les travaux d'été

- Par l'auteur HDS charly proment -
Auteur couple.
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Récit libertin : les travaux d'été Histoire érotique Publiée sur HDS le 10-06-2026 dans la catégorie Dans la zone rouge
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les travaux d'été
Leur appartement était devenu inhabitable. Une canalisation avait éclaté dans la cuisine, et l'eau avait fait son œuvre pendant trois jours avant qu'ils ne s'en rendent compte – ils étaient partis voir la mère de Karim à Lille. En revenant, l'odeur les avait frappés comme un mur : moisi, terre humide, pourriture lente. Les toilettes étaient hors d'usage. Les murs suintaient. Les experts avaient parlé de « deux mois minimum ».

Deux mois. Ania avait quarante-six ans, trois enfants (douze, neuf et six ans), un mari fatigué, et nulle part où aller. Les hôtels coûtaient trop cher. La famille était dispersée. Il ne restait qu'une solution : Imane, sa petite sœur.

Imane avait trente-quatre ans, un visage rond encore lisse, un bébé de deux ans qui pleurait beaucoup, et une gentillesse qui ressemblait parfois à de la faiblesse. Elle habitait une grande maison en banlieue avec son mari, Idris, trente-huit ans, cadre dans une boîte de logistique, corps mince et nerveux, regard qui trahissait des insomnies silencieuses.

— Venez, avait dit Imane au téléphone. On a une chambre d'amis.

Ania avait hésité. Une semaine. Puis la moisissure avait atteint la chambre des enfants. Elle avait dit oui.

Le premier jour, tout le monde s'était montré courtois. Karim serra la main d'Idris – deux hommes qui ne s'étaient jamais vraiment parlé. Les enfants coururent dans le jardin. Ania aida Imane à ranger la cuisine. Sourires. Politesses. On ne vit que la surface des choses.

Les premiers soirs, on se coucha tôt. On évita les regards qui durent trop longtemps. On ne parla pas de ce qui brûlait sous la peau.

Karim aimait Ania. Vraiment. Mais il l'aimait comme on aime un meuble solide – utile, rassurant, sans larmes ni cris. Il avait quarante-neuf ans, un dos laminé par les chantiers, et il n'avait pas touché sa femme depuis Noël. Pas vraiment. Une main sur la fesse en passant, un baiser froid sur la joue. Le reste avait disparu dans l'usure des années et des couches à changer.

Ania comptait. Quarante-trois jours. Elle n'avait pas choisi de compter – le chiffre s'imposait à elle chaque soir, dans le lit étroit de la chambre d'amis, pendant que Karim ronflait à côté d'elle, bouche ouverte, main posée sur son ventre rond.

Elle se touchait parfois. Vite. Sans bruit. Juste pour éteindre le feu. Mais ce n'était plus suffisant. Le feu était devenu incendie.

Idris, de son côté, aimait Imane. Vraiment aussi. Mais Imane était trop douce. Trop calme. Depuis la naissance du bébé, elle avait oublié qu'on pouvait faire l'amour autrement que dans le noir, en silence, pour ne pas réveiller l'enfant. Il s'ennuyait. Il ne se l'avouait pas, mais son corps, lui, le savait. Il se réveillait parfois avec des crampes au bas-ventre, des rêves dont il ne parlait pas, la main sur son sexe dur avant même d'ouvrir les yeux.

Puis Ania était arrivée. Elle n'était pas plus belle qu'Imane. Mais elle dégageait quelque chose – une odeur de peau chaude, une façon de marcher qui faisait balancer ses hanches comme si elle dansait toute seule, des regards qui traînaient là où ils n'auraient pas dû. Idris s'était juré de ne rien regarder. Il regardait quand même.

C'était le onzième soir. Le bébé avait vomi sur les draps vers deux heures du matin. Imane s'était rendormie aussitôt, le sein encore à l'air, paisible. Idris avait nettoyé l'enfant, changé les draps, puis était resté éveillé. Il prit la panière en osier – celle qu'il utilisait toujours pour le linge sale – et descendit vers la buanderie.

Il savait qu'Ania et Karim occupaient la chambre d'amis au bout du couloir. Il avait entendu Karim monter tôt, ses articulations qui craquaient comme du bois sec. Les trois enfants dormaient dans la chambre voisine, une mer de peluches et de respirations calmes. Donc elle était seule.

