Le goût de l'effondrement - chapitre 35

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 23-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Malgré la peur, le stress, le désarroi même, je n’avais d’autre choix que d’obéir. À moins, bien sûr, de tout arrêter là. De dire non. De tout stopper.

Mais pour quoi faire ensuite ?

Je ne savais même pas exactement où nous étions. Il faisait nuit noire, nous étions perdus quelque part en pleine campagne et je n’avais ni téléphone ni vêtements. Refuser maintenant, c’était prendre le risque de me retrouver seul, à poil, au milieu de nulle part, sans même savoir comment rentrer.

En théorie, je pouvais toujours dire non. Monsieur ne cessait d’ailleurs de me rappeler que cette possibilité devait exister pour que mon obéissance ait un sens. Mais cette nuit-là, sur cette aire de repos inconnue, cette liberté me parut soudain terriblement abstraite.

Alors j’obéis.

Je gagnai la table et m’y installai comme Monsieur me l’avait ordonné, à genoux sous cette lumière blafarde, avec la sensation troublante que je venais encore de franchir une limite que, quelques minutes auparavant, j’aurais juré infranchissable.

Le bois était froid sous mes genoux. Je cherchai instinctivement une position qui me rendrait moins visible, avant de comprendre l’absurdité de cette tentative. J’étais nu, perché sur une table de pique-nique au milieu d’une aire de repos, éclairé par les phares d’une voiture. Il n’existait plus de position discrète.

Monsieur et Étienne ne disaient plus rien. Et ce silence finit par devenir plus éprouvant encore que leurs commentaires. Je savais qu’ils regardaient. Je savais qu’ils attendaient. Mon attention se dispersait dans toute l’aire de repos.

Un bruit. Je tournais la tête. Un reflet dans le rétroviseur d’un camion. Je me figeais. Le grondement d’un véhicule sur la route. Je retenais mon souffle jusqu’à ce que les phares poursuivent leur chemin.
Tout mon corps semblait mobilisé par une seule nécessité : surveiller. Prévoir. Détecter quelqu’un avant que quelqu’un ne me détecte. Dans ces conditions, mon désir sexuel était inexistant. Ma bite restait flasque, sans vie, malgré les mouvements obstinés de ma main. Rien ne venait. Rien ne répondait.

La peur avait pris toute la place.

Plus j’essayais, plus l’absurdité de la situation m’apparaissait : quelques heures auparavant, j’avais été incapable de contenir mon désir ; maintenant qu’on m’ordonnait de le retrouver, mon corps semblait s’être définitivement refermé.

Je continuais pourtant. Non par envie, mais parce que l’ordre demeurait.

Une voix finit par traverser le parking. Celle d’Étienne.

— Pathétique.

Un seul mot. Puis plus rien. Je serrai les dents. J’aurais presque préféré qu’il continue. Une série de sarcasmes m’aurait donné quelque chose contre quoi me défendre intérieurement. Ce mot isolé, suivi de silence, me laissait seul avec lui.

Pathétique. Je l’étais !

Je regardai vers la voiture. Deux silhouettes m’observaient derrière le pare-brise. Puis Monsieur alluma les pleins phares. La lumière me frappa brutalement. Je me figeai. Tout ce qui restait encore de pénombre autour de moi disparut. La table, mon corps, ma posture : tout se retrouva exposé dans le faisceau blanc.

Je compris immédiatement. Il avait vu mes efforts pour me faire petit. Il venait de les rendre inutiles. Je voulus protester. Aucun mot ne sortit. Étienne abaissa simplement la vitre.

— Beaucoup mieux.

La vitre remonta. Ce furent presque leurs seules paroles. Le reste, je le vécus seul. Les secondes s’allongèrent. Je guettais toujours les camions. À plusieurs reprises, je crus distinguer un mouvement derrière un pare-brise. Une fois, une lumière s’alluma brièvement dans une cabine. Mon ventre se contracta.

Quelqu’un était-il réveillé ? M’avait-il vu ? Je n’en savais rien. Et cette incertitude était pire que la certitude.

Je compris alors que les dix minutes imposées par Monsieur n’étaient pas seulement une question de durée. Elles m’interdisaient précisément ce que j’aurais voulu faire : précipiter l’épreuve pour en sortir.

