Le feu sur la glace (9)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le feu sur la glace (9)
Chapitre 9
Alors qu'il nous dépose devant l'immeuble, Viktor ajoute, les yeux sombres : — Profitez de votre lit ce soir. Car demain, l'annonce de ce témoin pourrait bien être le début de votre gloire... ou de votre chute.
L’appartement est plongé dans une pénombre bleutée, mais l’air y est devenu irrespirable, chargé d'une électricité statique qui fait dresser les poils sur les bras. Depuis que Viktor nous a déposés, le silence n'est plus notre allié ; il est un linceul de plomb. Nous sommes allongés dans ce lit immense, celui que nous avons scellé de nos propres mains avec des sangles de cuir noir, mais ce soir, nos corps sont de pierre. L’adrénaline des sélections, cette ivresse de vitesse et de puissance qui nous faisait vibrer quelques heures plus tôt, s’est muée en un poison acide qui ronge nos estomacs.
Nous n'avons pas fait l'amour. Nous n'avons même pas osé nous effleurer. L'ombre de ce témoin mystérieux dans les tribunes plane sur nous comme une faux suspendue au-dessus de nos cous. Je suis sur le dos, les yeux fixés sur le plafond où les reflets des phares des voitures dessinent des spectres mouvants qui s'étirent et disparaissent dans un ballet fantomatique. Connor est à mes côtés, sa respiration est courte, saccadée, entrecoupée de longs silences où je le devine en train de lutter contre ses propres démons. Je sens la chaleur de son bras contre le mien, mais c'est une chaleur fiévreuse, une chaleur d'angoisse pure.
— Herwann ?
Sa voix déchire le silence, rauque, chargée d'une fatigue immense qui semble dater de plusieurs siècles.
— Je suis là, Connor. Je ne dors pas. Impossible de fermer l'œil.
— Est-ce que tu penses qu'ils vont nous radier ? S'ils considèrent que notre... "proximité" nuit à l'image du sport ? S'ils utilisent l'argument de la morale pour nous briser net ?
Je me tourne vers lui, mon front venant s'appuyer contre son épaule solide. Je respire l'odeur de sa peau, ce mélange de savon et de sueur séchée qui m'apaise d'ordinaire, mais qui ce soir m'évoque brutalement notre vulnérabilité.
— Je n'en sais rien. Viktor avait l'air terrifié. Si lui a peur, c'est que le danger est réel. On a peut-être été trop loin sur la glace, Connor. On a peut-être trop montré. On a laissé nos corps hurler une vérité qu'ils ne sont pas prêts à entendre.
— On ne peut pas montrer moins que ce qu'on est, Herwann. C’est ça le problème. On est des athlètes, pas des acteurs. Si je te porte, je te porte avec tout ce que je ressens, avec chaque fibre de mon être. Je ne peux pas éteindre ça comme on éteint une lumière.
On reste ainsi, immobiles, prisonniers de cette attente qui nous broie les os. Chaque tic-tac de l'horloge dans le salon résonne comme un verdict qui tombe. Nous ressassons chaque porté, chaque rotation, chaque regard échangé sous la musique d'Olivia Rodrigo, nous demandant si notre vérité n’était pas trop éclatante pour la pudeur de façade des instances. L'aube finit par poindre, grise et glaciale, nous trouvant les yeux rougis, les traits tirés par l'insomnie, unis par une peur commune que même nos baisers ne peuvent plus apaiser.
À 8 heures précises, nous franchissons le seuil de la patinoire. L'air y est plus coupant que la veille, chargé d'une humidité qui pénètre sous nos survêtements. Viktor nous attend dans le hall d'entrée, le visage sombre, les cernes marqués.
— Allez dans la salle de repos. Tout de suite. L'équipe est déjà là au grand complet. Ne dites rien. Ne regardez personne. Soyez invisibles.
Nous le suivons dans les couloirs qui sentent le froid et le métal. Dans la salle commune, l'ambiance est suffocante. Toute l'Équipe de France est rassemblée : les patineurs individuels, les couples, les danseurs. Une trentaine d'athlètes d'élite sont massés devant le grand écran plat. L'entrée de Connor et moi provoque un arrêt cardiaque collectif. Les conversations s'éteignent. On sent les regards nous transpercer : jalousie, mépris, et cette curiosité malsaine de ceux qui attendent la chute.
Viktor s'avance vers l'écran et monte le son. Le présentateur vedette de la chaîne sportive, Marc Lefebvre, apparaît à l'écran, le visage solennel.
— "Mesdames, messieurs, nous interrompons nos programmes pour une annonce historique. Hier, lors des sélections nationales, une performance a littéralement pulvérisé les standards. Le duo formé par Connor Campbell et Herwann Delcourt a produit une prestation qui laisse les experts dans un état de stupéfaction totale."
L'image change. On voit des extraits de notre programme. C'est un montage serré réalisé à partir de la caméra de Mallet. On voit des ralentis sur la force de mes mains qui agrippent la taille de Connor, sur la sueur qui perle à l'unisson, et surtout sur ce moment final où nos visages sont à un millimètre l'un de l'autre.
