0309 Quand on se noie, on ne refuse pas une main tendue 1/2

- Par l'auteur HDS Fab75du31 -
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Auteur homme.
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Récit libertin : 0309 Quand on se noie, on ne refuse pas une main tendue 1/2 Histoire érotique Publiée sur HDS le 16-11-2021 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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0309 Quand on se noie, on ne refuse pas une main tendue 1/2
Malgré la présence de beaux spécimens sur la plage de Gruissan et dans la ville, je finis par m’ennuyer. Je n’ai plus envie de sortir, je n’ai plus envie d’aventures qui ne m’apportent rien à part un frisson passager et une solitude encore plus épaisse après. Alors, au bout de quelques jours, je rentre à Toulouse.
A Toulouse je m’ennuie tout autant, j’étouffe toujours autant. Je recommence à sortir pour tromper l’ennui, et je finis par m’engueuler avec mon père.

16 août 2002
Le jour du 44ème anniversaire de Madonna, je pars à Bordeaux. J’ai besoin de me retrouver seul, mais dans un environnement familier. Mon petit chez-moi fera l’affaire. Mes propriétaires m’aideront à ne pas me sentir trop seul en attendant la reprise des cours. Les balades le long de la Garonne et les livres feront le reste.
Mais une fois seul dans mon appart, le manque de Jérém se fait sentir plus cruel que jamais. J’ai envie de l’appeler, mais je n’ose pas le faire. Il m’a dit qu’il le ferait quand il serait prêt, quand il aurait arrangé « tout ce bordel dans sa vie ».
A chaque fois que je pense à Jérém, je revis nos adieux déchirants. Je le revois quitter l’appart d’Ulysse, sans me regarder. Je le revois passer la porte et le battant se refermer derrière lui. Je me souviens de sa présence, puis de son absence un instant plus tard, de son parfum qui était toujours là, alors qu’il était parti. Je me souviens de mes sanglots incontrôlables. Et j’ai à nouveau envie de pleurer.
C’est dur de penser à quel point je l’aime, de savoir qu’il m’aime aussi, et de ne rien pouvoir faire pour l’aider, pour faire avancer notre relation. Mais visiblement, l’amour ne suffisait pas au bonheur, ni au mien, ni au sien. Nous nous retrouverons peut-être un jour. Peut-être. Cette « date » indéfinie et hypothétique est un abysse devant lequel ma raison échoue, laissant une sensation d’immense désolation m’envahir. Et cette désolation ne fait que se creuser, s’amplifier chaque jour qui vient et qui passe sans avoir de ses nouvelles.
Entre les deux suggestions de Charlène, celle de m’accrocher et celle de prendre du recul et de la distance, j’ai choisi cette dernière. Est-ce que, en respectant son besoin d’être seul, je fais le bon choix ? Ou est-ce que je ferais mieux de me manifester, de lui montrer que je suis là pour lui ? Ça, il le sait déjà, j’ai pu lui montrer à l’occasion de ce malheureux accident de voiture. Alors, quoi faire de plus ?
Il me manque tellement ! Je donnerais je ne sais quoi pour pouvoir le prendre dans mes bras, pour le serrer fort contre moi, pour sentir sa présence dans mes bras, sa tendresse, pour retrouver notre complicité.

Le jour même de mon arrivée à Bordeaux, je me rends à la bibliothèque municipale pour trouver de quoi varier mes lectures. Et c’est au détour d’un rayonnage que l’imprévisible se produit à nouveau.
« Salut Nico ! » il me lance avec un grand sourire, l’air vraiment content de me revoir. Je suis presque étonné qu’il se souvienne de mon prénom. Au fond, nous ne nous sommes vus qu’une seule et unique fois, et c’était il y a des mois. Je le regarde attentivement et je le trouve encore plus charmant que lors de notre première rencontre.
Oui, le garçon se souvient de mon prénom. Et moi aussi je me souviens du sien.

« Salut Ruben… »
J’ai croisé l’existence de Ruben à la première soirée étudiante où je me suis laissé traîner par Raph. Notre deuxième rencontre, à ce moment précis où je me sens seul et meurtri par la distance que Jérém a à nouveau voulu mettre entre nous, est une belle surprise de la vie. D’autant plus que, comme nous suivons deux cursus complètement différents, certes dans la même ville mais à des endroits différents, nous aurions pu ne jamais nous recroiser.
Lors de notre première rencontre, j’avais eu envie qu’on devienne amis. J’en ai toujours envie. Mais force est d’admettre que l’attirance est là aussi. Je kiffe toujours autant ses cheveux châtains en bataille, tout comme son physique fin et élancé caché sous un t-shirt toujours trop grand, de couleur rouge aujourd’hui. Ruben a l’air d’être un garçon très doux. Son regard dégage un je-ne-sais-quoi de rêveur et de timide qui le rend craquant.
« Ca fait un bail depuis la dernière fois, il me lance.
— C’est vrai… ça devait être en novembre dernier…— C’était fin octobre, il me corrige.
— Tu as bonne mémoire.
— Je m’en souviens parce que c’était juste après mon anniversaire.
— Ah, je fais bêtement. »Ruben sourit. Il a un beau sourire.
« Alors, tes partiels se sont bien passés ? il enchaîne.
— Impec, et les tiens ?
— Aussi. Et sinon, tu as passé un bon été ?
— On va dire que oui…— T’es parti un peu en vacances ?
— En fait, je n’ai pas trop bougé…
En fait, j’ai passé mon été à essayer de retrouver le gars que j’aime, mais j’ai échoué. J’ai attendu qu’il revienne vers moi, en vain. Depuis quelques semaines, mon cœur se noie dans le chagrin, dans la peur, une peur qui se mue en douloureuse certitude un peu plus chaque jour, de l’avoir perdu à tout jamais. J’ai essayé de me distraire avec quelques aventures. Mais ça m’a fait plus de mal que de bien. Non, l’été de mes 19 ans n’a pas été terrible, mais je ne peux pas te raconter ça, Ruben, pas encore.

