TROP BELLE POUR TOI 2
Récit érotique écrit par Accent 2 [→ Accès à sa fiche auteur]
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TROP BELLE POUR TOI 2
TROP BELLE POUR TOI 2
Non, il n’est pas raisonnable d’aller au travail en 208 Peugeot ce matin, même s’il y a de la place sur le parking de mon entreprise. Tu ne l’as pas fait depuis des mois, pourquoi aujourd’hui ? J’ai beau me tenir ce discours, je ne résiste pas à la tentation. Ce n’est pas pour éblouir Claire. Il faudrait une auto plus prestigieuse que cette voiture d’occasion.
. Je crois être lucide, j’agis comme un sot. Claire constatera mon absence sur le quai ce matin. Elle en conclura que j’ai changé d’avis, que je me débine par avarice ou par manque d’intérêt et elle changera ses plans, m’oubliera, passera à autre chose. Ou elle m’attendra à l’adresse fixée ? Est-ce ce que je souhaite ? Trop belle pour moi, mais si agréable, si belle! « Belle, belle, belle comme l’amour » Je chantonne au volant.
-Attention ! Catastrophe, après-demain elle fêtera avec d’autres. Mais regarde-toi mon pauvre Jean, tu n’es pas son type d’homme Souviens toi, François était le genre d’homme qui lui plaît ! Si différent de toi !
La journée sera longue. Quinze minutes avant l’heure du rendez-vous, voiture garée, je piétine à proximité du 6. La porte s’ouvre, le personnel sort par petites grappes de femmes et d’hommes. Voilà un couple, l’homme s’efface devant Claire, la rejoint, échange des sourires, plaisante, fait rire la jeune femme rayonnante. C’était prévisible, je suis oublié, remplacé, je peux retourner à ma voiture et désabusé, je rumine le « Trop belle pour toi ». A ce moment j’entends :
-Jean, je suis là ! Attends-moi !
Je me retourne, Claire accourt bras tendus et sans façon vient déposer sur chaque joue un baiser. On nous regarde. A quelques pas un homme, celui qui l’entretenait il y a une minute, fait un au-revoir de la main.
-Tu vois, c’est mon patron. Il est aimable avec moi. Je crois qu’il apprécie mon travail, il vient de me souhaiter bon courage. En cas de difficulté, je ne dois pas avoir peur de l’informer, il m’aidera à résoudre mon problème. J’ai de la chance.
Je ne peux qu’approuver. Mais… Oui, il y a un « mais.» dans ma tête. Ce patron si avenant a bien de la chance d’être aussi apprécié par sa nouvelle employée. Avenant, prévenant, intéressé ? Voilà la question. Serais-je jaloux de nature ? Vraiment, envisager autre chose qu’une amitié avec cette fille m’exposerait à d’éternels tourments.
Ma voiture ? C’est épatant ! Ouvrir une bouteille de champagne chez moi ? Formidable, elle n’aurait pas osé l’espérer. En cours de route, je conduis, Claire parle. Si elle me raconte sa journée au travail et revient sur l’importance d’une bonne relation avec son patron ou avec ses collègues, elle repasse vite en mode interrogation sur ma vie, mes loisirs ? L’aboutissement m’alerte :
-Quelqu’un t’attend à la maison ?... Non ?... Tu as une copine ?... Non ! Tu es toujours célibataire ? Tu as quel âge ?
Cette série de questions me pose question. Craint-elle soudain de se retrouver seule chez moi ? Me juge-t-elle arriéré parce qu’à mon âge je n’ai pas de copine ? Quelle tare éloigne de moi les filles ? Serais-je homosexuel ? J’en suis réduit à la rassurer.
-J’ai bien eu des copines durant mes années d’études, jamais de relation amoureuse ou de projet d’union. Je pense qu’il faut savoir se tailler une place dans le monde du travail avant de fonder une famille.
-Tu n’es jamais tombé amoureux ?
- Si, mais d’autres se sont montrés plus habiles ou plus rapides que moi ou ont plu davantage. Pour former un couple il faut être deux et de la réciprocité. De plus j’accordais la priorité à mes études. J’approche de 24 ans, je suis encore jeune, il n’est pas trop tard. Un jour je rencontrerai la bonne personne, je l’espère.
« J’aimerais bien, mais j’peux point » chantait Annie Cordy. Je reste prudent, neutre. Mes réponses doivent surtout rester vagues. Ne jamais laisser l’impression de faire du gringue à Claire. Admirer n’est pas vouloir posséder, pour les raisons déjà évoquées. Pas de sous-entendus, pas d’équivoque : « la bonne personne » ne désigne personne, volontairement je respecte la règle que je me suis fixée. La bonne personne sera simple, n’attirera pas les regards, ne sera pas miss beauté.
