Faute de mot plus précis : Chapitre 16 – Sept jours
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 09-10-2026 dans la catégorie Entre-nous, les femmes
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Elle avait dit sept jours et elle a tenu sept jours.
Pas un message. Rien le lundi, rien le mercredi, rien le vendredi soir quand j’ai laissé mon téléphone posé écran vers le haut sur la table de la cuisine pendant deux heures comme une adolescente.
J’ai compris plus tard qu’elle avait passé la semaine à peu près dans le même état que moi, mais sur le moment j’ai eu le temps de construire quatre théories, dont une où elle avait déjà quelqu’un et une autre, ma préférée, où elle avait décidé de déménager à Bienne chez sa sœur.
Le mardi, j’ai eu ma séance avec Ariane. Je ne lui ai rien dit. Elle m’a demandé si j’allais bien et j’ai répondu que oui avec une conviction qui l’a fait sourire.
Le jeudi, Awa m’a envoyé un message pour une histoire de tract à relire. À la fin il y avait : *Et sinon ça va toi ?* avec rien d’autre. Je lui ai répondu que ça allait. Elle a mis un pouce levé, ce qui est sa manière de dire qu’elle n’y croit pas mais qu’elle ne va pas insister.
Le vendredi soir j’ai fait le ménage. Tout. Y compris derrière le frigo, où j’ai trouvé une pièce de deux francs et un bouchon.
–––
Le samedi, il faisait beau pour la première fois de l’année.
Ce détail m’a agacée. J’aurais préféré qu’il pleuve, comme la semaine d’avant. Il y avait des gens en terrasse à onze heures du matin et un type qui lavait sa voiture en bas de la rue en pente, torse nu, alors qu’il faisait quatorze degrés.
J’ai sonné. Elle a mis longtemps.
Quand elle a ouvert, elle avait les cheveux mouillés et un t-shirt à l’envers, la couture apparente sur l’épaule. Elle s’en est rendu compte en même temps que moi.
— Ah.
— Ce n’est pas grave.
— Non mais c’est représentatif.
Elle s’est écartée pour me laisser entrer et on s’est retrouvées debout dans le couloir, à côté du vélo à une roue, sans savoir quoi faire de nos mains.
— Bon, elle a dit. Vous d’abord.
— Oui.
— Sept jours.
— Je n’ai pas changé d’avis.
Elle a hoché la tête lentement, plusieurs fois, comme quelqu’un qui range une information.
— D’accord.
— Et vous ?
Elle a ouvert la bouche, elle a regardé le vélo, et elle a dit :
— Est-ce qu’on peut se tutoyer ? Parce que je n’arrive pas à dire ce que j’ai à dire en vous vouvoyant et ça me met dans un état pas possible.
J’ai ri. C’est sorti tout seul et c’était probablement la meilleure chose qui pouvait arriver à ce moment-là.
–––
Elle avait préparé un discours. Elle me l’a dit après : elle l’avait écrit, le mercredi, sur le dos d’une facture, et elle en avait perdu la moitié.
Ce qu’il en restait tenait en trois points, comptés sur les doigts, comme dans le parc.
Un : elle avait passé la semaine à chercher une bonne raison de dire non et elle n’en avait pas trouvé. Elle avait trouvé quatre peurs, ce qui n’est pas pareil.
Deux : elle ne voulait pas qu’on se cache. Pas d’histoire secrète, pas de « on verra plus tard ». Elle avait fait ça une fois, elle avait quarante ans dans quatre ans, et non.
Trois :
— Trois, je suis pénible à vivre et tu n’as aucune idée de ce que ça veut dire.
— J’ai vu le couloir.
— Le couloir, c’est la partie décorative.
Elle a laissé retomber sa main.
— Je perds des choses. Je ne réponds pas aux messages pendant quatre jours et ce n’est pas contre toi. J’oublie des rendez-vous que j’ai pris moi-même. Il y a des semaines où je suis sur un truc et où je ne suis pas là du tout, et quand je remonte j’ai trois jours de retard sur tout le monde. Les gens finissent par croire qu’ils ne comptent pas.
— Et ils comptent ?
— Énormément. C’est bien le problème.
Elle a inspiré.
— Voilà. C’était ça, mon discours. Il était plus long.
