Guinevere : Propriété privée - Chapitre 2
Récit érotique écrit par vincamarel [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 30-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Chapitre deux : Le premier shooting
À l’aube
Guinevere n’avait pas dormi.
La chaîne de taille en or enfonçait ses petites pointes dans sa peau à chaque fois qu’elle bougeait. Les clochettes de la chaîne de cheville tintaient doucement, bêtement, sans jamais s’arrêter. La chaînette qui reliait son nez à son oreille lui tirait sur le visage dès qu’elle tournait la tête un peu trop vite.
À trois heures du matin, elle avait renoncé à dormir. Elle s’était assise près de la fenêtre, dans le noir, toujours parée de tout cela. C’était lourd, et beaucoup trop intime pour quelque chose qu’elle n’avait pas choisi de porter.
Elle se leva, alla sous la douche, ouvrit l’eau chaude. Elle laissa les chaînes verrouillées, inutile de lutter contre ça, et découpa le bikini cyan sur elle, le haut comme le bas, pour qu’il ne reste plus que l’or contre sa peau mouillée. Les ciseaux étaient des ciseaux à ongles, et cela prit un moment. Sous le jet, les clochettes tintaient, étouffées, étranges.
Ensuite, elle s’enroula dans une serviette. Elle ne couvrait presque rien. L’or, en haut de ses cuisses, restait là, bien visible.
Dans le miroir : quarante ans, presque nue, vêtue de métal précieux. Elle essaya de tenir la chaînette du nez immobile pour qu’elle cesse de tinter à chaque respiration. Elle abandonna, puis réessaya quand même, deux doigts plaquant la chaîne contre sa joue, et resta ainsi un long moment.
Elle avait l’air possédée. Et indécente.
6 h 00 – Départ
On frappa à 5 h 45, mais elle ne répondit pas.
À six heures, elle ouvrit la porte en serviette, et rien d’autre. Marcus était là. Ses yeux firent un rapide tour d’elle avant de se poser sur son visage, et d’y rester un instant de trop pour que ce soit purement professionnel.
« Bonjour, madame Martin. Vous êtes prête ? »
« Je suis pratiquement nue, Marcus. » Elle resserra la serviette. « Où sont mes bagages ? »
« Cet après-midi. C’est confirmé, maintenant. » Il le dit comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. « Tout ce dont vous avez besoin est déjà sur place. »
Elle traversa le couloir, furieuse et à moitié nue, les clochettes tintant à chaque pas, une main crispée sur le coin de la serviette qui ne cessait de se défaire. Dans le SUV, Diane se retourna depuis le siège avant, rayonnante, tout excitée.
« C’est le grand jour ! Comment vous sentez-vous ? »
« Exposée, dit Guinevere. Ridicule. Je suis presque nue ! »
« Vous êtes incroyable. Respirez, c’est tout. »
La chaînette lui tira sur la joue quand elle se tourna pour fusiller la vitre du regard. À chaque cahot de la route, quelque chose tintait.
6 h 15 – Préparation
La tente abritait un poste de maquillage, un portant, un miroir et une pile de mallettes argentées. Diane lui désigna le fauteuil.
Un jeune homme s’occupa de son visage presque sans parler. Fond de teint, poudre bronzante, un peu de contouring. Toutes les quelques secondes, il devait soulever la chaînette du nez du bout du doigt pour l’écarter. À chaque fois, il murmurait pardon. À chaque fois, elle répondait que ce n’était rien.
« Garde-robe », finit par dire Diane en sortant d’une mallette le bikini turquoise. « La réplique de 2006. Allez-y. »
Guinevere regarda l’ouverture de la tente. Marcus se tenait juste dehors. Des assistants ne cessaient de passer.
« Ici ? Devant tout le monde ? »
« Shooting de plage, ma chérie. Pas de cabine. »
Elle laissa tomber la serviette. Elle resta là, avec l’or pour seul vêtement, pendant que le maquilleur continuait son travail en faisant semblant de ne pas regarder. Elle passa le pied du mauvais côté du bas, faillit tomber et dut recommencer. Le haut, elle le noua elle-même, mal. Diane fit le tour pour rattacher le lien du dos, les doigts frôlant sa colonne vertébrale.
Dans le miroir, les triangles lui parurent plus petits que dans son souvenir. À vingt-deux ans, la même coupe tombait à plat. Plus maintenant.
« Mieux que l’original », dit Diane, et elle le pensait.
Puis on ouvrit la deuxième mallette. Du velours noir. Des menottes en titane, reliées par de courtes chaînes.
Guinevere en toucha une. Froide. Plus lourde qu’elle n’en avait l’air.
« Ce sont des menottes. »
« Des bijoux de bondage haut de gamme, dit Diane. Ils se verrouillent. Tout l’intérêt est dans le contraste : la jeune femme libre que vous étiez, face à ça. La possession à quarante ans. »
Quelque chose se serra tout au fond du ventre de Guinevere. Elle regarda la mallette plutôt que Diane.
« Je les porte pendant le shooting ? »
« Deuxième série. D’abord les photos classiques, ensuite les menottes. Le collectionneur veut les deux. »
« D’accord, dit Guinevere. Allons-y. »
6 h 45 – La reconstitution
Guinevere sortit de la tente pieds nus sur le sable tiède, dans le minuscule bikini turquoise. L’or était toujours verrouillé sur elle. Les clochettes de sa cheville tintaient doucement à chaque pas.
La plage s’éveillait. Quelques clients regardaient depuis la terrasse, une tasse de café à la main. Plus loin, des pêcheurs s’étaient arrêtés de travailler. Elle le sentit tout de suite : quarante ans, presque rien sur elle, et déjà des gens qui la regardaient.
Saskia vint vers elle, souriante. « Guinevere ! Sublime. La sortie de l’eau, comme en 2006. Vous vous souvenez ? »
« Je me souviens. »
Elle descendit vers l’eau. L’eau monta le long de ses jambes, trempa le bas du bikini et colla le tissu à sa peau. Elle avança jusqu’à en avoir à la taille, puis se retourna.
« Quand vous voulez ! »
Elle commença à revenir. Lentement. L’eau ruisselait sur son corps. Les clochettes tintaient sans arrêt. De plus en plus de gens s’arrêtaient pour regarder.
« OUI ! Parfait ! Continuez ! »
Elle atteignit le sable. Ses tétons pointaient sous les triangles mouillés. Quelques personnes applaudirent. Elle rit une fois, gênée, et fit un petit signe de la main.
On lui fit refaire la scène. Encore. Et encore. Dix fois. La foule grossissait. À la dernière prise, près de trente personnes la regardaient sortir de l’eau.
Après les photos sur le ponton, Saskia baissa son appareil.
« Excellent. Le classique, c’est fait. Maintenant… » Elle regarda Diane. « La partie artistique ? »
Diane s’approcha avec la mallette de velours noir et l’ouvrit.
Guinevere regarda les menottes en titane, puis la foule qui la regardait toujours. Elle resta là, mouillée, verrouillée dans l’or, sentant peser sur elle tous ces regards.
« Prête », dit-elle.
8 h 00 – Les éléments artistiques
Clic. Clic. Les poignets d’abord, verrouillés tout près l’un de l’autre devant elle, comme sur un croquis d’audience au tribunal.
« Ça va ? »
« C’est serré, dit Guinevere. Ça entrave. »
« Marchez pour moi », dit Diane.
Guinevere avança à tout petits pas maladroits. Les chaînes de titane, à ses chevilles, cliquetaient à chaque mouvement et se mêlaient aux tintements doux et ridicules des clochettes en or.
Ses poignets restaient liés devant elle, ce qui serrait ses seins généreux l’un contre l’autre et les faisait paraître encore plus imposants dans le minuscule bikini mouillé. Elle se sentait ridiculement exposée : une femme de quarante ans, à peine couverte, enfermée à la fois dans l’or et dans le titane noir, qui avançait à petits pas sur une plage publique.
La foule comptait maintenant une cinquantaine de personnes. Beaucoup la fixaient ouvertement. Certains filmaient et prenaient des photos avec leur téléphone.
Le visage de Guinevere vira au rouge vif, brûlant d’humiliation.
« Parfait ! » s’écria Saskia, tout excitée. « C’est exactement le contraste qu’on voulait ! La vulnérabilité est magnifique. Venez vers moi ! »
Guinevere traversa lentement le sable, les chaînes cliquetant, les hanches ondulant en petits mouvements entravés. Le micro-bikini collait à son corps, les triangles couvrant à peine ses tétons et son pubis. Chaque petit pas faisait trembler ses seins et tinter les clochettes, ce qui attirait encore plus l’attention.
Dans la foule, elle entendit un homme demander à voix haute : « Pourquoi est-ce que cette femme est enchaînée ? »
Sa femme le fit taire, mais Guinevere entendit quand même la réponse, à voix basse : « C’est de l’art, chéri… »
Elle aurait voulu que le sable l’engloutisse. Et en même temps, ce sentiment écrasant d’être possédée, exhibée, impuissante, lui faisait serrer les cuisses sur une chaleur qu’elle ne voulait pas.
« Maintenant, on refait les photos dans l’eau, mais menottée ! » dit Saskia.
La sortie de l’eau, entravée
Marcus la prit par le coude pour l’aider à descendre vers l’eau. La foule suivait chacun de ses petits pas maladroits. Le bas du bikini était déjà remonté ; elle ne pouvait pas le remettre en place.
Au bord de l’eau, elle hésita.
« Je dois vraiment y aller comme ça ? »
« Il n’y a aucun danger, dit Marcus. Je reste juste à côté de vous. »
Elle entra dans l’eau à petits pas. La chaîne courte rendait le sable inégal encore plus difficile. Une petite vague la surprit et elle trébucha. Marcus l’attrapa par le bras, d’un geste sûr et rapide, et sa main resta là un instant après qu’elle eut retrouvé l’équilibre.
