Le goût de l'effondrement - chapitre 37
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 29-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le lendemain matin, ce fut Monsieur qui vint me réveiller. J’entendis la porte s’ouvrir et sitôt après :
— Debout, Alex.
J’ouvris les yeux. Pendant quelques secondes, je ne pensai plus au contrat. Il n’y eut que la chambre mansardée encore plongée dans la pénombre et la silhouette de Monsieur près de la porte. Je repoussai la couverture et me levai immédiatement.
Je savais ce que j’avais à faire. Je vins devant lui, me mis à genoux puis me prosternai à ses pieds.
Le geste était devenu si naturel que je ne réfléchissais presque plus à son enchaînement. Deux mois auparavant, j’aurais eu conscience de chaque mouvement, de ce qu’il signifiait, de l’abaissement qu’il représentait. Désormais mon corps connaissait sa place avant même que mon esprit ait complètement quitté le sommeil.
Je restai ainsi jusqu’à ce que Monsieur m’autorise à me redresser. Le rituel du matin suivit son cours.
Toujours le même.
Toujours avec cette précision qui ne laissait aucune place à l’improvisation. Puis vint la fessée matinale. Elle n’avait rien d’exceptionnel et n’avait depuis longtemps plus besoin d’être justifiée par une faute particulière. Elle appartenait simplement à la discipline de mes journées, comme une manière de me rappeler, dès le réveil, le cadre dans lequel j’avais choisi de vivre.
Lorsqu’elle fut terminée, je m’attendis à l’ordre habituel qui m’aurait envoyé à l’étage inférieur pour poursuivre ma routine et ma toilette.
Il ne vint pas.
— Reste.
Je restai en place. Quelques secondes passèrent. Puis Monsieur demanda :
— Le contrat ?
Mon ventre se contracta. Je compris immédiatement.
— Oui, Monsieur.
— Tu l’as lu ?
— Oui.
— Entièrement ?
— Plusieurs fois.
— Et ?
Un seul mot. Je savais pourtant qu’il ne me permettrait pas de répondre par une formule vague.
— J’ai beaucoup réfléchi.
— Ce n’est pas ce que je te demande.
Je relevai légèrement les yeux.
— Qu’est-ce que vous me demandez, Monsieur ?
— Ce que tu en penses.
Je pris quelques secondes.
— Il me fait peur.
Monsieur ne réagit pas.
— Pourquoi ?
— Parce que tout est écrit.
— Tout existait déjà avant d’être écrit.
— Je sais.
— Alors ?
Je cherchai comment lui expliquer ce que j’avais compris dans la nuit.
— Justement. Jusqu’à présent, les choses sont arrivées progressivement. Une règle, puis une autre. Certaines sont devenues des habitudes avant même que je réalise à quel point ma vie avait changé.
Je marquai une pause.
— Le contrat rassemble tout. En le lisant, j’ai eu l’impression de regarder ma vie de l’extérieur.
— Et ce que tu as vu t’a déplu ?
— Par moments, oui.
La réponse était sortie sans précaution. Monsieur ne sembla ni surpris ni contrarié.
— Par exemple ?
— La disponibilité. Le contrôle. Certaines sanctions.
J’hésitai.
— Et surtout la cession temporaire.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne connaitrai pas ceux à qui vous voulez me céder temporairement.
Monsieur attendit la suite.
— Ici, je sais à qui j’obéis.
Je le regardai.
— Je vous connais. Je commence même à connaître Étienne. Je sais comment vous fonctionnez, ce que vous attendez de moi. Avec d’autres…
Je secouai légèrement la tête.
— Je ne sais rien.
— Et cela te fait peur.
— Oui, Monsieur.
— Pourtant tu envisages de signer.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
— Pourquoi ?
Je retrouvai exactement la difficulté de la veille.
— Parce que je veux continuer.
— Insuffisant.
Je me tus. Monsieur ne m’aida pas. Il attendit.
— Cette nuit, repris-je finalement, je me suis demandé si j’avais réellement besoin de me soumettre.
— Et ?
— Je n’ai pas trouvé de réponse.
Pour la première fois, je ne ressentis aucune honte à l’admettre.
— Je crois même que la question est mal posée.
Monsieur resta silencieux.
— Je pourrais vivre autrement. Je pourrais retrouver ma vie d’avant. Il y a même des choses de cette vie qui me manquent.
— Lesquelles ?
— Pouvoir décider sans demander. Mon téléphone. Sortir quand je veux. Parfois ne rien devoir à personne.
— Ce sont des choses importantes.
Cette réponse me surprit. Je m’étais presque attendu à ce qu’il les minimise. Il n’en fit rien.
— Oui, Monsieur.
— Continue.
Je respirai profondément.
— Mais quand j’imagine réellement reprendre cette vie, je ne sais pas si elle me suffirait encore.
— Pourquoi ?
Je cherchai mes mots.
— Parce qu’ici j’ai trouvé quelque chose.
— Quoi ?
— Un cadre.
Je réfléchis.
— Une exigence aussi.
Puis, plus difficilement :
— Et une place.
Monsieur me regardait sans rien laisser paraître.
— Je ne sais pas si j’ai besoin de soumission. Je ne sais même pas si ce mot décrit exactement ce que je ressens.
Je baissai les yeux.
— Peut-être que je me suis simplement habitué à cette vie. Peut-être que je me suis attaché à vous et que je confonds les deux. Peut-être qu’Étienne a raison lorsqu’il dit que certaines choses étaient déjà en moi.
Je marquai une pause.
— Ou peut-être que vous les avez fait grandir.
— C’est possible.
Je relevai brusquement les yeux. Je ne m’attendais pas à cette réponse. Monsieur poursuivit calmement :
— Ce serait absurde de prétendre que ces derniers mois ne t’ont pas transformé.
Cette franchise me troubla davantage qu’une dénégation.
— Alors comment savoir ?
— Tu ne peux peut-être pas encore.
Il laissa passer quelques secondes.
— C’est aussi pour cela que je ne te demande pas de me prouver que tu es « fait » pour cette vie. Je te demande seulement de savoir si, aujourd’hui, tu choisis de la poursuivre.
