Putain d'homophobe (29)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 21-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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Chapitre 29

À peine dix minutes se sont écoulées depuis que le moteur de la camionnette de Dimitry a rugi sous mes fenêtres. Je suis encore là, planté au milieu de mon entrée, la peau brûlante là où ses mains se sont posées, essayant de retrouver un rythme cardiaque normal après son passage éclair. Je m'apprête à aller me verser un verre d'eau pour calmer le tremblement de mes doigts quand un nouveau coup retentit à la porte, plus nerveux que les précédents.

Mon sang se glace. Dimitry aurait-il oublié quelque chose ? Ou pire, a-t-il été vu ?

J'ouvre la porte d'un geste brusque, mais ce n'est pas l'ombre massive de mon amant qui se tient sur le palier. C'est Cassandra. Elle est essoufflée, ses yeux brillants d'une intensité qui me donne envie de reculer. Elle ne me laisse même pas le temps de prononcer son prénom et s'engouffre dans l'appartement comme une tempête.
— Cassandra ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? bégayai-je, mon cœur manquant un nouveau battement.
— J'ai vu le camion de Dimitry garé juste en bas de chez toi, Pierrick, lance-t-elle sans préambule, sa voix vibrant d'une tension extrême. Je passais dans le quartier pour le travail et je l'ai reconnu entre mille. Je l'ai vu redémarrer à toute allure quand j'arrivais. Qu'est-ce qu'il faisait ici si tôt ce matin ?

Je sens la sueur perler à la racine de mes cheveux. Le mensonge doit sortir, vite et sans accroc, pour recouvrir les traces de l'homme qui était là il y a un instant.
— Oh... ça ? Il... il a un chantier de déménagement juste dans la rue derrière, commençai-je en essayant de stabiliser ma voix. Il est juste passé deux minutes pour me rendre des outils que je lui avais prêtés le mois dernier. Il n'est même pas vraiment rentré, on a discuté sur le pas de la porte.

Cassandra se tourne vers moi, croisant les bras sur sa poitrine. Son regard est inquisiteur, chirurgical. Elle fait le tour du salon, ses narines frémissant comme si elle cherchait une odeur suspecte. Elle ne me lâche pas.
— C'est bizarre, Pierrick. Parce que depuis hier, j'ai une image qui ne sort pas de ma tête. Cette étreinte, dans le salon, quand je vous ai forcés à faire la paix. Je vous ai demandé de vous enlacer, pas de vous fusionner l'un à l'autre. Pourquoi vous vous êtes tenus aussi longtemps ? C'était... indécent.


Je sens le piège se refermer. Je dois détourner son attention, utiliser la version du "beau-frère étouffant" que nous avons laborieusement préparée le jeudi soir.
— Mais Cassandra, c’est toi qui as insisté ! je m'exclamai avec une pointe d'agacement feint. Tu nous as mis une pression dingue devant tout le monde. C'était gênant ! Si ça a duré, c’est parce qu’on ne savait pas comment s'arrêter sans que tu penses qu'on faisait semblant. On jouait la comédie pour te faire plaisir, pour que tu arrêtes de nous harceler avec tes questions, c'est tout !

Elle s'approche de moi, ses yeux sondant les miens avec une acuité qui me glace.
— Ce n'était pas de la comédie, Pierrick. J'ai vu comment il t'a serré. J'ai vu tes mains s'agripper à ses bras comme si tu ne voulais plus le lâcher. On aurait dit que vous aviez peur de vous quitter. Pourquoi Dimitry est-il devenu aussi protecteur avec toi tout à coup ? Pourquoi cette rage envers Nathanaël ? Un beau-frère n'agit pas comme ça, même s'il est nerveux. Dis-moi ce qui se passe réellement !
— Écoute, Cassandra, tu te fais des films parce que tu es stressée par tes problèmes avec lui, tentai-je de la rassurer en reculant d'un pas. Dimitry est un mec brut. Il prend son rôle de "chef de famille" trop au sérieux depuis qu'il sent que tu t'inquiètes pour moi. Il culpabilise de sa violence de l'autre soir, alors il en fait trop pour se racheter. Et toi, tu viens ici pour me harceler de questions dès le matin ?