« Et le tien ? j’enchaîne.
— Après les partiels je suis allé voir ma famille à Poitiers, et ensuite je suis parti trois semaines dans le sud de l’Italie.
— C’était bien ?
— La famille ou l’Italie ? il se marre.
— Les deux !
— Ça m’a fait du bien de me retrouver dans ma famille. On avait des choses à régler, et ça a été l’occasion de le faire. Quant à l’Italie, c’était génial. Mais dis-moi, ça fait longtemps que tu es revenu à Bordeaux ?
— Je suis arrivé hier.
— Mais les cours ne reprennent pas avant trois semaines !
— Je sais, mais j’étouffais chez mes parents à Toulouse et j’avais envie d’être seul.
— Remarque, moi aussi je suis revenu, et depuis une semaine déjà. Moi aussi j’avais envie d’être seul, et aussi de faire du vélo. »
Nous poursuivons notre conversation autour d’un verre dans un bar près de la bibliothèque. Ruben me raconte plus en détail son séjour à Rome. Il me parle de son émerveillement au fur et à mesure qu’il découvrait cette ville qu’il décrit comme « un musée à ciel ouvert, où la civilisation actuelle s’est bâtie sur les fondations de la civilisation disparue, au sens propre comme au sens figuré, composant au fil des siècles un millefeuille architectural, archéologique, culturel et social ».
Il me parle de son émotion devant les vestiges vieux de deux mille ans, construits par un génie civil et militaire disparu à tout jamais, ainsi que par le travail acharné et usant de milliers d’hommes dont même les poussières ont disparu.
« Mais ce qui m’a le plus bouleversé à Rome, c’est la vie Appia, il me raconte, intarissable. Jamais comme ici, dans ce décor silencieux et qui a l’air inchangé depuis des siècles, j’ai ressenti le vertige du temps écoulé. En foulant les grands pavés de cette ancienne voie bordée de pins, de cyprès et de tombes anciennes, j’ai vraiment senti que deux mille ans de civilisation me contemplaient. En vrai, ça c’est pour le plaisir de la citation, il fait, avec humour. En fait, c’était plutôt moi qui les contemplais ! »Ruben me parle également de sa fascination durant sa visite à Pompéi, « véritable documentaire grandeur nature sur la vie dans une station balnéaire huppée à l’époque de la Rome ancienne ».
Son récit est passionné et passionnant et me donne très envie de visiter ces lieux.
« Et tu es parti seul ? » je le questionne.
Ruben marque un instant d’hésitation, avant de lâcher :« Non, avec un… pote. » Je suis impressionné par son récit. Ainsi, lorsqu’il me demande de lui parler de mon été, je me sens nul de n’avoir à lui raconter que ma semaine à Gruissan et mes séjours à Toulouse chez mes parents.
« T’as dû t’éclater à la mer, non ?
— Ouais…— T’as pécho des nanas, hein ? il m’interroge, taquin.
— Non, pas vraiment…— Des mecs alors… il y va cash. »Je suis surpris, et je marque un instant de silence tout en réfléchissant comment répondre à ça. Une partie de moi a envie de jouer cartes sur table, mais je ne connais ce petit gars que depuis environ 5 minutes et je ne me sens pas à l’aise pour lui dérouler le film de ma vie, pas encore.
« Excuse-moi, je parle trop parfois », fait Ruben, l’air de regretter son audace.
Il a l’air confus, mal à l’aise. A cet instant précis, je n’ai qu’une envie, c’est de le prendre dans mes bras, et de lui faire plein de bisous. Et d’être sincère avec lui.
« Ne t’excuse pas, tu as vu juste. Les nanas ce n’est pas mon truc, ça ne l’a jamais été. Oui, cet été j’ai eu quelques aventures avec des garçons. Pas beaucoup, mais ça m’est arrivé. Et toi ?
— Moi je suis trop couillon pour ça. Je n’ose pas ! »Il est trop mignon.
« Mais tu n’avais pas une copine ? je l’interroge. Comment s’appelait déjà cette nana qui était avec toi à la soirée étudiante où on s’est croisés ?
— Ah… Sophie…— An, oui, Sophie. Tu ne sortais pas avec elle ?
— Non, enfin, si, un peu. On a essayé de sortir ensemble, mais ça ne s’est pas bien passé… je l’aimais bien, mais bon…— Tu as voulu essayer…— Ouais… En fait… c’est plutôt son frangin que je kiffais. C’est surtout pour pouvoir côtoyer Andréas que j’ai voulu me rapprocher d’elle.
— Coquin, va !
— C’était très con, parce que je savais bien qu’il ne se passerait jamais rien entre lui et moi. Je savais qu’il était hétéro. C’était une connerie, et c’est vite devenu insupportable.
— Tu es amoureux de lui ?
— Je l’ai été pendant toute l’année universitaire.
— Je comprends mieux pourquoi avec Sophie ça ne marchait pas !
— C’est clair ! Et puis il y a eu l’été et Sophie et moi nous ne nous sommes pas revus, ni rappelés. J’appréhende un peu la reprise des cours, j’appréhende de la revoir.
— Tu devrais lui dire…— Que je kiffe son frère ?
— Ça, je ne suis pas sûr, mais au moins que tu préfères les gars. Tu ne dois pas la laisser continuer à s’imaginer des choses. Plus tu attends pour lui dire, plus ce sera difficile pour toi de le faire, et plus elle souffrira la jour où tu briseras ses rêves. J’en sais quelque chose, j’ai vécu à peu près la même chose avec une camarade de cours, même si je n’ai jamais essayé de sortir avec elle.
— Je pense que tu as raison, je vais tout lui dire à la rentrée.
— Et dis-moi, il enchaîne après avoir bu une gorgée de son jus de fruit. A part les aventures, tu n’as jamais eu de vraie relation ?
— J’ai eu une relation avec un camarade de lycée autour du bac.
— Vous avez couché ensemble ?
— Oui…— Et c’est terminé ?
— En réalité, je ne sais pas trop. Je l’ai revu cet été, mais ça ne s’est pas bien passé. Et je n’ai pas de nouvelles depuis des mois.
— Il est resté à Toulouse ?
— Non, il est à Paris.
— Il fait des études là-bas ?
— Non, enfin, si. Il fait aussi des études, mais il est surtout rugbyman professionnel. Enfin, il l’était.
— Pourquoi il l’était ?
— Il s’est fait virer de son équipe…— Ah mince… — C’est la vie.
— Mais tu l’aimes encore ? il me questionne sans détours.
— On ne peut pas aimer quelqu’un qui ne veut pas être aimé.
— C’est certainement vrai, mais cela n’empêche pas d’essayer encore et encore…— Je crois que j’ai assez essayé, je tente de le convaincre, de me convaincre.
— Moi aussi j’ai beaucoup essayé de me convaincre que je pourrais aimer Andréas, mais ça n’a pas marché non plus.
— Il s’est passé quelque chose entre vous ?
— Pas grand-chose.
— Mais quelque chose quand-même…— Cet été, à Rome, il m’a laissé le branler…— C’est donc lui le « pote » avec qui tu es parti en Italie…— Oui… on avait décidé ça il y a des mois, et je n’ai pas pu annuler. Je savais que ce serait dur de passer deux semaines avec lui, à partager les mêmes chambres d’hôtel, mais je ne pouvais pas renoncer à ce voyage.
— Je comprends.
— A Capri, il m’a laissé le sucer, mais pas longtemps, il ne m’a même pas laissé arriver au bout. Après, il n’a plus jamais voulu.
— C’est dur tout ça…— Oui, mais comme tu l’as dit, c’est la vie.
— Et tu l’aimes toujours ? je lui retourne la même question qu’il m’a posée un peu plus tôt.
— Je pense que je ne suis pas totalement guéri, mais je sais que je dois l’oublier. D’autant plus qu’il a fini ses études à Bordeaux et que je ne le reverrai certainement plus jamais. Et je crois que c’est mieux comme ça. C’est pour ça aussi que ça va être dur de revoir Sophie à la rentrée, ça va me faire remonter plein de souvenirs. Et je vais culpabiliser vis-à-vis de ce qui s’est passé avec Andréas. Mais ça va passer, il faut juste du temps. »
Définitivement, Ruben est un garçon plutôt attachant. Et quand je regarde bien au fond de ce regard, il me semble y déceler une sorte de mélancolie qui le rend touchant au possible.
Nous sommes deux blessés de la vie, deux blessés de l’amour et nous nous comprenons. J’ai de plus en plus envie de le prendre dans mes bras, là, tout de suite.