Depuis la plage, elle entendit quelques rires. Son visage brûla encore plus.
Elle continua jusqu’à ce que l’eau lui arrive à la taille. Le tissu lui collait à la peau. Ses poignets restaient verrouillés devant elle, inutiles pour garder l’équilibre.
« Bien, retournez-vous et revenez ! »
Se retourner fut pire. De tout petits pas prudents, les chaînes qui tiraient, le corps qui tanguait. Elle faillit tomber encore. Marcus la tint.
Quand elle fit enfin face à la plage et commença à revenir à petits pas, cela n’avait plus rien à voir avec la version libre du matin. Mouillée, entravée, offerte aux regards. Rien d’autre.
Saskia mitraillait. « OUI ! Le contraste est parfait ! »
Un vieux pêcheur s’approcha au moment où elle atteignait le sable, l’air sincèrement inquiet.
« Mademoiselle… vous avez besoin d’aide avec ça ? »
Le visage de Guinevere brûlait. « Non. C’est pour le shooting. De l’art. Tout va bien. Merci. »
Il n’avait pas l’air convaincu, mais il hocha la tête et s’éloigna.
Diane apparut à côté d’elle. « Vous vous en sortez très bien. Dix minutes de pause. »
La pause
On installa une petite tente pour l’ombre. Guinevere s’y rendit à petits pas et s’assit avec précaution. Même assise, elle se sentait entravée.
Diane lui tendit une bouteille d’eau fraîche. Guinevere essaya de l’ouvrir, les poignets verrouillés l’un contre l’autre. C’était maladroit. Diane la reprit, dévissa le bouchon et la lui rendit.
Elle but. Ses poignets étaient déjà marqués de rouge par les menottes. Puis elle se leva.
« On peut les enlever pour la pause ? » demanda-t-elle.
Diane consulta sa tablette. « Désolée. D’autres photos menottée juste après. Mieux vaut les garder. »
Quelqu’un apporta des fruits, du café et un croissant. Guinevere mangea debout, en essayant de ne rien faire tomber. Le café lui fit du bien. Le reste était juste gênant.
Une femme d’une cinquantaine d’années, en robe d’été, s’approcha en fixant les chaînes.
« Excusez-moi… vous allez bien, ma belle ? Vous avez besoin d’aide ? »
Guinevere se força à sourire. « Tout va bien. C’est un shooting artistique. »
La femme la détailla encore une fois. « Eh bien… vous êtes superbe. » Elle s’éloigna en chuchotant déjà quelque chose à son mari.
Dix minutes plus tard, Saskia appela : « On y retourne ! Photos sur le ponton, avec les menottes ! »
Guinevere se leva, soupira, et prit à petits pas le chemin du ponton. La foule avait encore grossi.
La journée allait être longue.
13 h 00 – Le déjeuner
On lui apporta son déjeuner sous l’auvent. Poisson grillé, riz, salade, et, posé sur sa poitrine et noué derrière sa nuque par un membre de l’équipe avant même qu’elle ne s’asseye, un bavoir en plastique rose pâle imprimé de petites étoiles de mer de dessin animé, le genre de bavoir à homard qu’on distribue aux touristes dans les restaurants de plage.
Guinevere baissa les yeux. Le plastique raide et brillant reposait contre la courbe douce du haut de ses seins, les petites étoiles de mer éparpillées exactement à l’endroit où ses tétons pointaient sous les fins triangles blancs du micro-bikini. Le bavoir était taillé petit. Sur elle, il arrivait à peine à mi-poitrine et laissait entièrement nus le dessous de ses seins et le profond sillon entre eux. Elle regarda le membre de l’équipe, puis Diane.
« Vous plaisantez. »
« C’est pratique, dit Diane sans lever les yeux de sa tablette. Vous allez en mettre partout. Mieux vaut le bavoir que le bikini. »
« J’ai quarante ans… »
« On sait quel âge vous avez. Asseyez-vous. »
Guinevere s’assit. Le minuscule micro-bikini blanc ne couvrait presque rien : deux petits triangles de tissu posés haut sur ses seins, les liens fins s’enfonçant dans la chair tendre, les tétons déjà visibles, deux pointes sombres sous le blanc humide. Le bas était un bout du même tissu, le devant si étroit qu’il couvrait tout juste les lèvres extérieures de sa chatte, les côtés échancrés si haut que la courbe entière de ses hanches et le haut de ses fesses restaient nus. Les poignets serrés devant elle sans le moindre jeu, les menottes en titane forçant ses mains en un petit paquet inutile contre son ventre. Le bavoir aux étoiles de mer noué ridiculement à sa gorge, les bords de plastique mordant légèrement la peau douce au-dessus de ses seins.
Elle essaya de manger. Ce fut un désastre.
Les menottes rendaient chaque geste stupide et maladroit. Elle ne pouvait lever la fourchette que de quelques centimètres avant que la chaîne ne l’arrête. Le riz lui glissa entre les doigts et s’éparpilla sur le bavoir, quelques grains roulant jusque dans le sillon profond entre ses seins. Un morceau de poisson tomba de la fourchette et atterrit, collant, sur sa cuisse nue, juste au-dessus de l’échancrure du bas de bikini. Elle essaya de l’enlever du tranchant de la main et ne fit que l’étaler, laissant une traînée d’huile luisante sur la peau tendre de l’intérieur de la cuisse, qui menait tout droit à l’étroit panneau blanc qui couvrait sa chatte.
Diane l’observa un moment, puis soupira.
« Donnez. Je vais le faire. »
La mâchoire de Guinevere se crispa. Elle avait envie de lui dire d’aller se faire foutre. Les mots étaient là, tranchants, prêts à sortir. Mais ses mains ne servaient à rien, elle avait l’estomac vide, et tout cela était déjà si pathétique que discuter aurait été pire encore. Elle fixa son assiette quelques secondes, le visage brûlant, puis laissa échapper un bref soupir de défaite et se pencha.
Diane leva la fourchette.
« Ouvrez. »
Guinevere ouvrit la bouche. Chaque bouchée semblait durer trop longtemps. Les menottes en titane cliquetaient chaque fois qu’elle bougeait sur sa chaise. Une goutte de sauce rata complètement sa bouche et tomba sur une des petites étoiles de mer imprimées plutôt que sur sa peau, ce qui, supposa-t-elle, était tout l’intérêt de la chose, et curieusement cette petite clémence rendait tout pire au lieu de mieux. La sauce s’étala sur l’étoile de mer en une traînée orange et brillante. Diane essuya un peu de sauce au coin de la bouche de Guinevere avec une serviette, le tissu effleurant sa lèvre inférieure, puis la peau douce juste en dessous. Guinevere garda les yeux baissés.
Avec le mouvement, le haut du micro-bikini avait bougé. Un des triangles était légèrement décentré, le bord de l’aréole visible au-dessus du tissu blanc, le téton dur et sombre pressé contre la matière humide. Le bavoir ne cachait rien. Au contraire, le plastique raide ne faisait qu’encadrer plus nettement les courbes douces et lourdes de ses seins.
Un couple qui passait ralentit. Une femme âgée la regarda, sourit de cet air doux et apitoyé, et dit : « Oh, ma pauvre… ils vous ont vraiment bien attachée, hein ? »
Les oreilles de Guinevere brûlaient. Elle ne répondit pas. Elle resta assise là, dans son minuscule bikini, les poignets verrouillés, nourrie à la fourchette devant des inconnus, pendant que les clochettes de sa chaîne de cheville tintaient chaque fois qu’elle bougeait les jambes, gênée. Les yeux de la femme se promenaient sans gêne : du bavoir aux seins à peine couverts, à l’étroit bout de tissu blanc entre les cuisses de Guinevere, à la traînée d’huile encore luisante sur sa peau nue.
Son mari regarda plus longtemps. Son regard s’attarda à l’endroit où le bas du bikini disparaissait entre les jambes de Guinevere, sur les lèvres extérieures que le tissu fin contenait tout juste, sur la façon dont les côtés échancrés laissaient nus sur la chaise la courbe entière de ses hanches et le haut de ses fesses. Il ne dit rien. Il se contenta de regarder, comme un homme regarde quelque chose qu’il n’est pas censé fixer mais dont il n’arrive pas tout à fait à détourner les yeux.
Diane leva une autre fourchette.
« Ouvrez. »
Guinevere ouvrit. Riz et poisson. De la sauce sur la lèvre inférieure, encore. Diane l’essuya avec la serviette, plus lentement cette fois, le tissu s’attardant au coin de sa bouche. Un grain de riz était tombé dans le sillon profond entre ses seins et y restait collé, contre la peau chaude. Diane l’en chassa d’une pichenette, un geste bref et pratique, mais Guinevere en sentit quand même la chaleur se poser tout au fond de son ventre.
Elle se sentait ridicule. Petite. Exposée d’une manière qui n’avait rien à voir avec le peu qu’elle portait et tout à voir avec le bavoir, les menottes, ce repas donné à la fourchette en public, cette façon de traiter son corps comme quelque chose à qui on ne pouvait même pas confier son propre déjeuner. Le micro-bikini ne laissait presque rien à l’imagination : le poids doux de ses seins, les tétons durs, la bande étroite de tissu blanc qui épousait la forme de sa chatte, les cuisses nues, la traînée d’huile qui brillait encore sur sa peau. Ce bavoir ridicule ne faisait que rendre le reste d’elle plus nu, plus adulte, plus ouvertement sexuel par contraste.
Un autre couple de touristes ralentit. Un homme d’une cinquantaine d’années jeta un coup d’œil, puis un deuxième, les yeux accrochés par le bavoir avant de descendre vers le V ouvert de ses cuisses, là où le bas du bikini était remonté haut et serré. Sa femme le tira par le bras. Il détourna les yeux, mais pas avant que Guinevere ait vu l’instant exact où il comprenait à quel point le tissu blanc couvrait peu.