Elle semble marquer un temps d'arrêt. Elle soupire, ses épaules s'affaissant un peu, mais le doute ne quitte pas son visage. Elle observe les coussins de mon canapé, puis se tourne à nouveau vers moi. Juste avant de se diriger vers la porte, elle s'arrête net et me fixe, les yeux plissés.
— Pierrick... dis-moi juste la vérité sur une seule chose. Est-ce qu'il y a un secret entre vous deux ? Quelque chose que vous vous cachez, ou que vous me cachez, et qui explique pourquoi vous ne pouvez plus être dans la même pièce sans que l'air devienne irrespirable ?

Le silence qui suit pèse des tonnes. Je sais que ma réponse doit être parfaite, mais je sens que je vacille sous la pression.
— Cassandra... on a tous nos jardins secrets, murmurai-je avec un sourire évasif qui se veut rassurant mais qui sonne creux à mes propres oreilles. Dimitry et moi, on a juste une relation d'hommes, tu ne peux pas tout comprendre à nos engueulades ou à nos façons de nous réconcilier. C'est entre lui et moi, c'est tout ce qui compte.

Elle ne répond rien immédiatement. Elle me regarde une dernière fois, ce regard bizarre du samedi qui revient hanter ses pupilles. Elle pèse mes mots, un par un. "Jardins secrets". "Tu ne peux pas tout comprendre".
— "Tu ne peux pas tout comprendre"... répète-t-elle à mi-voix, comme si elle gravait cette phrase dans sa mémoire.

Elle hoche lentement la tête, ouvre la porte et sort sans ajouter un mot. Alors que je ferme le verrou, le cœur battant, je réalise mon erreur. Ma réponse a été trop mystérieuse, trop lourde de sous-entendus. J'ai planté une graine de soupçon qu'aucune excuse ne pourra déraciner.

À peine le bruit des talons de Cassandra s'est-il éteint dans la cage d'escalier que je me jette sur mon téléphone. Mes mains tremblent tellement que je manque de faire tomber l'appareil. Je dois prévenir Dimitry. Tout de suite. S'il ne sait pas exactement ce que j'ai dit, il va se trahir à la première question.

Je tape le message d'une traite, le souffle court :

« Elle est venue. Elle vient de partir à l'instant. Elle a vu ta camionnette en bas tout à l'heure, elle a tout de suite compris que tu étais là. Elle m'a cuisiné sur l'étreinte d'hier, elle trouvait ça "indécent". J'ai sorti l'excuse des outils pour ce matin, mais elle m'a coincé avec une question sur un éventuel secret entre nous. Dimitry, j'ai merdé... je lui ai dit qu'on avait nos "jardins secrets" et que c'était une "relation d'hommes" qu'elle ne pouvait pas comprendre. Elle est partie avec une tête bizarre. Fais attention, elle va te poser la question. »

Je valide l'envoi et je reste fixé sur l'écran, attendant les deux petites encoches bleues. Rien. Il doit être en plein portage de meubles, le téléphone enfoui dans sa poche ou resté dans la cabine du camion.

La matinée est un enfer. Je n'arrive à rien faire. Je range machinalement l'appartement, lissant les draps, frottant le plan de travail de la cuisine là où il m'a plaqué un peu plus tôt, comme si je pouvais effacer les preuves physiques de son passage. Chaque minute dure une heure. Je regarde l'horloge : dix heures, onze heures... Je l'imagine en train de soulever des cartons, la sueur au front, ignorant que le sol est en train de se dérober sous nos pieds à cause de ma maladresse.



Ma phrase me revient en boucle : « On a tous nos jardins secrets. » Pourquoi ai-je dit ça ? C’était la pire réponse possible. C’était une invitation à creuser, une confirmation qu'il y avait bien une zone d'ombre.

C'est finalement à midi pile que mon téléphone vibre longuement sur la table basse. Je me précipite. C'est lui.

