Quand l’alcool rend les garçons entreprenants.
Récit érotique écrit par Antonin31 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Quand l’alcool rend les garçons entreprenants.
Quand l’alcool rend les garçons entreprenants.
Mise en bouche
Oui, il y a eu un instant parfait, un instant magique, un instant où il était vraiment « à point ».
« A point », al dente, comme des pâtes prêtes à être dégustées. Juste avant, c’était trop tôt. Juste après, ça a été trop tard.
Mais, à cet instant précis, inestimable, éphémère, magique, Mikolas était prêt à être « dégusté » par deux garçons qui ne demandaient rien de mieux que lui offrir autant de plaisir qu’il aurait pu imaginer. Et davantage encore.
Je crois que cet instant est survenu lorsque le beau mâle a passé son bras gauche autour de mon cou et le droit autour de celui de mon copain, et qu’il nous a lancé, le visage à quelques centimètres du nôtre :
« Je vous adore les gars ! »
Intro
N'importe quel garçon gay vous le dira, là où il y a un rassemblement, une soirée, un anniversaire, un mariage, le désir finit toujours par s’inviter au menu.
Car chaque rassemblement compte invariablement un ou plusieurs objets de désir. J’ai nommé les mâles. Que ce soit un petit con insolent à la fraîcheur déroutante, un mâle viril à la sexytude rayonnante, un homme portant sur lui des jolis restes d’une virilité qui fut flamboyante, il est à chacune de ces occasions un ou plusieurs sublimes représentants du Masculin nous inspirant un désir grisant, brûlant, dévorant.
Mais, hélas, tout aussi frustrant. Car, dans l’immense majorité des cas, il est impossible d’assouvir ce désir.
Que peut faire un garçon gay face à ce supplice ?
Il pourrait, par exemple, ne jamais se rendre à ce genre de rassemblement. Ce serait efficace, certes. Mais ça réduirait à néant toute vie sociale.
Ou alors, il pourrait se forcer à détourner le regard. Chose impossible, car le regard éprouve un besoin irrépressible de se nourrir de ce qui l’attire.
Ou alors, et c’est in fine ce qui arrive la plupart du temps, le garçon gay n’a d’autre choix que de prendre sur lui. Supporter de désirer sans rien pouvoir espérer de plus, parfois pas même un regard. Dévorer des yeux tout en faisant attention que ses regards ne soient pas trop insistants. Contempler celui qui devient à un instant le centre de son Univers, tout en étant conscient de ne pas exister à ses yeux.
Oui, c’est un supplice insoutenable que de n’oser même pas adresser la parole au bel inconnu qui, de par sa simple présence, sans même qu’il se soit rendu compte de la nôtre, nous offre davantage d’ivresse que dix verres d’alcool.
C’est un supplice qui nous consume lentement dans les affres d’un désir meurtri. Un supplice qui nous rend chaque fois un peu plus frustrés et amers.
Mais il arrive parfois que les choses se passent autrement. Que la boisson soit un peu notre alliée. Cette boisson qui rend parfois les garçons désinhibés, et parfois même entreprenants.
Mikolas, acte 1
En arrivant samedi au mariage, je savais que le marié ne serait pas le centre de mon attention. Je connais le marié, le fils de mon voisin, un garçon sympa, mais il n’a jamais été à mon goût. L’affaire était réglée d’avance, je n’avais rien à envier à la mariée.
Par ailleurs, je n’aime pas les mariages, trop de monde, trop de boissons, trop de bouffe, trop de conventions, trop de tout à mon goût. Mais je ne pouvais pas refuser l’invitation de mon voisin.
Pour me motiver à aller à cette journée qui s’annonçait interminable, je me suis dit qu’il y aurait sans faute des mâles à mater. Le délicieux poison.
Et, parmi ces mâles, je savais que son beau-fils serait là.
J’ai nommé Mikolas. Le beau, très très beau et infiniment séduisant Mikolas.
Mikolas, acte 2
Mon premier « contact » avec Mikolas remonte peut-être à trois ans, et ce ne fut même pas « en présentiel ».
J’ai appris son existence par la bouche de mon voisin au détour d’une conversation.
« Dimanche nous allons au restaurant avec ma fille. Elle va nous présenter son nouveau copain, Mikolas ».
Ainsi, Aline sortait désormais avec un garçon prénommé Mikolas. Une relation qui devait durer depuis un certain temps déjà, et qui devenait sérieuse, puisque ça en était au stade des présentations à la belle famille.
Mikolas. Ce garçon m’a plu de suite, rien que d’après son prénom. Un prénom si atypique, si chargé « d’ailleurs », un prénom plein de belles promesses de mâlitude. Un prénom en lien avec ses origines, mon voisin m’a appris que sa mère est polonaise.
Dès lors, j’ai ressenti une brûlante envie de mettre un visage sur ce prénom délicieusement exotique.
Ce ne fut pas compliqué d’assouvir cette envie. Les réseaux ont beaucoup et surtout du mauvais, mais parfois peuvent aussi avoir du bon. En fouillant dans la vie numérique publique de la fille de mon voisin, j’ai vite trouvé Mikolas. Mikolas avec un nom de famille moins exotique. Maman polonaise, papa landais.
Et dès que son mur s’est affiché, ce fut un choc.
Son prénom était pour mes oreilles une promesse de bogossitude. Sa sublime petite gueule transformait l’essai de la façon la plus spectaculaire qui soit.
Une petite gueule au regard de glace, perçant, intense, pénétrant, charmeur. Une petite gueule terriblement raccord avec ce prénom on ne peut plus sexy. Une petite gueule s’accompagnant par ailleurs d’une belle carrure de jeune mâle fringuant entre 25 et 30 ans. A couper le souffle. Rien que sur les images, Mikolas dégageait à mes yeux une sexytude intense, insoutenable.
Peu de publications sur son mur, mais de très belles publications. Une série de cinq photos, Mikolas entouré de ses potes, dans une ambiance débridée de fête d’été.
Comment rester insensible au fantasme majeur que représente une bande de potes, bogoss pour la plupart, prêts à faire la fête, déchaînés comme peut leur permettre leur jeunesse insolente et insouciante ?
Comment ne pas m’interroger avec lequel ou lesquels j’aurais eu envie de voir le beau Mikolas prendre du plaisir en fin de soirée ?
Comment rester par ailleurs insensible à cette autre image, Mikolas en costume, donnant à sa carrure et à sa belle petite gueule de jeune mâle un éclat tout bonnement intolérable ?
Ah putain, quel Beau P’tit Mâle ! En regardant ces photos, j’avais l’impression d’avoir des milliers de papillons dans le ventre.
Et pendant un temps, bien avant de faire sa connaissance, ça s’est fini en plaisir solitaire, rien que sur photo, un plaisir tout aussi intense que la charge érotique inspirée par ces images.
Après le choc de la découverte de la belle petite gueule de Mikolas, j’attendais avec impatience le jour où je croiserais le beau demi-polonais en vrai.
Je vois mon voisin avec une certaine régularité, je me disais que ce moment finirait assurément par arriver.
J’avais besoin que ce moment arrive. Parce qu’une photo n’est qu’une image imparfaite, car statique, j’avais besoin d’appréhender sa bogossitude en vrai.
Mais il m’aura fallu attendre assez longtemps pour que cela advienne.
« Ce soir nous allons dîner chez Aline et Mikolas », « Demain après-midi nous allons aider Aline et Mikolas pour le déménagement », « Dimanche midi Aline et Mikolas vont venir déjeuner ».
Voici des exemples de phrases que j’ai entendu prononcer par mon voisin dans les mois suivants ma découverte virtuelle de la belle petite gueule de son beau-fils.
Je n’ai jamais été convié à ces réunions de famille.
Alors, ces phrases résonnaient en moi comme autant de frustrations, car elles mettaient entre le beau mâle et moi une distance infranchissable.
Oui, en dépit du fait que je suis assez souvent invité chez mon voisin, il a fallu longtemps avant que l’occasion ne se présente pour que je puisse croiser le chemin du beau Mikolas.
Et puis l’occasion a fini par se présenter. C’était pour l’anniversaire, un anniversaire « décennal », de mon voisin justement, il y a trois ans.
Il est évident que la première chose à laquelle j'ai pensé au moment où mon voisin m’y a invité c'est : Chouette ! Je vais enfin voir Mikolas en vrai !
Mais ce fut hélas une occasion manquée.
Ce jour-là, pour cause d’obligations « mondaines » tierces, à savoir, un match de rugby de Six Nations, Mikolas et Aline sont arrivés tard, très tard à la fête d’anniversaire de mon voisin… peu après que je sois parti !
Comment je m’en suis voulu de ne pas être resté un peu plus longtemps !
Mikolas, acte 3
Et puis, il y a eu l’anniversaire « décennal » de ma voisine, l’année suivante.
Et cette fois-ci, pas question de rater le beau Mikolas, même si je devais rester chez les voisins jusqu’au lendemain matin !
Donc, depuis un certain temps, je me préparais au choc frontal avec sa bogossitude. Inutile de préciser que j’étais très impatient et un tantinet fébrile.
Oui, c’est ce jour-là que j’ai enfin croisé l’existence du beau Mikolas.
Et comme à l’instant de la découverte de sa petite gueule sur Internet, là encore le choc fut immense.
Mais immense, d’une immensité sans commune mesure.
C’était un dimanche. Lorsque nous avons débarqué, mon copain et moi, chez les voisins, il y avait déjà pas mal de monde dans la cour. Mais j’ai repéré Mikolas tout de suite. Quand le soleil est dans le ciel, on ne voit que lui. Et Mikolas est un vrai soleil. C’est le genre de garçon sur qui les regards se retournent quand il rentre dans une pièce.
Soudain, je ressens une soudaine accélération du rythme cardiaque.
Le jeune mâle fait au moins 1m80, il a les cheveux châtains très courts, presque ras, il a un collier de barbe fourni, il a les yeux gris très pétillants, un regard intense, un regard de glace qui semble te transpercer. Et il a des épaules solides comme il faut, un torse élancé bien souligné par un polo gris du meilleur effet, épousant ses biceps et ses pecs d’une façon assez spectaculaire. Pas de tatouages visibles, ce qui est un plus important à mes yeux. Rien n’est plus beau qu’un corps de garçon tel qu’il a été conçu, sans sophistications inutiles.
Poilu du torse, pas poilu ? Hélas, son polo ne permet pas de lever le doute.
Et puis, il y a cette gueule, mon Dieu, une belle petite gueule à tomber à la renverse. Une petite gueule qui gagne bien évidemment à être appréciée en vrai plutôt que sur une photo, une petite gueule avec des traits parfaits, et avec une dégaine bien virile.
Et puis, il y a le sourire. Un sourire lumineux, charmeur, à la fois doux et canaille, un sourire à te faire oublier qui tu es.
