Le goût de l'effondrement -chapitre 36

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 24-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Deux mois s’étaient écoulés depuis le week-end au chenil.

À l’université, la fin de l’année approchait à grands pas. Les cours s’espaçaient, les conversations tournaient désormais autour des mémoires, des soutenances et de l’après immédiat, les vacances. Pour moi, ce dernier mot avait une signification particulière.

Les vacances.

Chaque fois que je l’entendais, je pensais au Montana. À Mike. À ces deux mois que Monsieur avait décidé que je passerais dans sa ferme, aux États-Unis.

Plus la soutenance approchait, plus le départ cessait d’être une perspective lointaine. Il devenait une date. Un compte à rebours. Et j’avais peur. Monsieur ne m’en parlait presque jamais. Étienne beaucoup plus volontiers. Il lui suffisait parfois d’une remarque.

— Profite bien de ta bibliothèque, petite chienne. Chez Mike, tes journées risquent d’être assez différentes.

Ou :

— Encore quelques semaines de civilisation. Ensuite, tu découvriras une vie qui répondra peut-être mieux encore à certains de tes besoins que Monsieur et moi nous appliquons à exacerber chez toi depuis des mois.

Bref, cette perspective m’angoissait et Etienne le savait.

Pour L’heure, le travail ne manquait pas. Mon mémoire devait être rendu prochainement et, plus j’approchais de la fin, plus j’en découvrais les faiblesses : références à vérifier, démonstrations à resserrer, conclusions à reprendre.

Monsieur avait fini par m’accorder cinq heures de travail quotidien au lieu des trois initialement prévues. J’avais accueilli cette décision comme un privilège avant de comprendre qu’elle ne modifiait rien au reste. Mes tâches domestiques demeuraient exactement les mêmes. Ménage, linge, repas, rangement : aucune obligation n’avait été supprimée pour laisser davantage de place à l’université. Lorsque j’avais fait remarquer que certaines journées devenaient particulièrement chargées, Monsieur avait simplement répondu :

— Alors travaille mieux.

Étienne, présent ce soir-là, avait ajouté :

— Et plus vite.

Tout était dit. Je devais produire davantage dans le même temps, mieux organiser mes journées et cesser d’opposer mes études aux obligations que j’avais acceptées chez eux.

La soutenance était devenue une autre affaire.

Plusieurs soirs par semaine, le plus souvent à genoux, évidemment nu, mon cul encombré d’un plug, Monsieur et Étienne me faisaient répéter. J’exposais ma problématique, défendais mes choix méthodologiques, répondais à leurs objections. Monsieur exigeait précision et concision. Étienne, lui, cherchait les failles. Il savait exactement où elles se trouvaient.

— Tu parles trop vite quand tu as peur.

Je recommençais.

— Tu récites.

Encore.

— Là, tu ne réponds pas. Tu essaies de donner l’impression que tu connais la réponse.

Encore.

— Arrête de chercher sur mon visage si tu t’en sors. Devant ton jury, personne ne viendra te féliciter parce que tu as réussi à terminer une phrase.

Je le détestais parfois. Surtout parce qu’il avait souvent raison.

À force de recommencer, je devenais meilleur. Mes résultats universitaires continuaient d’ailleurs de progresser. Je travaillais plus vite, hésitais moins, abandonnais cette vieille habitude de perdre vingt minutes sur une phrase parce qu’elle ne me semblait pas parfaite.

Thomas fut l’un des premiers à le remarquer. Il était toujours là. Toujours aussi présent dans ma vie universitaire et toujours aussi déterminé à comprendre ce que je vivais auprès de Monsieur et d’Étienne.

Il avait cependant changé de méthode. Il ne cherchait plus à me convaincre de partir. Il questionnait. À la cafétéria, entre deux cours, à la bibliothèque.

— Les règles sont toujours les mêmes ?

— Elles évoluent.

— Dans quel sens ?

— Thomas…

— Quoi ? Je demande.

Je répondais rarement complètement. Il le savait.

— Ton téléphone ?

— Toujours contrôlé.

— Les punitions ?

Je regardais autour de nous.

— Moins fort.