J’ai dit que le mien tenait en un mot et que c’était oui.
–––
On est montées à la cuisine et on a bu un café debout, dans la seule pièce propre de l’appartement, et pendant vingt minutes on s’est comportées comme deux personnes qui viennent de signer quelque chose et qui n’osent plus bouger.
Elle a parlé d’un chantier à Grandson. Je lui ai raconté la course d’école. À un moment elle a proposé de faire des pâtes et il était onze heures et quart du matin.
C’est moi qui ai posé ma tasse.
Je l’ai posée dans l’évier, dans cette cuisine impeccable qu’elle a mis quatre ans à obtenir, et je me suis retournée, et elle était appuyée contre le plan de travail avec sa tasse à deux mains et elle m’a regardée venir sans bouger d’un centimètre.
–––
Je ne savais rien.
C’est la chose que je voudrais arriver à faire comprendre à quelqu’un qui ne l’a pas vécue. J’avais vingt-neuf ans, j’avais eu quatre relations, j’avais couché avec cinq personnes dans ma vie et je croyais savoir à peu près comment ça se passait.
Je n’avais aucune carte. Aucune. Pas un repère, pas une habitude, rien qui vienne d’avant.
Avec Noah, il y avait toujours eu un enchaînement. Une séquence connue des deux côtés, où chaque geste appelait le suivant, où on savait l’un et l’autre où on allait et combien de temps ça prendrait. J’avais appelé ça l’intimité pendant huit ans.
Là, il n’y avait rien de tout ça. Il y avait une femme plus petite que moi, dans une cuisine, et je n’avais pas la moindre idée de ce qui devait arriver après.
C’était terrifiant et je n’ai jamais rien connu d’aussi bien.
–––
On n’est pas allées bien loin. Il y a un canapé dans la pièce du fond, sous la poutre, et il a fallu enlever une pile de courrier et une chute de tissu pour s’asseoir dessus, ce qui nous a fait rire toutes les deux et a réglé la question de la gêne.
Elle m’a embrassée d’abord. Longuement, sans avancer, en tenant mon visage à deux mains. Sa peau était râpeuse contre mes joues, plus chaude que la mienne. Elle s’est reculée juste assez pour me regarder.
— Tu vas me dire si quelque chose ne va pas.
— Oui.
— Non. Je suis sérieuse. Tu vas me le dire. Tu es quelqu’un qui explique. Ici, tu n’expliques pas. Tu dis.
J’ai dit oui.
Elle a retiré mon t-shirt. Elle l’a posé sur le dossier du canapé, pas par terre. Puis le sien. Sous le t-shirt elle n’avait rien. Ses seins étaient plus lourds que je ne l’avais imaginé, les tétons déjà durs, une tache de rousseur juste sous le gauche. J’ai posé la main dessus sans réfléchir. Elle a inspiré par le nez et n’a rien dit.
Elle m’a fait basculer sur le dos. Le canapé était trop étroit ; mon épaule gauche a heurté le dossier. Elle s’en est fichue. Elle a ouvert mon pantalon, l’a fait glisser avec mon slip d’un seul mouvement, et m’a regardée une seconde, simplement, avant de se pencher.
Sa bouche a commencé plus bas que je ne m’y attendais. Pas sur le bas-ventre : directement entre les cuisses, à plat, la langue large. J’ai sursauté. Elle a levé les yeux sans s’arrêter et a posé une main sur mon ventre pour me garder.
Il n’y avait aucun enchaînement. Elle restait où elle était, longtemps, jusqu’à ce que mon bassin bouge malgré moi, puis elle changeait d’angle sans prévenir. Deux fois j’ai eu peur. La première, quand elle a glissé deux doigts en moi d’un coup, pas doucement, et que ça a fait trop. Elle l’a vu avant que je parle. Elle s’est arrêtée, a attendu, a recommencé plus lentement. La deuxième, quand elle a appuyé plus fort avec la langue et que ça a monté trop vite. J’ai dit « attends ». Juste ça. Elle s’est arrêtée net, front contre mon ventre, et a respiré. Puis elle a repris autrement.
Les larmes sont montées sans aucun rapport avec ce qui se passait. Une pression derrière les yeux, nette. Elle l’a senti. Elle a relevé la tête.