Au bout d’un moment, Étienne abaissa de nouveau sa vitre.

— Trois minutes vingt-cinq, Alex.

Je tournai la tête vers lui.

— Ton fameux record.

Puis la vitre remonta. Je compris l’humiliation. Le temps qui avait suffi le matin à me faire perdre tout contrôle venait de s’écouler.

Et cette fois, rien. Absolument rien.

Je restai là, à genoux sous les pleins phares, terrifié, incapable de retrouver ce désir qui, quelques heures plus tôt, avait suffi à me faire désobéir.

Jusqu’à cet instant où tout bascula.

Une portière claqua. Je me figeai. L’un des routiers venait de descendre de la cabine de son camion. Mon cœur fit un bond si violent que j’en eus presque mal.

Il m’avait vu.

Il avait peut-être aussi entendu les quelques paroles qu’Étienne avait lancées à travers le parking. Je n’en savais rien. Mais au lieu de prendre la direction des toilettes, l’homme resta quelques secondes immobile près de son camion.

Puis il se mit à marcher vers moi. Je cessai tout mouvement de va et vient sur ma queue. Les pleins phares de la voiture m’éblouissaient tellement que je ne distinguais pas les traits de son visage. Je ne voyais qu’une silhouette noire avançant dans le halo de lumière.

Un pas. Puis un autre. Je tournai instinctivement la tête vers la voiture. Monsieur et Étienne n’avaient pas bougé. Aucun des deux ne parlait. C’était cela, peut-être, qui m’effraya le plus.

L’homme continuait d’approcher. Je sentis mon souffle se raccourcir. Tout ce que j’avais redouté depuis que j’étais monté sur cette table prenait soudain corps devant moi.

Il venait droit vers moi. Je voulus descendre. Mon corps amorça même le mouvement. Puis je m’arrêtai. Monsieur ne m’avait pas donné l’autorisation de quitter la table. Cette pensée me traversa avec une netteté effrayante. Je pouvais pourtant le faire.

Descendre. Courir jusqu’à la voiture. Dire que c’était terminé. Mais je restai à genoux.

L’homme n’était plus qu’à deux mètres. Je ne distinguais toujours pas son visage. Lui, en revanche, devait parfaitement voir le mien. Et probablement comprendre, à ma posture, à ma nudité, à mon immobilité sous les phares, qu’il venait de surprendre quelque chose qui n’aurait jamais dû avoir de témoin.

Il ralentit. Je baissai les yeux. La voix d’Étienne traversa le silence :

— Continue à t’astiquer, Alex, ne bouge surtout pas.

Je repris, mécaniquement mon sexe en main.

Le routier s’était arrêté à quelques mètres de la table. Les pleins phares m’empêchaient toujours de distinguer son visage. Lui, en revanche, me voyait parfaitement. Cette dissymétrie me terrifiait. Je savais qu’il me regardait. Je ne savais pas comment. Curiosité ? Incrédulité ? Mépris ?

Étienne laissa passer quelques secondes avant d’ajouter, assez fort pour que l’homme l’entende :

— À moins que tu préfères être aidé… comme avec Rex.

Je me raidis. Mais je ne répondis pas. Je rongeai mon frein. Quelques heures auparavant, Rex avait été celui qui m’avait fait perdre le contrôle. Étienne le savait, Monsieur le savait, et voilà que cette allusion était jetée devant un inconnu comme un renseignement supplémentaire sur ma déchéance.

Je baissai les yeux. Une partie de moi aurait voulu protester. Lui demander de se taire. Lui rappeler que cet homme n’avait rien à faire dans notre histoire. Mais je ne dis rien. Je continuai à me branler. J’avais accepté de ne plus prendre la parole pour négocier chaque ordre dès qu’il devenait difficile à supporter. C’était précisément là que commençait, selon Monsieur, la valeur de mon obéissance.

L’homme contourna lentement la table. Je suivis son déplacement du regard aussi longtemps que je le pus, puis il disparut derrière moi. Ce fut pire. Je ne pouvais plus voir ce qu’il faisait.

