Le goût de l'effondrement - chapitre 28
Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 13-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Je rentrai de l’université avec la boule au ventre.
Il était seize heures.
Dix-neuf heures. Depuis le matin, je ne pensais presque plus qu’à cela. Monsieur avait fixé l’heure de l’appel, précisé qu’Étienne et lui seraient présents et que le téléphone serait sur haut-parleur. Rien de plus.
C’était ce « rien de plus » qui me rongeait.
À midi, je n’avais presque pas mangé. Mon estomac se contractait par vagues et Thomas l’avait immédiatement remarqué.
— Tu ne manges pas ?
— Pas très faim.
Il m’avait observé.
— Il y a quelque chose qui ne va pas ?
— Non.
Il n’avait pas insisté. Je lui en avais été reconnaissant autant que j’avais regretté son silence. À seize heures, devant la porte de l’appartement, la douleur était toujours là. Je déposai mon sac, me déshabillai comme chaque jour, pliai mes vêtements et sonnai.
Monsieur ouvrit.
— Entre.
Étienne lisait dans le salon. Il leva les yeux vers moi.
— Tiens. Voilà notre petite chienne, son cul est moins rouge que ce matin.
— Bonsoir, Professeur.
Il me détailla quelques secondes.
— Quelle mine.
Je baissai les yeux.
— On dirait presque que quelqu’un t’a annoncé une mauvaise nouvelle.
Monsieur referma la porte.
— Ta place, Alex.
Je m’agenouillai. Étienne referma son livre.
— Quelque chose te préoccupe ?
— Oui, Professeur.
— Vraiment ? Je me demande bien quoi.
Son sourire me fit comprendre qu’il n’attendait qu’une chose : me forcer à le dire.
— L’appel à ma mère.
— Ah oui. Maman.
Il regarda sa montre.
— Dix-neuf heures.
Puis il se tourna vers Monsieur.
— Il reste trois heures. Tu crois qu’il tiendra ?
— Oui.
— Dommage.
Monsieur eut à peine un sourire. Je baissai davantage les yeux.
— Regarde-le, reprit Étienne. Nous lui avons simplement annoncé qu’il téléphonerait à sa mère et il revient déjà avec la tête d’un condamné.
Monsieur m’observa.
— Il anticipe trop.
— Beaucoup trop. Mais c’est délicieux.
Étienne se pencha vers moi.
— Tu as passé ta journée à imaginer ce que nous allions te faire faire, n’est-ce pas ?
— Oui, Professeur.
— Les positions ? Les questions ? Ce que nous pourrions dire ? Ce que maman pourrait entendre ?
Chaque mot semblait choisi pour atteindre exactement l’endroit où j’avais mal.
— Oui, Professeur.
— Et tu as trouvé quoi ?
— Rien.
— Trois heures de cours et pas même un scénario convenable ? Tes études me déçoivent.
Monsieur répondit tranquillement :
— Il n’était probablement pas très concentré.
Étienne tourna lentement la tête vers Monsieur.
— C’est vrai, ça.
Son sourire s’élargit.
— Et un étudiant qui ne se concentre pas pendant ses cours, ça mérite une punition.
Je relevai instinctivement les yeux.
Étienne le remarqua aussitôt.
— Oh… Regarde-le.
Il eut un petit rire.
— Il avait déjà peur de son coup de téléphone et maintenant il se demande s’il va être puni avant.
Monsieur me considéra quelques secondes.
— C’est possible.
Mon estomac se contracta.
Étienne parut ravi.
— Voilà. Encore mieux.
Puis, se tournant vers moi :
— Tu vois, petite chienne ? C’est merveilleux avec toi. On commence par te faire peur avec quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, et cette peur t’empêche de travailler correctement. Ensuite, ton manque de concentration nous donne une raison de te punir.
Il marqua une pause.
— Tu fabriques toi-même les motifs.
Monsieur acquiesça.
— Il doit apprendre à rester efficace malgré son inquiétude.
— Exactement.
Étienne se pencha légèrement vers moi.
— Sinon, imagine le cercle vicieux : tu as peur, tu travailles mal, on te punit, alors tu as encore plus peur…
Son sourire s’accentua.
— Ce serait terrible.
Il n’avait évidemment pas l’air de trouver cela terrible du tout. Monsieur ajouta simplement :
— À lui de ne pas nous en donner l’occasion.
Je baissai les yeux.
— Oui, Monsieur.
Étienne reprit, presque aimablement :
— Tu vois ? Il te donne même la solution. Sois irréprochable.
Puis, après un silence :
— Et si tu ne l’as pas été aujourd’hui, nous verrons cela plus tard.
Je ne savais plus si une punition avait réellement été décidée. Et je compris à son sourire qu’Étienne préférait précisément que je ne le sache pas.
Monsieur regarda l’heure.
— Debout. Tu montes travailler.
Je me relevai.
— Trois heures sur ton mémoire. Comme prévu.
Je compris aussitôt.
Seize heures. Dix-neuf heures. Exactement trois heures.
— Et Alex ?
— Oui, Monsieur ?
— Tu ne prépareras pas l’appel. Aucune réponse à l’avance. Tu travailles.
Mon estomac se contracta de nouveau.
Étienne éclata doucement de rire.
— Oh, ça, c’est vicieux.
Monsieur le regarda.
— Je sais.
Étienne se tourna vers moi, ravi.
— Tu entends, petite chienne ? Même le seul moyen que tu avais trouvé pour te rassurer, il vient de te l’enlever.
Monsieur ouvrit la porte de l’escalier.
— Monte.
Je passai devant lui. Étienne avait déjà rouvert son livre.
— Travaille bien, petite pute en devenir.