— Donc il y en a toujours.

Silence.

— Et Delmas ?

— Quoi, Delmas ?

— Il te traite toujours comme la dernière fois ?

— Tu exagères.

— Non, Alex. J’étais là.

Il ne savait pourtant presque rien. Je ne lui avais parlé ni du chenil ni de l’aire de repos. Certaines choses me paraissaient impossibles à raconter, surtout à lui.

Une question revenait néanmoins régulièrement :

— Tu es heureux ?

— Oui.

Cette réponse continuait à le désarçonner. Un jour, après avoir regardé les dernières corrections de mon mémoire, il avait posé son stylo.

— C’est ça qui m’emmerde avec ton histoire.

— Quoi ?

— Tu ne t’effondres pas.

Je l’avais regardé.

— Tu travailles mieux. Tes notes montent. Tu as davantage d’assurance quand tu présentes quelque chose. Ton mémoire devient vraiment bon.

Il avait hésité avant d’ajouter :

— Et en même temps, dès que tu parles d’eux, j’ai parfois l’impression que tu disparais.

Cette phrase m’était restée. Thomas avait compris depuis longtemps que je pouvais partir. Et que je ne partais pas. Cela lui interdisait de jouer au sauveur. Il devait accepter une réalité beaucoup plus inconfortable : je choisissais une vie qu’il continuait, lui, à trouver inquiétante.

En leur maison, cette vie avait encore évolué.

Mon activité sexuelle avait très nettement augmenté. Pas la mienne proprement dite mais celle de Monsieur et d’Étienne qui exigeaient de ma part, davantage de disponibilité. Ils me baisaient quotidiennement, parfois séparément, parfois ensemble. Ce qui, au début, avait ressemblé à des événements particuliers s’était progressivement fondu dans le quotidien.

Le terme employé deux mois auparavant par Étienne ne m’avait jamais quitté.

Objet sexuel.

J’avais été terrorisé par ces mots. Depuis, ils se chargeaient de m’en apprendre la signification par les faits. Il n’y avait plus nécessairement de moment prévu. Un regard, mon prénom prononcé d’une certaine façon, parfois un simple geste suffisaient à me faire comprendre ce qu’on attendait de moi.

Le matin. Le soir. Entre deux heures de travail. Alors que j’étais occupé à une tâche domestique. La disponibilité faisait désormais partie de mes obligations. Pour la plupart du temps, une fois qu’ils avaient joui, dans l’un ou l’autre de mes orifices, je pouvais parfaitement remonter dans ma chambre, rouvrir mon ordinateur et reprendre mon mémoire exactement à l’endroit où je l’avais laissé.

C’était peut-être cela qui me troublait le plus. Ils ne faisaient pas disparaître l’étudiant. Ils exigeaient que les deux dimensions coexistent. Celui qui préparait une soutenance de master avec une exigence presque obsessionnelle. Et celui dont ils pouvaient disposer lorsqu’ils le souhaitaient.

Monsieur et Étienne prenaient un plaisir évident à rapprocher les deux.

Je me souvenais d’un soir, où, j’étais dans la cuisine, occupé à terminer la vaisselle.
Il ne restait que deux casseroles, trop grandes pour entrer dans le lave-vaisselle. J’en rinçais la première lorsque Monsieur entra.

Je l’entendis derrière moi mais ne me retournai pas. Il ne dit rien. Il s’approcha, posa une main sur ma cuisse droite et, avec le calme le plus naturel du monde, souleva ma jambe. Il la déplaça lui-même avant de poser mon pied sur le plan de travail.

Je me laissai faire.

La position était grotesque. Déséquilibré devant l’évier, une jambe ainsi relevée, les fesses écartées, les mains encore couvertes de mousse, je restai un instant immobile.

Monsieur, derrière moi, m’encula sans autre préambule.

Je me crispai.

— Continue.

Je repris maladroitement mon éponge.

— Mais…

— Je t’ai demandé de terminer la vaisselle, Alex. Alors termine-la.

J’essayai de reporter toute mon attention sur la casserole. Le fond. Les bords. Rincer. Ne rien faire tomber.