A cet instant précis, ce ne sont plus de milliers de papillons qui s’agitent dans mon ventre, comme devant la seule photo. Là, ce sont des milliards de papillons qui se débattent furieusement dans mon ventre, inspirant de violents et sauvages désirs pour ce petit Dieu, hélas inaccessible.
A cette occasion, nos échanges n’ont été guère plus loin que les présentations. J’ai toujours du mal à communiquer avec les garçons qui m’attirent à ce point.
Et ce Mikolas me rend complètement dingue.
La multitude d’invités m’a permis de garder une distance avec le beau mâle.
Le soir venu, avant d’aller au lit, une bonne branlette libératrice s’est rendue nécessaire, en m’imaginant offrir du plaisir au beau Mikolas.
Mikolas, acte 4.
Et puis, pendant près de deux ans, nos chemins ne se sont plus croisés.
Jusqu’à ce samedi, à l’occasion du mariage du fils de mon voisin, un mariage avec beaucoup, beaucoup de monde.
En dépit du nombre d’invités, Mikolas s’est une fois de plus imposé comme l’aimant absolu de mon regard. Non pas qu’il n’y ait pas d’autres garçons séduisants. Il y a au moins une autre mâlitude fort intéressante dans le lot des invités. Un grand garçon blond, bien bâti, vraiment très très beau.
Mais Mikolas, c’est Mikolas. Et quand il est là, on ne voit que lui. Parce que son sourire illumine l’horizon tout entier, parce qu’il fait pétiller l’esprit de ceux qui le côtoient. Parce qu’il est exubérant, déconneur, avenant, parce qu’il est si craquant avec sa chemise blanche en toile froissée, suffisamment ouverte pour donner la plus belle des réponses à la question que son polo de la dernière fois n’avait pas permis d’évacuer, à savoir si le beau mâle est poilu ou pas. Je suis formel, entre les pans flottants de cette chemisette, on devine une belle pilosité de mâle, image d’un érotisme brûlant.
Depuis cette unique fois où je l’ai vu trois ans plus tôt, sa silhouette s’est un brin épaissie. Rien de tragique, au contraire. Je trouve que cette nouvelle morphologie le rend d’une certaine façon plus « accessible » et, par conséquent, encore plus séduisant.
Quant à sa barbe, peut-être plus longue et dense, style « gros » ours viril, ça le rend carrément irrésistible.
Ce qui n’a pas changé depuis la dernière fois en revanche, c’est sa sublime petite gueule et ce regard de glace qui agit comme une perdition de l’esprit.
Mikolas met la main à la pâte pour le mariage de son beau-frère. Pendant l’apéro, interminable, il passe avec les plateaux de petits fours. Pendant le repas, il sert à boire. Il a un mot, tour à tour sympa, drôle, bienveillant, taquin pour chacun des invités.
Même moi j’ai droit à une boutade sur mon verre empli d’eau en lieu et place d’une boisson plus « honorable » pour un mariage.
Mikolas a l’air infatigable. Et toujours aussi souriant. Il me rend dingue.
Il fait beau, il fait chaud en ce samedi du mois de mai. Entre deux conversations avec des copines, je ne cesse de le chercher du regard.
Et de me demander comment un superbe spécimen comme lui peut sortir avec une nana si fade que la fille de mon voisin. Je l’aime bien, Aline. Elle est gentille. Mais a première vue, ils n’ont rien à faire ensemble. Il est pétillant, elle est quelconque. Encore un mariage de la carpe et du lapin.
Mon copain me dit : Tu le mates trop.
Je lui dis : Il me semble que nous matons la même chose.
Il me dit : Salope.
Je lui dis : Pétasse.
Impossible de ne pas mater le beau Mikolas. Car il est sans doute aucun le garçon le plus séduisant de la journée.
En fin d’après-midi, plusieurs gars s'assoient dans l’herbe les uns derrière les autres, bassin contre bassin, dans une promiscuité intéressante, se dandinant au rythme de la banda diffusée par une grande enceinte.
Bien évidemment, Mikolas est de la partie, il est même installé en tête de ligne. Il a l’air un brin éméché. Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait été le premier à s’asseoir sur l’herbe et à lancer l’idée.
Suivant de façon très approximative la cadence de la musique, les participants imitent les mouvements des rames.
Leur enthousiasme est contagieux, mon copain et moi finissons par nous laisser emporter dans ce tourbillon viril de folie festive. Mon copain s’installe derrière le dernier rameur, moi derrière lui. Nous sommes une dizaine de rameurs derrière le chef de file Mikolas.
Des noms sont appelés, criées, répétés, autant d’invitations pour venir se jeter « à l’eau ».
A force d’insister, une femme d’un certain âge se lance. Elle atterrit sur Mikolas et les deux acolytes juste derrière lui. Les bras successifs la font avancer, jusqu’à la fin de la chaîne.
D’autres gars s’installent derrière nous, la chaîne s’allonge.
Une autre femme se lance, puis une autre, puis un mec assez fin, puis un autre plus costaud. On n’arrive pas à le tenir, il tombe sur le côté au milieu de la chaîne.
C’est physique le Paquito.
Et là se produit quelque chose dont je n’aurais même pas osé rêver. Le beau Mikolas se lève, quitte sa position de meneur et remonte la file sur ma gauche et vient s’installer… juste derrière moi, à la place d’un gars qui vient de déclarer forfait.
Soudain, je sens son bassin derrière le mien. Puis, au gré des mouvements et des ondulations, je sens son torse chaud contre mon dos, je sens ses bras frôler les miens. J’ai l’impression de me retrouver dans ses bras. Putain de sensation de dingue !
Le gars ne semble pas gêné du tout par cette proximité étroite, alors que nous nous connaissons à peine. Je ressens à sa voix éraillée un délicieux degré d’alcoolémie, et je le trouve bandant à se damner.
Un autre mec tente sa chance au Paquito, mais il tombe à son tour.
A ce stade, il n’y a plus de volontaires.
J’entends Mikolas regretter qu’on ait fait tomber les derniers gars, ce qui fait que d’autres n’aient plus envie de se lancer. Il a l’air de regretter que le jeu de la fête se termine trop tôt. Je le ressens dans ses mots, dans le ton de sa voix. Il est touchant.
Mais déjà les rangs se rompent, les gars se relèvent. Mikolas se relève avant moi, il me regarde, et il me tend sa main. Je la saisis, le bogoss m’aide à me relever avec une bonne poigne.
Ah putain, comment il est craquant !
Vers 18 heures, après le café, nous partons faire une balade autour de la propriété avec nos amies.
Nous revenons une heure plus tard.
Nos copines prennent alors congé et s’éclipsent.
C’est là que se produit quelque chose d’incroyable. De vraiment incroyable.
Mikolas, acte 5.
Le lendemain de ce jour de fête, mon copain et moi revenons chez le voisin pour l’aider à ranger.
C’est la fin de l’après-midi. En arrivant, nous remarquons la voiture d’Aline.
Réflexe pavlovien, Aline est là = Mikolas est peut-être là aussi.
Hélas, mon excitation est de courte durée puisqu’Aline est en réalité toute seule, venue elle aussi aider ses parents à ranger après son travail.
Pendant le rangement sous le hangar désormais vide, je ressens de la nostalgie pour l’énergie festive de la veille.
Je regarde l’endroit où Mikolas nous a fait son petit sketch, et je trouve la dalle, privée de sa présence, vide et triste. Un souvenir qui résonne en moi avec un écho déchirant.
Soudain, je repense à ce vieux monsieur, une connaissance, à qui j’ai eu la mauvaise idée de dire bonjour vers la fin du repas, sans me rendre compte qu’il était torché à bloc, et dont j’ai eu le plus grand mal à me débarrasser. On peut dire que ce vieux monsieur ivre m’a vraiment saoulé.
Le beau Mikolas aussi était torché hier soir. Et il m’a « saoulé » lui aussi, semble-t-il.
Je peux dire sans ciller que j'ai carrément préféré me faire saouler par le beau slave que par le vieux monsieur.
Après le temps du rangement, vient le temps de l’apéro.
Autour de la table, on évoque la fête de la veille, les invités, les cadeaux, les surprises.
Je ne peux rater l’occasion trop belle de demander des nouvelles de Mikolas, après sa performance de la veille.
« Alors, il a dormi toute la nuit sur la chaise longue ? » je questionne Aline.
Aline, Aline, comment je te jalouse.
Parce que c’est toi qui as la chance d’être avec lui, la chance de le voir à poil, de le toucher, de l’embrasser, de le sucer. De le sucer. Parce que c'est toi qui as la chance de l’avoir en toi, de recevoir son foutre en toi, sur toi, c’est toi qui as la chance de le voir jouir, de le faire jouir.
Je te déteste parce que c'est toi et pas moi, et que ce ne sera jamais moi, même pas une fois, et que ça me rend fou.
Te rends-tu compte, au moins, ou te rends-tu encore compte, de ta chance ? Sais- tu célébrer, ou sais-tu encore célébrer, sa bogossitude, et satisfaire sa virilité comme il se doit ?
« Non, il a dormi dans la maison » elle me répond.
« Tu n’as pas eu trop de mal à l’amener à l’intérieur ? » j’insiste.
« Il y est allé tout seul ».
« Il s’est levé un peu après que vous soyez partis » m’explique sa mère « il a encore dansé, enfin, il oscillait… Et puis, à un moment, il est monté se coucher sans demander son compte. J’avais peur qu’il tombe dans les escaliers ! Je suis partie voir s’il dormait, j’ai été rassuré de le voir endormi sur le lit comme un bébé ».
C’est mignon. La femme de mon voisin est une grande dame.
Puis, Aline s’adresse à nous et elle a cette question qui me fait fort sourire intérieurement.
« Mikolas ne vous a pas trop embêtés hier soir ? J’ai vu qu’il se tenait à vos épaules ».
Oui, Aline, je souris très fort en mon for intérieur. Très fort, et très jaune.
« Non, pas du tout ! Ça va, il n’a pas l’alcool mauvais, il a juste l’alcool déconneur ».
Flash-back 24 heures plus tôt.
Au moment où nous revenons à la fête après notre petite balade, entre la fin d’après-midi et le début de soirée, les invités commencent à quitter la fête.
Le hangar se vide, mais Mikolas est en train de danser mollement avec quelques autres personnes qui semblent tout aussi passablement éméchées que lui. Il est là, devant la grande enceinte, et il bouge sans trop bouger, un verre à la main.
Lorsqu’il nous voit revenir, il vient illico nous proposer à boire.
Il boit du Limoncello, il nous propose du Limoncello.
Mikolas est passablement torché, il est marrant, il raconte des bêtises.
Il me soutient qu’il connait mon voisin, son possible futur beau-père, depuis tellement longtemps que je n’étais même pas né.