Elle rit :
-Tu es déjà un sage ! Bof, tu as peut-être raison. Tu as vu ce qui m’est arrivé. J’ai cru aimer comme une folle ce François. Il est beau, c’est vrai ; ça ne suffit pas. Il prétendait m’aimer. En réalité il ne pensait qu’à coucher avec moi. Je résistais à ses supplications, il disait : Avant de se marier il faut savoir si on est compatible, donc essayer et apprendre si on s’entend sexuellement. Je lui opposais ma décision d’arriver vierge au mariage. Au début cela le faisait rire. Un jour il s’est moqué de moi, puis il a essayé de me caresser les seins et de glisser sa main dans ma culotte. Je l’ai repoussé, j’ai crié. Il m’a traitée de conne. Le lendemain il m’a déclaré qu’Olivia, notre patronne, était plus intelligente que moi. A son tour Olivia m’a recommandé de cesser d’importuner son fiancé. Je vais faire comme toi attendre patiemment et sagement la bonne personne.
- Bien vu. Il faut savoir attendre.
Je sais que sa bonne personne en plus des qualités reconnues à François et qui me font partiellement défaut, taille, prestance, élégance, beauté, devra posséder en plus certaines valeurs morales dont je ne suis pas dépourvu.
Claire souhaite visiter la maison. Je n’ai rien à cacher. Elle voit rapidement les pièces où je vis et celles que je délaisse. Pendant que nous buvons le champagne elle remarque que j’entretiens assez bien la demeure et me demande si j’utilise les services d’une femme de ménage. Une bouteille remplit six verres, Pour ne pas gaspiller chacun vide trois coupes. Nous continuons à converser tranquillement et épuisons les biscuits roses. Je raccompagne mon invitée légèrement éméchée, elle me présente ses parents. Les parents très polis paraissent surpris. Voilà, je m’en suis bien tiré
A l’avenir j’utiliserai ma voiture pour me rendre au travail. L’expérience m’a permis de constater que je gagne du temps pour accomplir le trajet. Si pour une raison quelconque je m’attarde en ville je ne serai plus limité par les horaires des transports en commun. Gain de temps, souplesse dans mon emploi du temps sont des arguments convaincants.
Ce samedi matin je sors bêche, pioche et râteau, le vais jardiner. On sonne à ma porte. J’ouvre et me trouve, oh surprise, face à Claire. Elle ne veut pas me déranger mais voudrait m’adresser une demande. Qui refuserait d’entendre si charmante connaissance ? Qu’elle entre, prenne place, je me ferai une joie de l’écouter.
-J’ai constaté que tu te déplaces en voiture. Peut-être pourrais-tu me transporter matin et soir, moyennant une participation financière ? J’ai bien aimé faire le chemin avec toi et je saurai me plier à tes horaires. Cette solution m’éviterait les attentes des trains.
-Puisque tu le demandes aussi gentiment c’est accordé, à condition toutefois que ce soit gratuitement.
Je n’ajoute pas ce que j’ai failli dire : « parce que c’est toi. » Je tais ma joie.
- Tu es trop aimable ! D’accord pour la gratuité, mais en revanche accepterais-tu que je vienne te donner un coup de main pour le ménage ? En quelque sorte ce serait donnant donnant.
- Toi, Claire, faire le ménage chez moi ? Que diront les gens ? Non, tu es bien trop
- Trop quoi ? M’en crois-tu incapable ? Je sais faire, tu verras ! Les gens ? Qu’ils se mêlent de leurs affaires. Toi, qu’en dis-tu ? Tu me rends un service, en contrepartie je t’aide. J’ai beaucoup de chance d’obtenir une réponse favorable. Dis oui ! Il faut que je t’embrasse.
Une fois de plus j’ai droit à la double bise à droite, à gauche. Et contre ma poitrine le doux contact de deux seins me trouble. Je cède, une offre pareille de la part de Claire ne se refuse pas. Repousser cette compensation serait offensant, fou. N’est-il pas plus fou de l’accepter ? Je ne suis pas au bout de mes surprises.
-Je commence aujourd’hui. Montre-moi où sont tes ustensiles de ménage et fais de ton côté ce que tu avais prévu.
.Claire propose et Claire dispose. Je me demande s’il y a lieu de me réjouir ou de m’inquiéter de ma docilité. Jusqu’où me mènera-t-elle par le bout du nez ? Le covoiturage conduira-t-il au paradis ou en enfer ? Et si Claire ne considérait la chose que comme un simple échange de bons procédés ? Calme, calme, calme, ce n’est pas une déclaration d’amour. Elle est trop belle pour moi. Hélas!