Elle continua de manger quand même. En silence. Fatiguée. Trop entravée pour faire quoi que ce soit d’autre. Chaque fois que Diane approchait la fourchette, elle ouvrait la bouche comme on le lui disait. Chaque fois, les menottes cliquetaient. Chaque fois, le bavoir aux étoiles de mer recueillait une autre goutte de sauce ou un autre grain de riz. Chaque fois, les clochettes de sa cheville tintaient au rythme de ses jambes qui bougeaient, nerveuses, gênées.
Quand l’assiette fut vide, son visage brûlait, ses tétons pointaient toujours sous les triangles blancs humides, et une fine humidité traîtresse avait commencé à se former sous l’étroit panneau du bas du bikini. Elle la sentait. Elle ne pouvait rien y faire. Le bavoir en plastique restait là, raide et ridicule en travers de sa poitrine, imprimé d’étoiles de mer de dessin animé, pendant que le reste de son corps, quarante ans, doux, à peine couvert, visiblement excité malgré elle, s’offrait aux regards de tous ceux qui passaient devant l’auvent.
Diane lui essuya la bouche une dernière fois, puis le coin du bavoir, et enfin la traînée d’huile sur sa cuisse, avec la même serviette.
« Voilà, dit-elle. C’est fini. Vous voyez ? Pratique. »
Guinevere ne dit rien. Elle resta simplement assise là, avec son bavoir, son micro-bikini et ses menottes verrouillées, le visage en feu, la chatte doucement mouillée, à attendre que quelqu’un dénoue enfin ce ridicule plastique rose de sa gorge.
14 h 30 – Rencontres locales
Dans l’après-midi, cela faisait plus de six heures d’affilée que Guinevere était enfermée dans les menottes noir mat. Ses poignets étaient rouges et douloureux à force de pression. Ses chevilles lui faisaient mal. Elle portait maintenant un minuscule bikini lie-de-vin qui ne cessait de bouger, remontait entre ses fesses et couvrait à peine ses tétons. Les poignets liés si près l’un de l’autre, elle ne pouvait pas le remettre en place elle-même. Diane devait sans cesse retirer les triangles en place pendant que des inconnus regardaient.
« Des photos d’interaction locale authentique », annonça Saskia, ce qui voulait dire, en réalité, des inconnus qui faisaient la queue pour se faire photographier avec le mannequin enchaîné.
« Ça fait partie de la vision artistique, expliqua Diane. Vous, entravée, vulnérable, au contact de gens ordinaires. C’est très conceptuel. »
En pratique, cela voulait dire Guinevere debout, menottée et presque nue, pendant que des inconnus demandaient à poser avec elle.
Un couple d’Allemands passa en premier, un bras autour de sa taille, et Guinevere sourit pour tenir le coup. La femme se serra contre elle d’un côté, ravie, le téléphone tendu à bout de bras ; la main du mari trouva le creux de ses reins et y resta un instant de plus que la photo ne l’exigeait.
D’autres suivirent, en un flot lâche et continu. Trois étudiantes qui voulaient trois photos séparées, chacune dans une pose un peu différente. Un homme âgé qui demanda si les chaînes existaient en taille homme. Deux sœurs à la retraite qui voulaient une photo toutes les trois, l’une tendant la main pour toucher la chaîne de cheville avant que l’autre ne la lui retire avec un petit rire d’excuse.
Des mains se posaient sur sa hanche, sur la chaîne de sa cuisse, sur son épaule, sur sa taille, encore et encore. Vers la douzième photo, elle cessa de tressaillir.
À la vingtième, elle avait mal au visage à force de sourire. À la dernière, elle avait arrêté de compter.
« On remballe », dit Saskia, vers seize heures.
16 h 30 – Libération
Diane arriva avec la clé, la main déjà tendue vers les menottes des poignets, quand son téléphone se mit à vibrer furieusement dans sa poche. Elle jeta un œil à l’écran, jura entre ses dents et leva un doigt.
« Deux minutes », articula-t-elle sans un son, puis elle se détourna et partit le long de la plage vers l’eau, le téléphone collé à l’oreille.
Les poignets restèrent verrouillés. Les chevilles aussi. Guinevere resta là dans la lumière déclinante, le bikini turquoise mouillé qu’elle avait remis pour finir la journée collé à la peau, à regarder Diane faire les cent pas au bord de l’eau et s’installer dans un appel qui n’avait de toute évidence rien d’un appel de deux minutes.
La chaleur l’atteignit en premier. Le soleil cognait encore férocement, même en descendant, et rester immobile dans les menottes lui picotait la peau. Elle regarda autour d’elle, puis retourna dans les vagues, parce que c’était toujours mieux que de rester plantée là comme une idiote.
C’était terriblement maladroit. Les poignets serrés devant elle, elle ne pouvait pas vraiment nager : elle battait des jambes et laissait la marée faire presque tout le travail, la chaîne entre ses chevilles réduisant chaque mouvement à des gestes courts et gauches. Le bas de bikini mouillé remontait à chaque pas. Elle ne se donna pas la peine de le remettre. Ça ne servait à rien.
Le temps qu’elle remonte sur le sable, ruisselante, la tente était déjà à moitié démontée.
L’équipe de la garde-robe avait commencé à tout emballer pour le vol pendant qu’elle était dans l’eau. Les mallettes fermées. Le portant plié à plat. Serviettes et peignoirs fourrés dans des sacs sans que personne ne se demande si la femme encore debout là, menottée, aurait besoin qu’on lui en laisse un.
« Où est ma… », commença Guinevere, l’eau lui coulant le long des jambes, les yeux sur l’endroit vide où sa serviette avait attendu toute la journée.
« Déjà chargée », dit une des assistantes, sans méchanceté, en traînant la dernière mallette vers le van. « Tout part directement à l’aéroport ce soir. Désolée. »
Il n’y avait rien. Pas de serviette. Pas de peignoir. Juste le bikini turquoise trempé collé à sa peau, le titane à ses poignets et à ses chevilles, et les fines chaînes d’or en dessous qui accrochaient les derniers rayons.
Diane était toujours au téléphone quand Marcus amena la voiture. Elle croisa le regard de Guinevere, articula une nouvelle excuse et montra sa montre d’un geste impuissant.
Marcus ne fit aucun commentaire sur son état, même si sa mâchoire eut un bref mouvement contrôlé avant qu’il ne se reprenne. Il ouvrit simplement la portière arrière.
« Diane a dit qu’elle enverrait quelqu’un dès qu’elle aurait raccroché », lui dit-il pendant qu’elle montait à cloche-pied, les poignets toujours verrouillés, le bikini mouillé laissant une trace humide sur le siège. « Ça ne devrait pas être long. »
Guinevere se cala contre le dossier, les chaînes silencieuses contre sa peau, et regarda par la fenêtre pendant tout le trajet jusqu’à l’hôtel.
Le hall
Ses bagages n’étaient toujours pas arrivés. Elle n’allait pas rester assise là-haut, trempée, à attendre le coup de téléphone de quelqu’un d’autre.
Elle descendit telle qu’elle était.
Il y avait la queue dans le hall. Quatre ou cinq personnes au comptoir, des chariots à bagages, une famille qui se disputait pour un surclassement. Guinevere prit place au bout de la file et sut tout de suite que c’était une erreur.
Il n’y avait rien derrière quoi se cacher. Le bikini turquoise mouillé lui collait à la peau. Ses mains menottées pendaient devant elle, basses, inutiles. La chaîne et les petites clochettes parlaient pour elle, doucement, sans arrêt, et firent tourner quelques têtes dans le coin salon avant même qu’elle n’atteigne le comptoir.
Le jeune homme de la réception se figea en la reconnaissant. Elle le reconnut une demi-seconde plus tard : le même qui lui avait monté le room service la veille, celui qui avait le poster au-dessus de son lit.
« Madame Martin », dit-il en se reprenant un peu trop vite. « Que puis-je faire pour vous ? »
« Mes bagages. Ils devaient être là depuis longtemps. »
« Je vérifie. » Il tapa sur son clavier, jeta un œil à l’écran, jeta un œil vers elle, sans aucune discrétion, et tapa encore. « Ils sont toujours en transit. Encore une heure, peut-être deux. »
« C’est ce qu’on m’a dit ce matin. »
« Je suis vraiment désolé du retard. » Ses yeux descendirent sur les triangles mouillés, sur les menottes verrouillées devant elle, et remontèrent trop lentement. Derrière elle, la famille s’était tue. Les yeux de la mère faisaient leur propre inventaire, lentement, des chaînes à ses chevilles.
Une responsable sortit du bureau du fond, alertée par quelque chose dans l’attitude du réceptionniste. La cinquantaine, posée, un porte-bloc déjà à la main. Elle la regarda une fois et ne fit pas semblant de ne pas remarquer.
« Madame Martin. Je suis navrée pour cette confusion avec vos bagages. » Ses yeux passèrent une fois, brièvement, sur le titane aux poignets de Guinevere et sur l’or en dessous. « L’équipe du projet nous avait prévenus que vous auriez besoin de quelques… aménagements pendant votre séjour. J’espère que le personnel s’est montré convenablement discret. »
Discret n’était pas le mot que Guinevere aurait choisi, debout dans une file d’attente du hall, encore mouillée de l’après-midi.
« Ils ont été très bien », dit-elle.
« Je ferai monter vos bagages directement dans votre suite dès leur arrivée. Inutile de redescendre. » Le sourire de la responsable était professionnel, et parfaitement conscient de ce qu’il avait sous les yeux. « Avez-vous besoin d’autre chose en attendant ? »
« Non. Merci. »
Le réceptionniste, les oreilles encore rouges, parla avant qu’elle ne puisse se retourner. « Je peux vous monter une serviette. Un peignoir, des chaussons, tout ce qu’il vous faut. Vraiment, ça ne me dérange pas. »
« Ça m’aiderait », dit Guinevere, et elle le regarda manquer de trébucher sur un chariot à bagages en filant vers la lingerie.
