Le goût de l'effondrement - chapitre 33
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 21-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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La soirée s’acheva pourtant dans un calme presque déroutant. Quelques minutes plus tard, les conversations avaient repris comme si rien d’exceptionnel ne venait de se produire. Monsieur, Étienne et Monsieur Stéphane avaient retrouvé leurs fauteuils, leurs verres et leurs discussions, tandis que Rex et moi étions installés sur le tapis à leurs pieds. Étienne, sans même interrompre la conversation, posa bientôt ses pieds sur moi et s’installa plus confortablement, utilisant mon corps comme un simple repose-pieds. Le geste fut si naturel, si dépourvu de mise en scène, qu’il m’humilia presque davantage que s’il avait cherché à me provoquer. J’étais là, disponible, intégré à leur confort comme si cette place m’avait toujours été destinée.
Pour eux, il n’y avait manifestement aucune rupture entre ce moment obscène et dépravant que Rex et moi leur avions offert et la suite de la soirée. Aucun commentaire nécessaire. Aucun besoin de revenir sur cette sodomie dirigée et contrôlée. Elle appartenait déjà à l’ordre naturel des choses.
Lorsque vint l’heure de manger, Rex et moi restâmes près d’eux, à quatre pattes. Monsieur Stéphane posa une seule gamelle au sol. Je la regardai, puis regardai Rex.
— Commune, précisa Étienne avec un sourire. Il ne faudrait tout de même pas que nos deux chiens prennent de mauvaises habitudes.
Rex s’approcha sans hésiter. Moi, une seconde plus tard. Nous mangeâmes donc dans la même gamelle, côte à côte, sans les mains, tandis qu’au-dessus de nous les trois hommes poursuivaient tranquillement leur propre repas.
Au début, je cherchai instinctivement à conserver ma moitié, mon espace, une sorte de frontière dérisoire entre Rex et moi. Mais lui ne semblait même plus penser ainsi. Il mangeait lorsqu’une bouchée se présentait devant lui, reculait légèrement lorsque je prenais la suivante, puis revenait. Peu à peu, je fis pareil. Et ce fut peut-être cela qui résuma le mieux cette fin de soirée.
Quelques heures auparavant, Rex était un inconnu. Désormais nous étions couchés aux pieds de nos maîtres, partageant la même gamelle avec une docilité qui aurait dû me paraître inconcevable.
La soirée s’achevait dans un calme presque déroutant.
Monsieur, Étienne et Monsieur Stéphane avaient retrouvé leurs fauteuils et leurs conversations, tandis que Rex et moi étions installés sur le tapis à leurs pieds. Étienne avait de nouveau posé ses pieds sur mes fesses et s’en servait avec un naturel désarmant comme d’un repose-pieds.
Après tout ce qui venait de se passer, cette banalité me troublait presque davantage que le reste. Monsieur Stéphane consulta l’heure.
— Il va falloir songer à coucher nos deux pensionnaires.
Étienne exerça une légère pression de ses pieds sur mon fessier.
— Notre petite chienne doit être fatiguée après toutes ses émotions.
— Oui, Monsieur, répondis-je.
— Et au moins, ajouta-t-il, ça lui évitera d’écouter ce qu’on dit d’elle lorsqu’elle n’est plus dans la pièce.
Je relevai aussitôt la tête. Étienne sourit.
— Ah… Voilà qu’elle n’a plus sommeil.
Monsieur Stéphane eut un petit rire.
— Le couchage sera tout de même plus rudimentaire que la mansarde que vous lui offrez chez vous.
Cette phrase me fit hésiter. Ils connaissaient manifestement tous les trois l’endroit dont il parlait.
Moi, non.
Monsieur Stéphane s’absenta un instant et revint avec deux laisses.
— J’emmène Rex dans le jardin pour qu’il puisse pisser. Souhaitez-vous que j’emmène celui-ci également ?
Monsieur acquiesça.
Quelques instants plus tard, Rex et moi étions dehors. La fraîcheur de la nuit me saisit. Monsieur Stéphane nous conduisit au pied d’un arbre et je compris ce qu’il attendait.
Rex, à quatre pattes, s’exécuta sans la moindre hésitation. Moi, je restai immobile, totalement bloqué.
Faire mes besoins ainsi, nu, tenu en laisse, dans cette indigne posture, sous le regard d’un homme que je connaissais depuis quelques heures seulement, réveilla brutalement une pudeur que je croyais avoir déjà largement abandonnée.
— Allez, Alex.
Je jetai malgré moi un regard vers Rex.
— Ne le regarde pas. Lui a déjà appris.
Je ravalai mon humiliation et finis par faire ce qui était attendu. Rex semblait parfaitement à l’aise. Ce contraste me frappa. Pour lui, cette sortie nocturne n’avait rien d’exceptionnel. Elle faisait simplement partie de sa vie.
En regagnant la maison, je me demandai combien de temps il fallait pour parvenir à cette indifférence.
Lorsque nous revînmes dans le salon, Monsieur et Étienne étaient debout. Monsieur regarda Stéphane.
— Il a fait ?
— Oui. Ce fut un peu compliqué, répondit-il. Mais avec le temps, ce sera plus facile.
J’eus honte jusque dans ma manière de baisser les yeux. Monsieur Stéphane détacha Rex.
— Viens saluer Monsieur et Étienne, Alex.
Je m’approchai.
— Ils repartiront tôt demain. Tu ne les reverras donc pas avant leur départ.
Je relevai brusquement la tête.
— Vous partez sans moi ?
Monsieur me regarda.
— Oui.
Je restai interdit. Une pensée me revint immédiatement : le chenil. On m’en avait parlé. Mais il avait été question du mercredi suivant.
— Mais… Monsieur, le chenil, c’était mercredi.
— C’était ce qui était prévu.
« C’était ».
Ce temps du verbe suffit à faire monter mon inquiétude.
— Alors… je reste ici combien de temps ?
Personne ne répondit immédiatement. Et dans ce silence, mon imagination partit beaucoup trop vite.
— Toute la semaine ?