La distinction était simple. Elle me soulagea.
— Oui, Monsieur.
— Tu en es certain ?
— Oui.
— Malgré la cession à d’autres dominants ?
Cette fois, j’hésitai.
— Malgré ma peur de ceci Monsieur.
Monsieur acquiesça légèrement.
— Ce n’est pas la même réponse.
— Non.
Je pris une inspiration.
— J’ai des questions.
— Je m’en doute.
Je lui répétai celles que j’avais écrites dans la nuit.
— Quelles limites resteront les vôtres lorsque je serai chez un tiers, comme Mike par exemple ?
— Toutes celles que je ne lui aurai pas explicitement déléguées. Et tu connaîtras cette délégation avant ton départ.
— Qu’est-ce qu’il saura de moi ?
— Ce qu’il aura besoin de connaître pour assumer la responsabilité que je lui confierai. Pas davantage.
Je ressentis un premier soulagement. Puis vint la question essentielle.
— Et si je veux rentrer ?
Monsieur ne répondit pas immédiatement. Je sentis mon appréhension revenir.
— Si tu veux rentrer parce que tu décides que tu ne souhaites plus poursuivre l’expérience, tu me le feras savoir.
— Et ensuite ?
— Nous organisons ton retour.
Je le regardai.
— Même si j’ai signé ?
— Oui.
— Sans sanction ?
— Pas pour avoir décidé d’interrompre le séjour.
Cette réponse comptait davantage que toutes les autres.
— Le contrat fixe les règles de ton engagement, poursuivit Monsieur. Il ne transforme pas ton consentement d’aujourd’hui en obligation irrévocable pour demain.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Je veux que tu comprennes bien cela avant de signer. Sinon ta signature n’aurait aucun intérêt à mes yeux
.
— Parce que je pourrais tout arrêter.
— Parce que tu dois pouvoir le faire.
Il se redressa.
— Je veux que tu m’obéisses en sachant que tu pourrais choisir autrement. Je te l’ai déjà dit.
Oui. Et cette phrase prenait devant le contrat une dimension nouvelle.
— Maintenant, Alex : est-ce que tu veux signer ?
Cette fois, je n’eus pas besoin de reconstruire tout le raisonnement de la nuit. Je savais ce que je ne savais pas encore. Je ne savais pas si cette soumission répondait à une disposition ancienne ou si les derniers mois l’avaient fait naître. Je ne savais pas davantage ce que le Montana changerait en moi.
Mais une chose était claire.
— Oui, Monsieur.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux continuer.
Il attendit. Je compris qu’il voulait davantage.
— Pas parce que tout me plaît. Pas parce que je n’ai plus peur. Mais parce que si je refuse maintenant uniquement à cause de cette peur, je crois que je le regretterai.
Monsieur acquiesça lentement.
— Cette réponse me convient mieux.
Je crus un instant qu’il allait m’envoyer chercher le contrat.
— Descends.
Je fus surpris.
— Monsieur ?
— Ta toilette.
Le retour brutal à la routine me déconcerta presque.
— Oui, Monsieur.
Je me levai et descendis devant lui. Je n’avais aucun vêtement à prendre. Dans l’appartement, ma nudité était devenue la règle. Seuls demeuraient sur moi le collier et la cage de chasteté, deux présences si constantes que j’avais parfois cessé d’avoir conscience de leur étrangeté.
Dans la salle d’eau, Monsieur me fit prendre ma place habituelle. Ce matin-là, ce fut lui qui s’occupa de moi.
La toilette suivit le protocole désormais familier. Il retira temporairement la cage afin que l’hygiène soit complète, me lava avec le même soin méthodique que les autres matins, y compris dans les zones intimes, sans donner au geste d’autre signification que celle qu’il avait décidé de lui attribuer : prendre en charge mon corps jusque dans son entretien quotidien.
Je me laissai faire.
Cette dépendance m’avait autrefois profondément humilié. J’étais évidemment capable de me laver seul. C’était précisément ce qui donnait à ce rituel son sens. Aujourd’hui encore, il m’arrivait d’en éprouver une gêne sourde.
Mais je ne la confondais plus avec un refus. Lorsque la toilette fut terminée, Monsieur remit la cage en place. Le déclic de la fermeture résonna brièvement dans la pièce.
— Bien.
Je me relevai.
— Petit-déjeuner.
— Oui, Monsieur.
Je fis un pas, puis m’arrêtai.
— Et le contrat ?
Monsieur me regarda.
— Il n’a pas disparu pendant que je te lavais, Alex.
Je rougis légèrement.
— Non, Monsieur.
— Alors pourquoi cette impatience ?
Je ne savais pas moi-même. Peut-être parce qu’après une nuit entière à hésiter, j’avais maintenant besoin que ma décision devienne réelle.
— Je voudrais le signer.
— Je sais.
Sa tranquillité contrastait avec mon empressement.
— Mais tu ne le signeras pas maintenant.
Je le regardai, surpris.
— Tu vas prendre ton petit-déjeuner. Ensuite tu travailleras comme prévu.
— Jusqu’à quand ?
— Jusqu’à ce que je te le dise.
Il n’ajouta rien. La décision lui appartenait de nouveau. Et, étrangement, cette attente ne remit pas la mienne en cause. Je quittai la salle d’eau et gagnai la pièce où m’attendait ma gamelle.
Le contrat était toujours à l’étage, sur mon bureau. La ligne destinée à ma signature était encore vide. Mais quelque chose avait changé depuis la veille. Je ne passais plus mon temps à me demander si j’allais la remplir.
Je savais que je le ferais.
Monsieur m’imposait seulement d’attendre avant de transformer cette décision en acte. Et cette attente elle-même me confrontait déjà à ce que j’avais choisi.
Ce fut seulement en fin de matinée que Monsieur m’appela et m’ordonna de descendre le contrat.
Je le posai sur la table du salon. Étienne était là lui aussi, installé dans un fauteuil. Je vins prendre place devant eux et attendis.
Monsieur posa la main sur le document.
— Tu as encore une question, Alex ?
— Non, Monsieur.
— Tu es certain d’avoir compris ce que tu acceptes ?
— Oui, Monsieur.