Le présentateur reprend d'une voix vibrante :
— "Beaucoup criaient déjà au scandale, dénonçant une mise en scène jugée trop charnelle, voire inappropriée. On parlait de sanctions. Mais Jean-Pierre Mallet, le président d'honneur de l'Union Internationale, présent hier dans l'ombre des tribunes, vient de rendre un verdict définitif. Écoutons-le."
Le visage de Mallet, dur comme le granit, emplit l'écran.
— "J'ai entendu les murmures de couloir," commence Mallet d'une voix de stentor. "J'ai entendu ceux qui parlent de décadence ou de provocation. À ces gens-là, je réponds qu'ils n'ont rien compris à l'art. Hier, j'ai vu deux hommes qui ont cessé de patiner l'un à côté de l'autre pour devenir une seule et même entité."
Il marque une pause, fixant la caméra.
— "On me parle de leur proximité physique ? Je vous réponds que c'est précisément cette intimité, cette confiance absolue, qui leur permet d'atteindre une technique que personne n'a jamais égalée. Si la France veut l'or, elle doit envoyer ces deux garçons. Ils ne sont pas seulement sélectionnés, ils sont l'avenir. Et je veillerai personnellement à ce que leur liberté artistique soit protégée."
Le présentateur conclut :
— "Une validation sans précédent qui propulse le duo au rang de favoris mondiaux, malgré les rumeurs persistantes sur leur vie privée."
Un brouhaha indescriptible explose dans la salle. Certains patineurs applaudissent timidement, d'autres restent pétrifiés. Viktor nous tire brusquement à l'écart, nous entraînant dans le couloir sombre.
— Mallet a fait de vous des intouchables. Il a transformé votre liaison en un argument technique. C'est un coup de génie politique, siffle-t-il. Mais ne vous y trompez pas, les loups n'ont pas renoncé.
Alors que nous marchons vers le banc pour chausser nos patins, un jeune patineur de l'équipe de danse, le visage dissimulé sous sa capuche, s'approche de moi. Il me bouscule violemment et je sens un froissement de papier dans ma paume. Il s'éloigne sans un mot.
Je m'assois sur le banc, les mains tremblantes. Je déplie le papier. Connor se penche pour lire par-dessus mon épaule.
"Le lit de coton ne suffira pas à vous protéger. On sait que vous couchez ensemble. Profitez bien de vos derniers instants de gloire, le monde va bientôt voir qui vous êtes vraiment."
Le mot "couchez" semble brûler le papier, d'une vulgarité qui nous frappe en plein cœur.
— Herwann, regarde-moi, murmure Connor, ignorant les regards.
Il me prend le menton avec force. Sa voix est un murmure d'acier.
— Ils essaient la honte, parce que la radiation a échoué. Mais on n'a pas honte de nous. On va aller sur cette glace et on va leur montrer pourquoi on est les meilleurs. On va transformer cette haine en puissance.
— Connor, ils savent... s'ils sortent des photos...
— Qu'ils essaient. On les écrasera.
Le papier brûle encore dans la poche de mon survêtement alors que nous restons au bord de la balustrade. Le mot "couchez" semble avoir infecté l'air que nous respirons. Connor ne lâche pas mon regard, mais je vois la mâchoire de son visage de marbre se serrer à en rompre. Ce n'est plus seulement de la peur, c'est une paranoïa qui s'installe, une gangrène silencieuse.
— À partir de maintenant, murmure Connor, on ne cherche pas à savoir qui c’est. On ne fouille pas. On ne pose pas de questions. Chercher le corbeau, c’est lui donner ce qu’il veut : notre attention et notre panique.
Je hoche la tête, le cœur battant à un rythme irrégulier.
— Tu as raison. On se ferme. On devient des forteresses.
— Plus qu'un duo, Herwann. On devient une machine. À l'appartement, on verrouille tout. Dans la rue, on ne marche pas trop près. Ici, on ne se regarde que pour le programme. On va leur donner la perfection technique, mais on va leur cacher notre âme.
Viktor s'approche de nous, ignorant le drame qui vient de se jouer dans nos mains. Il pointe la glace du doigt, là où les photographes de la presse internationale commencent à installer leurs objectifs géants derrière les plexiglas.
— Les vautours sont là. Ils attendent que vous vous teniez la main, que vous vous donniez une tape dans le dos, n'importe quoi qui confirme la "symbiose" de Mallet. Ne leur donnez rien. Soyez froids. Soyez professionnels. La glace est votre seul langage.
Nous entrons sur la piste. L'accueil est glacial. Les autres membres de l'Équipe de France s'écartent comme si nous étions porteurs d'une peste contagieuse. Je sens les objectifs des appareils photo nous suivre, le cliquetis des déclencheurs mitraillant nos moindres faits et gestes.