Il ne pensait à rien. Il déposa la panière devant la porte de la buanderie, poussa le battant – et s'arrêta. La lumière était allumée. Par la fente de cinq centimètres, il la vit.

Ania. Adossée au congélateur blanc. Jupe relevée jusqu'aux hanches. Une main plaquée sur sa bouche. L'autre entre ses cuisses. Le néon tremblait. L'air sentait la lessive en poudre et la peau tiède. Elle avait les yeux fermés – ses paupières bougeaient rapidement, comme si elle rêvait éveillée. Ses lèvres gonflées formaient des mots muets.

…encore… oui… ne t'arrête pas…

Ses doigts bougeaient par saccades courtes, presque brutales. Pas la caresse qu'on offre à une amante. Non. Elle se prenait. Elle se prenait comme on se venge – de l'absence, des nuits blanches, de Karim qui ne la voyait plus, des années passées à être mère avant d'être femme.

Ses cuisses tremblaient. Elle cambra les reins, colla sa nuque au congélateur, et un gémissement lui échappa – étouffé, rauque, dévorant. Elle mordit le dos de sa main pour ne pas crier.

Idris sentit son sexe durcir contre le tissu de son pantalon. La honte monta, rouge, chaude – sa belle-sœur, la sœur d'Imane, une femme mariée, mère de trois enfants – mais son corps, lui, ne connaissait pas le mot interdit. Il bandait. Il bandait comme un adolescent qui découvre une photo volée dans le cahier de sa prof.

Il aurait dû partir. Il ne partait pas. Il regarda ses doigts s'enfoncer encore. Il regarda sa bouche s'ouvrir en silence. Il regarda ses seins se soulever sous le t-shirt – et il imagina ses propres mains à la place des siennes, ses propres doigts, sa propre bouche.

Il recula. Son coude heurta la panière. Clic. Le plastique de l'osier gratta le carrelage.

Ania s'immobilisa. Ses yeux s'ouvrirent. Grands. Noirs. Elle ne bougeait plus. L'air resta suspendu une éternité. Ses doigts sortirent d'elle – luisants, lentement, presque à regret. Elle ne rabaissa pas sa jupe. Elle resta là, cuisses écartées, à l'affût, la chasseuse qui devine le gibier sans le voir.

Un long silence.

— Karim ?… C'est toi ? chuchota-t-elle.

Personne ne répondit. Elle écouta. Le frigo vibrait. La chaudière sifflait au loin. Et ce souffle – ce souffle qu'elle crut entendre, ou peut-être inventa-t-elle.

Elle se leva d'un geste sec. Rabaissa sa jupe. S'approcha de la porte à pas de loup.

Idris recula dans le noir du couloir. Il ne respirait plus. Il priait – pour quoi ? Pour ne pas être vu ? Pour qu'elle ouvre la porte ? Il ne savait même plus.

Elle entrouvrit le battant. Elle vit la panière. Pleine. Déposée là. Posée comme une signature – quelqu'un est passé par ici.

Elle leva les yeux. Le couloir était vide. La lumière tamisée de la veilleuse. Les portes fermées. En haut, elle entendait Karim ronfler – ce ronflement gras qu'elle connaissait par cœur, celui qui ne s'arrêtait jamais. Ce n'était pas Karim.

Elle regarda la panière. Une panière en osier. Celle qu'Idris utilisait toujours pour le linge sale. Pas Imane – Imane préférait le panier en plastique blanc, pratique, facile à nettoyer. Pas les enfants – trop petits pour descendre à deux heures du matin. Idris, alors. Ou quelqu'un d'autre. Elle ne pouvait pas en être sûre. Pas complètement.

Et c'est cela qui la fit frissonner.

Quelqu'un avait vu. Quelqu'un était resté derrière cette porte – une minute ? cinq minutes ? – pendant qu'elle gémissait encore, pendant que ses doigts s'enfonçaient, pendant qu'elle mordait sa main pour ne pas hurler. Avait-il tout vu ? Écouté chaque souffle ? Regardé ses doigts sortir d'elle ?

Ania sentit ses joues s'enflammer. La honte, d'abord. Une honte sèche, coupante, qui lui noua l'estomac. Puis, contre toute attente, un tiraillement plus bas. Plus chaud. La honte se mêlait à quelque chose de plus vif. L'excitation de l'inconnu. Du regard invisible. De l'interdit. Elle ne savait pas qui l'avait vue. Cette ignorance la rendait folle – et la rendait plus vivante qu'elle ne l'avait été depuis des mois.

