Le divorce (4)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 28-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 4

Le bruit de la machine à café semble résonner contre les murs nus de la cuisine comme un marteau-piqueur. Je reste immobile devant le plan de travail, les yeux fixés sur la vapeur qui s'échappe, tandis que derrière moi, dans le salon, j'entends le froissement sec des photos que Sylvain manipule. Chaque bruit de papier glacé est une griffure sur mes nerfs. Je me sens oppressé, pris en étau entre la pitié que m'inspire cet homme brisé et l'envie furieuse de m'enfuir loin de cette mise en scène mélancolique.

Soudain, mon téléphone, posé juste à côté de la cafetière, se met à vibrer sur le plan de travail. Le vrombissement sourd sur le bois me fait sursauter. Je jette un regard furtif vers le salon. Sylvain s'est redressé, le cou tendu, l'oreille aux aguets. Le nom qui s'affiche sur l'écran fait bondir mon cœur : Jean-Christophe.

Je saisis l'appareil d'un geste brusque, mon premier réflexe étant de vouloir l'éteindre, mais mes doigts hésitent. Si je ne réponds pas, il va s'inquiéter. Si je réponds, je prends le risque de déclencher une nouvelle tempête. Je décroche finalement, portant le téléphone à mon oreille tout en m'enfonçant le plus possible dans le coin de la cuisine, le dos tourné à la porte.
— Allô ? murmurai-je si doucement que ma propre voix me semble étrangère.
— Bonjour Marceau. Est-ce que je te réveille ?

Sa voix, à l'autre bout du fil, est un contraste violent avec l'ambiance de l'appartement. Elle est claire, assurée, teintée d'une joie qui me fait presque mal.
— Non, non... je suis réveillé depuis un moment.
— Tu as une voix étrange. Est-ce que tout va bien ? Tu peux parler librement ?
— Pas vraiment... c'est un peu compliqué là tout de suite.

Je baisse encore le ton, au point que c'est à peine un murmure inaudible. Je ne veux pas que Sylvain, qui est à peine à quelques mètres de moi, puisse capter le moindre mot.
— Je comprends. Il est là, n'est-ce pas ? Je t'appelle parce que nous sommes dimanche matin, Marceau. Le cabinet est fermé, le monde tourne au ralenti, et j'avais une idée en tête. J'aimerais passer la journée entière avec toi. On pourrait s'échapper de la ville, aller voir la mer ou simplement marcher ailleurs que dans ton quartier. Qu'est-ce que tu en penses ?

Un silence se fait à l'autre bout du fil. Je sens l'espoir de Jean-Christophe poindre. J'imagine son regard sérieux derrière son bureau, ou peut-être est-il encore chez lui, dans cet appartement si calme que j'ai quitté quelques heures plus tôt. La proposition est une bouffée d'oxygène, mais elle me semble presque impossible à réaliser.
— J'aimerais beaucoup... vraiment. Mais je ne sais pas si c'est le bon moment. La situation est très tendue ici. Je crois que je devrais rester pour calmer le jeu.
— Écoute-moi, Marceau. Ne reste pas enfermé là-dedans. Je n'accepte pas ton refus. Tu as besoin de respirer, et j'ai besoin de te voir. Je n'ai pas arrêté de penser à notre discussion dans la voiture, Marceau. J'attendais que tu me donnes un signe. Alors, comment s'est finie ta soirée après que je t'ai déposé ?
— C'était... bien.
— "Bien" ? C'est tout ce que j'obtiens pour hier soir ? plaisante-t-il, essayant de détendre l'atmosphère. J'espérais un adjectif un peu plus fleuri, surtout après avoir failli me transformer en loup, comme tu disais. Viens passer ce dimanche avec moi, Marceau. Ne me dis pas non. Dis-moi oui. On part tout de suite, dès que tu peux sortir.
— Jean-Christophe, je ne peux pas... ce n'est pas raisonnable, pas ce matin.
— Je me moque d'être raisonnable. Je t'offre une porte de sortie pour toute la journée. Saisis-la. Dis-moi oui, Marceau. Je sens que tu en as envie autant que moi.