D'ordinaire, avant de commencer, Connor me lance un clin d'œil ou me serre brièvement le coude pour me donner du courage. Aujourd'hui, rien. Il se place à dix mètres de moi, fixant un point invisible à l'autre bout de la patinoire. Son visage est une feuille blanche, dénuée de toute émotion humaine. C'est terrifiant et rassurant à la fois.
— Musique ! hurle Viktor.
Les premières notes de "Vampire" déchirent l'atmosphère pesante. Dès la première impulsion, la transformation s'opère. Nous ne sommes plus deux garçons traqués par un corbeau, nous sommes deux lames lancées à pleine vitesse. La technique est plus incisive que jamais. Nous ne cherchons plus la tendresse, nous cherchons la puissance brute, comme si chaque saut était une attaque contre ceux qui veulent nous détruire.
Pour le Triple Flip lancé, je ne me contente pas de le projeter ; je l'expulse. Connor s'envole, haut, si haut que les journalistes lâchent des exclamations de surprise. Sa réception est un coup de poignard dans la glace, net, sonore. Nous enchaînons avec une suite de pas où nous nous croisons sans jamais nous toucher, une chorégraphie de l'évitement qui rend notre synchronisation encore plus spectaculaire.
Le plus dur, c'est le regard. Mallet a parlé de notre regard. Alors, nous nous regardons, mais nos yeux sont vides. Nous jouons la partition technique à la perfection, mais nous avons éteint le feu. C'est une performance de robots magnifiques, une exécution chirurgicale qui laisse la presse perplexe. Ils cherchent l'amant, ils trouvent l'athlète.
Au bord de la piste, je vois le jeune patineur qui m'a donné le papier. Il nous observe, les bras croisés, un sourire indéchiffrable aux lèvres. Je détourne les yeux. Ne pas lui donner d'importance. Ne pas lui montrer qu'on a peur.
La séance se termine. Nous sortons de la glace sans un mot l'un pour l'autre. Dans les vestiaires, l'ambiance est encore plus lourde. Les autres patineurs se changent en silence, jetant des coups d'œil furtifs vers nous. Nous faisons de même, nos gestes sont mécaniques, rapides.
Dans la voiture pour le retour, Viktor ne dit rien non plus. Il surveille les rétroviseurs, s'assurant qu'aucune voiture de presse ne nous suit jusqu'à l'appartement.
Une fois devant l'immeuble, Connor attend que la voiture de Viktor disparaisse avant de s'engouffrer dans le hall. Nous montons les escaliers quatre à quatre. Dès que la porte de l'appartement est fermée, Connor tourne les trois verrous. Il vérifie chaque fenêtre, tire les rideaux de coton épais pour que personne ne puisse voir à travers, même avec un téléobjectif.
Il se tourne vers moi, le visage marqué par l'épuisement de cette vigilance constante.
— Ils nous regardent partout, Herwann. Dans la patinoire, dans la rue... peut-être même ici, à travers les murs.
— Qu'est-ce qu'on fait pour le lit, Connor ?
Il regarde notre lit immense, celui que nous avons scellé. Un moment, je crois qu'il va demander de le séparer. Mais il s'approche de moi et me prend les mains. Ses paumes sont moites, ses doigts tremblent légèrement.
— On ne change rien ici. Si on commence à vivre selon leurs règles dans notre propre maison, ils ont gagné. Mais on ne fait plus de bruit. On ne laisse aucune trace. On devient des fantômes dans notre propre sanctuaire.
Le silence de l’appartement, après le tumulte de la patinoire et la froideur des couloirs de la Fédération, est presque assourdissant. Nous sommes assis côte à côte sur le bord de ce lit immense, celui que nous avons scellé ensemble. Les rideaux sont tirés, les verrous sont tirés, mais l'ombre du monde extérieur semble encore ramper sur les murs. Pendant de longues minutes, nous restons là, les mains posées sur nos genoux, fixant le vide, l'épuisement de la nuit blanche et la tension du corbeau pesant sur nos épaules.
Soudain, Connor se tourne vers moi. Son regard a changé. Ce n'est plus l'acier froid de la patinoire, c'est un incendie de forêt, sombre, dévastateur, d'une intensité qui me cloue sur place. Je sens mon propre rythme cardiaque s'emballer instantanément, frappant contre mes côtes comme un oiseau en cage.
— Qu’est-ce qui se passe, Connor ? murmure-je, la voix un peu tremblante.
Un sourire presque prédateur étire ses lèvres, un sourire de défi pur, celui d'un homme qui a décidé de ne plus avoir peur.
— Avec tout ce qui s’est passé ces derniers jours, la peur, la pression, ce mot immonde sur ce papier… j’ai grave envie de toi là, tout de suite, Herwann.
L'aveu tombe comme un couperet. Je sens une décharge d'adrénaline se transformer en un désir brûlant. Ce n'est pas de la tendresse, c'est un besoin vital de se sentir vivant. Je lui réponds par un sourire complice, un abandon total.
