Le carnet de Ninon - Tentation E08

- Par l'auteur HDS Miss_Sexcret -
Avatar de Miss_Sexcret
Auteur femme.
  • • 86 récits publiés.
  • • Cote moyenne attribuée par les lecteurs : 0.0 • Cote moyenne attribuée par HDS : 0.0
  • • L'ensemble des récits érotiques de Miss_Sexcret ont reçu un total de 347 733 visites.
Histoire érotique Publiée sur HDS le 08-11-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
Tags : Libertinage
Cette histoire de sexe a été affichée 76 fois depuis sa publication.
— NINON

Le lundi a commencé comme tous les autres lundis.

Léo a renversé son bol. Fred a essuyé. Caro a mis le café trop fort, comme toujours, et elle a juré tout bas contre la machine, comme toujours. Moi, j’ai beurré une tartine que je n’avais pas vraiment faim de manger. Personne n’a parlé du canapé. Personne n’a parlé du crayon. Personne n’a parlé de ce que j’avais vu, ni de ce que j’avais écrit en marge.

C’était presque plus troublant que s’ils m’avaient interrogée dès le réveil.

J’avais dormi d’un sommeil court, le bloc refermé sous mon oreiller, pas sous le matelas cette fois. La phrase tenait encore sous mes paupières : pas de mensonge. pas ce soir. Le soir était fini. Le lundi, lui, ne savait pas encore ce qu’il allait faire de nous.

Caro m’a demandé si je prenais le métro avec Léo jusqu’à l’école, parce que Fred avait une réunion tôt. J’ai dit oui. Elle m’a souri exactement comme le premier matin, celui où je ne savais pas encore où ranger mes chaussures. Rien dans son visage ne disait : tu étais là, tu as regardé, tu n’es pas partie.

Dans l’ascenseur, Léo a collé sa main contre la mienne et il a dit Nino. J’ai compté les étages pour ne pas penser au reste.

Toute la journée, au Louvre, j’ai été une mauvaise élève. Les présentations de tableaux défilaient. Les dos aussi. Chaque nu de dos me renvoyait au canapé. Chaque main peinte sur une hanche me renvoyait à la main de Fred. J’ai copié trois phrases dans mon classeur sur Le Bain turc sans les comprendre. À midi, Théo m’a envoyé un cœur. Un seul. J’ai laissé l’écran s’éteindre.

Le soir, Léo s’est endormi à la première histoire. Il n’avait pas fait de cauchemar. J’ai refermé sa porte à deux centimètres, et je suis restée un moment dans le couloir, face à leur chambre et à la mienne, sans savoir laquelle des deux portes était la plus dangereuse.

Ils étaient dans la cuisine.

Pas habillés pour sortir. Pas parfumés. Fred en t-shirt. Caro les cheveux encore humides, un gilet trop grand, les pieds nus. Une casserole sur le feu. L’odeur d’ail. La vie simple, celle qu’on montre aux voisins.

— Tu manges avec nous ? a demandé Caro.

— Oui.

J’aurais pu dire non. Aller dans ma chambre. Faire semblant d’avoir un devoir. Ça aurait été un mensonge, et la phrase dans son dos m’aurait suivie jusqu’au lit.

On a mangé. Des pâtes. Léo n’était plus là pour occuper les silences, alors les silences se sont assis avec nous. Fred a parlé d’un dossier. Caro a parlé de la lessive, d’un bouton à recoudre sur le manteau de Léo. Puis plus rien. Le bruit des fourchettes.

J’ai senti qu’ils se regardaient au-dessus de moi. Pas pour se mettre d’accord. Pour savoir qui commencerait.

Ça a été Caro.

Elle a posé sa fourchette. Elle n’a pas pris un ton solennel. Elle a pris celui de la météo, le même que le matin où elle m’avait demandé si j’avais trouvé une robe dans son dressing.

— Hier soir. On ne t’a pas demandé si tu voulais rester. On t’a dit que tu pouvais partir. Tu es restée. On aimerait savoir si tu le savais, en restant.

J’ai senti le sang me monter aux oreilles. Le jean, sous la table, collait à mes genoux.

— Si je savais quoi.

— Que tu n’étais plus seulement en train de dessiner, a dit Fred. Que tu nous regardais pour de bon.