Affirmation cocasse quand on sait qu’il a tout juste la trentaine, que ça ne fait qu’une poignée d’année qu’il est avec Aline, et que j’ai l’âge de son beau-père.
On rigole bien avec lui, c’est facile de rigoler avec un gars éméché. A cet instant, alors qu’on ne l’a vu qu’une seule fois au préalable, sans d’ailleurs sympathiser plus que ça à cette occasion, alors que ça fait des années que nos ne l’avons pas revu, je me sens presque comme si nous étions des potes.
Oui, Mikolas a l’alcool déconneur.
Mais force est de constater que Mikolas a également l’alcool terriblement sensuel.
Je profite sans réticence de cette proximité, de cette promiscuité, de cette chance inouïe de pouvoir le regarder de près, de si près, sans crainte que mes regards soient mal reçus.
Plus je le regarde, plus je respire sa proximité, plus je le trouve irrésistible.
Parce qu’il a tout pour lui, vraiment tout.
Il y a la belle petite gueule, il y a le sourire, il y a ce regard slave, un regard de glace, intense, brûlant, pénétrant, qui lui vient de sa maman.
Il y a cette peau mate, cette carrure de rugbyman qui lui vient sans doute de son papa landais. Peau mate, peau moite dans la chaleur de cette fin d’après-midi.
Il y a cette chemisette légère qui épouse ses épaules solides, avec de nombreux boutons laissés nonchalamment ouverts dans cette chaude journée, les deux pans laissant apprécier, au gré de ses mouvements, les poils du torse, ou peut-être une repousse de poils. C’est vraiment méga sexy.
Et décidemment, sa belle barbe dense, d’une ou peut être deux semaines, bien taillée, avec des poils qui arrivent très près de ses lèvres, ça lui donne une allure à la fois soignée et terriblement virile.
Oui, je le mate sans vergogne. De toute façon, dans l’état second où il est, il ne se rend compte de rien. Ou bien, il se rend compte de tout. Et il aime peut-être ce dont il se rend compte.
Ses yeux de glace brillent d’une lueur d’une intensité inouïe, une lueur qui, telle un laser, semble me transpercer. Me mettre à nu. Devine-t-il, ressent-il l’ampleur de mon désir pour lui ?
Dans son ivresse, il me semble déceler quelque chose qui me plaît beaucoup, vraiment beaucoup.
J’ai l’impression que l’alcool sensuel devient peu à peu un alcool délicieusement désinhibiteur.
Le bogoss reprend un autre verre. Il nous en propose, je refuse. Je ne bois pas, hélas (je n’ai accepté le premier verre que pour « l’approcher », je n’aime même pas le limoncello), c’est l’un des drames de ma vie. Je n’ai jamais pu profiter de cette béquille chimique pour socialiser, me laisser aller, faire les bêtises qui m’auraient peut-être permis de me construire autrement. Je le regrette.
Au fil de nos déconnades et de l’avancée de son degré d’alcoolémie, Mikolas devient très proche. Désormais, l’espace vital de bienséance n’a plus cours. Il me parle de très près, vraiment de très près. Je peux sentir son souffle sur mon visage, et il approche encore. J’ai envie de l’embrasser, j’en crève d’envie. Je me demande comment il réagirait si j’osais. C’est terriblement excitant.
Un instant plus tard, il fait la même chose avec mon copain, il lui parle de très près, on dirait qu’il est sur le point de l’embrasser. Terriblement excitant aussi.
Je sais que Mikolas est tout à fait le style de mec qui plait à mon copain, barbu, un peu enrobé, viril, genre rugbymen de troisième mi-temps, le regard de glace étant l’attrait ultime.
Sa proximité agit sur nous comme une ivresse.
Lui, il a l’ivresse du limoncello. Nous avons l’ivresse de lui.
Apres avoir installé une proximité troublante, le beau polonais devient également tactile, très tactile.
En nous parlant, il nous frôle furtivement le ventre avec le dos de sa main. Puis, les frôlements deviennent des petites tapes, qui finissent par s’étirer, comme des caresses. C’est un geste répété, insistant, prolongé. Juste la fine couche de coton de nos t-shirts nous séparent du contact de sa main. Délicieusement excitant.
Mikolas varie les plaisirs. Il touche l’épaule de mon copain, puis la mienne, il attrape son biceps, puis le mien, il frôle son avant-bras, puis le mien.
Constatant que sa familiarité tactile ne nous dérange pas, il est de plus en plus à l’aise.
Il passe un bras autour de mon cou, l’autre autour de celui de mon copain. Et j’ai un sursaut lorsque je sens le bout de ses doigts jouer avec ma nuque. Je me demande s’il est conscient, ou pas, de l’effet que cela me procure.
Je ressens des frissons de la tête aux pieds.
J’aimerais bien, j’adorerais pouvoir me laisser aller à son petit jeu, voir jusqu’où cela pourrait nous mener. Et je suis sûr que mon copain aimerait aussi. Mais je ne peux pas. Nous ne pouvons pas. Pas devant sa copine, pas devant mes voisins, et les quelques dizaines d’invités toujours présents.
Le beau Mikolas n’est pas en reste en fait de bêtises à raconter, l’ivresse aidant. Mais je ne suis pas un grand déconneur à la base, et un blanc finit par tomber dans le débit de sottises.
Et là, le beau Mikolas me regarde droit dans les yeux et me lance :
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller les gars ! »
Une phrase qui me fait un mal de chien. Une phrase qui souligne cette incapacité qui est la mienne et que j’ai déjà énoncée, celle de ne pas savoir profiter de l’alcool pour me laisser aller, justement.
Et l’idée annexe, la plus douloureuse, la conscience du fait que cette incapacité m’a sans doute empêché par le passé, et c’est probablement toujours le cas aujourd’hui, de profiter de certaines occasions, de certains bonheurs avec les garçons que seul l’alcool sait rendre possibles.
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller les gars ! »
Alors que cette petite phrase résonne douloureusement en moi comme un écho assourdissant, je me dis que la vie est vraiment cruelle.
Je le regarde retourner remplir son verre, et je vois une nana venir lui parler.
Naaaaan ! Après ce qui vient de se passer, je ne veux pas perdre le contact avec le beau Mikolas. Surtout le retenir, par tous les moyens !
Je benne discrètement mon verre dans le gazon, je vais le voir, je lui demande de me resservir.
« Il n’y a que ça de vrai, le Limoncello ! » il me lance avec un grand sourire qui me terrasse.
Nous trinquons et je lui demande son âge.
« J’ai 30 ans ».
Ah, putain, 30 ans, le bel âge !
Il y a du bon dans le masculin à 20 ans, et même avant. Il peut y en avoir à 40, 50, 60, et parfois même plus tard, si la chance le permet.
Mais je crois que 30 c’est souvent l’âge d’or où la fougue de la jeunesse s’entremêle avec la virilité et la sensualité.
Au gré de ses mouvements manquant désormais de coordination, la chemisette flotte, laissant entrevoir furtivement l’élastique noir de son boxer, et la peau en dessous du nombril.
Oui, il est un brin enrobé, mais il est vraiment, vraiment, vraiment beau mec.
A cet instant, il dégage une charge érotique inouïe.
Ce gars me fait un effet de dingue, j’ai envie de conserver son attention maintenant que je la tiens.
Vite, enchaîner !
Je lui parle de ses origines polonaises, espérant en savoir davantage, s’il a conservé des liens avec sa famille au pays, s’il parle la langue, s’il se sent concerné par ses origines maternelles.
Au lieu de quoi, il part dans un laïus décousu et alcoolisé sur les clichés concernant les polonais, le polonais misérable, le polonais qui fait la manche, le polonais alcoolique, le plombier polonais.
« Il faut arrêter de sucer les Polonais », il balance à un moment, comme un cheveu sur la soupe.
Le mot « sucer » dans sa bouche me fait un effet inimaginable.
Je ne sais pas s’il faut arrêter de sucer les Polonais, mais moi j’ai une envie déchirante de sucer le Polonais que tu es !
Pourquoi je n’ai pas su lui dire ces mots ?
C’est un désir violent, déchirant, presque douloureux.
Oui, douloureux.
A fortiori, alors que sa proximité et sa tactilité n’en finissent plus de grandir.
Ses bras se glissent sans cesse autour de nos cous, ses mains touchent nos épaules, je ressens la chaleur moite de sa peau contre ma peau. Je plonge une fois de plus mon regard entre les pans de sa chemise légère, je guette sa belle pilosité de jeune mâle et je sens ma raison s’évaporer.
C’est fou. C’est trop et pas assez, tout à la fois, quand on ne peut pas aller plus loin.
Je suis raide dingue de lui.
Et l’alcool désinhibiteur devient lubrique.
Dans son regard de glace, il me semble déceler une étincelle licencieuse qui porte atteinte à ma santé mentale.
Et dans sa façon de se comporter avec nous, une attitude presque libidineuse qui m’installe définitivement en PLS mentale.
Je me demande de quel délicieux éclat doit briller la lueur de glace de son regard pendant l'excitation, je m’interroge sur ses attitudes pendant la quête du plaisir. Je me demande comment il est monté. Je me demande l’odeur de sa queue, la puissance de ses coups de reins, comment il exerce son autorité virile, comment il jouit. Je me demande le goût de son foutre.
Je me demande comment il est, après, avec elle.
Mikolas dégage à cet instant une sensualité brûlante et une lubricité incendiaire, et il les dégage tout près de moi, de nous, au risque de nous brûler.
Le mec pue carrément le sexe, j'ai comme l'impression de humer l'odeur de sa queue, comme s’il nous l’agitait sous le nez. J'ai envie de lui à en crever.
Mikolas est à cet instant à mes yeux le mec le plus sexy de l'Univers. Il l’est parce qu’il est là, juste là, et presque accessible, presque à portée de nos mains, de nos lèvres, de nos envies.
Je ne sais pas de quoi j’aurais le plus envie, d’un plan à trois avec mon copain ou bien de ne l’avoir rien que pour moi.
Ce que je sais, c’est que j’ai envie de lui à m’en déchirer les tripes !
Je me demande comment il serait, après, avec moi, avec nous.
La scène est irréelle, délicieusement irréelle. J’adore cette promiscuité avec le beau Polonais et je voudrais pouvoir en profiter un max. Je voudrais pouvoir tenter ma chance, lui faire des propositions. J’ai l’impression qu’il n’attend que ça.
Mais nous ne sommes pas seuls, hélas. Alors, tout en appréciant à sa juste valeur ce moment inestimable car inespéré, je pense au regard des autres convives, et je pense surtout à celui de sa copine. Je n’ai pas envie qu’elle pense que nous essayons, mon copain et moi, de profiter du degré d’alcoolémie de Mikolas pour nous le taper, même si c’est précisément cette idée qui m’obsède depuis le tout début de son petit numéro. Et même avant, bien avant.