« Mais parlons d’autre chose, il lance. Tu fais du sport, Nico ?
— Non, pas vraiment. A Toulouse j’aimais bien aller courir le long du Canal du Midi, mais ici à Bordeaux je ne fais pas de sport.
— Tu n’as jamais fait du vélo ?
— Si, quand j’étais enfant.
— Ça te dirait d’en refaire, avec moi ?
— Tu en fais ?
— Oui, depuis des années. J’en faisais à Poitiers, et depuis que je suis à Bordeaux, je fais partie d’une association de cyclistes basée à Mérignac. J’en fais presque tous les week-ends avec eux, et j’essaie de m’entraîner une ou deux fois en semaine. »Ruben me parle de ses virées avec ses potes de l’asso, des bienfaits du sport pour s’aérer l’esprit, pour arrêter de broyer du noir.
J’adore ces premiers instants de la rencontre avec un nouveau garçon, ressentir le tiraillement entre le désir de tout savoir à son sujet et la conscience que c’est exactement le mystère de l’inconnu qui fait la première attirance, la plus magique de toutes. J’adore cet instant où le moindre détail que l’on apprend au sujet de l’autre nous fascine. Et ce, pour la double raison qu’il nous éclaire sur son existence, autant qu’il aiguise notre curiosité, nous laissant imaginer la merveilleuse étendue de ce que l’on ne sait pas encore à ce sujet.

Au moment de nous quitter après le resto, j’ai senti que Ruben aurait eu envie que la soirée se prolonge encore. J’ai vu dans son regard qu’il avait envie de m’embrasser. J’en avais envie aussi. Il aurait suffi d’un geste de ma part pour que cela arrive. Mais j’ai envie de prendre mon temps, j’ai besoin de réfléchir.
Une partie de moi a peur de se lancer dans une histoire qui m’éloignerait encore un peu plus de Jérém.
Et pourtant, une autre partie de moi a besoin de s’ouvrir à ce bonheur qui s’offre à moi. Voilà pourquoi, malgré ce que j’ai ressenti en nous quittant ce soir, j’ai dit oui à sa proposition de nous revoir le lendemain pour un tour à vélo « dans les vignes ». La compagnie de ce petit mec m’est bien agréable. J’ai envie de mieux le connaître.
Oui, ces retrouvailles avec Ruben sont vraiment une belle surprise. Ce jour-là, j’avais besoin d’un sourire, de mots, d’une présence qui font du bien. Et ce jour-là, lorsqu’il m’a souri après m’avoir dit bonjour au détour d’un rayonnage de la bibliothèque, Ruben a été ce sourire, ces mots, cette présence.

