Le divorce (1)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 26-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 1
Le sapin trône dans le coin du salon, ses guirlandes clignotent avec une ironie cruelle. C’est censé être une trêve, un moment de douceur après huit ans de vie commune et deux ans d’un mariage où nous avons chacun gardé nos noms, comme pour préserver une indépendance que Sylvain Grand a finalement utilisée pour me trahir. Je regarde Sylvain. Il est là, physiquement, mais son esprit est ailleurs, probablement perdu dans l’écran de son téléphone qu’il incline maladroitement pour que je ne voie pas ses notifications.
Depuis un an, le silence dans notre lit est devenu assourdissant. Moi, Marceau Petitjean, j’ai tout tenté : les dîners aux chandelles, les discussions à cœur ouvert, les compromis impossibles. J'ai encaissé ses infidélités passées, je les ai rangées dans une boîte au fond de mon esprit, attendant des excuses qui ne sont jamais venues. Je voulais sauver "nous". Je m'accrochais à l'idée de l'homme dont je suis tombé amoureux il y a huit ans.
Mais ce soir, le destin décide de me frapper une dernière fois. Sylvain s’absente pour remplir les verres, laissant son téléphone sur la table basse. Une notification illumine l’écran. Je ne devrais pas regarder. Je connais la règle. Mais mes yeux trahissent ma volonté. C'est un message explicite, accompagné d'une photo qui ne laisse aucune place au doute. Encore. Toujours. Même le jour de Noël.
Quand il revient, le sourire aux lèvres, je sens une décharge électrique parcourir ma colonne vertébrale. La colère, froide et lucide, remplace enfin la tristesse qui me paralysait depuis trop longtemps.
— C’est qui, cette fois ? ma voix est un murmure, mais elle claque comme un fouet.
La dispute éclate, plus violente que toutes les précédentes. Les mots volent, acérés, cherchant la faille. Sylvain Grand crie qu'il veut divorcer depuis des mois, que je l'étouffe avec mes tentatives de réconciliation désespérées. Il déverse sa rancœur, son envie d'ailleurs. Et moi, Marceau, je l'écoute, immobile au milieu du salon. Quelque chose en moi vient de se briser définitivement. Ce n'est pas une fêlure, c'est un effondrement.
Je baisse les yeux sur ma main gauche. Cette alliance, symbole d'une promesse qu'il a piétinée dès le premier jour. Mes doigts tremblent, mais mon geste est assuré. Je fais glisser l'anneau d'or. Le métal semble peser une tonne, puis plus rien. Je m'approche de lui. Il s'arrête de hurler, surpris par mon calme soudain. Je lui tends la paume, l'alliance brillant sous les lumières du sapin.
— Ok, Sylvain. On divorce.
Ses yeux s'écarquillent. Je vois la panique remplacer la colère dans son regard.
— Tiens. Et joyeux Noël, ajouté-je avec un sourire amer qui me brûle les lèvres.
Je lui laisse le bijou dans la main et je marche jusqu'au canapé. Je m'écroule, les larmes, jaillissant enfin, libérées d'une digue qui tenait depuis trop longtemps. Sylvain se précipite, il s'agenouille, il bafouille qu'il ne veut plus partir, qu'il a dit ça sous le coup de la colère, qu'il m'aime. Mais le mal est fait. La page est tournée, arrachée, brûlée.
Les semaines qui suivent Noël ressemblent à un long hiver polaire à l'intérieur de notre appartement. Nous sommes deux fantômes piégés dans les mêmes murs. Le divorce est lancé, la machine administrative est en route, implacable. Mais en attendant que les papiers soient signés et que l'un de nous déménage, il faut cohabiter. Marceau Petitjean et Sylvain Grand, deux noms sur un bail qui n'a plus de sens.
Chaque matin est un défi. Le bruit de la cafetière, l'odeur de son parfum, le froissement des draps dans la chambre d'amis où il dort désormais... tout me rappelle ce que j'ai perdu et ce que j'ai enduré. Sylvain oscille entre des tentatives de séduction pathétiques et des accès de mauvaise humeur noire. Parfois, il essaie de m'effleurer le bras en passant dans le couloir, comme s'il espérait qu'une étincelle puisse encore mettre le feu aux poudres. Je me recule systématiquement.
L'intimité est morte, remplacée par une politesse glaciale qui dérape souvent. Une simple question sur les courses ou sur une facture d'électricité peut dégénérer en un procès de notre relation.
— Tu n'as jamais su m'écouter, Marceau, me lance-t-il un soir alors que nous rangeons les assiettes en silence.
— Et toi, Sylvain, tu n'as jamais su être fidèle, même un jour de fête, je réplique sans même le regarder.
Le silence retombe, lourd, étouffant. Je me réfugie dans mon travail, essayant d'imaginer ma vie sans lui, sans ce poids constant sur la poitrine. C'est terrifiant et libérateur à la fois, mais une question me taraude : pourquoi insiste-t-il tant pour rester maintenant qu'il a enfin obtenu ce qu'il demandait ? Est-ce de la culpabilité, ou un nouveau jeu de manipulation dont Sylvain Grand a le secret ?
Le rendez-vous est fixé dans le cabinet de mon avocate, Maître Janin Laurence. C'est une femme au regard acéré, vêtue d'une élégance stricte qui m'inspire confiance. Elle sait que je suis à bout, elle connaît mon dossier par cœur. Nous sommes assis dans son bureau boisé, l'atmosphère est tendue.