Oui, je suis gêné vis-à-vis d’Aline. Mais en fin de compte, je ne sais même pas si j’ai raison de l’être.
Depuis tout à l’heure, je la vois discuter avec des amis, et elle ne semble prêter aucune attention, ni éprouver aucune inquiétude, et encore moins un quelconque gène, vis-à-vis du petit numéro alcoolisé de son homme.
Est-ce par inadvertance ?
Je ne crois pas, elle n’a pas pu ne pas remarquer les agissements du beau Polonais.
Est-ce, par respect, par crainte ?
On ne connaît pas les codes qui régissent les couples, a fortiori ceux qu’on ne côtoie pas.
En général, c’est délicat de gérer quelqu’un qui a l’habitude de boire, ça peut vite entraîner des tensions très malvenues pendant un moment festif.
Ou alors, est-ce par habitude ou bien par lassitude ?
Ça pourrait être le cas, mon voisin m’apprenant que son beau-fils est coutumier du fait.
L’absence de réaction d’Aline pourrait même être de l’indifférence. Ça fait quelques années qu’elle est en couple avec Mikolas. Se rend-elle toujours compte de la chance qui est la sienne de partager la vie et le pieu d'un si beau garçon ?
Je sais que ça me dérangerait si mon copain se conduisait de la sorte.
Mais il n’y a pas que le fait de boire. Mikolas n’a pas l’alcool mauvais, donc ça encore, ça peut passer. Il y a aussi et surtout son attitude vis-à-vis de mon copain et de moi, deux garçons, deux gays. Il me semble que ceci devrait alerter Aline, et bien plus que le degré l’alcoolémie de son chéri.
Eh, bien ça ne semble pas être le cas, pas le moindre du monde.
Est-ce qu’elle a déjà eu l’occasion d’assister à ce genre de petit numéro de promiscuité alcoolisée de son copain avec d'autres mecs ? Avec des potes à lui ?
Ou bien, est-ce que c'est une première, et une première n’entraîne pas d’alerte en général, que ce soit à tort ou à raison ?
Je me demande, et l’idée me plaît beaucoup, si c’est nous qui lui en avons donné l'occasion, en plus de l'alcool, d'exprimer cette part de lui. Il sait que nous sommes en couple, ça lui a peut-être donné des idées.
Je me demande si elle sait, si elle devine, ou bien si elle compose carrément avec cette facette de son homme, avec ses penchants qui se manifestent lorsque l'alcool fait son effet.
A-t-elle peur de ce que l’ivresse révèle du beau Polonais ?
Ou bien, lui laisserait-elle cet espace de liberté par peur de le perdre ?
Ou, tout simplement par amour, pour le savoir épanoui et heureux ?
Ce serait une belle preuve d’amour.
A cet instant, mille questions fusent dans ma tête.
A-t-il déjà pensé à lui-même comme étant bisexuel ?
Qui sont les hommes bisexuels et comment vivent-ils leur sexualité ?
Est-ce que ces désirs sont pérennes ou peuvent bouger au cours de la vie ?
Est-ce que les gars qui sont avec des nanas se laisseraient plus aller à la sexualité et à l'amour avec d'autres hommes si cela n’avait aucun coût social ?
Et ce rapport à la fluidité, qu'est-ce qu'il dit sur le rapport des hommes aux normes de virilité, de masculinité ? Pourquoi ce genre de sexualité questionne autant ?
Pourquoi l'orientation sexuelle aurait des frontières ?
Ne devrions pas tous être libre d’aimer et de coucher avec qui l’on veut, dans la mesure où l’on vit cela dans le respect de l’autre ?
Connait-il Grindr ? A-t-il déjà été sur Grindr ?
Comment j’aimerais parler de tout ça avec le beau Mikolas, sur l’oreiller, comme on dit.
En attendant, je crois bien que le bogoss a bien compris qu’il nous fait un effet de dingue. Et que ça lui plaît de nous chauffer à blanc.
Mikolas, acte 6
L’instant magique.
Oui, il y a eu un instant parfait, un instant magique, un instant où il était vraiment « à point ».
« A point », al dente, comme des pâtes prêtes à être dégustées.
Mais, à cet instant précis, inestimable, éphémère, magique, Mikolas était prêt à être « dégusté » par deux garçons qui ne demandaient rien de mieux que lui offrir autant de plaisir qu’il aurait pu imaginer. Et plus encore même.
Je crois que cet instant est survenu lorsque le beau mâle a passé son bras gauche autour de mon cou et le droit autour de celui de mon copain, et qu’il nous a lancé, le visage à quelques centimètres du notre :
« Je vous adore les gars ! »
A cet instant précis, j’ai repensé à ce qu’il nous avait balancé un peu plus tôt :
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller, les gars ! »
Si tu savais comment on a envie de se laisser aller, avec toi ! Et tu ne serais pas déçu si on se laissait aller avec toi !
Putain qu'est-ce que tu es bandant !
Hélas je n’ai pensé à ces répliques que lorsqu’il ne m’était plus possible de les lui glisser.
J’aurais aussi pu lui lancer, moins frontal mais tout aussi efficace :
Tu fais du sport ?
Que la réponse ait été oui ou non, cette première question aurait permis de mettre un pied dans la porte de son esprit pour y faire ensuite rentrer ce que j'avais envie d'y faire entrer, de lui dire, à savoir :
Tu es bien foutu.
Il sait qu’il plaît. Mais ça n'aurait pas inintéressant qu’il puisse l'entendre de ma bouche, que ces mots, MES mots, s'impriment dans son esprit.
Il aurait fallu les lui glisser à cet instant. Il aurait pu les recevoir sans s’en émouvoir, ou bien s’en émouvoir dans le bon sens. Au moins, il aurait su.
Oui, il y a eu un instant où Mikolas était vraiment à point. Juste avant, c’était trop tôt. Juste après, ça a été trop tard.
Instant éphémère, que nous n’avons pas pu saisir.
Le beau mâle a bu un autre verre, un autre encore et encore un autre. Que des verres de trop. Le moment est venu où je ne l’ai plus senti vraiment assuré sur ses appuis. J’ai eu peur qu’il tombe et qu’il se fasse mal. Je lui ai proposé à plusieurs reprises une chaise pour qu’il puisse se poser, pour le savoir en sécurité, mais il n’en a pas voulu.
A cet instant, j’avais très envie de le prendre dans mes bras et de le serrer très fort contre moi. J’ai eu envie de savoir d’où vient ce besoin de se déchirer la gueule à chaque fois qu’il fait la fête.
Et il a continué à se servir des verres, bien que désormais il en renversait davantage qu’il en buvait.
Son état d’ivresse a continué de monter et, comme une cuisson oubliée, ça a tout gâché.
Ses propos étaient de plus en plus confus, il avait du mal à parler, à tenir debout.
Et puis, il a fini par s’écrouler sur le gazon. On l’a aidé à se relever. Il chancelait.
Je lui ai une nouvelle fois proposé une chaise pour s’asseoir, il n’en voulait toujours pas. Il titubait, il a failli renverser une table en plastique avec des verres dessus. Sa belle-mère a amené une chaise longue, on s’y est mis à trois pour l’installer dessus. Il n’avait plus la force de s’y opposer. Un instant plus tard, il était parti dans les bras de Morphée.
Il était toujours aussi beau, mais il était éteint.
Après avoir eu l’alcool sensuel, désinhibé, attachant, filou, lubrique, bandant, Mikolas a eu l’alcool KO.
Quel gâchis !
« Saoul comme il était, si on lui avait proposé de faire quelque chose, il n’aurait pas dit non » me lance mon copain dans la voiture, en rentrant de la soirée. « Si on avait été rien que tous les trois, on aurait sans doute pu se le faire. L’alcool le rend sensible ».
J’en conviens avec lui. Et la profonde conviction qu’il a vu juste, que notre promiscuité aurait pu facilement déraper, est la source d’une frustration d’une violence inouïe.
Fin de flask-back.
Alors, Aline, pour répondre à ta question, non, Mikolas ne nous a pas trop embêtés.
Pas du tout. En vrai, j’aurais vraiment aimé, on aurait vraiment aimé qu’il nous embête bien davantage.
Voilà ce qui me brûlait les lèvres de te répondre, mais que tu ne sauras jamais.
Mikolas, acte 7.
Les jours d’après.
Le surlendemain de ce petit numéro alcoolisé par le beau Mikolas, je m’en ouvre avec une amie.
Elle me dit : « Ça ne m'étonne pas. Il a l’air bien filou comme garçon. Très au fait de son charme, sans trop en faire pour autant, mais très charmeur. Et avec tout le monde ! ».
Une autre me dit : « C’est vraiment un très beau garçon ».
Mon copain me dit : « Ce serait bien qu’Aline et Mikolas viennent habiter chez les parents d’Aline. On serait voisins. T’imagines, Mikolas qui se pointe saoul à la maison ? ».
« Ah, ça me plairait beaucoup… », je fais, rêveur.
« Salope ! » il me lance.
« Morue ! ».
Les jours passent, et je n'arrive pas à arrêter de penser à Mikolas. Je n'arrive pas à trouver la paix après ce terrible gâchis de ne pas avoir pu transformer l’essai de cet instant magique.
Le pire est que Mikolas est presque « accessible », dans le sens où je pourrais avoir son numéro sur simple demande à mes voisins, ses beaux-parents.
De toute façon, quand-même j’arrivais à capter son 06, que pourrais-je bien en faire ? Essayer de le draguer à distance, au risque de me faire refouler ? Car si à l’instant magique une fenêtre de possibles s’était peut-être ouverte, elle s’est très probablement refermée une fois les vapeurs de l’alcool évaporées. Essayer de l’approcher, au risque que ça se sache et que ça fasse un scandale dans le voisinage et dans mon couple ?
Oui, Mikolas est presque accessible, et en même temps totalement inaccessible.
C'est violent ce désir de lui qui ne s'éteint pas, et qui me fait souffrir comme une morsure.
Final
Oui, le désir des Mâles.
Il arrive parfois que les choses se passent un peu différemment, qu’on ne soit pas tout de suite confronté à la défaite, il arrive parfois qu’on se prenne à rêver les yeux ouverts, que des attitudes ressemblent à des promesses, ou même à des actes manqués.
L’alcool peut parfois rendre les garçons désinhibés et parfois même entreprenants. Hélas, les circonstances ne sont que trop rarement réunies pour que cela puisse se concrétiser, pour que leurs envies d’un instant alcoolisé puissent rencontrer nos désirs les plus brûlants.
Alors, c’est un fait, la proximité un peu trop intime avec un mâle se termine souvent de la même façon qu’une distance trop grande : avec la morsure douloureuse d’un désir refoulé, avec la brûlure de fantasmes qu’on n’aura jamais l’occasion d’assouvir. Et avec une immense frustration, inspirant, le soir venu, des plaisirs nombreux, délicieux, et tristement solitaires.