Il n’avait pas l’air d’un juge. Il avait l’air d’un homme qui pose une question qu’il a déjà posée, ailleurs, à d’autres, et qui en attend encore la réponse exacte.

— Oui, ai-je dit. Je le savais.

— Et est-ce que tu as aimé nous regarder faire l’amour ? a demandé Caro.

La question est tombée toute simple. Pas un piège. Une porte, encore une.

J’ai pensé à la mine cassée. À ma main gauche dans ma culotte. Au regard de Caro, ouvert, posé sur moi pendant que Fred l’embrassait. J’ai pensé à Théo, et au mot “inséparables” sous une photo que je n’avais pas demandée.

— Oui.

Le mot était trop petit pour tout ce qu’il portait. Je l’ai laissé quand même.

Caro a hoché la tête, une seule fois, comme on valide une chose qu’on avait déjà vue venir.

— Alors on te doit quelques explications, a-t-elle dit. Les vrais. Pas celles qu’on laisse entendre en passant, sans les poser sur la table.

Elle a croisé les mains sur la nappe. Le gilet a glissé sur une épaule. Le lotus n’était pas visible, mais je savais qu’il était là.

— Nous sommes ce que l’on appelle des libertins. Depuis longtemps. On se voit avec d’autres. Ensemble, parfois. Chacun de notre côté, parfois. Ce n’est pas une trahison. C’est une règle qu’on s’est donnée, c’est notre mode de vie intime.

Fred n’a pas bougé. Il regardait son verre d’eau, puis moi.

— Moi, a-t-il dit, j’aime regarder. Caro avec d’autres. C’est Caro qui choisit ses partenaires. Soit je regarde, soit elle revient me raconter en détail et je vois quand même. On appelle ça du candaulisme, si tu veux un mot. Le mot n’est pas important. Ce qui compte, c’est que ça me plaît. Que ça nous plaise. Évidemment il n’y a pas que ça.

J’ai répété le mot dans ma tête. Candaulisme. Ça sonnait comme une œuvre ou une légende sous un tableau qu’on n’ose pas trop longtemps regarder.

— Depuis combien de temps ?

Caro a souri, un sourire honnête et franc.

— Douze ans qu’on est ensemble. Dix qu’on a ouvert cette porte. Au début, c’était rare. Une soirée par an, on se croyait très audacieux. Ça mettait du piquant dans notre couple. Puis ça a trouvé son rythme. Pas tous les week-ends. Assez souvent pour que ce ne soit plus un accident.

— Et la jalousie ?

Fred a répondu avant elle.

— Elle existe. On ne l’a pas tué. On l’a apprivoisée. Il y a des soirs où je la sens, là, derrière les côtes, quand elle rit trop près de quelqu’un que je ne connais pas. Il y a des soirs où c’est elle qui la sent, quand une femme me regarde trop longtemps. On en parle. C’est la seule chose qu’on ne laisse pas pourrir.

— Tout est permis sauf le mensonge, ai-je dit.

Ils se sont regardés. Cette fois, ce n’était plus pour savoir qui commencerait.

— Tu as compris le sens de mon tatouage, a dit Caro.

— Fred me l’a dit. Hier. Pendant que je te dessinais.

— Alors tu connais déjà notre règle, a-t-elle repris. Le reste, ce sont des détails. Les rencontres à deux, à trois, à plus. Les soirs où on ne touche personne. Les soirs où on rentre tôt parce que Léo a un rhume. Les soirs où l’un de nous sort seul, et où l’autre le sait avant même que la porte se referme.

J’ai posé mes mains sur la table, pour qu’elles cessent de chercher mon jean.

— Et le plaisir, dans tout ça. C’est le même ? Ou c’est un autre, plus fort ?

Caro a mis un moment.

— C’est le nôtre, a-t-elle dit. Agrandi. Parfois plus vif, parfois plus lent. Ce n’est pas mieux que ce qu’on fait tous les deux, seuls. C’est à côté. Une pièce de plus dans la maison. On n’est pas obligé d’y entrer tous les soirs.

Fred a ajouté, plus bas :

— Te regarder, hier, ça faisait partie de cette pièce-là. On ne t’avait pas invitée pour ça. On t’avait demandé de dessiner. Ensuite, on a continué. On savait que tu en avais peut-être envie. On a choisi de ne pas s’arrêter.