La porte s'ouvre, et mon cœur rate un battement. Sylvain entre, suivi de son avocat, Maître Boyer Jean-Christophe. Je reste pétrifié. L'homme est d'une beauté insolente. Grand, une carrure d'athlète qui se devine sous la coupe parfaite de son costume sombre, il dégage une assurance magnétique. Ses yeux sont magnifiques, d'un bleu profond, encadrés par un regard qui semble tout analyser. Il a l'air très sportif, le genre d'homme que Sylvain remarque toujours.
Alors que nous nous asseyons, une pensée toxique s'immisce dans mon esprit : est-ce que Sylvain couche avec lui ? Connaissant l'appétit de mon mari pour la nouveauté, son attirance pour ce type d'homme et son absence totale de limites, l'idée me donne la nausée. La complicité entre eux semble trop fluide. Sylvain le regarde avec une admiration qu'il n'a plus pour moi.
— Bien, commence Maître Janin, nous sommes ici pour discuter des modalités de la séparation entre Monsieur Petitjean et Monsieur Grand.
Sylvain soupire, cherchant du regard le soutien de son conseil. Maître Boyer sourit, un sourire de prédateur poli, et pose une main sur le dossier. Ses mains sont soignées, son allure athlétique est troublante.
— Est-ce qu'on est obligé d'en arriver là ? demande Sylvain en me fixant. Marceau, tu sais très bien que je ne voulais pas que ça se termine comme ça.
— C’est un peu tard pour les regrets, intervient Maître Janin d'un ton sec.
Maître Boyer prend la parole d'une voix grave et posée :
— Mon client est disposé à faire des concessions, mais nous trouvons les demandes de Monsieur Petitjean un peu excessives, Maître.
Je regarde Sylvain, puis ce superbe Jean-Christophe Boyer. L'idée que Sylvain puisse m'avoir trompé avec l'homme qui le défend me torture l'esprit.
— Excessives ? j'éclate enfin. Sylvain, tu parles de chiffres alors que tu as passé deux ans à me mentir ? On ne parle pas de durée de mariage, on parle de respect ! Et vous, Maître Boyer, vous le connaissez vraiment, votre client ? Vous savez de quoi il est capable ?
— Restons-en aux faits, Monsieur Petitjean, répond Boyer avec un calme olympien.
— Ne me dites pas comment me comporter ! m'emporté-je. Sylvain, tu es là, avec ton avocat mannequin, à essayer de sauver tes meubles après avoir tout gâché !
La réunion tourne au désastre. Les insultes fusent entre Sylvain et moi, tandis que Maître Boyer nous observe avec une distance presque amusée. Maître Janin finit par clore la séance. En sortant, je me sens vidé.
La tension dans le bureau de Maître Janin est devenue si suffocante que j’ai l’impression que les murs se rapprochent pour m’écraser. J’ai besoin d’air, tout de suite. Sans un mot, je me lève brusquement sous les regards surpris. Je sors du cabinet et descends les escaliers pour me retrouver sur le trottoir. L'air froid de janvier me gifle le visage, mais cela ne suffit pas à calmer l'incendie qui ravage ma poitrine.
Je m'éloigne de quelques mètres, m'adossant à un mur pour essayer de stabiliser ma respiration. C’est alors que je les vois, un peu plus loin. Sylvain et Maître Boyer sont sortis eux aussi par une autre issue. Ils ne m'ont pas vu. Ils discutent, debout près d'une berline noire. Sylvain a ce regard... ce regard que je connaissais par cœur, celui qu'il réserve aux hommes qu'il veut séduire. Il sourit d'une manière que je ne lui ai pas vue depuis des années avec moi. Il se penche vers Maître Boyer, son corps tout entier tendu vers lui, comme magnétisé par la carrure d'athlète de l'avocat.
Boyer, lui, reste professionnel, mais ses yeux magnifiques brillent d'une lueur complice qui m'arrache le cœur. Voir mon mari dévorer des yeux son propre avocat alors que nous sommes en train de liquider notre vie me donne la nausée. Je me demande même si Sylvain couche déjà avec lui. Cette idée, aussi soudaine que violente, s'ancre en moi. Tout s'éclaire : son assurance, son choix de ce cabinet, ce défenseur si beau et sportif... Une boule de dégoût se forme dans ma gorge.
Je rentre dans l'immeuble, le cœur de pierre. Je remonte les marches et je me rassois à ma place pour continuer à parler du divorce. Sylvain et son avocat reviennent quelques minutes plus tard. Sylvain essaie de croiser mon regard, mais je fixe le bois de la table. La séance reprend. Maître Janin parle, Maître Boyer argumente sur la répartition des biens de notre mariage, mais pour moi, le son est coupé. Je ne prononcerai plus un seul mot jusqu'à la fin. Le silence est ma seule armure contre l'humiliation supplémentaire de les voir ensemble. Maître Janin me sollicite pour une précision, je ne réponds pas. Je suis déjà ailleurs.
