Une couronne pour Léandre (3)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Une couronne pour Léandre (3)
Chapitre 3
La porte s’est refermée doucement.
Je suis resté seul dans l’appartement encore imprégné de son odeur, avec le silence, les assiettes sales, et mille questions qui tournaient dans ma tête.
Surtout une, qui revenait sans cesse :
Qu’est-ce qu’il ne me dit pas ?
La semaine avait été interminable. Clément et moi ne nous étions pas vus une seule fois depuis ce dimanche magique à Honfleur. Ses « obligations » l’avaient retenu ailleurs : des réunions interminables, des voyages rapides pour « gérer des dossiers familiaux », comme il disait vaguement dans ses messages. Mais il ne m’avait pas laissé dans le vide. Chaque matin, un texto pour me souhaiter une bonne journée, avec un émoji idiot qui me faisait sourire. Des appels en fin de soirée, sa voix fatiguée mais chaude, me racontant des bribes de sa journée sans entrer dans les détails. « J’ai pensé à toi toute la journée », disait-il souvent, et je le croyais. Moi, je lui parlais de mes shifts au Coin des Artistes, des clients chiants, de mes nouvelles compositions qui avançaient lentement. « Chante-moi un bout », demandait-il parfois, et je m’exécutais, ma voix rauque dans le téléphone, imaginant son sourire de l’autre côté.
Mais le manque physique était là, comme une faim qui grandit. Je me surprenais à regarder la table près de la fenêtre au bistrot, vide sans lui, ou à sentir son odeur fantôme sur mes draps. Vendredi soir, il m’avait appelé tard, sa voix plus douce que d’habitude. « Dimanche, je viens te chercher. Surprise. Prépare un sac avec des affaires pour la journée. » J’avais protesté pour la forme – « Mais où ? Dis-moi au moins ! » – mais il avait ri. « Fais-moi confiance, Léandre. Tu vas adorer. »
Le dimanche est arrivé sous un ciel gris, avec cette bruine normande qui rend tout un peu flou. J’étais prêt depuis 9 heures, un sac à dos avec un change, une bouteille d’eau, ma guitare au cas où. À 10 heures pile, on a frappé à la porte. J’ai ouvert, et il était là, en jean sombre et pull marin bleu, les cheveux un peu humides de la pluie, un sourire éclatant qui effaçait la fatigue de la semaine.
« Salut, toi », a-t-il dit simplement, avant de m’attirer contre lui pour un baiser long, affamé, comme s’il n’avait pas respiré depuis une éternité.
J’ai fondu dans ses bras, mes mains dans ses cheveux, son corps pressé contre le mien dans l’encadrement de la porte. Quand on s’est séparés, essoufflés, il a murmuré : « Tu m’as manqué. Tellement. »
On est descendus main dans la main, et dehors, sa berline noire attendait, le chauffeur discret au volant. « Où on va ? » ai-je demandé en m’installant à l’arrière, Clément collé à moi, son bras autour de mes épaules.
« Surprise », a-t-il répété, ses lèvres effleurant ma tempe. « Mais pas trop loin. Je veux te montrer un endroit spécial. »
La voiture a pris la route côtière, longeant la Seine vers l’ouest. Clément était tactile comme jamais, sa main sur ma cuisse, ses doigts traçant des cercles lents sur mon jean. Il me racontait sa semaine en surface – « des réunions barbantes, des signatures interminables » – mais ses yeux disaient autre chose : du soulagement d’être là, avec moi. À un feu rouge, il s’est penché pour m’embrasser, profondément, ignorant le monde dehors. J’ai entendu un klaxon derrière, mais il a ri contre mes lèvres. « Qu’ils attendent. »
On est arrivés à Étretat une heure plus tard, ces falaises blanches emblématiques qui se dressent comme des géants contre la mer. La pluie avait cessé, laissant un ciel lavé et un vent frais qui portait l’odeur d’iode. Clément a congédié le chauffeur – « Revenez ce soir » – et m’a pris la main pour m’entraîner vers le sentier côtier.
« Viens, on va marcher jusqu’à l’Aiguille Creuse », a-t-il dit, excité comme un gamin. « C’est magique ici. Et parfait pour une surprise. »
Le chemin était boueux par endroits, mais Clément me tenait fermement, son bras autour de ma taille quand le terrain devenait glissant. On croisait des randonneurs, des familles avec des chiens, et déjà, les regards. Une femme d’une cinquantaine d’années nous a souri en passant, mais son regard s’est attardé sur Clément, comme si elle le reconnaissait vaguement. Un couple de touristes asiatiques a ralenti, chuchotant en nous pointant du doigt. Clément les a ignorés, me serrant plus fort contre lui.
« Pourquoi ils nous regardent ? » ai-je murmuré, un peu mal à l’aise.
Il a haussé les épaules, sa main glissant sous mon pull pour caresser ma peau nue. « Parce qu’on est beaux ensemble », a-t-il répondu avec un clin d’œil. « Ou parce que je suis avec le serveur le plus sexy de Honfleur. »
On a atteint le sommet de la falaise, avec vue sur l’arche naturelle et la mer agitée en bas. C’était époustouflant, le vent qui fouettait nos visages, les mouettes criant au-dessus de nos têtes. Clément m’a plaqué contre une barrière en bois, ses mains sur mes hanches, et m’a embrassé en public, sans se soucier des promeneurs. Un baiser passionné, ses lèvres exigeantes, sa langue dansant avec la mienne. J’ai entendu un clic d’appareil photo non loin – un touriste qui nous prenait en photo, discrètement. Clément l’a vu aussi, mais il a juste souri contre ma bouche. « Laisse-les. Ils sont jaloux. »
On a continué la balade, descendant vers la plage de galets. Clément était de plus en plus proche, presque possessif : son bras autour de mes épaules en permanence, des baisers volés à chaque arrêt, ses mains partout – sur mon dos, ma nuque, mes fesses quand personne ne regardait trop. À un moment, sur un banc face à la mer, il m’a fait asseoir sur ses genoux, m’enlaçant par derrière, son menton sur mon épaule. « Regarde cette vue », murmurait-il, mais ses lèvres effleuraient mon cou, me distrayant complètement.