— Ne te préoccupe pas de ce que je te fais.

Je serrai davantage l’éponge.

— Et si tu ne peux pas t’empêcher de t’en préoccuper…

Sa voix demeura parfaitement calme.

— …alors donne-moi ce que j’attends de toi.

Je continuai.

C’était précisément cela qui rendait la situation si troublante : Monsieur n’avait pas interrompu ma tâche. Il avait lui-même déplacé mon corps, choisi ma position, puis exigé que la sodomie se poursuive normalement. Il me besogna très longtemps ce soir-là, comme si ces deux réalités pouvaient parfaitement coexister.

Et, désormais, pour lui, elles le pouvaient.

Un autre soir, après avoir massacré pendant près d’une heure une partie de mon exposé, Etienne referma mon dossier.

— C’est fascinant, Alex.

Je me méfiai.

— Quoi professeur ?

Il tapota la couverture de mon mémoire.

— Notre brillant étudiant analyse le consentement à la contrainte dans les démocraties contemporaines…

Son regard se posa sur moi.

— …et mène parallèlement une étude de terrain particulièrement approfondie.

Je rougis.

— Professeur…

— Reprends ton travail.

Il me rendit le dossier.

— Objet sexuel.

Je maugréai quelque chose entre mes dents. Étienne l’entendit. Évidemment.

Il releva lentement les yeux vers moi.

— Pardon, Alex ? Le terme te déplaît ?

— Je n’ai rien dit.

— Si. Tu as protesté. Très discrètement, certes, mais tu as protesté.

Il me considéra un instant, puis un sourire mauvais se dessina sur son visage.

— Tu préfères peut-être le terme de vide-couilles ?

Je me figeai.

— Non.

— Non quoi ?

— Non, professeur.

— Pourtant, tu en es un, Alex. Tu ne peux pas sérieusement le nier. Tu nous soulages régulièrement.

Je baissai les yeux.

— Ça ne fait pas de moi…

— Si.

Il m’avait coupé immédiatement.

— C’est justement ce qui est si amusant chez toi. Tu acceptes les actes, mais tu continues à négocier le vocabulaire.

Je ne répondis pas.

— « Objet sexuel » te choque. « Vide-couilles » t’humilie. Alors tu voudrais quoi ? Une formule universitaire ? Quelque chose de suffisamment abstrait pour préserver ta dignité ?

— Non.

— Pourtant, les mots ne changent rien à la réalité.

Il marqua une pause, me laissant avec cette phrase.

— Nous avons besoin de ton cul ou de ta bouche, tu te rends immédiatement disponible. Nous décidons du moment, et toi, tu t’exécutes dans l’instant en nous offrant tes orifices. Après quoi tu retournes très sérieusement travailler sur ton mémoire.

Son sourire revint.

— Alors oui, « objet sexuel » me paraît encore particulièrement charitable.

Je sentis mes joues brûler.

— Et le plus intéressant, poursuivit-il, c’est que tu n’es même plus réellement choqué par ce que tu fais. Tu es choqué qu’on le nomme.

Cette fois, je relevai les yeux. Étienne me regardait avec cette satisfaction froide que je connaissais désormais trop bien.

— C’est là que tu progresses, Alex. Les actes sont déjà devenus presque ordinaires. Les mots, eux, te font encore rougir.

Puis il se tut et je repris mon travail.

Pourtant, il existait une dissymétrie dans ces activités sexuelles.

Avec les semaines, il m’était de plus en plus difficile de supporter cette chasteté imposée. J’étais davantage sollicité. Mais moi, je n’avais plus la possibilité de me soulager. Depuis le chenil, la cage ne m’avait plus quitté. La frustration, elle, n’avait fait qu’augmenter.

Certains jours, elle devenait suffisamment forte pour perturber ma concentration. Elle m’accompagnait à l’université, devant mon ordinateur, pendant mes tâches, jusque dans mon lit.

Un soir, je finis par demander en soulevant d’une main cette cage :

— Combien de temps encore ?

Étienne leva les yeux de son livre.

— Combien de temps quoi ?

Il savait parfaitement.