Connor me saute littéralement dessus. Dans un mouvement de force brute, il m'entraîne vers le centre du matelas. Ses mains sont fébriles, urgentes. Il m'arrache mes vêtements avec une hâte sauvage, ses doigts s'enfonçant dans ma chair comme pour y marquer son territoire. Il retire les siens dans la foulée, révélant son corps d'athlète tendu par des jours de frustration.
Il m’embrasse alors avec une fougue que je ne lui connaissais pas, une lutte de langues et de dents qui goûte la survie. Ses lèvres quittent ma bouche pour parcourir tout mon corps. Il descend le long de mon cou, de mon torse, de mes hanches, ponctuant chaque centimètre de baisers mouillés et de coups de langue experts qui me font frissonner de la tête aux pieds. Je laisse échapper un gémissement rauque, la tête jetée en arrière dans les oreillers. Connor s'arrête une seconde, lève les yeux vers moi et sourit en entendant mes gémissements ; il se nourrit de ma soumission, de mon plaisir qui explose.
Le désir est devenu une douleur sourde qu'il faut absolument apaiser. Je me redresse, le souffle court, le regard embrumé par la passion. Je me retourne et me mets à quatre pattes au milieu du grand lit, tournant la tête vers lui. Mes yeux bleus plongent dans son regard de braise, l'invitant au sacre.
— Prends-moi tout de suite, putain...
Connor reste un instant derrière moi, debout sur ses genoux. Ses mains agrippent ses propres hanches et il commence à se branler avec une vigueur sauvage en me dévorant du regard. Ses muscles dorsaux se dessinent sous l'effort, ses veines saillantes sous sa peau mate.
— Putain que t’es bandant comme ça, Herwann... siffle-t-il, la voix étranglée.
Il plonge alors sa bouche sur mon petit trou, déjà humide d’excitation. Sa langue est une caresse brûlante qui me fait perdre tout sens des réalités. Il me prépare avec ses doigts, s'insinuant en moi avec une fermeté qui me fait cambrer le dos, cherchant le contact, cherchant la fusion. Je n'en peux plus, le besoin de le sentir en moi est devenu une urgence vitale.
— Prends-moi tout de suite, putain ! Dépêche-toi !
Connor se redresse, présente sa queue déjà prête contre mon entrée. Il ne cherche plus la douceur. Il la rentre d’un coup sec, violent, en poussant un grognement d’animal qui a enfin atteint sa proie. J'hurle de désir, la sensation de plénitude est si forte qu'elle me donne le vertige.
Les coups de reins sont d'une violence inouïe, rythmés par une rage que personne ne pourra nous enlever. Je me penche contre le lit, mes coudes enfoncés dans les draps, cambrant bien mon cul pour qu'il puisse me pilonner comme un dingue. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent est la seule musique qui compte. Chaque assaut me pousse un peu plus vers le bord du gouffre.
Nous restons dans cette position plus d'un quart d'heure. Le temps s'étire, se dilate. Je sens chaque pulsation de son sexe à l'intérieur de moi. La tension monte jusqu'à l'insoutenable. Sans même me toucher, par la seule force de sa pénétration et de nos corps soudés, je sens la jouissance m'envahir. J'explose sur les draps dans un cri de délivrance, mon corps secoué de spasmes. Quelques secondes plus tard, Connor pousse un cri étouffé, s'enfonçant une dernière fois au plus profond de moi pour jouir bien au fond de mon cul, nous unissant dans une chaleur commune.
Nous retombons l'un contre l'autre, nos peaux luisantes de sueur, nos cœurs battant la même mesure effrénée. Nous restons ainsi, les membres emmêlés, riant doucement de cet excès de vie dans un monde qui voudrait nous voir éteints. On s'embrasse avec une tendresse infinie, des baisers qui goûtent le sel et l'amour.
On se glisse sous la couette, lovés l'un contre l'autre. Connor passe son bras sous ma nuque, me serrant contre son torse puissant.
— Écoute-moi, murmure-t-il, le regard redevenu sérieux mais rempli d'une affection immense. À partir de demain, aux entraînements, on ne montre rien. On joue les machines de glace devant l'équipe et devant les caméras. Pas un regard de trop, pas un geste qui nous trahit. On garde tout pour ici.
— Je sais. On va leur donner la technique parfaite, mais notre désir, il n'appartient qu'à nous. Dans trois mois, ce sont les Mondiaux. On va aller chercher cette médaille et on va leur prouver que rien ne peut nous briser.
Connor me regarde, l'amour brillant dans ses yeux verts.
— Dans trois mois, Herwann, le monde entier saura qu'on est les meilleurs. Et ils ne pourront jamais nous enlever ce qu'on vient de vivre.
Il dépose un dernier baiser, lent et profond, sur mes lèvres. Un baiser de paix. Nous nous endormons enfin, entrelacés dans notre forteresse, prêts à affronter les loups dès l'aube, mais conscients que notre lien est plus solide que n'importe quelle lame.