Ma voix avait changé. Je regardai successivement les trois hommes.
— Monsieur, j’ai cours lundi.
Puis tout sortit d’un seul coup.
— J’ai cours toute la semaine prochaine. Je n’ai rien avec moi. Pas mes affaires, pas mes livres, pas mon téléphone… Je ne sais même pas où nous sommes.
Je sentis la panique me gagner.
— Et Thomas va s’inquiéter.
Étienne leva les yeux vers moi.
— Thomas ?
— S’il ne me voit pas lundi, oui. Il sait que je n’ai plus mon téléphone. Après tout ce qu’il a vu, il va forcément penser qu’il s’est passé quelque chose.
Étienne sourit.
— Ne t’inquiète pas pour Thomas. Je pourrai toujours le convoquer dans mon bureau.
Je connaissais suffisamment ce sourire désormais pour savoir que la suite me déplairait.
— Peut-être que je le baiserai… Puis je lui montrerai les photos. Il comprendra rapidement combien tu apprécies ta nouvelle vie et le bonheur que tu trouves à jouer les petites chiennes.
— Non.
Ma réponse fut immédiate.
— Étienne, s’il vous plaît. Pas les photos.
— Pourquoi ? Elles sont très parlantes.
Je me tournai vers Monsieur.
— Monsieur, je vous en prie…
— Calme-toi, Alex.
Sa voix suffit à m’arrêter.
— Tu ne vas pas manquer tes cours.
Je le fixai.
— Nous reviendrons te chercher dimanche soir.
Le soulagement fut si brutal que j’en eus presque honte.
Dimanche. Seulement dimanche. Je venais d’éprouver un véritable soulagement à l’idée de passer deux nuits dans ce mystérieux chenil dont, quelques heures auparavant, la simple évocation m’aurait terrifié.
Monsieur dut lire quelque chose sur mon visage.
— Tu seras à l’université lundi matin.
— Oui, Monsieur.
Je respirais déjà mieux. Mais il n’avait pas terminé.
— En attendant, tu restes ici sous l’autorité de Stéphane.
Je regardai Monsieur Stéphane.
— Tu lui obéiras exactement comme tu m’obéis lorsque tu es chez moi.
Cette phrase me fit mesurer ce qui allait réellement changer. Depuis mon arrivée dans cette maison, Monsieur était toujours resté quelque part à proximité. Cette fois, il allait partir.
Et moi, rester.
Monsieur s’approcha légèrement.
— Sois bien sage, Alex. J’ai toute confiance en Stéphane.
— Oui, Monsieur.
Il me regarda quelques secondes avant d’ajouter :
— Et en toi aussi.
Cette phrase me surprit davantage que je ne l’aurais imaginé.
— Je sais combien ton besoin de vivre pleinement ce pour quoi tu es fait est devenu important. Je t’offre ici une belle occasion d’aller plus loin, de découvrir ce que tu recherches réellement et de t’épanouir dans cette voie.
Je restai silencieux. Quelques heures plus tôt, Étienne aurait sans doute trouvé une formule cruelle pour dire exactement la même chose. Dans la bouche de Monsieur, les mots prenaient une autre dimension. Il ne me menaçait pas. Il ne m’ordonnait même pas d’aimer ce qui m’attendait.
Il me renvoyait à moi-même.
— Profite de ces deux jours, poursuivit-il. Observe. Apprends. Et surtout, ne joue aucun rôle. Ni pour Stéphane, ni pour Rex, ni pour moi.
Son regard resta fixé au mien.
— Sois simplement celui que tu as choisi de devenir.
Je baissai les yeux.
— Oui, Monsieur.
Cette fois, aucune menace ne suivit.
Monsieur Stéphane reprit ma laisse. Il n’y eut ni longue explication ni cérémonie particulière.
— Viens.
Rex nous suivit.
Nous quittâmes le salon et empruntâmes bientôt une partie de la maison que je ne connaissais pas. Le décor changea progressivement. Les pièces confortables laissèrent place à un passage plus simple, puis à quelques marches de pierre descendant vers une ancienne dépendance aménagée au niveau inférieur.
Il faisait plus frais. Monsieur Stéphane ouvrit une porte. Derrière, une grande pièce austère apparut, propre mais presque entièrement dépouillée. Je compris immédiatement.
Le chenil.
Quatre espaces individuels occupaient un côté de la pièce. De grands boxes grillagés, suffisamment vastes pour qu’un homme puisse s’y allonger ou s’asseoir confortablement, chacun équipé d’un couchage sommaire et d’un récipient d’eau. Rien de sordide, rien qui ressemblât au cachot que mon imagination avait commencé à fabriquer.
Et pourtant je m’arrêtai. Parce que c’était réel. Chenil n’était plus seulement un mot utilisé par Étienne pour m’humilier.
Rex me dépassa tranquillement et se dirigea vers l’un des boxes avec l’évidence de quelqu’un qui connaissait parfaitement les lieux.
Je le regardai. Aucune gêne. Aucune inquiétude. Pour lui, cet endroit était simplement celui où il dormait. Moi, j’avais le cœur qui battait beaucoup trop vite.
Je pensai à ma mansarde, que j’avais trouvée si austère dix jours plus tôt. Son lit, son bureau, ses murs nus me parurent soudain presque luxueux. Puis je pensai au lendemain matin. Monsieur et Étienne prendraient la route. Je me réveillerais ici. Sans eux. Ce fut cela, finalement, qui me troubla le plus.
Monsieur Stéphane intervint alors.
— Ce soir, vous coucherez ensemble tous les deux.
Il désigna l’un des espaces.
— Rex, tu prendras soin de ce jeune chiot.
— Oui, Maître.
Quelques minutes plus tard, la lumière principale fut éteinte. Le couchage était rudimentaire : un seul matelas posé au sol et une couverture pour deux. Après le confort de la maison, le contraste était saisissant. Rex s’allongea le premier. Je pris place à côté de lui, encore raide, cherchant presque instinctivement à préserver entre nous quelques centimètres de distance.