— Dois-je encore attendre pour que vous m’autorisiez à me branler, professeur.

— Ah.

Il referma lentement son livre.

— Ta cage te gêne ?

Je soupirai.

— Oui. Beaucoup professeur.

— Parfait.

Je le regardai.

— Parfait ?

— Elle remplit donc admirablement sa fonction.

— Quelle fonction ?

Il sourit.

— Te rendre docile.

Je serrai les mâchoires.

— Je ne suis pas plus docile à cause de ça.

Étienne éclata de rire.

— Alex, tu es devenu extraordinairement facile à lire.

Je ne répondis pas.

— Une bonne séance de travail : tu espères. Une journée sans remarque : tu espères. Ton ménage terminé en avance : tu espères encore.

Monsieur se pencha légèrement vers moi.

— Et lorsqu’on te félicite, c’est merveilleux.

Etienne prit une voix volontairement posée :

— « Très bien, Alex. »

Puis il me regarda.

— Et immédiatement, dans ta tête : peut-être ce soir.

Je sentis mon visage chauffer.

— Ce n’est pas vrai.

— Si.

— Non.

— Alors regarde-moi et dis-moi que, pas une seule fois cette semaine, tu n’as espéré qu’en faisant tout parfaitement tu finirais par obtenir une permission.

Je me tus. Son sourire s’élargit.

— Voilà.

— Vous le faites exprès.

— Évidemment.

La franchise de la réponse me désarma.

— Pourquoi ?

— Parce que ça fonctionne.

Il s’installa plus confortablement.

— Et parce que je trouve délicieux de voir un garçon aussi intelligent tomber volontairement dans un piège dont il connaît parfaitement le mécanisme.

Je baissai les yeux. Monsieur intervint :

— Tu sais que rien ne t’est promis.

— Oui Monsieur.

— Tu sais qu’une journée parfaite ne garantit rien. Au contraire, c’est ce que nous exigeons de toi.

— Oui Monsieur.

Etienne revint à la charge :

— Tu sais même que ton espoir nous amuse.

Je serrai les dents.

— Oui.

— Et demain, si ta répétition de soutenance est excellente, à quoi penseras-tu ?

Je ne répondis pas.

— Alex ?

— Peut-être…

— Peut-être quoi ?

Je savais qu’il ne me laisserait pas échapper à la réponse.

— Peut-être que je serai autorisé à me masturber.

Étienne eut un sourire satisfait.

— Exactement.

Je détestais cette conversation.

Parce qu’il venait de mettre à nu un mécanisme que je m’efforçais encore de ne pas regarder trop précisément.

Mon désir sexuel était devenu un instrument de discipline. Et mon espoir, une récompense en lui-même.

Étienne reprit son livre. Je crus la conversation terminée.

— Ah, Alex ?

Je relevai les yeux.

— Oui professeur ?

Il tourna tranquillement une page.

— Travaille bien demain.

Puis, sans même me regarder :

— On ne sait jamais.

Je restai immobile quelques secondes. Je savais parfaitement ce qu’il faisait. Je savais qu’il venait de me tendre exactement le piège qu’il avait pris tant de plaisir à m’expliquer. Et pourtant, malgré moi, une pensée surgit.

Peut-être.

C’était probablement cela, le changement le plus profond de ces deux derniers mois.

Le lendemain de cette soirée-là, je regagnai l’université, Thomas me regarda longuement à la bibliothèque.

— Quoi ?

— Rien.

— Alors arrête de me regarder comme ça.

— J’essaie de comprendre.

— Quoi encore ?

Il hésita
.
— Si tu es toujours en train de t’adapter à leur vie… ou si c’est devenu la tienne.

Je refermai mon livre.

— Quelle différence ?

Thomas eut un petit mouvement de tête.

— Justement, Alex.

Il se pencha vers moi.

— Si tu ne vois plus la différence, c’est peut-être qu’il s’est passé quelque chose.

Je ne répondis pas.

— Tu t’habitues, c’est ça ?

Cette fois, ma réponse vint presque immédiatement.

— Oui.

Thomas baissa les yeux.

— C’est peut-être ça qui me fait le plus peur.