Les regards n’arrêtaient pas. Un groupe d’adolescents nous a dévisagés en riant, une vieille dame a incliné la tête avec un sourire approbateur. Et puis, un homme en veste de randonnée s’est approché, téléphone à la main, et a pris une photo flagrante de nous. Clément s’est tendu une seconde, mais il l’a ignoré, me serrant plus fort. « Ne fais pas attention », a-t-il dit. « Les gens sont comme ça. »
On a pique-niqué sur la plage, un panier que Clément avait fait préparer : sandwiches au jambon de pays, fruits frais, une bouteille de cidre pétillant. Il me nourrissait à la main, riant quand le jus coulait, léchant mes doigts avec une sensualité qui me faisait fondre. Des passants nous regardaient, certains avec curiosité, d’autres avec envie. Une femme a même sorti son téléphone pour une photo rapide, pensant qu’on ne la voyait pas. Clément l’a remarquée, mais il a juste haussé les épaules. « C’est le prix de la beauté », a-t-il plaisanté.
L’après-midi, on a exploré le village d’Étretat, ses rues pavées, ses boutiques de souvenirs. Clément m’achetait des babioles – une écharpe en laine pour me protéger du vent, un coquillage poli comme porte-bonheur. Il était collé à moi, sa main dans ma poche arrière, m’embrassant en pleine rue sans gêne. Devant une crêperie, il m’a plaqué contre le mur pour un baiser fiévreux, ses mains sous mon pull, ignorant les regards des clients à la terrasse. J’ai entendu un autre clic – quelqu’un nous photographiait encore. « Clément… » ai-je murmuré, un peu gêné.
Il a ri, ses yeux pétillants. « Laisse. Ils capturent un moment parfait. »
On a visité la maison de Maurice Leblanc, l’auteur d’Arsène Lupin, transformée en musée. Clément connaissait l’endroit par cœur, me racontant les intrigues avec passion, son bras autour de ma taille tout le long. Dans une pièce sombre, il m’a embrassé encore, plus intensément, ses mains descendant sur mes fesses. Le guide du musée nous a regardés avec un sourire complice, mais un visiteur a pris une photo discrète. Clément l’a vu, mais n’a rien dit, me tirant vers la sortie.
En fin d’après-midi, on est retournés sur la falaise pour le coucher de soleil. Le ciel s’embrasait d’orange et de rose, la mer scintillant en bas. Clément m’a enlacé par derrière, ses bras autour de ma poitrine, son souffle chaud contre mon oreille. « C’est ça, la surprise », a-t-il murmuré. « Juste ça. Toi, moi, et ce moment. »
On est restés là longtemps, collés l’un à l’autre, ignorant les randonneurs qui passaient et nous dévisageaient. Quelques-uns prenaient des photos – pas juste du paysage, mais de nous. Clément les laissait faire, trop absorbé par moi.
La berline est revenue nous chercher au crépuscule. Sur le trajet du retour, Clément était encore plus proche, sa tête sur mon épaule, sa main entrelacée à la mienne. « Merci pour cette journée », ai-je dit.
« C’est moi qui te remercie », a-t-il répondu, m’embrassant doucement.
On arrivait presque à Honfleur quand le téléphone de Clément a sonné. Il a regardé l’écran, son visage s’est fermé d’un coup. « Mère », a-t-il lu à voix haute. Il a décroché, la voix soudain tendue.
« Oui, Mère… Quoi ? Quand ? … J’arrive. Tout de suite. Dites aux médecins que je serai là dans moins d’une heure. »
Il a raccroché, blême. La voiture a fait demi-tour brutalement, direction Rouen.
« Clément… ? » ai-je demandé, la gorge serrée.
Il a pris ma main, l’a serrée fort, mais ses yeux étaient perdus dans le vide.
« Mon grand-père… il a fait un AVC. C’est grave. »
Le reste du trajet s’est fait dans un silence lourd. Clément me tenait la main comme à un fil, son corps collé au mien, mais toute la joie de la journée s’était éteinte. Je sentais son angoisse, sa peur, et pour la première fois, j’ai compris que derrière ses mystères, il y avait quelque chose d’immense qui le rattrapait.
Et moi, j’étais là, à ses côtés, prêt à affronter ce qui allait suivre.
La berline filait à travers la nuit normande, gyrophare discret allumé sur le toit, dépassant les limitations de vitesse sans que personne ne songe à les arrêter. Clément n’avait pas lâché ma main depuis l’appel. Il la serrait si fort que ça faisait presque mal, mais je ne disais rien. Tout le long du trajet, il répétait la même chose, la voix brisée :
« Je suis désolé, Léandre… vraiment désolé… Je ne voulais pas que tu découvres ça comme ça… Pardon… pardon… »
À chaque fois, je demandais : « Mais découvrir quoi ? Explique-moi, Clément, s’il te plaît… » Il secouait la tête, les yeux brillants, incapable de parler. « Je ne peux pas… pas encore… je suis désolé… »
On est arrivés devant l’hôpital de Rouen en moins de quarante minutes. Et là, j’ai compris que quelque chose clochait vraiment.
Devant l’entrée principale, des barrières métalliques. Des cars de police. Des hommes en civil avec des oreillettes. Des gardes en uniforme sombre, pas des vigiles classiques, mais des types costauds, visage fermé, qui barraient l’accès à toute une aile du bâtiment. Des journalistes tenus à distance derrière un cordon. Des flashes. Des caméras.
La berline a ralenti. Un policier en tenue a fait signe de stopper, puis a reconnu la plaque – ou le visage de Clément – et a immédiatement levé la barrière. On est passés sans un mot.
Clément s’est tourné vers moi une dernière fois. Il avait les larmes aux yeux.
« Écoute-moi, » a-t-il murmuré d’une voix tremblante. « Le chauffeur va te raccompagner chez toi. Tout de suite. Je suis tellement désolé pour cette journée, pour tout… Ne m’en veux pas, s’il te plaît. Je suis simplement Clément. Juste Clément. Je t’appellerai dès que je pourrai. Je te le jure. »
Il m’a embrassé rapidement, désespérément, puis a ouvert la portière et est sorti. Deux gardes l’ont encadré immédiatement, presque au pas de course, et il a disparu dans le hall sans se retourner.