Puis, sans lever les yeux :
— Et essaie de ne pas vomir avant dix-neuf heures. Ce serait dommage que maman entende son garçon malade avant même qu’on ait commencé.
Monsieur ne le reprit pas.
— Étienne a raison. Monte.
La porte de la mansarde se referma derrière moi. Je m’assis devant mon ordinateur et posai les mains sur le clavier. Trois heures. Je n’avais pas le droit de préparer l’appel. Trois longues heures.
À dix-huit heures trente, j’entendis des pas dans l’escalier. Je regardai instinctivement l’heure affichée sur mon ordinateur. Une demi-heure trop tôt. Les pas se rapprochèrent, puis la clé tourna dans la serrure. La porte s’ouvrit.
Étienne.
Il resta un instant sur le seuil à me regarder. Quelque chose dans son expression me glaça immédiatement. Son visage était calme, mais un sourire mauvais se dessinait lentement sur ses lèvres.
— Debout.
Je me levai.
— Professeur…
— Tais-toi.
Il entra et referma la porte derrière lui.
Je compris aussitôt qu’il n’était pas venu simplement m’annoncer que mon travail était terminé.
Il s’approcha, saisit mon collier et me plaqua fermement contre le mur.
— Les mains sur la tête.
J’obéis. Mon ventre se noua davantage.
— Écarte.
J’écartai les jambes.
— Davantage.
J’obéis encore. Étienne recula légèrement pour me regarder.
— Voilà.
Son sourire avait disparu. Son regard, lui, était devenu dur, froid, presque clinique. Je pensais à dix-neuf heures. À ma mère. Au téléphone. À cette demi-heure qui n’était pas prévue.
— Tu trembles déjà, remarqua-t-il.
Je ne répondis pas.
Ses doigts vinrent éprouver ma capacité à rester immobile, d’abord au niveau de la poitrine, il pressa mes tétons douloureusement. J’ouvris la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Puis son geste descendit sur mon ventre. Rien dans son attitude n’avait de douceur. Il observait surtout mes réactions. Il attrapa mes testicules.
— Donne-moi correctement tes couilles.
Il les serra
— Tu as peur ?
— Oui, Professeur.
— De moi ?
J’hésitai. Ses yeux se durcirent.
— Réponds.
— Oui, Professeur.
Un sourire reparut.
— Bien.
il resserra davantage sa prise. Un gémissement m’échappa. La douleur me fit réagir avant même que j’aie le temps d’y penser. Je tournai légèrement le corps, cherchant instinctivement à me dégager. Mauvaise idée. Le regard d’Étienne changea immédiatement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Je m’immobilisai.
— Rien, Professeur.
— Rien ?
Il comprima davantage mes couilles, fit rouler mes deux testicules entre ses doigts.
— J’ai pourtant très nettement senti ma petite chienne essayer de m’échapper.
— C’était un réflexe.
— Je sais.
Son calme me terrifia davantage que s’il avait élevé la voix.
— Dans un instant tu pourras remercier maman de t’avoir doté d’une paire de couilles.
Je respirais plus vite.
— Les mains sur la tête.
Je les y remis aussitôt.
— Et tu ne les bouges plus.
— Oui, Professeur.
Étienne me fixa longuement.
— Tu vois, Alex, obéir quand rien ne te dérange n’a absolument aucun intérêt.
Il attendit quelques secondes.
— C’est lorsque ton corps te dit de te dégager que je veux voir ce que tu fais de l’ordre qu’on t’a donné.
Je cessai de lutter.
— Voilà, murmura-t-il. C’est mieux.
Puis son sourire reparut.
— Et maintenant tu vas rester parfaitement immobile.
Je compris alors que cette demi-heure ne serait pas destinée à me rassurer avant l’appel.
Elle était destinée à m’y conduire dans l’état exact qu’ils avaient choisi.
— Regarde-moi.
Je rencontrai son regard.
— Depuis seize heures, tu te demandes ce que nous avons prévu.
— Oui, Professeur.
— Depuis ce matin, même.
— Oui.
Il marqua une pause.
— Et maintenant je viens te chercher une demi-heure plus tôt.
Je déglutis. Étienne le vit.
— Ça aussi, ça t’inquiète.
— Oui, Professeur.
Son sourire s’élargit.
— Parfait.
Le mot me glaça.
— Pourquoi maintenant ?
Je regrettai la question aussitôt. Étienne saisit de nouveau mon collier et rapprocha mon visage du sien sans lâcher mes testicules.
— Parce que nous avons décidé que l’appel commence à dix-neuf heures.
Il marqua une pause.
— Pas ta préparation.
Je sentis une nouvelle crampe me traverser l’estomac. Son regard ne me quittait pas.
— Tu croyais peut-être descendre à dix-neuf heures, t’asseoir gentiment devant un téléphone et dire : « Bonsoir maman » ?
Je ne répondis pas.
— Quelle imagination confortable.
Puis son expression redevint froide.
— Tu vas descendre avec moi.
Il tira légèrement sur mon collier.
— Et pendant la prochaine demi-heure, Monsieur et moi allons te rappeler exactement où tu es et ce que tu es, avant que tu parles à ta mère.
La peur monta d’un cran.
— Professeur…
— Pas de question.
Il ouvrit la porte.
Puis il me regarda une dernière fois.
— À partir de maintenant, petite chienne, tu ne penses plus à ce que tu vas lui dire.
Son sourire revint.
— Tu penses seulement à nous.
Il lâcha le collier et tira sur mes couilles.
— Avance.
Je quittai la mansarde derrière lui. Il était dix-huit heures quarante. Et pour la première fois depuis le matin, j’aurais voulu qu’arrive immédiatement les dix-neuf heures.
Ainsi tenu, j’arrivai dans le salon. Monsieur était déjà installé. Ma couverture avait été étendue au sol, près du canapé. Je la reconnus immédiatement.