Le retour à l'appartement se fait séparément. Je prends le bus, il prend sa voiture. Quand je pousse la porte, l'odeur de notre foyer me frappe comme une insulte. C'est ici que j'ai cru en lui pendant huit ans. Sylvain arrive peu après moi. Je suis dans la cuisine, je me sers un verre d'eau, les mains tremblantes. Il s'approche, l'air contrit, essayant de retrouver cette complicité que j'ai moi-même brisée le soir de Noël.
— Marceau, il faut qu’on parle... Ce n'était pas nécessaire de te murer dans le silence devant Maître Boyer. Écoute, je sais que c’est toi qui as pris la décision à Noël de retirer ton alliance, mais je ne voulais pas que ça se passe comme ça. On peut encore arranger les choses, non ? Je t'aime encore, malgré tout ce qui s'est passé.
Je ne réponds pas. Je le regarde, mais je ne vois que son sourire adressé à l'avocat sur le trottoir. Ses tentatives de recoller les morceaux me paraissent pathétiques après toutes ces tromperies. Il ne comprend pas que c’est fini, que c'est moi qui ai dit "Ok, on divorce" en lui tendant mon alliance à la figure ce 25 décembre. Le mal est fait, ses trahisons répétées ont eu raison de moi.
Il s'approche encore, tente de poser une main sur mon bras. Je me dégage vivement, sans un cri, sans une parole. Mon silence est un mur infranchissable. C'en est trop pour moi. Les larmes que je retenais depuis le cabinet finissent par déborder. Ce ne sont pas des larmes de regret, mais des larmes de deuil pour ces huit années jetées aux ordures. Je quitte la cuisine et je pars me réfugier dans ma chambre. Je verrouille la porte. Je m'écroule sur le lit, étouffant mes sanglots dans l'oreiller pour qu'il ne m'entende pas, même si je sais qu'il est planté derrière la porte à m'appeler.
La nuit est une torture. Je l'entends faire les cents pas dans le salon. Le silence de l'appartement est lourd, chargé de tout ce que nous ne nous dirons plus. Je reste prostré, fixant le plafond. L'image de Maître Boyer, si grand, si sportif, si parfait avec ses yeux magnifiques, tourne en boucle dans ma tête. Je me demande si Sylvain l'appelle en cachette, s'ils rient de moi, de mon silence, de ma détresse.
Le lendemain matin, la cohabitation reprend, mais elle est vidée de tout sens. Je ne lui adresse plus la parole, pas une syllabe. Quand il me demande si j'ai bien dormi, je l'ignore. Quand il essaie de s'excuser pour ses mensonges passés, je mets mes écouteurs. Il essaie désespérément de "recoller les morceaux", mais il ne se rend pas compte que le Marceau qui l'aimait est mort le soir de Noël. Celui qui reste n'a plus rien à lui dire, seulement l'envie que ce divorce se termine enfin.
Le plus dur, c'est l'échéance qui approche comme un couperet. Dans une semaine, jour pour jour, nous devons retourner dans ce bureau boisé pour nous confronter à nouveau. Je vais devoir à nouveau faire face à Sylvain, à son hypocrisie, et surtout à Maître Boyer. Redouter ce rendez-vous est un euphémisme. J'ai peur de ce que je pourrais voir dans leurs échanges de regards complices, peur de craquer à nouveau devant cet avocat si beau qui semble être devenu le nouvel objet de désir de mon mari.
Cette semaine s'annonce comme un long calvaire entre les murs de cet appartement devenu une cage. Sept jours de silence total, sept jours de larmes solitaires, avant de retourner dans l'arène pour la suite de cette procédure que j'ai moi-même lancée en enlevant mon alliance, mais que je n'ai plus la force de porter.
Le jour fatidique est enfin arrivé. Une semaine de silence de plomb s'achève dans le couloir étouffant de notre appartement. Je regarde Sylvain se préparer avec une colère froide. Il a choisi sa chemise la plus flatteuse, celle qui souligne sa carrure, et il a passé un temps infini à ajuster sa coiffure devant le miroir. Il ne s'habille pas pour une procédure de divorce ; il s'habille pour un rendez-vous galant. Sa vanité me donne la nausée. Nous nous rendons au cabinet séparément, comme deux étrangers liés par une haine froide et un passé en lambeaux que je ne reconnais plus.
Une fois dans le bureau, l'atmosphère est électrique, presque irrespirable. Maître Janin est prête, ses dossiers ouverts comme des armes sur la table. En face, Maître Boyer est impérial. Sa beauté sportive semble encore plus éclatante aujourd'hui sous la lumière crue des plafonniers du cabinet. Je remarque immédiatement le manège de mon mari. Il ne lâche pas l'avocat du regard, cherchant chaque occasion de frôler son bras ou de lui adresser un sourire complice qu'il croit irrésistible. La dispute ne tarde pas à éclater, plus violente que la précédente. Sylvain essaie encore de jouer la carte du mari éploré qui veut soi-disant "recoller les morceaux", tout en chipotant avec une mesquinerie sans nom sur le moindre meuble.
— Tu ne peux pas me retirer ça, Marceau ! C’est nous qui l’avons choisi ensemble ! crie-t-il en cherchant l'approbation de Maître Boyer.
— Il n’y a plus de "nous", Sylvain ! Je t'ai rendu ton alliance à Noël, tu l'as déjà oublié entre deux messages à tes amants ?