A midi Claire est fière de me montrer son efficacité.
- Je pourrais préparer ton repas.
Trop c’est trop. Elle partage ma voiture, elle fait mon ménage, s’installerait en cuisine. J’entends par avances les commentaires de la bande d’amis :
« C’est elle qui fait son lit ? », suivis de suppositions diverses dont certaines à caractère sexuel pourraient nuire à la réputation de Claire. Que dirait « ma bonne personne » découvrant chez moi une femme de ménage si belle?
C’est un luxe compromettant. L’avoir de plus comme cuisinière paraîtrait absolument invraisemblable. On m’accuserait de l’employer à plein temps, de nuit comme de jour et on me fuirait. J'annonce qu'un ami m'a invité au restaurant ce midi. Je n’aime pas mentir, mais il faut que je me protège des mes rêves irréalistes, il faut aussi que je protège ma propre réputation comme la bonne renommée de Claire. Ainsi congédiée sans possibilité d'insister, elle se console lorsque je lui offre de la reconduire en voiture. Avant de descendre de son siège elle ne m'appliquera qu'un baiser sur la joue droite avec un rappel:
A lundi, à l'heure prévue. Bon dimanche.
Je respire comme libéré, je passe en cuisine : l’invitation au restaurant était pure invention. Claire se rabattrait sur le premier venu pour remplacer son ex, sur moi ? « Trop belle pour moi, » je le sais. Je veux bien la transporter jusqu’au jour où son prince charmant l’enlèvera. Je ne suis pas prince.
C’est un plaisir de pratiquer le covoiturage avec une aussi charmante passagère. Tout est agréable son sourire, son parfum, sa conversation. Les deux sorties du soir au cours de la semaine, restaurant et promenade en ville, rompent pour Claire comme pour moi la monotonie des retours en train. Elle me remercie d’apporter un vent nouveau dans sa vie. Le samedi matin arrive, en tablier, ma superbe femme de ménage revient
- Quand j’aurai terminé, pourrai-je te montrer que je sais aussi cuisiner ?
- Je n’en doute pas, je te crois sur parole.
La cuisine n’est pas un art réservé aux femmes. Maman m’a donné des notions suffisantes pour préparer mes repas. Etudiant je les ai perfectionnées par nécessité. La cuisine est un excellent dérivatif
Ma première tentative d’esquive ne me permet pas d’échapper à cette nouvelle offre de service. Sur le beau visage passe une ombre de déception. Je ne souhaite pas peiner la fille qui veut se dévouer, je cherche comment atténuer l’effet de ma réponse :
-Je suppose que tes parents t’attendent pour le repas de midi.
-Je pensais que tu accepterais. Ils savent que je ne rentrerai pas avant ce soir. Vérifions que tu as les aliments nécessaires. Il faut que je te dise quelque chose qui me tient à cœur. Accorde-moi du temps, je t’en prie, c’est important.
- J’aurai tout le temps que tu voudras, je te dois ça, ne viens-tu pas me consacrer une partie du tien ?
Je tombe des nues. Nous passons ensemble des moments assez longs, nous échangeons, j’aime ces instants exceptionnels. Quel problème peut inquiéter une fille heureuse en famille, heureuse au travail ? Est-ce que sa petite cour d’admirateurs lui manque, la réclame. On lui aurait rapporté des ragots fâcheux ou dommageables ? L’expérience de la semaine n’est-elle pas aussi satisfaisante qu’espérée ? Est-elle tombée amoureuse de son patron ou d’un garçon beau, grand, riche et plus joyeux que moi, avec lequel elle sortira cet après-midi jusqu’au soir? Elle va m’annoncer la fin d’une parenthèse plaisante pour moi mais une fin nécessaire pour son avenir. Elle souhaite renoncer au covoiturage fort probablement.
Rien pendant le déjeuner ne laisse transparaître l’annonce d’une fin de relation. Claire reste souriante, donne son avis sur la disposition des meubles dans l’habitation, me conseille de renouveler des papiers peints défraîchis dans une chambre de l’étage, s’informe sur le coût du chauffage dans la maison.
Le lave-vaisselle chargé, nous pouvons prendre place au salon. Je tends l’oreille, Claire comme toujours sourit mais cherche ses mots
-Ce n’est pas facile… Je ne voudrais pas te choquer ni t’effrayer.
- Merci de vouloir m’épargner. Mais j’espère que ce n’est pas grave pour toi ?
