Le carnet de Ninon - Tentation E03

- Par l'auteur HDS Miss_Sexcret -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 23-10-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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— Fred

Le parfum dans la cage d’escalier, déjà. Pas celui de la maison. Celui d’avant de sortir.

La robe bordeaux. Adieu la guêpière. Ninon près de la cuisine, figée, les yeux trop sages. J’ai embrassé Caro sous l’oreille, la main dans le dos ouvert, les lettres dans l’ordre. Le tatouage sous la bretelle. Le cœur plus bas, que le tissu laisse encore deviner.

— Tu me raconteras.

— Comme toujours.

— Amuse-toi.

La porte.

Léo criait déjà les sushis depuis le salon. J’ai commandé. Et pendant que l’appli tournait, j’ai pensé à elle dans le métro, le bordeaux, les bas, le type qui l’attendait, ça devait être un verre près de l’Odéon. Ce soir, ce n’était déjà plus un verre. Je le savais à la façon dont elle avait fermé les yeux quand je l’avais embrassée. Pas de jalousie. Cette chaleur-là, celle que les gens ne comprennent pas : la savoir désirée, et savoir qu’elle rentrera tout dire. Y compris ce qu’elle aura laissé faire. Y compris ce qu’elle aura refusé.

Ninon coupait déjà les baguettes en deux pour Léo. Elle n’avait rien vu de tout ça. Ou trop peut-être. Je n’ai rien ajouté.

On a mangé dans le canapé, Léo entre nous, les baguettes trop grandes pour lui. Ninon recoupait ses california, encore. Elle disait merci à chaque boîte. Après les histoires, la lune, la porte de sa chambre à lui, il ne restait que le salon et un film que je n’avais pas vraiment choisi. Un thriller des années 90, Sexcrimes. Je l’avais vu ado.

On s’est assis chacun dans un coin du canapé, un coussin au milieu comme une frontière que personne n’avait posée exprès.

Ça allait. Jusqu’à la scène de la piscine.

Pas un film porno. Juste Hollywood qui vend un polar et qui glisse ça au milieu : une piscine, deux filles, un homme entre elles, un plan trop long, le bruit de l’eau, les bouches qui se cherchent aussi entre elles. Ninon a croisé les jambes, a pris le coussin contre elle. Les oreilles rouges. Elle faisait la grande. Moi j’ai ri d’une réplique à côté, une phrase de flic mal placée, parce que c’était écrit pour qu’on reprenne son souffle — et que personne, dans ce salon, n’avait prévu d’en avoir besoin.

— Tu veux changer ? ai-je dit.

— Non. Ça va.

Ça n’allait pas. Elle regardait le tapis. Sur l’écran, l’eau clapotait encore.

— C’est du cinéma, ai-je dit. Tout le monde est trop beau, trop d’accord, trop en même temps. Personne ne vit ça comme ça.

Elle a eu un petit rire, le premier de la soirée, sans lever les yeux.

— Les gens font ça, quand même ? Pour de vrai ?

— Certains. D’autres non. La plupart n’en parlent pas.

Silence. Le polar reprenait, des flics, des mensonges. Ninon tenait encore le coussin.

— Et Caro ?

Ce n’était pas clair, ce qu’elle demandait. Si Caro ferait ça. Si on en parlait. Si c’était pour ça, la robe.

— On s’est connus à une expo. Elle m’a repris sur le cartel à côté d’un tableau. Elle avait raison. On a bu un verre. Elle était déjà comme elle est aujourd’hui, tu vois. Ouverte. Pas pour faire semblant. On n’est sortis ensemble que trois mois après. Elle m’a fait patienter. Huit mois après, on était mariés.

Je n’ai pas dit le reste.

Ninon a tourné son verre entre ses doigts.

— Elle est... très belle, ce soir.

— Oui.

— Ça ne te... enfin. La laisser sortir comme ça. Seule.

Ce n’était pas une question. Presque.

— Je sais comment elle est habillée. Je sais qu’elle va faire tourner des têtes. Mais je sais aussi qu’elle rentre. C’est déjà beaucoup.

Elle a hoché la tête, trop vite, comme au dîner du premier soir. Sur l’écran, les filles s’étaient rhabillées. Ninon a relâché le coussin.

— Je vais me coucher.

— D’accord. Merci pour Léo.

— De rien. C’est mon travail.

