Le carnet de Ninon - Tentation E01

- Par l'auteur HDS Miss_Sexcret -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 14-10-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Ce roman se lit à plusieurs voix. Ninon raconte ce qu’elle vit, Fred et Caro ce qu’ils voient d’elle et d’eux-mêmes. Chaque chapitre porte le nom de celui ou celle qui parle. Il arrive que la même nuit soit racontée deux voir trois fois : ce n’est pas une erreur, c’est le jeu.



— Ninon

J’ai sonné alors que j’avais déjà le code.

C’est idiot. Caro me l’avait envoyé la veille, avec l’étage, le nom sur la boîte aux lettres, un à tout à l’heure et un sourire en visio un peu trop large. J’aurais pu entrer. J’ai sonné. Aux Herbiers, on n’entre pas chez les gens comme si c’était déjà chez soi.

Le sac de sport tirait mon épaule vers le bas. Des serviettes, parce que maman avait peur qu’on n’en trouve pas, à Paris, à vingt-quatre ans, comme si j’allais en camp scout. Dans l’autre sac, mon carnet à spirale, celui aux pages un peu gondolées, et le gros classeur des annales pour le concours. Papa avait tapoté dessus en le posant sur la table : « Cette fois, tu es sûre de toi ? » Ce n’était pas méchant. C’était juste la troisième fois qu’il posait la question depuis deux ans.

La porte s’est ouverte avant que j’aie le temps de me trouver une phrase.

Caro. T-shirt, pieds nus, cheveux relevés. Elle m’a prise contre elle une seconde — un parfum propre, un peu cher — et elle a dit enfin comme si je venais de la pièce d’à côté, pas de l’autre bout de la France.

— Tu as trouvé facilement ?

— Oui. Enfin non. Le boulevard, au début.

— Tout le monde se trompe. Entre. Tu es toute jolie.

Derrière elle, l’appartement était trop grand pour ce que j’avais calculé. Parquet. Lumière de fin d’après-midi. Cuisine ouverte. Des dessins sous un aimant. Un plat sur la console, déjà, pour les clés.

Fred est arrivé de la pièce du fond. Salut Ninon. Il m’a serré la main et a pris le sac de sport sans demander si c’était lourd. Je me souviens de ses mains plus que de son visage, ce jour-là. Polies. Rien d’autre. Un homme qui porte un sac.

— La chambre est au bout du couloir en face de la notre, a dit Caro. Sur la cour. C’est plus calme. Enfin, calme à Paris. On entend un peu les voisins quand ils laissent la fenêtre ouverte mais ça va.

J’ai hoché la tête comme si je savais ce que ça voulait dire.

J’avais voyagé en train.

Nantes, le hall, les gens qui courent sans en avoir l’air. J’avais mis le sweat de Théo dès Angers. Je lui envoyais une message : « Je suis dans le train » . Il avait répondu « ok courage » et un cœur, un seul, le même depuis des années.

J’ai regardé la Loire sans la voir.

Sur la tablette, un magazine people acheté au présentoir, après les sandwiches. Une actrice, une photo volée, un mariage, une rupture. Les mêmes visages qu’à la caisse de l’Intermarché, en plus grand. Je tournais les pages pour que ça tourne. Une robe. Un bateau. Une légende : ils ne se cachent plus. J’ai refermé. J’ai rouvert. Ce n’était pas pour lire. C’était pour ne pas penser à une chambre que je n’avais vue qu’en visio, à un couple qui souriait trop bien, à un loyer que je n’aurais pas pu payer.

J’avais dessiné pendant tout le trajet : une femme endormie contre la vitre, un enfant qui comptait les poteaux électriques, mes propres mains sur mes genoux, que je n’arrivais jamais à réussir. Depuis Angers, j’avais arrêté de dessiner et je regardais la Loire sans la voir.

