Le goût de l'effondrement - chapitre 31
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 17-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Quelques minutes plus tard, nous étions installés dans un petit salon qui contrastait étrangement avec ce qui venait de se passer dans le hall.
La pièce était chaleureuse, presque intime. Des fauteuils profonds entouraient une table basse, une bibliothèque occupait tout un pan de mur et, derrière les fenêtres, le jardin semblait prolonger cette impression de calme. Monsieur Stéphane avait servi l’apéritif. Les trois hommes parlaient tranquillement, heureux de se retrouver, échangeant des nouvelles avec cette facilité propre aux vieilles amitiés.
Rex et moi étions à leurs pieds.
Un épais tapis recouvrait le sol. Rex s’y était couché avec un naturel qui me surprit. Je fis de même, près de Monsieur, sans qu’il soit nécessaire de me préciser où était ma place.
Cette évidence me troubla.
Je regardai Rex un instant. Il semblait parfaitement calme. Étendu à quelques mètres de moi, nu comme moi, son collier autour du cou, sa cage de chasteté bien en place, il écoutait parfois la conversation, puis semblait s’en désintéresser. Sa présence me renvoyait une image de moi-même que je n’avais encore jamais contemplée aussi directement.
Deux hommes sur un tapis. Trois autres dans des fauteuils. Et personne, hormis moi peut-être, ne semblait trouver cette répartition étrange.
Je repensai alors à ce qui venait de se produire dans le hall. L’infamie du geste me revenait avec une précision douloureuse. La honte surtout. Celle d’avoir attendu pendant que Rex me flairait et me léchait le cul, puis celle d’avoir accompli à mon tour la même chose sur lui. Quelques semaines auparavant, j’aurais été incapable d’imaginer une telle scène autrement que comme une dégradation insupportable. Pourtant, j’étais toujours là.
Plus encore : je ne voulais pas être ailleurs.
Cette pensée me saisit avec une force inattendue. Depuis mon arrivée chez Monsieur, j’avais accumulé les humiliations comme autant de marches descendues une à une. La nudité. Le collier. Les positions. La gamelle. L’attente. Les ordres. La cage. Le regard d’Étienne. Celui de Thomas, tellement plus difficile à supporter parce qu’il appartenait à ma vie d’avant. Puis Monsieur Stéphane. Rex. Ce salut grotesque auquel je venais de me soumettre, sur un homme que je ne connaissais absolument pas.
À chaque fois, j’avais cru atteindre une limite. Et à chaque fois, quelque chose en moi avait cédé. Je m’étais longtemps demandé si cet effondrement devait m’effrayer. Allongé sur ce tapis, je commençais à comprendre que le mot lui-même était peut-être trompeur.
Car je ne me sentais pas détruit.
J’étais humilié, oui. Profondément. Je n’avais aucune envie de prétendre le contraire. Certaines situations me faisaient encore rougir, d’autres me révoltaient quelques secondes avant que l’obéissance ne l’emporte. J’avais peur de ce que Monsieur pouvait décider. Peur d’Étienne parfois. Peur maintenant de ce Mike dont on venait de m’annoncer qu’il disposerait de deux mois de mon été.
Mais derrière cette peur existait autre chose que je ne pouvais plus feindre d’ignorer. J’aimais cette vie. Le reconnaître intérieurement me procura presque davantage de honte que tout ce qui s’était passé dans le hall.
J’aimais la contrainte.
J’aimais que certaines décisions ne m’appartiennent plus. J’aimais cette obligation permanente de m’adapter à ce qui avait été décidé pour moi. J’aimais ne pas savoir à l’avance. J’aimais même, d’une manière qui m’aurait paru incompréhensible peu de temps auparavant, cette lutte intérieure entre ce que ma pudeur refusait et ce que mon engagement me conduisait malgré tout à accomplir.
Ce n’était pas que l’humiliation fût devenue agréable. Elle restait une humiliation. C’était le fait de la traverser qui avait changé de sens.
Je levai les yeux vers Monsieur. Il écoutait Monsieur Stéphane raconter quelque chose à Étienne. Il souriait. Aucun des trois ne faisait attention à moi. Et cette indifférence momentanée rendit ma réflexion plus troublante encore.
Personne ne m’ordonnait de penser cela. Personne ne me demandait d’affirmer que j’étais heureux. Je pouvais, au moins intérieurement, être parfaitement sincère.
C’est alors que je pris conscience de ma position.
Sans même y avoir réfléchi, j’avais écarté les cuisses, abandonnant à la vue de tous ce que, quelques semaines auparavant encore, j’aurais instinctivement cherché à dissimuler. Je ne me rajustai pas. Cette absence de réaction me stupéfia. Personne ne m’avait ordonné de prendre cette position. Monsieur ne m’avait pas corrigé. Étienne n’avait fait aucune remarque. Monsieur Stéphane semblait absorbé par la conversation.
Cela venait de moi.
Autrefois, j’aurais eu conscience de chaque regard possible, de chaque mouvement susceptible de révéler mon intimité. Je me serais couvert par réflexe. Aujourd’hui, je restais ainsi. Parfaitement impudique. Et presque naturellement.
Je regardai Rex. Lui non plus ne semblait éprouver le moindre besoin de protéger son corps des regards. Il y avait chez lui une tranquillité qui m’aurait paru incompréhensible peu de temps auparavant.
Était-ce cela qui m’attendait ?
Je compris presque aussitôt que la question était déjà dépassée. Je n’avais plus à me demander si je deviendrais un jour suffisamment impudique pour trouver cette exposition naturelle. J’étais en train de le devenir. Ils m’avaient imposé tant de positions que mon corps commençait désormais à en adopter certaines avant même qu’on me les ordonne.
Et je découvris que l’humiliation la plus profonde n’était peut-être plus de me montrer. C’était de constater que je n’éprouvais presque plus le besoin de me cacher. Alors je me posai la question que Thomas aurait sans doute voulu me poser.
Si tu pouvais revenir en arrière, le ferais-tu ?
La réponse vint immédiatement : Non !
Je ne voulais pas retrouver mon appartement. Je ne voulais pas récupérer cette existence où chaque heure m’appartenait, où personne ne contrôlait mes horaires, mes vêtements, mes gestes ou mes silences. Je ne voulais même pas redevenir celui qui, quelques semaines plus tôt, aurait regardé avec effroi l’homme que j’étais maintenant.
Cette certitude était peut-être la chose la plus vertigineuse de toutes. Mon effondrement n’était plus seulement quelque chose qui m’arrivait. J’avais commencé à le vouloir.
Sur le tapis, Rex bougea légèrement et son épaule frôla presque la mienne. Je tournai les yeux vers lui. Pour la première fois, je me demandai non pas comment un homme pouvait accepter de vivre comme lui, mais depuis combien de temps il avait compris ce que je commençais seulement à admettre. Je reposai la tête sur le tapis. Au-dessus de nous, les trois hommes riaient. Et moi, à leurs pieds, je compris que je n’avais aucune envie de remonter.
Un silence passa dans leur conversation. Étienne fut le premier à le rompre.
— Il a changé.
Je compris immédiatement qu’il parlait de moi. Monsieur Stéphane se pencha légèrement dans son fauteuil.
— Depuis combien de temps vous l’avez pris en main ?
— Pas longtemps, répondit Monsieur.
Étienne eut un petit rire.
— Oh, je ne suis pas certain qu’on puisse vraiment dire qu’il a changé.
Il posa son verre.
— Regarde-le.
Je sentis leurs regards descendre vers moi.
— Nu. Par terre. Les cuisses écartées, nous montrant sa bite en cage, ses petites couilles de salope, son trou de putain, sans que personne le lui ait demandé. Il y a quelques semaines, il aurait rougi rien qu’en imaginant la scène. Aujourd’hui, il prend la position tout seul.
Monsieur Stéphane m’observa.
— Il s’habitue.
— Non.
La réponse d’Étienne fut immédiate.
— C’est beaucoup plus intéressant que ça.
Je relevai légèrement les yeux. Étienne me regardait maintenant avec ce sourire que je connaissais trop bien.
— Notre petite chienne n’est pas en train de devenir quelque chose. Elle est en train de cesser de faire semblant d’être autre chose.
Je sentis la phrase m’atteindre.
— Tu crois ? demanda Monsieur Stéphane.
— J’en suis persuadé.
Étienne se pencha en avant.