Je sentis soudain une main se poser sur mon épaule. Je me raidis aussitôt. La main descendit lentement dans mon dos, avec une assurance qui me glaça, jusqu’à venir se poser sur mes fesses, puis ses doigts s’égarèrent jusqu’à mon orifice.

Je sursautais en sentant ces doigts cherchant à me pénétrer. Mon premier réflexe fut de fuir. Je me retins. L’homme prononça quelques mots. Je ne compris absolument rien. Il recommença, plus lentement, comme si cela pouvait m’aider. Les sonorités m’étaient totalement étrangères. Une langue d’Europe centrale, peut-être. Polonais ? Tchèque ? Slovaque ? Je n’aurais su le dire.

— Je ne comprends pas, murmurai-je.

Il parla encore.

Sa voix n’était ni agressive ni particulièrement amicale. Cela rendait la situation plus déroutante encore : cet homme venait de surgir de la nuit et se comportait comme s’il cherchait simplement à comprendre ce qu’il avait sous les yeux.

Je tournai la tête vers la voiture. Monsieur et Étienne n’avaient toujours pas bougé. Ils voyaient. Ils avaient nécessairement vu sa main se poser sur moi. Et pourtant, aucun ordre ne vint. L’homme parla de nouveau et désigna la voiture. Je secouai légèrement la tête.

— Je ne comprends pas.

Puis il prononça distinctement :

— Alex ?

Je me figeai. Il connaissait mon prénom uniquement parce qu’il l’avait entendu résonner sur le parking quelques instants auparavant. J’éprouvai alors une humiliation nouvelle, presque plus violente que celle d’être exposé sous les phares : pour cet inconnu, je n’étais plus tout à fait anonyme.

J’étais Alex. L’homme soumis nu sur une table au milieu de la nuit. Celui auquel deux autres hommes donnaient des ordres depuis une voiture. Je baissai la tête.

Derrière moi, l’homme prononça encore quelques mots incompréhensibles. Puis, il eut un geste soudain, intrusif, son majeur se planta en moi brutalement. Je me raidis tout entier aussitôt. Je ne compris pas immédiatement ce qui se passait.

Mon premier réflexe ne fut pourtant pas de regarder l’homme. Ce fut de chercher Monsieur. Je tournai la tête vers la voiture. Il était toujours là. Immobile.

Les pleins phares m’empêchaient de distinguer parfaitement son visage, mais je voyais sa silhouette derrière le pare-brise. Il regardait dans ma direction. Il avait vu. Cette certitude s’imposa immédiatement.

— Monsieur…

Je ne savais même pas ce que j’attendais de lui. Qu’il sorte de la voiture ? Qu’il fasse reculer cet homme ? Qu’il m’ordonne de descendre ? Ou simplement qu’il me dise que tout cela restait encore sous son contrôle ?

Rien ne vint. Je me sentis soudain terriblement seul. L’homme était un inconnu. Il ignorait tout de moi, de nos règles, de cette étrange construction dans laquelle j’avais accepté d’entrer.

Monsieur, lui, savait tout. Il savait ma peur. Il savait ce que j’étais capable d’accepter. Il savait surtout qu’au milieu de cette nuit, malgré tout ce que j’avais abandonné depuis mon arrivée chez lui, je continuais à chercher en lui le point fixe autour duquel tout le reste pouvait encore tenir.

Je trouvais ce que venait de se permettre cet inconnu parfaitement ignoble. Et pourtant quelque chose changea. Je le sentis avant même de vouloir l’admettre.

Mon corps, jusque-là paralysé par le stress, réagissait de nouveau. Mon sexe se dressait, s’érigeait.

Cette découverte me glaça.

Non. Pas ainsi. Pas avec cet homme. Je baissai les yeux. Le désir que j’avais vainement cherché depuis plusieurs minutes revenait précisément au moment où j’aurais voulu qu’il disparaisse définitivement.

Je relevai aussitôt la tête vers Monsieur. Cette fois, il ouvrit sa portière. Le simple bruit me traversa comme un soulagement. Il sortit.

Il ne se précipita pas. Il ne cria pas. Il marcha simplement de quelques pas dans notre direction, puis s’arrêta. Sa présence modifia immédiatement la scène. L’inconnu était toujours derrière moi, fouillant allègrement mon intimité.