— Non, j’ai dit. Surtout pas. Continue.
Elle a repris. Cette fois elle n’a plus ralenti. Quand ça a lâché, j’ai serré ses cheveux trop fort et elle n’a pas protesté.
Après, elle s’est redressée sur un coude. Elle avait la bouche brillante. Elle m’a regardée comme si elle vérifiait quelque chose.
Mon tour.
Je n’ai pas su. Trente secondes bloquée à genoux entre ses jambes, les mains posées sur ses cuisses, avec la certitude absolue d’être ridicule. Elle a pris ma main droite et l’a déplacée de dix centimètres.
— Là.
Rien d’autre. Pas de commentaire. Elle a fermé les yeux.
J’ai suivi. Sa peau était plus chaude encore ici. Elle était déjà très mouillée. J’ai glissé un doigt, puis deux, et elle a poussé un son bas, presque un grognement. J’ai baissé la tête. Le goût était différent de ce que je connaissais, plus acidulé, et j’ai eu faim d’un coup, franchement. J’ai léché plus fort. Elle a mis une main dans mes cheveux, pas pour diriger, juste pour tenir. À un moment elle a dit mon prénom, une seule fois, et ses cuisses ont tremblé contre mes oreilles.
Quand elle est venue, elle a serré mes doigts à l’intérieur d’elle et a gardé la tête renversée en arrière pendant plusieurs secondes, la bouche ouverte, sans un bruit.
Ensuite elle m’a tirée vers le haut. On s’est embrassées. Elle avait mon goût dans la bouche et moi le sien. Elle a glissé une main entre nous, a trouvé mon clitoris du pouce, et a recommencé à me caresser en même temps qu’elle m’embrassait. Cette fois ça a été plus rapide, plus sec. J’ai mordu son épaule sans le vouloir.
On est restées comme ça, collées, jusqu’à ce que la respiration redescende.
–––
Après, on est restées longtemps sans parler.
Il y avait le soleil qui tournait sur les poutres, cette lumière de fin d’après-midi qui devient jaune, et le chat qui est descendu pour la première fois de la journée, nous a regardées avec un mépris total et est reparti.
Sa peau contre la mienne. La différence de température, elle est toujours plus chaude que moi. Les taches de rousseur qui continuent partout, jusqu’à des endroits où c’est absurde. Le poids d’elle contre mon flanc, qui n’est pas le poids d’un homme, ce que personne ne m’avait dit et qui m’a fait un effet considérable.
J’ai suivi le tatouage avec un doigt, de l’intérieur du poignet jusqu’au-dessus du coude, en remontant la ligne du muscle.
— C’est quoi, en vrai ?
— Des laminaires. Des algues brunes. Il y en a des forêts entières.
— Pourquoi ?
Elle a réfléchi.
— Parce que ça tient dans le courant en ayant l’air de ne pas tenir du tout.
Elle a bâillé.
— Et parce que j’avais vingt-six ans et que le type avait de la place le jeudi.
–––
Je suis restée dormir.
Ce n’était pas prévu, et à vingt-deux heures on s’est retrouvées devant le problème pratique que je n’avais pas de brosse à dents, ce qu’elle a résolu en m’en tendant une neuve sortie d’un tiroir où il y en avait six.
— Pourquoi tu as six brosses à dents ?
— Parce que j’en achète chaque fois que je crois que je n’en ai plus.
Le lit est dans un renfoncement sous la pente du toit et il n’est pas très grand. J’ai dix centimètres de trop pour cette maison. Je me suis cognée deux fois.
Elle s’est endormie en quatre minutes, sur le ventre, un bras en travers de moi.
Moi, non. Je suis restée éveillée un long moment, dans le noir, à écouter respirer quelqu’un à côté de moi pour la première fois depuis quatorze mois.
Je n’ai pas fait d’inventaire.
J’y ai pensé, d’ailleurs. J’ai senti la chose commencer, la liste qui se met en route toute seule, et je l’ai arrêtée, ce que je n’avais jamais réussi à faire.
Vers deux heures elle a bougé, elle a marmonné quelque chose d’incompréhensible et elle s’est retournée en emportant les trois quarts de la couverture.