— Vous vous êtes demandé, ce matin, si j’allais faire comme si de rien n’était.

— Oui, a dit Caro. On s’est demandé. On a décidé de ne rien précipiter, de ne pas te faire peur. Le quotidien d’abord, le petit-déjeuner, Léo, le métro. Ensuite seulement, si tu étais encore là ce soir, c’est tout te raconter.

Le frigo a lancé son ronron. Dehors, un scooter. La vie de l’immeuble, qui ne savait rien.

— Ça t’intéresserait, de découvrir ce monde ? a demandé Caro.

La question n’était pas une main tendue vers ma culotte. C’était une question simple. On pouvait y répondre non. Elle l’avait dit autrement, déjà, la veille : tu peux partir. Rien ne change.

— Je ne sais pas encore ce que c’est, ce monde. J’en ai entendu parlé bien sûr. J’ ai aimé vous dessiner dans mon carnet, vous regarder mais de là à participer.

— On n’attend pas une décision ce soir. On te demande ce que tu en penses. Pas ce que tu vas faire.

Fred a repris, plus prudent.

— Et ton copain Théo. ?

Le prénom, posé au milieu des pâtes, a fait un trou.

— Il est loin. Il m’a demandé quand je rentrais. Je pense qu’il me trompe avec ma meilleure amie. Je lui en ai voulu… beaucoup. Ensuite je me suis dit que j’étais mal placée pour en vouloir à qui que ce soit.

— Tu lui as dit, pour nous ? a demandé Caro.

— Non.

— Tu n’es pas obligée. Ce n’est pas notre place de te dire de le quitter, ni de le garder. C’est la tienne. On te le demande seulement parce que, si un jour tu veux voir plus loin que le canapé, il faudra que tu saches pour qui tu le fais. Pas pour nous. Pas pour lui. Pas pour la chambre ici ni pour Léo. Mais uniquement pour toi.

La chambre. Léo. Les deux mots qu’il ne fallait pas mélanger au reste. Fred les avait posés avec soin, comme on pose un verre trop plein.

— Si je dis non, ai-je demandé, demain matin on prend le café pareil.

— Oui, a dit Fred avec un grand sourire

— Léo m’appellera toujours Nino.

— Oui.

— Et vous refermez tout. Devant moi.

Caro a hoché la tête.

— Si tu dis non, on referme devant toi ce qu’on a ouvert. On ne te punit pas avec le silence, et on ne te nourrit pas non plus avec des détails dont tu n’aurais plus rien à faire. On reste un couple qui t’héberge. Un enfant qui t’aime. Une cuisine qui t’accueille quand tu as faim.

J’ai regardé mon assiette. Il restait trois pâtes. J’ai pensé au Louvre, aux trois vertèbres de trop de l’Odalisque, à ce dos trop long qu’Ingres avait inventé parce que le vrai ne lui suffisait pas.

— Je ne dit pas non.

Personne n’a souri trop fort. Personne n’a tendu une main.

— Qu’est-ce que tu en penses, alors ? a demandé Caro.

J’ai cherché une phrase d’historienne. Il n’y en avait pas. Il n’y avait que celle-ci, un peu gauche, un peu des Herbiers.

— Je pense qu’hier je n’étais pas en train de copier un tableau. Je pense que je savais très bien où je mettais les yeux. Je pense que ça m’a plu, et que ça me fait peur, et que les deux choses tiennent dans la même poche. Et je pense que j’ai envie de continuer à dessiner.

Fred a hoché la tête. Caro aussi.

— C’est déjà beaucoup, a-t-elle dit. On s’arrête là pour ce soir.

Elle s’est levée. Elle a pris les assiettes. Fred a ouvert le lave-vaisselle. Des gestes d’après dîner, ordinaires, presque tendres dans leur banalité. Je suis restée assise une minute de plus, les mains à plat, le cœur un peu trop haut dans la gorge.

En passant derrière moi pour rejoindre l’évier, Caro a posé deux doigts sur mon épaule. Pas une caresse. Un point. Comme on pose un doigt sur une carte, à l’endroit où on se trouve vraiment.