Je suis resté figé sur la banquette arrière. Le chauffeur a redémarré sans un mot. J’ai tenté :
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tous ces policiers ? C’est qui, exactement, Clément ? »
Silence total. L’homme n’a même pas croisé mon regard dans le rétroviseur.
Le trajet retour a été interminable. J’ai fixé les lumières qui défilaient, le cœur battant à cent à l’heure, les pièces du puzzle qui refusaient de s’assembler.
Quand la voiture m’a déposé devant chez moi, j’ai monté les escaliers comme un automate. J’ai claqué la porte, allumé la lumière, et sans réfléchir, j’ai attrapé la télécommande et mis les infos en continu.
L’écran s’est allumé sur BFM TV.
« … urgence absolue ce soir à l’hôpital de Rouen où Son Altesse Sérénissime le prince Clément de Bourgon, prince héritier de la principauté de Valenbourg, a été transporté en urgence après l’AVC de son grand-père, Sa Majesté le roi Philippe-Auguste de Valenbourg. L’état de santé du souverain, âgé de 89 ans, est jugé extrêmement critique. Toute la famille royale est actuellement réunie au chevet… »
La photo de Clément, en grand, en uniforme officiel, remplissait l’écran.
J’ai lâché la télécommande. Elle est tombée par terre avec un bruit sourd.
Tout s’est effondré en même temps : la tarte Tatin, les cafés avec un nuage de lait, les croissants chauds, les baisers sur les falaises d’Étretat, les « Votre Altesse » étouffés, le portrait au musée, les gardes, les policiers, les excuses…
Clément n’était pas un riche héritier un peu secret.
Clément de Bourgon était le prince héritier de Valenbourg. Un vrai. Et moi, j’étais le serveur qui lui avait balancé une tarte sur la tête le premier soir.
Je me suis assis par terre, dos contre le lit, et j’ai fixé l’écran sans vraiment le voir.
Mon téléphone est resté silencieux toute la nuit.
Le lendemain, je suis allé travailler comme un zombie. Je n’avais presque pas dormi. Les images de la télé tournaient en boucle dans ma tête : Clément en uniforme, le roi Philippe-Auguste, Valenbourg, « Son Altesse Sérénissime ». J’avais éteint mon téléphone à 4 heures du matin, incapable de supporter le silence plus longtemps.
Au Coin des Artistes, j’ai fait mon service en pilote automatique : cafés, assiettes, sourires forcés. Mes collègues me demandaient si j’allais bien, je répondais « fatigué » et on n’insistait pas. Vers 21 h 30, la salle était pleine, j’étais en train d’essuyer une table quand j’ai entendu le moteur grave d’une grosse voiture qui se garait juste devant la vitrine.
Une berline noire, vitres teintées. Deux hommes en costume sombre en sont sortis les premiers, oreillettes, lunettes noires malgré la nuit, et ont ouvert la porte arrière.
Clément est entré.
Le silence est tombé d’un coup. Les couverts se sont arrêtés. Les conversations se sont tues. Tout le monde le reconnaissait maintenant. Les téléphones sont sortis discrètement.
Il était pâle, les traits tirés, les yeux rougis. Il portait un costume sombre impeccable, mais il avait l’air d’avoir vieilli de dix ans en une nuit. Il a balayé la salle d’un regard vide, presque absent, puis il m’a vu.
Et là, son visage s’est éclairé d’un vrai sourire. Un seul. Pour moi.
Avant de venir vers moi, il s’est dirigé droit vers le comptoir où mon patron, Marcel, essuyait un verre, bouche bée.
« Bonsoir. Vous êtes le propriétaire ? » Marcel a hoché la tête, incapable de parler.
Clément a parlé calmement, mais avec cette autorité naturelle qu’on ne discute pas. « Léandre Vance travaille pour vous. J’ai besoin qu’il prenne sa semaine de congé immédiatement. Payée, évidemment. C’est urgent. »
Marcel a dégluti, a jeté un œil aux deux gardes du corps qui se tenaient en retrait, puis a bredouillé : « Euh… bien sûr, monsieur… euh… Votre Altesse. Pas de problème. »
Clément l’a simplement remercié d’un hochement de tête, puis s’est tourné vers moi.
Il a traversé la salle en trois enjambées, m’a pris par la nuque et m’a embrassé. Devant tout le monde. Un baiser profond, désespéré, comme s’il avait attendu ce moment depuis des jours.
Des exclamations étouffées, des flashs de téléphone. Je sentais les regards brûler ma peau, mais je m’en fichais. J’étais encore sous le choc.
Il s’est écarté juste assez pour murmurer contre mes lèvres : « Viens avec moi. S’il te plaît. »
J’ai bafouillé, la voix rauque : « Mais… je… j’ai pas de vêtements, pas d’affaires… »
Il a souri, un sourire fatigué mais déterminé, et a caressé ma joue. « Ne t’inquiète pas pour ça. Tout ce dont tu as besoin, je te le donne. Viens. »
Il m’a pris la main et m’a entraîné vers la sortie. Les deux gardes du corps nous ont encadrés immédiatement. Les clients se sont écartés comme la mer Rouge.
Dans la berline, il m’a attiré contre lui, ma tête contre son épaule, et la voiture a démarré sans que j’aie la moindre idée d’où on allait.
Je n’ai même pas pensé à déposer mon tablier.
La berline a démarré en douceur, glissant dans les rues sombres de Honfleur comme un fantôme. Les deux gardes du corps étaient assis à l'avant, séparés de nous par une vitre fumée. Clément m'a gardé contre lui, son bras autour de mes épaules, sa main libre entrelacée à la mienne. Il était tendu, je le sentais dans chaque muscle, mais il essayait de sourire pour moi.
Dehors, les lumières des maisons défilaient, floues à travers les vitres teintées. Je n'avais aucune idée d'où on allait – l'hôpital ? Un hôtel ? Chez lui, où que ce soit ? Mon cerveau tournait à vide, encore sous le choc de la scène au bistrot : les regards stupéfaits des clients, les flashs des téléphones, le patron qui bafouillait devant "Son Altesse". Et maintenant, moi, assis dans cette voiture de luxe, avec un prince. Un vrai prince.
Je n'ai pas tenu plus de cinq minutes avant que les questions sortent, en rafale, ma voix tremblante.