« En attendant, dit la responsable en vérifiant quelque chose sur son porte-bloc, je ne vois pas de carte-clé émise à votre nom cet après-midi. Vous avez la vôtre ? »
Elle ne l’avait pas. Elle était restée sur la table de nuit, là-haut. Des mains menottées ne servent pas à grand-chose pour porter quoi que ce soit.
« Elle est dans ma chambre, dit-elle. Je ne peux pas vraiment aller la chercher moi-même pour l’instant. »
« Bien sûr. » La responsable ne cilla pas. « Je vais appeler la coordinatrice du shooting. Je crois que M. Marcus a encore un passe depuis ce matin. Il pourra la descendre. »
Il fallut encore vingt minutes avant que Marcus n’arrive. Entre-temps, le vieux concierge du premier soir apparut : cheveux argentés, très courtois, celui-là même qui s’était occupé de ses bijoux au comptoir ce soir-là, avec plus de familiarité que son poste ne l’exigeait vraiment. Il ne demanda rien. Il la prit simplement par le coude et la guida jusqu’au petit banc près du comptoir.
« Vous serez mieux assise », dit-il, et il la fit asseoir.
Puis il s’accroupit. Sa main se referma sur sa cheville, vérifiant l’ajustement de la chaîne comme il l’avait fait le premier soir. Des doigts frais sur une peau mouillée. Sans qu’on le lui demande.
« Toujours bien en place », murmura-t-il. « Très bien. Ces menottes sont un ajout réussi. »
« Je n’ai pas besoin qu’on les vérifie », dit Guinevere. Elle ne retira pas son pied.
« Faites plaisir à un vieil homme. » Il se redressa mais resta tout près du banc, une main posée légèrement sur son épaule chaque fois que quelqu’un passait et regardait.
Quand Marcus franchit enfin les portes avec la carte-clé, le concierge l’aida lui-même à se relever et ne la lâcha qu’une fois la carte bien en main de Marcus.
« Voilà », dit-il, satisfait. « Allez, filez. »
Marcus resta près d’elle, plus près que son travail ne l’exigeait vraiment. Ses mains n’allaient ouvrir aucune porte toutes seules. Il lui fit traverser le hall, les clochettes marquant chacun de ses pas devant la famille qui regardait toujours et le couple du bar qui s’était tu pour les suivre des yeux jusqu’à l’ascenseur.
17 h 35 – L’ascenseur
Elle n’eut pas l’ascenseur pour elle seule. Marcus non plus.
Un couple d’âge mûr monta avec eux : coups de soleil, quelques verres dans le nez. Les portes se refermèrent. Des miroirs sur trois côtés. Pas un endroit où poser les yeux qui ne montre pas les menottes, l’or, le bikini mouillé.
Le mari remarqua en premier. Il essaya de ne pas fixer. Il échoua avant le quatrième étage.
« Grosse journée ? » demanda la femme, les yeux sur les chaînes.
« On peut dire ça », répondit Guinevere.
Les portes s’ouvrirent. D’autres gens montèrent. Puis un enterrement de vie de jeune fille : écharpes, paillettes, du bruit. La cabine était pleine à craquer. Guinevere se retrouva plaquée contre le miroir, les mains menottées coincées devant elle, le sac de quelqu’un lui cognant la hanche à chaque mouvement de l’ascenseur.
« Oh mon Dieu, dit une des jeunes femmes en repérant les menottes. C’est un sketch ? Vous faites un sketch ? »
« On peut dire ça. »
La jeune femme prit la chaîne entre les poignets de Guinevere et en soupesa le poids comme si elles se connaissaient.
« S’il vous plaît, non », dit Guinevere.
La jeune femme rit, lâcha la chaîne et se retourna pour raconter ça à ses amies.
L’ascenseur n’arrêtait pas de s’arrêter. Chaque étage amenait de nouveaux regards. Un serveur avec un chariot qui la fixa pendant tout le trajet. Un vieil homme qui regarda très soigneusement le plafond. Un jeune homme qui prit une photo avant que sa copine ne puisse l’en empêcher.
Au sixième étage, Guinevere se contenta de rester là et de laisser faire. Quelqu’un au huitième demanda si c’était un événement de l’hôtel. Quelqu’un au onzième demanda si elle avait besoin d’aide. Elle répondit non les deux fois.
Quand les portes s’ouvrirent enfin sur son étage, la femme du début était encore, on ne sait comment, dans la cabine.
« Bonne chance pour la suite de votre soirée. »
« Merci », dit Guinevere, et elle sortit, Marcus derrière elle.
17 h 40 – De retour là-haut
Marcus avait inséré la carte-clé, la porte commençait tout juste à s’ouvrir, quand Diane surgit au coin du couloir presque en courant, le téléphone enfin rangé, la tablette à la main, les sourcils déjà à mi-front.
« Vous êtes descendue dans le hall comme ça ? » Les yeux de Diane allèrent droit au bikini mouillé, au peignoir absent, aux menottes toujours verrouillées. « Où est votre serviette ? »
« Mes bagages, ce n’est pas un petit détail qu’on laisse filer, Diane. »
« La garde-robe l’a emportée. Avec tout le reste, apparemment. » La voix de Guinevere avait pris un tranchant. « J’aurais envoyé quelqu’un moi-même, sauf qu’il n’y avait personne à envoyer. Alors je suis descendue trempée, en bikini. »
« J’aurais envoyé quelqu’un si j’avais su. » Diane l’observa une seconde. Le rouge encore haut sur ses joues, l’eau qui séchait encore sur ses épaules. « C’était si terrible ? »
Marcus recula pour les laisser passer toutes les deux, sa tâche apparemment terminée maintenant que la porte était ouverte.
« Il y avait la queue. Une responsable. Le même garçon que le room service de l’autre soir. » Guinevere entra dans la suite devant elles deux, les bras croisés sur elle par pur réflexe, inutilement, menottée comme elle l’était. « C’était exactement aussi terrible que vous l’imaginez. »
« Si ça peut vous consoler, dit Diane en la suivant, le collectionneur aurait adoré. Une humiliation non scénarisée vaut plus pour lui que tout ce qu’on peut mettre en scène exprès. »
« Je suis ravie d’avoir pu contribuer à l’après-midi du collectionneur. »
Le sourire de Diane avait de la compassion dedans, ce qui était pire.
« Enlevons-vous au moins ça. Ça, je peux le régler tout de suite. »
Elle déverrouilla d’abord les poignets, puis s’agenouilla pour les chevilles. Clic, clic. Le titane tomba dans l’ordre où il avait été posé, et le sable avec. Des lignes rouges entouraient ses deux poignets, déjà en train de pâlir mais pas encore disparues. Guinevere les frotta lentement, et ses mains redevinrent les siennes.
« Asseyez-vous. J’ai monté le débriefing ici plutôt qu’en bas. Vous avez bien mérité de ne pas redescendre ce soir. »
Guinevere s’assit et se laissa enfin sentir à quel point elle était fatiguée.
Diane ouvrit la tablette pour lui montrer la sélection du jour. Les photos classiques étaient jolies. Celles avec les menottes, c’était autre chose. Brutes, un peu effrayantes.
« Elles sont fortes », dit Guinevere, et elle regarda la troisième plus longtemps que nécessaire.
« La Grèce demain, dit Diane. Vol à 6 heures. Santorin, le shooting des falaises blanches. »
« Déjà ? »
« Reposez-vous. »
Seule enfin, Guinevere s’allongea et fit le calcul. Un de fait. Onze à venir. Six mois en tout.
Elle sentait encore les menottes alors qu’on les lui avait enlevées. Une pression fantôme aux deux poignets, comme une montre qu’on vient de retirer.
L’argent compterait, un jour. Pour l’instant, il ne comptait pas vraiment.
Il lui en restait onze comme celui-là. Elle pouvait le faire.
21 h 30 – Niveau deux
Le dîner fut un room service. Elle le mangea seule, toujours verrouillée dans l’or, puis prit une douche en contournant prudemment les chaînes et s’allongea sur les draps sans rien d’autre sur elle.
Le mail arriva alors qu’elle était encore humide.
Elle faillit le laisser là. Une partie d’elle savait que ce serait mieux le lendemain matin. Elle l’ouvrit quand même.
Parures de niveau 2. Long. Technique. Elle dut relire certains passages deux fois. Des schémas qu’elle ne comprit pas complètement la première fois. Des pièces plus permanentes. Un port plus long : pas seulement pendant les shootings, mais aussi pendant les vols, pendant le sommeil. Un suivi biométrique pour que le collectionneur puisse la surveiller en continu. Une section sur les options de modification qu’elle sauta à la première lecture.
Une poupée vivante. C’était ça, au fond. Pas la version qu’on déverrouille à la fin de chaque journée. Plus loin que ça.
Elle repensa au hall, tout à l’heure. Le visage vide et professionnel de la responsable. Le réceptionniste qui l’avait regardée comme si le poster de son mur venait d’entrer dans la pièce. Elle pensa aux mois qui restaient. À l’argent, aussi : il aurait été malhonnête de ne pas y penser.
Son souffle se bloqua à mi-chemin.
De l’effroi, facile à nommer. Et en dessous, autre chose, qu’elle portait depuis la plage. Celui-là, elle ne le nomma pas.
Elle resta le téléphone sur les genoux jusqu’à ce que la chambre soit plongée dans le noir. Puis elle tapa une courte réponse, les doigts pas tout à fait sûrs, et appuya sur Envoyer avant de pouvoir la relire.
C’était fait.
Elle posa le téléphone face contre le lit et se rallongea. L’or se posa, frais, contre sa peau. Un jour de fait. Quoi qu’il arrive ensuite, elle avait déjà dit oui.