Les insultes pleuvent et les cris résonnent contre les parois boisées du bureau. Je sens ma gorge se nouer devant tant de mauvaise foi et de théâtre. Maître Janin tente de me calmer, tandis que Maître Boyer garde un calme olympien, bien que je remarque une lueur de gêne dans ses yeux magnifiques face au comportement déplacé de son client. Finalement, la séance est levée sans aucun accord possible. Sylvain sort en premier, s'empressant de suivre son avocat vers l'ascenseur en lui parlant à voix basse, le corps penché vers lui. Je reste là, vidé, incapable de bouger.
Je sors quelques minutes plus tard avec Maître Janin. Elle me serre brièvement la main sur le trottoir, m'encourageant d'un regard professionnel à tenir bon malgré l'épreuve qui s'annonce longue. Une fois qu'elle s'éloigne, je me retrouve seul face au vide de ma nouvelle vie de futur divorcé. Je n'ai pas la force de rentrer tout de suite dans notre appartement, cette cage où l'ombre de ses tromperies me poursuit sans relâche depuis trop d'années.
Je traverse la rue d'un pas automate et je vais m'installer au petit café situé juste en face du cabinet. Je commande un thé, cherchant un peu de chaleur pour mes mains qui ne cessent de trembler. Une fois que le serveur pose la tasse fumante devant moi, la digue lâche enfin. Je me fiche des passants qui me regardent, je me fiche de la rumeur de la ville. Je cache mon visage dans mes mains et je me mets à pleurer à chaudes larmes. Je pleure sur les huit ans de mensonges, sur la trahison sanglante du jour de Noël, et sur cette humiliation constante de voir l'homme que j'ai aimé courtiser ouvertement son propre avocat sous mes yeux.
Soudain, je sens une main ferme mais étonnamment douce se poser sur mon épaule. Je me retourne en sursaut, le cœur battant à tout rompre, mes yeux rouges et brouillés de larmes tombant sur la silhouette de l'avocat adverse. Maître Boyer se tient devant moi. Il me tend un mouchoir en papier d'un geste empreint d'une grande sollicitude.
— Excusez-moi, Monsieur Petitjean ? Est-ce que je peux m'asseoir ? me demande-t-il d'une voix très calme.
Je suis tellement surpris et vulnérable que je n'ose pas dire non. Je prends le mouchoir, j'essuie mes joues en essayant tant bien que mal de reprendre une contenance digne.
— Est-ce que vous avez le droit de parler à la partie adverse dans un cas de divorce ? demandé-je d'une voix tremblante.
— Je ne pouvais pas vous laisser dans cet état, me répond-il simplement en s'installant en face de moi.
Il commande la même chose que moi au serveur, un thé, puis se tourne à nouveau vers moi. Son regard, d'une intensité troublante, semble lire en moi comme dans un livre ouvert.
— Je suis sincèrement désolé de ce qui est en train d'arriver, murmure-t-il.
La colère remonte d'un coup, malgré ma profonde tristesse. Je le fusille du regard, incapable de retenir mon amertume.
— Vous devez bien en rire avec Sylvain quand vous vous voyez pour baiser ensemble, Maître Boyer ? lancé-je avec venin.
L'avocat garde son calme, mais un petit sourire apparaît sur ses lèvres, un sourire sincère et sans moquerie.
— En dehors du cabinet, vous pouvez m'appeler Jean-Christophe, dit-il. Et je ne couche pas avec votre ex-futur mari.
— Pourtant, les regards qu'il vous lance... il ne se cache même plus, même devant moi, même devant mon avocate, répliqué-je en détournant les yeux.
— Je l'ai déjà remarqué, m'avoue-t-il. Et j'en ai fait part à Sylvain très clairement. Je lui ai demandé d'arrêter immédiatement car je n'étais absolument pas intéressé. Ce genre de comportement n'a pas sa place dans mon cadre de travail.
Je reste silencieux, totalement déstabilisé par sa franchise. Il poursuit d'une voix plus douce, presque confidentielle :
— Vous savez, j'ai lu votre dossier attentivement. Je trouve horrible toutes les tromperies que vous avez subies durant ces années. Personne ne mérite d'être traité ainsi, surtout après huit ans de vie commune. Mais je suis son avocat, je dois faire mon travail pour la répartition des biens, et j'en suis sincèrement désolé d'avance.
— Pourquoi me dire ça maintenant ? Pourquoi être venu me parler ici ?
— Parce que derrière les procédures et les lois, il y a des êtres humains. Et parce que vous me semblez être quelqu'un de bien, Marceau. Je ne supportais pas de vous voir sortir du cabinet dans cet état alors que lui cherchait déjà à me séduire maladroitement sur le trottoir.
Nous continuons de discuter encore une heure entière. Il m'interroge sur ma vie et sur mon métier, s'éloignant totalement du cadre juridique habituel. Au moment de se dire au revoir, il sort une carte de son portefeuille et note quelque chose rapidement au dos.
— Tenez, me dit-il en me tendant sa carte avec son numéro personnel écrit à la main. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, de parler simplement ou d'échapper à l'ambiance pesante de chez vous, vous pouvez m'appeler. Cela me ferait vraiment plaisir de vous entendre.
Je prends le petit morceau de carton, le cœur battant, alors que je le regarde s'éloigner dans la rue avec son allure athlétique, me laissant seul avec mes pensées.