"Clément... c'est quoi tout ça ? Qui es-tu vraiment ? Un prince ? C'est une blague, hein ? Dis-moi que c'est une blague."
Il a fermé les yeux une seconde, comme si mes mots le blessaient, puis il a tourné la tête vers moi, son regard gris-bleu plein de regret.
"Non, Léandre, ce n'est pas une blague. Je suis Clément de Bourgon, prince héritier de Valenbourg. Et je suis tellement, tellement désolé de ne pas te l'avoir dit plus tôt."
J'ai retiré ma main de la sienne, pas par colère, mais par choc. Mon cœur battait si fort que j'entendais le sang pulser dans mes oreilles.
"Pourquoi ? Pourquoi tu m'as menti ? Tout ce temps... les cafés, les promenades, Étretat... c'était quoi ? Un jeu pour toi ? Un moyen de t'échapper de ton palais doré ?"
Il a secoué la tête vivement, reprenant ma main de force, la serrant comme s'il avait peur que je disparaisse.
"Non ! Jamais un jeu. Léandre, écoute-moi... je suis désolé, du fond du cœur. Je n'ai jamais voulu te mentir. Mais quand je t'ai rencontré, cette nuit avec la tarte Tatin... pour la première fois de ma vie, quelqu'un me regardait sans savoir qui j'étais. Sans le titre, sans les courbettes, sans les attentes. Tu me voyais juste comme Clément, un mec qui riait d'une pâtisserie sur la tête. Et ça... ça m'a libéré. J'ai eu peur que si je te disais la vérité, tout change. Que tu me voies comme un prince, pas comme l'homme que je suis avec toi."
Il a marqué une pause, sa voix se brisant un peu. La berline roulait maintenant sur une route plus large, vers l'extérieur de la ville, mais je ne faisais pas attention. J'étais suspendu à ses mots.
"Valenbourg est une petite principauté, coincée entre la France et la Belgique. Mon grand-père est le roi Philippe-Auguste, et je suis son héritier direct. Ma vie... c'est des protocoles, des réunions avec des diplomates, des obligations qui ne finissent jamais. Je dois signer des lois, représenter le pays, sourire pour les caméras. Mais avec toi, je pouvais respirer. Pour la première fois, quelqu'un m'appréciait pour moi, pas pour mon titre. Pas pour l'argent, pas pour le pouvoir. Juste pour mes rires, mes silences, mes 'obligations ennuyeuses'. Je suis désolé d'avoir prolongé le mensonge. J'avais peur de te perdre."
J'ai dégluti, essayant d'assimiler. Tout se bousculait : les regards à Honfleur, les saluts bizarres, le portrait au musée, les appels ignorés. C'était logique, maintenant. Terrifiant, mais logique.
"Mais... et l'hôpital ? Ton grand-père ? C'est grave ? Et pourquoi tous ces gardes ? La police ? C'est comme si on était dans un film d'espionnage."
Clément a soupiré, passant une main dans ses cheveux. Sa voix était plus basse, plus vulnérable.
"Il est stable, pour l'instant. Mais à 89 ans, un AVC... c'est critique. Les gardes, la police... c'est le protocole. Valenbourg est petite, mais on a des accords avec la France pour la sécurité. Partout où je vais, ils sont là. Invisiblement, la plupart du temps, mais quand c'est une urgence comme ça... tout s'active. Je suis désolé que tu aies vu ça hier soir. J'aurais dû te le dire avant. Mais j'avais peur, Léandre. Peur que tu fuies. Peur que tu me voies comme un monstre de mensonges. Tu es la première personne avec qui je me sens... normal. Humain. Pas un titre sur pattes."
J'ai secoué la tête, les larmes montant sans que je puisse les arrêter. Peur ? Moi, j'avais peur. Peur de ce monde inconnu, de ces gardes, de ces titres. Peur que tout ça soit trop grand pour moi, un simple mec normal de 25 ans.
"Je... je sais pas quoi dire. C'est trop. Un prince ? Valenbourg ? J'ai même pas su où c'était avant hier soir. Et maintenant, on va où ? À l'hôpital ? Chez toi ? Clément, j'ai peur. Peur que ça change tout. Que je sois pas à la hauteur. Que tu regrettes."
Il m'a regardé, les yeux brillants, et a pris mon visage entre ses mains.
"Non. Rien ne change. Tu es à la hauteur. Tu es parfait. Et je regrette seulement de ne pas t'avoir dit plus tôt. Je suis désolé pour les mensonges, pour les secrets. Mais avec toi, j'ai vécu les moments les plus vrais de ma vie. Les cafés forts, les promenades sous la pluie, tes chansons... c'était moi, le vrai moi. Pas le prince. Juste Clément."
Puis, il m'a embrassé. Comme il ne l'avait jamais fait. Pas un baiser doux ou passionné comme avant. Non, celui-là était désespéré, urgent, comme s'il voulait me transmettre tout ce qu'il ne pouvait pas dire avec des mots. Ses lèvres ont écrasé les miennes, ses mains ont glissé dans mes cheveux, me tirant plus près, plus fort. Je sentais son cœur battre contre le mien, son souffle saccadé, ses larmes salées se mêler aux miennes. C'était un baiser qui disait "pardon", "je t'aime", "ne me quitte pas", tout en même temps. J'ai répondu de la même façon, mes bras autour de son cou, oubliant la voiture, les gardes, le monde.
Quand on s'est séparés, essoufflés, il a posé son front contre le mien.
"Merci d'être venu avec moi," a-t-il soufflé. "Je ne sais pas ce que je ferais sans toi."
La berline a ralenti. J'ai regardé dehors : pas l'hôpital. Un aéroport privé, lumières vives sur la piste, un jet qui attendait, moteurs ronronnants.
"Où... où on va ?" ai-je demandé, la voix encore tremblante.
Clément a hésité une seconde, puis a souri doucement.
"À Valenbourg. Au palais. Mon grand-père... il veut me voir. Nous voir, peut-être. Mais ne t'inquiète pas. Je suis avec toi. Toujours."
J'ai dégluti, le cœur serré. Le palais. Un vrai palais. Avec un prince. Mon prince.
La porte s'est ouverte. Clément m'a pris la main.