— Alex a été formaté pour ça depuis sa naissance.
Je tressaillis presque.
— N’est-ce pas, petite chienne ?
Je ne répondis pas.
— Oh, inutile de prendre cet air offensé. Tu le savais.
Son sourire s’élargit.
— Tu l’as toujours su.
Je baissai les yeux.
— Seulement, notre brillant étudiant avait passé des années à enfouir tout ça le plus profondément possible. Il fallait être raisonnable. Présentable. Autonome. Maître de soi. Il fallait étudier, argumenter, réfléchir, construire une identité suffisamment propre pour que personne ne devine ce qui remuait dessous.
Monsieur Stéphane sourit.
— Et qu’est-ce qui remuait dessous ?
Étienne éclata doucement de rire.
— Ses bas instincts.
Je sentis mes joues chauffer.
— Étienne, murmura Monsieur Stéphane, visiblement amusé.
— Quoi ? Il faut bien appeler les choses par leur nom. Regarde-le.
Il me désigna sans la moindre gêne.
— Toute cette intelligence, toute cette culture, toutes ces belles réflexions sur l’autonomie, le consentement, l’autorité… et dessous, quelque chose de beaucoup moins noble qui attendait son heure.
Je voulus protester.
— Je ne crois pas que…
— Tais-toi salope.
Je me tus. Étienne sourit immédiatement.
— Tu vois ?
Monsieur Stéphane éclata de rire. Même Monsieur sourit.
— C’est presque trop facile, reprit Étienne. Il commence une phrase pour expliquer qu’il n’est pas ce que je dis. Je lui demande de se taire. Il se tait. Et ensuite il voudrait encore nous expliquer que tout cela lui est étranger.
Je sentis la honte me gagner.
— Non, poursuivit-il, tu le savais depuis longtemps. Peut-être pas avec des mots. Peut-être pas avec cette précision. Mais tu savais qu’il y avait en toi quelque chose que ta petite vie bien ordonnée ne satisfaisait pas.
Son ton s’était fait plus calme. Plus cruel aussi.
— Et tu l’as enterré.
Je ne bougeai plus.
— Profondément. Très profondément. Jusqu’à pouvoir presque te convaincre que ça n’existait pas.
Il marqua une pause. Monsieur reprit :
— Mais les instincts ont ce défaut, Alex : ils supportent assez mal qu’on les enferme éternellement.
Monsieur Stéphane m’observait maintenant avec curiosité.
Étienne continua :
— Alors le besoin a grandi.
Je sentis quelque chose se serrer en moi.
— Encore et encore. Jusqu’à devenir tellement important que ta vie d’avant ne suffisait plus à le contenir. Un besoin incommensurable de lâcher prise. De ne plus avoir à tout décider. D’être contraint. Dirigé. Placé quelque part par quelqu’un d’autre.
Il eut un sourire.
— Et puis Monsieur est arrivé.
Mon regard glissa malgré moi vers lui. Monsieur n’avait pas bougé.
— Et le plus délicieux, poursuivit Étienne, c’est que tu voudrais probablement encore croire qu’il t’a transformé.
Il secoua lentement la tête.
— Mais non, petite chienne.
Sa voix était presque douce.
— Il t’a reconnu.
Le silence qui suivit me parut immense.
— Nous n’avons pas fabriqué ce que tu es, continua Étienne. Nous avons seulement retiré, une par une, toutes les couches sous lesquelles tu avais réussi à le cacher.
Il compta presque négligemment sur ses doigts.
— La pudeur. L’indépendance. Le besoin de contrôler ton image. La conviction que tu devais décider de tout toi-même. Cette petite dignité à laquelle tu tenais tant.
Il regarda ma position sur le tapis.
— Et regarde ce qui reste.
Je ne trouvai rien à répondre. Monsieur Stéphane sourit.
— Une petite chienne assoiffée.
— Exactement.
Étienne prit son verre.
— Et une petite chienne qui commence enfin à comprendre qu’elle n’a jamais été aussi heureuse que depuis qu’on lui permet de ne plus se cacher.
Cette fois, personne ne rit. Étienne me regarda encore.
— C’est ça qui t’humilie vraiment, n’est-ce pas, Alex ?
Je ne répondis toujours pas.
— Ce n’est plus la nudité. Ni le collier. Ni même de te retrouver par terre devant un homme que tu ne connaissais pas il y a deux heures.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Ce qui t’humilie, c’est de découvrir que plus nous te dépouillons de ce que tu croyais être, plus tu te reconnais.
Je fermai les yeux. Parce que cette fois, sa cruauté ne venait pas de l’insulte. Elle venait de la possibilité qu’il ait raison. J’avais passé tant de temps à considérer ma nouvelle vie comme une transformation que je n’avais jamais véritablement envisagé l’hypothèse inverse. Et si Monsieur n’avait pas créé ce besoin ? Et s’il lui avait seulement donné un endroit où apparaître ?
Au-dessus de moi, Étienne reprit tranquillement son verre.
— Tu vois, Stéphane ? C’est pour ça qu’il ne repartira pas.
Monsieur Stéphane me regarda.
— Tu en es certain ?
Étienne eut un sourire mauvais.
— Absolument.
Puis il ajouta :
— Le difficile n’était pas de le faire descendre jusqu’à nous.
Son regard se posa une dernière fois sur moi.
— Le difficile, c’était de lui faire admettre qu’au fond, il avait passé sa vie à chercher l’escalier.
Je restai immobile. Cette fois, je ne cherchai même plus à savoir si Étienne avait raison. Je savais seulement une chose. Si une porte s’était ouverte en moi depuis mon arrivée chez Monsieur, je n’avais aucune envie qu’elle se referme.
Monsieur Stéphane resta quelques instants silencieux, puis posa son verre.
— Alex, approche.
Mon premier réflexe fut de regarder Monsieur. Il m’accorda un léger signe de tête. Je me redressai aussitôt.
— Non, interrompit Monsieur Stéphane. Pas comme ça.
Je m’immobilisai. Son sourire avait disparu.
— À quatre pattes.
Je redescendis lentement sur le tapis et parcourus ainsi les quelques mètres qui me séparaient de son fauteuil.
— Là. Arrête-toi.
J’obéis. Monsieur Stéphane se pencha alors vers moi.
Il ne s’arrêta pas là. Il prit mon visage entre ses mains et le releva vers lui. Toute bonhomie semblait avoir momentanément disparu de son expression. Il m’examina longuement, de très près, comme s’il cherchait quelque chose.
Il tira sur mes oreilles, tourna mon visage d’un côté puis de l’autre. Je me pliai à ces mouvements imposés. Lorsqu’il orientait ma tête, je la laissais suivre la direction qu’il lui donnait. Lorsqu’il relevait mon menton, je le gardais levé. Je ne cherchais ni à anticiper ses gestes ni à m’y soustraire. Mon corps semblait avoir déjà appris cette forme particulière de docilité : attendre, comprendre ce qu’on exigeait de lui et céder.
La situation avait pourtant quelque chose de profondément dégradant. Ce n’était pas tant chacun de ses gestes pris séparément que leur succession méthodique, cette manière de m’inspecter sans jamais solliciter mon avis, comme si j’étais devenu un sujet d’examen plutôt qu’un invité.
— Ouvre.
J’ouvris la bouche. Il l’examina avec la même minutie, me demanda de l’ouvrir davantage, puis poursuivit son inspection, glissa ses doigts, jusqu’à provoquer chez moi un haut-le-cœur brutal. Mon corps tenta cette fois de reculer avant même que je puisse contrôler le réflexe. Monsieur Stéphane ne me relâcha pas au contraire ses doigts s’agrippèrent à ma chevelure. Je déglutis, les yeux humides, luttant quelques secondes contre la nausée. Il recommença plus loin encore et les mêmes causes produisirent les mêmes effets.
— Peut mieux faire, constata-t-il tranquillement.
Étienne éclata de rire.
— Oh, ne sois pas trop sévère. Il est encore en apprentissage.
— Je vois ça. Mais il est important que ces petites chiennes apprennent à accepter ce qu’on leur impose en fond de gorge, sans se laisser immédiatement gouverner par leurs réflexes. Elles doivent apprendre à les maîtriser.
Je sentis mes joues chauffer. La façon dont Monsieur Stéphane parlait de moi me troublait presque autant que l’examen lui-même. Il ne s’adressait même plus directement à moi. Il exposait à Monsieur et Étienne ce qu’il considérait comme une compétence à acquérir, comme si ma réaction n’avait été qu’un défaut technique qu’un entraînement approprié finirait par corriger.