Lui n’en laissa guère. Sans hésiter, il se rapprocha et passa un bras autour de moi. Je me tendis par réflexe, puis me laissai aller contre lui. Dans la fraîcheur de la pièce, sa chaleur me fit du bien. Il n’y avait dans son geste ni ordre ni provocation. Seulement une attention tranquille, presque protectrice.
Nous restâmes ainsi un moment.
— Tu avais peur, la première fois que tu as dormi ici ? murmurai-je.
— Oui.
La réponse était venue immédiatement.
— Beaucoup ?
— Assez pour me demander ce que je foutais là.
Je souris dans l’obscurité. C’était la première fois que je l’entendais parler ainsi. Il poursuivit sans que j’aie besoin de le questionner davantage.
— J’avais honte aussi. De la laisse, de la gamelle, de ce que je portais entre les jambes, de dormir ici… De tout. Je regardais chaque chose en me disant : tu es vraiment en train d’accepter ça ?
Sa main glissa lentement dans mon dos, puis sur mes fesses.
— Et puis j’ai compris que je posais la mauvaise question.
— Laquelle il fallait poser ?
Il réfléchit.
— Est-ce que je suis heureux ?
Un silence.
— Et je le suis, Alex. Vraiment.
Sa voix avait changé. Il ne cherchait pas à défendre Monsieur Stéphane, encore moins à me convaincre. Il constatait quelque chose qui lui paraissait désormais simple.
— Je sais ce que ça peut avoir de ridicule vu de l’extérieur. Un homme adulte qui accepte qu’on l’appelle Rex, qui porte un collier, une cage de chasteté, qui dort parfois ici, qui est frustré sexuellement… Je le sais parfaitement. Mais je n’ai plus honte de te dire que j’aime ça.
Il resserra légèrement son bras autour de moi.
— J’aime appartenir à mon Maître. Voilà. Je peux le dire sans détour. J’aime quand il décide. J’aime quand il est fier de moi. J’aime quand il me rappelle ma place aussi. Et je suis heureux quand je réussis à lui donner exactement ce qu’il attend.
— Tu n’as jamais envie de reprendre une vie… normale ?
— Normale pour qui ?
La question me fit sourire malgré moi.
Rex poursuivit plus doucement :
— Je travaille, je vois des gens, j’ai une vie. Seulement, avec lui, je suis autrement. Et c’est justement cette part-là de moi qui me rend heureux.
— Même ici ?
— Même ici.
Il resserra légèrement son bras autour de moi.
— Tu regardes le chenil et tu vois ce qu’on t’enlève. Moi, je sais ce que j’y trouve.
Je l’écoutais sans bouger. Cette absence totale de pudeur dans l’aveu me fascinait. Rex ne cherchait ni des mots savants ni une justification qui rendrait ses choix plus acceptables.
— Tu n’as jamais l’impression de perdre quelque chose ?
— Si. Bien sûr.
Sa réponse me surprit.
— Je perds une partie de mon indépendance quand je suis avec lui, de ma dignité également. Ce serait idiot de prétendre le contraire. Mais je ne les ai pas perdues par accident. Je les lui donne.
Il marqua une pause. Il resta silencieux quelques secondes avant d’ajouter :
— Même ma sexualité.
Je tournai légèrement la tête vers lui.
— Ça, au début, ça a été beaucoup plus difficile.
Sa voix demeurait parfaitement calme. Il parlait sans gêne, avec cette franchise presque désarmante que permettait peut-être l’obscurité.
— J’avais toujours considéré que cette partie-là de ma vie n’appartenait qu’à moi. Mes envies, mes plaisirs, mes pulsions, mes frustrations… personne n’avait à décider à ma place. Et puis j’ai accepté que Maître Stéphane puisse aussi avoir son mot à dire là-dessus.
Il se tut un instant.
— Les premières fois, je me suis demandé si je n’étais pas complètement fou.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je crois que c’est l’une des choses qui me fait le mieux comprendre ce que signifie lui appartenir.
Je ne répondis pas.
— Je ne veux pas dire que je n’ai plus de désir, reprit-il. Au contraire. Seulement, je n’en suis plus toujours le seul maître.
Il eut un petit rire dans l’obscurité.
— Tu vois, là, par exemple… si je n’avais pas cette cage, je sais exactement et précisément, ce que je ferais avec toi.
Je souris malgré moi.
— À ce point-là ?
— Oh oui. Et Maître Stéphane le sait très bien.
Il n’y avait aucune gêne dans sa voix. Rex constatait simplement son désir, avec une franchise qui me déconcertait.
— C’est justement ça qui compte, poursuivit-il. Avoir envie ne me donne plus automatiquement le droit de décider de la suite. Avant, j’aurais trouvé cette idée insupportable. Maintenant, elle m’apaise presque.
— Même quand tu es frustré ?
— Surtout quand je suis frustré. Sinon, ça n’aurait pas beaucoup de sens.
Il caressa mon abdomen doucement puis sa main atteignit mon pubis.
— La cage ne supprime rien, Alex. Elle me rappelle seulement que mon désir existe sans forcément commander. Et quand Maître décide pour moi, je sais que je lui ai réellement confié quelque chose d’important et qui compte.
Je restai silencieux.
— Mais même cette frustration a fini par avoir un sens. Avant, dès que je désirais quelque chose, j’avais l’impression qu’il fallait que ce désir soit satisfait. Maintenant, je peux simplement le ressentir sans qu’il commande tout le reste.
Il marqua une pause, sa main caressait mes testicules.
— Et quand Maître décide finalement de m’accorder quelque chose, ce n’est plus tout à fait pareil. Je ne le considère plus comme un dû.
Il eut un petit rire.
— C’est ça que les gens comprennent mal. Ils voient ce qu’on abandonne. Ils voient moins ce qu’on reçoit en échange.
— Et qu’est-ce que tu reçois ?
Je sentis son souffle près de mon visage.
— La paix, souvent.
Le mot resta suspendu entre nous.
— Avant, j’avais toujours besoin de prouver quelque chose. Que j’étais fort, indépendant, que personne ne décidait pour moi. C’était épuisant. Avec lui, je n’ai plus besoin de ça. Quand je suis à ses pieds, je n’ai rien à défendre.