"Allons-y."
Fin du chapitre 3.
La porte s’est refermée doucement.
Je suis resté seul dans l’appartement encore imprégné de son odeur, avec le silence, les assiettes sales, et mille questions qui tournaient dans ma tête.
Surtout une, qui revenait sans cesse :
Qu’est-ce qu’il ne me dit pas ?
La semaine avait été interminable. Clément et moi ne nous étions pas vus une seule fois depuis ce dimanche magique à Honfleur. Ses « obligations » l’avaient retenu ailleurs : des réunions interminables, des voyages rapides pour « gérer des dossiers familiaux », comme il disait vaguement dans ses messages. Mais il ne m’avait pas laissé dans le vide. Chaque matin, un texto pour me souhaiter une bonne journée, avec un émoji idiot qui me faisait sourire. Des appels en fin de soirée, sa voix fatiguée mais chaude, me racontant des bribes de sa journée sans entrer dans les détails. « J’ai pensé à toi toute la journée », disait-il souvent, et je le croyais. Moi, je lui parlais de mes shifts au Coin des Artistes, des clients chiants, de mes nouvelles compositions qui avançaient lentement. « Chante-moi un bout », demandait-il parfois, et je m’exécutais, ma voix rauque dans le téléphone, imaginant son sourire de l’autre côté.
Mais le manque physique était là, comme une faim qui grandit. Je me surprenais à regarder la table près de la fenêtre au bistrot, vide sans lui, ou à sentir son odeur fantôme sur mes draps. Vendredi soir, il m’avait appelé tard, sa voix plus douce que d’habitude. « Dimanche, je viens te chercher. Surprise. Prépare un sac avec des affaires pour la journée. » J’avais protesté pour la forme – « Mais où ? Dis-moi au moins ! » – mais il avait ri. « Fais-moi confiance, Léandre. Tu vas adorer. »
Le dimanche est arrivé sous un ciel gris, avec cette bruine normande qui rend tout un peu flou. J’étais prêt depuis 9 heures, un sac à dos avec un change, une bouteille d’eau, ma guitare au cas où. À 10 heures pile, on a frappé à la porte. J’ai ouvert, et il était là, en jean sombre et pull marin bleu, les cheveux un peu humides de la pluie, un sourire éclatant qui effaçait la fatigue de la semaine.
« Salut, toi », a-t-il dit simplement, avant de m’attirer contre lui pour un baiser long, affamé, comme s’il n’avait pas respiré depuis une éternité.
J’ai fondu dans ses bras, mes mains dans ses cheveux, son corps pressé contre le mien dans l’encadrement de la porte. Quand on s’est séparés, essoufflés, il a murmuré : « Tu m’as manqué. Tellement. »
On est descendus main dans la main, et dehors, sa berline noire attendait, le chauffeur discret au volant. « Où on va ? » ai-je demandé en m’installant à l’arrière, Clément collé à moi, son bras autour de mes épaules.
« Surprise », a-t-il répété, ses lèvres effleurant ma tempe. « Mais pas trop loin. Je veux te montrer un endroit spécial. »
La voiture a pris la route côtière, longeant la Seine vers l’ouest. Clément était tactile comme jamais, sa main sur ma cuisse, ses doigts traçant des cercles lents sur mon jean. Il me racontait sa semaine en surface – « des réunions barbantes, des signatures interminables » – mais ses yeux disaient autre chose : du soulagement d’être là, avec moi. À un feu rouge, il s’est penché pour m’embrasser, profondément, ignorant le monde dehors. J’ai entendu un klaxon derrière, mais il a ri contre mes lèvres. « Qu’ils attendent. »
On est arrivés à Étretat une heure plus tard, ces falaises blanches emblématiques qui se dressent comme des géants contre la mer. La pluie avait cessé, laissant un ciel lavé et un vent frais qui portait l’odeur d’iode. Clément a congédié le chauffeur – « Revenez ce soir » – et m’a pris la main pour m’entraîner vers le sentier côtier.
« Viens, on va marcher jusqu’à l’Aiguille Creuse », a-t-il dit, excité comme un gamin. « C’est magique ici. Et parfait pour une surprise. »
Le chemin était boueux par endroits, mais Clément me tenait fermement, son bras autour de ma taille quand le terrain devenait glissant. On croisait des randonneurs, des familles avec des chiens, et déjà, les regards. Une femme d’une cinquantaine d’années nous a souri en passant, mais son regard s’est attardé sur Clément, comme si elle le reconnaissait vaguement. Un couple de touristes asiatiques a ralenti, chuchotant en nous pointant du doigt. Clément les a ignorés, me serrant plus fort contre lui.
« Pourquoi ils nous regardent ? » ai-je murmuré, un peu mal à l’aise.
Il a haussé les épaules, sa main glissant sous mon pull pour caresser ma peau nue. « Parce qu’on est beaux ensemble », a-t-il répondu avec un clin d’œil. « Ou parce que je suis avec le serveur le plus sexy de Honfleur. »
On a atteint le sommet de la falaise, avec vue sur l’arche naturelle et la mer agitée en bas. C’était époustouflant, le vent qui fouettait nos visages, les mouettes criant au-dessus de nos têtes. Clément m’a plaqué contre une barrière en bois, ses mains sur mes hanches, et m’a embrassé en public, sans se soucier des promeneurs. Un baiser passionné, ses lèvres exigeantes, sa langue dansant avec la mienne. J’ai entendu un clic d’appareil photo non loin – un touriste qui nous prenait en photo, discrètement. Clément l’a vu aussi, mais il a juste souri contre ma bouche. « Laisse-les. Ils sont jaloux. »
On a continué la balade, descendant vers la plage de galets. Clément était de plus en plus proche, presque possessif : son bras autour de mes épaules en permanence, des baisers volés à chaque arrêt, ses mains partout – sur mon dos, ma nuque, mes fesses quand personne ne regardait trop. À un moment, sur un banc face à la mer, il m’a fait asseoir sur ses genoux, m’enlaçant par derrière, son menton sur mon épaule. « Regarde cette vue », murmurait-il, mais ses lèvres effleuraient mon cou, me distrayant complètement.