Vingt-quatre ans, et je recommençais tout. Trois ans de fac d’histoire, une licence dans un tiroir, un mémoire à moitié fini sur je ne sais plus quel peintre flamand, et puis un jour dans une salle du Louvre, devant un Vermeer, j’avais pleuré sans raison précise, et j’avais compris que je m’étais trompée de porte d’entrée. J’avais quitté la fac. J’avais bossé un an dans une librairie pour payer la prépa au concours. Ce n’était pas un caprice, même si à la maison, on avait mis du temps à le croire.

« Cette fois, tu es sûre de toi ? » Oui, papa. Cette fois, oui.

Gratuit contre le mercredi, et parfois le soir. « Ce n’est pas un job, c’était de l’entraide », avait dit Caro à l’écran. J’avais dit oui trop vite. Le calcul m’avait fait mal au ventre : la prépa au Louvre coûtait cher, un studio à Paris coûtait plus cher encore, et je n’avais plus l’âge de demander à mes parents de continuer à payer pour une fille qui s’était déjà trompée une fois.

Montparnasse. Le mauvais sens, puis le bon. Pierre de taille, troisième étage. Et moi qui sonne.

Ma nouvelle chambre pour au moins un an, trois mètres sur quatre, à vue de nez. Un lit une place tout neuf. Une fenêtre trop propre. Une armoire dont je n’utiliserais qu’une porte. Un bureau trop vide, déjà, avec une lampe.

— Tu as tes toilettes juste à côté, a dit Caro. Douche quand tu veux. Tu manges avec nous si tu veux. Tu ne manges pas avec nous si tu veux. On n’est pas une pension.

Elle a souri.

— Le petit est chez sa grand-mère ce soir. Léo. Tu le verras demain. Il est facile.

Facile. Comme un appareil qui ne tombe pas en panne. J’ai pensé à mes frères. Rien n’est facile. J’ai dit : d’accord.

Fred est resté sur le seuil.

— Tu as faim ?

— Non. Merci.

J’avais faim. Je ne savais pas encore où poser mes mains dans leur cuisine. Merci, déjà. Merci pour le sac, merci pour la chambre, merci pour l’hébergement gratuit. Je me suis entendue empiler les mercis comme on empile les assiettes pour qu’elles ne tombent pas.

— Les règles, a dit Caro, en tapotant le chambranle. Il n’y en a presque pas. Tu préviens si tu rentres tard. On prévient si on rentre tard. Le mercredi toute la journée c’est toi, sauf si on dit autrement. Wifi sur le frigo. Et… fais comme chez toi.

J’ai souri. Le sourire des filles sages.

Chez moi, on ferme les portes. Chez moi, on n’écrit pas le wifi sur le frigo. Chez moi, fais comme chez toi veut dire : n’oublie pas que tu es invitée.

— D’accord, ai-je dit.

Fred a posé le sac au pied du lit.

— Si quelque chose manque, tu le dis. On n’est pas des lecteurs de pensées.

Un peu d’ironie, chez lui, très légère.

Ils m’ont laissée.

J’ai fermé la porte. Doucement. Comme on ferme la porte chez moi.

Je me suis assise au bord du lit. Le magazine dépassait du sac à dos, encore ouvert sur la robe. Je l’ai sorti. Je l’ai posé face contre le bureau.

À maman : Bien arrivée. Ils sont super gentils. La chambre est bien.

À Théo : Je suis là.

Il a appelé deux minutes plus tard. Fond sonore d’une télé. Elle est comment. Ils sont comment. Bien. Bien. La voix du pays dans une cour parisienne, c’est bizarre : trop proche, trop loin.

— Je t’aime.

— Moi aussi.

Après, le silence de l’appartement. Pas tout à fait un silence. Une chasse d’eau quelque part. Des pas. La vie d’un couple qui n’a pas à chuchoter pour une fille de vingt-quatre ans qu’ils viennent d’installer au fond de leur appartement.

J’ai défait mon sac, rangé mes affaires. J’ai aligné les stylos, les feutres et mes crayons sur le bureau, sorti mon ordinateur. Mon carnet de croquis. Les cours n’avaient pas commencé. J’étais une fille qui attendait d’être étudiante, dans une chambre qui n’était pas à elle, avec un sweat trop large et une faim que j’avais niée.

