Le feu sur la glace (12)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le feu sur la glace (12)
Chapitre 12
Ce soir-là, sur le podium de Tokyo, le Corbeau a perdu. Les miroirs de nos costumes ont reflété la lumière d'un monde nouveau. Nous sommes Campbell et Delcourt. Nous sommes champions. Et nous sommes libres.
Le tarmac de l'aéroport Charles de Gaulle tremble sous les cris. Dès la sortie de l'avion, nous sommes happés par une marée humaine. Ce n'est plus seulement le monde du sport qui nous attend, c'est la France entière. Viktor marche devant nous, fendant la foule comme un brise-glace, ses yeux d'acier surveillant chaque mouvement suspect.
Pendant les deux semaines qui suivent, nous ne sommes plus des patineurs, nous sommes des icônes. Nous enchaînons les plateaux télévisés, de Paris à Londres, de New York à Milan. Les magazines s'arrachent notre image. La couverture de Vogue nous montre enlacés, nos médailles d'or brillant sur nos torses nus sous des vestes de créateurs. Dans chaque interview, la question revient, lancinante : « Comment avez-vous tenu ? ». Connor répond toujours de la même voix calme, sa main verrouillée dans la mienne sous la table : « L'amour n'est pas une distraction, c'est notre moteur. »
Mais derrière le glamour, l'épuisement est réel. Nous dormons dans des hôtels de luxe, mais nous ne nous retrouvons vraiment que tard la nuit, quand les flashs s'éteignent. C’est là, dans le silence des suites présidentielles, que nous redevenons simplement Herwann et Connor, soignant nos bleus à l'âme et au corps, loin du Corbeau et de sa trahison.
Le moment le plus redouté arrive : le dîner chez mes parents. Ils savaient que je patinais avec Connor, ils l'avaient vu mille fois, mais ils ne savaient rien de l'homme qui partageait ma vie. En entrant dans la maison de mon enfance en Bretagne, le silence est lourd.
Ma mère me serre dans ses bras, ses larmes mouillant mon pull. Mon père, un homme de peu de mots, regarde Connor avec une intensité qui me fait frémir. On s'assoit autour de la grande table en chêne. Les photos de Tokyo sont étalées sur le buffet.
— « On a été surpris, Herwann, » commence mon père, sa voix grave résonnant dans la pièce. « Non pas par qui tu aimes... mais par le fait que tu aies dû souffrir seul, dans l'ombre, pendant tout ce temps. »
Connor prend la parole, sa voix posée, sincère. Il leur raconte les nuits d'entraînement, la peur du Corbeau, le besoin de me protéger. Je vois les épaules de mon père se détendre. À la fin du repas, il se lève et pose une main lourde sur l'épaule de Connor.
— « Prends soin de mon fils. Sur la glace, vous êtes des dieux. Ici, soyez juste heureux. »
Ce soir-là, en repartant, j'ai senti un poids immense quitter ma poitrine. La France nous aimait, mais ma famille nous acceptait. C'était la véritable victoire.
Viktor nous accorde enfin trois semaines de repos total. Pas de patins, pas de presse, pas de régime. Nous nous envolons pour Montréal, la terre natale de Connor. C’est un autre monde. Ici, le froid est sec, l'air sent le sapin et le sirop d'érable. La famille de Connor, un clan immense et bruyant, nous accueille avec une ferveur typiquement québécoise.
La maison des Campbell est une immense bâtisse en bois au bord d'un lac gelé. Dès notre arrivée, nous sommes jetés dans un tourbillon de rires, de bières artisanales et de poutine maison. Les frères de Connor me traitent immédiatement comme l'un des leurs, m'emmenant déneiger l'allée ou jouer au hockey sur le lac.
Le soir, nous nous retrouvons seuls dans l'ancienne chambre de Connor, sous les combles. Le lit est plus petit que notre King Size de Tokyo, mais la chaleur est incomparable. Nous faisons l'amour avec une liberté nouvelle, sans la peur qu'une caméra nous épie, sans l'angoisse du score du lendemain. C’est un sexe lent, profond, gourmand, où chaque gémissement se perd dans les flocons qui tombent derrière la vitre.
Un soir, alors que nous marchons sur le lac gelé sous une aurore boréale timide, Connor s'arrête. Il me regarde, ses yeux verts reflétant la lumière de la lune.
— « Herwann, on a trois ans avant les JO de Milan. Le monde va essayer de nous diviser, les juges vont nous attendre au tournant, et la pression sera dix fois plus forte qu'à Tokyo. »
Je prends ses mains gantées dans les miennes.