Je ferme les yeux, visualisant son sourire malicieux et sa détermination. L'espace d'une seconde, la cuisine disparaît, les photos au sol s'effacent. Mais le bruit d'une chaise qui racle le sol du salon me ramène brutalement à la réalité. Sylvain vient de se lever. Je sens sa présence qui se rapproche, lourde de reproches silencieux.
— D'accord... murmurai-je enfin, cédant à son insistance qui me réchauffe le cœur. D'accord, je viens. Dis-moi juste où et quand.
— Parfait. Je savais que tu finirais par dire oui. Je passe te prendre au même endroit que hier dans quarante-cinq minutes. Sois prêt, on va profiter de chaque heure de ce dimanche.
— Écoute, je dois vraiment y aller, soufflai-je précipitamment, la panique montant d'un cran en entendant les pas de Sylvain. On se voit tout à l'heure alors.
— J'ai hâte. Sois fort, Marceau. À tout de suite.

Je raccroche et je pose le téléphone face contre terre sur le meuble, comme si cela pouvait dissimuler le fait que je viens de parler à l'homme qu'il déteste le plus. Je prends deux tasses, les mains tremblantes, et je sers le café avec une concentration exagérée pour masquer mon malaise. Quand je me retourne, Sylvain est planté dans l'encadrement de la porte. Il ne dit rien, mais son regard passe de mon visage à l'appareil posé sur le plan de travail.
— C'était lui, n'est-ce pas ? demande-t-il d'une voix traînante, dénuée de colère mais pleine d'une douleur lancinante.
— C'était un appel pour le travail, mentis-je, détestant une fois de plus la sensation de la tromperie sur ma langue, surtout un dimanche matin.
— Arrête, Marceau. Je ne suis pas sourd. Personne ne parle au travail avec cette voix-là, encore moins le dimanche. Personne ne sourit comme ça en raccrochant un appel professionnel. Tu lui parles déjà comme si vous étiez ensemble depuis toujours. Qu'est-ce qu'il te voulait ? Il veut t'emmener quelque part pour finir de me rayer de ta carte ?
— Sylvain, prends ton café. On a dit qu'on restait calmes. On est dimanche, essayons de ne pas gâcher la journée.
— Comment veux-tu que je sois calme ? Je suis ici, entouré des débris de notre vie, et toi, tu murmures des mots doux à l'homme qui est en train de me remplacer froidement. C’est comme si tu m'enterrais vivant et que tu dansais déjà sur ma tombe, avec lui pour te tenir la main.
— Je ne danse sur rien du tout ! m'exclamai-je, ma voix montant malgré moi avant de retomber aussitôt en un murmure. Je cherche juste à respirer, Sylvain. C'est tout. Tu m'étouffes avec tes photos et tes souvenirs étalés partout. Laisse-moi un peu d'espace pour aujourd'hui. Je vais sortir d'ici peu, j'ai besoin de marcher.

Je lui tends sa tasse. Nos doigts se frôlent, et contrairement au contact avec Jean-Christophe, celui-ci me glace. Sylvain prend le café, mais il ne me quitte pas des yeux. Le malaise est tel que j'ai l'impression que les murs se rapprochent de moi. Chaque seconde passée dans cette cuisine avec lui devient un supplice.
— Il ne t'aimera jamais comme moi, Marceau, lâche-t-il avant de se détourner pour retourner vers son canapé et ses reliques. Profite bien de ses appels en cachette, car un jour, tu te rendras compte que le prestige ne remplace pas l'histoire qu'on avait, nous. S'il veut te voir aujourd'hui, vas-y. Mais n'oublie pas qui t'attend ici quand tu reviendras à la réalité.

Je m'enfuis vers la salle de bain, le cœur battant à un rythme effréné. Je verrouille la porte, un geste devenu presque instinctif ces derniers temps, et je m'appuie contre le battant froid. Dans le miroir, mon visage est pâle, contrastant avec l'éclat nerveux dans mes yeux. J'ai quarante minutes. Pas une de plus.