Étienne me regarda avec amusement.
— Tu entends, petite chienne ? Encore un domaine dans lequel tu vas devoir progresser.
Je baissai les yeux.
— Et il progressera, dit Monsieur.
La certitude tranquille avec laquelle il prononça ces mots me fit comprendre que, pour eux, l’incident était déjà classé. Pas comme une limite. Comme un apprentissage à poursuivre.
L’examen se poursuivit.
— À genoux, ordonna Monsieur.
Je me redressai aussitôt devant Monsieur Stéphane et baissai spontanément la tête.
— Les mains derrière le dos, ajouta Monsieur.
Je les croisai. Monsieur Stéphane posa alors ses mains sur ma tête et la redressa légèrement.
— Regarde devant toi, Alex, dit Monsieur. Ne te dérobe pas.
J’obéis. Monsieur Stéphane me fit lever les bras et poursuivit son inspection avec la même minutie tranquille. Il examina mes aisselles, observa ma peau, puis son attention descendit vers ma poitrine. Ses mains s’y arrêtèrent. Il palpa, pressa, pinça, étira mes tétons, observant davantage mes réactions que mon corps lui-même.
Je tressaillis.
— Immobile, dit immédiatement Monsieur.
Je me figeai. Monsieur Stéphane recommença, presque expérimentalement. Cette fois, je parvins à ne pas bouger.
— Voilà, dit Monsieur. C’est mieux.
Monsieur Stéphane tourna la tête vers lui.
— Sensible.
— Très, répondit Monsieur.
— Je vois ça.
— Il réagit vite, mais il doit apprendre à ne plus laisser chaque sensation commander son corps.
J’écoutais Monsieur parler de moi avec une précision qui me mettait presque plus mal à l’aise que les gestes de Stéphane.
— Alex, les bras plus haut.
Je les relevai.
— Le dos droit.
Je me redressai. Monsieur Stéphane sourit.
— Tu n’as même plus besoin de le toucher.
— Non.
La réponse de Monsieur fut parfaitement calme.
— De moins en moins.
Étienne eut un petit rire.
— C’est vexant pour nous autres qui aimons tellement compliquer les choses.
Monsieur ne sourit même pas.
— Ce n’est pas le but.
Puis son regard revint sur moi.
— Le but est qu’il comprenne immédiatement ce qu’on attend de lui et qu’il se laisse faire correctement.
Monsieur Stéphane reprit son inspection, tandis que je conservais la position. Monsieur Stéphane poursuivit son inspection plus bas.
— Debout, Alex, ordonna Monsieur.
Je me relevai.
— Les jambes légèrement écartées. Les bras le long du corps.
Je pris la position. Cette partie de l’examen fut immédiatement plus difficile à supporter. Monsieur Stéphane procédait pourtant avec la même minutie froide que précédemment, examinant sans hâte mes testicules, les soulevait, les soupesait, les étirait, les palpait. Je restai immobile, honteux. Ma pudeur continuait instinctivement à considérer ces zones-ci comme inviolables.
Je fixai un point devant moi.
— Ne te crispe pas, dit Monsieur.
Je tentai de relâcher mon corps.
— Davantage.
J’obéis.
Monsieur Stéphane poursuivit son inspection avec une application presque clinique, vérifiant successivement ce qu’il voulait observer tandis qu’Étienne, depuis son fauteuil, suivait la scène avec une attention amusée. Il resta encore un moment à me palper, puis son regard s’arrêta sur la cage.
— Ça fait longtemps que vous l’avez mis en cage ?
— Depuis son arrivée, répondit Monsieur.
Monsieur Stéphane eut un petit mouvement de tête.
— Alors ça fait peu de temps.
Il désigna vaguement Rex, toujours couché sur le tapis.
— Rex, lui, ça fait trois mois qu’il n’a pas été vidé.
Je tournai instinctivement les yeux vers lui.
Trois mois.
Rex ne réagit presque pas. Il resta à sa place, comme si Monsieur Stéphane venait d’évoquer une donnée parfaitement ordinaire de son existence. Étienne, lui, remarqua immédiatement mon regard.
— Ne prends pas cet air effaré, petite chienne. Tu n’en es encore qu’au commencement.
Je reportai les yeux vers Monsieur.
Il avait parfaitement compris la question silencieuse que je venais de lui adresser.
— Ne compare pas ta situation à celle de Rex, dit-il.
Je ressentis un bref soulagement.
Puis Monsieur ajouta :
— Pas encore.
Étienne éclata de rire. Je baissai les yeux. Monsieur Stéphane sourit à son tour.
— Il a encore cette habitude de chercher auprès de toi ce qui va lui arriver ?
— Oui, répondit Monsieur. Mais il commence à comprendre que je ne lui donnerai pas toujours la réponse.
— C’est préférable.
Monsieur Stéphane se tourna vers Rex.
— Au début, lui aussi comptait les jours.
Puis il me regarda.
— Après, on cesse de compter.
Cette phrase me troubla davantage que le chiffre lui-même. Car je venais précisément de constater, quelques minutes auparavant, que je ne savais déjà plus avec exactitude depuis combien de jours ma propre chasteté avait commencé. Monsieur Stéphane me fit pivoter.
— Penche-toi, dit Monsieur Stéphane.
J’hésitai une fraction de seconde.
— Tu as entendu, Alex, intervint Monsieur.
Je me penchai. La honte revint immédiatement, beaucoup plus vive. Je savais exactement ce que cette position exposait au regard de l’homme placé derrière moi. Je savais également que Monsieur et Étienne voyaient tout de la scène.
— Plus bas, précisa Monsieur.
Je m’exécutai. Je sentis mes joues brûler.
— Reste comme ça.
Alors je restai. Ce fut encore une fois l’immobilité qui me parut la plus difficile : ne pas me redresser, ne pas chercher à préserver une dernière parcelle d’intimité, accepter que l’examen se poursuive jusqu’à ce que Monsieur Stéphane estime avoir terminé.
— Il se laisse bien manipuler, constata-t-il.
— Il accepte mieux d’être observé aussi, répondit Monsieur. Au début, il cherchait constamment à préserver quelque chose.
— Sa pudeur ? demanda Monsieur Stéphane.
— Son contrôle.
Cette réponse me frappa. Monsieur s’approcha, m’écarta les fesses. Je sentis alors Monsieur Stéphane poursuivre son examen avec une brusquerie nouvelle.
Je me raidis immédiatement.
Ce qui suivit fut suffisamment intrusif, un doigt me pénétra, sans ménagement, sans que mon anus soit préparé, juste un peu de salive pour le lubrifier. Un mouvement et un cri m’échappèrent.
— Immobile, Alex et tais-toi dit Monsieur.
Je me figeai. La honte monta d’un seul coup. Jusque-là, j’avais réussi à considérer ce qui se passait comme une inspection : humiliante, indiscrète, parfois pénible, mais encore suffisamment méthodique pour que je puisse m’accrocher à ce mot.
Examen.
À cet instant, le mot ne me protégeait plus de rien.
— Respire, ordonna Monsieur.
J’inspirai lentement.
— Ne lutte pas contre ta position. Tiens-la.
Je restai penché.
Tout mon corps me commandait pourtant le contraire. Me redresser. M’écarter. Faire cesser cette inspection. Mais je ne bougeai pas. Monsieur Stéphane poursuivit encore quelques instants, puis s’arrêta enfin.
Je demeurai exactement dans la position imposée, attendant qu’on m’autorise à en sortir.
— Tu vois ? dit Monsieur Stéphane.
— Oui, répondit Monsieur.
Étienne eut un petit rire.
— Il y a encore du travail.
Je fermai les yeux. Monsieur Stéphane me fit me retourner tout en continuant à me caresser les fesses encore quelques secondes. Puis son visage s’éclaira soudain de ce sourire débonnaire qui, désormais, m’inquiétait plus qu’il ne me rassurait.
— Il me plairait assez que Rex profite du petit cul de cette petite chienne pour se vider les couilles. Là. Maintenant. Devant nous.
Je cessai presque de respirer. Monsieur Stéphane tourna tranquillement la tête vers Monsieur.
— Est-ce que tu l’autorises ?
La question me frappa de plein fouet. Il ne me l’avait pas posée. Son regard n’avait même pas cherché le mien. Instinctivement, je tournai la tête vers Monsieur.