— « On a survécu au Corbeau, Connor. On a survécu au coming-out mondial. Rien ne peut nous briser maintenant. On va retourner à l'entraînement, on va créer des programmes que personne n'osera copier. On va devenir intouchables. »
On s'embrasse sur cette glace sauvage, loin de l'arène, loin de Viktor, scellant notre pacte pour les trois années à venir. Nous ne sommes plus seulement des champions du monde. Nous sommes un symbole. Et nous sommes prêts à entrer dans l'histoire, un saut à la fois.
Le retour en France se profile, et avec lui, le début de la préparation olympique. La gloire est douce, mais la glace nous appelle déjà.
Depuis notre retour de Montréal, la vie à Paris était devenue un exercice d'esquive permanent. L'appartement de fonction que nous occupions était devenu une prison de verre. Des paparazzi restaient postés en bas de l'immeuble avec des téléobjectifs, espérant capturer un baiser volé sur le balcon ou une main tenue dans le hall.
— « Je n'en peux plus, Herwann, » a lâché Connor un soir en tirant violemment les rideaux. « J'ai l'impression d'être encore sur la glace, observé par des juges, même quand je me brosse les dents. »
Nous n'avions pas seulement besoin de luxe, nous avions besoin d'invisibilité. Nous voulions un endroit où nous pourrions être un couple normal, marcher pieds nus, rire fort et nous aimer sans craindre qu'une photo ne finisse en une des tabloïds le lendemain.
Le lendemain, à la fin de l'entraînement, Viktor nous a fait signe de le suivre. On s'attendait à une énième séance vidéo sur nos carres, mais il nous a conduits dans le salon privé du centre. Sur la table basse, il y avait trois cafés et un dossier de cuir noir.
Viktor s'est assis, a croisé ses bras massifs et nous a fixés de ses yeux d'acier, mais avec une lueur que je ne lui connaissais pas : une sorte de protection paternelle.
— « Vous ne pouvez pas préparer Milan dans cette cage à poules où tout le monde vous épie, » a-t-il grogné. « Le traître qui a pris la photo à Tokyo a montré que votre sécurité était poreuse. J'ai utilisé mon nom pour vous ouvrir des portes. Voici trois appartements. Ils ne sont pas sur le marché public. Les propriétaires sont des amis du sport, des gens qui savent tenir leur langue. »
Il nous a tendu les fiches. Des lieux incroyables, mais un seul a retenu notre attention : un duplex inversé près du Parc Monceau.
La visite a été une révélation. L'appartement se situait au dernier étage d'un hôtel particulier. Pour y accéder, il fallait passer une cour intérieure pavée, invisible depuis la rue. L'ascenseur arrivait directement dans la pièce à vivre.
Quand la porte s'est ouverte, nous avons été frappés par le volume. Un immense salon cathédrale avec des baies vitrées donnant sur une terrasse arborée, protégée des regards par des jardinières hautes. À l'étage inférieur, deux suites spacieuses.
— « Regardez l'isolation phonique, » a souligné Viktor en frappant contre un mur. « Vous pouvez mettre la musique à fond pour vos répétitions, personne n'entendra rien. Et le gardien vit sur place, il est payé pour ne laisser passer aucun journaliste. »
Connor a parcouru la cuisine ouverte, imaginant déjà nos petits-déjeuners. Il s'est tourné vers moi, un immense sourire éclairant son visage. — « C'est ici, Herwann. C'est chez nous. »
Viktor nous a aidés pour toute la paperasse, utilisant son influence pour accélérer l'emménagement. Le jour où nous avons reçu les clés, il est venu avec une caisse de vin géorgien.
— « Ne me remerciez pas, » a-t-il dit avant de partir. « Assurez-vous juste que ce lit soit assez confortable pour que vous soyez en forme à 6h demain matin. Pas d'excuses. »
Le soir même, les cartons n'étaient même pas déballés que l'atmosphère de l'appartement changeait déjà. C'était la première fois que nous étions "propriétaires" de notre espace. J'ai allumé quelques lumières tamisées. Connor s'est approché de moi, me saisit par la taille, ses mains larges et puissantes s'ancrant fermement dans ma chair, me tirant contre son torse massif.
Sans un mot, il nous débarrassa de nos vêtements, les laissant choir sur le parquet neuf jusqu'à ce que nous soyons nus sur le grand tapis de laine du salon. Je le poussai doucement pour qu'il s'allonge sur le dos. Je voulais que ce lieu soit scellé par mon adoration pour lui.