Je me suis levée pour aller boire un verre d’eau et je me suis pris le vélo dans le tibia.
Pas un message. Rien le lundi, rien le mercredi, rien le vendredi soir quand j’ai laissé mon téléphone posé écran vers le haut sur la table de la cuisine pendant deux heures comme une adolescente.
J’ai compris plus tard qu’elle avait passé la semaine à peu près dans le même état que moi, mais sur le moment j’ai eu le temps de construire quatre théories, dont une où elle avait déjà quelqu’un et une autre, ma préférée, où elle avait décidé de déménager à Bienne chez sa sœur.
Le mardi, j’ai eu ma séance avec Ariane. Je ne lui ai rien dit. Elle m’a demandé si j’allais bien et j’ai répondu que oui avec une conviction qui l’a fait sourire.
Le jeudi, Awa m’a envoyé un message pour une histoire de tract à relire. À la fin il y avait : *Et sinon ça va toi ?* avec rien d’autre. Je lui ai répondu que ça allait. Elle a mis un pouce levé, ce qui est sa manière de dire qu’elle n’y croit pas mais qu’elle ne va pas insister.
Le vendredi soir j’ai fait le ménage. Tout. Y compris derrière le frigo, où j’ai trouvé une pièce de deux francs et un bouchon.
–––
Le samedi, il faisait beau pour la première fois de l’année.
Ce détail m’a agacée. J’aurais préféré qu’il pleuve, comme la semaine d’avant. Il y avait des gens en terrasse à onze heures du matin et un type qui lavait sa voiture en bas de la rue en pente, torse nu, alors qu’il faisait quatorze degrés.
J’ai sonné. Elle a mis longtemps.
Quand elle a ouvert, elle avait les cheveux mouillés et un t-shirt à l’envers, la couture apparente sur l’épaule. Elle s’en est rendu compte en même temps que moi.
— Ah.
— Ce n’est pas grave.
— Non mais c’est représentatif.
Elle s’est écartée pour me laisser entrer et on s’est retrouvées debout dans le couloir, à côté du vélo à une roue, sans savoir quoi faire de nos mains.
— Bon, elle a dit. Vous d’abord.
— Oui.
— Sept jours.
— Je n’ai pas changé d’avis.
Elle a hoché la tête lentement, plusieurs fois, comme quelqu’un qui range une information.
— D’accord.
— Et vous ?
Elle a ouvert la bouche, elle a regardé le vélo, et elle a dit :
— Est-ce qu’on peut se tutoyer ? Parce que je n’arrive pas à dire ce que j’ai à dire en vous vouvoyant et ça me met dans un état pas possible.
J’ai ri. C’est sorti tout seul et c’était probablement la meilleure chose qui pouvait arriver à ce moment-là.
–––
Elle avait préparé un discours. Elle me l’a dit après : elle l’avait écrit, le mercredi, sur le dos d’une facture, et elle en avait perdu la moitié.
Ce qu’il en restait tenait en trois points, comptés sur les doigts, comme dans le parc.
Un : elle avait passé la semaine à chercher une bonne raison de dire non et elle n’en avait pas trouvé. Elle avait trouvé quatre peurs, ce qui n’est pas pareil.
Deux : elle ne voulait pas qu’on se cache. Pas d’histoire secrète, pas de « on verra plus tard ». Elle avait fait ça une fois, elle avait quarante ans dans quatre ans, et non.
Trois :
— Trois, je suis pénible à vivre et tu n’as aucune idée de ce que ça veut dire.
— J’ai vu le couloir.
— Le couloir, c’est la partie décorative.
Elle a laissé retomber sa main.
— Je perds des choses. Je ne réponds pas aux messages pendant quatre jours et ce n’est pas contre toi. J’oublie des rendez-vous que j’ai pris moi-même. Il y a des semaines où je suis sur un truc et où je ne suis pas là du tout, et quand je remonte j’ai trois jours de retard sur tout le monde. Les gens finissent par croire qu’ils ne comptent pas.
— Et ils comptent ?
— Énormément. C’est bien le problème.
Elle a inspiré.
— Voilà. C’était ça, mon discours. Il était plus long.
J’ai dit que le mien tenait en un mot et que c’était oui.