Étienne éclata de rire.
— Oh, ça, c’est magnifique.
Je baissai aussitôt les yeux.
— Non, non, petite chienne. Regarde-le. Surtout, ne te prive pas.
Sa voix dégoulinait d’une ironie mauvaise.
— C’est fascinant. Stéphane vient de proposer quelque chose qui te terrifie et toi, qu’est-ce que tu fais ? Tu regardes immédiatement Monsieur. Pas pour lui demander de te protéger, bien sûr. Ce serait presque touchant.
Il se pencha vers moi.
— Tu veux savoir ce qu’il va décider de faire de toi.
Je ne répondis pas.
— Étienne, murmura Monsieur Stéphane en riant.
— Mais regarde-le ! Il est délicieux.
Étienne quitta son fauteuil et vint s’accroupir à quelques pas de moi.
— Tu aimerais qu’il dise non, petite chienne ?
Je gardai le silence.
— Réponds.
— Oui.
— Oui quoi ?
— J’aimerais qu’il refuse.
Étienne eut un sourire cruel.
— Évidemment.
Il se redressa.
— Voilà ce qui est amusant chez lui, poursuivit-il en s’adressant à Monsieur. Il veut que tu refuses. Mais il ne veut surtout pas avoir à le faire lui-même.
Je sentis la phrase me frapper.
— C’est tellement plus confortable, n’est-ce pas, Alex ? Si Monsieur refuse, tu es sauvé et tu n’as rien eu à décider. Et s’il accepte…
Il laissa volontairement le silence s’installer.
— …tu obéiras.
Je ne répondis pas. Étienne sourit davantage.
— Regarde comme il se tait.
Puis il s’adressa directement à moi :
— Dis-moi que je me trompe.
Je relevai les yeux. Je ne pus rien dire.
— Voilà.
Il retourna tranquillement s’asseoir.
— Notre petite chienne vient de comprendre le piège.
Monsieur Stéphane paraissait franchement amusé.
— Quel piège ?
Étienne croisa les jambes.
— Il n’y en a aucun, justement. C’est ça qui est vicieux.
Son regard revint sur moi.
— Il pourrait dire non.
Puis, très lentement :
— Mais il préférerait presque subir ce qu’il redoute plutôt que reprendre cette décision-là.
Je sentis mon visage brûler. Mon regard quitta alors Monsieur et se porta malgré moi vers Rex. Il n’avait pas bougé. Toujours couché sur le tapis, il semblait attendre avec un calme qui me déconcerta. Il avait entendu la proposition de Monsieur Stéphane. Il savait qu’on parlait de lui, de moi, de ce qui pourrait être décidé dans les secondes suivantes. Et pourtant il restait parfaitement immobile. Nos regards se croisèrent. Je cherchai quelque chose dans le sien.
Une hésitation.
Un refus.
Peut-être même cette gêne que j’aurais voulu découvrir chez lui pour ne pas être seul à éprouver la mienne. Je ne trouvai rien que je sache interpréter.
Étienne avait suivi mon regard.
— Ah… Maintenant il regarde Rex.
Je baissai les yeux.
— Non. Continue, petite chienne. C’est très intéressant.
Sa voix avait retrouvé cette douceur cruelle que je connaissais désormais.
— Qu’est-ce que tu cherches chez lui ? Qu’il te rassure ? Qu’il ait peur à ta place ? Qu’il refuse pour que, cette fois encore, quelqu’un d’autre t’évite d’avoir à le faire ? Qu'il accède à la demande de son Maitre et qu'il t'encule ?
Je ne répondis pas. Étienne eut un petit rire.
— Mauvaise pioche. Regarde-le. Il attend exactement comme toi.
Je regardai de nouveau Rex. Deux hommes silencieux sur le même tapis. Deux hommes dont on discutait tranquillement depuis les fauteuils. Et soudain, je me demandai combien de fois Rex avait déjà connu cette attente. Combien de décisions le concernant avaient été prises devant lui jusqu’à ce que cette immobilité devienne naturelle.
Étienne semblait lire mes pensées.
— Tu veux savoir ce qui vous différencie encore ?
Je relevai les yeux vers lui. Il sourit.
— Rex sait attendre sans espérer que quelqu’un le sauve de la décision.
Puis son regard passa de lui à moi.
— Toi, tu apprends seulement.
Il laissa cette phrase s’installer avant de reprendre :
— Tu vois, Alex, ce n’est même plus ton corps qui m’intéresse à cet instant. C’est ce qui se passe là-dedans.
Il désigna ma tête.
— Toute cette intelligence qui cherche désespérément une issue permettant à la fois d’échapper à ce que Stéphane propose et de ne pas désobéir à Monsieur.
Son sourire s’effaça.
— Et tu n’en trouveras pas.
Le silence devint pesant.
— Alors regarde Monsieur, petite chienne.
J’obéis.
— Bien.
Étienne se renfonça dans son fauteuil.
— Maintenant, attends.
Sa voix était presque satisfaite.
— C’est encore ce que tu fais le mieux.
Je regardai Monsieur. Il n’avait toujours rien dit. Et je compris que son silence était probablement la partie la plus difficile de l’épreuve. Tant qu’il ne répondait pas à Monsieur Stéphane, tout restait possible.
Un refus.
Une autorisation.
Ou simplement quelques secondes supplémentaires pendant lesquelles je devrais rester là, sous leurs regards, à mesurer avec une précision cruelle l’écart qui me séparait encore de Rex.
Lui attendait.
Moi, j’espérais encore.
Monsieur prit enfin la parole.
— J’accepte.
Deux mots. Aucune hésitation. Je sentis quelque chose se dérober en moi. Monsieur Stéphane afficha aussitôt un large sourire.
— Parfait.
Étienne, lui, m’observait. Il ne riait même plus. Il semblait surtout attendre de voir ce que la décision de Monsieur allait produire sur mon visage.
Monsieur Stéphane se frotta les mains avec cette bonhomie presque joyeuse qui contrastait cruellement avec mon trouble.
— Eh bien, nous allons avoir un bon divertissement pour ce début de soirée.
Un divertissement.
Le mot me heurta.
Je regardai Rex. Il n’avait toujours pas bougé. Puis je regardai Monsieur. Il avait décidé.
Voilà donc ce que signifiait réellement ce que je m’étais avoué quelques minutes auparavant, allongé sur le tapis. Aimer cette vie lorsque j’en contemplais les règles dans le calme de mes réflexions était une chose. Accepter ce qu’elle impliquait lorsque la décision tombait en était une autre.
Étienne se pencha vers moi.
— Alors, petite chienne ?
Je ne répondis pas.
— Il y a cinq minutes, tu étais allongé sur ce tapis à te convaincre que tu ne voulais surtout pas revenir en arrière.
Je relevai brusquement les yeux vers lui. Son sourire reparut.
— Oui, je t’observais. Tu avais cette tête satisfaite des gens qui viennent de découvrir une grande vérité sur eux-mêmes.
Il marqua une pause.
— C’est toujours charmant, les grandes vérités. Jusqu’au moment où quelqu’un décide de les vérifier.
Monsieur Stéphane eut un petit rire. Étienne désigna Rex d’un mouvement du menton.
— Eh bien voilà. Travaux pratiques.
Il lui ôta sa cage de chasteté. Je sentis mes joues brûler.
— Tu voulais la contrainte. L’incertitude. Ne plus décider de tout. Tu trouvais même merveilleux de découvrir que tu n’avais aucune envie de retrouver ta vie d’avant.
Il se pencha davantage.
— Ne fais pas cette tête maintenant que Monsieur te prend au mot.
Je ne trouvai rien à répondre.
Parce que derrière sa cruauté, Étienne venait encore une fois de mettre le doigt exactement là où cela faisait mal.
Monsieur intervint enfin.
— Alex.
Je tournai la tête vers lui.
— Tu connais la règle.
Oui. Je la connaissais.
Je pouvais refuser.
Et c’était précisément cette possibilité qui rendait l’instant insupportable.
Je regardai une dernière fois Rex à quatre pattes, son sexe turgescent et palpitant, venant frapper son abdomen.
Puis Monsieur.
Et, autour de moi, le petit salon retrouva soudain son apparence presque absurde de confort : les fauteuils profonds, les verres sur la table basse, les tableaux, la lumière douce du soir.
Tout était paisible.
