La femme entre deux mondes

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : La femme entre deux mondes Histoire érotique Publiée sur HDS le 17-08-2026 dans la catégorie A dormir debout
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La femme entre deux mondes
Temps de lecture ~ 15 minutes

I.

Il est des nuits où le temps se fissure.

Pas de manière spectaculaire. Pas d'éclair, pas de tonnerre. Une simple ligne dans l'air, à peine perceptible, comme la jointure entre deux carreaux de faïence qu'on ne remarque qu'après des années à regarder le même mur.

Zoé avait vingt-huit ans quand elle remarqua la fissure pour la première fois. Elle se tenait dans la bibliothèque du musée, seule, les bras le long du corps, sa robe bleue tombant jusqu'aux chevilles dans le silence parfait des collections fermées au public. Elle était archiviste. Elle passait ses journées entre des textes morts et des objets qui avaient survécu à leurs propriétaires. Elle savait mieux que quiconque que le passé n'est pas derrière nous. Il est à côté.

À un moment, il y eut subitement deux sphères, et ce fut comme si elles avaient toujours été là, de part et d’autre de Zoé.

La sphère de gauche contenait des ruines, du sable, une lumière couleur d'os.
La sphère de droite tournait lentement sur elle-même, traversée de figures lumineuses qui marchaient le long de son mécanisme comme sur une piste inclinée.
Entre les deux, Zoé. Le corps droit. Les mains ouvertes, pas vraiment tendues, pas vraiment retenues. Dans la position de quelqu'un qui attend sans formuler d'attente précise.

C'est dans cet état-là, cet état de suspension légèrement hébétée, qu'ils vinrent la trouver.

II.

Le premier s'appelait Karim. Elle ne le sut que plus tard.

Il sortit de la sphère de gauche comme on sort d'un rêve trop chaud, les vêtements couverts de poussière fine, la peau sombre et les yeux clairs, une contradiction physique qui la frappa avant même qu'il parle. Il avait la trentaine, des mains larges, un silence autour de lui qui n'était pas timidité mais habitude d'un monde où les mots comptaient moins que les gestes.

Il s'approcha sans détour. Il prit son visage entre ses paumes comme on prend quelque chose de fragile qu'on ne veut pas briser, et il l'embrassa. Zoé ne recula pas. Ses lèvres à lui étaient sèches, tièdes, et il sentait la pierre chauffée au soleil, quelque chose de minéral et d'organique à la fois, une odeur qu'elle ne pouvait pas nommer mais qui lui sembla immédiatement familière, comme un mot qu'on reconnaît dans une langue qu'on n'a jamais apprise.

Le second s'appelait Élias. Il sortit de la sphère de droite au moment précis où la bouche de Karim quittait la sienne. Les figures lumineuses qui marchaient sur le cadran avaient produit un homme de chair, blond, plus grand, avec quelque chose de métallique dans la précision de ses mouvements, comme si son corps avait été calibré plutôt que né.

Ils se regardèrent tous les trois.

Zoé comprit, sans qu'aucun des deux prononce le moindre mot, que la nuit serait longue.

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III.

Karim l'avait embrassée. Élias, lui, la regardait.

Son regard était une forme de toucher, précis et lent, qui commença aux épaules et descendit, sans pudeur et sans vulgarité, comme un inventaire méthodique. Elle sentit sa robe devenir trop mince, puis transparente, puis inutile. Elle ne bougea pas. La bibliothèque était déserte, les colonnes de pierre dressées autour d'eux comme les parois d'un sanctuaire privé, et le ciel au-dessus criblé d'étoiles qui n'appartenaient à aucune constellation répertoriée.

Karim s'était placé derrière elle. Ses mains trouvèrent les bretelles de sa robe, les firent glisser avec une lenteur qui n'avait rien de maladroit, juste le soin de quelqu'un qui comprend la valeur de ce qu'il dévoile. Le tissu tomba jusqu'à la taille. Elle ne portait pas de haut dessous.