Le lendemain, nous avons rendez-vous à 8 heures pour prendre le tramway et nous rendre dans le dépôt de l’association. Ruben m’a assuré qu’il y aurait un vélo et un casque de protection disponibles pour moi. Le jeune étudiant me propose une balade « facile » d’environ 3 heures entre Pessac et Mérignac.
Le parcours et le créneau horaire se révèlent en effet très bien choisis. Il y a peu de dénivelé, et le soleil ne tape pas encore. De plus, un petit vent nous accompagne et rend la balade bien agréable. Ruben est attentif à mes débuts en tant que cycliste, il me demande régulièrement si tout va bien pour moi, il adapte son allure à la mienne et fait des pauses régulières pour me permettre de souffler.
L’exercice physique me fait du bien, et la compagnie de Ruben aussi. Je sens notre complicité grandir à chaque coup de pédale. Son sourire me donne la pêche, son rire est si agréable à entendre.
Il est presque midi et notre balade touche à sa fin. Ruben propose une dernière pause. Nous nous écartons un peu du tracé du parcours et nous nous allongeons sur l’herbe. Mon cœur tape à mille. Pas tant pour l’effort produit pendant la balade, mais plutôt en songeant à ce qui risque de se produire dans les instants qui vont suivre. Nous restons allongés côte à côte pendant un petit moment, en silence. J’évite de le regarder, je suis à la fois excité et mal à l’aise.
Du coin de l’œil, je vois Ruben s’assoir en tailleur, et me regarder. Je ne peux alors pas m’empêcher de tourner ma tête vers lui et de le regarder à mon tour. Il me sourit, je lui souris. Chacun de nous deux sait ce que cet instant signifie. Et pourtant, ni lui ni moi nous n’osons faire le premier pas. Lui certainement par timidité, moi par peur des conséquences.
« Tu sais quoi, Nico ? je l’entends me lancer à un moment.
— Dis-moi… »Le petit gars marque une pause, il reprend sa respiration, il est comme en apnée. Il est tellement touchant.
A nouveau, à cet instant précis, je n’ai qu’une envie, celle de le prendre dans mes bras et de le serrer fort contre moi. Je sais de quoi il a envie et j’en ai envie aussi. Et c’est tellement naturel, tellement beau, tellement tout ce que j’ai rêvé depuis toujours. Je me sens bien avec un garçon, avec ce garçon, et je ressens la bouleversante sensation de pouvoir me laisser aller sans me prendre la tête de savoir s’il est comme moi, si je lui plais. Car je sais que c’est le cas. Je me sens bien avec ce garçon et j’ai l’impression que je vais pouvoir être heureux, sans complications, comme n’importe quel couple qui se plaît. Et pour cela, il suffit d’un geste de ma part.
Alors je ne vais pas faire durer le malaise plus longtemps. Je prends sa main et je la serre entre les miennes. Et là, le petit gars semble enfin reprendre à respirer.
« Je ne sais pas si tu vas trouver ça déplacé… il continue après avoir pris une longue inspiration.
— Je ne pense pas que ça va être le cas…— J’ai très envie de t’embrasser… » il lance enfin, le visage tout rouge.
Il est vraiment trop mignon !
Je me relève et je l’embrasse, doucement, tendrement.
Notre première étreinte se prolonge, nos lèvres ne peuvent se résoudre à se quitter. Ses mains caressent mes cheveux, et j’en fais de même avec les siens. Ses doigts effleurent le bas de ma nuque. Et ce contact m’apaise, m’apporte un bonheur infini.
Nous nous câlinons longuement, et c’est terriblement bon. Une partie de moi culpabilise à fond, mais ça me fait tellement de bien que je ne peux m’empêcher de me laisser aller. Tout semble si simple avec ce petit gars, si naturel, si évident.

Une heure et une douche plus tard, nous continuons les câlins dans son petit studio universitaire.
La radio est allumée en permanence en fond sonore dans le petit appart. Et à un moment, une mélodie, un texte et deux voix accrochent mon oreille et mon esprit. Je ne connais pas encore cette chanson, je la découvre au fil de cette première écoute.

Petit portoricain…
https://www.youtube.com/watch?v=0qeV8PDBH8E
A chaque couplet, je ressens des frissons, des émotions, de la tristesse, un malaise grandissant. En trois minutes, la violence de notre monde est là, montrée sans concessions, dans nos oreilles, sous nos yeux, dans notre tête. Cette chanson est un choc, un coup de poing en pleine figure.
Bientôt ça fera un an. Un an déjà. Je me souviens très bien où j’étais en ce maudit 11 septembre. Je me souviens de Gavarnie, de la butte devant la cascade, je me souviens des bras de Jérém qui m’enlacent, je me souviens de son bonheur teinté de tristesse en m’annonçant qu’il avait été recruté par l’équipe de rugby parisienne. Il était heureux que son rêve devienne réalité, mais il avait peur que celui-ci nous éloigne. Je me souviens de la tête de Charlène quand nous sommes passés la voir, alors qu’elle venait d’apprendre à la télé qu’« un 747 s’était encastré dans les fenêtres » de l’une des tours. Je me souviens de la première tour en feu, et du deuxième avion qui percute l’autre tour, je me souviens de l’horreur que j’ai ressentie, la peur, la terreur.
Je me souviens de notre dernière nuit d’amour, et de nos adieux déchirants. Je me souviens de la chaînette qu’il m’a donnée, SA chaînette. Je me souviens aussi du briquet que je lui ai offert. On voulait que l’autre se souvienne de nous, malgré la distance. On voulait préserver notre amour. Nous n’y sommes pas parvenus.