— Ta place, Alex.
Je m’allongeai sur le dos.
— Position.
J’écartai largement les cuisses et posai mes bras le long du corps. Mon regard se fixa au plafond, exactement comme le matin après mon petit-déjeuner.
Étienne me contempla quelques secondes.
— Voilà. C’est mieux. Notre petite chienne s’exhibe pour parler à maman.
Je sentais encore dans mon ventre les crampes qui m’avaient accompagné toute la journée. Le téléphone était posé sur la table basse. À quelques mètres seulement de moi.
— Pendant l’appel, dit Monsieur, Étienne et moi ne ferons rien.
Je tournai légèrement les yeux vers lui.
— Rien, Monsieur ?
— Rien.
Étienne eut un sourire.
— Tu entends, petite chienne ? Tu vas pouvoir parler tranquillement à maman.
Je sentis mes joues chauffer.
— En revanche, reprit Monsieur, tu resteras exactement comme tu es.
Je regardai de nouveau le plafond.
— Oui, Monsieur.
Étienne se pencha au-dessus de moi et à deux reprises, cracha sur mon visage.
— J’aime beaucoup mieux ainsi.
Il me contempla quelques secondes, comme s’il venait simplement d’achever ma mise en condition.
— Sa mère entendra l’étudiant brillant. Nous, nous aurons le reste sous les yeux.
Monsieur acquiesça.
— Exactement.
Cette phrase suffit à faire disparaître une partie du soulagement que j’avais ressenti.
À dix-neuf heures précises, Monsieur prit le téléphone, composa le numéro de ma mère et activa le haut-parleur. Puis il posa l’appareil au sol, près de ma tête.
— Tu peux parler.
L’appel dura une vingtaine de minutes. Et rien ne se passa. Du moins, rien de ce que j’avais redouté, hormis les deux traces de salive qui glissaient lentement le long de mes joues et que je n’osais pas essuyer.
Monsieur tint parole. Étienne aussi. Aucun ordre supplémentaire, aucun geste, aucune intervention destinée à troubler la conversation. Ils me regardaient. C’était tout. Et ce fut largement suffisant.
Allongé sur ma couverture, les cuisses écartées, les yeux fixés au plafond, je parlai à ma mère comme si j’étais confortablement installé à mon bureau. Je commençai par la rassurer. Je lui dis que j’allais bien, que mes cours se passaient bien, que je travaillais énormément. Je sentis aussitôt le regard de Monsieur sur moi. Je résistai quelques secondes avant de tourner légèrement les yeux dans sa direction.
Il ne souriait pas. Il m’observait simplement. Je compris qu’il écoutait moins ce que je racontais à ma mère que la manière dont je le racontais.
Je repris. Je parlai de l’université, de mon mémoire, de l’évolution récente de mon sujet. J’évoquai les questions d’autorité, d’obéissance et de consentement qui occupaient désormais mon travail. Au mot obéissance, je sentis presque physiquement le regard d’Étienne.
Je tournai les yeux. Il me fixait. Un sourire très léger étirait le coin de ses lèvres. Il n’avait besoin de rien dire. Nous savions tous les deux ce que ce mot signifiait dans mon mémoire.
Et ce qu’il signifiait ici.
Je regardai de nouveau le plafond. Ma mère continuait à parler. Je lui répondis normalement. Puis j’abordai la possibilité d’une thèse. Je lui expliquai que rien n’était encore décidé, mais que cette perspective devenait sérieuse et que j’avais rencontré un chercheur susceptible de m’encadrer.
Je prononçai son nom.
— Le Professeur Delmas.
Cette fois, je regardai directement Étienne. Il ne me quittait pas des yeux.
— Delmas ? Étienne Delmas ? Le Docteur en sciences politiques ? Celui qui donne des conférences dans le monde entier ? demanda ma mère.
— Oui.
— Mais tu m’as déjà parlé de lui, non ? C’est quelqu’un d’important dans ton domaine ?
— Oui, maman. Très important.
Les mots sortirent avec plus de difficulté que je ne l’aurais voulu. Je sentis mes joues chauffer. Étienne le remarqua immédiatement. Son sourire s’accentua.
J’aurais voulu détourner les yeux, mais quelque chose dans son regard m’en empêchait. Quelques instants auparavant, il m’avait rappelé avec une brutalité calculée la place qu’il occupait désormais dans ma vie ; à présent, j’expliquais à ma mère combien cet homme était important pour mon avenir universitaire.
— Eh bien, c’est formidable, Alex. S’il accepte de t’encadrer, c’est qu’il croit vraiment en ton travail. Tu dois être fier.
Je déglutis. Étienne continuait à me fixer.
— Oui…
Ma voix m’avait trahi. Je repris :
— Oui, je mesure la chance que j’ai.
Une chaleur désagréable me monta au visage en prononçant cette phrase. Étienne inclina légèrement la tête, presque comme s’il acceptait le compliment que ma mère venait de lui faire par mon intermédiaire. Je me sentis soudain terriblement gêné. Ma mère n’entendait qu’une conversation sur mon avenir universitaire. Elle ignorait ma position au sol, mon collier, les traces encore présentes sur mes joues. Elle ignorait surtout que l’homme dont elle se réjouissait de l’influence sur ma carrière était assis à quelques mètres de moi et observait chacune de mes réactions.
— Je suis vraiment contente pour toi, reprit-elle. Ça peut être important pour la suite.
— Oui.
Je m’arrêtai une seconde.
— Ça peut changer beaucoup de choses.
Le sourire d’Étienne s’élargit. Je regrettai presque immédiatement ma formulation. Parce que lui et moi savions qu’elle dépassait très largement la question de ma thèse. Ma mère, elle, n’y entendit que la promesse d’un avenir universitaire.