Il eut un petit rire.
— Ça paraît complètement con dit comme ça.
— Non.
Et je le pensais.
— Ici, continua-t-il, je peux être exactement celui que je suis sans avoir à rendre ça présentable pour les autres. Je n’ai pas besoin d’appeler ça autrement pour que ce soit plus joli. Je suis son soumis. J’aime l’être. Ça me rend heureux.
Je pensai à Thomas. À toutes les explications que j’avais tenté de lui donner. À ma manière de parler de discipline, d’organisation, de choix, comme si j’avais toujours besoin de construire une démonstration intellectuelle autour de ce qui m’arrivait.
Rex, lui, venait de tout résumer en quelques phrases.
— Et le chenil ? demandai-je.
— Le chenil aussi.
Il sentit probablement mon étonnement.
— Pas parce que c’est confortable. Ça ne l’est pas. Mais parce que lorsque Maître Stéphane me couche ici, je sais pourquoi j’y suis. Je n’ai rien à décider. Rien à organiser. Je peux simplement être à ma place et dormir.
Il passa doucement ses doigts dans ma raie anale. Je le laissai agir.
— Tu verras peut-être un jour.
— Peut-être.
— Ou peut-être pas. Tu n’es pas obligé de devenir moi.
Cette phrase me toucha. Depuis mon arrivée, tout le monde semblait voir en moi ce que j’allais devenir. Rex était le premier à me dire que je pouvais être différent de lui.
— Mais ne te mens pas non plus, ajouta-t-il doucement. Si quelque chose te rend heureux, ne passe pas ta vie à avoir honte simplement parce que ça semblerait incompréhensible à quelqu’un d’autre.
Je ne répondis pas. Sa main continua lentement son chemin, en caresses tranquilles, parfois plus intimes, jusqu’à mon anus, puis revenait simplement se poser sur moi. Rien ne pressait. La journée avait été faite d’ordres, d’attente, de regards posés sur mon corps. Pour la première fois depuis des heures, personne n’attendait rien.
Rex finit pourtant par remarquer au bout de ses doigts, les traces de sperme que notre rapprochement de tout à l’heure avait laissées sur moi.
Il eut d’abord un petit rire, puis rit plus franchement.
— Quoi ? murmurai-je.
— Rien… Je constate simplement que tu perds encore un peu de moi.
Il me fit voir les traces humides. Je sentis immédiatement mes joues chauffer.
— Rex…
Son rire redoubla devant mon embarras.
— Ne prends pas cet air-là. Après la soirée que nous venons de passer, tu ne vas quand même pas devenir pudique maintenant.
Je voulus protester, mais je me mis finalement à rire moi aussi.
Et ce rire partagé eut quelque chose d’étrangement libérateur. Pour Rex, il n’y avait là ni indignité ni raison de détourner les yeux. Seulement l’intimité un peu désordonnée de deux soumis qui, quelques minutes plus tôt, se connaissaient à peine et qui partageaient maintenant le même matelas, la même couverture et un secret que l’obscurité rendait presque tendre.
Je me rapprochai spontanément. Rex m’accueillit contre lui comme si le geste allait de soi.
— Tu es gentil, murmurai-je.
Il eut un léger rire.
— Ne le répète pas trop fort. J’ai une réputation de chien soumis à tenir.
Je souris. Puis le silence revint. Ses caresses devinrent plus rares à mesure que la fatigue nous gagnait. Je sentais sa respiration ralentir, la chaleur de son corps sous la couverture, son bras toujours posé autour de moi.
Je levai finalement le visage vers lui. Dans la pénombre, je distinguais à peine ses traits. Cette fois, personne ne me donnait d’ordre. Personne ne regardait. Personne ne photographiait.
Je m’approchai simplement et lui offris mes lèvres. Rex répondit à mon baiser avec la même douceur qu’il avait mise dans ses confidences.
Lorsque nous nous séparâmes, je restai contre lui.
— Bonne nuit, Alex.
— Bonne nuit, Rex.
Quelques minutes plus tard, je m’endormis dans ses bras. Et, contre toute attente, ce ne furent pas les grilles que j’emportai avec moi dans le sommeil.
Ce furent son baiser et ses mots.
Je n’ai plus honte de dire que j’aime ça.
Pour eux, il n’y avait manifestement aucune rupture entre ce moment obscène et dépravant que Rex et moi leur avions offert et la suite de la soirée. Aucun commentaire nécessaire. Aucun besoin de revenir sur cette sodomie dirigée et contrôlée. Elle appartenait déjà à l’ordre naturel des choses.
Lorsque vint l’heure de manger, Rex et moi restâmes près d’eux, à quatre pattes. Monsieur Stéphane posa une seule gamelle au sol. Je la regardai, puis regardai Rex.
— Commune, précisa Étienne avec un sourire. Il ne faudrait tout de même pas que nos deux chiens prennent de mauvaises habitudes.
Rex s’approcha sans hésiter. Moi, une seconde plus tard. Nous mangeâmes donc dans la même gamelle, côte à côte, sans les mains, tandis qu’au-dessus de nous les trois hommes poursuivaient tranquillement leur propre repas.
Au début, je cherchai instinctivement à conserver ma moitié, mon espace, une sorte de frontière dérisoire entre Rex et moi. Mais lui ne semblait même plus penser ainsi. Il mangeait lorsqu’une bouchée se présentait devant lui, reculait légèrement lorsque je prenais la suivante, puis revenait. Peu à peu, je fis pareil. Et ce fut peut-être cela qui résuma le mieux cette fin de soirée.
Quelques heures auparavant, Rex était un inconnu. Désormais nous étions couchés aux pieds de nos maîtres, partageant la même gamelle avec une docilité qui aurait dû me paraître inconcevable.
La soirée s’achevait dans un calme presque déroutant.
Monsieur, Étienne et Monsieur Stéphane avaient retrouvé leurs fauteuils et leurs conversations, tandis que Rex et moi étions installés sur le tapis à leurs pieds. Étienne avait de nouveau posé ses pieds sur mes fesses et s’en servait avec un naturel désarmant comme d’un repose-pieds.