Je me laissai glisser entre ses jambes puissantes. Sa verge était magnifique sous la lueur tamisée : dressée, pulsante, d'un rose sombre parcouru de veines saillantes. Je commençai par lécher la pointe de son gland avec la pointe de ma langue, recueillant chaque perle de son désir. Puis, je l'englobai d'un coup, mes lèvres se serrant fermement autour de lui.
Je fis descendre ma bouche sur toute sa longueur, sentant sa chair brûlante heurter le fond de ma gorge. Le bruit humide des succions résonnait dans le salon cathédrale. J'utilisais ma langue pour masser frénétiquement le frein de son gland, créant des vagues de plaisir qui faisaient tressaillir ses cuisses. Ma main droite s'enroula autour de la base, serrant fort pour faire affluer le sang, tandis que ma main gauche massait ses couilles avec une régularité hypnotique.
Connor commença à gémir, ses doigts s'enfonçant dans mes cheveux pour guider mon mouvement. Ses hanches se soulevaient, cherchant à s'enfoncer plus loin encore dans ma bouche. Je sentais ses muscles abdominaux se contracter, signe que l'explosion était proche. Ses bourses se durcissaient sous mes doigts.
Alors qu'il commençait à lâcher des "putains" saccadés et que son souffle devenait un sifflement de plus en plus court, je sentis son corps se tendre pour le grand saut. C'est là que je me retirai brusquement.
Je restai là, à genoux entre ses jambes, le regardant avec un sourire de défi, le menton encore brillant de son désir. Connor émit un son de frustration pure, son sexe vibrant d'une attente insupportable au milieu du salon. J'attendis de voir la rougeur de son visage s'estomper légèrement, que son souffle ralentisse, le torturant par ce calme imposé.
Le répit fut de courte durée. Connor me saisit par les épaules et me fit basculer sur le parquet froid. Il me retourna, me plaçant à quatre pattes sur le bois ciré. Je sentais le contraste entre le sol glacial et sa chaleur alors qu'il se collait contre mon dos, ses mains pétrissant mes fesses. Il descendit alors au sol, me saisissant par les hanches pour me dévorer à son tour, sa langue fouillant mon intimité avec une rage qui me fit hurler contre le parquet.
Puis, il me fit basculer à nouveau sur le dos. Il s'installa au-dessus de moi, ses cuisses encadrant mon visage dans une position de domination totale. Je repris sa queue en bouche par le bas, mes yeux fixés sur son visage renversé, observant chaque trait de son plaisir. Ma langue travaillait maintenant la rainure de son gland tandis que ses mains agrippaient mes épaules pour s'ancrer dans le sol.
Finalement, Connor me releva et me plaqua contre l'un des piliers en béton du duplex. J'entourai sa taille de mes jambes, mes bras verrouillés autour de son cou. Il me pénétra d'un coup sec, une onde de choc qui nous fit gémir à l'unisson. Le rythme devint frénétique, une danse sauvage au cœur de Paris.
Le choc de nos corps était le seul son dans l'appartement vide. Je sentis la vague monter, irrésistible. Connor s'arc-bouta, ses muscles saillants sous l'effort final. Dans un cri de libération qui fit vibrer les vitres, il se déversa puissamment en moi, de longs jets brûlants qui semblaient ne jamais finir. Je le rejoignis instantanément, mon plaisir s'écrasant contre son ventre.
Nous finîmes par glisser au sol, haletants, nos membres emmêlés. Le silence reprit ses droits, désormais habité par notre union. Connor me serra plus fort, nous recouvrant d'un plaid de fortune. On resta ainsi de longues minutes, regardant les lumières de la ville.
— « Je t'aime, Herwann. Enfin chez nous. »
On s'embrassa une dernière fois, un baiser au goût de victoire et d'épuisement, avant de sombrer dans un sommeil profond, protégés par les murs de notre nouveau royaume.
Le premier réveil dans le duplex fut d'une douceur presque irréelle. La lumière de l'hiver parisien, filtrée par les grandes baies vitrées du salon cathédrale, dessinait des rectangles d'or pâle sur le tapis de laine où nous avions fini par nous endormir, emmêlés l'un dans l'autre. Le silence de l'appartement était total, une bulle de protection absolue que nous n'avions jamais connue.