Je me prépare avec une rapidité fébrile. Je passe de l'eau fraîche sur mon visage pour effacer les traces de ma nuit agitée et je tente de dompter mes cheveux d'une main tremblante. Je choisis une tenue simple mais soignée : un jean sombre et un pull en cachemire gris que Jean-Christophe n'a pas encore vu. Chaque geste est calculé pour ne pas faire trop de bruit, pour ne pas provoquer une nouvelle intrusion de Sylvain.

Quand je sors de la salle de bain pour retourner dans ma chambre, je dois traverser une partie du salon. Sylvain est toujours là, prostré sur le canapé. Il ne me regarde pas directement, mais je sens son attention fixée sur chacun de mes mouvements. Le silence entre nous est tranchant comme une lame. Je récupère mon sac, vérifie que mon téléphone est bien chargé, et j'enfile ma veste.

Je m'approche de la porte d'entrée, mes clés à la main. Je m'arrête un instant, la main sur la poignée, me sentant coupable de le laisser ainsi au milieu de ses photos.
— Je m'en vais, Sylvain. Je ne sais pas à quelle heure je rentrerai ce soir.
Il lève enfin les yeux vers moi. Son regard est vide, une coquille dévastée par la tristesse.
— Tu t'en vas pour de bon, n'est-ce pas ? Même si tu reviens dormir ici ce soir, tu n'es déjà plus là.
— Je sors juste pour la journée. On a besoin de ne pas se voir pendant quelques heures, c'est mieux pour tout le monde.
— Ne me mens pas, Marceau. Vas-y. Va rejoindre ton bel avocat. Va voir si son monde est aussi brillant que tu l'imagines. Mais n'oublie pas que les souvenirs, eux, ne mentent pas.

Je ne réponds pas. Je ne peux plus. Je tourne la poignée et je sors sur le palier, refermant la porte derrière moi avec un clic définitif. Dès que je suis dans l'escalier, je descends les marches presque en courant. J'ai l'impression de m'échapper d'une prison. L'air frais de la rue me fouette le visage et je prends une immense inspiration, comme si je n'avais pas respiré depuis des heures.

Je marche rapidement vers le coin de la rue, là où Jean-Christophe m'a donné rendez-vous. Ma montre indique qu'il reste cinq minutes, mais quand j'arrive au croisement, sa berline sombre est déjà garée le long du trottoir. Il est en avance.

À travers le pare-brise, je l'aperçois. Il ne porte pas de costume aujourd'hui. Il arbore une veste en cuir marron et un pull à col roulé sombre qui lui donne un air plus décontracté, presque aventurier. Dès qu'il m'aperçoit, son visage s'éclaire d'un sourire radieux. Il descend de la voiture et vient à ma rencontre sur le trottoir.
— Tu as réussi, murmure-t-il en s'arrêtant devant moi, ses yeux parcourant mon visage avec une sollicitude qui me fait presque monter les larmes aux yeux. J'ai eu peur que tu ne changes d'avis au dernier moment.
— J'ai failli, avouai-je à voix basse. C'était... c'était très dur de sortir de là.

Il pose brièvement sa main sur mon épaule, un contact ferme et rassurant.
— Oublie tout ça pour aujourd'hui. On laisse les dossiers, les ex et les soucis derrière nous. Aujourd'hui, c'est juste toi et moi. On va voir la mer, Marceau. On va laisser le vent nous vider la tête.

Il m'ouvre la portière, et cette fois, quand je m'installe sur le siège en cuir, je ne me sens pas comme une victime qu'on escorte. Je me sens comme un homme qui part à l'aventure. Il s'installe au volant, démarre le moteur et pose un regard malicieux sur moi.
— Prêt pour une journée où "bien" ne sera pas le seul adjectif autorisé ?

Je ris, un vrai rire libérateur.
— Prêt, Jean-Christophe. Emmène-moi loin d'ici.

La route vers la côte s'étire comme un ruban de liberté. À mesure que les immeubles cèdent la place aux champs, puis aux pins maritimes, l'oppression qui me serrait la poitrine s'évapore. Jean-Christophe conduit d'une main décontractée, mais son regard se porte souvent sur moi, non plus avec la malice du restaurant, mais avec une attention profonde, presque protectrice.