« Putain, Pierrick ! Pourquoi tu as parlé de jardin secret ? Elle m'a appelé il y a dix minutes. Elle avait une voix que je ne lui connaissais pas, froide, presque clinique. Elle m'a demandé direct ce que je faisais chez toi. J'ai confirmé pour les outils, mais elle a tout de suite enchaîné sur ta réponse. Elle m'a dit : "Pierrick m'a dit que vous aviez vos secrets d'hommes, c'est quoi ces secrets Dimitry ?" J'ai dû improviser un truc bidon, je lui ai dit qu'on parlait de ses problèmes d'argent et que tu ne voulais pas qu'elle soit au courant pour ne pas l'inquiéter. Je ne sais pas si elle a gobé le truc, mais elle a raccroché sec. Je repasse ce soir après ma tournée, vers 19h. Il faut qu'on s'accorde sur cette histoire d'argent, c'est notre seule porte de sortie maintenant. Ne bouge pas de chez toi. »

Je lâche le téléphone sur le canapé, le cœur battant à tout rompre. L'histoire de l'argent... c'est plausible, mais c'est fragile. Cassandra me connaît par cœur, elle sait que si j'avais des problèmes financiers, c'est à elle que je m'adresserais en premier, pas à son mari qu'elle pense être en froid avec moi.

À dix-neuf heures cinq, le vrombissement de la berline de Dimitry déchire le silence de ma rue. Posté derrière mon rideau, je le vois s'extraire de l'habitacle. Il n'a pas pris le temps de repasser chez lui ni de se changer. Il porte encore son pantalon de travail noir et un sweat sombre, ses épaules larges voûtées sous le poids d'une fatigue qui n'est pas seulement physique.

Quand j'entends ses pas lourds dans le couloir, mon estomac se noue. J'ouvre la porte avant même qu'il ne puisse lever la main pour frapper.

Dimitry s'engouffre dans l'appartement comme un coup de vent, refermant la porte d'un coup de pied. Il ne dit rien. Il me fixe une seconde, ses yeux noirs brûlants de stress et d'un désir accumulé tout au long d'une journée de simulation. Puis, d'un geste brusque, il me saisit par la nuque et m'écrase contre lui.


Son baiser est une déflagration. C'est une étreinte passionnée, presque sauvage, où ses lèvres cherchent les miennes avec une faim désespérée. Je sens l'odeur du fer, de la poussière de chantier et de sa peau chauffée par l'effort. Je m'agrippe à ses avant-bras massifs, répondant à son assaut avec la même ferveur, conscient que chaque seconde de ce contact est un vol sur le temps que nous n'avons plus.

Il finit par se détacher de moi, le front collé au mien, sa respiration venant s'échouer en rafales courtes sur mon visage.
— J’ai cru que j’allais exploser aujourd’hui, souffle-t-il d'une voix rauque. On est sur le fil du rasoir, Pierrick.

Il se dirige vers le salon, s'écroulant sur le canapé en passant ses mains calleuses sur son visage pour tenter de s'éclaircir les idées. Je m'assieds près de lui, cherchant sa main qu'il me broie presque dans la sienne.
— Ton histoire d'argent... tu crois vraiment qu'elle va la gober ? murmurai-je, le cœur battant la chamade.

— Il le faut bien, répond-il en fronçant les sourcils. J'ai dû improviser quand elle m'a coincé au téléphone à midi. J'ai dit que tu m'avais demandé de ne rien lui dire parce que tu avais honte. Que tu avais accumulé quelques dettes et que je passais ce matin pour te prêter un peu de liquidité. C’est le seul truc qui justifie les "jardins secrets" et mes passages éclairs ici. Si on parle de virement, elle peut vérifier les comptes. Le liquide, ça ne laisse pas de traces.
— Elle va me poser des questions, Dimitry. Elle va vouloir savoir pourquoi je n'ai pas été la voir elle, ma propre sœur.
— Et là, tu devras jouer la fierté. Tu lui diras que tu ne voulais pas qu'elle te juge, ou qu'elle s'inquiète pour rien. On va dire que tu t'es confié à moi parce qu'on s'est "rapprochés" malgré nos disputes de façade. On doit verrouiller cette version. Un seul écart et tout s'écroule.