Sauf moi.
La pièce était chaleureuse, presque intime. Des fauteuils profonds entouraient une table basse, une bibliothèque occupait tout un pan de mur et, derrière les fenêtres, le jardin semblait prolonger cette impression de calme. Monsieur Stéphane avait servi l’apéritif. Les trois hommes parlaient tranquillement, heureux de se retrouver, échangeant des nouvelles avec cette facilité propre aux vieilles amitiés.
Rex et moi étions à leurs pieds.
Un épais tapis recouvrait le sol. Rex s’y était couché avec un naturel qui me surprit. Je fis de même, près de Monsieur, sans qu’il soit nécessaire de me préciser où était ma place.
Cette évidence me troubla.
Je regardai Rex un instant. Il semblait parfaitement calme. Étendu à quelques mètres de moi, nu comme moi, son collier autour du cou, sa cage de chasteté bien en place, il écoutait parfois la conversation, puis semblait s’en désintéresser. Sa présence me renvoyait une image de moi-même que je n’avais encore jamais contemplée aussi directement.
Deux hommes sur un tapis. Trois autres dans des fauteuils. Et personne, hormis moi peut-être, ne semblait trouver cette répartition étrange.
Je repensai alors à ce qui venait de se produire dans le hall. L’infamie du geste me revenait avec une précision douloureuse. La honte surtout. Celle d’avoir attendu pendant que Rex me flairait et me léchait le cul, puis celle d’avoir accompli à mon tour la même chose sur lui. Quelques semaines auparavant, j’aurais été incapable d’imaginer une telle scène autrement que comme une dégradation insupportable. Pourtant, j’étais toujours là.
Plus encore : je ne voulais pas être ailleurs.
Cette pensée me saisit avec une force inattendue. Depuis mon arrivée chez Monsieur, j’avais accumulé les humiliations comme autant de marches descendues une à une. La nudité. Le collier. Les positions. La gamelle. L’attente. Les ordres. La cage. Le regard d’Étienne. Celui de Thomas, tellement plus difficile à supporter parce qu’il appartenait à ma vie d’avant. Puis Monsieur Stéphane. Rex. Ce salut grotesque auquel je venais de me soumettre, sur un homme que je ne connaissais absolument pas.
À chaque fois, j’avais cru atteindre une limite. Et à chaque fois, quelque chose en moi avait cédé. Je m’étais longtemps demandé si cet effondrement devait m’effrayer. Allongé sur ce tapis, je commençais à comprendre que le mot lui-même était peut-être trompeur.
Car je ne me sentais pas détruit.
J’étais humilié, oui. Profondément. Je n’avais aucune envie de prétendre le contraire. Certaines situations me faisaient encore rougir, d’autres me révoltaient quelques secondes avant que l’obéissance ne l’emporte. J’avais peur de ce que Monsieur pouvait décider. Peur d’Étienne parfois. Peur maintenant de ce Mike dont on venait de m’annoncer qu’il disposerait de deux mois de mon été.
Mais derrière cette peur existait autre chose que je ne pouvais plus feindre d’ignorer. J’aimais cette vie. Le reconnaître intérieurement me procura presque davantage de honte que tout ce qui s’était passé dans le hall.
J’aimais la contrainte.
J’aimais que certaines décisions ne m’appartiennent plus. J’aimais cette obligation permanente de m’adapter à ce qui avait été décidé pour moi. J’aimais ne pas savoir à l’avance. J’aimais même, d’une manière qui m’aurait paru incompréhensible peu de temps auparavant, cette lutte intérieure entre ce que ma pudeur refusait et ce que mon engagement me conduisait malgré tout à accomplir.
Ce n’était pas que l’humiliation fût devenue agréable. Elle restait une humiliation. C’était le fait de la traverser qui avait changé de sens.
Je levai les yeux vers Monsieur. Il écoutait Monsieur Stéphane raconter quelque chose à Étienne. Il souriait. Aucun des trois ne faisait attention à moi. Et cette indifférence momentanée rendit ma réflexion plus troublante encore.
Personne ne m’ordonnait de penser cela. Personne ne me demandait d’affirmer que j’étais heureux. Je pouvais, au moins intérieurement, être parfaitement sincère.
C’est alors que je pris conscience de ma position.
Sans même y avoir réfléchi, j’avais écarté les cuisses, abandonnant à la vue de tous ce que, quelques semaines auparavant encore, j’aurais instinctivement cherché à dissimuler. Je ne me rajustai pas. Cette absence de réaction me stupéfia. Personne ne m’avait ordonné de prendre cette position. Monsieur ne m’avait pas corrigé. Étienne n’avait fait aucune remarque. Monsieur Stéphane semblait absorbé par la conversation.
Cela venait de moi.
Autrefois, j’aurais eu conscience de chaque regard possible, de chaque mouvement susceptible de révéler mon intimité. Je me serais couvert par réflexe. Aujourd’hui, je restais ainsi. Parfaitement impudique. Et presque naturellement.
Je regardai Rex. Lui non plus ne semblait éprouver le moindre besoin de protéger son corps des regards. Il y avait chez lui une tranquillité qui m’aurait paru incompréhensible peu de temps auparavant.
Était-ce cela qui m’attendait ?
Je compris presque aussitôt que la question était déjà dépassée. Je n’avais plus à me demander si je deviendrais un jour suffisamment impudique pour trouver cette exposition naturelle. J’étais en train de le devenir. Ils m’avaient imposé tant de positions que mon corps commençait désormais à en adopter certaines avant même qu’on me les ordonne.
Et je découvris que l’humiliation la plus profonde n’était peut-être plus de me montrer. C’était de constater que je n’éprouvais presque plus le besoin de me cacher. Alors je me posai la question que Thomas aurait sans doute voulu me poser.
Si tu pouvais revenir en arrière, le ferais-tu ?
La réponse vint immédiatement : Non !
Je ne voulais pas retrouver mon appartement. Je ne voulais pas récupérer cette existence où chaque heure m’appartenait, où personne ne contrôlait mes horaires, mes vêtements, mes gestes ou mes silences. Je ne voulais même pas redevenir celui qui, quelques semaines plus tôt, aurait regardé avec effroi l’homme que j’étais maintenant.
Cette certitude était peut-être la chose la plus vertigineuse de toutes. Mon effondrement n’était plus seulement quelque chose qui m’arrivait. J’avais commencé à le vouloir.
Sur le tapis, Rex bougea légèrement et son épaule frôla presque la mienne. Je tournai les yeux vers lui. Pour la première fois, je me demandai non pas comment un homme pouvait accepter de vivre comme lui, mais depuis combien de temps il avait compris ce que je commençais seulement à admettre. Je reposai la tête sur le tapis. Au-dessus de nous, les trois hommes riaient. Et moi, à leurs pieds, je compris que je n’avais aucune envie de remonter.
Un silence passa dans leur conversation. Étienne fut le premier à le rompre.
— Il a changé.
Je compris immédiatement qu’il parlait de moi. Monsieur Stéphane se pencha légèrement dans son fauteuil.
— Depuis combien de temps vous l’avez pris en main ?
— Pas longtemps, répondit Monsieur.
Étienne eut un petit rire.
— Oh, je ne suis pas certain qu’on puisse vraiment dire qu’il a changé.
Il posa son verre.
— Regarde-le.
Je sentis leurs regards descendre vers moi.
— Nu. Par terre. Les cuisses écartées, nous montrant sa bite en cage, ses petites couilles de salope, son trou de putain, sans que personne le lui ait demandé. Il y a quelques semaines, il aurait rougi rien qu’en imaginant la scène. Aujourd’hui, il prend la position tout seul.
Monsieur Stéphane m’observa.
— Il s’habitue.
— Non.
La réponse d’Étienne fut immédiate.
— C’est beaucoup plus intéressant que ça.
Je relevai légèrement les yeux. Étienne me regardait maintenant avec ce sourire que je connaissais trop bien.
— Notre petite chienne n’est pas en train de devenir quelque chose. Elle est en train de cesser de faire semblant d’être autre chose.
Je sentis la phrase m’atteindre.
— Tu crois ? demanda Monsieur Stéphane.
— J’en suis persuadé.
Étienne se pencha en avant.
— Alex a été formaté pour ça depuis sa naissance.
Je tressaillis presque.
— N’est-ce pas, petite chienne ?
Je ne répondis pas.
— Oh, inutile de prendre cet air offensé. Tu le savais.