Pendant qu’elle rit, je m’attends à recevoir mon congé. Elle voudrait atténuer ma surprise, s’excuser de mettre fin au caprice qui l’avait poussée à se faire transporter, soit que sa cour lui manque, soit qu’un chéri de récente date le lui demande. Je serai impassible, qu’elle parle. Elle conserve son air bienveillant malgré une gêne perceptible.
- Voilà …Euh ! Je crois que nous nous entendons assez bien. N’est-ce pas ?
- J’ai le même sentiment en effet. Je compte être un ami ou je me trompe ?
- Oui moi aussi j’estime partager avec toi une belle amitié. J’aimerais savoir si je te plais un peu?
- A qui ne plairais-tu pas ? Je pense notamment à tes amis, à ta petite cour de garçons sous ton charme. Ils doivent me reprocher de leur avoir volé le plaisir de voyager avec toi.
- Oui, j’aimais bien leur compagnie. Pourtant j’ai préféré ta voiture qui me dépose devant mon entreprise et aussi parce que, ah, comment dire ?...Oh ! Ce n’est pas facile, j’espère que tu ne m’en voudras pas d’oser te dire…
Ouf! A ses amis Claire a préféré ma voiture. <c’est ma voiture qui l’intéresse.J’attends sa conclusion.
-Depuis que tu es revenu au pays, je t’ai observé, j’ai relevé que tu as toutes les qualités qu’une femme souhaite trouver chez un homme. Plus je te fréquente, plus je te connais, plus je t’apprécie, plus j’aime vivre près de toi. Pour tout dire je suis amoureuse de toi. Jean je t’aime ! Je veux devenir ta femme pour la vie
Vouloir être impassible ne signifie pas être imperméable ou insensible. Claire s’est levée, me fait face, me fixe, attend une réaction, une réponse. Quand elle bouillait de la joie d’avoir obtenu un emploi, j’ai été son premier confident, elle a choisi de voyager avec moi, elle s’est engagée à mon service à domicile, nettoie, cuisine, sert à table. Et moi, imbécile je n’ai pas su déchiffrer tous ces signaux.
Mon sang bout, De bonheur, de joie, je devrais sauter au plafond. Je devrais bondir de mon siège, ouvrir mes bras, l’enlacer tendrement, l’embrasser et lui crier que je l’aime comme un fou. C’est ce qu’elle attend. Je ne suis pas effrayé ou choqué, je suis transi de surprise, incapable de vaincre l’appel de ma raison, résumé en six mots « Elle est trop belle pour toi ». Depuis que je me répète cette évidence, elle s’est incrustée dans ma tête, résonne cruellement dans mon cerveau. Claire pâlit, devient fébrile, des larmes perlent dans ses yeux. Il faut que je parle.
-Claire, très chère amie, sais-tu ce que je me dis quand je te vois, quand je pense à toi ? Il s’agit d’une mise en garde mille fois répétée : «Elle est trop belle pour toi. » Je te croyais inaccessible, ta déclaration vient de me prouver le contraire et me bouleverse. Rien ne pourrait me rendre plus heureux. Mais si je me compare à un certain François, je crains de ne pas remplir toutes les cases de l’homme idéal que tu es en droit d’attendre. Je n’ai ni sa taille, ni sa prestance, ni sa beauté.
- Mon chéri, tu es trop modeste. A mes yeux tu vaux tellement mieux que ce sale type. Si je te comprends, tu es secrètement amoureux de moi. Grand timide ! Alors dis-le, embrasse-moi.
- Tant d’autres hommes pourront te dire qu’ils t’aiment, voudront être aimés de toi, ferons briller des qualités égales ou supérieures à celles que tu me prêtes. Ta beauté et toutes tes qualités te vaudront de leur part des déclarations enflammées méritées. Comment peux-tu être certaine de ne pas regretter un jour de t’être penchée un instant sur un garçon aussi ordinaire que moi. Le merveilleux rêve de devenir ton mari s’évanouit devant la peur de te perdre. Actuellement un mariage sur deux mène au divorce. Cette situation contredit mes valeurs et mes vœux les plus chers.
-J’ai les mêmes valeurs. Avant de t’offrir mon cœur, j’ai longuement réfléchi et pesé tous les éléments que tu évoques. Je n’obéis pas seulement à ma raison, je sens profondément que tu es celui que j’aime et que j’aimerai. Tu es mon amour, je souhaite être ton amour pour la vie. Cesse de t’interdire d’être mon heureux mari par peur de me perdre. Comme moi aie foi en l’avenir. Ne doute pas de moi. Embrasse-moi ; viens.