— Tu n’es pas en retard sur nous, a-t-elle dit tout bas. Tu es pile à l’heure de ta propre question.

Dans ma chambre, plus tard, j’ai sorti le carnet de sous l’oreiller. Je n’ai rien ajouté aux corps. En bas de la page du dimanche, sous pas de mensonge. pas ce soir, j’ai écrit, toujours sans majuscule :

lundi. ils ont dit les mots. libertins. candaulisme. Théo. j’ai dit oui j’ai aimé. je n’ai pas dit oui au reste.

Puis, plus petit encore, presque dans la reliure :

la pièce de plus existe. la porte n’est pas fermée.



— NINON

Les vacances de la Toussaint avaient vidé l’appartement d’un seul coup.

Léo était parti chez sa grand-mère le matin, un sac trop grand pour lui, Monsieur Lapin coincé sous le bras, et il m’avait dit Nino en montant dans la voiture de Caro comme on dit à bientôt à une grande sœur. En rentrant, le silence n’avait plus la même forme. Plus de gobelet. Plus de veilleuse. Plus de porte à deux centimètres. La chambre du fond était close, et le reste de l’appartement s’était élargi, comme une robe qu’on desserre.

Je devais rentré au Herbiers pour quelques jours demain matin. J’avais révisé le matin, mal. Le Louvre était fermé le mardi, les salles trop grandes dans ma tête. Théo m’avait envoyé un message à onze heures : « je t’attends ». Juste ça. J’avais répondu un cœur, par habitude, et j’avais refermé le téléphone.

Fred est rentré plus tôt que d’habitude. Les clés dans le plat de l’entrée, la veste sur la chaise, cette odeur de dehors qu’il pose toujours avant de poser sa voix.

— Léo n’est pas là, a-t-il dit, comme s’il vérifiait encore.

— Oui mes parents sont venus le chercher, deux semaines sans mon petit bonhomme ça va être long, a répondu Caro depuis la cuisine.

Il s’est arrêté sur le seuil, nous a regardées l’une après l’autre, et le sourire qu’il a eu n’était pas celui du dossier, ni celui du métro.

— T’inquiètes pas, il va être pourri-gâté. Alors les filles, ce soir on sort. Une vraie table. Je vous emmène dans une brasserie chic, vous verrez.

Caro a levé un sourcil.

— Tu as déjà réservé.

— J’ai déjà réservé.

Elle a ri. Moi aussi, un peu, parce que c’était trop net pour être improvisé, et pas assez pour que je sache encore quoi.

— Ninon tu viens, a dit Fred. Évidemment.

Ce n’était pas une question. Ça n’avait pas besoin de l’être. Depuis le lundi des pâtes, plus rien n’était tout à fait une question, et tout pouvait encore être un non.

— J’ai qu’un jean à me mettre, ai-je dit.

Caro a posé le torchon.

— Tu as tout mon dressing ma belle.

Dans leur chambre, la porte ouverte sur le couloir comme toujours, elle a fait glisser les cintres trop vite pour que ce soit du hasard. Une robe noire, courte, le tissu lourd, un décolleté en V qui descendait plus bas que tout ce que j’avais mis depuis… toujours. Elle l’a tendue sans un mot. J’ai dit que c’était trop. Elle a dit que non.

Je me suis changée derrière la porte du dressing, par réflexe. Puis j’ai pensé à la règle, et j’ai ouvert. Caro était là, assise au bord du lit, les jambes croisées. Elle m’a regardée comme on regarde une toile qu’on vient de décrocher, pour voir si le mur tient encore.

La robe m’arrivait mi-cuisse. Le V ouvrait entre mes seins, plus hauts, plus ronds que les siens, et le tissu serrait la taille que je cache d’ordinaire sous un sweat. Mes jambes, nues. Mes épaules, nues. Je me suis vue dans le miroir du troisième tiroir, celle-là même où j’avais enfilé sa guêpière un mercredi, seule, et j’ai compris que ce n’était plus la même fille.

— Tourne, a dit Caro.

J’ai tourné.

— Encore.

Fred est apparu dans l’encadrement. Il n’est pas entré tout de suite. Il a posé une main sur le montant, comme le soir du vendredi, et il a eu cette seconde de trop.

— Tu es…, a-t-il commencé.