— Tu as l’air gêné, mon chéri.
La remarque me prit au dépourvu. Je sentis aussitôt les regards de Monsieur et d’Étienne converger vers moi.
— Non… enfin, un peu. C’est encore nouveau pour moi.
Ce n’était pas un mensonge. Étienne eut un sourire silencieux. Je sentis la honte monter. Ma mère me parlait de la chance que représentait probablement une telle rencontre. Je répondis que oui.
Une chance. Étienne inclina légèrement la tête. Je compris qu’il savourait le mot. À cet instant, le contraste me parut presque vertigineux. Ma mère imaginait le chercheur. L’universitaire reconnu. L’homme susceptible d’accompagner mon travail et peut-être ma future thèse. Moi, je voyais l’homme qui, moins d’une heure auparavant, m’avait trainé par les couilles jusqu’ici. Et lui me regardait raconter à ma mère combien sa présence pouvait être importante pour mon avenir.
Monsieur n’avait toujours pas bougé. Lorsque mes yeux rencontrèrent les siens, son expression resta parfaitement calme. Il ne cherchait pas à m’humilier. Il semblait attendre de voir jusqu’où je serais capable d’assumer simultanément ces deux vérités.
Je continuai. Je dis à ma mère que je n’habitais plus seul. Le regard d’Étienne se posa immédiatement sur moi. Je ne précisai pas avec qui.
Ma mère, évidemment, ne laissa pas passer cette imprécision.
— Comment ça, tu n’habites plus seul ?
— J’ai quitté mon appartement.
— Ça, j’avais compris. Mais tu vis avec quelqu’un ?
J’hésitai.
— Oui.
Il y eut un court silence. Puis sa voix changea, soudain plus légère.
— Alex… Tu as une amoureuse ?
La question me prit totalement au dépourvu. Je tournai les yeux vers Monsieur. Il ne manifesta rien. Étienne, en revanche, souriait franchement. Je sentis mes joues chauffer.
— Non, maman.
— Ah…
Elle semblait presque déçue.
— Alors un amoureux ?
Cette fois, ma gêne devint beaucoup plus vive.
Le sourire d’Étienne s’élargit. Monsieur continuait à m’observer sans intervenir.
— Non plus.
— Mais alors, avec qui est-ce que tu vis ?
Je déglutis. La question était parfaitement simple. La réponse l’était beaucoup moins. Mon regard passa de Monsieur à Étienne.
— Avec… des personnes qui comptent beaucoup pour moi.
À peine avais-je prononcé cette phrase que je regrettai sa maladresse.
Étienne leva légèrement un sourcil, visiblement amusé.
— Des personnes ? répéta ma mère. Plusieurs ?
— Oui.
— Des amis ?
Je restai silencieux une seconde de trop.
— C’est un peu plus compliqué que ça.
Étienne baissa les yeux vers moi avec un sourire devenu presque cruel. Ma mère ne pouvait évidemment pas voir ma position, ni comprendre pourquoi une question aussi banale me mettait dans un tel embarras.
— Tu es bien avec eux, au moins ?
Cette fois, ma réponse vint immédiatement.
— Oui.
Je regardai Monsieur.
— Très bien, même.
Il soutint mon regard. Ma mère sembla rassurée.
— Alors c’est l’essentiel. Tu me raconteras quand tu en auras envie.
— Oui, maman.
Étienne souriait toujours. Et je compris que, là encore, je n’avais pas menti. J’avais simplement réussi à faire tenir Monsieur et Étienne tout entiers dans ces quelques mots :
Des personnes qui comptent beaucoup pour moi.
Puis je lui expliquai que mon quotidien était devenu extrêmement organisé. Cette fois, Monsieur me regarda plus attentivement. Je ne parlai ni de la gamelle ni de la couverture sur laquelle j’étais précisément allongé. Je lui dis que cette organisation m’imposait une discipline que je n’avais jamais connue auparavant.
Étienne sourit.
Discipline.
Je compris à son expression qu’il avait relevé le mot.
Je poursuivis.
Je lui expliquai que je sortais moins, que je travaillais davantage, que j’avais retrouvé une rigueur dont j’avais probablement besoin. À chaque phrase, je sentais leurs regards. Lorsque je parlais de travail, Monsieur m’observait. Lorsque je parlais de discipline, Étienne souriait. Lorsque j’évoquais ma nouvelle vie, tous les deux me regardaient. Et peu à peu, quelque chose d’étrange se produisit. Je cessai presque de regarder le plafond. Mes yeux passaient de Monsieur à Étienne tandis que je répondais à ma mère.
Comme si son regard à elle, absent, avait été remplacé par les leurs.
Elle n’avait que ma voix. Eux avaient mon corps, ma position impudique, mon collier et tous les silences entre mes phrases. Je pouvais choisir mes mots avec elle. Avec eux, aucun mot ne pouvait dissimuler quoi que ce soit. Je lui dis que j’étais heureux.
Un silence se fit à l'autre bout du téléphone, puis ma mère me répondit. Mais je regardais Monsieur. Il soutint mon regard.
Je répétai :
— Oui. Vraiment heureux.
Cette fois, Monsieur acquiesça très légèrement. Presque imperceptiblement. Étienne, lui, ne souriait plus. Il me regardait avec une intensité différente, comme si cette phrase-là l’intéressait davantage que toutes les autres.
Parce qu’elle ne cachait rien.
Je pouvais remplacer obéissance par discipline, règles par organisation, soumission par nouvelle vie.
Mais je n’avais pas besoin de trouver un autre mot pour heureux. C’était vrai. Et je compris soudain que Monsieur le savait. Son regard ne me demandait pas de le proclamer. Il constatait simplement que j’étais capable de le dire à ma mère.