Non, il n’est pas raisonnable d’aller au travail en 208 Peugeot ce matin, même s’il y a de la place sur le parking de mon entreprise. Tu ne l’as pas fait depuis des mois, pourquoi aujourd’hui ? J’ai beau me tenir ce discours, je ne résiste pas à la tentation. Ce n’est pas pour éblouir Claire. Il faudrait une auto plus prestigieuse que cette voiture d’occasion.
. Je crois être lucide, j’agis comme un sot. Claire constatera mon absence sur le quai ce matin. Elle en conclura que j’ai changé d’avis, que je me débine par avarice ou par manque d’intérêt et elle changera ses plans, m’oubliera, passera à autre chose. Ou elle m’attendra à l’adresse fixée ? Est-ce ce que je souhaite ? Trop belle pour moi, mais si agréable, si belle! « Belle, belle, belle comme l’amour » Je chantonne au volant.
-Attention ! Catastrophe, après-demain elle fêtera avec d’autres. Mais regarde-toi mon pauvre Jean, tu n’es pas son type d’homme Souviens toi, François était le genre d’homme qui lui plaît ! Si différent de toi !
La journée sera longue. Quinze minutes avant l’heure du rendez-vous, voiture garée, je piétine à proximité du 6. La porte s’ouvre, le personnel sort par petites grappes de femmes et d’hommes. Voilà un couple, l’homme s’efface devant Claire, la rejoint, échange des sourires, plaisante, fait rire la jeune femme rayonnante. C’était prévisible, je suis oublié, remplacé, je peux retourner à ma voiture et désabusé, je rumine le « Trop belle pour toi ». A ce moment j’entends :
-Jean, je suis là ! Attends-moi !
Je me retourne, Claire accourt bras tendus et sans façon vient déposer sur chaque joue un baiser. On nous regarde. A quelques pas un homme, celui qui l’entretenait il y a une minute, fait un au-revoir de la main.
-Tu vois, c’est mon patron. Il est aimable avec moi. Je crois qu’il apprécie mon travail, il vient de me souhaiter bon courage. En cas de difficulté, je ne dois pas avoir peur de l’informer, il m’aidera à résoudre mon problème. J’ai de la chance.
Je ne peux qu’approuver. Mais… Oui, il y a un « mais.» dans ma tête. Ce patron si avenant a bien de la chance d’être aussi apprécié par sa nouvelle employée. Avenant, prévenant, intéressé ? Voilà la question. Serais-je jaloux de nature ? Vraiment, envisager autre chose qu’une amitié avec cette fille m’exposerait à d’éternels tourments.
Ma voiture ? C’est épatant ! Ouvrir une bouteille de champagne chez moi ? Formidable, elle n’aurait pas osé l’espérer. En cours de route, je conduis, Claire parle. Si elle me raconte sa journée au travail et revient sur l’importance d’une bonne relation avec son patron ou avec ses collègues, elle repasse vite en mode interrogation sur ma vie, mes loisirs ? L’aboutissement m’alerte :
-Quelqu’un t’attend à la maison ?... Non ?... Tu as une copine ?... Non ! Tu es toujours célibataire ? Tu as quel âge ?
Cette série de questions me pose question. Craint-elle soudain de se retrouver seule chez moi ? Me juge-t-elle arriéré parce qu’à mon âge je n’ai pas de copine ? Quelle tare éloigne de moi les filles ? Serais-je homosexuel ? J’en suis réduit à la rassurer.
-J’ai bien eu des copines durant mes années d’études, jamais de relation amoureuse ou de projet d’union. Je pense qu’il faut savoir se tailler une place dans le monde du travail avant de fonder une famille.
-Tu n’es jamais tombé amoureux ?
- Si, mais d’autres se sont montrés plus habiles ou plus rapides que moi ou ont plu davantage. Pour former un couple il faut être deux et de la réciprocité. De plus j’accordais la priorité à mes études. J’approche de 24 ans, je suis encore jeune, il n’est pas trop tard. Un jour je rencontrerai la bonne personne, je l’espère.
« J’aimerais bien, mais j’peux point » chantait Annie Cordy. Je reste prudent, neutre. Mes réponses doivent surtout rester vagues. Ne jamais laisser l’impression de faire du gringue à Claire. Admirer n’est pas vouloir posséder, pour les raisons déjà évoquées. Pas de sous-entendus, pas d’équivoque : « la bonne personne » ne désigne personne, volontairement je respecte la règle que je me suis fixée. La bonne personne sera simple, n’attirera pas les regards, ne sera pas miss beauté.