— Quoi ?

— Pas ce qu’ils te demandent.

Il releva les yeux vers moi.

— Le fait qu’un jour tu ne trouves même plus nécessaire de me raconter que c’est étrange.

Cette phrase me poursuivit jusqu’au soir. Pourtant, ce soir-là, je n’eus guère le temps d’y penser.

Monsieur et Delmas me mirent en condition.

Ma soutenance blanche fut probablement la meilleure depuis le début de nos entraînements.

Pendant vingt minutes, je présentai mon travail sans notes. Monsieur ne m’interrompit pas une seule fois. Étienne tenta plusieurs fois de me déstabiliser pendant les questions.

Je tins bon.

— Votre démonstration repose tout de même sur une définition extrêmement confortable du consentement.

— Non. Elle repose sur la distinction entre consentement initial et consentement renouvelé. C’est précisément ce qui me permet d’étudier les situations dans lesquelles l’acceptation d’un cadre finit par modifier la perception des contraintes qu’il contient.

Étienne me fixa.

— Vous êtes certain de vouloir défendre cette position ?

— Oui.

— Même si je vous dis qu’elle est fragile ?

— Alors dites-moi où.

Silence.

Pour la première fois depuis des semaines, ce fut lui qui ne répondit pas immédiatement. Je ressentis une bouffée de fierté.

Étienne finit par sourire.

— Très bien.

Ces deux mots me firent un bien considérable.

Puis il ajouta :

— Tu vois, Alex, c’est exactement pour cela que tout ceci présente un intérêt.

Je me méfiai.

— Quoi professeur ?

— Ton cerveau.

Il désigna mon mémoire.

— Si tu étais idiot, ta docilité deviendrait très rapidement ennuyeuse.

Ma satisfaction retomba aussitôt.

— Il faut que tu comprennes quelque chose : personne ici ne souhaite que tu cesses de penser. Bien au contraire.

Il tapota la couverture du mémoire.

— Continue à analyser. Continue à comprendre. Continue même à nous juger intérieurement si cela t’amuse.

Son sourire reparut.

— Cela donne beaucoup plus de valeur au reste.

Je récupérai mes feuilles sans répondre.

La répétition avait été bonne. Probablement la meilleure depuis le début. Pour une fois, j’avais résisté aux objections d’Étienne sans chercher son approbation et Monsieur ne m’avait interrompu que deux fois.
Je rangeais mon mémoire lorsque j’aperçus un document posé à l’écart sur le bureau. Plusieurs pages soigneusement agrafées. Mon prénom figurait en haut de la première.

Je crus d’abord à une nouvelle série de corrections. Puis je lus le titre.

CONTRAT DE SOUMISSION

Je restai immobile. Ce n’était pas réellement le mot soumission qui me surprenait. Depuis des mois, il appartenait à notre vocabulaire.

C’était contrat.

Ce terme froid, presque administratif, appliqué à ce que j’étais devenu. Je pris les feuilles.

— Monsieur ?

Il leva les yeux.

— Lis.

Je parcourus la première page. Mon identité. Celle de Monsieur. Une date de prise d’effet. Puis des articles numérotés.

Obéissance. Discipline. Organisation du quotidien. Disponibilité. Contrôle de certaines décisions. Responsabilités domestiques. Règles de comportement. Sexualité. Sanctions en cas de manquement.

Je retrouvais, méthodiquement formulé, ce qui constituait déjà une grande partie de ma vie. Étienne m’observait.

— Impressionnant, n’est-ce pas ?

Je ne répondis pas.

— Des mois d’efforts et nous réussissons enfin à mettre Alex en quelques pages.

— Étienne, dit Monsieur.

Il se tut. Je continuai. Certains passages me semblaient presque banals tant ils correspondaient à des habitudes désormais installées. D’autres me firent ralentir.

Il était question de disponibilité permanente dans le cadre privé.

De contrôle de ma sexualité.

De la possibilité pour Monsieur de renforcer ou d’assouplir certaines règles.

Puis j’arrivai à un article que je dus relire.

Délégation temporaire d’autorité.

Je levai les yeux.

— Monsieur ?