Elle ramassa la panière. La posa à l'intérieur de la buanderie. Referma la porte. Puis elle monta l'escalier sans se retourner.

Dans le noir, Idris la regarda passer. Elle ne le vit pas. Elle ne leva pas les yeux. Il était à trois mètres d'elle, collé au mur, et elle passa sans un regard. Mais sa façon de marcher – les hanches un peu plus lentes, les doigts traînant sur la rampe comme si elle caressait le bois, le souffle encore court – lui fit comprendre qu'elle ne dormirait pas tout de suite.

Sa porte claqua doucement. Il attendit. Trente secondes. Une minute. Son pantalon était toujours trop serré. Il avait mal. Une douleur sèche, obstinée, au bas du ventre – le poids du désir inassouvi, de la honte, de la peur. Il n'avait rien touché. Rien dit. Et pourtant il se sentait plus coupable qu'elle.

Il remonta chez Imane. Elle allaitait le bébé, le visage apaisé, un sein blanc et lourd offert à la petite bouche. La veilleuse éclairait ses cheveux bruns, son nez fin, sa bouche qui souriait en dormant.

— Tu as trouvé la panière ? demanda-t-elle sans ouvrir les yeux.

— Oui, dit Idris. Elle était devant la porte.

Il s'allongea. Fixa le plafond. Il pensa à la seconde où elle avait ouvert les yeux. À ses doigts qui sortaient d'elle, luisants sous le néon. À ce qu'elle ne saurait jamais – que c'était lui. Lui qui avait vu. Lui qui avait bandé. Lui qui, désormais, ne pourrait plus croiser Karim à la table du petit-déjeuner sans imaginer sa main entre les cuisses de sa femme.

Ania ne dormait pas non plus. Elle était allongée sur le dos, dans la chambre d'amis, Karim à côté d'elle qui ronflait comme une mécanique mal huilée. Les enfants dormaient derrière le mur. Elle comptait les fissures du plafond. Elle repensait à la panière. Au grattement du plastique. À ce souffle qu'elle avait cru entendre – ou peut-être inventé. Elle repensait à ses doigts. À ce qu'elle avait fait. À ce qu'il avait vu.

Qui était-ce ? Idris ? Imane ? Un des enfants ? (non, trop petit). Une hallucination ? (non, la panière était bien là). Elle se rappela la chaleur de son propre sexe quand elle avait vu la panière. La honte avait cédé si vite à l'excitation. Pourquoi ? Parce qu'elle avait aimé l'idée d'être vue. Parce qu'elle avait aimé que quelqu'un – un homme, peut-être – la regarde se faire du bien. Parce que Karim ne la regardait plus.

Elle se tourna sur le côté. Posa une main entre ses cuisses. Pas pour se toucher – juste pour sentir la chaleur qui restait. Elle ne saurait jamais qui c'était. Et c'était exactement ce qui la tenait éveillée.

Au petit-déjeuner, tout le monde était là. Karim beurrait des tartines en regardant son téléphone. Imane donnait le biberon au bébé. Les enfants se battaient pour le bol de céréales. La lumière du matin entrait par la fenêtre de la cuisine.

Ania descendit la dernière. Elle portait un jean serré et un pull à col roulé. Ses cheveux étaient encore humides. Elle avait dormi trois heures, à peine, mais ses yeux brillaient – cette lueur qu'on a quand un secret vous tient éveillé.

Elle croisa Idris dans la cuisine. Il était adossé au plan de travail, une tasse de café à la main, le regard ailleurs. Il ne la regarda pas. Pas tout de suite.

— Bonjour, dit-il.

— Bonjour, dit-elle.

Rien. Pas un mot de trop. Pas un regard qui dure. Elle prit la cafetière. En se penchant, elle frôla sa main exprès. Un effleurement. Une seconde. Rien de plus.

Elle leva les yeux vers lui. Pas la certitude. Pas la preuve. Juste une seconde – une seule – où ses yeux à lui s'étaient posés sur ses doigts à elle. Ses doigts. Ceux d'hier soir.

Ania baissa la tête. Et sourit dans sa tasse

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