Fin du chapitre 9.
Alors qu'il nous dépose devant l'immeuble, Viktor ajoute, les yeux sombres : — Profitez de votre lit ce soir. Car demain, l'annonce de ce témoin pourrait bien être le début de votre gloire... ou de votre chute.
L’appartement est plongé dans une pénombre bleutée, mais l’air y est devenu irrespirable, chargé d'une électricité statique qui fait dresser les poils sur les bras. Depuis que Viktor nous a déposés, le silence n'est plus notre allié ; il est un linceul de plomb. Nous sommes allongés dans ce lit immense, celui que nous avons scellé de nos propres mains avec des sangles de cuir noir, mais ce soir, nos corps sont de pierre. L’adrénaline des sélections, cette ivresse de vitesse et de puissance qui nous faisait vibrer quelques heures plus tôt, s’est muée en un poison acide qui ronge nos estomacs.
Nous n'avons pas fait l'amour. Nous n'avons même pas osé nous effleurer. L'ombre de ce témoin mystérieux dans les tribunes plane sur nous comme une faux suspendue au-dessus de nos cous. Je suis sur le dos, les yeux fixés sur le plafond où les reflets des phares des voitures dessinent des spectres mouvants qui s'étirent et disparaissent dans un ballet fantomatique. Connor est à mes côtés, sa respiration est courte, saccadée, entrecoupée de longs silences où je le devine en train de lutter contre ses propres démons. Je sens la chaleur de son bras contre le mien, mais c'est une chaleur fiévreuse, une chaleur d'angoisse pure.
— Herwann ?
Sa voix déchire le silence, rauque, chargée d'une fatigue immense qui semble dater de plusieurs siècles.
— Je suis là, Connor. Je ne dors pas. Impossible de fermer l'œil.
— Est-ce que tu penses qu'ils vont nous radier ? S'ils considèrent que notre... "proximité" nuit à l'image du sport ? S'ils utilisent l'argument de la morale pour nous briser net ?
Je me tourne vers lui, mon front venant s'appuyer contre son épaule solide. Je respire l'odeur de sa peau, ce mélange de savon et de sueur séchée qui m'apaise d'ordinaire, mais qui ce soir m'évoque brutalement notre vulnérabilité.
— Je n'en sais rien. Viktor avait l'air terrifié. Si lui a peur, c'est que le danger est réel. On a peut-être été trop loin sur la glace, Connor. On a peut-être trop montré. On a laissé nos corps hurler une vérité qu'ils ne sont pas prêts à entendre.
— On ne peut pas montrer moins que ce qu'on est, Herwann. C’est ça le problème. On est des athlètes, pas des acteurs. Si je te porte, je te porte avec tout ce que je ressens, avec chaque fibre de mon être. Je ne peux pas éteindre ça comme on éteint une lumière.
On reste ainsi, immobiles, prisonniers de cette attente qui nous broie les os. Chaque tic-tac de l'horloge dans le salon résonne comme un verdict qui tombe. Nous ressassons chaque porté, chaque rotation, chaque regard échangé sous la musique d'Olivia Rodrigo, nous demandant si notre vérité n’était pas trop éclatante pour la pudeur de façade des instances. L'aube finit par poindre, grise et glaciale, nous trouvant les yeux rougis, les traits tirés par l'insomnie, unis par une peur commune que même nos baisers ne peuvent plus apaiser.
À 8 heures précises, nous franchissons le seuil de la patinoire. L'air y est plus coupant que la veille, chargé d'une humidité qui pénètre sous nos survêtements. Viktor nous attend dans le hall d'entrée, le visage sombre, les cernes marqués.
— Allez dans la salle de repos. Tout de suite. L'équipe est déjà là au grand complet. Ne dites rien. Ne regardez personne. Soyez invisibles.
Nous le suivons dans les couloirs qui sentent le froid et le métal. Dans la salle commune, l'ambiance est suffocante. Toute l'Équipe de France est rassemblée : les patineurs individuels, les couples, les danseurs. Une trentaine d'athlètes d'élite sont massés devant le grand écran plat. L'entrée de Connor et moi provoque un arrêt cardiaque collectif. Les conversations s'éteignent. On sent les regards nous transpercer : jalousie, mépris, et cette curiosité malsaine de ceux qui attendent la chute.
Viktor s'avance vers l'écran et monte le son. Le présentateur vedette de la chaîne sportive, Marc Lefebvre, apparaît à l'écran, le visage solennel.
— "Mesdames, messieurs, nous interrompons nos programmes pour une annonce historique. Hier, lors des sélections nationales, une performance a littéralement pulvérisé les standards. Le duo formé par Connor Campbell et Herwann Delcourt a produit une prestation qui laisse les experts dans un état de stupéfaction totale."
L'image change. On voit des extraits de notre programme. C'est un montage serré réalisé à partir de la caméra de Mallet. On voit des ralentis sur la force de mes mains qui agrippent la taille de Connor, sur la sueur qui perle à l'unisson, et surtout sur ce moment final où nos visages sont à un millimètre l'un de l'autre.