FIN
À l’aube
Guinevere n’avait pas dormi.
La chaîne de taille en or enfonçait ses petites pointes dans sa peau à chaque fois qu’elle bougeait. Les clochettes de la chaîne de cheville tintaient doucement, bêtement, sans jamais s’arrêter. La chaînette qui reliait son nez à son oreille lui tirait sur le visage dès qu’elle tournait la tête un peu trop vite.
À trois heures du matin, elle avait renoncé à dormir. Elle s’était assise près de la fenêtre, dans le noir, toujours parée de tout cela. C’était lourd, et beaucoup trop intime pour quelque chose qu’elle n’avait pas choisi de porter.
Elle se leva, alla sous la douche, ouvrit l’eau chaude. Elle laissa les chaînes verrouillées, inutile de lutter contre ça, et découpa le bikini cyan sur elle, le haut comme le bas, pour qu’il ne reste plus que l’or contre sa peau mouillée. Les ciseaux étaient des ciseaux à ongles, et cela prit un moment. Sous le jet, les clochettes tintaient, étouffées, étranges.
Ensuite, elle s’enroula dans une serviette. Elle ne couvrait presque rien. L’or, en haut de ses cuisses, restait là, bien visible.
Dans le miroir : quarante ans, presque nue, vêtue de métal précieux. Elle essaya de tenir la chaînette du nez immobile pour qu’elle cesse de tinter à chaque respiration. Elle abandonna, puis réessaya quand même, deux doigts plaquant la chaîne contre sa joue, et resta ainsi un long moment.
Elle avait l’air possédée. Et indécente.
6 h 00 – Départ
On frappa à 5 h 45, mais elle ne répondit pas.
À six heures, elle ouvrit la porte en serviette, et rien d’autre. Marcus était là. Ses yeux firent un rapide tour d’elle avant de se poser sur son visage, et d’y rester un instant de trop pour que ce soit purement professionnel.
« Bonjour, madame Martin. Vous êtes prête ? »
« Je suis pratiquement nue, Marcus. » Elle resserra la serviette. « Où sont mes bagages ? »
« Cet après-midi. C’est confirmé, maintenant. » Il le dit comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. « Tout ce dont vous avez besoin est déjà sur place. »
Elle traversa le couloir, furieuse et à moitié nue, les clochettes tintant à chaque pas, une main crispée sur le coin de la serviette qui ne cessait de se défaire. Dans le SUV, Diane se retourna depuis le siège avant, rayonnante, tout excitée.
« C’est le grand jour ! Comment vous sentez-vous ? »
« Exposée, dit Guinevere. Ridicule. Je suis presque nue ! »
« Vous êtes incroyable. Respirez, c’est tout. »
La chaînette lui tira sur la joue quand elle se tourna pour fusiller la vitre du regard. À chaque cahot de la route, quelque chose tintait.
6 h 15 – Préparation
La tente abritait un poste de maquillage, un portant, un miroir et une pile de mallettes argentées. Diane lui désigna le fauteuil.
Un jeune homme s’occupa de son visage presque sans parler. Fond de teint, poudre bronzante, un peu de contouring. Toutes les quelques secondes, il devait soulever la chaînette du nez du bout du doigt pour l’écarter. À chaque fois, il murmurait pardon. À chaque fois, elle répondait que ce n’était rien.
« Garde-robe », finit par dire Diane en sortant d’une mallette le bikini turquoise. « La réplique de 2006. Allez-y. »
Guinevere regarda l’ouverture de la tente. Marcus se tenait juste dehors. Des assistants ne cessaient de passer.
« Ici ? Devant tout le monde ? »
« Shooting de plage, ma chérie. Pas de cabine. »
Elle laissa tomber la serviette. Elle resta là, avec l’or pour seul vêtement, pendant que le maquilleur continuait son travail en faisant semblant de ne pas regarder. Elle passa le pied du mauvais côté du bas, faillit tomber et dut recommencer. Le haut, elle le noua elle-même, mal. Diane fit le tour pour rattacher le lien du dos, les doigts frôlant sa colonne vertébrale.
Dans le miroir, les triangles lui parurent plus petits que dans son souvenir. À vingt-deux ans, la même coupe tombait à plat. Plus maintenant.
« Mieux que l’original », dit Diane, et elle le pensait.
Puis on ouvrit la deuxième mallette. Du velours noir. Des menottes en titane, reliées par de courtes chaînes.
Guinevere en toucha une. Froide. Plus lourde qu’elle n’en avait l’air.
« Ce sont des menottes. »
« Des bijoux de bondage haut de gamme, dit Diane. Ils se verrouillent. Tout l’intérêt est dans le contraste : la jeune femme libre que vous étiez, face à ça. La possession à quarante ans. »
Quelque chose se serra tout au fond du ventre de Guinevere. Elle regarda la mallette plutôt que Diane.
« Je les porte pendant le shooting ? »
« Deuxième série. D’abord les photos classiques, ensuite les menottes. Le collectionneur veut les deux. »
« D’accord, dit Guinevere. Allons-y. »
6 h 45 – La reconstitution
Guinevere sortit de la tente pieds nus sur le sable tiède, dans le minuscule bikini turquoise. L’or était toujours verrouillé sur elle. Les clochettes de sa cheville tintaient doucement à chaque pas.
La plage s’éveillait. Quelques clients regardaient depuis la terrasse, une tasse de café à la main. Plus loin, des pêcheurs s’étaient arrêtés de travailler. Elle le sentit tout de suite : quarante ans, presque rien sur elle, et déjà des gens qui la regardaient.
Saskia vint vers elle, souriante. « Guinevere ! Sublime. La sortie de l’eau, comme en 2006. Vous vous souvenez ? »
« Je me souviens. »
Elle descendit vers l’eau. L’eau monta le long de ses jambes, trempa le bas du bikini et colla le tissu à sa peau. Elle avança jusqu’à en avoir à la taille, puis se retourna.
« Quand vous voulez ! »
Elle commença à revenir. Lentement. L’eau ruisselait sur son corps. Les clochettes tintaient sans arrêt. De plus en plus de gens s’arrêtaient pour regarder.
« OUI ! Parfait ! Continuez ! »
Elle atteignit le sable. Ses tétons pointaient sous les triangles mouillés. Quelques personnes applaudirent. Elle rit une fois, gênée, et fit un petit signe de la main.
On lui fit refaire la scène. Encore. Et encore. Dix fois. La foule grossissait. À la dernière prise, près de trente personnes la regardaient sortir de l’eau.
Après les photos sur le ponton, Saskia baissa son appareil.
« Excellent. Le classique, c’est fait. Maintenant… » Elle regarda Diane. « La partie artistique ? »
Diane s’approcha avec la mallette de velours noir et l’ouvrit.
Guinevere regarda les menottes en titane, puis la foule qui la regardait toujours. Elle resta là, mouillée, verrouillée dans l’or, sentant peser sur elle tous ces regards.
« Prête », dit-elle.
8 h 00 – Les éléments artistiques
Clic. Clic. Les poignets d’abord, verrouillés tout près l’un de l’autre devant elle, comme sur un croquis d’audience au tribunal.
« Ça va ? »
« C’est serré, dit Guinevere. Ça entrave. »
« Marchez pour moi », dit Diane.
Guinevere avança à tout petits pas maladroits. Les chaînes de titane, à ses chevilles, cliquetaient à chaque mouvement et se mêlaient aux tintements doux et ridicules des clochettes en or.
Ses poignets restaient liés devant elle, ce qui serrait ses seins généreux l’un contre l’autre et les faisait paraître encore plus imposants dans le minuscule bikini mouillé. Elle se sentait ridiculement exposée : une femme de quarante ans, à peine couverte, enfermée à la fois dans l’or et dans le titane noir, qui avançait à petits pas sur une plage publique.
La foule comptait maintenant une cinquantaine de personnes. Beaucoup la fixaient ouvertement. Certains filmaient et prenaient des photos avec leur téléphone.
Le visage de Guinevere vira au rouge vif, brûlant d’humiliation.
« Parfait ! » s’écria Saskia, tout excitée. « C’est exactement le contraste qu’on voulait ! La vulnérabilité est magnifique. Venez vers moi ! »
Guinevere traversa lentement le sable, les chaînes cliquetant, les hanches ondulant en petits mouvements entravés. Le micro-bikini collait à son corps, les triangles couvrant à peine ses tétons et son pubis. Chaque petit pas faisait trembler ses seins et tinter les clochettes, ce qui attirait encore plus l’attention.
Dans la foule, elle entendit un homme demander à voix haute : « Pourquoi est-ce que cette femme est enchaînée ? »
Sa femme le fit taire, mais Guinevere entendit quand même la réponse, à voix basse : « C’est de l’art, chéri… »
Elle aurait voulu que le sable l’engloutisse. Et en même temps, ce sentiment écrasant d’être possédée, exhibée, impuissante, lui faisait serrer les cuisses sur une chaleur qu’elle ne voulait pas.
« Maintenant, on refait les photos dans l’eau, mais menottée ! » dit Saskia.
La sortie de l’eau, entravée
Marcus la prit par le coude pour l’aider à descendre vers l’eau. La foule suivait chacun de ses petits pas maladroits. Le bas du bikini était déjà remonté ; elle ne pouvait pas le remettre en place.
Au bord de l’eau, elle hésita.
« Je dois vraiment y aller comme ça ? »
« Il n’y a aucun danger, dit Marcus. Je reste juste à côté de vous. »
Elle entra dans l’eau à petits pas. La chaîne courte rendait le sable inégal encore plus difficile. Une petite vague la surprit et elle trébucha. Marcus l’attrapa par le bras, d’un geste sûr et rapide, et sa main resta là un instant après qu’elle eut retrouvé l’équilibre.