— Et tu veux toujours signer ?
Je regardai la ligne restée vide depuis la veille.
— Oui, Monsieur.
Il me tendit le stylo.
— Alors signe.
Je pris le stylo. Ma main trembla légèrement lorsque j’écrivis mon nom, puis ma signature. Ce fut très rapide. Quelques secondes seulement pour donner une forme concrète à tout ce qui m’avait occupé l’esprit depuis la veille.
Je reposai le stylo
Monsieur récupéra le contrat et contempla ma signature.
— Bien.
— Merci, Monsieur.
Étienne eut un sourire.
— Félicitations, Alex. Te voilà officiellement volontaire pour tout ce qui t’effrayait encore hier soir.
Je baissai légèrement les yeux.
— Pas exactement tout, Étienne.
Il haussa un sourcil. Je compris immédiatement que ma réponse avait été trop spontanée.
— Pardonnez-moi. Je voulais dire que certaines choses m’inquiètent toujours, même si j’ai choisi de signer.
Son sourire s’accentua.
— C’est beaucoup mieux formulé.
Monsieur rangea le contrat. Puis, comme si ce qui venait de se passer était la chose la plus naturelle du monde, il annonça :
— Nous allons déjeuner au restaurant.
Je relevai les yeux, surpris.
— Au restaurant, Monsieur ?
— Oui. Pour marquer ta signature.
Je ne pus retenir mon sourire.
— Merci, Monsieur.
J’étais sincèrement heureux.
Depuis des semaines, les marques de satisfaction de Monsieur étaient souvent discrètes : un compliment, une approbation, parfois l’assouplissement momentané d’une règle. Ce déjeuner avait quelque chose de presque solennel.
Je m’apprêtais à gagner l’entrée lorsque la voix d’Étienne m’arrêta.
— Pas si vite, Alex.
Je me retournai.
Il tenait un plug assez volumineux dans la main. Mon sourire s’effaça. Je compris ce qu’il comptait faire.
— Étienne…
Il attendit. Je me repris.
— Excusez-moi. Est-ce vraiment nécessaire ?
— Non.
Sa réponse me surprit. Puis il sourit.
— C’est précisément pour cela que j’en ai envie.
Je regardai Monsieur. Il ne formula aucune objection. Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Offre-toi, présente-moi ton trou de petite chienne.
Je m’affichais sans honte, presque naturellement. Quelques instants plus tard, le dispositif était en place.
Étienne se redressa.
— Voilà.
— Merci, Étienne.
Le remercier me parut presque absurde. Pourtant, c’était désormais ma manière de reconnaître que j’avais accepté son autorité sans pour autant prétendre apprécier chacune de ses décisions.
Monsieur ouvrit la porte. Je sortis nu sur le palier. Mes vêtements m’y attendaient. Je m’habillai sous leurs regards. Pantalon, chemise, chaussures, aucun sous-vêtement.
Lorsque j’eus terminé, je me présentai devant Monsieur. Il vérifia ma tenue, dégagea le col de ma chemise pour mettre en évidence mon collier.
— Bien.
— Merci, Monsieur.
La porte se referma derrière nous.
Quelques secondes auparavant, j’étais encore nu devant eux. Dans l’escalier, nous ressemblions désormais à trois hommes allant simplement déjeuner ensemble. Rien ne permettait de deviner les règles qui continuaient de nous unir.
Le restaurant était élégant sans être guindé. Un serveur nous conduisit jusqu’à une table.
— Messieurs.
Monsieur et Étienne prirent place. Je restai debout derrière ma chaise. Le serveur eut un bref regard dans ma direction. Il devait probablement se demander pourquoi je ne m’asseyais pas.
Je n’en fis rien. J’attendis.
Monsieur déplia tranquillement sa serviette avant de lever les yeux vers moi.
— Tu peux t’asseoir, Alex.
— Merci, Monsieur.
Je pris place. Le serveur distribua alors les cartes et s’éloigna. Étienne m’observait.
— Très bien.
Je tournai les yeux vers lui.
— Merci, Étienne.
— Il y a quelques semaines, le simple regard du serveur t’aurait probablement suffi pour oublier la moitié de ce qu’on t’a appris.
Je ne répondis pas.
— Rien à dire ?
— Non, Étienne.
— Sage décision.
J’ouvris la carte. Le simple fait de parcourir les plats me procura un plaisir presque oublié. Je m’attardai sur plusieurs propositions. Monsieur referma sa carte.
— Pour toi, ce sera le poisson avec les légumes.
Je relevai immédiatement les yeux vers lui. Une légère déception me traversa.
— Oui, Monsieur.
Je refermai la carte. Étienne sourit.
— Et voilà. Tant d’attention consacrée au menu pour un choix qui ne t’appartenait même pas.
Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Tu avais choisi autre chose ?
J’hésitai.
— J’aurais probablement pris le magret.
— Pauvre Alex.
Son ton était délicieusement moqueur.
— Toutes ces études pour finir incapable de choisir son déjeuner.
Je sentis mes joues chauffer.
— Monsieur a choisi pour moi.
— J’avais remarqué.
Lorsque le serveur revint, Monsieur passa les commandes. La sienne. Celle d’Étienne. Puis la mienne.
— Et pour lui, le poisson avec les légumes.
Le serveur nota.
— Très bien. Et pour les boissons ?
Monsieur répondit également. Je restai silencieux.
— Parfait, messieurs. Je vous apporte cela.
Lorsqu’il se fut éloigné, Étienne me regarda.
— Cela ne te gêne même plus ?
Je réfléchis avant de répondre.
— Si, un peu.
— « Un peu » ?
— Oui, Étienne.
— Et pourtant tu n’as rien dit.
— Monsieur avait choisi.
Cette fois, Étienne ne se moqua pas immédiatement.
— Voilà une réponse intéressante.
Je baissai légèrement les yeux.
— Merci, Étienne.
Quelques instants plus tard, Monsieur sortit un petit boîtier noir de sa poche et le posa sur la nappe.
Je le regardai distraitement. Deux boutons. Je pensai aux clés de sa voiture ou à une télécommande quelconque et reportai mon attention sur la conversation.