Le présentateur reprend d'une voix vibrante :
— "Beaucoup criaient déjà au scandale, dénonçant une mise en scène jugée trop charnelle, voire inappropriée. On parlait de sanctions. Mais Jean-Pierre Mallet, le président d'honneur de l'Union Internationale, présent hier dans l'ombre des tribunes, vient de rendre un verdict définitif. Écoutons-le."
Le visage de Mallet, dur comme le granit, emplit l'écran.
— "J'ai entendu les murmures de couloir," commence Mallet d'une voix de stentor. "J'ai entendu ceux qui parlent de décadence ou de provocation. À ces gens-là, je réponds qu'ils n'ont rien compris à l'art. Hier, j'ai vu deux hommes qui ont cessé de patiner l'un à côté de l'autre pour devenir une seule et même entité."
Il marque une pause, fixant la caméra.
— "On me parle de leur proximité physique ? Je vous réponds que c'est précisément cette intimité, cette confiance absolue, qui leur permet d'atteindre une technique que personne n'a jamais égalée. Si la France veut l'or, elle doit envoyer ces deux garçons. Ils ne sont pas seulement sélectionnés, ils sont l'avenir. Et je veillerai personnellement à ce que leur liberté artistique soit protégée."
Le présentateur conclut :
— "Une validation sans précédent qui propulse le duo au rang de favoris mondiaux, malgré les rumeurs persistantes sur leur vie privée."
Un brouhaha indescriptible explose dans la salle. Certains patineurs applaudissent timidement, d'autres restent pétrifiés. Viktor nous tire brusquement à l'écart, nous entraînant dans le couloir sombre.
— Mallet a fait de vous des intouchables. Il a transformé votre liaison en un argument technique. C'est un coup de génie politique, siffle-t-il. Mais ne vous y trompez pas, les loups n'ont pas renoncé.
Alors que nous marchons vers le banc pour chausser nos patins, un jeune patineur de l'équipe de danse, le visage dissimulé sous sa capuche, s'approche de moi. Il me bouscule violemment et je sens un froissement de papier dans ma paume. Il s'éloigne sans un mot.
Je m'assois sur le banc, les mains tremblantes. Je déplie le papier. Connor se penche pour lire par-dessus mon épaule.
"Le lit de coton ne suffira pas à vous protéger. On sait que vous couchez ensemble. Profitez bien de vos derniers instants de gloire, le monde va bientôt voir qui vous êtes vraiment."
Le mot "couchez" semble brûler le papier, d'une vulgarité qui nous frappe en plein cœur.
— Herwann, regarde-moi, murmure Connor, ignorant les regards.
Il me prend le menton avec force. Sa voix est un murmure d'acier.
— Ils essaient la honte, parce que la radiation a échoué. Mais on n'a pas honte de nous. On va aller sur cette glace et on va leur montrer pourquoi on est les meilleurs. On va transformer cette haine en puissance.
— Connor, ils savent... s'ils sortent des photos...
— Qu'ils essaient. On les écrasera.
Le papier brûle encore dans la poche de mon survêtement alors que nous restons au bord de la balustrade. Le mot "couchez" semble avoir infecté l'air que nous respirons. Connor ne lâche pas mon regard, mais je vois la mâchoire de son visage de marbre se serrer à en rompre. Ce n'est plus seulement de la peur, c'est une paranoïa qui s'installe, une gangrène silencieuse.
— À partir de maintenant, murmure Connor, on ne cherche pas à savoir qui c’est. On ne fouille pas. On ne pose pas de questions. Chercher le corbeau, c’est lui donner ce qu’il veut : notre attention et notre panique.
Je hoche la tête, le cœur battant à un rythme irrégulier.
— Tu as raison. On se ferme. On devient des forteresses.
— Plus qu'un duo, Herwann. On devient une machine. À l'appartement, on verrouille tout. Dans la rue, on ne marche pas trop près. Ici, on ne se regarde que pour le programme. On va leur donner la perfection technique, mais on va leur cacher notre âme.
Viktor s'approche de nous, ignorant le drame qui vient de se jouer dans nos mains. Il pointe la glace du doigt, là où les photographes de la presse internationale commencent à installer leurs objectifs géants derrière les plexiglas.
— Les vautours sont là. Ils attendent que vous vous teniez la main, que vous vous donniez une tape dans le dos, n'importe quoi qui confirme la "symbiose" de Mallet. Ne leur donnez rien. Soyez froids. Soyez professionnels. La glace est votre seul langage.
Nous entrons sur la piste. L'accueil est glacial. Les autres membres de l'Équipe de France s'écartent comme si nous étions porteurs d'une peste contagieuse. Je sens les objectifs des appareils photo nous suivre, le cliquetis des déclencheurs mitraillant nos moindres faits et gestes.