Les regards n’arrêtaient pas. Un groupe d’adolescents nous a dévisagés en riant, une vieille dame a incliné la tête avec un sourire approbateur. Et puis, un homme en veste de randonnée s’est approché, téléphone à la main, et a pris une photo flagrante de nous. Clément s’est tendu une seconde, mais il l’a ignoré, me serrant plus fort. « Ne fais pas attention », a-t-il dit. « Les gens sont comme ça. »
On a pique-niqué sur la plage, un panier que Clément avait fait préparer : sandwiches au jambon de pays, fruits frais, une bouteille de cidre pétillant. Il me nourrissait à la main, riant quand le jus coulait, léchant mes doigts avec une sensualité qui me faisait fondre. Des passants nous regardaient, certains avec curiosité, d’autres avec envie. Une femme a même sorti son téléphone pour une photo rapide, pensant qu’on ne la voyait pas. Clément l’a remarquée, mais il a juste haussé les épaules. « C’est le prix de la beauté », a-t-il plaisanté.
L’après-midi, on a exploré le village d’Étretat, ses rues pavées, ses boutiques de souvenirs. Clément m’achetait des babioles – une écharpe en laine pour me protéger du vent, un coquillage poli comme porte-bonheur. Il était collé à moi, sa main dans ma poche arrière, m’embrassant en pleine rue sans gêne. Devant une crêperie, il m’a plaqué contre le mur pour un baiser fiévreux, ses mains sous mon pull, ignorant les regards des clients à la terrasse. J’ai entendu un autre clic – quelqu’un nous photographiait encore. « Clément… » ai-je murmuré, un peu gêné.
Il a ri, ses yeux pétillants. « Laisse. Ils capturent un moment parfait. »
On a visité la maison de Maurice Leblanc, l’auteur d’Arsène Lupin, transformée en musée. Clément connaissait l’endroit par cœur, me racontant les intrigues avec passion, son bras autour de ma taille tout le long. Dans une pièce sombre, il m’a embrassé encore, plus intensément, ses mains descendant sur mes fesses. Le guide du musée nous a regardés avec un sourire complice, mais un visiteur a pris une photo discrète. Clément l’a vu, mais n’a rien dit, me tirant vers la sortie.
En fin d’après-midi, on est retournés sur la falaise pour le coucher de soleil. Le ciel s’embrasait d’orange et de rose, la mer scintillant en bas. Clément m’a enlacé par derrière, ses bras autour de ma poitrine, son souffle chaud contre mon oreille. « C’est ça, la surprise », a-t-il murmuré. « Juste ça. Toi, moi, et ce moment. »
On est restés là longtemps, collés l’un à l’autre, ignorant les randonneurs qui passaient et nous dévisageaient. Quelques-uns prenaient des photos – pas juste du paysage, mais de nous. Clément les laissait faire, trop absorbé par moi.
La berline est revenue nous chercher au crépuscule. Sur le trajet du retour, Clément était encore plus proche, sa tête sur mon épaule, sa main entrelacée à la mienne. « Merci pour cette journée », ai-je dit.
« C’est moi qui te remercie », a-t-il répondu, m’embrassant doucement.
On arrivait presque à Honfleur quand le téléphone de Clément a sonné. Il a regardé l’écran, son visage s’est fermé d’un coup. « Mère », a-t-il lu à voix haute. Il a décroché, la voix soudain tendue.
« Oui, Mère… Quoi ? Quand ? … J’arrive. Tout de suite. Dites aux médecins que je serai là dans moins d’une heure. »
Il a raccroché, blême. La voiture a fait demi-tour brutalement, direction Rouen.
« Clément… ? » ai-je demandé, la gorge serrée.
Il a pris ma main, l’a serrée fort, mais ses yeux étaient perdus dans le vide.
« Mon grand-père… il a fait un AVC. C’est grave. »
Le reste du trajet s’est fait dans un silence lourd. Clément me tenait la main comme à un fil, son corps collé au mien, mais toute la joie de la journée s’était éteinte. Je sentais son angoisse, sa peur, et pour la première fois, j’ai compris que derrière ses mystères, il y avait quelque chose d’immense qui le rattrapait.
Et moi, j’étais là, à ses côtés, prêt à affronter ce qui allait suivre.
La berline filait à travers la nuit normande, gyrophare discret allumé sur le toit, dépassant les limitations de vitesse sans que personne ne songe à les arrêter. Clément n’avait pas lâché ma main depuis l’appel. Il la serrait si fort que ça faisait presque mal, mais je ne disais rien. Tout le long du trajet, il répétait la même chose, la voix brisée :
« Je suis désolé, Léandre… vraiment désolé… Je ne voulais pas que tu découvres ça comme ça… Pardon… pardon… »
À chaque fois, je demandais : « Mais découvrir quoi ? Explique-moi, Clément, s’il te plaît… » Il secouait la tête, les yeux brillants, incapable de parler. « Je ne peux pas… pas encore… je suis désolé… »
On est arrivés devant l’hôpital de Rouen en moins de quarante minutes. Et là, j’ai compris que quelque chose clochait vraiment.
Devant l’entrée principale, des barrières métalliques. Des cars de police. Des hommes en civil avec des oreillettes. Des gardes en uniforme sombre, pas des vigiles classiques, mais des types costauds, visage fermé, qui barraient l’accès à toute une aile du bâtiment. Des journalistes tenus à distance derrière un cordon. Des flashes. Des caméras.
La berline a ralenti. Un policier en tenue a fait signe de stopper, puis a reconnu la plaque – ou le visage de Clément – et a immédiatement levé la barrière. On est passés sans un mot.
Clément s’est tourné vers moi une dernière fois. Il avait les larmes aux yeux.
« Écoute-moi, » a-t-il murmuré d’une voix tremblante. « Le chauffeur va te raccompagner chez toi. Tout de suite. Je suis tellement désolé pour cette journée, pour tout… Ne m’en veux pas, s’il te plaît. Je suis simplement Clément. Juste Clément. Je t’appellerai dès que je pourrai. Je te le jure. »
Il m’a embrassé rapidement, désespérément, puis a ouvert la portière et est sorti. Deux gardes l’ont encadré immédiatement, presque au pas de course, et il a disparu dans le hall sans se retourner.