Je poursuivis encore quelques minutes. Je lui promis de donner davantage de nouvelles. Je lui demandai de ne pas s’inquiéter. Puis vint le moment de raccrocher. Je lui souhaitai une bonne soirée. La communication s’interrompit.
Le silence revint dans le salon.
Et leurs regards restèrent sur moi. Je demeurai allongé, exactement dans la même position. Pendant quelques secondes, personne ne parla.
C’était presque pire.
Je pris soudain conscience que durant toute la conversation j’avais été observé. Chaque hésitation. Chaque mot choisi. Chaque silence. Chaque fois que j’avais contourné une vérité sans réellement mentir. Monsieur avait tout vu. Étienne aussi.
Enfin, Étienne rompit le silence.
— Finalement, tu n’as presque pas menti.
Monsieur répondit :
— Il a choisi ce qu’il voulait dire.
— C’est beaucoup plus élégant.
Étienne se leva et vint jusqu’à moi. Je suivis son déplacement des yeux.
— Maman peut dormir tranquille, petite salope.
Il me regarda longuement.
— Son fils travaille bien. Il prépare peut-être une thèse. Il est heureux. Et il a trouvé un excellent chercheur pour l’encadrer.
Monsieur acquiesça.
— Tout est vrai.
Étienne eut un petit rire.
— C’est justement ça qui est délicieux.
Son regard descendit encore une fois sur moi avant de revenir vers mes yeux.
— Elle avait ta voix, Alex.
Une pause.
— Nous avions le reste.
Je sentis mon visage brûler.
Monsieur ajouta simplement :
— Et tu n’as pas eu besoin de mentir.
Je fixai de nouveau le plafond. C’était peut-être cela qui me troublait le plus. Pendant vingt minutes, ma mère avait écouté le récit de ma nouvelle vie. Monsieur et Étienne avaient regardé cette vie pendant que je la racontais. Et aucun des trois n’avait entendu — ni vu — exactement la même histoire.
Il était seize heures.
Dix-neuf heures. Depuis le matin, je ne pensais presque plus qu’à cela. Monsieur avait fixé l’heure de l’appel, précisé qu’Étienne et lui seraient présents et que le téléphone serait sur haut-parleur. Rien de plus.
C’était ce « rien de plus » qui me rongeait.
À midi, je n’avais presque pas mangé. Mon estomac se contractait par vagues et Thomas l’avait immédiatement remarqué.
— Tu ne manges pas ?
— Pas très faim.
Il m’avait observé.
— Il y a quelque chose qui ne va pas ?
— Non.
Il n’avait pas insisté. Je lui en avais été reconnaissant autant que j’avais regretté son silence. À seize heures, devant la porte de l’appartement, la douleur était toujours là. Je déposai mon sac, me déshabillai comme chaque jour, pliai mes vêtements et sonnai.
Monsieur ouvrit.
— Entre.
Étienne lisait dans le salon. Il leva les yeux vers moi.
— Tiens. Voilà notre petite chienne, son cul est moins rouge que ce matin.
— Bonsoir, Professeur.
Il me détailla quelques secondes.
— Quelle mine.
Je baissai les yeux.
— On dirait presque que quelqu’un t’a annoncé une mauvaise nouvelle.
Monsieur referma la porte.
— Ta place, Alex.
Je m’agenouillai. Étienne referma son livre.
— Quelque chose te préoccupe ?
— Oui, Professeur.
— Vraiment ? Je me demande bien quoi.
Son sourire me fit comprendre qu’il n’attendait qu’une chose : me forcer à le dire.
— L’appel à ma mère.
— Ah oui. Maman.
Il regarda sa montre.
— Dix-neuf heures.
Puis il se tourna vers Monsieur.
— Il reste trois heures. Tu crois qu’il tiendra ?
— Oui.
— Dommage.
Monsieur eut à peine un sourire. Je baissai davantage les yeux.
— Regarde-le, reprit Étienne. Nous lui avons simplement annoncé qu’il téléphonerait à sa mère et il revient déjà avec la tête d’un condamné.
Monsieur m’observa.
— Il anticipe trop.
— Beaucoup trop. Mais c’est délicieux.
Étienne se pencha vers moi.
— Tu as passé ta journée à imaginer ce que nous allions te faire faire, n’est-ce pas ?
— Oui, Professeur.
— Les positions ? Les questions ? Ce que nous pourrions dire ? Ce que maman pourrait entendre ?
Chaque mot semblait choisi pour atteindre exactement l’endroit où j’avais mal.
— Oui, Professeur.
— Et tu as trouvé quoi ?
— Rien.
— Trois heures de cours et pas même un scénario convenable ? Tes études me déçoivent.
Monsieur répondit tranquillement :
— Il n’était probablement pas très concentré.
Étienne tourna lentement la tête vers Monsieur.
— C’est vrai, ça.
Son sourire s’élargit.
— Et un étudiant qui ne se concentre pas pendant ses cours, ça mérite une punition.
Je relevai instinctivement les yeux.
Étienne le remarqua aussitôt.
— Oh… Regarde-le.
Il eut un petit rire.
— Il avait déjà peur de son coup de téléphone et maintenant il se demande s’il va être puni avant.
Monsieur me considéra quelques secondes.
— C’est possible.
Mon estomac se contracta.
Étienne parut ravi.
— Voilà. Encore mieux.
Puis, se tournant vers moi :
— Tu vois, petite chienne ? C’est merveilleux avec toi. On commence par te faire peur avec quelque chose qui n’a pas encore eu lieu, et cette peur t’empêche de travailler correctement. Ensuite, ton manque de concentration nous donne une raison de te punir.
Il marqua une pause.
— Tu fabriques toi-même les motifs.
Monsieur acquiesça.