Après tout ce qui venait de se passer, cette banalité me troublait presque davantage que le reste. Monsieur Stéphane consulta l’heure.
— Il va falloir songer à coucher nos deux pensionnaires.
Étienne exerça une légère pression de ses pieds sur mon fessier.
— Notre petite chienne doit être fatiguée après toutes ses émotions.
— Oui, Monsieur, répondis-je.
— Et au moins, ajouta-t-il, ça lui évitera d’écouter ce qu’on dit d’elle lorsqu’elle n’est plus dans la pièce.
Je relevai aussitôt la tête. Étienne sourit.
— Ah… Voilà qu’elle n’a plus sommeil.
Monsieur Stéphane eut un petit rire.
— Le couchage sera tout de même plus rudimentaire que la mansarde que vous lui offrez chez vous.
Cette phrase me fit hésiter. Ils connaissaient manifestement tous les trois l’endroit dont il parlait.
Moi, non.
Monsieur Stéphane s’absenta un instant et revint avec deux laisses.
— J’emmène Rex dans le jardin pour qu’il puisse pisser. Souhaitez-vous que j’emmène celui-ci également ?
Monsieur acquiesça.
Quelques instants plus tard, Rex et moi étions dehors. La fraîcheur de la nuit me saisit. Monsieur Stéphane nous conduisit au pied d’un arbre et je compris ce qu’il attendait.
Rex, à quatre pattes, s’exécuta sans la moindre hésitation. Moi, je restai immobile, totalement bloqué.
Faire mes besoins ainsi, nu, tenu en laisse, dans cette indigne posture, sous le regard d’un homme que je connaissais depuis quelques heures seulement, réveilla brutalement une pudeur que je croyais avoir déjà largement abandonnée.
— Allez, Alex.
Je jetai malgré moi un regard vers Rex.
— Ne le regarde pas. Lui a déjà appris.
Je ravalai mon humiliation et finis par faire ce qui était attendu. Rex semblait parfaitement à l’aise. Ce contraste me frappa. Pour lui, cette sortie nocturne n’avait rien d’exceptionnel. Elle faisait simplement partie de sa vie.
En regagnant la maison, je me demandai combien de temps il fallait pour parvenir à cette indifférence.
Lorsque nous revînmes dans le salon, Monsieur et Étienne étaient debout. Monsieur regarda Stéphane.
— Il a fait ?
— Oui. Ce fut un peu compliqué, répondit-il. Mais avec le temps, ce sera plus facile.
J’eus honte jusque dans ma manière de baisser les yeux. Monsieur Stéphane détacha Rex.
— Viens saluer Monsieur et Étienne, Alex.
Je m’approchai.
— Ils repartiront tôt demain. Tu ne les reverras donc pas avant leur départ.
Je relevai brusquement la tête.
— Vous partez sans moi ?
Monsieur me regarda.
— Oui.
Je restai interdit. Une pensée me revint immédiatement : le chenil. On m’en avait parlé. Mais il avait été question du mercredi suivant.
— Mais… Monsieur, le chenil, c’était mercredi.
— C’était ce qui était prévu.
« C’était ».
Ce temps du verbe suffit à faire monter mon inquiétude.
— Alors… je reste ici combien de temps ?
Personne ne répondit immédiatement. Et dans ce silence, mon imagination partit beaucoup trop vite.
— Toute la semaine ?
Ma voix avait changé. Je regardai successivement les trois hommes.
— Monsieur, j’ai cours lundi.
Puis tout sortit d’un seul coup.
— J’ai cours toute la semaine prochaine. Je n’ai rien avec moi. Pas mes affaires, pas mes livres, pas mon téléphone… Je ne sais même pas où nous sommes.
Je sentis la panique me gagner.
— Et Thomas va s’inquiéter.
Étienne leva les yeux vers moi.
— Thomas ?
— S’il ne me voit pas lundi, oui. Il sait que je n’ai plus mon téléphone. Après tout ce qu’il a vu, il va forcément penser qu’il s’est passé quelque chose.
Étienne sourit.
— Ne t’inquiète pas pour Thomas. Je pourrai toujours le convoquer dans mon bureau.
Je connaissais suffisamment ce sourire désormais pour savoir que la suite me déplairait.
— Peut-être que je le baiserai… Puis je lui montrerai les photos. Il comprendra rapidement combien tu apprécies ta nouvelle vie et le bonheur que tu trouves à jouer les petites chiennes.
— Non.
Ma réponse fut immédiate.
— Étienne, s’il vous plaît. Pas les photos.
— Pourquoi ? Elles sont très parlantes.
Je me tournai vers Monsieur.
— Monsieur, je vous en prie…
— Calme-toi, Alex.
Sa voix suffit à m’arrêter.
— Tu ne vas pas manquer tes cours.
Je le fixai.
— Nous reviendrons te chercher dimanche soir.
Le soulagement fut si brutal que j’en eus presque honte.
Dimanche. Seulement dimanche. Je venais d’éprouver un véritable soulagement à l’idée de passer deux nuits dans ce mystérieux chenil dont, quelques heures auparavant, la simple évocation m’aurait terrifié.
Monsieur dut lire quelque chose sur mon visage.
— Tu seras à l’université lundi matin.
— Oui, Monsieur.
Je respirais déjà mieux. Mais il n’avait pas terminé.
— En attendant, tu restes ici sous l’autorité de Stéphane.
Je regardai Monsieur Stéphane.
— Tu lui obéiras exactement comme tu m’obéis lorsque tu es chez moi.
Cette phrase me fit mesurer ce qui allait réellement changer. Depuis mon arrivée dans cette maison, Monsieur était toujours resté quelque part à proximité. Cette fois, il allait partir.
Et moi, rester.
Monsieur s’approcha légèrement.
— Sois bien sage, Alex. J’ai toute confiance en Stéphane.
— Oui, Monsieur.
Il me regarda quelques secondes avant d’ajouter :
— Et en toi aussi.