Elle rit :
-Tu es déjà un sage ! Bof, tu as peut-être raison. Tu as vu ce qui m’est arrivé. J’ai cru aimer comme une folle ce François. Il est beau, c’est vrai ; ça ne suffit pas. Il prétendait m’aimer. En réalité il ne pensait qu’à coucher avec moi. Je résistais à ses supplications, il disait : Avant de se marier il faut savoir si on est compatible, donc essayer et apprendre si on s’entend sexuellement. Je lui opposais ma décision d’arriver vierge au mariage. Au début cela le faisait rire. Un jour il s’est moqué de moi, puis il a essayé de me caresser les seins et de glisser sa main dans ma culotte. Je l’ai repoussé, j’ai crié. Il m’a traitée de conne. Le lendemain il m’a déclaré qu’Olivia, notre patronne, était plus intelligente que moi. A son tour Olivia m’a recommandé de cesser d’importuner son fiancé. Je vais faire comme toi attendre patiemment et sagement la bonne personne.
- Bien vu. Il faut savoir attendre.
Je sais que sa bonne personne en plus des qualités reconnues à François et qui me font partiellement défaut, taille, prestance, élégance, beauté, devra posséder en plus certaines valeurs morales dont je ne suis pas dépourvu.
Claire souhaite visiter la maison. Je n’ai rien à cacher. Elle voit rapidement les pièces où je vis et celles que je délaisse. Pendant que nous buvons le champagne elle remarque que j’entretiens assez bien la demeure et me demande si j’utilise les services d’une femme de ménage. Une bouteille remplit six verres, Pour ne pas gaspiller chacun vide trois coupes. Nous continuons à converser tranquillement et épuisons les biscuits roses. Je raccompagne mon invitée légèrement éméchée, elle me présente ses parents. Les parents très polis paraissent surpris. Voilà, je m’en suis bien tiré
A l’avenir j’utiliserai ma voiture pour me rendre au travail. L’expérience m’a permis de constater que je gagne du temps pour accomplir le trajet. Si pour une raison quelconque je m’attarde en ville je ne serai plus limité par les horaires des transports en commun. Gain de temps, souplesse dans mon emploi du temps sont des arguments convaincants.
Ce samedi matin je sors bêche, pioche et râteau, le vais jardiner. On sonne à ma porte. J’ouvre et me trouve, oh surprise, face à Claire. Elle ne veut pas me déranger mais voudrait m’adresser une demande. Qui refuserait d’entendre si charmante connaissance ? Qu’elle entre, prenne place, je me ferai une joie de l’écouter.
-J’ai constaté que tu te déplaces en voiture. Peut-être pourrais-tu me transporter matin et soir, moyennant une participation financière ? J’ai bien aimé faire le chemin avec toi et je saurai me plier à tes horaires. Cette solution m’éviterait les attentes des trains.
-Puisque tu le demandes aussi gentiment c’est accordé, à condition toutefois que ce soit gratuitement.
Je n’ajoute pas ce que j’ai failli dire : « parce que c’est toi. » Je tais ma joie.
- Tu es trop aimable ! D’accord pour la gratuité, mais en revanche accepterais-tu que je vienne te donner un coup de main pour le ménage ? En quelque sorte ce serait donnant donnant.
- Toi, Claire, faire le ménage chez moi ? Que diront les gens ? Non, tu es bien trop
- Trop quoi ? M’en crois-tu incapable ? Je sais faire, tu verras ! Les gens ? Qu’ils se mêlent de leurs affaires. Toi, qu’en dis-tu ? Tu me rends un service, en contrepartie je t’aide. J’ai beaucoup de chance d’obtenir une réponse favorable. Dis oui ! Il faut que je t’embrasse.
Une fois de plus j’ai droit à la double bise à droite, à gauche. Et contre ma poitrine le doux contact de deux seins me trouble. Je cède, une offre pareille de la part de Claire ne se refuse pas. Repousser cette compensation serait offensant, fou. N’est-il pas plus fou de l’accepter ? Je ne suis pas au bout de mes surprises.
-Je commence aujourd’hui. Montre-moi où sont tes ustensiles de ménage et fais de ton côté ce que tu avais prévu.
.Claire propose et Claire dispose. Je me demande s’il y a lieu de me réjouir ou de m’inquiéter de ma docilité. Jusqu’où me mènera-t-elle par le bout du nez ? Le covoiturage conduira-t-il au paradis ou en enfer ? Et si Claire ne considérait la chose que comme un simple échange de bons procédés ? Calme, calme, calme, ce n’est pas une déclaration d’amour. Elle est trop belle pour moi. Hélas!