Nous arrivons enfin sur une plage sauvage, loin des stations balnéaires bondées. Le ciel est d'un bleu délavé, typique des matins d'hiver, et le vent apporte avec lui l'odeur entêtante du sel et de l'iode. Dès que nous descendons de voiture, le fracas des vagues remplace le silence pesant de mon appartement. Jean-Christophe ne dit rien tout de suite. Il se contente de marcher à mes côtés sur le sable humide, ses mains enfoncées dans les poches de sa veste en cuir.
— Ça va, Marceau ? finit-il par demander, sa voix se mêlant au souffle du vent. Tu as l'air d'être encore un peu là-bas, dans ton salon.
— C'est difficile de décrocher, avouai-je en baissant la tête pour regarder mes pas s'imprimer dans le sable. Il a sorti toutes nos photos. Il les a étalées partout. C’était comme s’il m’obligeait à revivre chaque seconde de ces huit années avant de me laisser partir.

Jean-Christophe s'arrête net et se tourne vers moi. Il n'y a plus de plaisanterie dans ses yeux, seulement une sincérité brute qui me désarme.
— Marceau, regarde-moi. Ce qu'il fait, ce n'est pas de l'amour. C'est de l'archive. Il essaie de t'emprisonner dans un passé qui n'existe plus pour te cacher l'avenir qui commence. Tu n'as pas à porter sa tristesse sur tes épaules. Tu as déjà assez donné.
— Je sais, mais je me sens tellement coupable. J'ai l'impression de l'abandonner en plein naufrage.
— On ne sauve pas quelqu'un qui refuse de lâcher l'ancre, répondit-il doucement. J'ai vu des dizaines de couples se déchirer au cabinet. La seule différence entre ceux qui s'en sortent et les autres, c'est la capacité à accepter que certaines histoires ont une fin. La tienne est finie, Marceau. Et ce n'est pas un crime de vouloir être heureux.

Nous reprenons notre marche. Le vent forcit, ébouriffant mes cheveux et faisant piquer mes yeux. Jean-Christophe s'arrête de nouveau et se rapproche. Il lève la main et, avec une infinie délicatesse, il écarte une mèche de mon visage. Ses doigts s'attardent sur ma tempe, leur chaleur contrastant avec l'air vif de la mer.
— Tu sais, continua-t-il, je ne t'ai pas fait venir ici pour te draguer avec des phrases toutes faites ou pour faire de l'esprit. Je t'ai fait venir parce que depuis que je t'ai vu entrer dans mon bureau la première fois, j'ai eu cette certitude étrange. J'ai vu un homme d'une beauté rare, pas seulement physique, mais une sorte de lumière étouffée qui ne demandait qu'à briller de nouveau. Ça m'a touché plus que je ne l'aurais cru possible.

Je sens mon cœur rater un battement. Cette fois, je ne rougis pas par gêne, mais par une émotion profonde qui me submerge.
— Tu me trouves vraiment... brillant ?
— Je te trouve magnifique, Marceau. Et je ne dis pas ça pour t'impressionner. Je suis quelqu'un de très direct dans la vie. Si je n'avais pas été sincère hier soir, je ne t'aurais pas rappelé ce matin. Je ne perds pas mon temps avec les "bien". Je veux du vrai. Et ce que je ressens pour toi, là, maintenant, c'est ce que j'ai ressenti de plus vrai depuis longtemps.

Nous restons là, l'un face à l'autre, à l'abri d'une petite dune. Le monde autour de nous semble s'être arrêté. Il n'y a plus de Sylvain, plus d'appartement, plus de photos déchirantes. Il n'y a que cet homme, Jean-Christophe, dont la sincérité transperce mes dernières défenses.
— J'ai peur, murmurai-je presque inaudiblement.
— De quoi ?
— De ne pas savoir comment faire. De ne pas être à la hauteur de ce que tu vois en moi.
— Tu n'as rien à faire, Marceau. Juste être là. Juste me laisser te montrer que la vie peut être douce.