Son sourire s’élargit.
— Tu l’as toujours su.
Je baissai les yeux.
— Seulement, notre brillant étudiant avait passé des années à enfouir tout ça le plus profondément possible. Il fallait être raisonnable. Présentable. Autonome. Maître de soi. Il fallait étudier, argumenter, réfléchir, construire une identité suffisamment propre pour que personne ne devine ce qui remuait dessous.
Monsieur Stéphane sourit.
— Et qu’est-ce qui remuait dessous ?
Étienne éclata doucement de rire.
— Ses bas instincts.
Je sentis mes joues chauffer.
— Étienne, murmura Monsieur Stéphane, visiblement amusé.
— Quoi ? Il faut bien appeler les choses par leur nom. Regarde-le.
Il me désigna sans la moindre gêne.
— Toute cette intelligence, toute cette culture, toutes ces belles réflexions sur l’autonomie, le consentement, l’autorité… et dessous, quelque chose de beaucoup moins noble qui attendait son heure.
Je voulus protester.
— Je ne crois pas que…
— Tais-toi salope.
Je me tus. Étienne sourit immédiatement.
— Tu vois ?
Monsieur Stéphane éclata de rire. Même Monsieur sourit.
— C’est presque trop facile, reprit Étienne. Il commence une phrase pour expliquer qu’il n’est pas ce que je dis. Je lui demande de se taire. Il se tait. Et ensuite il voudrait encore nous expliquer que tout cela lui est étranger.
Je sentis la honte me gagner.
— Non, poursuivit-il, tu le savais depuis longtemps. Peut-être pas avec des mots. Peut-être pas avec cette précision. Mais tu savais qu’il y avait en toi quelque chose que ta petite vie bien ordonnée ne satisfaisait pas.
Son ton s’était fait plus calme. Plus cruel aussi.
— Et tu l’as enterré.
Je ne bougeai plus.
— Profondément. Très profondément. Jusqu’à pouvoir presque te convaincre que ça n’existait pas.
Il marqua une pause. Monsieur reprit :
— Mais les instincts ont ce défaut, Alex : ils supportent assez mal qu’on les enferme éternellement.
Monsieur Stéphane m’observait maintenant avec curiosité.
Étienne continua :
— Alors le besoin a grandi.
Je sentis quelque chose se serrer en moi.
— Encore et encore. Jusqu’à devenir tellement important que ta vie d’avant ne suffisait plus à le contenir. Un besoin incommensurable de lâcher prise. De ne plus avoir à tout décider. D’être contraint. Dirigé. Placé quelque part par quelqu’un d’autre.
Il eut un sourire.
— Et puis Monsieur est arrivé.
Mon regard glissa malgré moi vers lui. Monsieur n’avait pas bougé.
— Et le plus délicieux, poursuivit Étienne, c’est que tu voudrais probablement encore croire qu’il t’a transformé.
Il secoua lentement la tête.
— Mais non, petite chienne.
Sa voix était presque douce.
— Il t’a reconnu.
Le silence qui suivit me parut immense.
— Nous n’avons pas fabriqué ce que tu es, continua Étienne. Nous avons seulement retiré, une par une, toutes les couches sous lesquelles tu avais réussi à le cacher.
Il compta presque négligemment sur ses doigts.
— La pudeur. L’indépendance. Le besoin de contrôler ton image. La conviction que tu devais décider de tout toi-même. Cette petite dignité à laquelle tu tenais tant.
Il regarda ma position sur le tapis.
— Et regarde ce qui reste.
Je ne trouvai rien à répondre. Monsieur Stéphane sourit.
— Une petite chienne assoiffée.
— Exactement.
Étienne prit son verre.
— Et une petite chienne qui commence enfin à comprendre qu’elle n’a jamais été aussi heureuse que depuis qu’on lui permet de ne plus se cacher.
Cette fois, personne ne rit. Étienne me regarda encore.
— C’est ça qui t’humilie vraiment, n’est-ce pas, Alex ?
Je ne répondis toujours pas.
— Ce n’est plus la nudité. Ni le collier. Ni même de te retrouver par terre devant un homme que tu ne connaissais pas il y a deux heures.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Ce qui t’humilie, c’est de découvrir que plus nous te dépouillons de ce que tu croyais être, plus tu te reconnais.
Je fermai les yeux. Parce que cette fois, sa cruauté ne venait pas de l’insulte. Elle venait de la possibilité qu’il ait raison. J’avais passé tant de temps à considérer ma nouvelle vie comme une transformation que je n’avais jamais véritablement envisagé l’hypothèse inverse. Et si Monsieur n’avait pas créé ce besoin ? Et s’il lui avait seulement donné un endroit où apparaître ?
Au-dessus de moi, Étienne reprit tranquillement son verre.
— Tu vois, Stéphane ? C’est pour ça qu’il ne repartira pas.
Monsieur Stéphane me regarda.
— Tu en es certain ?
Étienne eut un sourire mauvais.
— Absolument.
Puis il ajouta :
— Le difficile n’était pas de le faire descendre jusqu’à nous.
Son regard se posa une dernière fois sur moi.
— Le difficile, c’était de lui faire admettre qu’au fond, il avait passé sa vie à chercher l’escalier.
Je restai immobile. Cette fois, je ne cherchai même plus à savoir si Étienne avait raison. Je savais seulement une chose. Si une porte s’était ouverte en moi depuis mon arrivée chez Monsieur, je n’avais aucune envie qu’elle se referme.
Monsieur Stéphane resta quelques instants silencieux, puis posa son verre.
— Alex, approche.
Mon premier réflexe fut de regarder Monsieur. Il m’accorda un léger signe de tête. Je me redressai aussitôt.
— Non, interrompit Monsieur Stéphane. Pas comme ça.
Je m’immobilisai. Son sourire avait disparu.
— À quatre pattes.
Je redescendis lentement sur le tapis et parcourus ainsi les quelques mètres qui me séparaient de son fauteuil.
— Là. Arrête-toi.
J’obéis. Monsieur Stéphane se pencha alors vers moi.
Il ne s’arrêta pas là. Il prit mon visage entre ses mains et le releva vers lui. Toute bonhomie semblait avoir momentanément disparu de son expression. Il m’examina longuement, de très près, comme s’il cherchait quelque chose.
Il tira sur mes oreilles, tourna mon visage d’un côté puis de l’autre. Je me pliai à ces mouvements imposés. Lorsqu’il orientait ma tête, je la laissais suivre la direction qu’il lui donnait. Lorsqu’il relevait mon menton, je le gardais levé. Je ne cherchais ni à anticiper ses gestes ni à m’y soustraire. Mon corps semblait avoir déjà appris cette forme particulière de docilité : attendre, comprendre ce qu’on exigeait de lui et céder.
La situation avait pourtant quelque chose de profondément dégradant. Ce n’était pas tant chacun de ses gestes pris séparément que leur succession méthodique, cette manière de m’inspecter sans jamais solliciter mon avis, comme si j’étais devenu un sujet d’examen plutôt qu’un invité.
— Ouvre.
J’ouvris la bouche. Il l’examina avec la même minutie, me demanda de l’ouvrir davantage, puis poursuivit son inspection, glissa ses doigts, jusqu’à provoquer chez moi un haut-le-cœur brutal. Mon corps tenta cette fois de reculer avant même que je puisse contrôler le réflexe. Monsieur Stéphane ne me relâcha pas au contraire ses doigts s’agrippèrent à ma chevelure. Je déglutis, les yeux humides, luttant quelques secondes contre la nausée. Il recommença plus loin encore et les mêmes causes produisirent les mêmes effets.
— Peut mieux faire, constata-t-il tranquillement.
Étienne éclata de rire.
— Oh, ne sois pas trop sévère. Il est encore en apprentissage.
— Je vois ça. Mais il est important que ces petites chiennes apprennent à accepter ce qu’on leur impose en fond de gorge, sans se laisser immédiatement gouverner par leurs réflexes. Elles doivent apprendre à les maîtriser.
Je sentis mes joues chauffer. La façon dont Monsieur Stéphane parlait de moi me troublait presque autant que l’examen lui-même. Il ne s’adressait même plus directement à moi. Il exposait à Monsieur et Étienne ce qu’il considérait comme une compétence à acquérir, comme si ma réaction n’avait été qu’un défaut technique qu’un entraînement approprié finirait par corriger.