Connor fut le premier à s'extraire de la chaleur du plaid. Je restai allongé, le regardant s'étirer comme un félin, sa musculature de titan se découpant contre la clarté matinale. Il se dirigea vers la cuisine, ses pieds nus ne produisant aucun bruit sur le parquet ciré.
Dans les cartons encore ouverts, il fouilla un instant pour dénicher deux tasses dépareillées : l'une bleue émaillée, l'autre en grès brun. Il prépara les cafés, le ronronnement de la machine étant le seul son venant briser la paix du sanctuaire. L'odeur riche et grillée de l'arabica se répandit bientôt dans l'espace vide, mêlée à l'odeur de notre nuit.
Il revint vers moi et me tendit ma tasse. Je me redressai, le drap glissant sur mes hanches, et nous nous dirigeâmes vers la terrasse. Le froid vif du matin nous saisit, nous obligeant à nous serrer l'un contre l'autre sous une épaisse couverture de laine.
Nous nous sommes assis face à l'immensité. Paris s'étalait sous nos pieds, baignée dans une brume légère. La Tour Eiffel trônait au loin, majestueuse, encore scintillante des dernières lueurs de la nuit avant que le soleil ne l'embrase totalement. Nous buvions notre café à petites gorgées, le regard perdu sur l'horizon, savourant ce luxe ultime : le temps qui semble s'arrêter.
— « C'est pour ça qu'on se bat, Herwann, » murmura Connor en serrant ma main contre sa cuisse. « Pour ces moments où le monde n'existe plus. »
Pendant de longues minutes, nous sommes restés là, suspendus entre ciel et terre, persuadés que rien ne pourrait briser cette perfection.
C'est à cet instant précis, alors que je m'apprêtais à poser ma tasse vide sur la petite table en fer forgé, que la réalité frappa. À l'intérieur, sur l'îlot central en marbre, le téléphone de Connor se mit à vibrer avec une violence qui parut faire trembler les murs. Le son, strident et implacable, brisa net la magie de la terrasse.
Connor soupira, une ombre passant sur son visage, et rentra pour répondre. Je le suivis, sentant une boule se nouer dans mon estomac. Il n'eut même pas besoin de mettre le haut-parleur. La voix de Viktor jaillit de l'appareil comme une explosion de gravier :
— « HUIT HEURES TRENTE ! CAMPBELL ! DELCOURT ! Est-ce que vous avez perdu l'usage de vos montres ?! »
Connor tenta de balbutier une explication, mais Viktor hurla de plus belle :
— « Je suis sur la glace depuis six heures ! SIX HEURES ! J'ai payé pour cet appartement pour que vous soyez reposés, pas pour que vous fassiez la grasse matinée comme des retraités en croisière ! Si vous n'êtes pas sur la piste dans quinze minutes, je viens vous déloger moi-même et je vous jure que je change les serrures de votre petit nid d'amour ! BOUGEZ-VOUS ! »
Le clic de fin de communication résonna comme une sentence de mort.
Le silence qui suivit fut chargé de panique pure.
— « Six heures... » répéta Connor, les yeux écarquillés. « On a deux heures et demie de retard. »
Ce fut un chaos indescriptible. Nous avons bondi à travers le duplex, jetant nos vêtements de la veille, attrapant nos sacs de sport au milieu des cartons éventrés. En moins de cinq minutes, nous étions dans l'ascenseur, les cheveux en bataille, le goût du café encore en bouche et les lacets à moitié défaits.
Connor conduisit comme un possédé dans les rues de Paris, slalomant entre les voitures, tandis que je vérifiais nerveusement mes lames. L'adrénaline de la peur avait remplacé la douceur du réveil.
Quand nous avons franchi la porte de la patinoire à 8h50, Viktor nous attendait seul au centre de la glace, immobile comme une statue de granit, les bras croisés. Son regard était plus froid que la piste elle-même.
— « Enfin, » dit-il d'une voix dangereusement basse alors que nous sautions sur la glace en toute hâte. « Puisque le luxe vous rend paresseux, on va passer la journée à vous rappeler pourquoi vous êtes là. On commence par la séquence de pas. Sans musique. Et si je vois un seul signe de fatigue, on double la charge jusqu'à ce que vous tombiez. »
La séance fut une torture physique, mais chaque fois que nos regards se croisaient durant les portés, un sourire secret flottait sur nos lèvres. Viktor pouvait nous briser le corps, il ne pouvait pas nous enlever le souvenir des tasses dépareillées et de la Tour Eiffel au lever du jour.