Étienne, lui, regarda l’objet.
Puis Monsieur. Je surpris entre eux un échange silencieux qui éveilla aussitôt ma méfiance. Je n’osai pourtant rien demander. Monsieur posa l’index sur l’un des boutons.
Il appuya.
Mon corps réagit avant que mon esprit comprenne. Je me raidis brusquement.
Une vibration venait de se déclencher. Le plug allait et venait en moi tranquillement. Je cessai presque de respirer. Mes doigts se crispèrent sur ma serviette tandis que je m’efforçais de rester parfaitement immobile.
Puis tout s’arrêta. Je regardai le petit boîtier. Je venais de comprendre. Monsieur m’observait.
— Surpris ?
— Oui, Monsieur.
Étienne eut un rire discret.
— Tu pensais que c’était quoi ?
— Les clés de la voiture de Monsieur.
Cette fois, il rit franchement.
— C’est presque touchant.
Je sentis mon visage rougir. Je regardai Monsieur.
— Je ne savais pas, Monsieur.
— C’était le but.
— Oui, Monsieur.
Étienne prit alors la télécommande entre ses doigts.
— Et tu n’as encore découvert que le premier bouton.
Je regardai le second. Mon inquiétude dut se lire sur mon visage.
— Que fait-il, s’il vous plaît ?
— Celui que Monsieur vient d’utiliser commande une vibration relativement modérée.
Il effleura l’autre bouton.
— Celui-ci déclenche quelque chose de beaucoup plus intense. Des impulsions plus fortes, plus profondes.
Je fixai son doigt.
— Je comprends.
— Vraiment ?
— Oui, Étienne.
Il posa la télécommande devant lui. Je pris mon courage à deux mains.
— Puis-je vous demander quelque chose ?
— Tu peux toujours demander.
— Pourriez-vous éviter de l’utiliser lorsque le serveur est près de nous, s’il vous plaît ?
Étienne sourit immédiatement. Je compris que je venais probablement de commettre une erreur.
— Quelle demande merveilleusement précise.
Je baissai les yeux.
— Excusez-moi.
— Pourquoi t’excuser ? Tu as demandé très poliment.
Il posa l’index près du second bouton.
— Cela ne signifie simplement pas que je vais t’accorder ce que tu demandes.
— Oui, Étienne.
Je n’ajoutai rien. Les minutes passèrent. La télécommande resta posée sur la nappe. Je commençais à peine à retrouver un peu de calme lorsque j’aperçus le serveur qui revenait avec nos plats. Mon regard se porta immédiatement sur la main d’Étienne.
Il le vit. Son index vint se poser sur le second bouton. Mon cœur accéléra.
— Étienne…
Il me regarda.
Je baissai aussitôt la voix.
— Je vous en prie.
— Tiens-toi correctement, Alex.
— Oui, Étienne.
Le serveur approchait. Je redressai le dos.
— Le poisson pour monsieur…
Étienne appuya. L’effet fut immédiat. Tout mon corps se tendit. Le plug se mit en marche instantanément, par des pénétrations puissantes et des rotations intenses. Je dus mobiliser toute mon attention pour ne pas réagir ouvertement à l’intensité soudaine de la sensation.
Le serveur posa l’assiette devant moi. Je me tins à la chaise de mes deux mains. Un petit gémissement m’échappa.
— Voilà, monsieur.
Je pris une inspiration discrète.
— Merci.
Ma voix manqua de m’échapper. Je serrai les mâchoires et fixai mon assiette. Étienne maintenait encore quelques instants son doigt sur le bouton.
Je n’avais qu’une pensée : Ne rien montrer.
Le serveur se tourna vers Monsieur. Enfin, les impulsions cessèrent. Je respirai lentement. Monsieur me regardait.
— Alex.
— Oui, Monsieur.
— Ton maintien.
Je compris que mes épaules s’étaient légèrement affaissées. Je me redressai immédiatement.
— Pardonnez-moi, Monsieur.
— Mieux.
— Merci, Monsieur.
Le serveur termina de disposer les plats.
— Tout est bon pour vous ?
— Parfait, répondit Monsieur.
— Excellent déjeuner, messieurs.
Lorsqu’il se fut éloigné, je gardai quelques secondes le silence. Étienne avait reposé la télécommande devant lui. Je n’osai pas lui reprocher ce qu’il venait de faire. Je savais qu’il attendait probablement une réaction.
Je choisis mes mots.
— C’était difficile.
— J’avais remarqué.
— Je pensais que je n’arriverais pas à me contrôler.
— Pourtant tu l’as fait.
Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Tu vois ? Tu devrais presque me remercier.
Je connaissais suffisamment Étienne pour savoir qu’il ne plaisantait qu’à moitié.
— Merci, Étienne.
Il éclata de rire.
— Admirable.
Monsieur, lui, commença tranquillement son repas.
— Mange, Alex.
— Oui, Monsieur.
Je pris mes couverts. La télécommande demeurait posée sur la nappe, à portée de la main d’Étienne. Je ne savais pas quand il l’utiliserait de nouveau. Je ne savais même pas s’il le ferait. Et je compris que c’était précisément ce qu’il recherchait.
Je découpai soigneusement mon poisson.
— C’est bon ? demanda Monsieur.
— Oui, Monsieur. Très bon.
Étienne sourit.
— Finalement, tu vois, le magret n’était pas indispensable à ton bonheur.
Je baissai les yeux vers mon assiette.
— Non, Étienne.
— Et la prochaine fois ?
Je regardai la télécommande, puis lui.
— La prochaine fois, j’attendrai que Monsieur choisisse avant de regarder ce qui me fait envie.
Un bref silence suivit. Étienne se tourna vers Monsieur.
— Il apprend vite.
Je ne répondis rien.
Mais cette fois, malgré la télécommande, malgré l’épreuve qu’ils venaient de m’imposer devant le serveur, je ressentis une satisfaction discrète. J’avais signé une heure plus tôt.
Et pour la première fois, ce contrat ne me paraissait plus seulement être un ensemble de clauses posé sur mon bureau.
Il commençait déjà à prendre la forme très concrète de ma vie.
Bien cordialement.