Mais Monsieur était là. Debout. Attentif. Et je compris qu’il n’avait jamais cessé de surveiller.

— Regarde-moi, Alex.

Sa voix était calme. Je tournai la tête vers lui.

— Pas lui. Moi.

Je fixai Monsieur.

— Respire.

J’obéis. Une fois. Puis une seconde.

— Tu es toujours avec moi ?

La question me bouleversa presque davantage que tout le reste.

— Oui, Monsieur.

Il me regarda longuement.

— Alors reste avec moi.

Ce furent ses seuls mots. Mais ils suffirent. Je cessai de chercher à comprendre l’inconnu. Je cessai même, quelques secondes, de regarder les camions et l’entrée du parking.

Je regardai Monsieur. Et c’est précisément à cet instant que je pris pleinement conscience de la réaction de mon corps. Mon sexe était raide et je continuai à me branler.

La honte me submergea. Quelques minutes auparavant, j’aurais voulu que Monsieur constate mes efforts. Maintenant, je voulais lui cacher le résultat.

Impossible. Son regard ne quittait pas mon sexe.

Je compris alors ce qui me bouleversait véritablement : mon corps pouvait répondre à une situation que mon esprit rejetait, mais c’était encore vers Monsieur que je me tournais pour savoir quoi faire de cette contradiction.

L’inconnu avait provoqué ma peur. Mon propre corps provoquait ma honte. Mais Monsieur restait celui dont j’attendais la décision.

Et cette dépendance-là, au milieu de tout le reste, m’apparut soudain plus vertigineuse encore que la scène elle-même.

Le routier parla de nouveau. Cette fois, au milieu de son flot de paroles incompréhensibles, quelques mots français émergèrent, maladroits, lourdement accentués :

— Lui venir… moi camion. Moi baiser lui.

Je compris.

Et cette fois, il n’y eut plus aucune ambiguïté possible. La peur me saisit de nouveau, instantanément. Je tournai la tête vers Monsieur. L’homme ne me proposait plus simplement quelque chose que je ne comprenais pas. Il venait d’exprimer clairement ce qu’il voulait.

M’emmener avec lui. Dans son camion.

Je fixai Monsieur avec une intensité presque suppliante. Je ne répondis pas au routier. Je ne lui dis ni oui ni non. Je n’avais soudain plus qu’un seul interlocuteur.

Monsieur.

Il était toujours debout près de moi, parfaitement calme. Étienne, lui, n’avait pas bougé. Le silence dura quelques secondes. Interminables.

Puis Monsieur fit un pas en avant.

— Alex.

— Oui, Monsieur.

— Regarde-moi.

Je le regardai.

— C’est à moi que tu obéis.

Ces quelques mots eurent sur moi un effet immédiat. Le routier pouvait demander ce qu’il voulait. Il pouvait avoir interprété la scène comme il le voulait. Il restait extérieur à ce qui nous liait. Monsieur venait de remettre une frontière là où, depuis plusieurs minutes, je ne savais plus très bien où elle se trouvait.

Je respirai plus profondément. Le routier répéta :

— Lui venir camion ?

Monsieur ne le regarda même pas immédiatement. Son attention resta fixée sur moi. Et je compris que la suite ne dépendrait ni du désir de cet homme, ni de ma panique. Monsieur allait décider de ce qui relevait encore de ma punition — et de ce qui n’en ferait jamais partie.

Le silence se prolongea encore quelques secondes. Puis Monsieur décida que cela suffisait. Je le vis à peine bouger, mais sa voix changea. Elle n’était pas plus forte. Simplement définitive.

— Ça suffit, Alex. Suis-moi.

Je restai immobile une fraction de seconde. Comme si je n’avais pas compris.

— À la voiture.

Le soulagement fut si brutal que mes jambes en devinrent presque faibles. Je descendis de la table avec précaution. Mes genoux étaient engourdis et, lorsque mes pieds touchèrent le sol, je dus me retenir au bord du banc pour ne pas vaciller.