Sa porte, au fond. Douce. La ligne de lumière. J’ai baissé le son. J’ai regardé la suite tout seul, sans y penser, et j’ai écrit à Caro : Léo dort. Elle aussi, je crois. Amuse-toi.




— Ninon

Je n’avais pas éteint.

Le film s’était arrêté tout seul, de l’autre côté. Des pas. Le frigo. Puis plus rien, assez longtemps pour que je me dise qu’il dormait.

Il était près de minuit quand j’ai entendu la clé dans la serrure.

Des talons posés, pas enfilés. La voix de Caro, basse, heureuse, celle du premier soir dans la cuisine, puis celle de Fred, un peu endormie. Le ton d’un couple qui se retrouve. Pas les mots.

Je me suis levée pour un verre. C’est ce que je me suis dit.

Le salon n’était pas fermé. Je voyais le dossier du canapé, la lampe trop faible, deux silhouettes. Je me suis arrêtée avant le carrelage, au bord du parquet, là où le couloir devient visible.

Je n’ai eu que des bribes.

— … dès l’entrée dans la chambre, il a voulu…

— … ses doigts, putain… juste là…

— … je lui ai dit pas sans toi…

— … sa bouche était…

— … je lui ai dit que toi, tu…

Fred riait presque. Un rire dans la gorge. Et le mouvement, lui, était net : le bras de Caro, régulier, entre eux, trop bas pour être innocent. Je n’avais pas besoin d’un mot pour ça. Je savais. Même aux Herbiers, on sait.

Elle parlait encore quand elle s’est baissée.

— Continue, a dit Fred. Plus vite, mon amour. Oui. Comme ça. Tu m’excites. C’est trop bon… je...

Elle s’est baissée rapidement. Je n’ai vu que le haut de ses cheveux. La main de Fred dessus, qui la maintenait. Lui, la tête renversée contre le dossier. Un gémissement, court, puis plus long, mal retenu, comme on retient parce qu’il y a une porte au fond et une fille derrière. J’ai compris, sans voir : il se vidait dans sa bouche. Elle n’a pas reculé. Sa tête a juste un peu bougé, sous sa main.

Elle est restée un peu.

Quand elle s’est relevée, elle s’est essuyé le coin des lèvres du dos de la main, un geste petit, presque propre.

— Il t’a fait pareil ? a demandé Fred.

Elle a ri.

Après, ils ont parlé encore, plus bas, presque normal. Un rire d’elle. Le bruit d’un zip. Des pas nus.

J’ai reculé trop vite.

Ma porte, sans clé. Le lit. La nuisette remontée, la culotte déjà chaude. Je me suis allongée. La main sous le coton, cette fois sans le prétexte du plat de la paume. J’ai suivi ce que je n’avais pas vraiment vu : les cheveux, la main sur la tête, le bruit qu’il avait fait, l’idée précise de sa bouche à elle, ouverte, qui recevait. Je n’ai pas mis de visage sur les images. J’ai mis le rythme. Deux doigts. Plus vite. Le bas-ventre trop serré.

Ils sont passés devant ma porte.

J’ai joui pile à ce moment-là, un souffle que j’ai raté, un petit bruit de gorge que le drap n’a pas étouffé. De l’autre côté, le rire s’est arrêté une demi-seconde. Puis a repris, plus loin, dans leur chambre.

Merde. Tu n’es pas très discrète, Ninon, me suis-je dit.

J’ai retiré ma main. Je l’ai posée à plat sur le drap. Mon cœur battait fort, et trop vite.

Je me suis dit : ils vont penser quoi de moi.

Je me suis dit : demain, il faut que je reste naturelle.



— Fred

Caro a cette façon de poser le café sur la table basse, le dimanche matin, qui veut toujours dire autre chose que le petit-déjeuner.

Un pyjama de soie trop large, les cheveux attachés haut, la peau encore tiède de la nuit. Ninon était dans sa chambre, la porte entrouverte comme d’habitude depuis deux jours — un fil de lumière, le bruit d’un crayon qui grattait doucement sur du papier grainé.

— Dis-moi un truc, a murmuré Caro en se calant contre mon épaule, les pieds repliés sous elle.

Son souffle est venu se poser juste sous mon oreille, à l’endroit exact où la peau reste sensible.

— Quoi ?

— Un truc qu’on n’a pas encore fait. Tu sais bien… nos ajustements. On n’a pas remis la carte à jour depuis deux mois.