Ce premier après-midi, nous nous contentons de caresses, de baisers. Ruben ne demande rien de plus, je ne lui demande rien de plus.

Nous revoyons dès le lendemain, toujours à son appart. Nous nous câlinons comme la veille, longuement, tendrement. Mais aujourd’hui, nous enlevons nos t-shirts, nous nous retrouvons peau contre peau, tétons contre tétons.
Je couvre son torse de bisous légers et sensuels. Je me laisse happer par le bonheur intense qu’est la découverte du corps de l’autre, de sa sensibilité, de ses envies, de son plaisir.
Je léchouille ses tétons, mais le petit gars ne frissonne pas autant que je l’aurais imaginé. Pas du tout, même. J’insiste, et il finit par me demander d’arrêter. Et là, devant mon regard incrédule, il m’explique qu’il n’a aucune sensibilité aux tétons, que ça le chatouille et que ça coupe son excitation. Tout aussi incroyable que cela puisse me paraître, je note ça dans mon esprit. Je l’embrasse, puis je descends lentement le long de la ligne médiane de son petit torse finement dessiné et pratiquement imberbe. Je voudrais m’attarder un peu autour de son nombril, mais là non plus je n’en aurai pas l’occasion.
« Ca chatouille, fait Ruben, en sursautant.
— Et là, j’ai le droit ? je l’interroge en effleurant délicatement la délicieuse ligne de poils juste en dessous avec le bout de mon nez.
— Oui, là tu peux. »Je descends lentement, jusqu’à rencontrer le bout d’élastique du boxer qui dépasse de son short. Encouragé par ses ahanements, je défais lentement sa ceinture, j’ouvre sa braguette. Mais dès que mes lèvres et mon nez effleurent le tissu du boxer tendu sur son érection, le petit mec a un sursaut, presqu’un geste de recul. Comme si je l’avais à nouveau méchamment chatouillé.
« J’ai fait quelque chose qui n’allait pas ?
— Non, c’est pas ça…— Si tu n’as pas envie, on peut attendre, rien ne presse.
— Si, j’en ai envie… c’est juste que je n’ai jamais fait ça…— T’inquiète, on va y aller tout en douceur. »Je m’allonge tout doucement sur lui et nous nous recommençons à nous embrasser. Je le serre très fort dans mes bras, comme pour le rassurer, pour le mettre à l’aise. Mes lèvres et mes mains recommencent à caresser son petit torse, mes doigts à exciter sa queue par-dessus le tissu tendu du boxer. Le petit mec frissonne. Maintenant, je sens qu’il a très envie.
Je descends alors son boxer. Je regarde son corps sublime et sa queue dressée qu’il ne cherche plus à cacher. Je bande à fond, j’ai vraiment furieusement envie de lui faire plaisir, mais je sais que je dois y aller tout en douceur.
J’ai la gorge serrée, je me trouve gauche. Je ne veux pas le brusquer. Nous sommes deux complices silencieux, animés du même désir, perdus dans la même timidité.
« Je n’ai pas l’habitude, je l’entends me glisser.
— Moi non plus… » je m’entends répondre machinalement, sans savoir finalement de quoi je n’aurais pas l’habitude.
Coucher avec un garçon, j’ai l’habitude. Mais coucher avec un garçon qui découvre l’amour entre garçons, c’est différent. J’ai l’impression de perdre mes moyens. J’ai l’impression de revivre une deuxième « première fois », une véritable première fois en fait. Vivre une première fois avec un gars aussi inexpérimenté que moi, vivre les questionnements, les doutes, les premiers émois. Retrouver une innocence perdue.
Ma main part de son genou, remonte sur la cuisse, caresse le torse imberbe. Il frissonne. Je lui caresse la joue. Je l’embrasse à nouveau. Puis j’ose. Je prends sa queue dans ma main et fais quelques mouvements pour la sentir palpiter dans ma paume, sous ma peau. Je découvre le contact avec son gland. Il gémit.
Quelle sera la suite ? Ma peur d’aller trop vite me bloque. Sa pudeur m’intimide et m’excite tout à la fois. Mes yeux le dévorent de désir et je n’ose pas parler. Ruben me semble toujours un peu mal à l’aise. Je me déshabille à mon tour, puis me glisse à nouveau sur lui. Nos sexes jouent l’un avec l’autre pendant que nous nous embrassons. C’est profond, chaud, interminable, sexuel, fou.
Je le caresse, tout en délaissant provisoirement son sexe, pour le rassurer. Ruben se détend peu à peu. Sa main se glisse entre nos bassins et caresse ma queue. Il n’est pas maladroit. Le manque d’expérience est compensé par une douceur naturelle et un désir qui grimpe à chaque seconde.
Je me laisse glisser le long de son corps et je le prends dans ma bouche. Son gland est pour la première fois serti entre les lèvres d’un garçon, les miennes. Je suis emporté par une vague de désir de son corps, de son innocence et de son être tout entier.
Ma bouche descend lentement le long de sa queue, je le pompe avec une infinie douceur. Je caresse ses couilles d’une main, je caresse son torse de l’autre, en évitant les tétons, bien sûr.
Je le sens peu à peu s’abandonner à mes caresses, au plaisir que je lui fais découvrir. Je sais qu’aujourd’hui nous n’aurons pas un échange symétrique. C’est trop nouveau pour lui. Il reçoit ce que je lui donne et c’est ce que je veux. Peu importe. Je veux lui donner toute ma douceur.
Ruben replie les jambes à moitié et les écarte, et ce faisant permet à mes doigts de glisser de ses couilles vers son anus. Je le caresse sans chercher à le pénétrer. Ce n’est pas le moment, pas le jour.
J’arrête un moment de le sucer pour l’embrasser. Nos langues se mêlent, nos désirs et nos excitations s’embrasent, je ressens une fusion, un bonheur absolu.
La vague du plaisir secoue son corps. L’adorable Ruben vient de passer le point de non-retour, ses sens sont en feu et je sais qu’il a besoin d’aller au bout de la jouissance. Je reprends mes caresses, je ressens la palpitation de ce sexe délicieux. Le petit mec a décidé de connaître le plaisir, aujourd’hui, avec moi. Encore quelques va-et-vient, et je sens son jus monter. Ma main enserre sa queue sur le point d’exploser, je ressens le premier le flot monter du plus profond de son corps et de son âme, et sa semence jaillit et dessine sur son torse de longues et épaisses traînées de plaisir.
Le monde semble s’être arrêté autour de nous. Ruben vient de connaître son premier orgasme avec un garçon, et il sourit de ce sourire qui ne vient qu’après une certaine forme de plaisir. Ma timidité revient. J’ai peur qu’il soit gêné par cette expérience. C’est parfois dur de redescendre après l’orgasme, surtout une première fois. Nous sommes nus comme nous l’étions avant de jouir, mais après, notre nudité nous paraît gênante. Je ne sais pas quoi dire alors je le regarde, lui caresse le visage et l’embrasse. Mes gestes tentent de le rassurer, de l’apaiser.
« Tu es vraiment un joli garçon, je finis par lui glisser.
— Tu parles… »
Tiens, on dirait moi avec Stéphane.