Je ne regardai pas le routier. Je ne voulais plus savoir ce qu’il pensait, ce qu’il avait compris, ni même s’il était encore derrière moi. Je voulais seulement rejoindre Monsieur. Je traversai le faisceau des phares.

Quelques mètres. Ils me parurent beaucoup plus courts qu’à l’aller.

Monsieur m’attendait. Lorsque j’arrivai devant lui, je m’arrêtai spontanément, incapable de trouver la moindre parole. J’avais envie de lui dire merci. Le mot me parut pourtant absurde. Merci de quoi ? De m’avoir conduit ici ? De m’avoir exposé sur cette table ? De m’avoir laissé atteindre ce degré de peur avant de décider que cela suffisait ? De m’être fait doigté par un inconnu ?

Et pourtant, c’était bien du soulagement que j’éprouvais.

Un soulagement immense.

Lorsque j’arrivai devant Monsieur, je ne montai pas immédiatement dans la voiture. Je m’agenouillai. Puis je me prosternai à ses pieds. Le geste fut presque instinctif.

Après la lumière crue des phares, l’inconnu, cette langue que je ne comprenais pas et cette peur devenue incontrôlable, retrouver Monsieur avait quelque chose d’un retour au point fixe, mécanique.

Je baissai le front jusqu’au sol.

— Merci, Monsieur.

Il ne répondit pas immédiatement. Sa main vint simplement se poser sur ma nuque. Je demeurai ainsi quelques secondes, nu sur le bitume froid, à ses pieds, la bite tendue, encore secoué par ce qui venait de se passer.

Je savais pourtant l’étrangeté de ce remerciement. C’était lui qui m’avait conduit ici. Lui qui avait décidé de cette punition. Lui qui m’avait laissé affronter ma peur jusqu’à cette limite. Et c’était encore lui que je remerciais d’y avoir mis fin.

Cette contradiction aurait dû me révolter.

À cet instant, elle me rassurait.

Monsieur exerça une légère pression sur ma nuque.

— Relève-toi, Alex. C’est terminé.

— Oui, Monsieur.

Je me redressai lentement.

Étienne m’observait près de la voiture. Son expression disait assez qu’il avait parfaitement saisi l’ironie de la scène.

— Admirable, murmura-t-il. Il remercie même pour la punition.

Je baissai les yeux. Étienne me regarda encore quelques secondes dans cette position avant de reprendre :

— Pourtant, tu n’as pas obéi.

Je relevai légèrement la tête.

— Tu n’as pas giclé, Alex.

Le constat tomba avec une simplicité presque plus humiliante qu’un sarcasme.

Je ne répondis rien. Que pouvais-je répondre ? C’était vrai. Monsieur m’avait donné cet ordre de jouir et, malgré mes efforts, malgré ces dix minutes interminables, malgré même cette réaction incompréhensible de mon corps lorsque le routier s’était approché, je n’étais pas allé jusqu’au bout.

Étienne se tut un instant. Puis il s’approcha de moi.

— Crois-moi, Alex…

Il attendit que je lève enfin les yeux vers lui.

— Tu n’es pas près d’être autorisé à te vider les couilles de nouveau.

Mon ventre se contracta. Il avait prononcé cela tranquillement, presque avec désinvolture. Mais je savais ce que cette phrase signifiait. La cage. L’attente. Et surtout cette idée désormais parfaitement claire : mon plaisir ne dépendait plus seulement de mon désir.

Étienne eut un mince sourire.

— Tu voulais tellement prendre du plaisir ce matin que tu as désobéi pour lui. Ce soir, on t’ordonne d’en prendre et tu en es incapable. Il va vraiment falloir que tu apprennes, Alex.

Monsieur ouvrit la portière arrière.

— Dans la voiture, Alex.

— Oui, Monsieur.

Monsieur referma la portière derrière moi. Le bruit sec de la serrure me procura une sensation presque inexplicable de sécurité.

Quelques secondes plus tard, les pleins phares s’éteignirent. L’aire de repos retrouva sa pénombre. À travers la vitre, j’aperçus la silhouette du routier qui regagnait lentement son camion. Je détournai les yeux.

Monsieur reprit place au volant. Je cherchai mes vêtements du regard. Étienne les avait toujours. Il surprit mon mouvement.