–––
On est montées à la cuisine et on a bu un café debout, dans la seule pièce propre de l’appartement, et pendant vingt minutes on s’est comportées comme deux personnes qui viennent de signer quelque chose et qui n’osent plus bouger.
Elle a parlé d’un chantier à Grandson. Je lui ai raconté la course d’école. À un moment elle a proposé de faire des pâtes et il était onze heures et quart du matin.
C’est moi qui ai posé ma tasse.
Je l’ai posée dans l’évier, dans cette cuisine impeccable qu’elle a mis quatre ans à obtenir, et je me suis retournée, et elle était appuyée contre le plan de travail avec sa tasse à deux mains et elle m’a regardée venir sans bouger d’un centimètre.
–––
Je ne savais rien.
C’est la chose que je voudrais arriver à faire comprendre à quelqu’un qui ne l’a pas vécue. J’avais vingt-neuf ans, j’avais eu quatre relations, j’avais couché avec cinq personnes dans ma vie et je croyais savoir à peu près comment ça se passait.
Je n’avais aucune carte. Aucune. Pas un repère, pas une habitude, rien qui vienne d’avant.
Avec Noah, il y avait toujours eu un enchaînement. Une séquence connue des deux côtés, où chaque geste appelait le suivant, où on savait l’un et l’autre où on allait et combien de temps ça prendrait. J’avais appelé ça l’intimité pendant huit ans.
Là, il n’y avait rien de tout ça. Il y avait une femme plus petite que moi, dans une cuisine, et je n’avais pas la moindre idée de ce qui devait arriver après.
C’était terrifiant et je n’ai jamais rien connu d’aussi bien.
–––
On n’est pas allées bien loin. Il y a un canapé dans la pièce du fond, sous la poutre, et il a fallu enlever une pile de courrier et une chute de tissu pour s’asseoir dessus, ce qui nous a fait rire toutes les deux et a réglé la question de la gêne.
Elle m’a embrassée d’abord. Longuement, sans avancer, en tenant mon visage à deux mains. Sa peau était râpeuse contre mes joues, plus chaude que la mienne. Elle s’est reculée juste assez pour me regarder.
— Tu vas me dire si quelque chose ne va pas.
— Oui.
— Non. Je suis sérieuse. Tu vas me le dire. Tu es quelqu’un qui explique. Ici, tu n’expliques pas. Tu dis.
J’ai dit oui.
Elle a retiré mon t-shirt. Elle l’a posé sur le dossier du canapé, pas par terre. Puis le sien. Sous le t-shirt elle n’avait rien. Ses seins étaient plus lourds que je ne l’avais imaginé, les tétons déjà durs, une tache de rousseur juste sous le gauche. J’ai posé la main dessus sans réfléchir. Elle a inspiré par le nez et n’a rien dit.
Elle m’a fait basculer sur le dos. Le canapé était trop étroit ; mon épaule gauche a heurté le dossier. Elle s’en est fichue. Elle a ouvert mon pantalon, l’a fait glisser avec mon slip d’un seul mouvement, et m’a regardée une seconde, simplement, avant de se pencher.
Sa bouche a commencé plus bas que je ne m’y attendais. Pas sur le bas-ventre : directement entre les cuisses, à plat, la langue large. J’ai sursauté. Elle a levé les yeux sans s’arrêter et a posé une main sur mon ventre pour me garder.
Il n’y avait aucun enchaînement. Elle restait où elle était, longtemps, jusqu’à ce que mon bassin bouge malgré moi, puis elle changeait d’angle sans prévenir. Deux fois j’ai eu peur. La première, quand elle a glissé deux doigts en moi d’un coup, pas doucement, et que ça a fait trop. Elle l’a vu avant que je parle. Elle s’est arrêtée, a attendu, a recommencé plus lentement. La deuxième, quand elle a appuyé plus fort avec la langue et que ça a monté trop vite. J’ai dit « attends ». Juste ça. Elle s’est arrêtée net, front contre mon ventre, et a respiré. Puis elle a repris autrement.
Les larmes sont montées sans aucun rapport avec ce qui se passait. Une pression derrière les yeux, nette. Elle l’a senti. Elle a relevé la tête.
— Non, j’ai dit. Surtout pas. Continue.