Elle souriait. C’était notre rituel, une sorte de cartographie permanente. Avec Caro, le libertinage n’avait jamais été un chaos d’impulsions, mais une architecture précise. On posait les limites, on traçait les lignes, on redéfinissait ce qui nous faisait envie, ce qui restait interdit, ce qui devenait possible. C’était la clé pour que rien ne s’abîme. Et elle savait pertinemment que la porte de la chambre du fond n’était pas tout à fait fermée.

— Tu veux un scénario ? ai-je demandé, en baissant la voix d’un ton, juste assez pour qu’il faille tendre l’oreille de l’autre côté du couloir.

— Je veux des détails, Fred. Chauffe-moi. Raconte-moi une scène qui te reste dans la tête et qu’on n’a pas encore cochée.

J’ai posé mon mug. J’ai passé ma main sur la cuisse de Caro, sous la soie, remontant lentement vers la naissance de sa fesse. J’ai jeté un coup d’œil oblique vers le couloir. Le bruit du crayon s’était arrêté.

— Un trio, ai-je dit doucement. Mais pas le classique. Pas celui où chacun cherche ses marques.

— Raconte, a chuchoté Caro. Elle a glissé sa main sur mon genou, appuyant un peu.

— Un jeu à 3 sous tes yeux…Toi, tu es là. Tu ne touches à rien tout de suite. Tu es assise, ou allongée pas loin, habillée juste ce qu’il faut pour qu’on devine tout. Tu regardes. Tu es le centre de la pièce, mais c’est moi qui m’occupe d’elles.

— Elles ?

— Deux filles, ai-je repris, le regard fixé sur l’angle du mur, là où l’ombre du couloir tombait sur le parquet. Une blonde, une brune… ou une fille d’ici et une autre venue d’ailleurs, peu importe. L’une a de l’expérience, l’autre apprend encore. Tout est très lent au début. Elles se découvrent sous mes yeux, sous les tiens.

J’ai senti Caro se tendre légèrement contre moi, son souffle qui s’accélérait. C’était sa façon à elle d’absorber les mots, d’en faire son propre plaisir.

— Et ensuite ? a-t-elle soufflé.

— Ensuite, la tension monte. Je les prends à tour de rôle, mais l’idée, le vrai truc qui me rend fou et qu’on n’a jamais tenté, c’est la fin.

— La fin…

— Je suis sur le point de jouir. Je demande à la première de s’agenouiller. Elle m’avale. Entièrement. Je me vide dans sa bouche, jusqu’à la dernière goutte, pendant que tu nous regardes fixement. Mais elle garde dans sa bouche, elle n’avale rien.

Un court silence est tombé dans le salon. J’ai entendu un petit froissement de draps au fond du couloir.

— Qu’est-ce qu’elle fait ? a demandé Caro, la voix plus grave, presque rauque.

— Elle se relève. Elle ne dit rien. Elle se tourne vers la deuxième fille, celle qui attend, toute chaude, encore tremblante de ce qu’elle vient de voir. Elle s’approche d’elle, lui prend le visage entre les mains… et elle lui donne ma crème. De bouche à bouche. Un long baisé mouillé, dense, où elles se partagent ce que je viens de donner. Et la deuxième avale tout, en te fixant droit dans les yeux.

La main de Caro s’est resserrée fort sur ma cuisse. Elle a lâché un petit soupir, un frisson visible le long de sa colonne vertébrale.

— Bordel, Fred… a-t-elle murmuré. C’est précis.

— Tu voulais du détail, bébé. C’est mon fantasme du moment. Pas encore testé. Mais totalement réalisable, si les règles sont claires.

Elle s’est redressée, la joue un peu rose, un sourire gourmand accroché aux lèvres. Elle a posé un baiser rapide sur mon menton, puis s’est tournée vers le couloir en élevant à peine la voix, de cette façon faussement innocente qu’elle maîtrise à la perfection :

— Ninon ? Tu es réveillée ? Le café est prêt si tu veux !

Un temps. Puis la voix un peu enrouée de Ninon a répondu depuis sa chambre :

— Oui… merci. J’arrive dans deux minutes.

J’ai repris mon smartphone sur la table. Caro m’a jeté un regard complice, chargé d’une promesse muette. La cartographie était posée. Il ne restait plus qu’à voir qui allait franchir la ligne.

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