D'ordinaire, avant de commencer, Connor me lance un clin d'œil ou me serre brièvement le coude pour me donner du courage. Aujourd'hui, rien. Il se place à dix mètres de moi, fixant un point invisible à l'autre bout de la patinoire. Son visage est une feuille blanche, dénuée de toute émotion humaine. C'est terrifiant et rassurant à la fois.
— Musique ! hurle Viktor.
Les premières notes de "Vampire" déchirent l'atmosphère pesante. Dès la première impulsion, la transformation s'opère. Nous ne sommes plus deux garçons traqués par un corbeau, nous sommes deux lames lancées à pleine vitesse. La technique est plus incisive que jamais. Nous ne cherchons plus la tendresse, nous cherchons la puissance brute, comme si chaque saut était une attaque contre ceux qui veulent nous détruire.
Pour le Triple Flip lancé, je ne me contente pas de le projeter ; je l'expulse. Connor s'envole, haut, si haut que les journalistes lâchent des exclamations de surprise. Sa réception est un coup de poignard dans la glace, net, sonore. Nous enchaînons avec une suite de pas où nous nous croisons sans jamais nous toucher, une chorégraphie de l'évitement qui rend notre synchronisation encore plus spectaculaire.
Le plus dur, c'est le regard. Mallet a parlé de notre regard. Alors, nous nous regardons, mais nos yeux sont vides. Nous jouons la partition technique à la perfection, mais nous avons éteint le feu. C'est une performance de robots magnifiques, une exécution chirurgicale qui laisse la presse perplexe. Ils cherchent l'amant, ils trouvent l'athlète.
Au bord de la piste, je vois le jeune patineur qui m'a donné le papier. Il nous observe, les bras croisés, un sourire indéchiffrable aux lèvres. Je détourne les yeux. Ne pas lui donner d'importance. Ne pas lui montrer qu'on a peur.
La séance se termine. Nous sortons de la glace sans un mot l'un pour l'autre. Dans les vestiaires, l'ambiance est encore plus lourde. Les autres patineurs se changent en silence, jetant des coups d'œil furtifs vers nous. Nous faisons de même, nos gestes sont mécaniques, rapides.
Dans la voiture pour le retour, Viktor ne dit rien non plus. Il surveille les rétroviseurs, s'assurant qu'aucune voiture de presse ne nous suit jusqu'à l'appartement.
Une fois devant l'immeuble, Connor attend que la voiture de Viktor disparaisse avant de s'engouffrer dans le hall. Nous montons les escaliers quatre à quatre. Dès que la porte de l'appartement est fermée, Connor tourne les trois verrous. Il vérifie chaque fenêtre, tire les rideaux de coton épais pour que personne ne puisse voir à travers, même avec un téléobjectif.
Il se tourne vers moi, le visage marqué par l'épuisement de cette vigilance constante.
— Ils nous regardent partout, Herwann. Dans la patinoire, dans la rue... peut-être même ici, à travers les murs.
— Qu'est-ce qu'on fait pour le lit, Connor ?
Il regarde notre lit immense, celui que nous avons scellé. Un moment, je crois qu'il va demander de le séparer. Mais il s'approche de moi et me prend les mains. Ses paumes sont moites, ses doigts tremblent légèrement.
— On ne change rien ici. Si on commence à vivre selon leurs règles dans notre propre maison, ils ont gagné. Mais on ne fait plus de bruit. On ne laisse aucune trace. On devient des fantômes dans notre propre sanctuaire.
Le silence de l’appartement, après le tumulte de la patinoire et la froideur des couloirs de la Fédération, est presque assourdissant. Nous sommes assis côte à côte sur le bord de ce lit immense, celui que nous avons scellé ensemble. Les rideaux sont tirés, les verrous sont tirés, mais l'ombre du monde extérieur semble encore ramper sur les murs. Pendant de longues minutes, nous restons là, les mains posées sur nos genoux, fixant le vide, l'épuisement de la nuit blanche et la tension du corbeau pesant sur nos épaules.
Soudain, Connor se tourne vers moi. Son regard a changé. Ce n'est plus l'acier froid de la patinoire, c'est un incendie de forêt, sombre, dévastateur, d'une intensité qui me cloue sur place. Je sens mon propre rythme cardiaque s'emballer instantanément, frappant contre mes côtes comme un oiseau en cage.
— Qu’est-ce qui se passe, Connor ? murmure-je, la voix un peu tremblante.
Un sourire presque prédateur étire ses lèvres, un sourire de défi pur, celui d'un homme qui a décidé de ne plus avoir peur.
— Avec tout ce qui s’est passé ces derniers jours, la peur, la pression, ce mot immonde sur ce papier… j’ai grave envie de toi là, tout de suite, Herwann.
L'aveu tombe comme un couperet. Je sens une décharge d'adrénaline se transformer en un désir brûlant. Ce n'est pas de la tendresse, c'est un besoin vital de se sentir vivant. Je lui réponds par un sourire complice, un abandon total.