— Non.

Je le regardai.

— Tu rentres à poil.

Il se retourna vers moi.

— Et les bras croisés dans le dos.

Je restai un instant interdit.

— Les bras dans le dos, chienne.

J’obéis, sans comprendre la raison de cette nouvelle exigence. Étienne remarqua mon incompréhension.

— Nous ne t’avons pas remis ta cage.

Je compris aussitôt.

Il me dévisagea quelques secondes avant d’ajouter :

— Et je ne voudrais pas qu’il te vienne des idées pendant le trajet.

La remarque me fit rougir.

Après ce qu’il venait de m’annoncer sur la durée probable de ma chasteté, il ne comptait manifestement me laisser aucune marge, pas même celle d’un geste furtif à l’arrière de la voiture.

— Tu viens de découvrir que tu n’étais pas toujours très fiable lorsque ton plaisir entrait en jeu, poursuivit-il. Nous allons donc éviter de mettre inutilement ta bonne volonté à l’épreuve.

Je croisai mes bras derrière mon dos.

— Comme ça ?

— Parfaitement.

Je ne protestai pas. Monsieur démarra. Ce ne fut qu’au moment où l’aire de repos disparut derrière nous que je réalisai que je tremblais encore.

Monsieur croisa mon regard dans le rétroviseur.

— C’est terminé, Alex.

Je baissai les yeux.

— Oui, Monsieur.

Mais quelque chose, en moi, savait déjà que ce n’était pas tout à fait vrai. L’aire de repos était derrière nous.

Ce que j’y avais découvert sur ma peur, mon obéissance et surtout sur les réactions contradictoires de mon propre corps, je le ramenais avec moi.

La voiture avait repris la route. Je crus que tout allait enfin s’arrêter là. Je m’enfonçai légèrement dans la banquette, les bras toujours croisés dans le dos, et tentai de retrouver une respiration normale.

J’avais tort.

Étienne attendit à peine quelques minutes.

— Alors, Alex ?

Je relevai les yeux.

— Quel bilan tires-tu de ta soirée ?

Je ne répondis pas immédiatement.

— Je ne sais pas.

— Évidemment.

Il se tourna légèrement sur son siège.

— Tu es parti de chez Stéphane après avoir démontré que tu étais incapable de maîtriser tes éjaculations. Monsieur décide donc de te donner exactement ce que tu semblais tant vouloir… et là, plus rien.

Je baissai les yeux.

— Un véritable désastre pédagogique.

Monsieur conduisait sans intervenir.

— Et puis ce routier, poursuivit Étienne. Il aura tout de même fallu l’arrivée d’un parfait inconnu pour obtenir de toi une véritable érection.

— Professeur…

— Quoi ? C’est faux ?

Je me tus.

— C’est faux Alex… N’as-tu pas continué à te branler et te palucher comme une chienne en chaleur, alors que tu avais le doigt d’un inconnu dans ton cul de salope ?

Il connaissait la réponse.

— C’est assez fascinant. Chez Stéphane, Rex. Sur une aire de repos, un routier dont tu ne comprends même pas la langue qui te doigte. Tu sembles avoir besoin de situations de plus en plus improbables pour découvrir ce dont tu es capable.

Je sentis mon visage chauffer.

Je ne pouvais même pas ramener mes mains devant moi. Cette position imposée me laissait sans le moindre geste derrière lequel dissimuler mon malaise.

— Ecarte davantage les cuisses

J’obéis.

La position accentua immédiatement mon sentiment d’exposition. Je fixai le dossier du siège devant moi, incapable de soutenir son regard.

— Montre ce que tu es, Alex. Et apprends. Parce que tu vas vivre de plus en plus souvent l’infamie. La honte va devenir quelque chose de familier.

Je relevai les yeux vers lui.

— Nous te conduisons tout droit vers la dépravation. Vers la perte de ta dignité. Et tu sais ce qu’il y a de plus remarquable ?

Il attendit. Je savais qu’il voulait que je l’écoute jusqu’au bout.

— C’est que tu nous suis.

Je baissai les yeux.