Il n’a pas fini. Il n’en avait pas besoin. Ses yeux sont descendus le long du V, se sont arrêtés à la naissance de mes seins, ont repris plus bas, sur la ligne de la hanche, sur le tissu qui marquait mon bas-ventre. Il a avalé. Caro l’a vu. Elle n’a rien dit. Elle a seulement souri de côté, cette petite fierté d’avoir habillé quelqu’un pour le regard de son mari.

— Des escarpins, a-t-elle ajouté. Les noirs. Ceux-là.

Je les ai chaussés. J’ai titubé d’un pas. Fred a avancé, a tendu le bras, n’a pas touché. Sa main est restée en l’air, à un centimètre de mon coude.

— Le taxi est en bas dans 5 minutes, a-t-il dit. On y va avant que je change d’avis et qu’on reste ici.

Le taxi sentait le désodorisant et la pluie. Caro à la fenêtre. Moi au milieu. Fred de l’autre côté. Sa cuisse contre la mienne, le tissu de son pantalon contre la peau que la robe laissait nue. Il n’a pas reculé. Je n’ai pas reculé. Paris défilait, les quais, les lumières déjà allumées trop tôt pour l’heure. Personne n’a parlé du lundi. Personne n’a parlé du canapé. On allait dîner. C’était tout. C’était déjà trop.

La brasserie avait des banquettes de velours bordeaux, des miroirs trop hauts, des serveurs qui glissent. On nous a conduits au fond, une table en alcôve, à l’abri du passage. Quatre couverts. Quatre verres. Quatre assiettes déjà posées.

Caro a regardé la quatrième chaise.

— Fred.

— Oui.

— Il y a quatre couverts.

— Oui.

Elle n’a pas eu l’air surprise très longtemps. Juste le temps de me regarder, pour vérifier que je tenais.

— Tu aurais pu dire, a-t-elle soufflé.

— Je dis. Là.

J’allais demander qui. Je n’ai pas eu le temps.

Elle est arrivée comme on arrive quand on sait qu’on est attendue : manteau ouvert sur une robe rouge très simple, cheveux bruns dénoués, bouche déjà peinte. Haute. La poitrine pleine, lourde, que le rouge tenait sans la cacher. Je l’ai reconnue avant même qu’elle dise son prénom. Les photos. L’écran de Fred, un matin, dans la cuisine. Les seins nus, le regard caméra, la légende que je n’avais pas eu le temps de lire. Audrey.

— Désolée, la ligne sept, a-t-elle dit en embrassant Caro sur la bouche, trop longtemps pour une amie de dîner. Et toi, tu dois être Ninon.

Elle m’a regardée comme on regarde une nouvelle pièce. Pas méchante. Curieuse. Ses yeux sont descendus sur le V de ma robe, sont remontés, et elle a souri.

— Fred m’avait dit jolie. Il n’avait pas dit ça.

Fred s’est levé pour l’embrasser, la joue, puis le coin des lèvres, un geste qu’il n’a pas fait à Caro en public d’ordinaire. Caro a vu. Elle a versé le vin elle-même.

On s’est assises. Audrey en face de moi. Fred à ma droite. Caro à ma gauche. La quatrième personne n’était plus une chaise vide. C’était un corps, une voix, et cette chaleur qu’elle posait sur la table sans demander la permission.

Elle n’avait pas sa langue dans sa poche. Dès l’entrée, elle a parlé d’un type de la semaine précédente, un architecte, trop propre, trop pressé, qui l’avait baisée contre le plan de travail de sa cuisine encore pleine de dossiers.

— Il m’a prise par-derrière en me tenant les seins, a-t-elle dit comme on parle d’un film. Gros seins, tu vois, ça l’excitait plus que le reste. Il les pesait. Il les pétrissait. Il a joui sur mon dos en disant putain tes nichons, et moi je n’avais même pas encore fini. Alors je l’ai renvoyé à genoux, et il a léché. Un architecte à genoux, c’est assez drôle.

Fred avait le verre en l’air. Il ne buvait plus. Sous la table, j’ai vu sa main se fermer sur sa serviette.

Caro a ri, vraiment.

— Tu pourrais attendre le fromage.

— Pourquoi. Elle est grande. Elle porte cette robe. Elle sait où elle est.

Audrey s’est tournée vers moi.