Elle a repris. Cette fois elle n’a plus ralenti. Quand ça a lâché, j’ai serré ses cheveux trop fort et elle n’a pas protesté.
Après, elle s’est redressée sur un coude. Elle avait la bouche brillante. Elle m’a regardée comme si elle vérifiait quelque chose.
Mon tour.
Je n’ai pas su. Trente secondes bloquée à genoux entre ses jambes, les mains posées sur ses cuisses, avec la certitude absolue d’être ridicule. Elle a pris ma main droite et l’a déplacée de dix centimètres.
— Là.
Rien d’autre. Pas de commentaire. Elle a fermé les yeux.
J’ai suivi. Sa peau était plus chaude encore ici. Elle était déjà très mouillée. J’ai glissé un doigt, puis deux, et elle a poussé un son bas, presque un grognement. J’ai baissé la tête. Le goût était différent de ce que je connaissais, plus acidulé, et j’ai eu faim d’un coup, franchement. J’ai léché plus fort. Elle a mis une main dans mes cheveux, pas pour diriger, juste pour tenir. À un moment elle a dit mon prénom, une seule fois, et ses cuisses ont tremblé contre mes oreilles.
Quand elle est venue, elle a serré mes doigts à l’intérieur d’elle et a gardé la tête renversée en arrière pendant plusieurs secondes, la bouche ouverte, sans un bruit.
Ensuite elle m’a tirée vers le haut. On s’est embrassées. Elle avait mon goût dans la bouche et moi le sien. Elle a glissé une main entre nous, a trouvé mon clitoris du pouce, et a recommencé à me caresser en même temps qu’elle m’embrassait. Cette fois ça a été plus rapide, plus sec. J’ai mordu son épaule sans le vouloir.
On est restées comme ça, collées, jusqu’à ce que la respiration redescende.
–––
Après, on est restées longtemps sans parler.
Il y avait le soleil qui tournait sur les poutres, cette lumière de fin d’après-midi qui devient jaune, et le chat qui est descendu pour la première fois de la journée, nous a regardées avec un mépris total et est reparti.
Sa peau contre la mienne. La différence de température, elle est toujours plus chaude que moi. Les taches de rousseur qui continuent partout, jusqu’à des endroits où c’est absurde. Le poids d’elle contre mon flanc, qui n’est pas le poids d’un homme, ce que personne ne m’avait dit et qui m’a fait un effet considérable.
J’ai suivi le tatouage avec un doigt, de l’intérieur du poignet jusqu’au-dessus du coude, en remontant la ligne du muscle.
— C’est quoi, en vrai ?
— Des laminaires. Des algues brunes. Il y en a des forêts entières.
— Pourquoi ?
Elle a réfléchi.
— Parce que ça tient dans le courant en ayant l’air de ne pas tenir du tout.
Elle a bâillé.
— Et parce que j’avais vingt-six ans et que le type avait de la place le jeudi.
–––
Je suis restée dormir.
Ce n’était pas prévu, et à vingt-deux heures on s’est retrouvées devant le problème pratique que je n’avais pas de brosse à dents, ce qu’elle a résolu en m’en tendant une neuve sortie d’un tiroir où il y en avait six.
— Pourquoi tu as six brosses à dents ?
— Parce que j’en achète chaque fois que je crois que je n’en ai plus.
Le lit est dans un renfoncement sous la pente du toit et il n’est pas très grand. J’ai dix centimètres de trop pour cette maison. Je me suis cognée deux fois.
Elle s’est endormie en quatre minutes, sur le ventre, un bras en travers de moi.
Moi, non. Je suis restée éveillée un long moment, dans le noir, à écouter respirer quelqu’un à côté de moi pour la première fois depuis quatorze mois.
Je n’ai pas fait d’inventaire.
J’y ai pensé, d’ailleurs. J’ai senti la chose commencer, la liste qui se met en route toute seule, et je l’ai arrêtée, ce que je n’avais jamais réussi à faire.
Vers deux heures elle a bougé, elle a marmonné quelque chose d’incompréhensible et elle s’est retournée en emportant les trois quarts de la couverture.
Je me suis levée pour aller boire un verre d’eau et je me suis pris le vélo dans le tibia.
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