Mise en bouche
Oui, il y a eu un instant parfait, un instant magique, un instant où il était vraiment « à point ».
« A point », al dente, comme des pâtes prêtes à être dégustées. Juste avant, c’était trop tôt. Juste après, ça a été trop tard.
Mais, à cet instant précis, inestimable, éphémère, magique, Mikolas était prêt à être « dégusté » par deux garçons qui ne demandaient rien de mieux que lui offrir autant de plaisir qu’il aurait pu imaginer. Et davantage encore.
Je crois que cet instant est survenu lorsque le beau mâle a passé son bras gauche autour de mon cou et le droit autour de celui de mon copain, et qu’il nous a lancé, le visage à quelques centimètres du nôtre :
« Je vous adore les gars ! »
Intro
N'importe quel garçon gay vous le dira, là où il y a un rassemblement, une soirée, un anniversaire, un mariage, le désir finit toujours par s’inviter au menu.
Car chaque rassemblement compte invariablement un ou plusieurs objets de désir. J’ai nommé les mâles. Que ce soit un petit con insolent à la fraîcheur déroutante, un mâle viril à la sexytude rayonnante, un homme portant sur lui des jolis restes d’une virilité qui fut flamboyante, il est à chacune de ces occasions un ou plusieurs sublimes représentants du Masculin nous inspirant un désir grisant, brûlant, dévorant.
Mais, hélas, tout aussi frustrant. Car, dans l’immense majorité des cas, il est impossible d’assouvir ce désir.
Que peut faire un garçon gay face à ce supplice ?
Il pourrait, par exemple, ne jamais se rendre à ce genre de rassemblement. Ce serait efficace, certes. Mais ça réduirait à néant toute vie sociale.
Ou alors, il pourrait se forcer à détourner le regard. Chose impossible, car le regard éprouve un besoin irrépressible de se nourrir de ce qui l’attire.
Ou alors, et c’est in fine ce qui arrive la plupart du temps, le garçon gay n’a d’autre choix que de prendre sur lui. Supporter de désirer sans rien pouvoir espérer de plus, parfois pas même un regard. Dévorer des yeux tout en faisant attention que ses regards ne soient pas trop insistants. Contempler celui qui devient à un instant le centre de son Univers, tout en étant conscient de ne pas exister à ses yeux.
Oui, c’est un supplice insoutenable que de n’oser même pas adresser la parole au bel inconnu qui, de par sa simple présence, sans même qu’il se soit rendu compte de la nôtre, nous offre davantage d’ivresse que dix verres d’alcool.
C’est un supplice qui nous consume lentement dans les affres d’un désir meurtri. Un supplice qui nous rend chaque fois un peu plus frustrés et amers.
Mais il arrive parfois que les choses se passent autrement. Que la boisson soit un peu notre alliée. Cette boisson qui rend parfois les garçons désinhibés, et parfois même entreprenants.
Mikolas, acte 1
En arrivant samedi au mariage, je savais que le marié ne serait pas le centre de mon attention. Je connais le marié, le fils de mon voisin, un garçon sympa, mais il n’a jamais été à mon goût. L’affaire était réglée d’avance, je n’avais rien à envier à la mariée.
Par ailleurs, je n’aime pas les mariages, trop de monde, trop de boissons, trop de bouffe, trop de conventions, trop de tout à mon goût. Mais je ne pouvais pas refuser l’invitation de mon voisin.
Pour me motiver à aller à cette journée qui s’annonçait interminable, je me suis dit qu’il y aurait sans faute des mâles à mater. Le délicieux poison.
Et, parmi ces mâles, je savais que son beau-fils serait là.
J’ai nommé Mikolas. Le beau, très très beau et infiniment séduisant Mikolas.
Mikolas, acte 2
Mon premier « contact » avec Mikolas remonte peut-être à trois ans, et ce ne fut même pas « en présentiel ».
J’ai appris son existence par la bouche de mon voisin au détour d’une conversation.
« Dimanche nous allons au restaurant avec ma fille. Elle va nous présenter son nouveau copain, Mikolas ».
Ainsi, Aline sortait désormais avec un garçon prénommé Mikolas. Une relation qui devait durer depuis un certain temps déjà, et qui devenait sérieuse, puisque ça en était au stade des présentations à la belle famille.
Mikolas. Ce garçon m’a plu de suite, rien que d’après son prénom. Un prénom si atypique, si chargé « d’ailleurs », un prénom plein de belles promesses de mâlitude. Un prénom en lien avec ses origines, mon voisin m’a appris que sa mère est polonaise.
Dès lors, j’ai ressenti une brûlante envie de mettre un visage sur ce prénom délicieusement exotique.
Ce ne fut pas compliqué d’assouvir cette envie. Les réseaux ont beaucoup et surtout du mauvais, mais parfois peuvent aussi avoir du bon. En fouillant dans la vie numérique publique de la fille de mon voisin, j’ai vite trouvé Mikolas. Mikolas avec un nom de famille moins exotique. Maman polonaise, papa landais.
Et dès que son mur s’est affiché, ce fut un choc.
Son prénom était pour mes oreilles une promesse de bogossitude. Sa sublime petite gueule transformait l’essai de la façon la plus spectaculaire qui soit.
Une petite gueule au regard de glace, perçant, intense, pénétrant, charmeur. Une petite gueule terriblement raccord avec ce prénom on ne peut plus sexy. Une petite gueule s’accompagnant par ailleurs d’une belle carrure de jeune mâle fringuant entre 25 et 30 ans. A couper le souffle. Rien que sur les images, Mikolas dégageait à mes yeux une sexytude intense, insoutenable.
Peu de publications sur son mur, mais de très belles publications. Une série de cinq photos, Mikolas entouré de ses potes, dans une ambiance débridée de fête d’été.
Comment rester insensible au fantasme majeur que représente une bande de potes, bogoss pour la plupart, prêts à faire la fête, déchaînés comme peut leur permettre leur jeunesse insolente et insouciante ?
Comment ne pas m’interroger avec lequel ou lesquels j’aurais eu envie de voir le beau Mikolas prendre du plaisir en fin de soirée ?
Comment rester par ailleurs insensible à cette autre image, Mikolas en costume, donnant à sa carrure et à sa belle petite gueule de jeune mâle un éclat tout bonnement intolérable ?
Ah putain, quel Beau P’tit Mâle ! En regardant ces photos, j’avais l’impression d’avoir des milliers de papillons dans le ventre.
Et pendant un temps, bien avant de faire sa connaissance, ça s’est fini en plaisir solitaire, rien que sur photo, un plaisir tout aussi intense que la charge érotique inspirée par ces images.
Après le choc de la découverte de la belle petite gueule de Mikolas, j’attendais avec impatience le jour où je croiserais le beau demi-polonais en vrai.
Je vois mon voisin avec une certaine régularité, je me disais que ce moment finirait assurément par arriver.
J’avais besoin que ce moment arrive. Parce qu’une photo n’est qu’une image imparfaite, car statique, j’avais besoin d’appréhender sa bogossitude en vrai.
Mais il m’aura fallu attendre assez longtemps pour que cela advienne.
« Ce soir nous allons dîner chez Aline et Mikolas », « Demain après-midi nous allons aider Aline et Mikolas pour le déménagement », « Dimanche midi Aline et Mikolas vont venir déjeuner ».
Voici des exemples de phrases que j’ai entendu prononcer par mon voisin dans les mois suivants ma découverte virtuelle de la belle petite gueule de son beau-fils.
Je n’ai jamais été convié à ces réunions de famille.
Alors, ces phrases résonnaient en moi comme autant de frustrations, car elles mettaient entre le beau mâle et moi une distance infranchissable.
Oui, en dépit du fait que je suis assez souvent invité chez mon voisin, il a fallu longtemps avant que l’occasion ne se présente pour que je puisse croiser le chemin du beau Mikolas.
Et puis l’occasion a fini par se présenter. C’était pour l’anniversaire, un anniversaire « décennal », de mon voisin justement, il y a trois ans.
Il est évident que la première chose à laquelle j'ai pensé au moment où mon voisin m’y a invité c'est : Chouette ! Je vais enfin voir Mikolas en vrai !
Mais ce fut hélas une occasion manquée.
Ce jour-là, pour cause d’obligations « mondaines » tierces, à savoir, un match de rugby de Six Nations, Mikolas et Aline sont arrivés tard, très tard à la fête d’anniversaire de mon voisin… peu après que je sois parti !
Comment je m’en suis voulu de ne pas être resté un peu plus longtemps !
Mikolas, acte 3
Et puis, il y a eu l’anniversaire « décennal » de ma voisine, l’année suivante.
Et cette fois-ci, pas question de rater le beau Mikolas, même si je devais rester chez les voisins jusqu’au lendemain matin !
Donc, depuis un certain temps, je me préparais au choc frontal avec sa bogossitude. Inutile de préciser que j’étais très impatient et un tantinet fébrile.
Oui, c’est ce jour-là que j’ai enfin croisé l’existence du beau Mikolas.
Et comme à l’instant de la découverte de sa petite gueule sur Internet, là encore le choc fut immense.
Mais immense, d’une immensité sans commune mesure.
C’était un dimanche. Lorsque nous avons débarqué, mon copain et moi, chez les voisins, il y avait déjà pas mal de monde dans la cour. Mais j’ai repéré Mikolas tout de suite. Quand le soleil est dans le ciel, on ne voit que lui. Et Mikolas est un vrai soleil. C’est le genre de garçon sur qui les regards se retournent quand il rentre dans une pièce.
Soudain, je ressens une soudaine accélération du rythme cardiaque.
Le jeune mâle fait au moins 1m80, il a les cheveux châtains très courts, presque ras, il a un collier de barbe fourni, il a les yeux gris très pétillants, un regard intense, un regard de glace qui semble te transpercer. Et il a des épaules solides comme il faut, un torse élancé bien souligné par un polo gris du meilleur effet, épousant ses biceps et ses pecs d’une façon assez spectaculaire. Pas de tatouages visibles, ce qui est un plus important à mes yeux. Rien n’est plus beau qu’un corps de garçon tel qu’il a été conçu, sans sophistications inutiles.
Poilu du torse, pas poilu ? Hélas, son polo ne permet pas de lever le doute.
Et puis, il y a cette gueule, mon Dieu, une belle petite gueule à tomber à la renverse. Une petite gueule qui gagne bien évidemment à être appréciée en vrai plutôt que sur une photo, une petite gueule avec des traits parfaits, et avec une dégaine bien virile.
Et puis, il y a le sourire. Un sourire lumineux, charmeur, à la fois doux et canaille, un sourire à te faire oublier qui tu es.
A cet instant précis, ce ne sont plus de milliers de papillons qui s’agitent dans mon ventre, comme devant la seule photo. Là, ce sont des milliards de papillons qui se débattent furieusement dans mon ventre, inspirant de violents et sauvages désirs pour ce petit Dieu, hélas inaccessible.