Étienne me regarda avec amusement.
— Tu entends, petite chienne ? Encore un domaine dans lequel tu vas devoir progresser.
Je baissai les yeux.
— Et il progressera, dit Monsieur.
La certitude tranquille avec laquelle il prononça ces mots me fit comprendre que, pour eux, l’incident était déjà classé. Pas comme une limite. Comme un apprentissage à poursuivre.
L’examen se poursuivit.
— À genoux, ordonna Monsieur.
Je me redressai aussitôt devant Monsieur Stéphane et baissai spontanément la tête.
— Les mains derrière le dos, ajouta Monsieur.
Je les croisai. Monsieur Stéphane posa alors ses mains sur ma tête et la redressa légèrement.
— Regarde devant toi, Alex, dit Monsieur. Ne te dérobe pas.
J’obéis. Monsieur Stéphane me fit lever les bras et poursuivit son inspection avec la même minutie tranquille. Il examina mes aisselles, observa ma peau, puis son attention descendit vers ma poitrine. Ses mains s’y arrêtèrent. Il palpa, pressa, pinça, étira mes tétons, observant davantage mes réactions que mon corps lui-même.
Je tressaillis.
— Immobile, dit immédiatement Monsieur.
Je me figeai. Monsieur Stéphane recommença, presque expérimentalement. Cette fois, je parvins à ne pas bouger.
— Voilà, dit Monsieur. C’est mieux.
Monsieur Stéphane tourna la tête vers lui.
— Sensible.
— Très, répondit Monsieur.
— Je vois ça.
— Il réagit vite, mais il doit apprendre à ne plus laisser chaque sensation commander son corps.
J’écoutais Monsieur parler de moi avec une précision qui me mettait presque plus mal à l’aise que les gestes de Stéphane.
— Alex, les bras plus haut.
Je les relevai.
— Le dos droit.
Je me redressai. Monsieur Stéphane sourit.
— Tu n’as même plus besoin de le toucher.
— Non.
La réponse de Monsieur fut parfaitement calme.
— De moins en moins.
Étienne eut un petit rire.
— C’est vexant pour nous autres qui aimons tellement compliquer les choses.
Monsieur ne sourit même pas.
— Ce n’est pas le but.
Puis son regard revint sur moi.
— Le but est qu’il comprenne immédiatement ce qu’on attend de lui et qu’il se laisse faire correctement.
Monsieur Stéphane reprit son inspection, tandis que je conservais la position. Monsieur Stéphane poursuivit son inspection plus bas.
— Debout, Alex, ordonna Monsieur.
Je me relevai.
— Les jambes légèrement écartées. Les bras le long du corps.
Je pris la position. Cette partie de l’examen fut immédiatement plus difficile à supporter. Monsieur Stéphane procédait pourtant avec la même minutie froide que précédemment, examinant sans hâte mes testicules, les soulevait, les soupesait, les étirait, les palpait. Je restai immobile, honteux. Ma pudeur continuait instinctivement à considérer ces zones-ci comme inviolables.
Je fixai un point devant moi.
— Ne te crispe pas, dit Monsieur.
Je tentai de relâcher mon corps.
— Davantage.
J’obéis.
Monsieur Stéphane poursuivit son inspection avec une application presque clinique, vérifiant successivement ce qu’il voulait observer tandis qu’Étienne, depuis son fauteuil, suivait la scène avec une attention amusée. Il resta encore un moment à me palper, puis son regard s’arrêta sur la cage.
— Ça fait longtemps que vous l’avez mis en cage ?
— Depuis son arrivée, répondit Monsieur.
Monsieur Stéphane eut un petit mouvement de tête.
— Alors ça fait peu de temps.
Il désigna vaguement Rex, toujours couché sur le tapis.
— Rex, lui, ça fait trois mois qu’il n’a pas été vidé.
Je tournai instinctivement les yeux vers lui.
Trois mois.
Rex ne réagit presque pas. Il resta à sa place, comme si Monsieur Stéphane venait d’évoquer une donnée parfaitement ordinaire de son existence. Étienne, lui, remarqua immédiatement mon regard.
— Ne prends pas cet air effaré, petite chienne. Tu n’en es encore qu’au commencement.
Je reportai les yeux vers Monsieur.
Il avait parfaitement compris la question silencieuse que je venais de lui adresser.
— Ne compare pas ta situation à celle de Rex, dit-il.
Je ressentis un bref soulagement.
Puis Monsieur ajouta :
— Pas encore.
Étienne éclata de rire. Je baissai les yeux. Monsieur Stéphane sourit à son tour.
— Il a encore cette habitude de chercher auprès de toi ce qui va lui arriver ?
— Oui, répondit Monsieur. Mais il commence à comprendre que je ne lui donnerai pas toujours la réponse.
— C’est préférable.
Monsieur Stéphane se tourna vers Rex.
— Au début, lui aussi comptait les jours.
Puis il me regarda.
— Après, on cesse de compter.
Cette phrase me troubla davantage que le chiffre lui-même. Car je venais précisément de constater, quelques minutes auparavant, que je ne savais déjà plus avec exactitude depuis combien de jours ma propre chasteté avait commencé. Monsieur Stéphane me fit pivoter.
— Penche-toi, dit Monsieur Stéphane.
J’hésitai une fraction de seconde.
— Tu as entendu, Alex, intervint Monsieur.
Je me penchai. La honte revint immédiatement, beaucoup plus vive. Je savais exactement ce que cette position exposait au regard de l’homme placé derrière moi. Je savais également que Monsieur et Étienne voyaient tout de la scène.
— Plus bas, précisa Monsieur.
Je m’exécutai. Je sentis mes joues brûler.
— Reste comme ça.
Alors je restai. Ce fut encore une fois l’immobilité qui me parut la plus difficile : ne pas me redresser, ne pas chercher à préserver une dernière parcelle d’intimité, accepter que l’examen se poursuive jusqu’à ce que Monsieur Stéphane estime avoir terminé.
— Il se laisse bien manipuler, constata-t-il.
— Il accepte mieux d’être observé aussi, répondit Monsieur. Au début, il cherchait constamment à préserver quelque chose.
— Sa pudeur ? demanda Monsieur Stéphane.
— Son contrôle.
Cette réponse me frappa. Monsieur s’approcha, m’écarta les fesses. Je sentis alors Monsieur Stéphane poursuivre son examen avec une brusquerie nouvelle.
Je me raidis immédiatement.
Ce qui suivit fut suffisamment intrusif, un doigt me pénétra, sans ménagement, sans que mon anus soit préparé, juste un peu de salive pour le lubrifier. Un mouvement et un cri m’échappèrent.
— Immobile, Alex et tais-toi dit Monsieur.
Je me figeai. La honte monta d’un seul coup. Jusque-là, j’avais réussi à considérer ce qui se passait comme une inspection : humiliante, indiscrète, parfois pénible, mais encore suffisamment méthodique pour que je puisse m’accrocher à ce mot.
Examen.
À cet instant, le mot ne me protégeait plus de rien.
— Respire, ordonna Monsieur.
J’inspirai lentement.
— Ne lutte pas contre ta position. Tiens-la.
Je restai penché.
Tout mon corps me commandait pourtant le contraire. Me redresser. M’écarter. Faire cesser cette inspection. Mais je ne bougeai pas. Monsieur Stéphane poursuivit encore quelques instants, puis s’arrêta enfin.
Je demeurai exactement dans la position imposée, attendant qu’on m’autorise à en sortir.
— Tu vois ? dit Monsieur Stéphane.
— Oui, répondit Monsieur.
Étienne eut un petit rire.
— Il y a encore du travail.
Je fermai les yeux. Monsieur Stéphane me fit me retourner tout en continuant à me caresser les fesses encore quelques secondes. Puis son visage s’éclaira soudain de ce sourire débonnaire qui, désormais, m’inquiétait plus qu’il ne me rassurait.
— Il me plairait assez que Rex profite du petit cul de cette petite chienne pour se vider les couilles. Là. Maintenant. Devant nous.
Je cessai presque de respirer. Monsieur Stéphane tourna tranquillement la tête vers Monsieur.
— Est-ce que tu l’autorises ?
La question me frappa de plein fouet. Il ne me l’avait pas posée. Son regard n’avait même pas cherché le mien. Instinctivement, je tournai la tête vers Monsieur.
Étienne éclata de rire.
— Oh, ça, c’est magnifique.