Le soir, j’ai entendu Caro et Fred dans la cuisine. Pas les mots. Le ton. Un couple. Un vrai.

Je me suis dit : je ne ferai pas de bruit.

Je me suis dit : je garderai cette chambre.

Je me suis dit : demain je dirai encore merci, et ça suffira.

Dans la cour, un voisin a rentré des chaises. J’ai éteint. Le plafond était trop blanc. Aux Herbiers le plafond de ma chambre a une fissure que je connais par cœur. Ici, rien à suivre des yeux.

Puis on a tapé à la porte.

— C’est Fred. On dîne dans cinq minutes. Caro a fait trop de gratin de pâtes, tu nous rendrais service.

— Fred

C’est Caro qui a décidé d’aller la chercher.

— Elle n’a pas mangé, a-t-elle dit en sortant le plat du four. Elle a dit non parce qu’elle a cru que c’était ce qu’il fallait dire.

— Elle a dit non très correctement.

— Va frapper.

— Pourquoi moi ?

— Parce que tu as la voix qui rassure, et que moi, je fais peur aux jeunes filles sages.

Elle n’a pas tort. J’ai traversé le couloir, dépassé la chambre de Léo, sa veilleuse en forme de lune, et j’ai frappé à la porte du fond, deux coups légers. Il y a eu un silence qui a duré trop longtemps.

— Oui ?

— C’est Fred. On dîne dans cinq minutes. Caro a fait trop de gratin de pâtes, tu nous rendrais service.

Un autre silence. Puis la porte s’est entrouverte. Elle avait gardé le gros sweat, retiré ses baskets, gardé son téléphone dans la main comme une ancre.

— Je ne voudrais pas déranger.

— Tu ne déranges rien. Ce n’est pas un piège, promis. Juste des pâtes au fromage.

Elle a souri, un peu, sans savoir ce qu’elle faisait de sa bouche. J’ai attendu. Elle a dit : « D’accord, merci », le quatrième merci depuis son arrivée, et elle m’a suivi.

Caro a mis un vrai verre devant elle. Ninon l’a regardé comme on regarde un objet précieux dans une vitrine.

— Un peu de vin ? a demandé Caro.

— Un tout petit peu.

— Un tout petit peu, alors. On ne va pas te saouler le premier soir.

Je servais. Elle avait les épaules serrées, les mains à plat de chaque côté de son assiette, comme si la table allait s’envoler. Elle mangeait proprement, par petites bouchées, en regardant le plat plutôt que nous, mais je remarquais l’appétit qu’elle retenait. J’aime les gens qui ont faim et qui le cachent. Ils sont une espèce en voie de disparition.

— Alors, a dit Caro. Raconte. On ne sait presque rien de toi.

— Ce n’est pas très passionnant.

— Tout est passionnant à ton âge.

— Là où j’habite pas trop, non.

— Où ça ? ai-je demandé.

— Les Herbiers. En Vendée. Pas la côte, l’intérieur. Le bocage.

— Et ta famille ?

Elle a hésité. Les doigts autour du pied du verre.

— On est six. Deux garçons, quatre filles. Je suis la troisième. Mes parents… ils sont gentils, mais assez stricts. Ils ont pas mal de principes. Ils n’ont pas beaucoup d’amis. On ne se mêle pas de la vie des autres. Enfin, si, on s’en mêle, mais de loin.

— C’est comme ça que tu as appris à gérer les petits, alors, a dit Caro.

— Oui. Ça m’a toujours paru naturel. Quand il y en a six, et la fille la plus âgée, on s’occupe des plus jeunes sans qu’on vous le demande.

— Léo va t’adorer.

— Il a quel âge, déjà ?

— Quatre ans, ai-je dit. Quatre ans et demi, il tient à la précision. Il est en moyenne section. Le mercredi, c’est centre de loisirs le matin, tu le récupères à midi, tu le fais déjeuner, l’après-midi il est à toi.