A cette occasion, nos échanges n’ont été guère plus loin que les présentations. J’ai toujours du mal à communiquer avec les garçons qui m’attirent à ce point.
Et ce Mikolas me rend complètement dingue.
La multitude d’invités m’a permis de garder une distance avec le beau mâle.
Le soir venu, avant d’aller au lit, une bonne branlette libératrice s’est rendue nécessaire, en m’imaginant offrir du plaisir au beau Mikolas.
Mikolas, acte 4.
Et puis, pendant près de deux ans, nos chemins ne se sont plus croisés.
Jusqu’à ce samedi, à l’occasion du mariage du fils de mon voisin, un mariage avec beaucoup, beaucoup de monde.
En dépit du nombre d’invités, Mikolas s’est une fois de plus imposé comme l’aimant absolu de mon regard. Non pas qu’il n’y ait pas d’autres garçons séduisants. Il y a au moins une autre mâlitude fort intéressante dans le lot des invités. Un grand garçon blond, bien bâti, vraiment très très beau.
Mais Mikolas, c’est Mikolas. Et quand il est là, on ne voit que lui. Parce que son sourire illumine l’horizon tout entier, parce qu’il fait pétiller l’esprit de ceux qui le côtoient. Parce qu’il est exubérant, déconneur, avenant, parce qu’il est si craquant avec sa chemise blanche en toile froissée, suffisamment ouverte pour donner la plus belle des réponses à la question que son polo de la dernière fois n’avait pas permis d’évacuer, à savoir si le beau mâle est poilu ou pas. Je suis formel, entre les pans flottants de cette chemisette, on devine une belle pilosité de mâle, image d’un érotisme brûlant.
Depuis cette unique fois où je l’ai vu trois ans plus tôt, sa silhouette s’est un brin épaissie. Rien de tragique, au contraire. Je trouve que cette nouvelle morphologie le rend d’une certaine façon plus « accessible » et, par conséquent, encore plus séduisant.
Quant à sa barbe, peut-être plus longue et dense, style « gros » ours viril, ça le rend carrément irrésistible.
Ce qui n’a pas changé depuis la dernière fois en revanche, c’est sa sublime petite gueule et ce regard de glace qui agit comme une perdition de l’esprit.
Mikolas met la main à la pâte pour le mariage de son beau-frère. Pendant l’apéro, interminable, il passe avec les plateaux de petits fours. Pendant le repas, il sert à boire. Il a un mot, tour à tour sympa, drôle, bienveillant, taquin pour chacun des invités.
Même moi j’ai droit à une boutade sur mon verre empli d’eau en lieu et place d’une boisson plus « honorable » pour un mariage.
Mikolas a l’air infatigable. Et toujours aussi souriant. Il me rend dingue.
Il fait beau, il fait chaud en ce samedi du mois de mai. Entre deux conversations avec des copines, je ne cesse de le chercher du regard.
Et de me demander comment un superbe spécimen comme lui peut sortir avec une nana si fade que la fille de mon voisin. Je l’aime bien, Aline. Elle est gentille. Mais a première vue, ils n’ont rien à faire ensemble. Il est pétillant, elle est quelconque. Encore un mariage de la carpe et du lapin.
Mon copain me dit : Tu le mates trop.
Je lui dis : Il me semble que nous matons la même chose.
Il me dit : Salope.
Je lui dis : Pétasse.
Impossible de ne pas mater le beau Mikolas. Car il est sans doute aucun le garçon le plus séduisant de la journée.
En fin d’après-midi, plusieurs gars s'assoient dans l’herbe les uns derrière les autres, bassin contre bassin, dans une promiscuité intéressante, se dandinant au rythme de la banda diffusée par une grande enceinte.
Bien évidemment, Mikolas est de la partie, il est même installé en tête de ligne. Il a l’air un brin éméché. Ça ne m’étonnerait pas qu’il ait été le premier à s’asseoir sur l’herbe et à lancer l’idée.
Suivant de façon très approximative la cadence de la musique, les participants imitent les mouvements des rames.
Leur enthousiasme est contagieux, mon copain et moi finissons par nous laisser emporter dans ce tourbillon viril de folie festive. Mon copain s’installe derrière le dernier rameur, moi derrière lui. Nous sommes une dizaine de rameurs derrière le chef de file Mikolas.
Des noms sont appelés, criées, répétés, autant d’invitations pour venir se jeter « à l’eau ».
A force d’insister, une femme d’un certain âge se lance. Elle atterrit sur Mikolas et les deux acolytes juste derrière lui. Les bras successifs la font avancer, jusqu’à la fin de la chaîne.
D’autres gars s’installent derrière nous, la chaîne s’allonge.
Une autre femme se lance, puis une autre, puis un mec assez fin, puis un autre plus costaud. On n’arrive pas à le tenir, il tombe sur le côté au milieu de la chaîne.
C’est physique le Paquito.
Et là se produit quelque chose dont je n’aurais même pas osé rêver. Le beau Mikolas se lève, quitte sa position de meneur et remonte la file sur ma gauche et vient s’installer… juste derrière moi, à la place d’un gars qui vient de déclarer forfait.
Soudain, je sens son bassin derrière le mien. Puis, au gré des mouvements et des ondulations, je sens son torse chaud contre mon dos, je sens ses bras frôler les miens. J’ai l’impression de me retrouver dans ses bras. Putain de sensation de dingue !
Le gars ne semble pas gêné du tout par cette proximité étroite, alors que nous nous connaissons à peine. Je ressens à sa voix éraillée un délicieux degré d’alcoolémie, et je le trouve bandant à se damner.
Un autre mec tente sa chance au Paquito, mais il tombe à son tour.
A ce stade, il n’y a plus de volontaires.
J’entends Mikolas regretter qu’on ait fait tomber les derniers gars, ce qui fait que d’autres n’aient plus envie de se lancer. Il a l’air de regretter que le jeu de la fête se termine trop tôt. Je le ressens dans ses mots, dans le ton de sa voix. Il est touchant.
Mais déjà les rangs se rompent, les gars se relèvent. Mikolas se relève avant moi, il me regarde, et il me tend sa main. Je la saisis, le bogoss m’aide à me relever avec une bonne poigne.
Ah putain, comment il est craquant !
Vers 18 heures, après le café, nous partons faire une balade autour de la propriété avec nos amies.
Nous revenons une heure plus tard.
Nos copines prennent alors congé et s’éclipsent.
C’est là que se produit quelque chose d’incroyable. De vraiment incroyable.
Mikolas, acte 5.
Le lendemain de ce jour de fête, mon copain et moi revenons chez le voisin pour l’aider à ranger.
C’est la fin de l’après-midi. En arrivant, nous remarquons la voiture d’Aline.
Réflexe pavlovien, Aline est là = Mikolas est peut-être là aussi.
Hélas, mon excitation est de courte durée puisqu’Aline est en réalité toute seule, venue elle aussi aider ses parents à ranger après son travail.
Pendant le rangement sous le hangar désormais vide, je ressens de la nostalgie pour l’énergie festive de la veille.
Je regarde l’endroit où Mikolas nous a fait son petit sketch, et je trouve la dalle, privée de sa présence, vide et triste. Un souvenir qui résonne en moi avec un écho déchirant.
Soudain, je repense à ce vieux monsieur, une connaissance, à qui j’ai eu la mauvaise idée de dire bonjour vers la fin du repas, sans me rendre compte qu’il était torché à bloc, et dont j’ai eu le plus grand mal à me débarrasser. On peut dire que ce vieux monsieur ivre m’a vraiment saoulé.
Le beau Mikolas aussi était torché hier soir. Et il m’a « saoulé » lui aussi, semble-t-il.
Je peux dire sans ciller que j'ai carrément préféré me faire saouler par le beau slave que par le vieux monsieur.
Après le temps du rangement, vient le temps de l’apéro.
Autour de la table, on évoque la fête de la veille, les invités, les cadeaux, les surprises.
Je ne peux rater l’occasion trop belle de demander des nouvelles de Mikolas, après sa performance de la veille.
« Alors, il a dormi toute la nuit sur la chaise longue ? » je questionne Aline.
Aline, Aline, comment je te jalouse.
Parce que c’est toi qui as la chance d’être avec lui, la chance de le voir à poil, de le toucher, de l’embrasser, de le sucer. De le sucer. Parce que c'est toi qui as la chance de l’avoir en toi, de recevoir son foutre en toi, sur toi, c’est toi qui as la chance de le voir jouir, de le faire jouir.
Je te déteste parce que c'est toi et pas moi, et que ce ne sera jamais moi, même pas une fois, et que ça me rend fou.
Te rends-tu compte, au moins, ou te rends-tu encore compte, de ta chance ? Sais- tu célébrer, ou sais-tu encore célébrer, sa bogossitude, et satisfaire sa virilité comme il se doit ?
« Non, il a dormi dans la maison » elle me répond.
« Tu n’as pas eu trop de mal à l’amener à l’intérieur ? » j’insiste.
« Il y est allé tout seul ».
« Il s’est levé un peu après que vous soyez partis » m’explique sa mère « il a encore dansé, enfin, il oscillait… Et puis, à un moment, il est monté se coucher sans demander son compte. J’avais peur qu’il tombe dans les escaliers ! Je suis partie voir s’il dormait, j’ai été rassuré de le voir endormi sur le lit comme un bébé ».
C’est mignon. La femme de mon voisin est une grande dame.
Puis, Aline s’adresse à nous et elle a cette question qui me fait fort sourire intérieurement.
« Mikolas ne vous a pas trop embêtés hier soir ? J’ai vu qu’il se tenait à vos épaules ».
Oui, Aline, je souris très fort en mon for intérieur. Très fort, et très jaune.
« Non, pas du tout ! Ça va, il n’a pas l’alcool mauvais, il a juste l’alcool déconneur ».
Flash-back 24 heures plus tôt.
Au moment où nous revenons à la fête après notre petite balade, entre la fin d’après-midi et le début de soirée, les invités commencent à quitter la fête.
Le hangar se vide, mais Mikolas est en train de danser mollement avec quelques autres personnes qui semblent tout aussi passablement éméchées que lui. Il est là, devant la grande enceinte, et il bouge sans trop bouger, un verre à la main.
Lorsqu’il nous voit revenir, il vient illico nous proposer à boire.
Il boit du Limoncello, il nous propose du Limoncello.
Mikolas est passablement torché, il est marrant, il raconte des bêtises.
Il me soutient qu’il connait mon voisin, son possible futur beau-père, depuis tellement longtemps que je n’étais même pas né.
Affirmation cocasse quand on sait qu’il a tout juste la trentaine, que ça ne fait qu’une poignée d’année qu’il est avec Aline, et que j’ai l’âge de son beau-père.