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Le lendemain matin, ce fut Monsieur qui vint me réveiller. J’entendis la porte s’ouvrir et sitôt après :
— Debout, Alex.
J’ouvris les yeux. Pendant quelques secondes, je ne pensai plus au contrat. Il n’y eut que la chambre mansardée encore plongée dans la pénombre et la silhouette de Monsieur près de la porte. Je repoussai la couverture et me levai immédiatement.
Je savais ce que j’avais à faire. Je vins devant lui, me mis à genoux puis me prosternai à ses pieds.
Le geste était devenu si naturel que je ne réfléchissais presque plus à son enchaînement. Deux mois auparavant, j’aurais eu conscience de chaque mouvement, de ce qu’il signifiait, de l’abaissement qu’il représentait. Désormais mon corps connaissait sa place avant même que mon esprit ait complètement quitté le sommeil.
Je restai ainsi jusqu’à ce que Monsieur m’autorise à me redresser. Le rituel du matin suivit son cours.
Toujours le même.
Toujours avec cette précision qui ne laissait aucune place à l’improvisation. Puis vint la fessée matinale. Elle n’avait rien d’exceptionnel et n’avait depuis longtemps plus besoin d’être justifiée par une faute particulière. Elle appartenait simplement à la discipline de mes journées, comme une manière de me rappeler, dès le réveil, le cadre dans lequel j’avais choisi de vivre.
Lorsqu’elle fut terminée, je m’attendis à l’ordre habituel qui m’aurait envoyé à l’étage inférieur pour poursuivre ma routine et ma toilette.
Il ne vint pas.
— Reste.
Je restai en place. Quelques secondes passèrent. Puis Monsieur demanda :
— Le contrat ?
Mon ventre se contracta. Je compris immédiatement.
— Oui, Monsieur.
— Tu l’as lu ?
— Oui.
— Entièrement ?
— Plusieurs fois.
— Et ?
Un seul mot. Je savais pourtant qu’il ne me permettrait pas de répondre par une formule vague.
— J’ai beaucoup réfléchi.
— Ce n’est pas ce que je te demande.
Je relevai légèrement les yeux.
— Qu’est-ce que vous me demandez, Monsieur ?
— Ce que tu en penses.
Je pris quelques secondes.
— Il me fait peur.
Monsieur ne réagit pas.
— Pourquoi ?
— Parce que tout est écrit.
— Tout existait déjà avant d’être écrit.
— Je sais.
— Alors ?
Je cherchai comment lui expliquer ce que j’avais compris dans la nuit.
— Justement. Jusqu’à présent, les choses sont arrivées progressivement. Une règle, puis une autre. Certaines sont devenues des habitudes avant même que je réalise à quel point ma vie avait changé.
Je marquai une pause.
— Le contrat rassemble tout. En le lisant, j’ai eu l’impression de regarder ma vie de l’extérieur.
— Et ce que tu as vu t’a déplu ?
— Par moments, oui.
La réponse était sortie sans précaution. Monsieur ne sembla ni surpris ni contrarié.
— Par exemple ?
— La disponibilité. Le contrôle. Certaines sanctions.
J’hésitai.
— Et surtout la cession temporaire.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne connaitrai pas ceux à qui vous voulez me céder temporairement.
Monsieur attendit la suite.
— Ici, je sais à qui j’obéis.
Je le regardai.
— Je vous connais. Je commence même à connaître Étienne. Je sais comment vous fonctionnez, ce que vous attendez de moi. Avec d’autres…
Je secouai légèrement la tête.
— Je ne sais rien.
— Et cela te fait peur.
— Oui, Monsieur.
— Pourtant tu envisages de signer.
Ce n’était pas une question.
— Oui.
— Pourquoi ?
Je retrouvai exactement la difficulté de la veille.
— Parce que je veux continuer.
— Insuffisant.
Je me tus. Monsieur ne m’aida pas. Il attendit.
— Cette nuit, repris-je finalement, je me suis demandé si j’avais réellement besoin de me soumettre.
— Et ?
— Je n’ai pas trouvé de réponse.
Pour la première fois, je ne ressentis aucune honte à l’admettre.
— Je crois même que la question est mal posée.
Monsieur resta silencieux.
— Je pourrais vivre autrement. Je pourrais retrouver ma vie d’avant. Il y a même des choses de cette vie qui me manquent.
— Lesquelles ?
— Pouvoir décider sans demander. Mon téléphone. Sortir quand je veux. Parfois ne rien devoir à personne.
— Ce sont des choses importantes.
Cette réponse me surprit. Je m’étais presque attendu à ce qu’il les minimise. Il n’en fit rien.
— Oui, Monsieur.
— Continue.
Je respirai profondément.
— Mais quand j’imagine réellement reprendre cette vie, je ne sais pas si elle me suffirait encore.
— Pourquoi ?
Je cherchai mes mots.
— Parce qu’ici j’ai trouvé quelque chose.
— Quoi ?
— Un cadre.
Je réfléchis.
— Une exigence aussi.
Puis, plus difficilement :
— Et une place.
Monsieur me regardait sans rien laisser paraître.
— Je ne sais pas si j’ai besoin de soumission. Je ne sais même pas si ce mot décrit exactement ce que je ressens.
Je baissai les yeux.
— Peut-être que je me suis simplement habitué à cette vie. Peut-être que je me suis attaché à vous et que je confonds les deux. Peut-être qu’Étienne a raison lorsqu’il dit que certaines choses étaient déjà en moi.
Je marquai une pause.
— Ou peut-être que vous les avez fait grandir.
— C’est possible.
Je relevai brusquement les yeux. Je ne m’attendais pas à cette réponse. Monsieur poursuivit calmement :
— Ce serait absurde de prétendre que ces derniers mois ne t’ont pas transformé.
Cette franchise me troubla davantage qu’une dénégation.
— Alors comment savoir ?
— Tu ne peux peut-être pas encore.
Il laissa passer quelques secondes.
— C’est aussi pour cela que je ne te demande pas de me prouver que tu es « fait » pour cette vie. Je te demande seulement de savoir si, aujourd’hui, tu choisis de la poursuivre.
La distinction était simple. Elle me soulagea.