Fin du chapitre 12.
Ce soir-là, sur le podium de Tokyo, le Corbeau a perdu. Les miroirs de nos costumes ont reflété la lumière d'un monde nouveau. Nous sommes Campbell et Delcourt. Nous sommes champions. Et nous sommes libres.
Le tarmac de l'aéroport Charles de Gaulle tremble sous les cris. Dès la sortie de l'avion, nous sommes happés par une marée humaine. Ce n'est plus seulement le monde du sport qui nous attend, c'est la France entière. Viktor marche devant nous, fendant la foule comme un brise-glace, ses yeux d'acier surveillant chaque mouvement suspect.
Pendant les deux semaines qui suivent, nous ne sommes plus des patineurs, nous sommes des icônes. Nous enchaînons les plateaux télévisés, de Paris à Londres, de New York à Milan. Les magazines s'arrachent notre image. La couverture de Vogue nous montre enlacés, nos médailles d'or brillant sur nos torses nus sous des vestes de créateurs. Dans chaque interview, la question revient, lancinante : « Comment avez-vous tenu ? ». Connor répond toujours de la même voix calme, sa main verrouillée dans la mienne sous la table : « L'amour n'est pas une distraction, c'est notre moteur. »
Mais derrière le glamour, l'épuisement est réel. Nous dormons dans des hôtels de luxe, mais nous ne nous retrouvons vraiment que tard la nuit, quand les flashs s'éteignent. C’est là, dans le silence des suites présidentielles, que nous redevenons simplement Herwann et Connor, soignant nos bleus à l'âme et au corps, loin du Corbeau et de sa trahison.
Le moment le plus redouté arrive : le dîner chez mes parents. Ils savaient que je patinais avec Connor, ils l'avaient vu mille fois, mais ils ne savaient rien de l'homme qui partageait ma vie. En entrant dans la maison de mon enfance en Bretagne, le silence est lourd.
Ma mère me serre dans ses bras, ses larmes mouillant mon pull. Mon père, un homme de peu de mots, regarde Connor avec une intensité qui me fait frémir. On s'assoit autour de la grande table en chêne. Les photos de Tokyo sont étalées sur le buffet.
— « On a été surpris, Herwann, » commence mon père, sa voix grave résonnant dans la pièce. « Non pas par qui tu aimes... mais par le fait que tu aies dû souffrir seul, dans l'ombre, pendant tout ce temps. »
Connor prend la parole, sa voix posée, sincère. Il leur raconte les nuits d'entraînement, la peur du Corbeau, le besoin de me protéger. Je vois les épaules de mon père se détendre. À la fin du repas, il se lève et pose une main lourde sur l'épaule de Connor.
— « Prends soin de mon fils. Sur la glace, vous êtes des dieux. Ici, soyez juste heureux. »
Ce soir-là, en repartant, j'ai senti un poids immense quitter ma poitrine. La France nous aimait, mais ma famille nous acceptait. C'était la véritable victoire.
Viktor nous accorde enfin trois semaines de repos total. Pas de patins, pas de presse, pas de régime. Nous nous envolons pour Montréal, la terre natale de Connor. C’est un autre monde. Ici, le froid est sec, l'air sent le sapin et le sirop d'érable. La famille de Connor, un clan immense et bruyant, nous accueille avec une ferveur typiquement québécoise.
La maison des Campbell est une immense bâtisse en bois au bord d'un lac gelé. Dès notre arrivée, nous sommes jetés dans un tourbillon de rires, de bières artisanales et de poutine maison. Les frères de Connor me traitent immédiatement comme l'un des leurs, m'emmenant déneiger l'allée ou jouer au hockey sur le lac.
Le soir, nous nous retrouvons seuls dans l'ancienne chambre de Connor, sous les combles. Le lit est plus petit que notre King Size de Tokyo, mais la chaleur est incomparable. Nous faisons l'amour avec une liberté nouvelle, sans la peur qu'une caméra nous épie, sans l'angoisse du score du lendemain. C’est un sexe lent, profond, gourmand, où chaque gémissement se perd dans les flocons qui tombent derrière la vitre.
Un soir, alors que nous marchons sur le lac gelé sous une aurore boréale timide, Connor s'arrête. Il me regarde, ses yeux verts reflétant la lumière de la lune.
— « Herwann, on a trois ans avant les JO de Milan. Le monde va essayer de nous diviser, les juges vont nous attendre au tournant, et la pression sera dix fois plus forte qu'à Tokyo. »
Je prends ses mains gantées dans les miennes.