On rigole bien avec lui, c’est facile de rigoler avec un gars éméché. A cet instant, alors qu’on ne l’a vu qu’une seule fois au préalable, sans d’ailleurs sympathiser plus que ça à cette occasion, alors que ça fait des années que nos ne l’avons pas revu, je me sens presque comme si nous étions des potes.
Oui, Mikolas a l’alcool déconneur.
Mais force est de constater que Mikolas a également l’alcool terriblement sensuel.
Je profite sans réticence de cette proximité, de cette promiscuité, de cette chance inouïe de pouvoir le regarder de près, de si près, sans crainte que mes regards soient mal reçus.
Plus je le regarde, plus je respire sa proximité, plus je le trouve irrésistible.
Parce qu’il a tout pour lui, vraiment tout.
Il y a la belle petite gueule, il y a le sourire, il y a ce regard slave, un regard de glace, intense, brûlant, pénétrant, qui lui vient de sa maman.
Il y a cette peau mate, cette carrure de rugbyman qui lui vient sans doute de son papa landais. Peau mate, peau moite dans la chaleur de cette fin d’après-midi.
Il y a cette chemisette légère qui épouse ses épaules solides, avec de nombreux boutons laissés nonchalamment ouverts dans cette chaude journée, les deux pans laissant apprécier, au gré de ses mouvements, les poils du torse, ou peut-être une repousse de poils. C’est vraiment méga sexy.
Et décidemment, sa belle barbe dense, d’une ou peut être deux semaines, bien taillée, avec des poils qui arrivent très près de ses lèvres, ça lui donne une allure à la fois soignée et terriblement virile.
Oui, je le mate sans vergogne. De toute façon, dans l’état second où il est, il ne se rend compte de rien. Ou bien, il se rend compte de tout. Et il aime peut-être ce dont il se rend compte.
Ses yeux de glace brillent d’une lueur d’une intensité inouïe, une lueur qui, telle un laser, semble me transpercer. Me mettre à nu. Devine-t-il, ressent-il l’ampleur de mon désir pour lui ?
Dans son ivresse, il me semble déceler quelque chose qui me plaît beaucoup, vraiment beaucoup.
J’ai l’impression que l’alcool sensuel devient peu à peu un alcool délicieusement désinhibiteur.
Le bogoss reprend un autre verre. Il nous en propose, je refuse. Je ne bois pas, hélas (je n’ai accepté le premier verre que pour « l’approcher », je n’aime même pas le limoncello), c’est l’un des drames de ma vie. Je n’ai jamais pu profiter de cette béquille chimique pour socialiser, me laisser aller, faire les bêtises qui m’auraient peut-être permis de me construire autrement. Je le regrette.
Au fil de nos déconnades et de l’avancée de son degré d’alcoolémie, Mikolas devient très proche. Désormais, l’espace vital de bienséance n’a plus cours. Il me parle de très près, vraiment de très près. Je peux sentir son souffle sur mon visage, et il approche encore. J’ai envie de l’embrasser, j’en crève d’envie. Je me demande comment il réagirait si j’osais. C’est terriblement excitant.
Un instant plus tard, il fait la même chose avec mon copain, il lui parle de très près, on dirait qu’il est sur le point de l’embrasser. Terriblement excitant aussi.
Je sais que Mikolas est tout à fait le style de mec qui plait à mon copain, barbu, un peu enrobé, viril, genre rugbymen de troisième mi-temps, le regard de glace étant l’attrait ultime.
Sa proximité agit sur nous comme une ivresse.
Lui, il a l’ivresse du limoncello. Nous avons l’ivresse de lui.
Apres avoir installé une proximité troublante, le beau polonais devient également tactile, très tactile.
En nous parlant, il nous frôle furtivement le ventre avec le dos de sa main. Puis, les frôlements deviennent des petites tapes, qui finissent par s’étirer, comme des caresses. C’est un geste répété, insistant, prolongé. Juste la fine couche de coton de nos t-shirts nous séparent du contact de sa main. Délicieusement excitant.
Mikolas varie les plaisirs. Il touche l’épaule de mon copain, puis la mienne, il attrape son biceps, puis le mien, il frôle son avant-bras, puis le mien.
Constatant que sa familiarité tactile ne nous dérange pas, il est de plus en plus à l’aise.
Il passe un bras autour de mon cou, l’autre autour de celui de mon copain. Et j’ai un sursaut lorsque je sens le bout de ses doigts jouer avec ma nuque. Je me demande s’il est conscient, ou pas, de l’effet que cela me procure.
Je ressens des frissons de la tête aux pieds.
J’aimerais bien, j’adorerais pouvoir me laisser aller à son petit jeu, voir jusqu’où cela pourrait nous mener. Et je suis sûr que mon copain aimerait aussi. Mais je ne peux pas. Nous ne pouvons pas. Pas devant sa copine, pas devant mes voisins, et les quelques dizaines d’invités toujours présents.
Le beau Mikolas n’est pas en reste en fait de bêtises à raconter, l’ivresse aidant. Mais je ne suis pas un grand déconneur à la base, et un blanc finit par tomber dans le débit de sottises.
Et là, le beau Mikolas me regarde droit dans les yeux et me lance :
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller les gars ! »
Une phrase qui me fait un mal de chien. Une phrase qui souligne cette incapacité qui est la mienne et que j’ai déjà énoncée, celle de ne pas savoir profiter de l’alcool pour me laisser aller, justement.
Et l’idée annexe, la plus douloureuse, la conscience du fait que cette incapacité m’a sans doute empêché par le passé, et c’est probablement toujours le cas aujourd’hui, de profiter de certaines occasions, de certains bonheurs avec les garçons que seul l’alcool sait rendre possibles.
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller les gars ! »
Alors que cette petite phrase résonne douloureusement en moi comme un écho assourdissant, je me dis que la vie est vraiment cruelle.
Je le regarde retourner remplir son verre, et je vois une nana venir lui parler.
Naaaaan ! Après ce qui vient de se passer, je ne veux pas perdre le contact avec le beau Mikolas. Surtout le retenir, par tous les moyens !
Je benne discrètement mon verre dans le gazon, je vais le voir, je lui demande de me resservir.
« Il n’y a que ça de vrai, le Limoncello ! » il me lance avec un grand sourire qui me terrasse.
Nous trinquons et je lui demande son âge.
« J’ai 30 ans ».
Ah, putain, 30 ans, le bel âge !
Il y a du bon dans le masculin à 20 ans, et même avant. Il peut y en avoir à 40, 50, 60, et parfois même plus tard, si la chance le permet.
Mais je crois que 30 c’est souvent l’âge d’or où la fougue de la jeunesse s’entremêle avec la virilité et la sensualité.
Au gré de ses mouvements manquant désormais de coordination, la chemisette flotte, laissant entrevoir furtivement l’élastique noir de son boxer, et la peau en dessous du nombril.
Oui, il est un brin enrobé, mais il est vraiment, vraiment, vraiment beau mec.
A cet instant, il dégage une charge érotique inouïe.
Ce gars me fait un effet de dingue, j’ai envie de conserver son attention maintenant que je la tiens.
Vite, enchaîner !
Je lui parle de ses origines polonaises, espérant en savoir davantage, s’il a conservé des liens avec sa famille au pays, s’il parle la langue, s’il se sent concerné par ses origines maternelles.
Au lieu de quoi, il part dans un laïus décousu et alcoolisé sur les clichés concernant les polonais, le polonais misérable, le polonais qui fait la manche, le polonais alcoolique, le plombier polonais.
« Il faut arrêter de sucer les Polonais », il balance à un moment, comme un cheveu sur la soupe.
Le mot « sucer » dans sa bouche me fait un effet inimaginable.
Je ne sais pas s’il faut arrêter de sucer les Polonais, mais moi j’ai une envie déchirante de sucer le Polonais que tu es !
Pourquoi je n’ai pas su lui dire ces mots ?
C’est un désir violent, déchirant, presque douloureux.
Oui, douloureux.
A fortiori, alors que sa proximité et sa tactilité n’en finissent plus de grandir.
Ses bras se glissent sans cesse autour de nos cous, ses mains touchent nos épaules, je ressens la chaleur moite de sa peau contre ma peau. Je plonge une fois de plus mon regard entre les pans de sa chemise légère, je guette sa belle pilosité de jeune mâle et je sens ma raison s’évaporer.
C’est fou. C’est trop et pas assez, tout à la fois, quand on ne peut pas aller plus loin.
Je suis raide dingue de lui.
Et l’alcool désinhibiteur devient lubrique.
Dans son regard de glace, il me semble déceler une étincelle licencieuse qui porte atteinte à ma santé mentale.
Et dans sa façon de se comporter avec nous, une attitude presque libidineuse qui m’installe définitivement en PLS mentale.
Je me demande de quel délicieux éclat doit briller la lueur de glace de son regard pendant l'excitation, je m’interroge sur ses attitudes pendant la quête du plaisir. Je me demande comment il est monté. Je me demande l’odeur de sa queue, la puissance de ses coups de reins, comment il exerce son autorité virile, comment il jouit. Je me demande le goût de son foutre.
Je me demande comment il est, après, avec elle.
Mikolas dégage à cet instant une sensualité brûlante et une lubricité incendiaire, et il les dégage tout près de moi, de nous, au risque de nous brûler.
Le mec pue carrément le sexe, j'ai comme l'impression de humer l'odeur de sa queue, comme s’il nous l’agitait sous le nez. J'ai envie de lui à en crever.
Mikolas est à cet instant à mes yeux le mec le plus sexy de l'Univers. Il l’est parce qu’il est là, juste là, et presque accessible, presque à portée de nos mains, de nos lèvres, de nos envies.
Je ne sais pas de quoi j’aurais le plus envie, d’un plan à trois avec mon copain ou bien de ne l’avoir rien que pour moi.
Ce que je sais, c’est que j’ai envie de lui à m’en déchirer les tripes !
Je me demande comment il serait, après, avec moi, avec nous.
La scène est irréelle, délicieusement irréelle. J’adore cette promiscuité avec le beau Polonais et je voudrais pouvoir en profiter un max. Je voudrais pouvoir tenter ma chance, lui faire des propositions. J’ai l’impression qu’il n’attend que ça.
Mais nous ne sommes pas seuls, hélas. Alors, tout en appréciant à sa juste valeur ce moment inestimable car inespéré, je pense au regard des autres convives, et je pense surtout à celui de sa copine. Je n’ai pas envie qu’elle pense que nous essayons, mon copain et moi, de profiter du degré d’alcoolémie de Mikolas pour nous le taper, même si c’est précisément cette idée qui m’obsède depuis le tout début de son petit numéro. Et même avant, bien avant.
Oui, je suis gêné vis-à-vis d’Aline. Mais en fin de compte, je ne sais même pas si j’ai raison de l’être.