Fin du chapitre 1.
Le sapin trône dans le coin du salon, ses guirlandes clignotent avec une ironie cruelle. C’est censé être une trêve, un moment de douceur après huit ans de vie commune et deux ans d’un mariage où nous avons chacun gardé nos noms, comme pour préserver une indépendance que Sylvain Grand a finalement utilisée pour me trahir. Je regarde Sylvain. Il est là, physiquement, mais son esprit est ailleurs, probablement perdu dans l’écran de son téléphone qu’il incline maladroitement pour que je ne voie pas ses notifications.
Depuis un an, le silence dans notre lit est devenu assourdissant. Moi, Marceau Petitjean, j’ai tout tenté : les dîners aux chandelles, les discussions à cœur ouvert, les compromis impossibles. J'ai encaissé ses infidélités passées, je les ai rangées dans une boîte au fond de mon esprit, attendant des excuses qui ne sont jamais venues. Je voulais sauver "nous". Je m'accrochais à l'idée de l'homme dont je suis tombé amoureux il y a huit ans.
Mais ce soir, le destin décide de me frapper une dernière fois. Sylvain s’absente pour remplir les verres, laissant son téléphone sur la table basse. Une notification illumine l’écran. Je ne devrais pas regarder. Je connais la règle. Mais mes yeux trahissent ma volonté. C'est un message explicite, accompagné d'une photo qui ne laisse aucune place au doute. Encore. Toujours. Même le jour de Noël.
Quand il revient, le sourire aux lèvres, je sens une décharge électrique parcourir ma colonne vertébrale. La colère, froide et lucide, remplace enfin la tristesse qui me paralysait depuis trop longtemps.
— C’est qui, cette fois ? ma voix est un murmure, mais elle claque comme un fouet.
La dispute éclate, plus violente que toutes les précédentes. Les mots volent, acérés, cherchant la faille. Sylvain Grand crie qu'il veut divorcer depuis des mois, que je l'étouffe avec mes tentatives de réconciliation désespérées. Il déverse sa rancœur, son envie d'ailleurs. Et moi, Marceau, je l'écoute, immobile au milieu du salon. Quelque chose en moi vient de se briser définitivement. Ce n'est pas une fêlure, c'est un effondrement.
Je baisse les yeux sur ma main gauche. Cette alliance, symbole d'une promesse qu'il a piétinée dès le premier jour. Mes doigts tremblent, mais mon geste est assuré. Je fais glisser l'anneau d'or. Le métal semble peser une tonne, puis plus rien. Je m'approche de lui. Il s'arrête de hurler, surpris par mon calme soudain. Je lui tends la paume, l'alliance brillant sous les lumières du sapin.
— Ok, Sylvain. On divorce.
Ses yeux s'écarquillent. Je vois la panique remplacer la colère dans son regard.
— Tiens. Et joyeux Noël, ajouté-je avec un sourire amer qui me brûle les lèvres.
Je lui laisse le bijou dans la main et je marche jusqu'au canapé. Je m'écroule, les larmes, jaillissant enfin, libérées d'une digue qui tenait depuis trop longtemps. Sylvain se précipite, il s'agenouille, il bafouille qu'il ne veut plus partir, qu'il a dit ça sous le coup de la colère, qu'il m'aime. Mais le mal est fait. La page est tournée, arrachée, brûlée.
Les semaines qui suivent Noël ressemblent à un long hiver polaire à l'intérieur de notre appartement. Nous sommes deux fantômes piégés dans les mêmes murs. Le divorce est lancé, la machine administrative est en route, implacable. Mais en attendant que les papiers soient signés et que l'un de nous déménage, il faut cohabiter. Marceau Petitjean et Sylvain Grand, deux noms sur un bail qui n'a plus de sens.
Chaque matin est un défi. Le bruit de la cafetière, l'odeur de son parfum, le froissement des draps dans la chambre d'amis où il dort désormais... tout me rappelle ce que j'ai perdu et ce que j'ai enduré. Sylvain oscille entre des tentatives de séduction pathétiques et des accès de mauvaise humeur noire. Parfois, il essaie de m'effleurer le bras en passant dans le couloir, comme s'il espérait qu'une étincelle puisse encore mettre le feu aux poudres. Je me recule systématiquement.
L'intimité est morte, remplacée par une politesse glaciale qui dérape souvent. Une simple question sur les courses ou sur une facture d'électricité peut dégénérer en un procès de notre relation.
— Tu n'as jamais su m'écouter, Marceau, me lance-t-il un soir alors que nous rangeons les assiettes en silence.
— Et toi, Sylvain, tu n'as jamais su être fidèle, même un jour de fête, je réplique sans même le regarder.
Le silence retombe, lourd, étouffant. Je me réfugie dans mon travail, essayant d'imaginer ma vie sans lui, sans ce poids constant sur la poitrine. C'est terrifiant et libérateur à la fois, mais une question me taraude : pourquoi insiste-t-il tant pour rester maintenant qu'il a enfin obtenu ce qu'il demandait ? Est-ce de la culpabilité, ou un nouveau jeu de manipulation dont Sylvain Grand a le secret ?
Le rendez-vous est fixé dans le cabinet de mon avocate, Maître Janin Laurence. C'est une femme au regard acéré, vêtue d'une élégance stricte qui m'inspire confiance. Elle sait que je suis à bout, elle connaît mon dossier par cœur. Nous sommes assis dans son bureau boisé, l'atmosphère est tendue.