Soudain, le téléphone de Dimitry, posé sur la table basse, se met à hurler. Le nom de Cassandra s'affiche. Nous nous figeons, les yeux rivés sur l'écran qui clignote comme un signal d'alarme.

Dimitry me fait signe de ne plus bouger. Il prend une profonde inspiration, ajuste son masque de mari fatigué, et décroche.
— Oui, Cassandra ? dit-il, sa voix redevenant brusquement neutre, presque lasse.
Je retiens ma respiration, le silence de l'appartement laissant filtrer la voix de ma sœur, stridente et chargée de soupçons, même sans le haut-parleur.
— Dimitry ? Tu es où ? Ça fait une heure que tu as fini ta tournée, j'ai appelé au dépôt et ils m'ont dit que tu étais déjà parti depuis longtemps.
— Je suis encore sur la route, répond-il sans ciller, fixant les rideaux devant lui. J'ai dû m'arrêter pour faire le plein et j'ai eu un appel de mon frère pour un truc de famille. Je suis à dix minutes de la maison.
— À dix minutes ? répète-t-elle, et je sens le venin dans son ton. Pourquoi tu as mis autant de temps ? Tu n'es pas encore en train de faire un crochet chez Pierrick pour lui donner cette fameuse "liquidité", j'espère ?

Dimitry serre les dents, ses muscles saillants sous son sweat. Il doit tenir bon.
— Non, Cassandra, je ne suis pas chez Pierrick. On s'est vus ce matin, ça suffit, non ? Je rentre, c'est tout. Pourquoi tu me flics comme ça depuis ce matin ?
— Parce que rien de ce que vous me racontez ne tient debout ! crie-t-elle à l'autre bout du fil. Depuis quand vous avez des secrets d'argent tous les deux ? Pierrick est mon frère, il me dit tout d'habitude ! Je l'ai senti mal à l'aise ce matin, il fuyait mon regard quand il parlait de ses jardins secrets. Dans combien de temps tu es là, exactement ?
— Je te l'ai dit, dix minutes ! s'emporte Dimitry, utilisant la colère comme bouclier. Si tu continues à m'agresser au téléphone et dès que je passe la porte, je ferai mieux de ne pas rentrer du tout ! Prépare le dîner, on en parlera calmement quand je serai là.

Il raccroche brusquement. Le silence qui suit est lourd de conséquences. Il lance son téléphone sur le canapé avec un juron sourd.
— Elle ne me croit pas, Pierrick, murmure-t-il en se levant. Elle est en train de recouper chaque mot, chaque minute. L'histoire du prêt de liquidité... elle trouve ça louche. Elle va t'appeler, c'est certain. Ou elle va débarquer ici demain.

Il s'approche de moi et me prend le visage entre ses mains. Ses pouces caressent mes pommettes avec une tendresse qui jure avec la violence de l'appel qu'il vient de passer.
— Je dois y aller. Si je mets plus de dix minutes pour rentrer, elle va péter les plombs. Dès que je peux, je t'envoie un signe. Mais sois prêt, Pierrick. Ce mensonge, c'est notre dernière chance. Ne la laisse pas voir que tu trembles.

Il me donne un dernier baiser, plus lent, plus profond, comme s'il essayait de puiser en moi la force de retourner affronter le regard de sa femme. Puis, il s'arrache à l'étreinte et quitte l'appartement.

Le silence qui suit le départ précipité de Dimitry est le plus assourdissant que j'aie jamais connu. Les dix minutes qu'il lui fallait pour rentrer chez lui s'écoulent, puis une heure, puis une nuit entière. Je reste prostré sur mon canapé, le téléphone serré contre ma poitrine comme un talisman, attendant une vibration, un signe, un simple point pour me dire qu'il est arrivé et que le mensonge de la liquidité a tenu le choc face à Cassandra.
Mais rien ne vient. L'écran reste désespérément noir.