— Il doit apprendre à rester efficace malgré son inquiétude.
— Exactement.
Étienne se pencha légèrement vers moi.
— Sinon, imagine le cercle vicieux : tu as peur, tu travailles mal, on te punit, alors tu as encore plus peur…
Son sourire s’accentua.
— Ce serait terrible.
Il n’avait évidemment pas l’air de trouver cela terrible du tout. Monsieur ajouta simplement :
— À lui de ne pas nous en donner l’occasion.
Je baissai les yeux.
— Oui, Monsieur.
Étienne reprit, presque aimablement :
— Tu vois ? Il te donne même la solution. Sois irréprochable.
Puis, après un silence :
— Et si tu ne l’as pas été aujourd’hui, nous verrons cela plus tard.
Je ne savais plus si une punition avait réellement été décidée. Et je compris à son sourire qu’Étienne préférait précisément que je ne le sache pas.
Monsieur regarda l’heure.
— Debout. Tu montes travailler.
Je me relevai.
— Trois heures sur ton mémoire. Comme prévu.
Je compris aussitôt.
Seize heures. Dix-neuf heures. Exactement trois heures.
— Et Alex ?
— Oui, Monsieur ?
— Tu ne prépareras pas l’appel. Aucune réponse à l’avance. Tu travailles.
Mon estomac se contracta de nouveau.
Étienne éclata doucement de rire.
— Oh, ça, c’est vicieux.
Monsieur le regarda.
— Je sais.
Étienne se tourna vers moi, ravi.
— Tu entends, petite chienne ? Même le seul moyen que tu avais trouvé pour te rassurer, il vient de te l’enlever.
Monsieur ouvrit la porte de l’escalier.
— Monte.
Je passai devant lui. Étienne avait déjà rouvert son livre.
— Travaille bien, petite pute en devenir.
Puis, sans lever les yeux :
— Et essaie de ne pas vomir avant dix-neuf heures. Ce serait dommage que maman entende son garçon malade avant même qu’on ait commencé.
Monsieur ne le reprit pas.
— Étienne a raison. Monte.
La porte de la mansarde se referma derrière moi. Je m’assis devant mon ordinateur et posai les mains sur le clavier. Trois heures. Je n’avais pas le droit de préparer l’appel. Trois longues heures.
À dix-huit heures trente, j’entendis des pas dans l’escalier. Je regardai instinctivement l’heure affichée sur mon ordinateur. Une demi-heure trop tôt. Les pas se rapprochèrent, puis la clé tourna dans la serrure. La porte s’ouvrit.
Étienne.
Il resta un instant sur le seuil à me regarder. Quelque chose dans son expression me glaça immédiatement. Son visage était calme, mais un sourire mauvais se dessinait lentement sur ses lèvres.
— Debout.
Je me levai.
— Professeur…
— Tais-toi.
Il entra et referma la porte derrière lui.
Je compris aussitôt qu’il n’était pas venu simplement m’annoncer que mon travail était terminé.
Il s’approcha, saisit mon collier et me plaqua fermement contre le mur.
— Les mains sur la tête.
J’obéis. Mon ventre se noua davantage.
— Écarte.
J’écartai les jambes.
— Davantage.
J’obéis encore. Étienne recula légèrement pour me regarder.
— Voilà.
Son sourire avait disparu. Son regard, lui, était devenu dur, froid, presque clinique. Je pensais à dix-neuf heures. À ma mère. Au téléphone. À cette demi-heure qui n’était pas prévue.
— Tu trembles déjà, remarqua-t-il.
Je ne répondis pas.
Ses doigts vinrent éprouver ma capacité à rester immobile, d’abord au niveau de la poitrine, il pressa mes tétons douloureusement. J’ouvris la bouche sans qu’aucun son n’en sorte. Puis son geste descendit sur mon ventre. Rien dans son attitude n’avait de douceur. Il observait surtout mes réactions. Il attrapa mes testicules.
— Donne-moi correctement tes couilles.
Il les serra
— Tu as peur ?
— Oui, Professeur.
— De moi ?
J’hésitai. Ses yeux se durcirent.
— Réponds.
— Oui, Professeur.
Un sourire reparut.
— Bien.
il resserra davantage sa prise. Un gémissement m’échappa. La douleur me fit réagir avant même que j’aie le temps d’y penser. Je tournai légèrement le corps, cherchant instinctivement à me dégager. Mauvaise idée. Le regard d’Étienne changea immédiatement.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Je m’immobilisai.
— Rien, Professeur.
— Rien ?
Il comprima davantage mes couilles, fit rouler mes deux testicules entre ses doigts.
— J’ai pourtant très nettement senti ma petite chienne essayer de m’échapper.
— C’était un réflexe.
— Je sais.
Son calme me terrifia davantage que s’il avait élevé la voix.
— Dans un instant tu pourras remercier maman de t’avoir doté d’une paire de couilles.
Je respirais plus vite.
— Les mains sur la tête.
Je les y remis aussitôt.
— Et tu ne les bouges plus.
— Oui, Professeur.
Étienne me fixa longuement.
— Tu vois, Alex, obéir quand rien ne te dérange n’a absolument aucun intérêt.
Il attendit quelques secondes.
— C’est lorsque ton corps te dit de te dégager que je veux voir ce que tu fais de l’ordre qu’on t’a donné.
Je cessai de lutter.
— Voilà, murmura-t-il. C’est mieux.
Puis son sourire reparut.
— Et maintenant tu vas rester parfaitement immobile.
Je compris alors que cette demi-heure ne serait pas destinée à me rassurer avant l’appel.
Elle était destinée à m’y conduire dans l’état exact qu’ils avaient choisi.
— Regarde-moi.
Je rencontrai son regard.
— Depuis seize heures, tu te demandes ce que nous avons prévu.