— Tu sais où tu es ?

— Je commence, ai-je dit.

— Bien. Les timidités, on les laisse au vestiaire.

Le plat est arrivé. Elle a continué. Un couple, l’autre nuit. La femme qui la suçait pendant que le mari la regardait, la bite à la main, sans avoir le droit de toucher. Elle a décrit la salive, le bruit, la façon dont la femme avait ouvert sa bouche pour montrer qu’elle avait tout pris. Fred a posé ses couverts. Sa pomme d’Adam a bougé. J’ai senti, sans regarder, que son pantalon ne mentait plus.

Ma propre chaleur était là, basse, depuis la robe, depuis le taxi, depuis le mot nichons posé à voix haute dans une brasserie où des inconnus mangeaient des huîtres deux tables plus loin.

Entre le plat et le dessert, Audrey s’est levée.

— Je reviens.

Elle a traversé la salle vers le fond, le rouge de la robe sur ses hanches, la poitrine qui avançait avant elle. Fred a attendu trois secondes. Quatre. Il a essuyé sa bouche. Il a posé sa serviette.

— Moi aussi.

Il est parti par le même couloir.

Caro a versé le reste de la bouteille dans mon verre. Elle n’avait pas l’air blessée. Elle avait l’air de quelqu’un qui connaît la pièce suivante.

— Ils ne vont pas pisser, a-t-elle dit, très calme.

— Je sais.

— Tu sais quoi, exactement.

— Qu’ils vont se toucher.

— Ils vont baiser. Dans les toilettes de cette brasserie. Fred va la prendre contre un lavabo, ou contre une porte, et Audrey va le laisser faire parce qu’elle aime ça, et parce qu’elle sait que je suis ici, à cette table, en train de te le dire.

J’ai regardé le couloir. Personne n’en sortait.

— Tu n’es pas jalouse.

— Si. Un peu. C’est pour ça que ça marche. Mais je connais le goût de cette jalousie. Je la choisis.

— Moi je ne pourrais pas, ai-je dit. Pas comme ça. Pas sans voir.

Caro a tourné sa bague.

— Alors vas-y.

— Quoi.

— Les toilettes. Le fond, à gauche après les colonnes. La porte des femmes, parfois celle du fond si elle est fermée à clé. Tu pousses. Tu regardes. Tu reviens me dire.

— Et si quelqu’un…

— Personne ne te demande de participer. Personne ne te demande de rester. Tu ouvres. Tu vois. Tu reviens. C’est tout ce que je te propose.

Elle a posé deux doigts sur mon poignet, le même point que le lundi soir, sur l’épaule.

— Tu veux voir. Tu viens de le dire. Alors va voir.

Je me suis levée. Les escarpins sonnaient trop fort sur le carrelage. Le couloir sentait le savon et le vin. Au fond, une porte battante. Derrière, une deuxième, entrouverte d’un doigt, celle des toilettes isolées, pour le personnel ou pour ceux qui savent.

J’ai poussé.

Ils n’avaient même pas fermé à clé.

Audrey était assise sur le bord du grand lavabo, la robe rouge relevée jusqu’à la taille, les fesses nues sur le marbre froid, les cuisses ouvertes. Elle n’avait plus de culotte. Fred, le pantalon ouvert, les sous-vêtements baissés sous les couilles, tenait sa queue d’une main et la frottait contre la fente d’Audrey, lentement, de la vulve jusqu’au clitoris, pour la mouiller encore. Elle était déjà brillante. Ça luisait sous la lumière trop blanche, un fil de mouille qui coulait sur le grès.

Personne ne m’a vue tout de suite.

Fred a enfoncé d’un coup, jusqu’à la garde. Audrey a lâché un son court, grave, les lèvres ouvertes. Ses gros seins ont basculé en avant, encore pris dans le rouge, et Fred a tiré le décolleté d’un geste, les a sortis, lourds, bruns aux pointes déjà dures. Il les a pris à deux mains tout en la baisant, les doigts enfoncés dans la chair, les pouces sur les tétons, et il a dit putain comme l’architecte, sauf que c’était sa voix à lui, celle de la cuisine, celle du couloir.

— Plus fort, a dit Audrey. Elle est là, ta petite, ou pas encore.