— « On a survécu au Corbeau, Connor. On a survécu au coming-out mondial. Rien ne peut nous briser maintenant. On va retourner à l'entraînement, on va créer des programmes que personne n'osera copier. On va devenir intouchables. »
On s'embrasse sur cette glace sauvage, loin de l'arène, loin de Viktor, scellant notre pacte pour les trois années à venir. Nous ne sommes plus seulement des champions du monde. Nous sommes un symbole. Et nous sommes prêts à entrer dans l'histoire, un saut à la fois.
Le retour en France se profile, et avec lui, le début de la préparation olympique. La gloire est douce, mais la glace nous appelle déjà.
Depuis notre retour de Montréal, la vie à Paris était devenue un exercice d'esquive permanent. L'appartement de fonction que nous occupions était devenu une prison de verre. Des paparazzi restaient postés en bas de l'immeuble avec des téléobjectifs, espérant capturer un baiser volé sur le balcon ou une main tenue dans le hall.
— « Je n'en peux plus, Herwann, » a lâché Connor un soir en tirant violemment les rideaux. « J'ai l'impression d'être encore sur la glace, observé par des juges, même quand je me brosse les dents. »
Nous n'avions pas seulement besoin de luxe, nous avions besoin d'invisibilité. Nous voulions un endroit où nous pourrions être un couple normal, marcher pieds nus, rire fort et nous aimer sans craindre qu'une photo ne finisse en une des tabloïds le lendemain.
Le lendemain, à la fin de l'entraînement, Viktor nous a fait signe de le suivre. On s'attendait à une énième séance vidéo sur nos carres, mais il nous a conduits dans le salon privé du centre. Sur la table basse, il y avait trois cafés et un dossier de cuir noir.
Viktor s'est assis, a croisé ses bras massifs et nous a fixés de ses yeux d'acier, mais avec une lueur que je ne lui connaissais pas : une sorte de protection paternelle.
— « Vous ne pouvez pas préparer Milan dans cette cage à poules où tout le monde vous épie, » a-t-il grogné. « Le traître qui a pris la photo à Tokyo a montré que votre sécurité était poreuse. J'ai utilisé mon nom pour vous ouvrir des portes. Voici trois appartements. Ils ne sont pas sur le marché public. Les propriétaires sont des amis du sport, des gens qui savent tenir leur langue. »
Il nous a tendu les fiches. Des lieux incroyables, mais un seul a retenu notre attention : un duplex inversé près du Parc Monceau.
La visite a été une révélation. L'appartement se situait au dernier étage d'un hôtel particulier. Pour y accéder, il fallait passer une cour intérieure pavée, invisible depuis la rue. L'ascenseur arrivait directement dans la pièce à vivre.
Quand la porte s'est ouverte, nous avons été frappés par le volume. Un immense salon cathédrale avec des baies vitrées donnant sur une terrasse arborée, protégée des regards par des jardinières hautes. À l'étage inférieur, deux suites spacieuses.
— « Regardez l'isolation phonique, » a souligné Viktor en frappant contre un mur. « Vous pouvez mettre la musique à fond pour vos répétitions, personne n'entendra rien. Et le gardien vit sur place, il est payé pour ne laisser passer aucun journaliste. »
Connor a parcouru la cuisine ouverte, imaginant déjà nos petits-déjeuners. Il s'est tourné vers moi, un immense sourire éclairant son visage. — « C'est ici, Herwann. C'est chez nous. »
Viktor nous a aidés pour toute la paperasse, utilisant son influence pour accélérer l'emménagement. Le jour où nous avons reçu les clés, il est venu avec une caisse de vin géorgien.
— « Ne me remerciez pas, » a-t-il dit avant de partir. « Assurez-vous juste que ce lit soit assez confortable pour que vous soyez en forme à 6h demain matin. Pas d'excuses. »
Le soir même, les cartons n'étaient même pas déballés que l'atmosphère de l'appartement changeait déjà. C'était la première fois que nous étions "propriétaires" de notre espace. J'ai allumé quelques lumières tamisées. Connor s'est approché de moi, me saisit par la taille, ses mains larges et puissantes s'ancrant fermement dans ma chair, me tirant contre son torse massif.
Sans un mot, il nous débarrassa de nos vêtements, les laissant choir sur le parquet neuf jusqu'à ce que nous soyons nus sur le grand tapis de laine du salon. Je le poussai doucement pour qu'il s'allonge sur le dos. Je voulais que ce lieu soit scellé par mon adoration pour lui.