— Oui, Professeur.
— Depuis ce matin, même.
— Oui.
Il marqua une pause.
— Et maintenant je viens te chercher une demi-heure plus tôt.
Je déglutis. Étienne le vit.
— Ça aussi, ça t’inquiète.
— Oui, Professeur.
Son sourire s’élargit.
— Parfait.
Le mot me glaça.
— Pourquoi maintenant ?
Je regrettai la question aussitôt. Étienne saisit de nouveau mon collier et rapprocha mon visage du sien sans lâcher mes testicules.
— Parce que nous avons décidé que l’appel commence à dix-neuf heures.
Il marqua une pause.
— Pas ta préparation.
Je sentis une nouvelle crampe me traverser l’estomac. Son regard ne me quittait pas.
— Tu croyais peut-être descendre à dix-neuf heures, t’asseoir gentiment devant un téléphone et dire : « Bonsoir maman » ?
Je ne répondis pas.
— Quelle imagination confortable.
Puis son expression redevint froide.
— Tu vas descendre avec moi.
Il tira légèrement sur mon collier.
— Et pendant la prochaine demi-heure, Monsieur et moi allons te rappeler exactement où tu es et ce que tu es, avant que tu parles à ta mère.
La peur monta d’un cran.
— Professeur…
— Pas de question.
Il ouvrit la porte.
Puis il me regarda une dernière fois.
— À partir de maintenant, petite chienne, tu ne penses plus à ce que tu vas lui dire.
Son sourire revint.
— Tu penses seulement à nous.
Il lâcha le collier et tira sur mes couilles.
— Avance.
Je quittai la mansarde derrière lui. Il était dix-huit heures quarante. Et pour la première fois depuis le matin, j’aurais voulu qu’arrive immédiatement les dix-neuf heures.
Ainsi tenu, j’arrivai dans le salon. Monsieur était déjà installé. Ma couverture avait été étendue au sol, près du canapé. Je la reconnus immédiatement.
— Ta place, Alex.
Je m’allongeai sur le dos.
— Position.
J’écartai largement les cuisses et posai mes bras le long du corps. Mon regard se fixa au plafond, exactement comme le matin après mon petit-déjeuner.
Étienne me contempla quelques secondes.
— Voilà. C’est mieux. Notre petite chienne s’exhibe pour parler à maman.
Je sentais encore dans mon ventre les crampes qui m’avaient accompagné toute la journée. Le téléphone était posé sur la table basse. À quelques mètres seulement de moi.
— Pendant l’appel, dit Monsieur, Étienne et moi ne ferons rien.
Je tournai légèrement les yeux vers lui.
— Rien, Monsieur ?
— Rien.
Étienne eut un sourire.
— Tu entends, petite chienne ? Tu vas pouvoir parler tranquillement à maman.
Je sentis mes joues chauffer.
— En revanche, reprit Monsieur, tu resteras exactement comme tu es.
Je regardai de nouveau le plafond.
— Oui, Monsieur.
Étienne se pencha au-dessus de moi et à deux reprises, cracha sur mon visage.
— J’aime beaucoup mieux ainsi.
Il me contempla quelques secondes, comme s’il venait simplement d’achever ma mise en condition.
— Sa mère entendra l’étudiant brillant. Nous, nous aurons le reste sous les yeux.
Monsieur acquiesça.
— Exactement.
Cette phrase suffit à faire disparaître une partie du soulagement que j’avais ressenti.
À dix-neuf heures précises, Monsieur prit le téléphone, composa le numéro de ma mère et activa le haut-parleur. Puis il posa l’appareil au sol, près de ma tête.
— Tu peux parler.
L’appel dura une vingtaine de minutes. Et rien ne se passa. Du moins, rien de ce que j’avais redouté, hormis les deux traces de salive qui glissaient lentement le long de mes joues et que je n’osais pas essuyer.
Monsieur tint parole. Étienne aussi. Aucun ordre supplémentaire, aucun geste, aucune intervention destinée à troubler la conversation. Ils me regardaient. C’était tout. Et ce fut largement suffisant.
Allongé sur ma couverture, les cuisses écartées, les yeux fixés au plafond, je parlai à ma mère comme si j’étais confortablement installé à mon bureau. Je commençai par la rassurer. Je lui dis que j’allais bien, que mes cours se passaient bien, que je travaillais énormément. Je sentis aussitôt le regard de Monsieur sur moi. Je résistai quelques secondes avant de tourner légèrement les yeux dans sa direction.
Il ne souriait pas. Il m’observait simplement. Je compris qu’il écoutait moins ce que je racontais à ma mère que la manière dont je le racontais.
Je repris. Je parlai de l’université, de mon mémoire, de l’évolution récente de mon sujet. J’évoquai les questions d’autorité, d’obéissance et de consentement qui occupaient désormais mon travail. Au mot obéissance, je sentis presque physiquement le regard d’Étienne.
Je tournai les yeux. Il me fixait. Un sourire très léger étirait le coin de ses lèvres. Il n’avait besoin de rien dire. Nous savions tous les deux ce que ce mot signifiait dans mon mémoire.
Et ce qu’il signifiait ici.
Je regardai de nouveau le plafond. Ma mère continuait à parler. Je lui répondis normalement. Puis j’abordai la possibilité d’une thèse. Je lui expliquai que rien n’était encore décidé, mais que cette perspective devenait sérieuse et que j’avais rencontré un chercheur susceptible de m’encadrer.
Je prononçai son nom.
— Le Professeur Delmas.
Cette fois, je regardai directement Étienne. Il ne me quittait pas des yeux.
— Delmas ? Étienne Delmas ? Le Docteur en sciences politiques ? Celui qui donne des conférences dans le monde entier ? demanda ma mère.