— Oui, Monsieur.
— Tu en es certain ?
— Oui.
— Malgré la cession à d’autres dominants ?
Cette fois, j’hésitai.
— Malgré ma peur de ceci Monsieur.
Monsieur acquiesça légèrement.
— Ce n’est pas la même réponse.
— Non.
Je pris une inspiration.
— J’ai des questions.
— Je m’en doute.
Je lui répétai celles que j’avais écrites dans la nuit.
— Quelles limites resteront les vôtres lorsque je serai chez un tiers, comme Mike par exemple ?
— Toutes celles que je ne lui aurai pas explicitement déléguées. Et tu connaîtras cette délégation avant ton départ.
— Qu’est-ce qu’il saura de moi ?
— Ce qu’il aura besoin de connaître pour assumer la responsabilité que je lui confierai. Pas davantage.
Je ressentis un premier soulagement. Puis vint la question essentielle.
— Et si je veux rentrer ?
Monsieur ne répondit pas immédiatement. Je sentis mon appréhension revenir.
— Si tu veux rentrer parce que tu décides que tu ne souhaites plus poursuivre l’expérience, tu me le feras savoir.
— Et ensuite ?
— Nous organisons ton retour.
Je le regardai.
— Même si j’ai signé ?
— Oui.
— Sans sanction ?
— Pas pour avoir décidé d’interrompre le séjour.
Cette réponse comptait davantage que toutes les autres.
— Le contrat fixe les règles de ton engagement, poursuivit Monsieur. Il ne transforme pas ton consentement d’aujourd’hui en obligation irrévocable pour demain.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Je veux que tu comprennes bien cela avant de signer. Sinon ta signature n’aurait aucun intérêt à mes yeux
.
— Parce que je pourrais tout arrêter.
— Parce que tu dois pouvoir le faire.
Il se redressa.
— Je veux que tu m’obéisses en sachant que tu pourrais choisir autrement. Je te l’ai déjà dit.
Oui. Et cette phrase prenait devant le contrat une dimension nouvelle.
— Maintenant, Alex : est-ce que tu veux signer ?
Cette fois, je n’eus pas besoin de reconstruire tout le raisonnement de la nuit. Je savais ce que je ne savais pas encore. Je ne savais pas si cette soumission répondait à une disposition ancienne ou si les derniers mois l’avaient fait naître. Je ne savais pas davantage ce que le Montana changerait en moi.
Mais une chose était claire.
— Oui, Monsieur.
— Pourquoi ?
— Parce que je veux continuer.
Il attendit. Je compris qu’il voulait davantage.
— Pas parce que tout me plaît. Pas parce que je n’ai plus peur. Mais parce que si je refuse maintenant uniquement à cause de cette peur, je crois que je le regretterai.
Monsieur acquiesça lentement.
— Cette réponse me convient mieux.
Je crus un instant qu’il allait m’envoyer chercher le contrat.
— Descends.
Je fus surpris.
— Monsieur ?
— Ta toilette.
Le retour brutal à la routine me déconcerta presque.
— Oui, Monsieur.
Je me levai et descendis devant lui. Je n’avais aucun vêtement à prendre. Dans l’appartement, ma nudité était devenue la règle. Seuls demeuraient sur moi le collier et la cage de chasteté, deux présences si constantes que j’avais parfois cessé d’avoir conscience de leur étrangeté.
Dans la salle d’eau, Monsieur me fit prendre ma place habituelle. Ce matin-là, ce fut lui qui s’occupa de moi.
La toilette suivit le protocole désormais familier. Il retira temporairement la cage afin que l’hygiène soit complète, me lava avec le même soin méthodique que les autres matins, y compris dans les zones intimes, sans donner au geste d’autre signification que celle qu’il avait décidé de lui attribuer : prendre en charge mon corps jusque dans son entretien quotidien.
Je me laissai faire.
Cette dépendance m’avait autrefois profondément humilié. J’étais évidemment capable de me laver seul. C’était précisément ce qui donnait à ce rituel son sens. Aujourd’hui encore, il m’arrivait d’en éprouver une gêne sourde.
Mais je ne la confondais plus avec un refus. Lorsque la toilette fut terminée, Monsieur remit la cage en place. Le déclic de la fermeture résonna brièvement dans la pièce.
— Bien.
Je me relevai.
— Petit-déjeuner.
— Oui, Monsieur.
Je fis un pas, puis m’arrêtai.
— Et le contrat ?
Monsieur me regarda.
— Il n’a pas disparu pendant que je te lavais, Alex.
Je rougis légèrement.
— Non, Monsieur.
— Alors pourquoi cette impatience ?
Je ne savais pas moi-même. Peut-être parce qu’après une nuit entière à hésiter, j’avais maintenant besoin que ma décision devienne réelle.
— Je voudrais le signer.
— Je sais.
Sa tranquillité contrastait avec mon empressement.
— Mais tu ne le signeras pas maintenant.
Je le regardai, surpris.
— Tu vas prendre ton petit-déjeuner. Ensuite tu travailleras comme prévu.
— Jusqu’à quand ?
— Jusqu’à ce que je te le dise.
Il n’ajouta rien. La décision lui appartenait de nouveau. Et, étrangement, cette attente ne remit pas la mienne en cause. Je quittai la salle d’eau et gagnai la pièce où m’attendait ma gamelle.
Le contrat était toujours à l’étage, sur mon bureau. La ligne destinée à ma signature était encore vide. Mais quelque chose avait changé depuis la veille. Je ne passais plus mon temps à me demander si j’allais la remplir.
Je savais que je le ferais.
Monsieur m’imposait seulement d’attendre avant de transformer cette décision en acte. Et cette attente elle-même me confrontait déjà à ce que j’avais choisi.
Ce fut seulement en fin de matinée que Monsieur m’appela et m’ordonna de descendre le contrat.
Je le posai sur la table du salon. Étienne était là lui aussi, installé dans un fauteuil. Je vins prendre place devant eux et attendis.
Monsieur posa la main sur le document.
— Tu as encore une question, Alex ?
— Non, Monsieur.
— Tu es certain d’avoir compris ce que tu acceptes ?
— Oui, Monsieur.