Il réduit encore la distance entre nous. Je sens son souffle chaud sur mon visage, une invitation silencieuse. Ses yeux plongent dans les miens avec une telle intensité que j'ai l'impression de me noyer, mais c'est une noyade apaisante. Il pose ses deux mains sur mes joues, ses pouces caressant doucement mes pommettes.
— Est-ce que je peux ? demande-t-il dans un souffle, respectant mon rythme jusqu'au bout.

Je ne réponds pas par des mots. Je ferme les yeux et je penche légèrement la tête vers lui.
Alors, ses lèvres se posent sur les miennes. C'est un baiser d'une douceur incroyable, d'abord hésitant, presque interrogatif, puis il s'affirme. C'est un baiser qui goûte le sel et l'espoir. Je sens mes tensions s'évanouir une à une alors que mes mains viennent se poser sur ses avant-bras, m'accrochant à lui comme à une bouée. C'est le premier baiser depuis des années où je ne me sens pas contraint, où je ne me sens pas coupable. C'est une promesse silencieuse échangée au bord d'un océan immense.

Quand il s'écarte enfin, il garde son front contre le mien. Ses yeux brillent d'une lueur nouvelle, plus profonde encore que tout à l'heure.
— Bienvenue dans ta nouvelle vie, Marceau, dit-il avec un sourire tendre.

Je souris à mon tour, respirant enfin l'air du large à pleins poumons.

L’auberge au bord de l’eau nous accueille dans une atmosphère de bois ciré et de feu de cheminée. Nous déjeunons face à la mer, mais je ne regarde presque pas les vagues : je suis suspendu à ses lèvres, à sa voix, à cette façon qu’il a de s'intéresser à chaque détail de mon existence. Après le repas, aucun de nous ne veut rompre ce charme. Nous retournons marcher sur la digue, laissant le vent de l'après-midi chasser nos dernières ombres. Jean-Christophe est d'une prévenance absolue, me tenant par le bras pour m'éviter de glisser sur les pierres humides, me parlant de ses projets, de ses lectures, de tout ce qui compose son univers.

Le soleil commence sa lente descente, teintant l'écume d'un rose orangé. L'air fraîchit brusquement, nous rappelant que le temps ne s'arrête pas, même pour nous. Jean-Christophe consulte sa montre d'un air un peu désolé.
— Il va falloir songer à reprendre la route, Marceau. Je ne voudrais pas te ramener trop tard, surtout si la situation est encore fragile chez toi.
— Je sais, répondu-je avec un pincement au cœur. Tu as raison.

Le trajet du retour est plus silencieux. L'euphorie de la plage laisse place à une douce mélancolie. Dans l'habitacle de la voiture, l'odeur du sel marin se mêle à celle de son parfum. Je regarde les panneaux défiler : la ville se rapproche, avec ses embouteillages, ses lumières froides et, surtout, l'appartement où Sylvain m'attend sans doute encore au milieu de ses fantômes.

Alors que nous franchissons les premiers boulevards périphériques et que les immeubles gris commencent à nous encercler, une angoisse soudaine me serre la gorge. Je ne peux pas. Pas encore.
— Jean-Christophe ? murmurai-je en fixant le tableau de bord.
— Oui, Marceau ?
— Je n'ai pas envie de rentrer tout de suite. Je ne me sens pas capable de franchir cette porte et d'affronter son regard, pas après cette journée. C'est trop tôt. Je ne veux pas perdre ce que je viens de ressentir avec toi.

Il ralentit le rythme de la voiture, jetant un regard chargé d'une infinie tendresse vers moi.
— Je comprends. Je n'en ai pas très envie non plus, pour être honnête. Écoute, mon appartement n'est qu'à quelques minutes d'ici. Si tu veux, on peut s'y arrêter. On prendra un thé, un café, ou ce que tu veux. Juste pour prolonger un peu le calme. Je ne te ramènerai que quand tu te sentiras prêt.
— J'aimerais beaucoup, JC. Merci.