La porte s'ouvre, et mon cœur rate un battement. Sylvain entre, suivi de son avocat, Maître Boyer Jean-Christophe. Je reste pétrifié. L'homme est d'une beauté insolente. Grand, une carrure d'athlète qui se devine sous la coupe parfaite de son costume sombre, il dégage une assurance magnétique. Ses yeux sont magnifiques, d'un bleu profond, encadrés par un regard qui semble tout analyser. Il a l'air très sportif, le genre d'homme que Sylvain remarque toujours.
Alors que nous nous asseyons, une pensée toxique s'immisce dans mon esprit : est-ce que Sylvain couche avec lui ? Connaissant l'appétit de mon mari pour la nouveauté, son attirance pour ce type d'homme et son absence totale de limites, l'idée me donne la nausée. La complicité entre eux semble trop fluide. Sylvain le regarde avec une admiration qu'il n'a plus pour moi.
— Bien, commence Maître Janin, nous sommes ici pour discuter des modalités de la séparation entre Monsieur Petitjean et Monsieur Grand.
Sylvain soupire, cherchant du regard le soutien de son conseil. Maître Boyer sourit, un sourire de prédateur poli, et pose une main sur le dossier. Ses mains sont soignées, son allure athlétique est troublante.
— Est-ce qu'on est obligé d'en arriver là ? demande Sylvain en me fixant. Marceau, tu sais très bien que je ne voulais pas que ça se termine comme ça.
— C’est un peu tard pour les regrets, intervient Maître Janin d'un ton sec.
Maître Boyer prend la parole d'une voix grave et posée :
— Mon client est disposé à faire des concessions, mais nous trouvons les demandes de Monsieur Petitjean un peu excessives, Maître.
Je regarde Sylvain, puis ce superbe Jean-Christophe Boyer. L'idée que Sylvain puisse m'avoir trompé avec l'homme qui le défend me torture l'esprit.
— Excessives ? j'éclate enfin. Sylvain, tu parles de chiffres alors que tu as passé deux ans à me mentir ? On ne parle pas de durée de mariage, on parle de respect ! Et vous, Maître Boyer, vous le connaissez vraiment, votre client ? Vous savez de quoi il est capable ?
— Restons-en aux faits, Monsieur Petitjean, répond Boyer avec un calme olympien.
— Ne me dites pas comment me comporter ! m'emporté-je. Sylvain, tu es là, avec ton avocat mannequin, à essayer de sauver tes meubles après avoir tout gâché !
La réunion tourne au désastre. Les insultes fusent entre Sylvain et moi, tandis que Maître Boyer nous observe avec une distance presque amusée. Maître Janin finit par clore la séance. En sortant, je me sens vidé.
La tension dans le bureau de Maître Janin est devenue si suffocante que j’ai l’impression que les murs se rapprochent pour m’écraser. J’ai besoin d’air, tout de suite. Sans un mot, je me lève brusquement sous les regards surpris. Je sors du cabinet et descends les escaliers pour me retrouver sur le trottoir. L'air froid de janvier me gifle le visage, mais cela ne suffit pas à calmer l'incendie qui ravage ma poitrine.
Je m'éloigne de quelques mètres, m'adossant à un mur pour essayer de stabiliser ma respiration. C’est alors que je les vois, un peu plus loin. Sylvain et Maître Boyer sont sortis eux aussi par une autre issue. Ils ne m'ont pas vu. Ils discutent, debout près d'une berline noire. Sylvain a ce regard... ce regard que je connaissais par cœur, celui qu'il réserve aux hommes qu'il veut séduire. Il sourit d'une manière que je ne lui ai pas vue depuis des années avec moi. Il se penche vers Maître Boyer, son corps tout entier tendu vers lui, comme magnétisé par la carrure d'athlète de l'avocat.
Boyer, lui, reste professionnel, mais ses yeux magnifiques brillent d'une lueur complice qui m'arrache le cœur. Voir mon mari dévorer des yeux son propre avocat alors que nous sommes en train de liquider notre vie me donne la nausée. Je me demande même si Sylvain couche déjà avec lui. Cette idée, aussi soudaine que violente, s'ancre en moi. Tout s'éclaire : son assurance, son choix de ce cabinet, ce défenseur si beau et sportif... Une boule de dégoût se forme dans ma gorge.
Je rentre dans l'immeuble, le cœur de pierre. Je remonte les marches et je me rassois à ma place pour continuer à parler du divorce. Sylvain et son avocat reviennent quelques minutes plus tard. Sylvain essaie de croiser mon regard, mais je fixe le bois de la table. La séance reprend. Maître Janin parle, Maître Boyer argumente sur la répartition des biens de notre mariage, mais pour moi, le son est coupé. Je ne prononcerai plus un seul mot jusqu'à la fin. Le silence est ma seule armure contre l'humiliation supplémentaire de les voir ensemble. Maître Janin me sollicite pour une précision, je ne réponds pas. Je suis déjà ailleurs.