Je baissai aussitôt les yeux.
— Non, non, petite chienne. Regarde-le. Surtout, ne te prive pas.
Sa voix dégoulinait d’une ironie mauvaise.
— C’est fascinant. Stéphane vient de proposer quelque chose qui te terrifie et toi, qu’est-ce que tu fais ? Tu regardes immédiatement Monsieur. Pas pour lui demander de te protéger, bien sûr. Ce serait presque touchant.
Il se pencha vers moi.
— Tu veux savoir ce qu’il va décider de faire de toi.
Je ne répondis pas.
— Étienne, murmura Monsieur Stéphane en riant.
— Mais regarde-le ! Il est délicieux.
Étienne quitta son fauteuil et vint s’accroupir à quelques pas de moi.
— Tu aimerais qu’il dise non, petite chienne ?
Je gardai le silence.
— Réponds.
— Oui.
— Oui quoi ?
— J’aimerais qu’il refuse.
Étienne eut un sourire cruel.
— Évidemment.
Il se redressa.
— Voilà ce qui est amusant chez lui, poursuivit-il en s’adressant à Monsieur. Il veut que tu refuses. Mais il ne veut surtout pas avoir à le faire lui-même.
Je sentis la phrase me frapper.
— C’est tellement plus confortable, n’est-ce pas, Alex ? Si Monsieur refuse, tu es sauvé et tu n’as rien eu à décider. Et s’il accepte…
Il laissa volontairement le silence s’installer.
— …tu obéiras.
Je ne répondis pas. Étienne sourit davantage.
— Regarde comme il se tait.
Puis il s’adressa directement à moi :
— Dis-moi que je me trompe.
Je relevai les yeux. Je ne pus rien dire.
— Voilà.
Il retourna tranquillement s’asseoir.
— Notre petite chienne vient de comprendre le piège.
Monsieur Stéphane paraissait franchement amusé.
— Quel piège ?
Étienne croisa les jambes.
— Il n’y en a aucun, justement. C’est ça qui est vicieux.
Son regard revint sur moi.
— Il pourrait dire non.
Puis, très lentement :
— Mais il préférerait presque subir ce qu’il redoute plutôt que reprendre cette décision-là.
Je sentis mon visage brûler. Mon regard quitta alors Monsieur et se porta malgré moi vers Rex. Il n’avait pas bougé. Toujours couché sur le tapis, il semblait attendre avec un calme qui me déconcerta. Il avait entendu la proposition de Monsieur Stéphane. Il savait qu’on parlait de lui, de moi, de ce qui pourrait être décidé dans les secondes suivantes. Et pourtant il restait parfaitement immobile. Nos regards se croisèrent. Je cherchai quelque chose dans le sien.
Une hésitation.
Un refus.
Peut-être même cette gêne que j’aurais voulu découvrir chez lui pour ne pas être seul à éprouver la mienne. Je ne trouvai rien que je sache interpréter.
Étienne avait suivi mon regard.
— Ah… Maintenant il regarde Rex.
Je baissai les yeux.
— Non. Continue, petite chienne. C’est très intéressant.
Sa voix avait retrouvé cette douceur cruelle que je connaissais désormais.
— Qu’est-ce que tu cherches chez lui ? Qu’il te rassure ? Qu’il ait peur à ta place ? Qu’il refuse pour que, cette fois encore, quelqu’un d’autre t’évite d’avoir à le faire ? Qu'il accède à la demande de son Maitre et qu'il t'encule ?
Je ne répondis pas. Étienne eut un petit rire.
— Mauvaise pioche. Regarde-le. Il attend exactement comme toi.
Je regardai de nouveau Rex. Deux hommes silencieux sur le même tapis. Deux hommes dont on discutait tranquillement depuis les fauteuils. Et soudain, je me demandai combien de fois Rex avait déjà connu cette attente. Combien de décisions le concernant avaient été prises devant lui jusqu’à ce que cette immobilité devienne naturelle.
Étienne semblait lire mes pensées.
— Tu veux savoir ce qui vous différencie encore ?
Je relevai les yeux vers lui. Il sourit.
— Rex sait attendre sans espérer que quelqu’un le sauve de la décision.
Puis son regard passa de lui à moi.
— Toi, tu apprends seulement.
Il laissa cette phrase s’installer avant de reprendre :
— Tu vois, Alex, ce n’est même plus ton corps qui m’intéresse à cet instant. C’est ce qui se passe là-dedans.
Il désigna ma tête.
— Toute cette intelligence qui cherche désespérément une issue permettant à la fois d’échapper à ce que Stéphane propose et de ne pas désobéir à Monsieur.
Son sourire s’effaça.
— Et tu n’en trouveras pas.
Le silence devint pesant.
— Alors regarde Monsieur, petite chienne.
J’obéis.
— Bien.
Étienne se renfonça dans son fauteuil.
— Maintenant, attends.
Sa voix était presque satisfaite.
— C’est encore ce que tu fais le mieux.
Je regardai Monsieur. Il n’avait toujours rien dit. Et je compris que son silence était probablement la partie la plus difficile de l’épreuve. Tant qu’il ne répondait pas à Monsieur Stéphane, tout restait possible.
Un refus.
Une autorisation.
Ou simplement quelques secondes supplémentaires pendant lesquelles je devrais rester là, sous leurs regards, à mesurer avec une précision cruelle l’écart qui me séparait encore de Rex.
Lui attendait.
Moi, j’espérais encore.
Monsieur prit enfin la parole.
— J’accepte.
Deux mots. Aucune hésitation. Je sentis quelque chose se dérober en moi. Monsieur Stéphane afficha aussitôt un large sourire.
— Parfait.
Étienne, lui, m’observait. Il ne riait même plus. Il semblait surtout attendre de voir ce que la décision de Monsieur allait produire sur mon visage.
Monsieur Stéphane se frotta les mains avec cette bonhomie presque joyeuse qui contrastait cruellement avec mon trouble.
— Eh bien, nous allons avoir un bon divertissement pour ce début de soirée.
Un divertissement.
Le mot me heurta.
Je regardai Rex. Il n’avait toujours pas bougé. Puis je regardai Monsieur. Il avait décidé.
Voilà donc ce que signifiait réellement ce que je m’étais avoué quelques minutes auparavant, allongé sur le tapis. Aimer cette vie lorsque j’en contemplais les règles dans le calme de mes réflexions était une chose. Accepter ce qu’elle impliquait lorsque la décision tombait en était une autre.
Étienne se pencha vers moi.
— Alors, petite chienne ?
Je ne répondis pas.
— Il y a cinq minutes, tu étais allongé sur ce tapis à te convaincre que tu ne voulais surtout pas revenir en arrière.
Je relevai brusquement les yeux vers lui. Son sourire reparut.
— Oui, je t’observais. Tu avais cette tête satisfaite des gens qui viennent de découvrir une grande vérité sur eux-mêmes.
Il marqua une pause.
— C’est toujours charmant, les grandes vérités. Jusqu’au moment où quelqu’un décide de les vérifier.
Monsieur Stéphane eut un petit rire. Étienne désigna Rex d’un mouvement du menton.
— Eh bien voilà. Travaux pratiques.
Il lui ôta sa cage de chasteté. Je sentis mes joues brûler.
— Tu voulais la contrainte. L’incertitude. Ne plus décider de tout. Tu trouvais même merveilleux de découvrir que tu n’avais aucune envie de retrouver ta vie d’avant.
Il se pencha davantage.
— Ne fais pas cette tête maintenant que Monsieur te prend au mot.
Je ne trouvai rien à répondre.
Parce que derrière sa cruauté, Étienne venait encore une fois de mettre le doigt exactement là où cela faisait mal.
Monsieur intervint enfin.
— Alex.
Je tournai la tête vers lui.
— Tu connais la règle.
Oui. Je la connaissais.
Je pouvais refuser.
Et c’était précisément cette possibilité qui rendait l’instant insupportable.
Je regardai une dernière fois Rex à quatre pattes, son sexe turgescent et palpitant, venant frapper son abdomen.
Puis Monsieur.
Et, autour de moi, le petit salon retrouva soudain son apparence presque absurde de confort : les fauteuils profonds, les verres sur la table basse, les tableaux, la lumière douce du soir.
Tout était paisible.
Sauf moi.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Merci beaucoup ! Un petit mot qui fait grand plaisir 😊 Au plaisir de vous retrouver pour la suite !
super xxx
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