L'utilisation de son diminutif semble le toucher. Il sourit, mais je sens une légère hésitation dans ses gestes. Il repose sa main droite sur le levier de vitesse, tout près de la mienne. Je le vois du coin de l'œil : ses doigts s'agitent légèrement, il semble hésiter à franchir la distance qui nous sépare, craignant peut-être d'être trop intrusif après le baiser de la plage.

C'est alors que je décide de prendre l'initiative. Pour la première fois, je ne subis plus la séduction, je la provoque. Je tends ma main et je viens glisser mes doigts entre les siens, recouvrant sa paume de la mienne.

Le contact est immédiat. Je sens Jean-Christophe tressaillir imperceptiblement avant de refermer fermement ses doigts sur les miens. Sa main est grande, chaude, sécurisante. Il ne me lâche pas, même pour changer de vitesse, effectuant ses manœuvres avec une dextérité tranquille tout en gardant notre lien scellé.
— Tu n'as pas idée du bien que ça me fait, dit-il d'une voix soudainement un peu plus rauque.
— C'est moi qui te remercie. J'ai l'impression que tant qu'on se tient la main, rien de ce qui m'attend là-bas ne peut m'atteindre.

Nous restons ainsi jusqu'au pied de son immeuble. La tension entre nous a changé de nature ; elle n'est plus faite d'incertitude, mais d'une attente vibrante. Lorsqu'il coupe le moteur dans le garage souterrain, il ne lâche pas ma main tout de suite. Il se tourne vers moi, l'obscurité de la voiture rendant son regard encore plus profond.
— Tu es chez toi ici, Marceau. Ne l'oublie pas. Quoi qu'il arrive ce soir ou demain, cette porte t'est ouverte.

Nous montons dans l'ascenseur en silence. Arrivés sur son palier, il déverrouille la porte et s'efface pour me laisser passer. L'appartement est exactement comme je l'ai laissé hier soir : ordonné, élégant, baigné dans une odeur de cuir et de papier. Mais cette fois, l'ambiance est différente. Nous ne sommes plus l'avocat et le client, ni même deux connaissances qui se découvrent.
— Installe-toi dans le salon, je vais préparer le thé, propose-t-il en retirant sa veste.

Je m'assois sur le grand canapé camel, celui-là même où nous avons discuté hier. Je regarde autour de moi. Tout ici respire l'équilibre. Il n'y a pas de photos de famille éparpillées au sol, pas de rancœurs incrustées dans les murs. Jean-Christophe revient quelques minutes plus tard avec un plateau, qu'il pose sur la table basse.

Il s'assoit tout près de moi, si près que nos genoux se touchent. Le silence n'est plus gênant, il est habité.
— Merci de m'avoir proposé de venir, murmurai-je en prenant ma tasse. J'avais besoin de ce sas de décompression.
— Tu sais, Marceau, j'aurais pu inventer n'importe quelle excuse pour te garder encore un peu. Je suis content que ce soit toi qui aies fait le premier pas dans la voiture. Ça compte énormément pour moi de savoir que tu en as autant envie que moi.

Je pose ma tasse et je plonge mon regard dans le sien.
— J'en ai envie, Jean-Christophe. C'est peut-être rapide, c'est peut-être déraisonnable, mais avec toi, tout me semble enfin à sa place.

Il pose sa main sur ma nuque, m'attirant doucement vers lui.
— Alors laissons la raison à ceux qui n'ont pas la chance de ressentir ce qu'on ressent.

Fin du chapitre 4.

Les avis des lecteurs

L'avis d'un lecteur :
bonjour. il semble que le chapitre 4 est publié alors que le 3 n'est pas encore sorti. jusqu'à présent seuls les chapitres 1 et 2 ont été publié.
merci de nous offrir le 3ème chapitre dès que possible.

L'avis d'un lecteur :
bonjour. j'avais lu les deux premiers récits et donc en principe ensuite c'est le 3ème or c'est le chapitre 4 qui vient d'être publié.
çà serait sympa de pouvoir lire le 3ème dès que possible.
merci


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