucs.
— Je sais. Ta mère me l’a dit aussi. Un enfant a dit un mot.
Il a bu une gorgée.
— Un enfant a dit un mot et un autre enfant est allé pleurer chez toi parce qu’il trouvait ça injuste. C’est ça que j’ai retenu. Alors j’ai barré.
–––
Le 6 décembre, c’était autre chose.
Il a mis plus longtemps à l’expliquer et il ne m’a pas regardée en le faisant.
Il a dit qu’il avait cherché. Sur internet, avec deux doigts, parce qu’il tape avec deux doigts.
Il a cherché ce qui se passe là-bas maintenant. Il a trouvé des articles. Il a trouvé qu’il existe une association à Douala qui s’appelle Alternatives, qui a un local, un numéro de téléphone, des gens dont on voit les visages sur des photos. Il a trouvé une avocate, une dame de son âge à peu près, qui défend ces affaires devant les tribunaux depuis vingt ans et qui a été menacée un nombre de fois qu’il n’a pas voulu me préciser.
Il a dit :
— Je croyais qu’il n’y avait rien.
Il a reposé sa tasse.
— Je suis parti en quatre-vingt-neuf. Dans ma tête, c’est resté quatre-vingt-neuf. J’ai eu quinze ans dans une rue et j’ai gardé la rue, et j’ai cru pendant quarante ans que la rue était toute l’histoire.
Il a montré la ligne barrée du doigt.
— Il y a des gens qui se battent là-bas. Ils ont plus de courage que moi. Alors j’ai barré celle-là aussi.
–––
J’ai demandé pour les quatre qui restaient.
Il a dit :
— Celles-là, je les garde.
— Papa.
— Non. *Rien sur internet*, je la garde. *Savoir qui a ton adresse*, je la garde. Ce n’est pas parce que tu es avec une femme. C’est parce que tu es une femme et que tu es visible, et ça, ça ne changera pas parce que j’ai barré trois lignes.
Il a replié le papier.
— Et maître B., tu gardes son nom. Il ne servira à rien. Tu le gardes quand même.
Il me l’a tendu.
— C’est pour toi.
–––
J’ai demandé pourquoi il ne me l’avait pas envoyée par la poste, ou dit au téléphone.
Il a eu l’air de trouver la question étrange.
— On ne barre pas des lignes au téléphone.
Puis il a ajouté, après un temps :
— Et je voulais voir où tu habites.
Il a regardé la cuisine en formica jaune, la fenêtre, le parking. Il a dit que le joint de la fenêtre était à refaire et qu’il repasserait avec ce qu’il faut, ce qu’il a fait en janvier.
Je ne pleure pas devant mon père. Ça ne s’est jamais fait, ni à quinze ans, ni à l’annulation du mariage.
J’ai tenu jusqu’à ce qu’il parte, c’est-à-dire quarante minutes de plus, pendant lesquelles on a reparlé de la voiture et du chauffage.
Sur le pas de la porte, il a dit une dernière chose. Il avait déjà les clés à la main.
— Elle est venue à la maison.
— Je sais. On s’est disputées à cause de ça.
— Ah.
Il a réfléchi.
— Elle n’aurait pas dû venir sans te le dire.
— Non.
— Mais elle est venue.
Il a regardé le couloir de l’immeuble.
— Moi, à trente-sept ans, je ne l’aurais pas fait.
Et il est parti, et j’ai fermé la porte, et je me suis assise par terre dans l’entrée avec un papier plié en quatre dans la main.
–––
Je n’ai pas appelé Salomé ce jour-là.
C’est peut-être ce que j’ai fait de mieux de tout l’hiver. Parce que ce qui venait de se passer était entre mon père et moi, et que s’il y a une chose que ces deux mois m’avaient apprise, c’est qu’on ne recolle pas une histoire avec l’émotion d’une autre.
J’ai photographié la feuille et je l’ai rangée dans le tiroir de la cuisine, avec les piles et les élastiques.
Ce qui m’a tenue par terre dans cette entrée pendant un quart d’heure, ce n’était pas les trois lignes barrées. C’était les dates au-dessus.
Il n’avait pas changé d’avis en bloc, un soir, sous le coup de quelque chose. Il avait gardé un papier dans une poche de veste pendant trois mois. Il l’avait ressorti deux fois, à deux semaines d’intervalle, pour barrer une ligne à la règle et écrire la date, et il l’avait replié, et il l’avait remis dans sa poche.
Mon père ne dit pas les choses. Il tient des comptes, et un jour il les montre.
Le lendemain, dimanche, ma mère a appelé à l’heure habituelle. Elle a parlé du chien, d’une dame du chœur, du chauffage. Au bout de vingt minutes elle a dit :
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Il est descendu ou pas ?
— Il est descendu.
— Ah, bon. Parce qu’il est parti à neuf heures et demie en disant qu’il allait à la déchetterie.
Elle a fait un bruit avec sa bouche.
— La déchetterie.
–––
Le 18 décembre, il y avait le repas de fin d’année de l’association.
Un an, jour pour jour, après celui où j’avais vu Salomé rire près d’une fenêtre avec une femme en rouge à lèvres, et où j’avais compris en me servant du taboulé.
Je n’avais aucune idée de si elle y serait. J’ai passé trois jours à me dire que je n’irais pas, et je crois que je savais depuis le début que j’irais.
Elle y était.
Elle était près de la porte, en train de démonter une table, avec Awa qui tenait l’autre bout et qui m’a vue la première.
Awa a dit quelque chose. Salomé s’est retournée.
Elle avait maigri, ce qui chez elle se voit tout de suite au visage. Elle avait aussi coupé ses cheveux encore plus court, ce qui lui va, ce que je ne lui ai pas dit ce soir-là.
Elle a posé la table.
Et pendant qu’elle traversait la salle vers moi, entre les chaises et les enfants qui couraient, avec exactement la même tête que quelqu’un qui va se jeter à l’eau en décembre, j’ai eu le temps de penser une chose très bête et très nette.
Je ne savais toujours pas comment nommer ce que j’avais dans la poitrine.
Ça faisait treize mois, et il n’y avait toujours aucun mot, et pour la première fois ça ne me dérangeait pas du tout.
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