Cette phrase me surprit davantage que je ne l’aurais imaginé.
— Je sais combien ton besoin de vivre pleinement ce pour quoi tu es fait est devenu important. Je t’offre ici une belle occasion d’aller plus loin, de découvrir ce que tu recherches réellement et de t’épanouir dans cette voie.
Je restai silencieux. Quelques heures plus tôt, Étienne aurait sans doute trouvé une formule cruelle pour dire exactement la même chose. Dans la bouche de Monsieur, les mots prenaient une autre dimension. Il ne me menaçait pas. Il ne m’ordonnait même pas d’aimer ce qui m’attendait.
Il me renvoyait à moi-même.
— Profite de ces deux jours, poursuivit-il. Observe. Apprends. Et surtout, ne joue aucun rôle. Ni pour Stéphane, ni pour Rex, ni pour moi.
Son regard resta fixé au mien.
— Sois simplement celui que tu as choisi de devenir.
Je baissai les yeux.
— Oui, Monsieur.
Cette fois, aucune menace ne suivit.
Monsieur Stéphane reprit ma laisse. Il n’y eut ni longue explication ni cérémonie particulière.
— Viens.
Rex nous suivit.
Nous quittâmes le salon et empruntâmes bientôt une partie de la maison que je ne connaissais pas. Le décor changea progressivement. Les pièces confortables laissèrent place à un passage plus simple, puis à quelques marches de pierre descendant vers une ancienne dépendance aménagée au niveau inférieur.
Il faisait plus frais. Monsieur Stéphane ouvrit une porte. Derrière, une grande pièce austère apparut, propre mais presque entièrement dépouillée. Je compris immédiatement.
Le chenil.
Quatre espaces individuels occupaient un côté de la pièce. De grands boxes grillagés, suffisamment vastes pour qu’un homme puisse s’y allonger ou s’asseoir confortablement, chacun équipé d’un couchage sommaire et d’un récipient d’eau. Rien de sordide, rien qui ressemblât au cachot que mon imagination avait commencé à fabriquer.
Et pourtant je m’arrêtai. Parce que c’était réel. Chenil n’était plus seulement un mot utilisé par Étienne pour m’humilier.
Rex me dépassa tranquillement et se dirigea vers l’un des boxes avec l’évidence de quelqu’un qui connaissait parfaitement les lieux.
Je le regardai. Aucune gêne. Aucune inquiétude. Pour lui, cet endroit était simplement celui où il dormait. Moi, j’avais le cœur qui battait beaucoup trop vite.
Je pensai à ma mansarde, que j’avais trouvée si austère dix jours plus tôt. Son lit, son bureau, ses murs nus me parurent soudain presque luxueux. Puis je pensai au lendemain matin. Monsieur et Étienne prendraient la route. Je me réveillerais ici. Sans eux. Ce fut cela, finalement, qui me troubla le plus.
Monsieur Stéphane intervint alors.
— Ce soir, vous coucherez ensemble tous les deux.
Il désigna l’un des espaces.
— Rex, tu prendras soin de ce jeune chiot.
— Oui, Maître.
Quelques minutes plus tard, la lumière principale fut éteinte. Le couchage était rudimentaire : un seul matelas posé au sol et une couverture pour deux. Après le confort de la maison, le contraste était saisissant. Rex s’allongea le premier. Je pris place à côté de lui, encore raide, cherchant presque instinctivement à préserver entre nous quelques centimètres de distance.
Lui n’en laissa guère. Sans hésiter, il se rapprocha et passa un bras autour de moi. Je me tendis par réflexe, puis me laissai aller contre lui. Dans la fraîcheur de la pièce, sa chaleur me fit du bien. Il n’y avait dans son geste ni ordre ni provocation. Seulement une attention tranquille, presque protectrice.
Nous restâmes ainsi un moment.
— Tu avais peur, la première fois que tu as dormi ici ? murmurai-je.
— Oui.
La réponse était venue immédiatement.
— Beaucoup ?
— Assez pour me demander ce que je foutais là.
Je souris dans l’obscurité. C’était la première fois que je l’entendais parler ainsi. Il poursuivit sans que j’aie besoin de le questionner davantage.
— J’avais honte aussi. De la laisse, de la gamelle, de ce que je portais entre les jambes, de dormir ici… De tout. Je regardais chaque chose en me disant : tu es vraiment en train d’accepter ça ?
Sa main glissa lentement dans mon dos, puis sur mes fesses.
— Et puis j’ai compris que je posais la mauvaise question.
— Laquelle il fallait poser ?
Il réfléchit.
— Est-ce que je suis heureux ?
Un silence.
— Et je le suis, Alex. Vraiment.
Sa voix avait changé. Il ne cherchait pas à défendre Monsieur Stéphane, encore moins à me convaincre. Il constatait quelque chose qui lui paraissait désormais simple.
— Je sais ce que ça peut avoir de ridicule vu de l’extérieur. Un homme adulte qui accepte qu’on l’appelle Rex, qui porte un collier, une cage de chasteté, qui dort parfois ici, qui est frustré sexuellement… Je le sais parfaitement. Mais je n’ai plus honte de te dire que j’aime ça.
Il resserra légèrement son bras autour de moi.
— J’aime appartenir à mon Maître. Voilà. Je peux le dire sans détour. J’aime quand il décide. J’aime quand il est fier de moi. J’aime quand il me rappelle ma place aussi. Et je suis heureux quand je réussis à lui donner exactement ce qu’il attend.
— Tu n’as jamais envie de reprendre une vie… normale ?
— Normale pour qui ?
La question me fit sourire malgré moi.
Rex poursuivit plus doucement :
— Je travaille, je vois des gens, j’ai une vie. Seulement, avec lui, je suis autrement. Et c’est justement cette part-là de moi qui me rend heureux.
— Même ici ?
— Même ici.
Il resserra légèrement son bras autour de moi.
— Tu regardes le chenil et tu vois ce qu’on t’enlève. Moi, je sais ce que j’y trouve.