« Je ne plaisante pas, tu es beau Ruben.
— Merci. Toi aussi tu es beau garçon, Nico. »Je le regarde, il a l’air repu, apaisé et lumineux. Je l’embrasse à nouveau, puis m’allonge à côté de lui.
« Et toi ? » je l’entends me lancer.
Que veut-il dire ? Dois-je jouir moi aussi ?
« Moi ? je fais, comme pour comprendre ses intentions.
— J’aimerais te regarder. »Je comprends qu’il attend que je le rejoigne dans ce plaisir. Alors je plonge mes yeux dans les siens et sans les quitter ma main joue avec ma queue pour m’amener à la jouissance.
« Comment je peux te faire plaisir ?
— Caresse mes tétons… »Le petit mec s’exécute aussitôt et la caresse légère de ses doigts accélère fortement la venue de mon orgasme. Je n’ai pas besoin de beaucoup de temps, car je suis très excité par ce qui vient de se passer. Et je jouis. Mon sperme s’écrase sur mon torse. Ruben me regarde fixement, intrigué, je sais qu’il n’a rien perdu de cette conclusion sublime de notre rencontre.
Nous restons un moment allongés l’un à côté de l’autre, en silence. Mais ce n’est plus un silence gêné, c’est désormais un silence apaisé. Nos corps se sont tout dit. Ils se sont offert du plaisir réciproque, ils se sont fait du bien. Ce silence, ce bonheur planant, c’est leur langage à eux.

Depuis que je côtoie Ruben, j’ai trouvé une passion : le cyclisme. Nous nous revoyons chaque matin pour pédaler pendant quelques heures à la fraîche. Une semaine après nos retrouvailles, j’ai pu acheter un vélo d’occasion à l’un des membres de l’asso.
Le vélo est une véritable découverte pour moi. Ou plutôt une redécouverte. Avec Ruben et ses boucles dans la campagne bordelaise, je retrouve le plaisir du grand air. Le vélo m’amène également de nouveaux amis, une sorte de nouvelle famille. Une famille dont les membres sont loin d’être si hauts en couleurs que les cavaliers de Campan, mais avec qui je me marre plutôt pas mal.
Oui, la première fois que j’ai randonné avec les cyclistes de l’asso, ça m’a rappelé les balades à cheval à Campan. La sensation de liberté, de dépaysement. Avec en prime, la sensation de mieux maîtriser mon nouveau moyen de locomotion que le cheval. J’ai aussi pensé à Téquila et à Unico. J’ai eu envie de pleurer. J’ai caché mes larmes pour ne pas que Ruben me pose de questions.
Avec Ruben, nous avons d’autres passions communes, comme la musique classique. Je lui ai fait redécouvrir Tchaïkovski, il m’a fait redécouvrir Bach. Mais aussi les classiques de la littérature. Je lui ai fait découvrir Proust, il m’a fait me passionner pour l’Iliade et l’Odyssée.
Le petit étudiant poitevin suit un cursus de langues, littératures et civilisations étrangères, orienté sur la langue italienne, mais aussi sur le grec et le latin, qui en sont ses racines. Il est passionné par ses études et il m’a redonné envie de me passionner pour les miennes après la baisse de motivation, proche de l’extinction, que j’avais connue pendant les derniers mois difficiles.
Nous avons régulièrement de longues et belles conversations, et nos échanges sont très enrichissants. Ruben me pousse à être curieux, me donne envie de découvrir. Il nous arrive de parler philo. Il est très calé sur le sujet, et sa façon d’en parler est vraiment passionnante.
J’aime vraiment bien ce p’tit gars. Il est intelligent, vif d’esprit, drôle, touchant. Et il est aux petits soins pour moi. Lorsqu’il m’invite pour déjeuner ou dîner chez lui, il cuisine. Cuisiner pour quelqu’un est une façon de montrer qu’on tient à lui, non ?