L'air de la bibliothèque était tiède mais elle sentit l'exposition de sa peau comme une fraîcheur, une conscience soudaine de sa propre surface. Ses seins, ronds et lourds, pesaient autrement dans l'air libre. Karim, toujours dans son dos, passa les pouces le long de sa colonne vertébrale, du bas jusqu'aux omoplates, une pression régulière qui lui fit courber imperceptiblement le dos, cambrer les reins vers lui.

Élias s'approcha alors. Il posa les deux mains à plat sur sa poitrine, sans hâte, comme pour prendre la mesure d'un espace. Ses paumes recouvraient entièrement ses seins. Il ne pressait pas, il contenait. Elle sentit ses mamelons durcir au creux de ses paumes et il enregistra cela sans commentaire, en inclinant légèrement la tête, les yeux toujours fixés sur son visage comme s'il lisait là quelque chose d'important.

Elle ferma les yeux.

Karim avait baissé la robe jusqu'aux hanches. Il glissa une main à l'intérieur, lentement, sur le ventre d'abord, les doigts s'écartant pour couvrir le maximum de peau, puis plus bas. Elle portait une culotte fine, en coton blanc, presque rien. Il la sentit à travers le tissu, elle était déjà mouillée, et le fait que ses doigts s'y posent sans rien forcer, juste avec la pression de la curiosité, lui fit produire un son bref qu'elle ne chercha pas à retenir.

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IV.

Ils la conduisirent vers une alcôve que ni l'un ni l'autre ne semblait avoir cherchée mais qui était là, entre deux colonnes, un long sofa bas recouvert d'une étoffe sombre. Le sol en dessous était fissuré, des motifs anciens y étaient gravés, des signes qui pouvaient être des constellations ou des organes animaux stylisés.

Élias s'assit sur le sofa et l'attira à lui pour qu'elle s'installe à califourchon sur ses cuisses, face à lui. Karim resta debout un moment, puis s'agenouilla derrière elle.

Elle était nue à présent. Sa petite culotte avait fini avec sa robe quelque part dans l'obscurité, entre deux mondes, rejoignant d'autres choses perdues que le temps garde pour lui. Sa peau sous la lumière des sphères prenait une teinte ambiguë, ni dorée ni blanche, une couleur intermédiaire qui n'existait qu'ici.

Élias avait ouvert sa chemise. Son torse était lisse, les muscles longs et plats, la peau claire traversée d'une veine fine à la base du cou qu'elle suivit du bout de l'index. Il prit son doigt dans sa bouche et suça doucement, les yeux dans les siens. Elle sentit la chose directement entre ses cuisses, une réponse physique sans médiation, comme si sa bouche et son sexe étaient reliés par quelque chose de plus court que les nerfs.

Dans son dos, Karim avait posé les lèvres à la naissance de son cou. Pas un baiser. Une station. Sa bouche ouverte contre sa nuque, son souffle chaud, juste là. Sa main droite contourna sa hanche pour revenir sur son ventre, descendre, et cette fois sans tissu entre eux ses doigts trouvèrent directement ce qu'ils cherchaient. Elle était ouverte, humide, prête depuis longtemps, et il n'y eut pas d'entrée progressive, juste deux doigts qui la pénétrèrent ensemble et qui bougèrent avec l'assurance de quelqu'un qui n'improvise pas.

Elle laissa sa tête tomber en arrière, contre l'épaule de Karim.

Face à elle, Élias regardait. Il prit ses seins dans ses mains à nouveau, les souleva légèrement, passa les pouces sur les pointes. Elle était prise entre leurs deux attentions, deux rythmes différents, la main de Karim à l'intérieur d'elle et la bouche d'Élias qui descendait maintenant sur son cou, ses clavicules, la courbe du sein gauche.

Quand la bouche d'Élias referma ses lèvres sur son mamelon, elle gémit pour de bon, un son long et involontaire qui monta dans la bibliothèque vide et fut absorbé par la pierre.

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V.

Elle ne sut pas très bien à quel moment la configuration changea.

Élias était allongé sur le sofa, le pantalon ouvert, son sexe dressé contre son ventre. Elle s'installa sur lui d'elle-même, le guidant de la main, et quand il entra en elle la pénétration fut lente, centimètre par centimètre, et elle dut s'arrêter à mi-chemin pour reprendre souffle, les paumes à plat sur sa poitrine, les yeux fermés. La largeur du sexe, l'angle, quelque chose dans la position, la plaçaient exactement là où elle était la plus sensible.