Je l’écoutais sans bouger. Cette absence totale de pudeur dans l’aveu me fascinait. Rex ne cherchait ni des mots savants ni une justification qui rendrait ses choix plus acceptables.
— Tu n’as jamais l’impression de perdre quelque chose ?
— Si. Bien sûr.
Sa réponse me surprit.
— Je perds une partie de mon indépendance quand je suis avec lui, de ma dignité également. Ce serait idiot de prétendre le contraire. Mais je ne les ai pas perdues par accident. Je les lui donne.
Il marqua une pause. Il resta silencieux quelques secondes avant d’ajouter :
— Même ma sexualité.
Je tournai légèrement la tête vers lui.
— Ça, au début, ça a été beaucoup plus difficile.
Sa voix demeurait parfaitement calme. Il parlait sans gêne, avec cette franchise presque désarmante que permettait peut-être l’obscurité.
— J’avais toujours considéré que cette partie-là de ma vie n’appartenait qu’à moi. Mes envies, mes plaisirs, mes pulsions, mes frustrations… personne n’avait à décider à ma place. Et puis j’ai accepté que Maître Stéphane puisse aussi avoir son mot à dire là-dessus.
Il se tut un instant.
— Les premières fois, je me suis demandé si je n’étais pas complètement fou.
— Et maintenant ?
— Maintenant, je crois que c’est l’une des choses qui me fait le mieux comprendre ce que signifie lui appartenir.
Je ne répondis pas.
— Je ne veux pas dire que je n’ai plus de désir, reprit-il. Au contraire. Seulement, je n’en suis plus toujours le seul maître.
Il eut un petit rire dans l’obscurité.
— Tu vois, là, par exemple… si je n’avais pas cette cage, je sais exactement et précisément, ce que je ferais avec toi.
Je souris malgré moi.
— À ce point-là ?
— Oh oui. Et Maître Stéphane le sait très bien.
Il n’y avait aucune gêne dans sa voix. Rex constatait simplement son désir, avec une franchise qui me déconcertait.
— C’est justement ça qui compte, poursuivit-il. Avoir envie ne me donne plus automatiquement le droit de décider de la suite. Avant, j’aurais trouvé cette idée insupportable. Maintenant, elle m’apaise presque.
— Même quand tu es frustré ?
— Surtout quand je suis frustré. Sinon, ça n’aurait pas beaucoup de sens.
Il caressa mon abdomen doucement puis sa main atteignit mon pubis.
— La cage ne supprime rien, Alex. Elle me rappelle seulement que mon désir existe sans forcément commander. Et quand Maître décide pour moi, je sais que je lui ai réellement confié quelque chose d’important et qui compte.
Je restai silencieux.
— Mais même cette frustration a fini par avoir un sens. Avant, dès que je désirais quelque chose, j’avais l’impression qu’il fallait que ce désir soit satisfait. Maintenant, je peux simplement le ressentir sans qu’il commande tout le reste.
Il marqua une pause, sa main caressait mes testicules.
— Et quand Maître décide finalement de m’accorder quelque chose, ce n’est plus tout à fait pareil. Je ne le considère plus comme un dû.
Il eut un petit rire.
— C’est ça que les gens comprennent mal. Ils voient ce qu’on abandonne. Ils voient moins ce qu’on reçoit en échange.
— Et qu’est-ce que tu reçois ?
Je sentis son souffle près de mon visage.
— La paix, souvent.
Le mot resta suspendu entre nous.
— Avant, j’avais toujours besoin de prouver quelque chose. Que j’étais fort, indépendant, que personne ne décidait pour moi. C’était épuisant. Avec lui, je n’ai plus besoin de ça. Quand je suis à ses pieds, je n’ai rien à défendre.
Il eut un petit rire.
— Ça paraît complètement con dit comme ça.
— Non.
Et je le pensais.
— Ici, continua-t-il, je peux être exactement celui que je suis sans avoir à rendre ça présentable pour les autres. Je n’ai pas besoin d’appeler ça autrement pour que ce soit plus joli. Je suis son soumis. J’aime l’être. Ça me rend heureux.
Je pensai à Thomas. À toutes les explications que j’avais tenté de lui donner. À ma manière de parler de discipline, d’organisation, de choix, comme si j’avais toujours besoin de construire une démonstration intellectuelle autour de ce qui m’arrivait.
Rex, lui, venait de tout résumer en quelques phrases.
— Et le chenil ? demandai-je.
— Le chenil aussi.
Il sentit probablement mon étonnement.
— Pas parce que c’est confortable. Ça ne l’est pas. Mais parce que lorsque Maître Stéphane me couche ici, je sais pourquoi j’y suis. Je n’ai rien à décider. Rien à organiser. Je peux simplement être à ma place et dormir.
Il passa doucement ses doigts dans ma raie anale. Je le laissai agir.
— Tu verras peut-être un jour.
— Peut-être.
— Ou peut-être pas. Tu n’es pas obligé de devenir moi.
Cette phrase me toucha. Depuis mon arrivée, tout le monde semblait voir en moi ce que j’allais devenir. Rex était le premier à me dire que je pouvais être différent de lui.
— Mais ne te mens pas non plus, ajouta-t-il doucement. Si quelque chose te rend heureux, ne passe pas ta vie à avoir honte simplement parce que ça semblerait incompréhensible à quelqu’un d’autre.
Je ne répondis pas. Sa main continua lentement son chemin, en caresses tranquilles, parfois plus intimes, jusqu’à mon anus, puis revenait simplement se poser sur moi. Rien ne pressait. La journée avait été faite d’ordres, d’attente, de regards posés sur mon corps. Pour la première fois depuis des heures, personne n’attendait rien.
Rex finit pourtant par remarquer au bout de ses doigts, les traces de sperme que notre rapprochement de tout à l’heure avait laissées sur moi.
Il eut d’abord un petit rire, puis rit plus franchement.
— Quoi ? murmurai-je.
— Rien… Je constate simplement que tu perds encore un peu de moi.
Il me fit voir les traces humides. Je sentis immédiatement mes joues chauffer.
— Rex…
Son rire redoubla devant mon embarras.