Le lendemain passe dans une brume d'angoisse totale. Je n'ose pas l'appeler, encore moins lui envoyer de message, de peur que Cassandra ne surveille son écran ou qu'elle n'ait confisqué son téléphone dans une crise de jalousie. Je m'attends à chaque instant à voir ma sœur débarquer chez moi, hurlant sa douleur, ou à recevoir un appel de Dimitry me disant que tout est fini. Mais mon téléphone ne sonne pas.

Le deuxième jour est pire encore. L'incertitude commence à me ronger les sangs. Je me demande s'ils se sont violemment disputés, s'il est parti, ou si, au contraire, ils ont fait la paix sur l'oreiller et qu'il a décidé de m'effacer de sa vie pour sauver son foyer. La phrase sur la "liquidité" me revient en boucle. Était-ce assez solide ? Cassandra a-t-elle fini par percer le mystère de nos "jardins secrets" ?

Le troisième jour, je n'en dors plus. Je passe devant son dépôt de déménagement, garé un peu plus loin, espérant apercevoir sa silhouette massive ou sa camionnette, mais le sort s'acharne : le portail reste clos quand je passe. Je me sens comme un étranger dans ma propre vie, exclu de la vérité qui se joue à quelques kilomètres de là, dans leur maison.

Au quatrième jour, la solitude devient insupportable. Je commence à douter de tout. Étais-je seulement un exutoire pour sa frustration ? Ou sommes-nous tous les deux en train de nous noyer en silence, chacun de notre côté de la ville ? Je regarde les photos de famille sur mon buffet où nous apparaissons tous les trois, Cassandra souriante entre son frère et son mari, et j'ai envie de hurler devant ce gâchis.

Chaque heure sans nouvelle est une petite mort. Je revis en boucle notre dernière étreinte dans mon entrée, la force de ses mains sur ma nuque, l'urgence de ses baisers. S'il m'aime autant qu'il l'a dit ce fameux jeudi, comment peut-il me laisser ainsi dans le noir ? La peur que Cassandra l'ait mis devant un ultimatum — "lui ou moi" — devient une certitude qui m'étouffe.


C'est finalement au matin du cinquième jour que le silence est rompu. Je suis dans ma cuisine, fixant mon café refroidi, quand mon téléphone vibre sur le plan de travail. Mon cœur fait un tel bond dans ma poitrine que j'en ai la nausée.

C'est un message. Un numéro inconnu.
"C’est moi. J’utilise le téléphone d’un collègue. Elle a pris le mien, elle épluche tout, les appels, les messages, même les anciens. Elle a installé une application de localisation sur ma voiture. C’est l’enfer à la maison, elle ne me lâche pas d’une semelle, elle veut savoir pourquoi tu as parlé de 'jardin secret'. J'ai tenu bon sur l'histoire du prêt de liquidité, mais elle veut te voir pour vérifier. Elle va t'appeler aujourd'hui ou demain pour t'inviter à dîner. Joue le jeu, Pierrick. Dis que tu avais des dettes de jeu ou un truc bidon. Je t'aime. Efface ce message tout de suite."

Je relis le message trois fois, les larmes aux yeux, autant de soulagement que de terreur. Il ne m'a pas abandonné. Il se bat. Mais le prix à payer est de s'enfoncer encore plus loin dans la trahison. Je supprime le message, mon pouce tremblant sur l'écran, et je m'effondre sur une chaise.

L'attente se prolonge jusqu'au vendredi soir. Chaque vibration de mon téléphone me fait l'effet d'une décharge électrique, mais ce n'est que vers 19h00 que le nom de Cassandra s'affiche enfin. Mon cœur manque un battement. Je décroche, la gorge nouée.
— Allô ?
— Pierrick ? Sa voix est étrangement douce, presque mielleuse, ce qui me glace le sang plus sûrement que ses cris. Je t'appelle pour t'inviter à déjeuner demain midi. J'ai préparé un bon rôti. Il faut qu'on mette les choses à plat, on ne peut pas rester sur ce malaise de la semaine dernière.
— Oh... d'accord. C'est gentil, Cassandra.
— On sera tous les trois. On discutera tranquillement. À demain, 12h30.