Elle ne bougea pas immédiatement. Elle laissa son corps s'adapter. Élias avait posé les mains sur ses hanches mais sans exercer de pression, juste les tenir là, comme des parenthèses.

Karim, agenouillé sur le sofa derrière elle, avait penché son corps vers le sien. Elle sentit son sexe contre le bas de son dos, dur, chaud, insistant sans imposer. Sa bouche était revenue sur sa nuque, sa main droite avait contourné son torse pour saisir son sein. Elle commença à se mouvoir, lentement, un balancement des hanches qui permettait à Élias de la remplir et de se retirer selon un rythme qu'elle contrôlait entièrement tout en pressant le sexe de Karim contre ses fesses.

Karim laissa filer sa main de son sein jusqu'à son ventre, en bas, jusqu'à l'endroit où elle était jointe à Élias. Il sentit la base du sexe d'Élias, le bord du sexe féminin contre la paume, et il ne se retira pas, il laissa cette ambiguïté exister dans l'espace de leurs trois corps.

Ses doigts trouvèrent son clitoris.

Elle s'arrêta de bouger. La pression des doigts de Karim, le plein d'Élias en elle, ces deux informations simultanées la saturaient d'une manière qui n'appelait plus le mouvement mais la concentration, comme tenir quelque chose de lourd sans le lâcher. Elle resta immobile plusieurs secondes. Ses cuisses tremblaient légèrement contre les flancs d'Élias. Sa respiration était courte, irrégulière, elle entendait son propre sang.

Puis elle recommença à se mouvoir, plus vite, et Karim suivit le rythme de ses doigts.

---

VI.

Elle jouit la première fois sans crier, juste une contraction longue qui parcourut son corps de l'intérieur, des cuisses jusqu'aux épaules, et elle s'effondra contre la poitrine d'Élias qui la reçut et continua de bouger en elle, lentement maintenant, avec ménagement. Karim avait posé le front entre ses omoplates. Elle sentait leurs respirations à tous les deux, décalées, leurs souffles à contre-temps dans son dos et contre ses joues.

Elle se redressa. Elle voulait les voir tous les deux.

Elle se retourna, se déplaça de sorte qu'Élias soit dans son dos à présent et que Karim soit face à elle. Elle prit Karim dans sa main, le caressa avec méthode, les yeux sur son visage pour observer ce que ses gestes y produisaient. Il avait une façon de plisser les paupières sans les fermer qui lui plut. Élias, dans son dos, avait passé les mains sous ses bras pour tenir ses seins, les deux pouces sur les pointes, et il continuait à la pénétrer par-derrière dans une position qui ne l'autorisait qu'à de petits mouvements précis, répétés, très intérieurs.

Elle pencha la tête pour prendre Karim dans sa bouche.

Il était à hauteur de ses lèvres, exactement, comme si la configuration des corps avait été pensée à l'avance. Elle le prit lentement, en faisant attention, la langue d'abord, le tour du gland, puis plus bas, les deux mains sur ses cuisses pour se stabiliser. Il posa une main dans ses cheveux, sans tirer, juste là. Le contact de sa paume sur son crâne lui sembla une forme de tendresse inattendue, distincte de tout ce qui précédait.

Derrière elle, Élias accélérait. Ses hanches contre les siennes, la profondeur à chaque poussée, elle dut adapter sa propre posture, les reins plus bas, les épaules plus hautes, pour maintenir Karim dans sa bouche. Le double mouvement, être tenue et tenir, être remplie et contenir, produisait un état de conscience particulier : elle n'était plus tout à fait à l'intérieur d'elle-même, elle existait à la surface de trois corps à la fois.

Élias changea de rythme sans prévenir.

Ses poussées, jusque-là régulières, méthodiques, devinrent plus courtes, plus profondes, plus concentrées dans un espace très précis à l'intérieur d'elle, comme s'il cherchait un point fixe contre lequel s'appuyer pour ne pas tomber. Elle sentit ses cuisses se raidir contre les siennes, ses doigts se refermer sur ses hanches avec une pression qui laisserait des marques, et quelque chose changer dans sa respiration, une apnée brève, contrôlée, le silence d'un corps qui retient tout avant de lâcher.