— Continue.

Je repris ma lecture. Le texte prévoyait que, pendant certaines périodes déterminées, Monsieur puisse confier à une personne expressément désignée une partie de l’autorité que je lui reconnaissais.

Une phrase précisait que cette délégation devait m’être annoncée.

Puis venait un nom.

Mike.

Je cessai de lire. Étienne eut un sourire.

— Nous y voilà.

Je regardai Monsieur.

— Mike ?

— Oui.

— Vous allez lui donner autorité sur moi ?

— Pendant ton séjour, oui.

La réponse avait été immédiate. Je sentis mon ventre se contracter.

— Je pensais que j’allais travailler dans sa ferme.

Étienne intervint :

— Et tu travailleras dans sa ferme. Tu vois comme tout s’arrange.

Je tournai les yeux vers lui.

— Ce n’est pas ce que je veux dire.

— Alors exprime-toi mieux. Après toutes nos répétitions, ce serait désolant.

Monsieur reprit :

— Alex.

Je me tus.

— Tu savais que ce séjour ne serait pas des vacances ordinaires.

— Oui, Monsieur.

— Tu savais également que Mike connaît notre mode de vie.

— Oui.

— Ce que tu ignorais, c’était la forme précise que prendrait ton séjour.

— Oui.

Il désigna les feuilles.

— Maintenant, tu commences à la connaître.

Je regardai de nouveau le paragraphe.

— Qu’est-ce qu’il pourra décider ?

— Ce qui sera prévu dans le cadre que nous aurons défini.

— Et si lui veut autre chose ?

Monsieur me regarda.

— Alors ce qui n’aura pas été prévu n’entrera pas automatiquement dans cette délégation.

Cette précision aurait dû me rassurer. Elle ne le fit qu’à moitié. Étienne le remarqua.

— Tu as l’air déçu.

— Certainement pas.

— Pardon ?

Je rectifiai immédiatement.

— Certainement pas, professeur.

— Voilà qui est mieux.

Il se pencha légèrement vers moi.

— Tu imaginais déjà Mike disposant de pouvoirs illimités sur notre petite chienne ?

— Non.

— Menteur.

Je baissai les yeux. Monsieur n’intervint pas. Je repris ma lecture. Plus j’avançais, plus le document me troublait. Il ne m’apprenait finalement presque rien sur ce que je vivais déjà. C’était précisément cela qui le rendait inquiétant.

Tout était là. La disponibilité. Les tâches. Les règles. Les sanctions. Le contrôle de mon temps. Celui de ma sexualité. L’obligation de poursuivre mes études avec sérieux.

Même cette idée devenue essentielle pour Monsieur : mon obéissance ne devait jamais être confondue avec l’abandon de mon intelligence. Une phrase attira particulièrement mon attention.

Je la relus.

— « Le soumis demeure responsable de la compréhension des engagements qu’il accepte. »

Monsieur acquiesça.

— Oui.

— Pourquoi l’avoir écrit ?

— Parce que je ne veux pas de ton obéissance si elle te sert ensuite de prétexte pour prétendre que tu ne savais pas.

Je restai silencieux.

— Tu lis. Tu comprends. Tu questionnes si quelque chose n’est pas clair. Et ensuite seulement tu décides.

Étienne sourit.

— C’est toute la beauté du système, Alex. Impossible de te réfugier derrière ta stupidité puisque, malheureusement pour toi, tu n’es pas stupide.

Je continuai jusqu’à la dernière page. Puis je m’arrêtai. Un emplacement était réservé à ma signature.

Vide.

Je le regardai longtemps.

— Vous voulez que je signe ?

Cette fois, je m’adressais à Monsieur.

— Je veux que tu le lises entièrement.

— Et après ?

— Après, tu décideras.

Je relevai les yeux.

— Je peux refuser ?

— Oui.

Le mot tomba sans hésitation. Étienne croisa les jambes.

— Quelle déception, n’est-ce pas ?

Je tournai la tête vers lui.

— Non.

— Si, un peu.

— Pourquoi dites-vous ça ?

— Parce qu’une signature forcée serait tellement plus confortable pour toi.