Depuis la plage, elle entendit quelques rires. Son visage brûla encore plus.
Elle continua jusqu’à ce que l’eau lui arrive à la taille. Le tissu lui collait à la peau. Ses poignets restaient verrouillés devant elle, inutiles pour garder l’équilibre.
« Bien, retournez-vous et revenez ! »
Se retourner fut pire. De tout petits pas prudents, les chaînes qui tiraient, le corps qui tanguait. Elle faillit tomber encore. Marcus la tint.
Quand elle fit enfin face à la plage et commença à revenir à petits pas, cela n’avait plus rien à voir avec la version libre du matin. Mouillée, entravée, offerte aux regards. Rien d’autre.
Saskia mitraillait. « OUI ! Le contraste est parfait ! »
Un vieux pêcheur s’approcha au moment où elle atteignait le sable, l’air sincèrement inquiet.
« Mademoiselle… vous avez besoin d’aide avec ça ? »
Le visage de Guinevere brûlait. « Non. C’est pour le shooting. De l’art. Tout va bien. Merci. »
Il n’avait pas l’air convaincu, mais il hocha la tête et s’éloigna.
Diane apparut à côté d’elle. « Vous vous en sortez très bien. Dix minutes de pause. »
La pause
On installa une petite tente pour l’ombre. Guinevere s’y rendit à petits pas et s’assit avec précaution. Même assise, elle se sentait entravée.
Diane lui tendit une bouteille d’eau fraîche. Guinevere essaya de l’ouvrir, les poignets verrouillés l’un contre l’autre. C’était maladroit. Diane la reprit, dévissa le bouchon et la lui rendit.
Elle but. Ses poignets étaient déjà marqués de rouge par les menottes. Puis elle se leva.
« On peut les enlever pour la pause ? » demanda-t-elle.
Diane consulta sa tablette. « Désolée. D’autres photos menottée juste après. Mieux vaut les garder. »
Quelqu’un apporta des fruits, du café et un croissant. Guinevere mangea debout, en essayant de ne rien faire tomber. Le café lui fit du bien. Le reste était juste gênant.
Une femme d’une cinquantaine d’années, en robe d’été, s’approcha en fixant les chaînes.
« Excusez-moi… vous allez bien, ma belle ? Vous avez besoin d’aide ? »
Guinevere se força à sourire. « Tout va bien. C’est un shooting artistique. »
La femme la détailla encore une fois. « Eh bien… vous êtes superbe. » Elle s’éloigna en chuchotant déjà quelque chose à son mari.
Dix minutes plus tard, Saskia appela : « On y retourne ! Photos sur le ponton, avec les menottes ! »
Guinevere se leva, soupira, et prit à petits pas le chemin du ponton. La foule avait encore grossi.
La journée allait être longue.
13 h 00 – Le déjeuner
On lui apporta son déjeuner sous l’auvent. Poisson grillé, riz, salade, et, posé sur sa poitrine et noué derrière sa nuque par un membre de l’équipe avant même qu’elle ne s’asseye, un bavoir en plastique rose pâle imprimé de petites étoiles de mer de dessin animé, le genre de bavoir à homard qu’on distribue aux touristes dans les restaurants de plage.
Guinevere baissa les yeux. Le plastique raide et brillant reposait contre la courbe douce du haut de ses seins, les petites étoiles de mer éparpillées exactement à l’endroit où ses tétons pointaient sous les fins triangles blancs du micro-bikini. Le bavoir était taillé petit. Sur elle, il arrivait à peine à mi-poitrine et laissait entièrement nus le dessous de ses seins et le profond sillon entre eux. Elle regarda le membre de l’équipe, puis Diane.
« Vous plaisantez. »
« C’est pratique, dit Diane sans lever les yeux de sa tablette. Vous allez en mettre partout. Mieux vaut le bavoir que le bikini. »
« J’ai quarante ans… »
« On sait quel âge vous avez. Asseyez-vous. »
Guinevere s’assit. Le minuscule micro-bikini blanc ne couvrait presque rien : deux petits triangles de tissu posés haut sur ses seins, les liens fins s’enfonçant dans la chair tendre, les tétons déjà visibles, deux pointes sombres sous le blanc humide. Le bas était un bout du même tissu, le devant si étroit qu’il couvrait tout juste les lèvres extérieures de sa chatte, les côtés échancrés si haut que la courbe entière de ses hanches et le haut de ses fesses restaient nus. Les poignets serrés devant elle sans le moindre jeu, les menottes en titane forçant ses mains en un petit paquet inutile contre son ventre. Le bavoir aux étoiles de mer noué ridiculement à sa gorge, les bords de plastique mordant légèrement la peau douce au-dessus de ses seins.
Elle essaya de manger. Ce fut un désastre.
Les menottes rendaient chaque geste stupide et maladroit. Elle ne pouvait lever la fourchette que de quelques centimètres avant que la chaîne ne l’arrête. Le riz lui glissa entre les doigts et s’éparpilla sur le bavoir, quelques grains roulant jusque dans le sillon profond entre ses seins. Un morceau de poisson tomba de la fourchette et atterrit, collant, sur sa cuisse nue, juste au-dessus de l’échancrure du bas de bikini. Elle essaya de l’enlever du tranchant de la main et ne fit que l’étaler, laissant une traînée d’huile luisante sur la peau tendre de l’intérieur de la cuisse, qui menait tout droit à l’étroit panneau blanc qui couvrait sa chatte.
Diane l’observa un moment, puis soupira.
« Donnez. Je vais le faire. »
La mâchoire de Guinevere se crispa. Elle avait envie de lui dire d’aller se faire foutre. Les mots étaient là, tranchants, prêts à sortir. Mais ses mains ne servaient à rien, elle avait l’estomac vide, et tout cela était déjà si pathétique que discuter aurait été pire encore. Elle fixa son assiette quelques secondes, le visage brûlant, puis laissa échapper un bref soupir de défaite et se pencha.
Diane leva la fourchette.
« Ouvrez. »
Guinevere ouvrit la bouche. Chaque bouchée semblait durer trop longtemps. Les menottes en titane cliquetaient chaque fois qu’elle bougeait sur sa chaise. Une goutte de sauce rata complètement sa bouche et tomba sur une des petites étoiles de mer imprimées plutôt que sur sa peau, ce qui, supposa-t-elle, était tout l’intérêt de la chose, et curieusement cette petite clémence rendait tout pire au lieu de mieux. La sauce s’étala sur l’étoile de mer en une traînée orange et brillante. Diane essuya un peu de sauce au coin de la bouche de Guinevere avec une serviette, le tissu effleurant sa lèvre inférieure, puis la peau douce juste en dessous. Guinevere garda les yeux baissés.
Avec le mouvement, le haut du micro-bikini avait bougé. Un des triangles était légèrement décentré, le bord de l’aréole visible au-dessus du tissu blanc, le téton dur et sombre pressé contre la matière humide. Le bavoir ne cachait rien. Au contraire, le plastique raide ne faisait qu’encadrer plus nettement les courbes douces et lourdes de ses seins.
Un couple qui passait ralentit. Une femme âgée la regarda, sourit de cet air doux et apitoyé, et dit : « Oh, ma pauvre… ils vous ont vraiment bien attachée, hein ? »
Les oreilles de Guinevere brûlaient. Elle ne répondit pas. Elle resta assise là, dans son minuscule bikini, les poignets verrouillés, nourrie à la fourchette devant des inconnus, pendant que les clochettes de sa chaîne de cheville tintaient chaque fois qu’elle bougeait les jambes, gênée. Les yeux de la femme se promenaient sans gêne : du bavoir aux seins à peine couverts, à l’étroit bout de tissu blanc entre les cuisses de Guinevere, à la traînée d’huile encore luisante sur sa peau nue.
Son mari regarda plus longtemps. Son regard s’attarda à l’endroit où le bas du bikini disparaissait entre les jambes de Guinevere, sur les lèvres extérieures que le tissu fin contenait tout juste, sur la façon dont les côtés échancrés laissaient nus sur la chaise la courbe entière de ses hanches et le haut de ses fesses. Il ne dit rien. Il se contenta de regarder, comme un homme regarde quelque chose qu’il n’est pas censé fixer mais dont il n’arrive pas tout à fait à détourner les yeux.
Diane leva une autre fourchette.
« Ouvrez. »
Guinevere ouvrit. Riz et poisson. De la sauce sur la lèvre inférieure, encore. Diane l’essuya avec la serviette, plus lentement cette fois, le tissu s’attardant au coin de sa bouche. Un grain de riz était tombé dans le sillon profond entre ses seins et y restait collé, contre la peau chaude. Diane l’en chassa d’une pichenette, un geste bref et pratique, mais Guinevere en sentit quand même la chaleur se poser tout au fond de son ventre.
Elle se sentait ridicule. Petite. Exposée d’une manière qui n’avait rien à voir avec le peu qu’elle portait et tout à voir avec le bavoir, les menottes, ce repas donné à la fourchette en public, cette façon de traiter son corps comme quelque chose à qui on ne pouvait même pas confier son propre déjeuner. Le micro-bikini ne laissait presque rien à l’imagination : le poids doux de ses seins, les tétons durs, la bande étroite de tissu blanc qui épousait la forme de sa chatte, les cuisses nues, la traînée d’huile qui brillait encore sur sa peau. Ce bavoir ridicule ne faisait que rendre le reste d’elle plus nu, plus adulte, plus ouvertement sexuel par contraste.
Un autre couple de touristes ralentit. Un homme d’une cinquantaine d’années jeta un coup d’œil, puis un deuxième, les yeux accrochés par le bavoir avant de descendre vers le V ouvert de ses cuisses, là où le bas du bikini était remonté haut et serré. Sa femme le tira par le bras. Il détourna les yeux, mais pas avant que Guinevere ait vu l’instant exact où il comprenait à quel point le tissu blanc couvrait peu.