— Qu’est-ce que je dois savoir ?

Elle a posé la question sérieusement, sans un sourire, comme si on lui donnait un dossier. J’ai vu Caro la regarder avec une sorte de tendresse qu’elle cache d’habitude.

— Le doudou s’appelle Monsieur Lapin, a dit Caro. Il ne faut jamais dire « le lapin ». Le soir, il négocie trois histoires. Tu en accordes deux. Il essaiera de te faire dire oui à la troisième avec un petit soupir. Ne cède pas au premier soupir, cède au deuxième.

— Et la veilleuse reste allumée, ai-je ajouté. La lune, dans le couloir. Ne la débranche jamais.

— Et si jamais il pleure ?

— Il ne pleure presque pas. Mais s’il pleure, tu le prends dans tes bras, tu ne dis rien, et tu comptes jusqu’à vingt.

Elle a hoché la tête, et j’ai vu ses lèvres bouger : elle apprenait la leçon. Monsieur Lapin. Deux histoires. La lune. Elle nous a regardés comme si elle passait un oral.

— Ce n’est pas un travail, a dit Caro, doucement. C’est de l’entraide. Tu peux dire non, tu peux rentrer chez toi le week-end, tu peux nous demander ce que tu veux.

— Merci.

— Le cinquième, a murmuré Caro, à mon intention.

Elle l’a dit assez bas pour que Ninon ne l’entende pas.

— Et pourquoi l’école du Louvre ? ai-je demandé plus tard, en coupant le fromage.

— J’ai fait trois ans d’histoire à la fac. Et puis j’ai arrêté.

— Pourquoi ? a demandé Caro, sans aucune malice dans la voix, juste de la curiosité franche.

— Un jour, devant un tableau, au Louvre. Un Vermeer. J’ai pleuré, je ne sais même pas pourquoi. Et j’ai compris que je m’étais trompée de voie. Alors j’ai tout arrêté, j’ai bossé un an en librairie, et maintenant je prépare le concours de l’École du Louvre.

— À vingt-quatre ans, changer comme ça, c’est du courage, ai-je dit.

— Ou de l’entêtement.

— Les deux vont souvent ensemble.

Elle a eu un petit sourire, le premier vrai depuis son arrivée.

— Et ta famille, ça a pris comment ? a demandé Caro.

— Mon père me demande encore si je suis sûre de moi. Trois fois en deux ans.

— Et tu réponds quoi ?

— Que oui. Que cette fois, oui.

Elle a dit ça en regardant son assiette, avec une fermeté que je n’avais pas encore vue chez elle.

— Un copain ? a lancé Caro, presque dans la foulée, avec ce ton léger qu’elle prend pour poser les questions qui comptent.

— Théo. Depuis quatre ans. Il est électricien, il travaille sur des chantiers en Vendée.

— C’est sérieux ?

— C’est mon premier copain. On verra avec la distance.

— Il pense à venir te voir ?

— Il n’aime pas trop Paris. Il préfère le foot, les copains, sa camionnette. Mais il est gentil.

Il y avait, dans le mot gentil, quelque chose qui ressemblait à un aveu qu’elle ne ferait pas plus loin ce soir-là. J’ai laissé passer. Caro aussi, mais je l’ai vue enregistrer l’information quelque part, pour plus tard.

— Oui tu verras bien, vous êtes encore jeune pour rester avec la même personne toute votre vie. Et varier les plaisirs ça ne fait pas de mal, a répété Caro.

— Pour le moment je me consacre à mes études. C’est tout ce qu’il y a à dire, en fait.

Elle a bu une gorgée. Je l’ai regardée poser son verre. Il y avait quelque chose dans son on verra : pas de tristesse, pas d’impatience. Une porte qui reste fermée par habitude, sans que personne ait pensé à en changer la serrure.

Le téléphone de Caro s’est allumé à côté de son assiette. Elle a lu, à peine, avec ce sourire que je connais bien, un sourire qui n’était pas pour la table. Elle a retourné l’écran contre le bois.