Je me laissai glisser entre ses jambes puissantes. Sa verge était magnifique sous la lueur tamisée : dressée, pulsante, d'un rose sombre parcouru de veines saillantes. Je commençai par lécher la pointe de son gland avec la pointe de ma langue, recueillant chaque perle de son désir. Puis, je l'englobai d'un coup, mes lèvres se serrant fermement autour de lui.
Je fis descendre ma bouche sur toute sa longueur, sentant sa chair brûlante heurter le fond de ma gorge. Le bruit humide des succions résonnait dans le salon cathédrale. J'utilisais ma langue pour masser frénétiquement le frein de son gland, créant des vagues de plaisir qui faisaient tressaillir ses cuisses. Ma main droite s'enroula autour de la base, serrant fort pour faire affluer le sang, tandis que ma main gauche massait ses couilles avec une régularité hypnotique.
Connor commença à gémir, ses doigts s'enfonçant dans mes cheveux pour guider mon mouvement. Ses hanches se soulevaient, cherchant à s'enfoncer plus loin encore dans ma bouche. Je sentais ses muscles abdominaux se contracter, signe que l'explosion était proche. Ses bourses se durcissaient sous mes doigts.
Alors qu'il commençait à lâcher des "putains" saccadés et que son souffle devenait un sifflement de plus en plus court, je sentis son corps se tendre pour le grand saut. C'est là que je me retirai brusquement.
Je restai là, à genoux entre ses jambes, le regardant avec un sourire de défi, le menton encore brillant de son désir. Connor émit un son de frustration pure, son sexe vibrant d'une attente insupportable au milieu du salon. J'attendis de voir la rougeur de son visage s'estomper légèrement, que son souffle ralentisse, le torturant par ce calme imposé.
Le répit fut de courte durée. Connor me saisit par les épaules et me fit basculer sur le parquet froid. Il me retourna, me plaçant à quatre pattes sur le bois ciré. Je sentais le contraste entre le sol glacial et sa chaleur alors qu'il se collait contre mon dos, ses mains pétrissant mes fesses. Il descendit alors au sol, me saisissant par les hanches pour me dévorer à son tour, sa langue fouillant mon intimité avec une rage qui me fit hurler contre le parquet.
Puis, il me fit basculer à nouveau sur le dos. Il s'installa au-dessus de moi, ses cuisses encadrant mon visage dans une position de domination totale. Je repris sa queue en bouche par le bas, mes yeux fixés sur son visage renversé, observant chaque trait de son plaisir. Ma langue travaillait maintenant la rainure de son gland tandis que ses mains agrippaient mes épaules pour s'ancrer dans le sol.
Finalement, Connor me releva et me plaqua contre l'un des piliers en béton du duplex. J'entourai sa taille de mes jambes, mes bras verrouillés autour de son cou. Il me pénétra d'un coup sec, une onde de choc qui nous fit gémir à l'unisson. Le rythme devint frénétique, une danse sauvage au cœur de Paris.
Le choc de nos corps était le seul son dans l'appartement vide. Je sentis la vague monter, irrésistible. Connor s'arc-bouta, ses muscles saillants sous l'effort final. Dans un cri de libération qui fit vibrer les vitres, il se déversa puissamment en moi, de longs jets brûlants qui semblaient ne jamais finir. Je le rejoignis instantanément, mon plaisir s'écrasant contre son ventre.
Nous finîmes par glisser au sol, haletants, nos membres emmêlés. Le silence reprit ses droits, désormais habité par notre union. Connor me serra plus fort, nous recouvrant d'un plaid de fortune. On resta ainsi de longues minutes, regardant les lumières de la ville.
— « Je t'aime, Herwann. Enfin chez nous. »
On s'embrassa une dernière fois, un baiser au goût de victoire et d'épuisement, avant de sombrer dans un sommeil profond, protégés par les murs de notre nouveau royaume.
Le premier réveil dans le duplex fut d'une douceur presque irréelle. La lumière de l'hiver parisien, filtrée par les grandes baies vitrées du salon cathédrale, dessinait des rectangles d'or pâle sur le tapis de laine où nous avions fini par nous endormir, emmêlés l'un dans l'autre. Le silence de l'appartement était total, une bulle de protection absolue que nous n'avions jamais connue.