Elle continua de manger quand même. En silence. Fatiguée. Trop entravée pour faire quoi que ce soit d’autre. Chaque fois que Diane approchait la fourchette, elle ouvrait la bouche comme on le lui disait. Chaque fois, les menottes cliquetaient. Chaque fois, le bavoir aux étoiles de mer recueillait une autre goutte de sauce ou un autre grain de riz. Chaque fois, les clochettes de sa cheville tintaient au rythme de ses jambes qui bougeaient, nerveuses, gênées.
Quand l’assiette fut vide, son visage brûlait, ses tétons pointaient toujours sous les triangles blancs humides, et une fine humidité traîtresse avait commencé à se former sous l’étroit panneau du bas du bikini. Elle la sentait. Elle ne pouvait rien y faire. Le bavoir en plastique restait là, raide et ridicule en travers de sa poitrine, imprimé d’étoiles de mer de dessin animé, pendant que le reste de son corps, quarante ans, doux, à peine couvert, visiblement excité malgré elle, s’offrait aux regards de tous ceux qui passaient devant l’auvent.
Diane lui essuya la bouche une dernière fois, puis le coin du bavoir, et enfin la traînée d’huile sur sa cuisse, avec la même serviette.
« Voilà, dit-elle. C’est fini. Vous voyez ? Pratique. »
Guinevere ne dit rien. Elle resta simplement assise là, avec son bavoir, son micro-bikini et ses menottes verrouillées, le visage en feu, la chatte doucement mouillée, à attendre que quelqu’un dénoue enfin ce ridicule plastique rose de sa gorge.
14 h 30 – Rencontres locales
Dans l’après-midi, cela faisait plus de six heures d’affilée que Guinevere était enfermée dans les menottes noir mat. Ses poignets étaient rouges et douloureux à force de pression. Ses chevilles lui faisaient mal. Elle portait maintenant un minuscule bikini lie-de-vin qui ne cessait de bouger, remontait entre ses fesses et couvrait à peine ses tétons. Les poignets liés si près l’un de l’autre, elle ne pouvait pas le remettre en place elle-même. Diane devait sans cesse retirer les triangles en place pendant que des inconnus regardaient.
« Des photos d’interaction locale authentique », annonça Saskia, ce qui voulait dire, en réalité, des inconnus qui faisaient la queue pour se faire photographier avec le mannequin enchaîné.
« Ça fait partie de la vision artistique, expliqua Diane. Vous, entravée, vulnérable, au contact de gens ordinaires. C’est très conceptuel. »
En pratique, cela voulait dire Guinevere debout, menottée et presque nue, pendant que des inconnus demandaient à poser avec elle.
Un couple d’Allemands passa en premier, un bras autour de sa taille, et Guinevere sourit pour tenir le coup. La femme se serra contre elle d’un côté, ravie, le téléphone tendu à bout de bras ; la main du mari trouva le creux de ses reins et y resta un instant de plus que la photo ne l’exigeait.
D’autres suivirent, en un flot lâche et continu. Trois étudiantes qui voulaient trois photos séparées, chacune dans une pose un peu différente. Un homme âgé qui demanda si les chaînes existaient en taille homme. Deux sœurs à la retraite qui voulaient une photo toutes les trois, l’une tendant la main pour toucher la chaîne de cheville avant que l’autre ne la lui retire avec un petit rire d’excuse.
Des mains se posaient sur sa hanche, sur la chaîne de sa cuisse, sur son épaule, sur sa taille, encore et encore. Vers la douzième photo, elle cessa de tressaillir.
À la vingtième, elle avait mal au visage à force de sourire. À la dernière, elle avait arrêté de compter.
« On remballe », dit Saskia, vers seize heures.
16 h 30 – Libération
Diane arriva avec la clé, la main déjà tendue vers les menottes des poignets, quand son téléphone se mit à vibrer furieusement dans sa poche. Elle jeta un œil à l’écran, jura entre ses dents et leva un doigt.
« Deux minutes », articula-t-elle sans un son, puis elle se détourna et partit le long de la plage vers l’eau, le téléphone collé à l’oreille.
Les poignets restèrent verrouillés. Les chevilles aussi. Guinevere resta là dans la lumière déclinante, le bikini turquoise mouillé qu’elle avait remis pour finir la journée collé à la peau, à regarder Diane faire les cent pas au bord de l’eau et s’installer dans un appel qui n’avait de toute évidence rien d’un appel de deux minutes.
La chaleur l’atteignit en premier. Le soleil cognait encore férocement, même en descendant, et rester immobile dans les menottes lui picotait la peau. Elle regarda autour d’elle, puis retourna dans les vagues, parce que c’était toujours mieux que de rester plantée là comme une idiote.
C’était terriblement maladroit. Les poignets serrés devant elle, elle ne pouvait pas vraiment nager : elle battait des jambes et laissait la marée faire presque tout le travail, la chaîne entre ses chevilles réduisant chaque mouvement à des gestes courts et gauches. Le bas de bikini mouillé remontait à chaque pas. Elle ne se donna pas la peine de le remettre. Ça ne servait à rien.
Le temps qu’elle remonte sur le sable, ruisselante, la tente était déjà à moitié démontée.
L’équipe de la garde-robe avait commencé à tout emballer pour le vol pendant qu’elle était dans l’eau. Les mallettes fermées. Le portant plié à plat. Serviettes et peignoirs fourrés dans des sacs sans que personne ne se demande si la femme encore debout là, menottée, aurait besoin qu’on lui en laisse un.
« Où est ma… », commença Guinevere, l’eau lui coulant le long des jambes, les yeux sur l’endroit vide où sa serviette avait attendu toute la journée.
« Déjà chargée », dit une des assistantes, sans méchanceté, en traînant la dernière mallette vers le van. « Tout part directement à l’aéroport ce soir. Désolée. »
Il n’y avait rien. Pas de serviette. Pas de peignoir. Juste le bikini turquoise trempé collé à sa peau, le titane à ses poignets et à ses chevilles, et les fines chaînes d’or en dessous qui accrochaient les derniers rayons.
Diane était toujours au téléphone quand Marcus amena la voiture. Elle croisa le regard de Guinevere, articula une nouvelle excuse et montra sa montre d’un geste impuissant.
Marcus ne fit aucun commentaire sur son état, même si sa mâchoire eut un bref mouvement contrôlé avant qu’il ne se reprenne. Il ouvrit simplement la portière arrière.
« Diane a dit qu’elle enverrait quelqu’un dès qu’elle aurait raccroché », lui dit-il pendant qu’elle montait à cloche-pied, les poignets toujours verrouillés, le bikini mouillé laissant une trace humide sur le siège. « Ça ne devrait pas être long. »
Guinevere se cala contre le dossier, les chaînes silencieuses contre sa peau, et regarda par la fenêtre pendant tout le trajet jusqu’à l’hôtel.
Le hall
Ses bagages n’étaient toujours pas arrivés. Elle n’allait pas rester assise là-haut, trempée, à attendre le coup de téléphone de quelqu’un d’autre.
Elle descendit telle qu’elle était.
Il y avait la queue dans le hall. Quatre ou cinq personnes au comptoir, des chariots à bagages, une famille qui se disputait pour un surclassement. Guinevere prit place au bout de la file et sut tout de suite que c’était une erreur.
Il n’y avait rien derrière quoi se cacher. Le bikini turquoise mouillé lui collait à la peau. Ses mains menottées pendaient devant elle, basses, inutiles. La chaîne et les petites clochettes parlaient pour elle, doucement, sans arrêt, et firent tourner quelques têtes dans le coin salon avant même qu’elle n’atteigne le comptoir.
Le jeune homme de la réception se figea en la reconnaissant. Elle le reconnut une demi-seconde plus tard : le même qui lui avait monté le room service la veille, celui qui avait le poster au-dessus de son lit.
« Madame Martin », dit-il en se reprenant un peu trop vite. « Que puis-je faire pour vous ? »
« Mes bagages. Ils devaient être là depuis longtemps. »
« Je vérifie. » Il tapa sur son clavier, jeta un œil à l’écran, jeta un œil vers elle, sans aucune discrétion, et tapa encore. « Ils sont toujours en transit. Encore une heure, peut-être deux. »
« C’est ce qu’on m’a dit ce matin. »
« Je suis vraiment désolé du retard. » Ses yeux descendirent sur les triangles mouillés, sur les menottes verrouillées devant elle, et remontèrent trop lentement. Derrière elle, la famille s’était tue. Les yeux de la mère faisaient leur propre inventaire, lentement, des chaînes à ses chevilles.
Une responsable sortit du bureau du fond, alertée par quelque chose dans l’attitude du réceptionniste. La cinquantaine, posée, un porte-bloc déjà à la main. Elle la regarda une fois et ne fit pas semblant de ne pas remarquer.
« Madame Martin. Je suis navrée pour cette confusion avec vos bagages. » Ses yeux passèrent une fois, brièvement, sur le titane aux poignets de Guinevere et sur l’or en dessous. « L’équipe du projet nous avait prévenus que vous auriez besoin de quelques… aménagements pendant votre séjour. J’espère que le personnel s’est montré convenablement discret. »
Discret n’était pas le mot que Guinevere aurait choisi, debout dans une file d’attente du hall, encore mouillée de l’après-midi.
« Ils ont été très bien », dit-elle.
« Je ferai monter vos bagages directement dans votre suite dès leur arrivée. Inutile de redescendre. » Le sourire de la responsable était professionnel, et parfaitement conscient de ce qu’il avait sous les yeux. « Avez-vous besoin d’autre chose en attendant ? »
« Non. Merci. »
Le réceptionniste, les oreilles encore rouges, parla avant qu’elle ne puisse se retourner. « Je peux vous monter une serviette. Un peignoir, des chaussons, tout ce qu’il vous faut. Vraiment, ça ne me dérange pas. »
« Ça m’aiderait », dit Guinevere, et elle le regarda manquer de trébucher sur un chariot à bagages en filant vers la lingerie.