Je suis resté figé sur la banquette arrière. Le chauffeur a redémarré sans un mot. J’ai tenté :
« Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tous ces policiers ? C’est qui, exactement, Clément ? »
Silence total. L’homme n’a même pas croisé mon regard dans le rétroviseur.
Le trajet retour a été interminable. J’ai fixé les lumières qui défilaient, le cœur battant à cent à l’heure, les pièces du puzzle qui refusaient de s’assembler.
Quand la voiture m’a déposé devant chez moi, j’ai monté les escaliers comme un automate. J’ai claqué la porte, allumé la lumière, et sans réfléchir, j’ai attrapé la télécommande et mis les infos en continu.
L’écran s’est allumé sur BFM TV.
« … urgence absolue ce soir à l’hôpital de Rouen où Son Altesse Sérénissime le prince Clément de Bourgon, prince héritier de la principauté de Valenbourg, a été transporté en urgence après l’AVC de son grand-père, Sa Majesté le roi Philippe-Auguste de Valenbourg. L’état de santé du souverain, âgé de 89 ans, est jugé extrêmement critique. Toute la famille royale est actuellement réunie au chevet… »
La photo de Clément, en grand, en uniforme officiel, remplissait l’écran.
J’ai lâché la télécommande. Elle est tombée par terre avec un bruit sourd.
Tout s’est effondré en même temps : la tarte Tatin, les cafés avec un nuage de lait, les croissants chauds, les baisers sur les falaises d’Étretat, les « Votre Altesse » étouffés, le portrait au musée, les gardes, les policiers, les excuses…
Clément n’était pas un riche héritier un peu secret.
Clément de Bourgon était le prince héritier de Valenbourg. Un vrai. Et moi, j’étais le serveur qui lui avait balancé une tarte sur la tête le premier soir.
Je me suis assis par terre, dos contre le lit, et j’ai fixé l’écran sans vraiment le voir.
Mon téléphone est resté silencieux toute la nuit.
Le lendemain, je suis allé travailler comme un zombie. Je n’avais presque pas dormi. Les images de la télé tournaient en boucle dans ma tête : Clément en uniforme, le roi Philippe-Auguste, Valenbourg, « Son Altesse Sérénissime ». J’avais éteint mon téléphone à 4 heures du matin, incapable de supporter le silence plus longtemps.
Au Coin des Artistes, j’ai fait mon service en pilote automatique : cafés, assiettes, sourires forcés. Mes collègues me demandaient si j’allais bien, je répondais « fatigué » et on n’insistait pas. Vers 21 h 30, la salle était pleine, j’étais en train d’essuyer une table quand j’ai entendu le moteur grave d’une grosse voiture qui se garait juste devant la vitrine.
Une berline noire, vitres teintées. Deux hommes en costume sombre en sont sortis les premiers, oreillettes, lunettes noires malgré la nuit, et ont ouvert la porte arrière.
Clément est entré.
Le silence est tombé d’un coup. Les couverts se sont arrêtés. Les conversations se sont tues. Tout le monde le reconnaissait maintenant. Les téléphones sont sortis discrètement.
Il était pâle, les traits tirés, les yeux rougis. Il portait un costume sombre impeccable, mais il avait l’air d’avoir vieilli de dix ans en une nuit. Il a balayé la salle d’un regard vide, presque absent, puis il m’a vu.
Et là, son visage s’est éclairé d’un vrai sourire. Un seul. Pour moi.
Avant de venir vers moi, il s’est dirigé droit vers le comptoir où mon patron, Marcel, essuyait un verre, bouche bée.
« Bonsoir. Vous êtes le propriétaire ? » Marcel a hoché la tête, incapable de parler.
Clément a parlé calmement, mais avec cette autorité naturelle qu’on ne discute pas. « Léandre Vance travaille pour vous. J’ai besoin qu’il prenne sa semaine de congé immédiatement. Payée, évidemment. C’est urgent. »
Marcel a dégluti, a jeté un œil aux deux gardes du corps qui se tenaient en retrait, puis a bredouillé : « Euh… bien sûr, monsieur… euh… Votre Altesse. Pas de problème. »
Clément l’a simplement remercié d’un hochement de tête, puis s’est tourné vers moi.
Il a traversé la salle en trois enjambées, m’a pris par la nuque et m’a embrassé. Devant tout le monde. Un baiser profond, désespéré, comme s’il avait attendu ce moment depuis des jours.
Des exclamations étouffées, des flashs de téléphone. Je sentais les regards brûler ma peau, mais je m’en fichais. J’étais encore sous le choc.
Il s’est écarté juste assez pour murmurer contre mes lèvres : « Viens avec moi. S’il te plaît. »
J’ai bafouillé, la voix rauque : « Mais… je… j’ai pas de vêtements, pas d’affaires… »
Il a souri, un sourire fatigué mais déterminé, et a caressé ma joue. « Ne t’inquiète pas pour ça. Tout ce dont tu as besoin, je te le donne. Viens. »
Il m’a pris la main et m’a entraîné vers la sortie. Les deux gardes du corps nous ont encadrés immédiatement. Les clients se sont écartés comme la mer Rouge.
Dans la berline, il m’a attiré contre lui, ma tête contre son épaule, et la voiture a démarré sans que j’aie la moindre idée d’où on allait.
Je n’ai même pas pensé à déposer mon tablier.
La berline a démarré en douceur, glissant dans les rues sombres de Honfleur comme un fantôme. Les deux gardes du corps étaient assis à l'avant, séparés de nous par une vitre fumée. Clément m'a gardé contre lui, son bras autour de mes épaules, sa main libre entrelacée à la mienne. Il était tendu, je le sentais dans chaque muscle, mais il essayait de sourire pour moi.
Dehors, les lumières des maisons défilaient, floues à travers les vitres teintées. Je n'avais aucune idée d'où on allait – l'hôpital ? Un hôtel ? Chez lui, où que ce soit ? Mon cerveau tournait à vide, encore sous le choc de la scène au bistrot : les regards stupéfaits des clients, les flashs des téléphones, le patron qui bafouillait devant "Son Altesse". Et maintenant, moi, assis dans cette voiture de luxe, avec un prince. Un vrai prince.
Je n'ai pas tenu plus de cinq minutes avant que les questions sortent, en rafale, ma voix tremblante.