Entre balades et belles conversations, nous avançons dans la découverte de nos corps et de leurs envies.
C’est toujours un immense bonheur que de découvrir le désir de l’autre, et le désir des premiers jours est parmi les plus pétillants qui soient. Se sentir désiré, comprendre peu à peu les attentes de l’autre vis-à-vis de nous. Et ressentir en même temps les attentes vis-à-vis de l’autre, ce que sa sensualité nous inspire.
Oui, c’est un voyage passionnant que de découvrir le mode d’emploi du plaisir d’un nouveau garçon. Bien évidemment, les fondamentaux ne changent pas. Mais les premières fois où nous mélangeons notre plaisir à l’autre, ce sont mille délicieuses surprises qui s’offrent à nous. Personne n’aime exactement les mêmes caresses, les mêmes baisers, la même vitesse, la même intensité. Et cet apprentissage de l’autre, lorsqu’on prend le temps de le faire, fait partie des meilleurs moments de notre vie sensuelle.
L’adorable poitevin se laisse porter, découvre avec curiosité et appétit, et se laisse aller petit à petit. Je ne veux pas brûler les étapes, j’ai envie de le laisser découvrir à son rythme.
Sa pudeur se dissipe câlin après câlin. Un jour, il finit par me prendre en bouche. D’abord timides et un peu maladroites, sa langue et ses lèvres deviennent rapidement de redoutables instruments de plaisir. Le mien, le sien. Le petit mec apprend vite, et il y prend goût encore plus vite.
A partir du moment où il a eu envie de me sucer, c’est comme si une grande porte avait été enfoncée. Toutes ses envies retenues jusque-là par le voile de la pudeur, se sont bousculées au portillon. Pour cette première fois, il m’a sucé pendant un petit moment et il m’a fini à la main. Mais dès le lendemain, l’emballement de sa bouche autour de ma queue m’a amené très près de l’orgasme. J’ai dû lui demander de ralentir, j’ai dû me faire violence pour quitter ses lèvres juste avant de venir.
Puis, le surlendemain, à l’instant où j’ai senti mon orgasme monter et que j’ai commencé à me retirer, j’ai senti ses mains saisir fermement mes fesses pour m’en empêcher. C’était terriblement bon. Je veux parler du contact de ses mains qui serrent mes fesses, certes, mais surtout de cette envie clairement exprimée de recevoir mon jus dans sa bouche.
Oui, j’ai toujours considéré qu’accueillir la semence de l’autre dans sa bouche est l’un des actes les plus intimes et sensuels qui soient. Cet orgasme intense, cette donation de soi, sans contrepartie apparente, est un cadeau qu’on fait à celui qui jouit. C’est une façon de lui témoigner combien sa virilité nous impressionne. Et ce cadeau, un cadeau que je ne lui ai encore jamais fait jusque-là, ce soir il a décidé de me l’offrir. Je ressens chacune de mes giclées passer dans ma queue, chacune d’entre elles accompagnées d’un plaisir intense.