Elle l'entendit inspirer une fois, longtemps.

Puis il entra en elle jusqu'à la garde et ne bougea plus.

La pulsation commença là, au plus profond, chaude et répétée, quatre fois, cinq fois, chaque onde distincte de la précédente, une chaleur qui se répandit vers le bas de son ventre et remonta le long de sa colonne. Elle sentit le liquide en elle, pas comme une abstraction mais comme une réalité physique précise, un flux doux et chaud qui la remplissait différemment, qui changeait la texture de l'intérieur, quelque chose de plus lisse, de plus saturé. Son corps à lui continuait de trembler par petites secousses derrière elle, les hanches qui frémissaient encore sans vraiment bouger, la fin d'un spasme qui n'en finissait pas.

Son front tomba entre ses omoplates.

C'est à cet instant que ça arriva.

Pas à cause d'une caresse, pas à cause d'une pression supplémentaire. Juste la chaleur de lui à l'intérieur d'elle, la sensation d'être pleine d'une manière qui excédait la simple physique, et quelque chose se déclencha depuis le centre de son bassin et ne demanda pas la permission. L'orgasme fut immédiat et violent, d'une nature entièrement différente du premier, pas une contraction progressive mais une onde unique et totale qui prit son ventre, ses cuisses, ses reins, ses mâchoires, tout en même temps, comme un poing qui se referme. Elle mordit l'intérieur de sa joue. Elle planta les ongles dans les cuisses de Karim. Son bassin se mit à bouger tout seul, en arrière contre Élias dont le sexe, encore dur, encore en elle, prolongeait mécaniquement chaque secousse et en produisait de nouvelles.

Elle ne cria pas. Elle ne put pas. Quelque chose dans sa gorge s'était fermé.

Elle tremblait de partout, les bras, les cuisses, même les épaules, un tremblement fin et régulier comme après un effort physique extrême, et le plaisir continuait, refusait de se terminer, s'alimentait de lui-même, de la chaleur en elle, du contact des mains d'Élias qui ne la lâchaient toujours pas.

Karim la regardait.

Il y avait dans son regard quelque chose entre la patience et le désir, il attendait, son sexe dur dans sa main à elle qui avait lâché sans s'en rendre compte, et il attendait qu'elle revienne.

Elle revint.

Elle mit plusieurs secondes à rassembler les fils, à retrouver la conscience de ses membres, à distinguer à nouveau les surfaces. Le tremblement ne cessa pas complètement mais devint maîtrisable, un fond de vibration dans lequel il était possible d'agir. Elle reprit Karim dans sa main, la prise ferme, les doigts refermés sur sa longueur, et elle sentit sous sa paume la chaleur, le gonflement, l'urgence contenue de quelqu'un qui a attendu trop longtemps.

Elle se pencha.

Sa bouche l'accueillit lentement, la langue d'abord sur la face inférieure, un trajet lent depuis la base jusqu'à la pointe, et elle entendit le son qu'il fit, bref et involontaire, les dents serrées. Elle referma les lèvres sur lui et commença à bouger, la main et la bouche ensemble, un rythme qu'elle construisait progressivement, en lisant dans ses hanches et dans sa respiration ce qui fonctionnait et ce qui fonctionnait mieux encore.

Elle était encore pleine d'Élias derrière elle. Elle sentait l'humidité de leur rencontre sur ses cuisses. Son ventre était encore traversé par des contractions sourdes, les répliques du séisme, et malgré tout elle tenait, concentrée sur Karim, sur le goût de lui dans sa bouche, sur la façon dont il gonflait encore davantage contre sa langue quand elle appuyait à l'endroit exact.

Il posa la main dans ses cheveux.

D'abord légèrement, les doigts écartés sur son crâne, puis, à mesure qu'elle accélérait, il ferma la main, pas pour diriger, pas pour forcer, juste pour tenir quelque chose. Elle sentit la traction à la racine de ses cheveux et ça traversa tout son corps, direct, une ligne droite de son cuir chevelu à son bas-ventre.