A midi Claire est fière de me montrer son efficacité.
- Je pourrais préparer ton repas.
Trop c’est trop. Elle partage ma voiture, elle fait mon ménage, s’installerait en cuisine. J’entends par avances les commentaires de la bande d’amis :
« C’est elle qui fait son lit ? », suivis de suppositions diverses dont certaines à caractère sexuel pourraient nuire à la réputation de Claire. Que dirait « ma bonne personne » découvrant chez moi une femme de ménage si belle?
C’est un luxe compromettant. L’avoir de plus comme cuisinière paraîtrait absolument invraisemblable. On m’accuserait de l’employer à plein temps, de nuit comme de jour et on me fuirait. J'annonce qu'un ami m'a invité au restaurant ce midi. Je n’aime pas mentir, mais il faut que je me protège des mes rêves irréalistes, il faut aussi que je protège ma propre réputation comme la bonne renommée de Claire. Ainsi congédiée sans possibilité d'insister, elle se console lorsque je lui offre de la reconduire en voiture. Avant de descendre de son siège elle ne m'appliquera qu'un baiser sur la joue droite avec un rappel:
A lundi, à l'heure prévue. Bon dimanche.
Je respire comme libéré, je passe en cuisine : l’invitation au restaurant était pure invention. Claire se rabattrait sur le premier venu pour remplacer son ex, sur moi ? « Trop belle pour moi, » je le sais. Je veux bien la transporter jusqu’au jour où son prince charmant l’enlèvera. Je ne suis pas prince.
C’est un plaisir de pratiquer le covoiturage avec une aussi charmante passagère. Tout est agréable son sourire, son parfum, sa conversation. Les deux sorties du soir au cours de la semaine, restaurant et promenade en ville, rompent pour Claire comme pour moi la monotonie des retours en train. Elle me remercie d’apporter un vent nouveau dans sa vie. Le samedi matin arrive, en tablier, ma superbe femme de ménage revient
- Quand j’aurai terminé, pourrai-je te montrer que je sais aussi cuisiner ?
- Je n’en doute pas, je te crois sur parole.
La cuisine n’est pas un art réservé aux femmes. Maman m’a donné des notions suffisantes pour préparer mes repas. Etudiant je les ai perfectionnées par nécessité. La cuisine est un excellent dérivatif
Ma première tentative d’esquive ne me permet pas d’échapper à cette nouvelle offre de service. Sur le beau visage passe une ombre de déception. Je ne souhaite pas peiner la fille qui veut se dévouer, je cherche comment atténuer l’effet de ma réponse :
-Je suppose que tes parents t’attendent pour le repas de midi.
-Je pensais que tu accepterais. Ils savent que je ne rentrerai pas avant ce soir. Vérifions que tu as les aliments nécessaires. Il faut que je te dise quelque chose qui me tient à cœur. Accorde-moi du temps, je t’en prie, c’est important.
- J’aurai tout le temps que tu voudras, je te dois ça, ne viens-tu pas me consacrer une partie du tien ?
Je tombe des nues. Nous passons ensemble des moments assez longs, nous échangeons, j’aime ces instants exceptionnels. Quel problème peut inquiéter une fille heureuse en famille, heureuse au travail ? Est-ce que sa petite cour d’admirateurs lui manque, la réclame. On lui aurait rapporté des ragots fâcheux ou dommageables ? L’expérience de la semaine n’est-elle pas aussi satisfaisante qu’espérée ? Est-elle tombée amoureuse de son patron ou d’un garçon beau, grand, riche et plus joyeux que moi, avec lequel elle sortira cet après-midi jusqu’au soir? Elle va m’annoncer la fin d’une parenthèse plaisante pour moi mais une fin nécessaire pour son avenir. Elle souhaite renoncer au covoiturage fort probablement.
Rien pendant le déjeuner ne laisse transparaître l’annonce d’une fin de relation. Claire reste souriante, donne son avis sur la disposition des meubles dans l’habitation, me conseille de renouveler des papiers peints défraîchis dans une chambre de l’étage, s’informe sur le coût du chauffage dans la maison.
Le lave-vaisselle chargé, nous pouvons prendre place au salon. Je tends l’oreille, Claire comme toujours sourit mais cherche ses mots
-Ce n’est pas facile… Je ne voudrais pas te choquer ni t’effrayer.
- Merci de vouloir m’épargner. Mais j’espère que ce n’est pas grave pour toi ?