Il a tourné la tête. Il m’a vue. Il n’a pas arrêté. Il a seulement ralenti un instant, la queue au fond d’elle, et ses yeux sont restés sur moi pendant qu’il reprenait le mouvement, plus profond, plus sale, le bruit de peau contre peau trop net dans l’écho du carrelage.

— Ferme, a soufflé Audrey. Ou reste. Mais ne fais pas les deux.

J’ai fermé la porte derrière moi. Je ne suis pas sortie.

Je me suis adossée au panneau. La robe trop courte remontée. Les escarpins. Mon sexe déjà chaud, déjà gonflé contre la culotte fine que Caro m’avait prêtée avec la robe, une satinée noire qui n’était pas la mienne.

Fred baisait. Vraiment. Fort . Les hanches serrées, le bas du dos tendu, les mains maintenant sous les cuisses d’Audrey pour l’ouvrir plus large sur le lavabo. Sa queue sortait brillante, rentrée, ressortait plus rouge, et à chaque fois qu’il s’enfonçait on entendait le clapot humide de sa mouille à elle. Audrey avait la tête renversée contre le miroir, la bouche ouverte, un sein dans la main de Fred, l’autre ballottant au rythme. Elle s’est prise le clitoris entre deux doigts et s’est frottée en cercle, vite, pendant qu’il la perçait.

— Regarde-la, a-t-elle dit à Fred. Regarde-la pendant que tu me remplis.

Il m’a regardée. Moi je l’ai regardé, lui, la veine le long de sa queue, le point où elle disparaissait dans Audrey, les couilles tendues qui tapaient contre sa peau. J’ai glissé la main sous ma robe. Mes doigts ont trouvé la culotte déjà collée, déjà mouillée. J’ai écarté le satin. J’ai touché ma fente, les lèvres gonflées, le clitoris dur sous l’index, et j’ai frotté en même temps qu’elle, sans pudeur, sans plus chercher un dessin pour me cacher.

Audrey a ouvert les yeux. Elle m’a vue, la main sous la robe. Son sourire a changé. Plus une invitation. Une prise.

— Approche, a-t-elle dit. Viens jouer avec nous, tu te mets à genoux et tu lui lèches les couilles. Choisis. Mais tu ne restes pas collée au bois comme une petite.

Fred n’a rien dit. Il baisait encore, plus lent, en attendant. Ses yeux étaient sur moi. Trop. Les deux paires d’yeux, trop.

Le mot genoux a fait quelque chose de froid dans ma nuque. Pas le sexe. L’ordre. La pièce qui cessait d’être un tableau pour devenir une place qu’on m’assignait.

— Ninon, a repris Audrey, plus bas, plus près malgré le lavabo. Viens. Tu en as envie. Finis-le ici.

J’ai retiré la main. Trop vite. Mes doigts brillaient. J’ai rabattu la robe.

— Je…, ai-je commencé.

Rien n’est venu. La peur n’était pas propre. Elle était mêlée au reste, à la mouille, au bruit de leur peau. Juste assez forte pour me faire reculer d’un pas, puis d’un autre, la main déjà sur la poignée.

Audrey m’a encore appelé. Fred a dit rien enfin je crois. J’ai ouvert. J’ai clos. Le couloir. Je suis remontée. Les escarpins trop fort, trop vite dans l’escalier. Je n’ai pas vu la suite. Je n’ai pas voulu la voir.

Derrière la porte, leurs voix ont continué. Un rire d’Audrey. Un coup de hanche contre le marbre. Je n’ai pas attendu d’entendre le reste.

Caro n’avait pas commandé le dessert. Elle a lu sur mon visage avant que je m’asseye.

— Alors.

— Il l’a baisée sur le lavabo. Ses seins. Ma main. Après… je suis partie.

Ma voix était trop plate. Mes cuisses, sous la table, restaient ouvertes d’un centimètre de trop.

— Ils n’avaient pas fini.

— Non.

— Qu’est-ce qu’elle t’a dit.

— De m’approcher. De choisir. Soit de le finir à genoux soit la porte.

Caro a hoché la tête, une seule fois. Pas de reproche. Un inventaire.

— Et tu as choisi la porte.

— Oui.