« En attendant, dit la responsable en vérifiant quelque chose sur son porte-bloc, je ne vois pas de carte-clé émise à votre nom cet après-midi. Vous avez la vôtre ? »
Elle ne l’avait pas. Elle était restée sur la table de nuit, là-haut. Des mains menottées ne servent pas à grand-chose pour porter quoi que ce soit.
« Elle est dans ma chambre, dit-elle. Je ne peux pas vraiment aller la chercher moi-même pour l’instant. »
« Bien sûr. » La responsable ne cilla pas. « Je vais appeler la coordinatrice du shooting. Je crois que M. Marcus a encore un passe depuis ce matin. Il pourra la descendre. »
Il fallut encore vingt minutes avant que Marcus n’arrive. Entre-temps, le vieux concierge du premier soir apparut : cheveux argentés, très courtois, celui-là même qui s’était occupé de ses bijoux au comptoir ce soir-là, avec plus de familiarité que son poste ne l’exigeait vraiment. Il ne demanda rien. Il la prit simplement par le coude et la guida jusqu’au petit banc près du comptoir.
« Vous serez mieux assise », dit-il, et il la fit asseoir.
Puis il s’accroupit. Sa main se referma sur sa cheville, vérifiant l’ajustement de la chaîne comme il l’avait fait le premier soir. Des doigts frais sur une peau mouillée. Sans qu’on le lui demande.
« Toujours bien en place », murmura-t-il. « Très bien. Ces menottes sont un ajout réussi. »
« Je n’ai pas besoin qu’on les vérifie », dit Guinevere. Elle ne retira pas son pied.
« Faites plaisir à un vieil homme. » Il se redressa mais resta tout près du banc, une main posée légèrement sur son épaule chaque fois que quelqu’un passait et regardait.
Quand Marcus franchit enfin les portes avec la carte-clé, le concierge l’aida lui-même à se relever et ne la lâcha qu’une fois la carte bien en main de Marcus.
« Voilà », dit-il, satisfait. « Allez, filez. »
Marcus resta près d’elle, plus près que son travail ne l’exigeait vraiment. Ses mains n’allaient ouvrir aucune porte toutes seules. Il lui fit traverser le hall, les clochettes marquant chacun de ses pas devant la famille qui regardait toujours et le couple du bar qui s’était tu pour les suivre des yeux jusqu’à l’ascenseur.
17 h 35 – L’ascenseur
Elle n’eut pas l’ascenseur pour elle seule. Marcus non plus.
Un couple d’âge mûr monta avec eux : coups de soleil, quelques verres dans le nez. Les portes se refermèrent. Des miroirs sur trois côtés. Pas un endroit où poser les yeux qui ne montre pas les menottes, l’or, le bikini mouillé.
Le mari remarqua en premier. Il essaya de ne pas fixer. Il échoua avant le quatrième étage.
« Grosse journée ? » demanda la femme, les yeux sur les chaînes.
« On peut dire ça », répondit Guinevere.
Les portes s’ouvrirent. D’autres gens montèrent. Puis un enterrement de vie de jeune fille : écharpes, paillettes, du bruit. La cabine était pleine à craquer. Guinevere se retrouva plaquée contre le miroir, les mains menottées coincées devant elle, le sac de quelqu’un lui cognant la hanche à chaque mouvement de l’ascenseur.
« Oh mon Dieu, dit une des jeunes femmes en repérant les menottes. C’est un sketch ? Vous faites un sketch ? »
« On peut dire ça. »
La jeune femme prit la chaîne entre les poignets de Guinevere et en soupesa le poids comme si elles se connaissaient.
« S’il vous plaît, non », dit Guinevere.
La jeune femme rit, lâcha la chaîne et se retourna pour raconter ça à ses amies.
L’ascenseur n’arrêtait pas de s’arrêter. Chaque étage amenait de nouveaux regards. Un serveur avec un chariot qui la fixa pendant tout le trajet. Un vieil homme qui regarda très soigneusement le plafond. Un jeune homme qui prit une photo avant que sa copine ne puisse l’en empêcher.
Au sixième étage, Guinevere se contenta de rester là et de laisser faire. Quelqu’un au huitième demanda si c’était un événement de l’hôtel. Quelqu’un au onzième demanda si elle avait besoin d’aide. Elle répondit non les deux fois.
Quand les portes s’ouvrirent enfin sur son étage, la femme du début était encore, on ne sait comment, dans la cabine.
« Bonne chance pour la suite de votre soirée. »
« Merci », dit Guinevere, et elle sortit, Marcus derrière elle.
17 h 40 – De retour là-haut
Marcus avait inséré la carte-clé, la porte commençait tout juste à s’ouvrir, quand Diane surgit au coin du couloir presque en courant, le téléphone enfin rangé, la tablette à la main, les sourcils déjà à mi-front.
« Vous êtes descendue dans le hall comme ça ? » Les yeux de Diane allèrent droit au bikini mouillé, au peignoir absent, aux menottes toujours verrouillées. « Où est votre serviette ? »
« Mes bagages, ce n’est pas un petit détail qu’on laisse filer, Diane. »
« La garde-robe l’a emportée. Avec tout le reste, apparemment. » La voix de Guinevere avait pris un tranchant. « J’aurais envoyé quelqu’un moi-même, sauf qu’il n’y avait personne à envoyer. Alors je suis descendue trempée, en bikini. »
« J’aurais envoyé quelqu’un si j’avais su. » Diane l’observa une seconde. Le rouge encore haut sur ses joues, l’eau qui séchait encore sur ses épaules. « C’était si terrible ? »
Marcus recula pour les laisser passer toutes les deux, sa tâche apparemment terminée maintenant que la porte était ouverte.
« Il y avait la queue. Une responsable. Le même garçon que le room service de l’autre soir. » Guinevere entra dans la suite devant elles deux, les bras croisés sur elle par pur réflexe, inutilement, menottée comme elle l’était. « C’était exactement aussi terrible que vous l’imaginez. »
« Si ça peut vous consoler, dit Diane en la suivant, le collectionneur aurait adoré. Une humiliation non scénarisée vaut plus pour lui que tout ce qu’on peut mettre en scène exprès. »
« Je suis ravie d’avoir pu contribuer à l’après-midi du collectionneur. »
Le sourire de Diane avait de la compassion dedans, ce qui était pire.
« Enlevons-vous au moins ça. Ça, je peux le régler tout de suite. »
Elle déverrouilla d’abord les poignets, puis s’agenouilla pour les chevilles. Clic, clic. Le titane tomba dans l’ordre où il avait été posé, et le sable avec. Des lignes rouges entouraient ses deux poignets, déjà en train de pâlir mais pas encore disparues. Guinevere les frotta lentement, et ses mains redevinrent les siennes.
« Asseyez-vous. J’ai monté le débriefing ici plutôt qu’en bas. Vous avez bien mérité de ne pas redescendre ce soir. »
Guinevere s’assit et se laissa enfin sentir à quel point elle était fatiguée.
Diane ouvrit la tablette pour lui montrer la sélection du jour. Les photos classiques étaient jolies. Celles avec les menottes, c’était autre chose. Brutes, un peu effrayantes.
« Elles sont fortes », dit Guinevere, et elle regarda la troisième plus longtemps que nécessaire.
« La Grèce demain, dit Diane. Vol à 6 heures. Santorin, le shooting des falaises blanches. »
« Déjà ? »
« Reposez-vous. »
Seule enfin, Guinevere s’allongea et fit le calcul. Un de fait. Onze à venir. Six mois en tout.
Elle sentait encore les menottes alors qu’on les lui avait enlevées. Une pression fantôme aux deux poignets, comme une montre qu’on vient de retirer.
L’argent compterait, un jour. Pour l’instant, il ne comptait pas vraiment.
Il lui en restait onze comme celui-là. Elle pouvait le faire.
21 h 30 – Niveau deux
Le dîner fut un room service. Elle le mangea seule, toujours verrouillée dans l’or, puis prit une douche en contournant prudemment les chaînes et s’allongea sur les draps sans rien d’autre sur elle.
Le mail arriva alors qu’elle était encore humide.
Elle faillit le laisser là. Une partie d’elle savait que ce serait mieux le lendemain matin. Elle l’ouvrit quand même.
Parures de niveau 2. Long. Technique. Elle dut relire certains passages deux fois. Des schémas qu’elle ne comprit pas complètement la première fois. Des pièces plus permanentes. Un port plus long : pas seulement pendant les shootings, mais aussi pendant les vols, pendant le sommeil. Un suivi biométrique pour que le collectionneur puisse la surveiller en continu. Une section sur les options de modification qu’elle sauta à la première lecture.
Une poupée vivante. C’était ça, au fond. Pas la version qu’on déverrouille à la fin de chaque journée. Plus loin que ça.
Elle repensa au hall, tout à l’heure. Le visage vide et professionnel de la responsable. Le réceptionniste qui l’avait regardée comme si le poster de son mur venait d’entrer dans la pièce. Elle pensa aux mois qui restaient. À l’argent, aussi : il aurait été malhonnête de ne pas y penser.
Son souffle se bloqua à mi-chemin.
De l’effroi, facile à nommer. Et en dessous, autre chose, qu’elle portait depuis la plage. Celui-là, elle ne le nomma pas.
Elle resta le téléphone sur les genoux jusqu’à ce que la chambre soit plongée dans le noir. Puis elle tapa une courte réponse, les doigts pas tout à fait sûrs, et appuya sur Envoyer avant de pouvoir la relire.
C’était fait.
Elle posa le téléphone face contre le lit et se rallongea. L’or se posa, frais, contre sa peau. Un jour de fait. Quoi qu’il arrive ensuite, elle avait déjà dit oui.
FIN
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