Le lendemain midi, j'arrive devant leur maison avec une angoisse qui me tord les entrailles. J'ai l'impression d'entrer dans la cage aux lions. Cassandra m'accueille avec un sourire de façade, mais ses yeux sont fatigués, cernés. Dimitry est déjà à table, silencieux, le regard fuyant.

Le repas commence dans une tension insoutenable. Cassandra pose des questions, beaucoup de questions. Je sors alors le mensonge que nous avons préparé : les dettes de jeu. J'explique, la tête basse et la voix tremblante de honte, que j'ai perdu de l'argent en ligne et que j'avais trop peur qu'elle me juge pour lui en parler.
— Je ne voulais pas que tu me vois comme un raté, Cassandra, murmurai-je en fixant mon assiette. Dimitry a été le seul à qui j'ai osé demander de l'aide... pour ces liquidités.

Elle semble enfin respirer. Le mensonge est passé. Ma "honte" masculine justifie le secret. Elle se lève, un peu plus détendue, pour aller en cuisine chercher le café.

À peine la porte de la cuisine se referme-t-elle que la main de Dimitry plonge sous la table. Il saisit ma main, l'écrase dans la sienne pendant quelques secondes. C'est une étreinte de gratitude immense, un contact brûlant qui me dit qu'il a eu peur lui aussi. Il me lâche aussitôt, reprenant sa posture d'homme de marbre juste avant que Cassandra ne reparaisse.

Mais Dimitry, poussé à bout par ces jours de flicage, décide de renverser la table. Alors qu'elle pose les tasses, il la fixe intensément.
— Cassandra, dis-moi... devant ton frère. Puisque tu nous as fliqués toute la semaine, dis-le. Tu pensais vraiment qu'on avait une relation tous les deux ? Une liaison ?

Cassandra se fige, la cafetière à la main. Elle nous regarde tour à tour.
— Oui, Dimitry. Je l'ai pensé. Tout était trop intense entre vous.
— Mais enfin, c'est ridicule ! explose Dimitry avec un rire nerveux. Regarde-moi ! Je n'ai jamais été attiré par les mecs de ma vie, ça n'arrivera jamais. C'est physiquement impossible, Cassandra. Tu délires complètement.

Cassandra pose la cafetière et éclate d'un rire moqueur, presque cruel. Elle le regarde de haut, avec un mépris qui me fait l'effet d'un coup de poignard.
— Te regarder ? Oh, je te regarde, Dimitry. Un gros dur comme toi ? C'est vrai que ce serait presque comique. Toi, avec un homme ? Tu es tellement prévisible dans ton genre "mâle alpha". Tu n'en aurais même pas le courage, tu es trop fier de tes muscles et de ton image pour ça.

Le visage de Dimitry devient livide. La dispute éclate, violente, immédiate.
— J'en ai marre ! hurle-t-il en se levant brusquement. J'en ai marre que tu me flics, que tu me suives ! Tu me rends mon téléphone, Cassandra. Immédiatement ! Je ne suis pas ton gosse, je ne suis pas ton prisonnier !
— Tu n'auras rien du tout tant que je n'aurai pas la certitude que tu ne me caches plus rien ! réplique-t-elle en criant plus fort.

Je me lève, le cœur au bord des lèvres. Je ne peux plus rester là, témoin de cette haine qu'ils se jettent au visage alors que je suis le centre du problème. Sans un mot, je m'éclipse par la porte d'entrée, laissant leurs cris se perdre derrière moi.

Le reste de la journée et le début de la nuit sont un long tunnel de culpabilité. Je n'arrive pas à fermer l'œil, hanté par les rires de Cassandra et la colère de Dimitry. Vers quatre heures du matin, alors que je commence à peine à sombrer dans un sommeil agité, un bruit me tire violemment du lit.

On frappe à ma porte.
Ce ne sont pas des coups habituels. C'est un frappement lourd, insistant, presque désespéré. Je me lève en sursaut, le souffle court, et je me dirige vers l'entrée.
— Qui est-ce ? demandai-je, la voix enrouée par l'angoisse.

Pas de réponse, juste un nouveau coup sourd contre le bois de la porte.

Fin du chapitre 29.

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