— Et tu veux toujours signer ?
Je regardai la ligne restée vide depuis la veille.
— Oui, Monsieur.
Il me tendit le stylo.
— Alors signe.
Je pris le stylo. Ma main trembla légèrement lorsque j’écrivis mon nom, puis ma signature. Ce fut très rapide. Quelques secondes seulement pour donner une forme concrète à tout ce qui m’avait occupé l’esprit depuis la veille.
Je reposai le stylo
Monsieur récupéra le contrat et contempla ma signature.
— Bien.
— Merci, Monsieur.
Étienne eut un sourire.
— Félicitations, Alex. Te voilà officiellement volontaire pour tout ce qui t’effrayait encore hier soir.
Je baissai légèrement les yeux.
— Pas exactement tout, Étienne.
Il haussa un sourcil. Je compris immédiatement que ma réponse avait été trop spontanée.
— Pardonnez-moi. Je voulais dire que certaines choses m’inquiètent toujours, même si j’ai choisi de signer.
Son sourire s’accentua.
— C’est beaucoup mieux formulé.
Monsieur rangea le contrat. Puis, comme si ce qui venait de se passer était la chose la plus naturelle du monde, il annonça :
— Nous allons déjeuner au restaurant.
Je relevai les yeux, surpris.
— Au restaurant, Monsieur ?
— Oui. Pour marquer ta signature.
Je ne pus retenir mon sourire.
— Merci, Monsieur.
J’étais sincèrement heureux.
Depuis des semaines, les marques de satisfaction de Monsieur étaient souvent discrètes : un compliment, une approbation, parfois l’assouplissement momentané d’une règle. Ce déjeuner avait quelque chose de presque solennel.
Je m’apprêtais à gagner l’entrée lorsque la voix d’Étienne m’arrêta.
— Pas si vite, Alex.
Je me retournai.
Il tenait un plug assez volumineux dans la main. Mon sourire s’effaça. Je compris ce qu’il comptait faire.
— Étienne…
Il attendit. Je me repris.
— Excusez-moi. Est-ce vraiment nécessaire ?
— Non.
Sa réponse me surprit. Puis il sourit.
— C’est précisément pour cela que j’en ai envie.
Je regardai Monsieur. Il ne formula aucune objection. Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Offre-toi, présente-moi ton trou de petite chienne.
Je m’affichais sans honte, presque naturellement. Quelques instants plus tard, le dispositif était en place.
Étienne se redressa.
— Voilà.
— Merci, Étienne.
Le remercier me parut presque absurde. Pourtant, c’était désormais ma manière de reconnaître que j’avais accepté son autorité sans pour autant prétendre apprécier chacune de ses décisions.
Monsieur ouvrit la porte. Je sortis nu sur le palier. Mes vêtements m’y attendaient. Je m’habillai sous leurs regards. Pantalon, chemise, chaussures, aucun sous-vêtement.
Lorsque j’eus terminé, je me présentai devant Monsieur. Il vérifia ma tenue, dégagea le col de ma chemise pour mettre en évidence mon collier.
— Bien.
— Merci, Monsieur.
La porte se referma derrière nous.
Quelques secondes auparavant, j’étais encore nu devant eux. Dans l’escalier, nous ressemblions désormais à trois hommes allant simplement déjeuner ensemble. Rien ne permettait de deviner les règles qui continuaient de nous unir.
Le restaurant était élégant sans être guindé. Un serveur nous conduisit jusqu’à une table.
— Messieurs.
Monsieur et Étienne prirent place. Je restai debout derrière ma chaise. Le serveur eut un bref regard dans ma direction. Il devait probablement se demander pourquoi je ne m’asseyais pas.
Je n’en fis rien. J’attendis.
Monsieur déplia tranquillement sa serviette avant de lever les yeux vers moi.
— Tu peux t’asseoir, Alex.
— Merci, Monsieur.
Je pris place. Le serveur distribua alors les cartes et s’éloigna. Étienne m’observait.
— Très bien.
Je tournai les yeux vers lui.
— Merci, Étienne.
— Il y a quelques semaines, le simple regard du serveur t’aurait probablement suffi pour oublier la moitié de ce qu’on t’a appris.
Je ne répondis pas.
— Rien à dire ?
— Non, Étienne.
— Sage décision.
J’ouvris la carte. Le simple fait de parcourir les plats me procura un plaisir presque oublié. Je m’attardai sur plusieurs propositions. Monsieur referma sa carte.
— Pour toi, ce sera le poisson avec les légumes.
Je relevai immédiatement les yeux vers lui. Une légère déception me traversa.
— Oui, Monsieur.
Je refermai la carte. Étienne sourit.
— Et voilà. Tant d’attention consacrée au menu pour un choix qui ne t’appartenait même pas.
Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Tu avais choisi autre chose ?
J’hésitai.
— J’aurais probablement pris le magret.
— Pauvre Alex.
Son ton était délicieusement moqueur.
— Toutes ces études pour finir incapable de choisir son déjeuner.
Je sentis mes joues chauffer.
— Monsieur a choisi pour moi.
— J’avais remarqué.
Lorsque le serveur revint, Monsieur passa les commandes. La sienne. Celle d’Étienne. Puis la mienne.
— Et pour lui, le poisson avec les légumes.
Le serveur nota.
— Très bien. Et pour les boissons ?
Monsieur répondit également. Je restai silencieux.
— Parfait, messieurs. Je vous apporte cela.
Lorsqu’il se fut éloigné, Étienne me regarda.
— Cela ne te gêne même plus ?
Je réfléchis avant de répondre.
— Si, un peu.
— « Un peu » ?
— Oui, Étienne.
— Et pourtant tu n’as rien dit.
— Monsieur avait choisi.
Cette fois, Étienne ne se moqua pas immédiatement.
— Voilà une réponse intéressante.
Je baissai légèrement les yeux.
— Merci, Étienne.
Quelques instants plus tard, Monsieur sortit un petit boîtier noir de sa poche et le posa sur la nappe.
Je le regardai distraitement. Deux boutons. Je pensai aux clés de sa voiture ou à une télécommande quelconque et reportai mon attention sur la conversation.