Elle accéléra encore.

Sa main droite travaillait la base pendant que sa bouche s'occupait du reste, et elle sentit le moment arriver, dans la raideur de ses cuisses, dans le tremblement de ses abdominaux, dans la façon dont il retint sa respiration exactement comme Élias quelques minutes plus tôt. Mais lui ne gardait pas le silence.

Il serra les doigts dans ses cheveux et tira.

Sa tête vint en arrière d'un coup, son cou exposé, les yeux vers le plafond criblé d'étoiles, et sa main sur lui ne s'arrêta pas, le rythme ne rompit pas, et il cria, un son rauque et long qui monta dans la bibliothèque vide, et le premier jet chaud atteignit sa gorge, le second son menton, le troisième sa clavicule, il continuait de crier, la main toujours dans ses cheveux, les hanches en avant, incontrôlable, et elle tint sa main autour de lui jusqu'à la dernière secousse, jusqu'à ce que le cri s'éteigne en souffle, jusqu'à ce que ses doigts à lui se desserrent lentement dans ses cheveux et qu'il reste là, devant elle, les genoux pliés, à bout.

Elle baissa les yeux.

Sa gorge, son menton, sa clavicule. Elle ne fit pas le geste de s'essuyer. Elle laissa l'air de la bibliothèque décider à sa place.

Derrière elle, Élias posa le front entre ses omoplates et n'en bougea plus.

---

VII.

Après, ils restèrent sur le sofa, les trois corps emmêlés sans ordre particulier, sans hiérarchie de membres. Elle était entre eux, la tête sur le torse de Karim, une jambe d'Élias posée sur les siennes. Sperme et sueur refroidissaient sur sa peau. Les sphères tournaient toujours, à vitesse constante, et les figures lumineuses poursuivaient leur chemin sur le cadran comme si rien ne s'était passé.

Elle ne pensait à rien de précis. C'est l'état qui lui était le plus familier, paradoxalement, après. Pas la paix au sens romanesque, juste l'absence momentanée de tout ce qui habituellement occupe le fond du crane : les listes, les horaires, les mots qu'on n'a pas dits. Un vide propre.

Karim avait posé la paume sur son ventre. Élias traçait machinalement sur son bras un motif qui ressemblait à une constellation.

Elle ferma les yeux et écouta le mécanisme des sphères. Un son presque inaudible, juste en dessous du silence, comme le bourdonnement de la bibliothèque quand personne ne l'habitait. Elle connaissait ce son par cœur. Elle l'avait cherché pendant des années dans les livres, dans les archives, dans les textes qui décrivent ce qu'on ne peut pas nommer directement.

Il était là. Il avait toujours été là.

---

VIII.

Au matin, ils n'étaient plus là.

La robe bleue était sur le dossier d'une chaise. Le sofa portait la marque de leurs trois corps. L'air sentait encore, à peine, la pierre chaude et quelque chose de plus doux, de plus personnel, qui s'effaçait à mesure que la lumière du jour entrait par les hautes fenêtres.

Les sphères avaient disparu. Les colonnes étaient là, comme toujours. Le ciel fissuré d'étoiles avait cédé la place à un ciel ordinaire, gris clair, parisien.

Zoé se rhabilla sans se presser. Elle vérifia que ses clés étaient dans sa poche, que sa carte professionnelle était à sa place dans son portefeuille. Elle nota mentalement qu'il faudrait reclasser les volumes de la travée dix-sept, qu'un rapport était attendu pour la fin de semaine.

Elle sortit par la porte latérale.

Sur le seuil, elle s'arrêta une seconde. Pas pour regarder en arrière. Juste pour laisser le souvenir se déposer correctement, trouver sa place dans la mémoire du corps : la pression de deux bouches à des endroits différents en même temps, la chaleur de deux thorax dans son dos puis face à elle, le poids précis d'une main sur son crâne.

Le temps se referma derrière elle sans bruit.

Elle descendit les marches et disparut dans la rue.

FIN

Les avis des lecteurs

Histoire Erotique
Toujours bien contée une jolie histoire que l’on lit d’un jet tranquillement pour en profiter pleinement. Daniel



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