— Ne prends pas cet air-là. Après la soirée que nous venons de passer, tu ne vas quand même pas devenir pudique maintenant.
Je voulus protester, mais je me mis finalement à rire moi aussi.
Et ce rire partagé eut quelque chose d’étrangement libérateur. Pour Rex, il n’y avait là ni indignité ni raison de détourner les yeux. Seulement l’intimité un peu désordonnée de deux soumis qui, quelques minutes plus tôt, se connaissaient à peine et qui partageaient maintenant le même matelas, la même couverture et un secret que l’obscurité rendait presque tendre.
Je me rapprochai spontanément. Rex m’accueillit contre lui comme si le geste allait de soi.
— Tu es gentil, murmurai-je.
Il eut un léger rire.
— Ne le répète pas trop fort. J’ai une réputation de chien soumis à tenir.
Je souris. Puis le silence revint. Ses caresses devinrent plus rares à mesure que la fatigue nous gagnait. Je sentais sa respiration ralentir, la chaleur de son corps sous la couverture, son bras toujours posé autour de moi.
Je levai finalement le visage vers lui. Dans la pénombre, je distinguais à peine ses traits. Cette fois, personne ne me donnait d’ordre. Personne ne regardait. Personne ne photographiait.
Je m’approchai simplement et lui offris mes lèvres. Rex répondit à mon baiser avec la même douceur qu’il avait mise dans ses confidences.
Lorsque nous nous séparâmes, je restai contre lui.
— Bonne nuit, Alex.
— Bonne nuit, Rex.
Quelques minutes plus tard, je m’endormis dans ses bras. Et, contre toute attente, ce ne furent pas les grilles que j’emportai avec moi dans le sommeil.
Ce furent son baiser et ses mots.
Je n’ai plus honte de dire que j’aime ça.
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4 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Bonjour et merci 🙏 pour votre commentaire cher lecteur
Voilà une question directe ! Qu’est-ce qui vous a mis sur cette piste : sa curiosité, son trouble, son attachement à Alex ? Je vous laisse encore le plaisir de le découvrir… Thomas n’a pas fini de se révéler. Merci pour votre attention à ce personnage !
Peut-être que les prochains chapitres apporteront une réponse à votre questionnement ? 😜
À bientôt donc 😉
Voilà une question directe ! Qu’est-ce qui vous a mis sur cette piste : sa curiosité, son trouble, son attachement à Alex ? Je vous laisse encore le plaisir de le découvrir… Thomas n’a pas fini de se révéler. Merci pour votre attention à ce personnage !
Peut-être que les prochains chapitres apporteront une réponse à votre questionnement ? 😜
À bientôt donc 😉
Merci, baïta ! 😉
J’aime découvrir avec quelle attention vous suivez les émotions d’Alex. Quant au qualificatif de « taquin » pour Delmas, quelle indulgence ! Il vous confierait volontiers la rédaction de ses lettres de recommandation…
Votre lecture de Rex comme un possible alter ego d’Alex est très intéressante. Alex peut reconnaître quelque chose de lui dans ses confidences, mais leurs parcours se rejoindront-ils pour autant ? Je vous laisse garder cette hypothèse, sans lui donner trop vite valeur de promesse — notamment concernant sa mère et Thomas.
Vous relevez surtout une nuance qui me tient à cœur : cette douceur entre Alex et Rex, au milieu d’un environnement brutal. Elle n’efface pas ce qui les entoure ; elle donne à leur rapprochement une importance particulière. Un geste attentionné, quelques mots sincères prennent alors une tout autre portée.
Merci 🙏 pour ce commentaire à la fois malicieux et sensible. Vos lectures prolongent toujours agréablement le plaisir d’écrire.
J’aime découvrir avec quelle attention vous suivez les émotions d’Alex. Quant au qualificatif de « taquin » pour Delmas, quelle indulgence ! Il vous confierait volontiers la rédaction de ses lettres de recommandation…
Votre lecture de Rex comme un possible alter ego d’Alex est très intéressante. Alex peut reconnaître quelque chose de lui dans ses confidences, mais leurs parcours se rejoindront-ils pour autant ? Je vous laisse garder cette hypothèse, sans lui donner trop vite valeur de promesse — notamment concernant sa mère et Thomas.
Vous relevez surtout une nuance qui me tient à cœur : cette douceur entre Alex et Rex, au milieu d’un environnement brutal. Elle n’efface pas ce qui les entoure ; elle donne à leur rapprochement une importance particulière. Un geste attentionné, quelques mots sincères prennent alors une tout autre portée.
Merci 🙏 pour ce commentaire à la fois malicieux et sensible. Vos lectures prolongent toujours agréablement le plaisir d’écrire.
Thomas est il homosexuel?
(baïta)
Déjà merci pour ce morceau de bravoure.
Dans le chapitre précédent j'étais émoustillé grave de par mon amour immodéré des contorsions contraignantes mais éducatrices.
Aujourd'hui j'ai pu ressentir la panique submerger Alex, sentir l'adrénaline le transpercer, vraiment quel personnage taquin que ce Professeur Delmas !
Hâte de lire le futur aveu d'Alex à ses proches, dont sa mère et Thomas, c'est ainsi que je comprends la confession de Rex, qui me semble être l'alter égo d'Alex après qu'il eut trouvé son Graal.
M'émeut aussi cette douceur au chenil alors que soyons honnêtes, c'est farouchement brutal ! !
Déjà merci pour ce morceau de bravoure.
Dans le chapitre précédent j'étais émoustillé grave de par mon amour immodéré des contorsions contraignantes mais éducatrices.
Aujourd'hui j'ai pu ressentir la panique submerger Alex, sentir l'adrénaline le transpercer, vraiment quel personnage taquin que ce Professeur Delmas !
Hâte de lire le futur aveu d'Alex à ses proches, dont sa mère et Thomas, c'est ainsi que je comprends la confession de Rex, qui me semble être l'alter égo d'Alex après qu'il eut trouvé son Graal.
M'émeut aussi cette douceur au chenil alors que soyons honnêtes, c'est farouchement brutal ! !
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