Connor fut le premier à s'extraire de la chaleur du plaid. Je restai allongé, le regardant s'étirer comme un félin, sa musculature de titan se découpant contre la clarté matinale. Il se dirigea vers la cuisine, ses pieds nus ne produisant aucun bruit sur le parquet ciré.
Dans les cartons encore ouverts, il fouilla un instant pour dénicher deux tasses dépareillées : l'une bleue émaillée, l'autre en grès brun. Il prépara les cafés, le ronronnement de la machine étant le seul son venant briser la paix du sanctuaire. L'odeur riche et grillée de l'arabica se répandit bientôt dans l'espace vide, mêlée à l'odeur de notre nuit.
Il revint vers moi et me tendit ma tasse. Je me redressai, le drap glissant sur mes hanches, et nous nous dirigeâmes vers la terrasse. Le froid vif du matin nous saisit, nous obligeant à nous serrer l'un contre l'autre sous une épaisse couverture de laine.
Nous nous sommes assis face à l'immensité. Paris s'étalait sous nos pieds, baignée dans une brume légère. La Tour Eiffel trônait au loin, majestueuse, encore scintillante des dernières lueurs de la nuit avant que le soleil ne l'embrase totalement. Nous buvions notre café à petites gorgées, le regard perdu sur l'horizon, savourant ce luxe ultime : le temps qui semble s'arrêter.
— « C'est pour ça qu'on se bat, Herwann, » murmura Connor en serrant ma main contre sa cuisse. « Pour ces moments où le monde n'existe plus. »
Pendant de longues minutes, nous sommes restés là, suspendus entre ciel et terre, persuadés que rien ne pourrait briser cette perfection.
C'est à cet instant précis, alors que je m'apprêtais à poser ma tasse vide sur la petite table en fer forgé, que la réalité frappa. À l'intérieur, sur l'îlot central en marbre, le téléphone de Connor se mit à vibrer avec une violence qui parut faire trembler les murs. Le son, strident et implacable, brisa net la magie de la terrasse.
Connor soupira, une ombre passant sur son visage, et rentra pour répondre. Je le suivis, sentant une boule se nouer dans mon estomac. Il n'eut même pas besoin de mettre le haut-parleur. La voix de Viktor jaillit de l'appareil comme une explosion de gravier :
— « HUIT HEURES TRENTE ! CAMPBELL ! DELCOURT ! Est-ce que vous avez perdu l'usage de vos montres ?! »
Connor tenta de balbutier une explication, mais Viktor hurla de plus belle :
— « Je suis sur la glace depuis six heures ! SIX HEURES ! J'ai payé pour cet appartement pour que vous soyez reposés, pas pour que vous fassiez la grasse matinée comme des retraités en croisière ! Si vous n'êtes pas sur la piste dans quinze minutes, je viens vous déloger moi-même et je vous jure que je change les serrures de votre petit nid d'amour ! BOUGEZ-VOUS ! »
Le clic de fin de communication résonna comme une sentence de mort.
Le silence qui suivit fut chargé de panique pure.
— « Six heures... » répéta Connor, les yeux écarquillés. « On a deux heures et demie de retard. »
Ce fut un chaos indescriptible. Nous avons bondi à travers le duplex, jetant nos vêtements de la veille, attrapant nos sacs de sport au milieu des cartons éventrés. En moins de cinq minutes, nous étions dans l'ascenseur, les cheveux en bataille, le goût du café encore en bouche et les lacets à moitié défaits.
Connor conduisit comme un possédé dans les rues de Paris, slalomant entre les voitures, tandis que je vérifiais nerveusement mes lames. L'adrénaline de la peur avait remplacé la douceur du réveil.
Quand nous avons franchi la porte de la patinoire à 8h50, Viktor nous attendait seul au centre de la glace, immobile comme une statue de granit, les bras croisés. Son regard était plus froid que la piste elle-même.
— « Enfin, » dit-il d'une voix dangereusement basse alors que nous sautions sur la glace en toute hâte. « Puisque le luxe vous rend paresseux, on va passer la journée à vous rappeler pourquoi vous êtes là. On commence par la séquence de pas. Sans musique. Et si je vois un seul signe de fatigue, on double la charge jusqu'à ce que vous tombiez. »
La séance fut une torture physique, mais chaque fois que nos regards se croisaient durant les portés, un sourire secret flottait sur nos lèvres. Viktor pouvait nous briser le corps, il ne pouvait pas nous enlever le souvenir des tasses dépareillées et de la Tour Eiffel au lever du jour.
Fin du chapitre 12.
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