— Personne n’a eu besoin de te ramener de force dans cette voiture. Personne n’a eu besoin de t’empêcher de partir. Tu es revenu vers Monsieur. Tu t’es prosterné à ses pieds. Tu l’as remercié. Et maintenant, lorsqu’on te dit d’écarter davantage les cuisses, qu’est-ce que tu fais ?

Il n’attendait pas réellement de réponse.

— Tu les écartes.

Le silence qui suivit me parut interminable.

Monsieur conduisait toujours. Je guettais son reflet dans le rétroviseur, espérant presque qu’il tempérerait les paroles d’Étienne.

Il n’en fit rien.

— Tu dois comprendre quelque chose, Alex, reprit Étienne. Nous ne cherchons pas à faire de toi un imbécile docile. Ton intelligence nous intéresse précisément parce qu’elle reste là.

Il désigna ma tête d’un geste.

— Tu analyses tout. Tu comprends ce qui t’arrive. Tu sais reconnaître ce qui t’humilie. Tu mesures parfaitement la distance entre l’homme que tu étais et celui qui se trouve actuellement sur cette banquette.

Il marqua une pause.

— Et tu obéis quand même.

Cette fois, Monsieur intervint.

— C’est essentiel, Alex.

Je levai les yeux vers le rétroviseur.

— Je ne veux pas de ton inconscience, poursuivit-il. Je veux ta lucidité.

— Oui, Monsieur.

— Tu dois savoir ce que tu fais lorsque tu nous obéis.

Étienne reprit presque aussitôt :

— Voilà. Tu vas contextualiser, réfléchir, comprendre. Tu pourras même juger certaines de nos exigences perverses ou dégradantes. Et malgré cela, lorsque Monsieur te donnera un ordre, tu sauras quelle est ta place.

Il me regarda encore.

— C’est beaucoup plus intéressant qu’un objet sans pensée.

Je sentis mon ventre se nouer. Son regard se fit plus dur.

— Pas n’importe quel objet

Je ne sais pas pourquoi ce silence m’inquiéta autant. Puis il prononça distinctement :

— Un objet sexuel.

Le terme me terrifia. Je restai figé sur la banquette.

Objet sexuel.

J’avais déjà entendu Étienne employer à mon égard des mots humiliants, grossiers parfois. Petite chienne. Dépravé. Indigne. Chacun m’avait heurté, puis avait fini par trouver une place dans cette nouvelle réalité. Mais celui-là était différent. Il ne décrivait plus une posture, un comportement ou même une humiliation.

Il semblait annoncer une fonction.

Cette fois, Monsieur acquiesça.

— Oui, Alex. C’est aussi à cela que nous te destinons.

Je restai pétrifié. J’avais espéré qu’il corrigerait Étienne, qu’il atténuerait au moins la violence de ces deux mots. Il venait au contraire de les faire siens.

— Et tu obéiras.

Sa voix était calme. Sans colère, sans provocation. C’était précisément ce calme qui me terrifia.

— Monsieur…

— Tu as parfaitement entendu.

Je ne parvenais plus à détacher mon regard du rétroviseur.

— Mais je ne veux pas que tu cesses de penser, poursuivit Monsieur. Je veux exactement l’inverse. Tu comprendras ce que nous attendons de toi. Tu sauras ce que tu acceptes. Tu mesureras ce que cela représente pour toi.

Il marqua une pause.

— Et lorsque tu choisiras de rester avec nous, tu assumeras les conséquences de ce choix.

Étienne ne disait plus rien. Il n’en avait plus besoin. Les paroles de Monsieur suffisaient largement à m’accabler.

— Tu contextualiseras, comme le dit Étienne. Tu réfléchiras. Tu auras parfois peur. Tu éprouveras certainement encore de la honte.

Son regard retrouva le mien dans le miroir.

— Mais tu obéiras.

Je baissai les yeux.

— Oui, Monsieur.

Le silence revint dans la voiture.

Et cette fois, je regrettai presque les sarcasmes d’Étienne. Parce que je pouvais encore me défendre intérieurement contre sa cruauté.

Contre Monsieur, c’était beaucoup plus difficile. Je lui avais confié mon obéissance.

Et il venait de m’annoncer froidement ce qu’il comptait en faire.

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