Je fronçai les sourcils.

— Je ne vois pas en quoi.

— Bien sûr que si.

Il désigna la dernière page.

— Si Monsieur te forçait à signer, tu pourrais passer les prochains mois à te raconter que tout ce qui t’arrive découle de cette contrainte.

Il marqua une pause.

— Mais là…

Son doigt indiqua l’emplacement vide.

— C’est ton nom qu’il faudra écrire.

Je ne répondis pas.

— Ta main. Ta signature. Ta décision.

Il sourit.

— Terriblement embarrassant pour quelqu’un qui aime encore parfois se présenter à lui-même comme la victime des circonstances.

— Je ne me présente pas comme une victime.

— Parfait. Alors le problème est réglé.

— Étienne, dit Monsieur.

Cette fois, le ton suffit. Étienne se renfonça dans son fauteuil. Monsieur me regarda.

— Tu ne signes rien ce soir.

Je fus surpris.

— Monsieur ?

— Tu emportes le document dans la chambre. Tu le lis. Plusieurs fois s’il le faut. Demain, tu me poses toutes les questions que tu souhaites.

— Et ensuite ?

— Ensuite, nous en reparlerons.

Je baissai les yeux vers les pages.

— Et si je refuse ?

— Alors nous en reparlerons également.

Il n’y avait aucune menace dans sa voix. Cela rendait presque la réponse plus difficile à entendre. Je revins à l’article concernant Mike.

— Monsieur…

— Oui ?

— J’ai peur d’y aller.

Il me regarda quelques secondes.

— Je sais.

— Beaucoup.

— Je sais également.

Étienne resta silencieux cette fois.

— Et vous voulez quand même que je parte ?

— Oui.

La réponse me serra la gorge.

— Pourquoi ?

Monsieur prit son temps.

— Parce que je pense que cette expérience peut t’apprendre quelque chose que tu ne peux plus apprendre ici.

— Quoi ?

— Ce que devient ton obéissance lorsque je ne suis plus physiquement présent pour la recevoir.

Je regardai de nouveau le nom de Mike. Étienne finit par rompre le silence.

— Encore quelques semaines de civilisation, Alex.

Je levai les yeux vers lui.

— Ensuite, tu découvriras une vie qui répondra à tes besoins de soumission.

— Quels besoins ?

— Tu les connais.

— Et Mike les connaît ?

Son sourire fut presque imperceptible.

— Mike saura les reconnaître.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Rien que vous ayez besoin de savoir ce soir, répondis-je presque malgré moi en anticipant sa formule.

Étienne éclata de rire.

— Très bien ! Il devient prévisible et nous aussi. C’est presque touchant.

Je ne souris pas. Monsieur tendit la main vers le document. Je crus qu’il allait me le reprendre. Il se contenta de rabattre les premières pages jusqu’à faire réapparaître la dernière. L’emplacement réservé à ma signature.

— Regarde bien, Alex.

Je regardai.

— Il est vide.

— Oui, Monsieur.

— Souviens-t’en.

Je relevai les yeux.

— Tout ce qui est écrit avant n’aura de valeur entre nous que si, à la fin, cet espace cesse d’être vide parce que tu as décidé toi-même d’y inscrire ton nom.

Il relâcha les feuilles.

— Va travailler.

Je pris le contrat. En quittant la pièce, j’entendis Étienne derrière moi :

— Alex ?

Je me retournai.

— Oui, professeur ?

— Profite bien de tes dernières semaines.

— Pourquoi ?

Il eut ce sourire que je détestais.

— Lis ton contrat.

Je montai dans la chambre. Mon mémoire m’attendait sur l’ordinateur. Je posai le contrat à côté du clavier.

Pendant plusieurs minutes, je regardai alternativement les deux.

D’un côté, près de cent pages consacrées au consentement, à la contrainte et aux mécanismes par lesquels un individu accepte progressivement qu’une partie de sa liberté soit encadrée.

De l’autre, quelques feuilles.

Et au bas de la dernière, une ligne vide.

Pour la première fois depuis le début de mon mémoire, mon sujet de recherche me parut presque obscènement personnel.

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