Pendant qu’elle rit, je m’attends à recevoir mon congé. Elle voudrait atténuer ma surprise, s’excuser de mettre fin au caprice qui l’avait poussée à se faire transporter, soit que sa cour lui manque, soit qu’un chéri de récente date le lui demande. Je serai impassible, qu’elle parle. Elle conserve son air bienveillant malgré une gêne perceptible.
- Voilà …Euh ! Je crois que nous nous entendons assez bien. N’est-ce pas ?
- J’ai le même sentiment en effet. Je compte être un ami ou je me trompe ?
- Oui moi aussi j’estime partager avec toi une belle amitié. J’aimerais savoir si je te plais un peu?
- A qui ne plairais-tu pas ? Je pense notamment à tes amis, à ta petite cour de garçons sous ton charme. Ils doivent me reprocher de leur avoir volé le plaisir de voyager avec toi.
- Oui, j’aimais bien leur compagnie. Pourtant j’ai préféré ta voiture qui me dépose devant mon entreprise et aussi parce que, ah, comment dire ?...Oh ! Ce n’est pas facile, j’espère que tu ne m’en voudras pas d’oser te dire…
Ouf! A ses amis Claire a préféré ma voiture. <c’est ma voiture qui l’intéresse.J’attends sa conclusion.
-Depuis que tu es revenu au pays, je t’ai observé, j’ai relevé que tu as toutes les qualités qu’une femme souhaite trouver chez un homme. Plus je te fréquente, plus je te connais, plus je t’apprécie, plus j’aime vivre près de toi. Pour tout dire je suis amoureuse de toi. Jean je t’aime ! Je veux devenir ta femme pour la vie
Vouloir être impassible ne signifie pas être imperméable ou insensible. Claire s’est levée, me fait face, me fixe, attend une réaction, une réponse. Quand elle bouillait de la joie d’avoir obtenu un emploi, j’ai été son premier confident, elle a choisi de voyager avec moi, elle s’est engagée à mon service à domicile, nettoie, cuisine, sert à table. Et moi, imbécile je n’ai pas su déchiffrer tous ces signaux.
Mon sang bout, De bonheur, de joie, je devrais sauter au plafond. Je devrais bondir de mon siège, ouvrir mes bras, l’enlacer tendrement, l’embrasser et lui crier que je l’aime comme un fou. C’est ce qu’elle attend. Je ne suis pas effrayé ou choqué, je suis transi de surprise, incapable de vaincre l’appel de ma raison, résumé en six mots « Elle est trop belle pour toi ». Depuis que je me répète cette évidence, elle s’est incrustée dans ma tête, résonne cruellement dans mon cerveau. Claire pâlit, devient fébrile, des larmes perlent dans ses yeux. Il faut que je parle.
-Claire, très chère amie, sais-tu ce que je me dis quand je te vois, quand je pense à toi ? Il s’agit d’une mise en garde mille fois répétée : «Elle est trop belle pour toi. » Je te croyais inaccessible, ta déclaration vient de me prouver le contraire et me bouleverse. Rien ne pourrait me rendre plus heureux. Mais si je me compare à un certain François, je crains de ne pas remplir toutes les cases de l’homme idéal que tu es en droit d’attendre. Je n’ai ni sa taille, ni sa prestance, ni sa beauté.
- Mon chéri, tu es trop modeste. A mes yeux tu vaux tellement mieux que ce sale type. Si je te comprends, tu es secrètement amoureux de moi. Grand timide ! Alors dis-le, embrasse-moi.
- Tant d’autres hommes pourront te dire qu’ils t’aiment, voudront être aimés de toi, ferons briller des qualités égales ou supérieures à celles que tu me prêtes. Ta beauté et toutes tes qualités te vaudront de leur part des déclarations enflammées méritées. Comment peux-tu être certaine de ne pas regretter un jour de t’être penchée un instant sur un garçon aussi ordinaire que moi. Le merveilleux rêve de devenir ton mari s’évanouit devant la peur de te perdre. Actuellement un mariage sur deux mène au divorce. Cette situation contredit mes valeurs et mes vœux les plus chers.
-J’ai les mêmes valeurs. Avant de t’offrir mon cœur, j’ai longuement réfléchi et pesé tous les éléments que tu évoques. Je n’obéis pas seulement à ma raison, je sens profondément que tu es celui que j’aime et que j’aimerai. Tu es mon amour, je souhaite être ton amour pour la vie. Cesse de t’interdire d’être mon heureux mari par peur de me perdre. Comme moi aie foi en l’avenir. Ne doute pas de moi. Embrasse-moi ; viens.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
On retrouve le style d’Accent, bravo pour ce texte
Accent se corrige: "feront briller"