Connor me saute littéralement dessus. Dans un mouvement de force brute, il m'entraîne vers le centre du matelas. Ses mains sont fébriles, urgentes. Il m'arrache mes vêtements avec une hâte sauvage, ses doigts s'enfonçant dans ma chair comme pour y marquer son territoire. Il retire les siens dans la foulée, révélant son corps d'athlète tendu par des jours de frustration.
Il m’embrasse alors avec une fougue que je ne lui connaissais pas, une lutte de langues et de dents qui goûte la survie. Ses lèvres quittent ma bouche pour parcourir tout mon corps. Il descend le long de mon cou, de mon torse, de mes hanches, ponctuant chaque centimètre de baisers mouillés et de coups de langue experts qui me font frissonner de la tête aux pieds. Je laisse échapper un gémissement rauque, la tête jetée en arrière dans les oreillers. Connor s'arrête une seconde, lève les yeux vers moi et sourit en entendant mes gémissements ; il se nourrit de ma soumission, de mon plaisir qui explose.
Le désir est devenu une douleur sourde qu'il faut absolument apaiser. Je me redresse, le souffle court, le regard embrumé par la passion. Je me retourne et me mets à quatre pattes au milieu du grand lit, tournant la tête vers lui. Mes yeux bleus plongent dans son regard de braise, l'invitant au sacre.
— Prends-moi tout de suite, putain...
Connor reste un instant derrière moi, debout sur ses genoux. Ses mains agrippent ses propres hanches et il commence à se branler avec une vigueur sauvage en me dévorant du regard. Ses muscles dorsaux se dessinent sous l'effort, ses veines saillantes sous sa peau mate.
— Putain que t’es bandant comme ça, Herwann... siffle-t-il, la voix étranglée.
Il plonge alors sa bouche sur mon petit trou, déjà humide d’excitation. Sa langue est une caresse brûlante qui me fait perdre tout sens des réalités. Il me prépare avec ses doigts, s'insinuant en moi avec une fermeté qui me fait cambrer le dos, cherchant le contact, cherchant la fusion. Je n'en peux plus, le besoin de le sentir en moi est devenu une urgence vitale.
— Prends-moi tout de suite, putain ! Dépêche-toi !
Connor se redresse, présente sa queue déjà prête contre mon entrée. Il ne cherche plus la douceur. Il la rentre d’un coup sec, violent, en poussant un grognement d’animal qui a enfin atteint sa proie. J'hurle de désir, la sensation de plénitude est si forte qu'elle me donne le vertige.
Les coups de reins sont d'une violence inouïe, rythmés par une rage que personne ne pourra nous enlever. Je me penche contre le lit, mes coudes enfoncés dans les draps, cambrant bien mon cul pour qu'il puisse me pilonner comme un dingue. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent est la seule musique qui compte. Chaque assaut me pousse un peu plus vers le bord du gouffre.
Nous restons dans cette position plus d'un quart d'heure. Le temps s'étire, se dilate. Je sens chaque pulsation de son sexe à l'intérieur de moi. La tension monte jusqu'à l'insoutenable. Sans même me toucher, par la seule force de sa pénétration et de nos corps soudés, je sens la jouissance m'envahir. J'explose sur les draps dans un cri de délivrance, mon corps secoué de spasmes. Quelques secondes plus tard, Connor pousse un cri étouffé, s'enfonçant une dernière fois au plus profond de moi pour jouir bien au fond de mon cul, nous unissant dans une chaleur commune.
Nous retombons l'un contre l'autre, nos peaux luisantes de sueur, nos cœurs battant la même mesure effrénée. Nous restons ainsi, les membres emmêlés, riant doucement de cet excès de vie dans un monde qui voudrait nous voir éteints. On s'embrasse avec une tendresse infinie, des baisers qui goûtent le sel et l'amour.
On se glisse sous la couette, lovés l'un contre l'autre. Connor passe son bras sous ma nuque, me serrant contre son torse puissant.
— Écoute-moi, murmure-t-il, le regard redevenu sérieux mais rempli d'une affection immense. À partir de demain, aux entraînements, on ne montre rien. On joue les machines de glace devant l'équipe et devant les caméras. Pas un regard de trop, pas un geste qui nous trahit. On garde tout pour ici.
— Je sais. On va leur donner la technique parfaite, mais notre désir, il n'appartient qu'à nous. Dans trois mois, ce sont les Mondiaux. On va aller chercher cette médaille et on va leur prouver que rien ne peut nous briser.
Connor me regarde, l'amour brillant dans ses yeux verts.
— Dans trois mois, Herwann, le monde entier saura qu'on est les meilleurs. Et ils ne pourront jamais nous enlever ce qu'on vient de vivre.
Il dépose un dernier baiser, lent et profond, sur mes lèvres. Un baiser de paix. Nous nous endormons enfin, entrelacés dans notre forteresse, prêts à affronter les loups dès l'aube, mais conscients que notre lien est plus solide que n'importe quelle lame.
Fin du chapitre 9.
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