Ninon a vu. Elle a baissé les yeux aussitôt, très vite, sur son assiette. Elle a vu, et elle a fait comme si elle n’avait rien vu, avec un soin qui m’a fait sourire.

J’ai regardé Caro. Elle m’a regardé. Une seconde. Une conversation entière.

Elle a insisté pour faire la vaisselle. Caro a refusé, Ninon a insisté, Caro a fini par lui donner un torchon. Puis elle est repartie vers sa chambre en disant merci, encore, pour la lasagne, le vin, la chambre, la douche à venir. Le sixième, le septième. J’ai renoncé à compter.

La porte s’est refermée sans bruit, au bout du couloir.

— Elle est adorable, a dit Caro.

— Elle a vu ton téléphone.

— Je sais oui mais je ne pense pas qu’elle ait compris.

— Tu l’as fait exprès de le poser à côté d’elle ?

— Non. Peut-être. Je ne sais pas. C’était un réflexe, Fred, ce n’était pas dirigé contre elle. Elle vit chez nous. On ne va pas se mettre à jouer aux cachotteries.

— Tu le vois jeudi, alors ?

— Oui, au bar près de l’Odéon. Il a l’air très bien élevé et de jolies mains.

— Il a un nom ?

— Il en aura un jeudi.

J’ai ri. Elle s’est adossée au frigo, les bras croisés.

— Tu crois qu’elle pourrait comprendre ? a-t-elle demandé.

— Qu’on est libertins ? Non. Elle sait qu’on est un couple moderne, des parisiens, qui se parle et se comprend sans mots. C’est déjà beaucoup pour une fille de province qui ferme sa porte à clé.

— Et ça te dérange ?

— Non. Ça me touche, en fait. Elle nous regarde comme si on avait trouvé un truc qu’elle cherche. Je ne sais pas encore quoi.

Caro m’a pris par la ceinture et m’a attiré à elle.

— Fais attention, a-t-elle murmuré.

— À quoi ?

— À ne pas la regarder comme tu me regardes.

— Je ne la regarde pas.

— Menteur je suis sûre que d’avoir une autre femme dans la maison ça va t’exciter.

C’était presque vrai. Presque. J’y avais pensé, dans le couloir, en frappant à sa porte : le gros sweat, le jean trop large, la manière qu’elle a de porter son corps comme on porte des excuses. J’avais repoussé la pensée poliment, comme on repousse une assiette. Pas celle-là. Elle habite chez nous.

— Viens, a dit Caro.

Notre chambre. Elle a retiré son pull d’un seul geste, en se fichant de ce que je voyais. Puis le reste, sans hâte, en parlant d’autre chose : la réunion de parents, le pressing, le rendez-vous de jeudi.

— Je mets la guêpière noire, a-t-elle dit en ouvrant un tiroir.

— Sans la veste ?

— Sans la veste.

— Tu vas le rendre fou.

— C’est le principe.

Elle s’est retournée. Sa clavicule, sa bretelle défaite, la marque pâle sur l’épaule. J’ai ressenti la chose que les gens ne comprennent pas quand on leur explique : ni jalousie, ni fierté exactement. Une chaleur. Le plaisir de la savoir désirée ailleurs, et de savoir qu’elle rentre et me racontera tout.

— Je laisse la porte entrouverte ? a-t-elle demandé.

C’est une vieille habitude, chez elle, d’avant Léo. Une maison sans secrets.

— Ferme-la, ce soir.

— Tu crois ?

— Elle a vingt-quatre ans. Elle vient d’arriver. On ne va pas lui faire peur le premier soir.

— Justement, a-t-elle murmuré contre mon cou, ça va te faire bander deux fois plus.

Elle n’a pas fermé la porte. Au fond du couloir, sous celle de Ninon, une ligne de lumière brillait encore.

Puis la ligne s’est éteinte. À l’instant même où Caro a ri, bas, contre mon oreille.

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