Depuis tout à l’heure, je la vois discuter avec des amis, et elle ne semble prêter aucune attention, ni éprouver aucune inquiétude, et encore moins un quelconque gène, vis-à-vis du petit numéro alcoolisé de son homme.
Est-ce par inadvertance ?
Je ne crois pas, elle n’a pas pu ne pas remarquer les agissements du beau Polonais.
Est-ce, par respect, par crainte ?
On ne connaît pas les codes qui régissent les couples, a fortiori ceux qu’on ne côtoie pas.
En général, c’est délicat de gérer quelqu’un qui a l’habitude de boire, ça peut vite entraîner des tensions très malvenues pendant un moment festif.
Ou alors, est-ce par habitude ou bien par lassitude ?
Ça pourrait être le cas, mon voisin m’apprenant que son beau-fils est coutumier du fait.
L’absence de réaction d’Aline pourrait même être de l’indifférence. Ça fait quelques années qu’elle est en couple avec Mikolas. Se rend-elle toujours compte de la chance qui est la sienne de partager la vie et le pieu d'un si beau garçon ?
Je sais que ça me dérangerait si mon copain se conduisait de la sorte.
Mais il n’y a pas que le fait de boire. Mikolas n’a pas l’alcool mauvais, donc ça encore, ça peut passer. Il y a aussi et surtout son attitude vis-à-vis de mon copain et de moi, deux garçons, deux gays. Il me semble que ceci devrait alerter Aline, et bien plus que le degré l’alcoolémie de son chéri.
Eh, bien ça ne semble pas être le cas, pas le moindre du monde.
Est-ce qu’elle a déjà eu l’occasion d’assister à ce genre de petit numéro de promiscuité alcoolisée de son copain avec d'autres mecs ? Avec des potes à lui ?
Ou bien, est-ce que c'est une première, et une première n’entraîne pas d’alerte en général, que ce soit à tort ou à raison ?
Je me demande, et l’idée me plaît beaucoup, si c’est nous qui lui en avons donné l'occasion, en plus de l'alcool, d'exprimer cette part de lui. Il sait que nous sommes en couple, ça lui a peut-être donné des idées.
Je me demande si elle sait, si elle devine, ou bien si elle compose carrément avec cette facette de son homme, avec ses penchants qui se manifestent lorsque l'alcool fait son effet.
A-t-elle peur de ce que l’ivresse révèle du beau Polonais ?
Ou bien, lui laisserait-elle cet espace de liberté par peur de le perdre ?
Ou, tout simplement par amour, pour le savoir épanoui et heureux ?
Ce serait une belle preuve d’amour.
A cet instant, mille questions fusent dans ma tête.
A-t-il déjà pensé à lui-même comme étant bisexuel ?
Qui sont les hommes bisexuels et comment vivent-ils leur sexualité ?
Est-ce que ces désirs sont pérennes ou peuvent bouger au cours de la vie ?
Est-ce que les gars qui sont avec des nanas se laisseraient plus aller à la sexualité et à l'amour avec d'autres hommes si cela n’avait aucun coût social ?
Et ce rapport à la fluidité, qu'est-ce qu'il dit sur le rapport des hommes aux normes de virilité, de masculinité ? Pourquoi ce genre de sexualité questionne autant ?
Pourquoi l'orientation sexuelle aurait des frontières ?
Ne devrions pas tous être libre d’aimer et de coucher avec qui l’on veut, dans la mesure où l’on vit cela dans le respect de l’autre ?
Connait-il Grindr ? A-t-il déjà été sur Grindr ?
Comment j’aimerais parler de tout ça avec le beau Mikolas, sur l’oreiller, comme on dit.
En attendant, je crois bien que le bogoss a bien compris qu’il nous fait un effet de dingue. Et que ça lui plaît de nous chauffer à blanc.
Mikolas, acte 6
L’instant magique.
Oui, il y a eu un instant parfait, un instant magique, un instant où il était vraiment « à point ».
« A point », al dente, comme des pâtes prêtes à être dégustées.
Mais, à cet instant précis, inestimable, éphémère, magique, Mikolas était prêt à être « dégusté » par deux garçons qui ne demandaient rien de mieux que lui offrir autant de plaisir qu’il aurait pu imaginer. Et plus encore même.
Je crois que cet instant est survenu lorsque le beau mâle a passé son bras gauche autour de mon cou et le droit autour de celui de mon copain, et qu’il nous a lancé, le visage à quelques centimètres du notre :
« Je vous adore les gars ! »
A cet instant précis, j’ai repensé à ce qu’il nous avait balancé un peu plus tôt :
« Vous avez vraiment du mal à vous laisser aller, les gars ! »
Si tu savais comment on a envie de se laisser aller, avec toi ! Et tu ne serais pas déçu si on se laissait aller avec toi !
Putain qu'est-ce que tu es bandant !
Hélas je n’ai pensé à ces répliques que lorsqu’il ne m’était plus possible de les lui glisser.
J’aurais aussi pu lui lancer, moins frontal mais tout aussi efficace :
Tu fais du sport ?
Que la réponse ait été oui ou non, cette première question aurait permis de mettre un pied dans la porte de son esprit pour y faire ensuite rentrer ce que j'avais envie d'y faire entrer, de lui dire, à savoir :
Tu es bien foutu.
Il sait qu’il plaît. Mais ça n'aurait pas inintéressant qu’il puisse l'entendre de ma bouche, que ces mots, MES mots, s'impriment dans son esprit.
Il aurait fallu les lui glisser à cet instant. Il aurait pu les recevoir sans s’en émouvoir, ou bien s’en émouvoir dans le bon sens. Au moins, il aurait su.
Oui, il y a eu un instant où Mikolas était vraiment à point. Juste avant, c’était trop tôt. Juste après, ça a été trop tard.
Instant éphémère, que nous n’avons pas pu saisir.
Le beau mâle a bu un autre verre, un autre encore et encore un autre. Que des verres de trop. Le moment est venu où je ne l’ai plus senti vraiment assuré sur ses appuis. J’ai eu peur qu’il tombe et qu’il se fasse mal. Je lui ai proposé à plusieurs reprises une chaise pour qu’il puisse se poser, pour le savoir en sécurité, mais il n’en a pas voulu.
A cet instant, j’avais très envie de le prendre dans mes bras et de le serrer très fort contre moi. J’ai eu envie de savoir d’où vient ce besoin de se déchirer la gueule à chaque fois qu’il fait la fête.
Et il a continué à se servir des verres, bien que désormais il en renversait davantage qu’il en buvait.
Son état d’ivresse a continué de monter et, comme une cuisson oubliée, ça a tout gâché.
Ses propos étaient de plus en plus confus, il avait du mal à parler, à tenir debout.
Et puis, il a fini par s’écrouler sur le gazon. On l’a aidé à se relever. Il chancelait.
Je lui ai une nouvelle fois proposé une chaise pour s’asseoir, il n’en voulait toujours pas. Il titubait, il a failli renverser une table en plastique avec des verres dessus. Sa belle-mère a amené une chaise longue, on s’y est mis à trois pour l’installer dessus. Il n’avait plus la force de s’y opposer. Un instant plus tard, il était parti dans les bras de Morphée.
Il était toujours aussi beau, mais il était éteint.
Après avoir eu l’alcool sensuel, désinhibé, attachant, filou, lubrique, bandant, Mikolas a eu l’alcool KO.
Quel gâchis !
« Saoul comme il était, si on lui avait proposé de faire quelque chose, il n’aurait pas dit non » me lance mon copain dans la voiture, en rentrant de la soirée. « Si on avait été rien que tous les trois, on aurait sans doute pu se le faire. L’alcool le rend sensible ».
J’en conviens avec lui. Et la profonde conviction qu’il a vu juste, que notre promiscuité aurait pu facilement déraper, est la source d’une frustration d’une violence inouïe.
Fin de flask-back.
Alors, Aline, pour répondre à ta question, non, Mikolas ne nous a pas trop embêtés.
Pas du tout. En vrai, j’aurais vraiment aimé, on aurait vraiment aimé qu’il nous embête bien davantage.
Voilà ce qui me brûlait les lèvres de te répondre, mais que tu ne sauras jamais.
Mikolas, acte 7.
Les jours d’après.
Le surlendemain de ce petit numéro alcoolisé par le beau Mikolas, je m’en ouvre avec une amie.
Elle me dit : « Ça ne m'étonne pas. Il a l’air bien filou comme garçon. Très au fait de son charme, sans trop en faire pour autant, mais très charmeur. Et avec tout le monde ! ».
Une autre me dit : « C’est vraiment un très beau garçon ».
Mon copain me dit : « Ce serait bien qu’Aline et Mikolas viennent habiter chez les parents d’Aline. On serait voisins. T’imagines, Mikolas qui se pointe saoul à la maison ? ».
« Ah, ça me plairait beaucoup… », je fais, rêveur.
« Salope ! » il me lance.
« Morue ! ».
Les jours passent, et je n'arrive pas à arrêter de penser à Mikolas. Je n'arrive pas à trouver la paix après ce terrible gâchis de ne pas avoir pu transformer l’essai de cet instant magique.
Le pire est que Mikolas est presque « accessible », dans le sens où je pourrais avoir son numéro sur simple demande à mes voisins, ses beaux-parents.
De toute façon, quand-même j’arrivais à capter son 06, que pourrais-je bien en faire ? Essayer de le draguer à distance, au risque de me faire refouler ? Car si à l’instant magique une fenêtre de possibles s’était peut-être ouverte, elle s’est très probablement refermée une fois les vapeurs de l’alcool évaporées. Essayer de l’approcher, au risque que ça se sache et que ça fasse un scandale dans le voisinage et dans mon couple ?
Oui, Mikolas est presque accessible, et en même temps totalement inaccessible.
C'est violent ce désir de lui qui ne s'éteint pas, et qui me fait souffrir comme une morsure.
Final
Oui, le désir des Mâles.
Il arrive parfois que les choses se passent un peu différemment, qu’on ne soit pas tout de suite confronté à la défaite, il arrive parfois qu’on se prenne à rêver les yeux ouverts, que des attitudes ressemblent à des promesses, ou même à des actes manqués.
L’alcool peut parfois rendre les garçons désinhibés et parfois même entreprenants. Hélas, les circonstances ne sont que trop rarement réunies pour que cela puisse se concrétiser, pour que leurs envies d’un instant alcoolisé puissent rencontrer nos désirs les plus brûlants.
Alors, c’est un fait, la proximité un peu trop intime avec un mâle se termine souvent de la même façon qu’une distance trop grande : avec la morsure douloureuse d’un désir refoulé, avec la brûlure de fantasmes qu’on n’aura jamais l’occasion d’assouvir. Et avec une immense frustration, inspirant, le soir venu, des plaisirs nombreux, délicieux, et tristement solitaires.
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