Elle a penché sa chaise vers la mienne. Sa main a trouvé mon genou, est montée sous la robe, lentement, assez pour que je puisse l’arrêter. Je ne l’ai pas arrêtée. Les doigts ont glissé à l’intérieur de la culotte, le long de la fente encore ouverte, et ils ont pris mon jus, beaucoup, assez pour que le bruit discret se perde dans la salle. Elle a retiré la main. Elle a regardé ses doigts, brillants, et elle les a portés à sa bouche. Elle a goûté. Un instant seulement. Les yeux dans les miens.

— Tu es trempée en tout cas, a-t-elle dit tout bas. C’est bon. Tu as eu raison de partir si tu n’es pas prête à participer. Un jour tu sauras.

Je n’ai rien répondu. J’avais encore le goût de rien sur la langue, et le sien, à elle, n’était pas là. Seulement le mien, dans sa bouche.

Fred et Audrey sont revenus ensemble, trop calmes pour des gens qui viennent de baiser, trop défaits pour des gens qui n’ont rien fait. Audrey s’est rassise en face de moi. Sous la lumière de la brasserie, on voyait. Une mèche collée, mate, au-dessus de l’oreille. Une croûte claire qui séchait déjà sur sa joue, près de la commissure. Elle n’avait pas essuyé.

Fred a repris sa serviette. Il avait les joues chaudes.

Caro a éclaté de rire, un vrai rire, celui de la cuisine.

— Tes cheveux.

Audrey a passé la main, a touché, a regardé ses doigts, a ri aussi. Son regard a glissé vers moi, sans moquerie cette fois. Presque une excuse, très courte.

— C’est sa faute. Il vise mal.

— Je vise très bien, a dit Fred.

On a ri. Le dessert est arrivé, trop sucré. J’ai mangé. Mes doigts, sous la table, sentaient encore le satin de ma culotte et ma mouille. La main de Caro était revenue de son côté à elle, posée sur la nappe, innocente.

Personne n’a demandé pourquoi j’étais partie. Personne n’avait besoin de le demander. La mèche collée racontait la fin que je n’avais pas vue.

Le taxi du retour était le même désodorisant, une autre pluie. Audrey nous a quittées avant, un autre trajet, un baiser à Caro dans le cou, un regard à Fred, un clin d’œil à moi, plus doux.

— La prochaine fois peut-être, a-t-elle dit. Ou pas. Tu as le droit de choisir. Même de fuir.

À l’appartement, Fred a posé les clés. Caro a retiré ses escarpins dans l’entrée. Moi les siens, les miens d’emprunt. On s’est dit bonne nuit dans le couloir, face à face, trois portes.

Chacun chez soi.

Dans ma chambre, j’ai ôté la robe. La culotte noire était froide, durcie là où je m’étais trempée. Je l’ai posée sur la chaise. J’ai pris le carnet.

Je n’ai pas dessiné des nues académiques. J’ai dessiné le lavabo, la lumière blafarde, les gros seins d’Audrey sortis de sa robe rouge. La queue de Fred, sortie, rentrée, le fil de mouille. Le miroir. Ma main sous la robe. Mais pas la fin. Je n’aurai pas dû partir.

En marge, sans majuscule : toussaint. léo pas là. quatre couverts. je suis allée voir. je suis partie. Je regrette. caro a goûté ma mouille.

Les avis des lecteurs

Soyez le premier à donner votre avis après lecture sur cette histoire érotique...

Réagissez à l'histoire après lecture
Votre avis sur cette histoire :
Vous êtes :
Indiquez votre adresse mail si vous souhaitez la communiquer à l'auteur de l'histoire.

Dernières histoires érotiques publiées par Miss_Sexcret

Le carnet de Ninon - Tentation E08 - Récit érotique publié le 08-11-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E06 - Récit érotique publié le 03-11-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E05 - Récit érotique publié le 30-10-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E04 - Récit érotique publié le 27-10-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E03 - Récit érotique publié le 23-10-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E02 - Récit érotique publié le 19-10-2026
Le carnet de Ninon - Tentation E01 - Récit érotique publié le 14-10-2026
Offerte - Récit érotique publié le 13-10-2026
Vacances Marocaines - Récit érotique publié le 11-10-2026
Mémoire d'Escorte E18 (Fin) - Récit érotique publié le 10-10-2026