Le retour à l'appartement se fait séparément. Je prends le bus, il prend sa voiture. Quand je pousse la porte, l'odeur de notre foyer me frappe comme une insulte. C'est ici que j'ai cru en lui pendant huit ans. Sylvain arrive peu après moi. Je suis dans la cuisine, je me sers un verre d'eau, les mains tremblantes. Il s'approche, l'air contrit, essayant de retrouver cette complicité que j'ai moi-même brisée le soir de Noël.
— Marceau, il faut qu’on parle... Ce n'était pas nécessaire de te murer dans le silence devant Maître Boyer. Écoute, je sais que c’est toi qui as pris la décision à Noël de retirer ton alliance, mais je ne voulais pas que ça se passe comme ça. On peut encore arranger les choses, non ? Je t'aime encore, malgré tout ce qui s'est passé.
Je ne réponds pas. Je le regarde, mais je ne vois que son sourire adressé à l'avocat sur le trottoir. Ses tentatives de recoller les morceaux me paraissent pathétiques après toutes ces tromperies. Il ne comprend pas que c’est fini, que c'est moi qui ai dit "Ok, on divorce" en lui tendant mon alliance à la figure ce 25 décembre. Le mal est fait, ses trahisons répétées ont eu raison de moi.
Il s'approche encore, tente de poser une main sur mon bras. Je me dégage vivement, sans un cri, sans une parole. Mon silence est un mur infranchissable. C'en est trop pour moi. Les larmes que je retenais depuis le cabinet finissent par déborder. Ce ne sont pas des larmes de regret, mais des larmes de deuil pour ces huit années jetées aux ordures. Je quitte la cuisine et je pars me réfugier dans ma chambre. Je verrouille la porte. Je m'écroule sur le lit, étouffant mes sanglots dans l'oreiller pour qu'il ne m'entende pas, même si je sais qu'il est planté derrière la porte à m'appeler.
La nuit est une torture. Je l'entends faire les cents pas dans le salon. Le silence de l'appartement est lourd, chargé de tout ce que nous ne nous dirons plus. Je reste prostré, fixant le plafond. L'image de Maître Boyer, si grand, si sportif, si parfait avec ses yeux magnifiques, tourne en boucle dans ma tête. Je me demande si Sylvain l'appelle en cachette, s'ils rient de moi, de mon silence, de ma détresse.
Le lendemain matin, la cohabitation reprend, mais elle est vidée de tout sens. Je ne lui adresse plus la parole, pas une syllabe. Quand il me demande si j'ai bien dormi, je l'ignore. Quand il essaie de s'excuser pour ses mensonges passés, je mets mes écouteurs. Il essaie désespérément de "recoller les morceaux", mais il ne se rend pas compte que le Marceau qui l'aimait est mort le soir de Noël. Celui qui reste n'a plus rien à lui dire, seulement l'envie que ce divorce se termine enfin.
Le plus dur, c'est l'échéance qui approche comme un couperet. Dans une semaine, jour pour jour, nous devons retourner dans ce bureau boisé pour nous confronter à nouveau. Je vais devoir à nouveau faire face à Sylvain, à son hypocrisie, et surtout à Maître Boyer. Redouter ce rendez-vous est un euphémisme. J'ai peur de ce que je pourrais voir dans leurs échanges de regards complices, peur de craquer à nouveau devant cet avocat si beau qui semble être devenu le nouvel objet de désir de mon mari.
Cette semaine s'annonce comme un long calvaire entre les murs de cet appartement devenu une cage. Sept jours de silence total, sept jours de larmes solitaires, avant de retourner dans l'arène pour la suite de cette procédure que j'ai moi-même lancée en enlevant mon alliance, mais que je n'ai plus la force de porter.
Le jour fatidique est enfin arrivé. Une semaine de silence de plomb s'achève dans le couloir étouffant de notre appartement. Je regarde Sylvain se préparer avec une colère froide. Il a choisi sa chemise la plus flatteuse, celle qui souligne sa carrure, et il a passé un temps infini à ajuster sa coiffure devant le miroir. Il ne s'habille pas pour une procédure de divorce ; il s'habille pour un rendez-vous galant. Sa vanité me donne la nausée. Nous nous rendons au cabinet séparément, comme deux étrangers liés par une haine froide et un passé en lambeaux que je ne reconnais plus.
Une fois dans le bureau, l'atmosphère est électrique, presque irrespirable. Maître Janin est prête, ses dossiers ouverts comme des armes sur la table. En face, Maître Boyer est impérial. Sa beauté sportive semble encore plus éclatante aujourd'hui sous la lumière crue des plafonniers du cabinet. Je remarque immédiatement le manège de mon mari. Il ne lâche pas l'avocat du regard, cherchant chaque occasion de frôler son bras ou de lui adresser un sourire complice qu'il croit irrésistible. La dispute ne tarde pas à éclater, plus violente que la précédente. Sylvain essaie encore de jouer la carte du mari éploré qui veut soi-disant "recoller les morceaux", tout en chipotant avec une mesquinerie sans nom sur le moindre meuble.
— Tu ne peux pas me retirer ça, Marceau ! C’est nous qui l’avons choisi ensemble ! crie-t-il en cherchant l'approbation de Maître Boyer.
— Il n’y a plus de "nous", Sylvain ! Je t'ai rendu ton alliance à Noël, tu l'as déjà oublié entre deux messages à tes amants ?