"Clément... c'est quoi tout ça ? Qui es-tu vraiment ? Un prince ? C'est une blague, hein ? Dis-moi que c'est une blague."
Il a fermé les yeux une seconde, comme si mes mots le blessaient, puis il a tourné la tête vers moi, son regard gris-bleu plein de regret.
"Non, Léandre, ce n'est pas une blague. Je suis Clément de Bourgon, prince héritier de Valenbourg. Et je suis tellement, tellement désolé de ne pas te l'avoir dit plus tôt."
J'ai retiré ma main de la sienne, pas par colère, mais par choc. Mon cœur battait si fort que j'entendais le sang pulser dans mes oreilles.
"Pourquoi ? Pourquoi tu m'as menti ? Tout ce temps... les cafés, les promenades, Étretat... c'était quoi ? Un jeu pour toi ? Un moyen de t'échapper de ton palais doré ?"
Il a secoué la tête vivement, reprenant ma main de force, la serrant comme s'il avait peur que je disparaisse.
"Non ! Jamais un jeu. Léandre, écoute-moi... je suis désolé, du fond du cœur. Je n'ai jamais voulu te mentir. Mais quand je t'ai rencontré, cette nuit avec la tarte Tatin... pour la première fois de ma vie, quelqu'un me regardait sans savoir qui j'étais. Sans le titre, sans les courbettes, sans les attentes. Tu me voyais juste comme Clément, un mec qui riait d'une pâtisserie sur la tête. Et ça... ça m'a libéré. J'ai eu peur que si je te disais la vérité, tout change. Que tu me voies comme un prince, pas comme l'homme que je suis avec toi."
Il a marqué une pause, sa voix se brisant un peu. La berline roulait maintenant sur une route plus large, vers l'extérieur de la ville, mais je ne faisais pas attention. J'étais suspendu à ses mots.
"Valenbourg est une petite principauté, coincée entre la France et la Belgique. Mon grand-père est le roi Philippe-Auguste, et je suis son héritier direct. Ma vie... c'est des protocoles, des réunions avec des diplomates, des obligations qui ne finissent jamais. Je dois signer des lois, représenter le pays, sourire pour les caméras. Mais avec toi, je pouvais respirer. Pour la première fois, quelqu'un m'appréciait pour moi, pas pour mon titre. Pas pour l'argent, pas pour le pouvoir. Juste pour mes rires, mes silences, mes 'obligations ennuyeuses'. Je suis désolé d'avoir prolongé le mensonge. J'avais peur de te perdre."
J'ai dégluti, essayant d'assimiler. Tout se bousculait : les regards à Honfleur, les saluts bizarres, le portrait au musée, les appels ignorés. C'était logique, maintenant. Terrifiant, mais logique.
"Mais... et l'hôpital ? Ton grand-père ? C'est grave ? Et pourquoi tous ces gardes ? La police ? C'est comme si on était dans un film d'espionnage."
Clément a soupiré, passant une main dans ses cheveux. Sa voix était plus basse, plus vulnérable.
"Il est stable, pour l'instant. Mais à 89 ans, un AVC... c'est critique. Les gardes, la police... c'est le protocole. Valenbourg est petite, mais on a des accords avec la France pour la sécurité. Partout où je vais, ils sont là. Invisiblement, la plupart du temps, mais quand c'est une urgence comme ça... tout s'active. Je suis désolé que tu aies vu ça hier soir. J'aurais dû te le dire avant. Mais j'avais peur, Léandre. Peur que tu fuies. Peur que tu me voies comme un monstre de mensonges. Tu es la première personne avec qui je me sens... normal. Humain. Pas un titre sur pattes."
J'ai secoué la tête, les larmes montant sans que je puisse les arrêter. Peur ? Moi, j'avais peur. Peur de ce monde inconnu, de ces gardes, de ces titres. Peur que tout ça soit trop grand pour moi, un simple mec normal de 25 ans.
"Je... je sais pas quoi dire. C'est trop. Un prince ? Valenbourg ? J'ai même pas su où c'était avant hier soir. Et maintenant, on va où ? À l'hôpital ? Chez toi ? Clément, j'ai peur. Peur que ça change tout. Que je sois pas à la hauteur. Que tu regrettes."
Il m'a regardé, les yeux brillants, et a pris mon visage entre ses mains.
"Non. Rien ne change. Tu es à la hauteur. Tu es parfait. Et je regrette seulement de ne pas t'avoir dit plus tôt. Je suis désolé pour les mensonges, pour les secrets. Mais avec toi, j'ai vécu les moments les plus vrais de ma vie. Les cafés forts, les promenades sous la pluie, tes chansons... c'était moi, le vrai moi. Pas le prince. Juste Clément."
Puis, il m'a embrassé. Comme il ne l'avait jamais fait. Pas un baiser doux ou passionné comme avant. Non, celui-là était désespéré, urgent, comme s'il voulait me transmettre tout ce qu'il ne pouvait pas dire avec des mots. Ses lèvres ont écrasé les miennes, ses mains ont glissé dans mes cheveux, me tirant plus près, plus fort. Je sentais son cœur battre contre le mien, son souffle saccadé, ses larmes salées se mêler aux miennes. C'était un baiser qui disait "pardon", "je t'aime", "ne me quitte pas", tout en même temps. J'ai répondu de la même façon, mes bras autour de son cou, oubliant la voiture, les gardes, le monde.
Quand on s'est séparés, essoufflés, il a posé son front contre le mien.
"Merci d'être venu avec moi," a-t-il soufflé. "Je ne sais pas ce que je ferais sans toi."
La berline a ralenti. J'ai regardé dehors : pas l'hôpital. Un aéroport privé, lumières vives sur la piste, un jet qui attendait, moteurs ronronnants.
"Où... où on va ?" ai-je demandé, la voix encore tremblante.
Clément a hésité une seconde, puis a souri doucement.
"À Valenbourg. Au palais. Mon grand-père... il veut me voir. Nous voir, peut-être. Mais ne t'inquiète pas. Je suis avec toi. Toujours."
J'ai dégluti, le cœur serré. Le palais. Un vrai palais. Avec un prince. Mon prince.
La porte s'est ouverte. Clément m'a pris la main.
"Allons-y."
Fin du chapitre 3.
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