Étienne, lui, regarda l’objet.
Puis Monsieur. Je surpris entre eux un échange silencieux qui éveilla aussitôt ma méfiance. Je n’osai pourtant rien demander. Monsieur posa l’index sur l’un des boutons.
Il appuya.
Mon corps réagit avant que mon esprit comprenne. Je me raidis brusquement.
Une vibration venait de se déclencher. Le plug allait et venait en moi tranquillement. Je cessai presque de respirer. Mes doigts se crispèrent sur ma serviette tandis que je m’efforçais de rester parfaitement immobile.
Puis tout s’arrêta. Je regardai le petit boîtier. Je venais de comprendre. Monsieur m’observait.
— Surpris ?
— Oui, Monsieur.
Étienne eut un rire discret.
— Tu pensais que c’était quoi ?
— Les clés de la voiture de Monsieur.
Cette fois, il rit franchement.
— C’est presque touchant.
Je sentis mon visage rougir. Je regardai Monsieur.
— Je ne savais pas, Monsieur.
— C’était le but.
— Oui, Monsieur.
Étienne prit alors la télécommande entre ses doigts.
— Et tu n’as encore découvert que le premier bouton.
Je regardai le second. Mon inquiétude dut se lire sur mon visage.
— Que fait-il, s’il vous plaît ?
— Celui que Monsieur vient d’utiliser commande une vibration relativement modérée.
Il effleura l’autre bouton.
— Celui-ci déclenche quelque chose de beaucoup plus intense. Des impulsions plus fortes, plus profondes.
Je fixai son doigt.
— Je comprends.
— Vraiment ?
— Oui, Étienne.
Il posa la télécommande devant lui. Je pris mon courage à deux mains.
— Puis-je vous demander quelque chose ?
— Tu peux toujours demander.
— Pourriez-vous éviter de l’utiliser lorsque le serveur est près de nous, s’il vous plaît ?
Étienne sourit immédiatement. Je compris que je venais probablement de commettre une erreur.
— Quelle demande merveilleusement précise.
Je baissai les yeux.
— Excusez-moi.
— Pourquoi t’excuser ? Tu as demandé très poliment.
Il posa l’index près du second bouton.
— Cela ne signifie simplement pas que je vais t’accorder ce que tu demandes.
— Oui, Étienne.
Je n’ajoutai rien. Les minutes passèrent. La télécommande resta posée sur la nappe. Je commençais à peine à retrouver un peu de calme lorsque j’aperçus le serveur qui revenait avec nos plats. Mon regard se porta immédiatement sur la main d’Étienne.
Il le vit. Son index vint se poser sur le second bouton. Mon cœur accéléra.
— Étienne…
Il me regarda.
Je baissai aussitôt la voix.
— Je vous en prie.
— Tiens-toi correctement, Alex.
— Oui, Étienne.
Le serveur approchait. Je redressai le dos.
— Le poisson pour monsieur…
Étienne appuya. L’effet fut immédiat. Tout mon corps se tendit. Le plug se mit en marche instantanément, par des pénétrations puissantes et des rotations intenses. Je dus mobiliser toute mon attention pour ne pas réagir ouvertement à l’intensité soudaine de la sensation.
Le serveur posa l’assiette devant moi. Je me tins à la chaise de mes deux mains. Un petit gémissement m’échappa.
— Voilà, monsieur.
Je pris une inspiration discrète.
— Merci.
Ma voix manqua de m’échapper. Je serrai les mâchoires et fixai mon assiette. Étienne maintenait encore quelques instants son doigt sur le bouton.
Je n’avais qu’une pensée : Ne rien montrer.
Le serveur se tourna vers Monsieur. Enfin, les impulsions cessèrent. Je respirai lentement. Monsieur me regardait.
— Alex.
— Oui, Monsieur.
— Ton maintien.
Je compris que mes épaules s’étaient légèrement affaissées. Je me redressai immédiatement.
— Pardonnez-moi, Monsieur.
— Mieux.
— Merci, Monsieur.
Le serveur termina de disposer les plats.
— Tout est bon pour vous ?
— Parfait, répondit Monsieur.
— Excellent déjeuner, messieurs.
Lorsqu’il se fut éloigné, je gardai quelques secondes le silence. Étienne avait reposé la télécommande devant lui. Je n’osai pas lui reprocher ce qu’il venait de faire. Je savais qu’il attendait probablement une réaction.
Je choisis mes mots.
— C’était difficile.
— J’avais remarqué.
— Je pensais que je n’arriverais pas à me contrôler.
— Pourtant tu l’as fait.
Je baissai les yeux.
— Oui, Étienne.
— Tu vois ? Tu devrais presque me remercier.
Je connaissais suffisamment Étienne pour savoir qu’il ne plaisantait qu’à moitié.
— Merci, Étienne.
Il éclata de rire.
— Admirable.
Monsieur, lui, commença tranquillement son repas.
— Mange, Alex.
— Oui, Monsieur.
Je pris mes couverts. La télécommande demeurait posée sur la nappe, à portée de la main d’Étienne. Je ne savais pas quand il l’utiliserait de nouveau. Je ne savais même pas s’il le ferait. Et je compris que c’était précisément ce qu’il recherchait.
Je découpai soigneusement mon poisson.
— C’est bon ? demanda Monsieur.
— Oui, Monsieur. Très bon.
Étienne sourit.
— Finalement, tu vois, le magret n’était pas indispensable à ton bonheur.
Je baissai les yeux vers mon assiette.
— Non, Étienne.
— Et la prochaine fois ?
Je regardai la télécommande, puis lui.
— La prochaine fois, j’attendrai que Monsieur choisisse avant de regarder ce qui me fait envie.
Un bref silence suivit. Étienne se tourna vers Monsieur.
— Il apprend vite.
Je ne répondis rien.
Mais cette fois, malgré la télécommande, malgré l’épreuve qu’ils venaient de m’imposer devant le serveur, je ressentis une satisfaction discrète. J’avais signé une heure plus tôt.
Et pour la première fois, ce contrat ne me paraissait plus seulement être un ensemble de clauses posé sur mon bureau.
Il commençait déjà à prendre la forme très concrète de ma vie.
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