Pendant que je m’affale sur le lit après cet orgasme extraordinairement intense, et alors que la vague de plaisir retentit toujours en moi, Ruben part dans la salle de bain. Je l’entends recracher mon jus dans le lavabo. L’orgasme passé, je retrouve ma raison, et elle efface le délire d’un instant. C’est bien qu’il ne l’ait pas fait. Je ne me sens pas vraiment à l’aise avec ça. Non pas que j’aie pris de gros risques depuis mon dépistage au printemps dernier. Lors de mes quelques aventures estivales, je me suis toujours protégé. Mais avec Jérém, c’était sans, tout le temps. Et lui aussi a couché ailleurs, j’en suis certain. Est-ce qu’il s’est toujours protégé ? J’imagine que oui, mais comment en être certain ? Et puis, même si on se protège, le risque zéro n’existe pas. Ne serait-ce que parce que personne ne se protège pour une pipe. Je suis en pleine forme, je n’ai aucun désagrément de ceux qui pourraient faire penser à une MST. Mais je préfère ne pas faire prendre de risque à Ruben. Même si éjaculer dans sa bouche en est déjà un…Le petit Ruben revient de la salle de bain et m’embrasse.
« T’as aimé ? » il me questionne.
Je suis touché par sa question. Comment pourrais-je ne pas avoir aimé ? C’est plutôt à moi de lui poser cette question.
« Oh, oui, c’était bon, vraiment très bon. Et toi, t’as aimé ?
— Beaucoup… il glisse, en se faufilant dans mes bras.
— Il a un goût salé… » il me glisse à l’oreille.
Je souris.
« Tous les gars ont un goût salé ? il insiste.
— Je ne peux pas te dire, je n’ai pas un assez grand panel de comparaison… je n’ai fait ça qu’avec Jérém et un seul autre gars…— Je suis con, excuse-moi…— C’est rien, je tente de le mettre à l’aise.
— Pas trop déçu ? il enchaîne après un instant de silence.
— Déçu de quoi ?
— Que je n’aille pas au bout… je veux dire… que je n’ava…— Shuuuut ! Tu ne fais que ce que tu as envie, ok ? Il n’y a pas d’obligation, à part celle de ne pas en avoir.
— Mais tu en avais envie, non ?
— J’ai envie de ce dont tu as envie, Ruben !
— Mais on a déjà dû te faire ça, non ?
— C’est arrivé, oui, mais c’est pas pour ça que je ne peux pas m’en passer…— Mais je veux savoir… si tu avais pu choisir, tu aurais voulu que je le fasse…— Seulement si et quand tu en auras envie.
— T’es chiant, Nico !
— Et puis, je vais être clair avec toi, Ruben. Je n’ai pas vraiment pris de risque cet été, mais on ne sait jamais. Et puis, avec mon ex je couchais sans capote. C’est vrai que la dernière fois ça remonte à des mois. Je pense que s’il a eu des aventures de son côté, il s’est protégé, c’est ce qu’on s’était dit… mais bon…— Vous étiez un couple ouvert ?
— Oui, il a fallu que j’accepte ça pour essayer de ne pas le perdre, mais ça n’a pas suffi.
— Ça a dû être dur d’accepter ça si tu l’aimais.
— Très dur. Mais le fait est qu’avec la distance, on ne se voyait qu’une fois par mois au plus. Et puis, il "fallait" qu’il couche avec une nana de temps en temps pour montrer à ses potes de l’équipe qu’il n’était pas pédé…— Il est bi ?
— On va dire ça comme ça… avant d’être avec moi, il couchait avec des nanas. Bref, tout ça pour dire que je ne me suis pas dépisté depuis. Je pense que si j’avais quelque chose je l’aurais su à l’heure qu’il est, mais il vaut mieux être prudent. Et puis j’ai fait quelques rencontres en boîte cet été.
— Elle remonte à quand ta dernière aventure ?
— C’était à Toulouse, deux jours avant notre rencontre à la bibliothèque.
— Le 14 août donc… ça veut dire que nous pourrons faire un test mi-novembre pour être tranquilles. »C’est la première fois que j’entends Ruben se projeter aussi loin dans notre relation. A cet instant précis, je ressens un étrange mélange de bonheur, de trouble, de « peur ». Pour la première fois, j’ai l’impression que ça devient « sérieux » entre Ruben et moi.
Aussi, l’évocation du dépistage me renvoie à la période sombre que j’ai traversée en fin d’année dernière après l’accident de capote avec Benjamin. L’idée de me repointer dans un centre de dépistage à l’allure glauque, de me retrouver face à des tonnes d’affiches sur la prévention m’accusant implicitement de ne pas assez me protéger, de voir le regard accusateur de certains soignants, qu’il soit réel ou que ce ne soit qu’une élucubration de mon esprit troublé et apeuré, l’idée de l’attente des résultats et de revivre la peur qui l’accompagne toujours, tout cela m’amène une forte sensation de malaise. Rien que d’y penser, j’en ai la tête qui tourne.
« Voyons… nous sommes le 31 août, il enchaîne, ce qui veut dire qu’on doit faire attention encore pendant deux mois et demi. Il faut qu’on soit sages jusque-là.
— Pourquoi, tu ne veux pas être sage ? je le taquine, pour changer de sujet.
— Plus je couche avec toi, Nico, moins j’ai envie d’être sage…— Petit coquin, va ! »
La suite, dans quelques jours.

La scène de la première fois entre Nico et Ruben racontée dans cet épisode contient des passages du récit « L’océan » écrit par PoiluHDS et publié en 2014 sur le site Histoires de sexe. J’ai voulu ainsi rendre hommage à ce texte qui a été pour moi le véritable déclic pour commencer à écrire Jérém&Nico.
Vous pouvez retrouver le récit « L’océan » en cliquant sur ce lien :
https://www.histoires-de-sexe.net/l-ocean-histoire-vraie-18947

Les avis des lecteurs

Histoire Erotique
Cet épisode est particulièrement réussi, bien écrit, je l'ai vraiment adoré. Il mélange tout à la fois érotisme et sentiments. Tout en étant "hot" il a cette sensibilité et cette pudeur. Fabien, ta façon d'écrire l'amour entre Nico et Ruben, pour qui c'est la première fois, est très belle. Tout y est naturel et en nuances et, même si les mots sont parfois crus, il n'y a aucune vulgarité. A te lire le sexe est beau et tu le mets en valeur par tes mots comme la rencontre de l'autre au-delà du partenaire interchangeable.

Et puis, il y a la fin de l'épisode qui m'a beaucoup touché. Si on sent combien Nico est heureux d'avoir saisi cette main tendue par Ruben, on sent aussi, malgré qu'il trouve auprès de lui de l'apaisement, combien l'éloignement que lui et Jérem ont choisi le fait souffrir. Ce qui m'a le plus touché, c'est sa prise de conscience qu'il ne pourra jamais totalement se remettre de sa séparation de Jérém et que Ruben ne le remplacera jamais. Il est donc partagé entre espoir et désespoir. Espoir que comme lui Jérém réalise qu'il n'y a personne d'autre que Nico avec qui il sera aussi heureux. Désespoir que Jérém le remplace.

Se pose alors pour lui la question de ne pas laisser entrevoir à Ruben plus que ce qu'il pourra lui offrir.

Il y a cette phrase qui résume tout : "Pour aimer à nouveau, il faut avoir cessé d’aimer auparavant. Et je n’ai pas cessé d’aimer Jérém. J’essaie de m’en convaincre parfois, mais au fond de moi, je sais que ce n’est pas vrai". J'y ajouterais ceci : "de la même façon qu'on ne peut obliger personne à tomber amoureux, on ne peut obliger à désaimer, les sentiments ne se commandent pas".

Yann



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