Les insultes pleuvent et les cris résonnent contre les parois boisées du bureau. Je sens ma gorge se nouer devant tant de mauvaise foi et de théâtre. Maître Janin tente de me calmer, tandis que Maître Boyer garde un calme olympien, bien que je remarque une lueur de gêne dans ses yeux magnifiques face au comportement déplacé de son client. Finalement, la séance est levée sans aucun accord possible. Sylvain sort en premier, s'empressant de suivre son avocat vers l'ascenseur en lui parlant à voix basse, le corps penché vers lui. Je reste là, vidé, incapable de bouger.
Je sors quelques minutes plus tard avec Maître Janin. Elle me serre brièvement la main sur le trottoir, m'encourageant d'un regard professionnel à tenir bon malgré l'épreuve qui s'annonce longue. Une fois qu'elle s'éloigne, je me retrouve seul face au vide de ma nouvelle vie de futur divorcé. Je n'ai pas la force de rentrer tout de suite dans notre appartement, cette cage où l'ombre de ses tromperies me poursuit sans relâche depuis trop d'années.
Je traverse la rue d'un pas automate et je vais m'installer au petit café situé juste en face du cabinet. Je commande un thé, cherchant un peu de chaleur pour mes mains qui ne cessent de trembler. Une fois que le serveur pose la tasse fumante devant moi, la digue lâche enfin. Je me fiche des passants qui me regardent, je me fiche de la rumeur de la ville. Je cache mon visage dans mes mains et je me mets à pleurer à chaudes larmes. Je pleure sur les huit ans de mensonges, sur la trahison sanglante du jour de Noël, et sur cette humiliation constante de voir l'homme que j'ai aimé courtiser ouvertement son propre avocat sous mes yeux.
Soudain, je sens une main ferme mais étonnamment douce se poser sur mon épaule. Je me retourne en sursaut, le cœur battant à tout rompre, mes yeux rouges et brouillés de larmes tombant sur la silhouette de l'avocat adverse. Maître Boyer se tient devant moi. Il me tend un mouchoir en papier d'un geste empreint d'une grande sollicitude.
— Excusez-moi, Monsieur Petitjean ? Est-ce que je peux m'asseoir ? me demande-t-il d'une voix très calme.
Je suis tellement surpris et vulnérable que je n'ose pas dire non. Je prends le mouchoir, j'essuie mes joues en essayant tant bien que mal de reprendre une contenance digne.
— Est-ce que vous avez le droit de parler à la partie adverse dans un cas de divorce ? demandé-je d'une voix tremblante.
— Je ne pouvais pas vous laisser dans cet état, me répond-il simplement en s'installant en face de moi.
Il commande la même chose que moi au serveur, un thé, puis se tourne à nouveau vers moi. Son regard, d'une intensité troublante, semble lire en moi comme dans un livre ouvert.
— Je suis sincèrement désolé de ce qui est en train d'arriver, murmure-t-il.
La colère remonte d'un coup, malgré ma profonde tristesse. Je le fusille du regard, incapable de retenir mon amertume.
— Vous devez bien en rire avec Sylvain quand vous vous voyez pour baiser ensemble, Maître Boyer ? lancé-je avec venin.
L'avocat garde son calme, mais un petit sourire apparaît sur ses lèvres, un sourire sincère et sans moquerie.
— En dehors du cabinet, vous pouvez m'appeler Jean-Christophe, dit-il. Et je ne couche pas avec votre ex-futur mari.
— Pourtant, les regards qu'il vous lance... il ne se cache même plus, même devant moi, même devant mon avocate, répliqué-je en détournant les yeux.
— Je l'ai déjà remarqué, m'avoue-t-il. Et j'en ai fait part à Sylvain très clairement. Je lui ai demandé d'arrêter immédiatement car je n'étais absolument pas intéressé. Ce genre de comportement n'a pas sa place dans mon cadre de travail.
Je reste silencieux, totalement déstabilisé par sa franchise. Il poursuit d'une voix plus douce, presque confidentielle :
— Vous savez, j'ai lu votre dossier attentivement. Je trouve horrible toutes les tromperies que vous avez subies durant ces années. Personne ne mérite d'être traité ainsi, surtout après huit ans de vie commune. Mais je suis son avocat, je dois faire mon travail pour la répartition des biens, et j'en suis sincèrement désolé d'avance.
— Pourquoi me dire ça maintenant ? Pourquoi être venu me parler ici ?
— Parce que derrière les procédures et les lois, il y a des êtres humains. Et parce que vous me semblez être quelqu'un de bien, Marceau. Je ne supportais pas de vous voir sortir du cabinet dans cet état alors que lui cherchait déjà à me séduire maladroitement sur le trottoir.
Nous continuons de discuter encore une heure entière. Il m'interroge sur ma vie et sur mon métier, s'éloignant totalement du cadre juridique habituel. Au moment de se dire au revoir, il sort une carte de son portefeuille et note quelque chose rapidement au dos.
— Tenez, me dit-il en me tendant sa carte avec son numéro personnel écrit à la main. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, de parler simplement ou d'échapper à l'ambiance pesante de chez vous, vous pouvez m'appeler. Cela me ferait vraiment plaisir de vous entendre.
Je prends le petit morceau de carton, le cœur battant, alors que je le regarde s'éloigner dans la rue avec son allure athlétique, me laissant seul avec mes pensées.
Fin du chapitre 1.
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