— Oui.
— Mais tu m’as déjà parlé de lui, non ? C’est quelqu’un d’important dans ton domaine ?
— Oui, maman. Très important.
Les mots sortirent avec plus de difficulté que je ne l’aurais voulu. Je sentis mes joues chauffer. Étienne le remarqua immédiatement. Son sourire s’accentua.
J’aurais voulu détourner les yeux, mais quelque chose dans son regard m’en empêchait. Quelques instants auparavant, il m’avait rappelé avec une brutalité calculée la place qu’il occupait désormais dans ma vie ; à présent, j’expliquais à ma mère combien cet homme était important pour mon avenir universitaire.
— Eh bien, c’est formidable, Alex. S’il accepte de t’encadrer, c’est qu’il croit vraiment en ton travail. Tu dois être fier.
Je déglutis. Étienne continuait à me fixer.
— Oui…
Ma voix m’avait trahi. Je repris :
— Oui, je mesure la chance que j’ai.
Une chaleur désagréable me monta au visage en prononçant cette phrase. Étienne inclina légèrement la tête, presque comme s’il acceptait le compliment que ma mère venait de lui faire par mon intermédiaire. Je me sentis soudain terriblement gêné. Ma mère n’entendait qu’une conversation sur mon avenir universitaire. Elle ignorait ma position au sol, mon collier, les traces encore présentes sur mes joues. Elle ignorait surtout que l’homme dont elle se réjouissait de l’influence sur ma carrière était assis à quelques mètres de moi et observait chacune de mes réactions.
— Je suis vraiment contente pour toi, reprit-elle. Ça peut être important pour la suite.
— Oui.
Je m’arrêtai une seconde.
— Ça peut changer beaucoup de choses.
Le sourire d’Étienne s’élargit. Je regrettai presque immédiatement ma formulation. Parce que lui et moi savions qu’elle dépassait très largement la question de ma thèse. Ma mère, elle, n’y entendit que la promesse d’un avenir universitaire.
— Tu as l’air gêné, mon chéri.
La remarque me prit au dépourvu. Je sentis aussitôt les regards de Monsieur et d’Étienne converger vers moi.
— Non… enfin, un peu. C’est encore nouveau pour moi.
Ce n’était pas un mensonge. Étienne eut un sourire silencieux. Je sentis la honte monter. Ma mère me parlait de la chance que représentait probablement une telle rencontre. Je répondis que oui.
Une chance. Étienne inclina légèrement la tête. Je compris qu’il savourait le mot. À cet instant, le contraste me parut presque vertigineux. Ma mère imaginait le chercheur. L’universitaire reconnu. L’homme susceptible d’accompagner mon travail et peut-être ma future thèse. Moi, je voyais l’homme qui, moins d’une heure auparavant, m’avait trainé par les couilles jusqu’ici. Et lui me regardait raconter à ma mère combien sa présence pouvait être importante pour mon avenir.
Monsieur n’avait toujours pas bougé. Lorsque mes yeux rencontrèrent les siens, son expression resta parfaitement calme. Il ne cherchait pas à m’humilier. Il semblait attendre de voir jusqu’où je serais capable d’assumer simultanément ces deux vérités.
Je continuai. Je dis à ma mère que je n’habitais plus seul. Le regard d’Étienne se posa immédiatement sur moi. Je ne précisai pas avec qui.
Ma mère, évidemment, ne laissa pas passer cette imprécision.
— Comment ça, tu n’habites plus seul ?
— J’ai quitté mon appartement.
— Ça, j’avais compris. Mais tu vis avec quelqu’un ?
J’hésitai.
— Oui.
Il y eut un court silence. Puis sa voix changea, soudain plus légère.
— Alex… Tu as une amoureuse ?
La question me prit totalement au dépourvu. Je tournai les yeux vers Monsieur. Il ne manifesta rien. Étienne, en revanche, souriait franchement. Je sentis mes joues chauffer.
— Non, maman.
— Ah…
Elle semblait presque déçue.
— Alors un amoureux ?
Cette fois, ma gêne devint beaucoup plus vive.
Le sourire d’Étienne s’élargit. Monsieur continuait à m’observer sans intervenir.
— Non plus.
— Mais alors, avec qui est-ce que tu vis ?
Je déglutis. La question était parfaitement simple. La réponse l’était beaucoup moins. Mon regard passa de Monsieur à Étienne.
— Avec… des personnes qui comptent beaucoup pour moi.
À peine avais-je prononcé cette phrase que je regrettai sa maladresse.
Étienne leva légèrement un sourcil, visiblement amusé.
— Des personnes ? répéta ma mère. Plusieurs ?
— Oui.
— Des amis ?
Je restai silencieux une seconde de trop.
— C’est un peu plus compliqué que ça.
Étienne baissa les yeux vers moi avec un sourire devenu presque cruel. Ma mère ne pouvait évidemment pas voir ma position, ni comprendre pourquoi une question aussi banale me mettait dans un tel embarras.
— Tu es bien avec eux, au moins ?
Cette fois, ma réponse vint immédiatement.
— Oui.
Je regardai Monsieur.
— Très bien, même.
Il soutint mon regard. Ma mère sembla rassurée.
— Alors c’est l’essentiel. Tu me raconteras quand tu en auras envie.
— Oui, maman.
Étienne souriait toujours. Et je compris que, là encore, je n’avais pas menti. J’avais simplement réussi à faire tenir Monsieur et Étienne tout entiers dans ces quelques mots :
Des personnes qui comptent beaucoup pour moi.
Puis je lui expliquai que mon quotidien était devenu extrêmement organisé. Cette fois, Monsieur me regarda plus attentivement. Je ne parlai ni de la gamelle ni de la couverture sur laquelle j’étais précisément allongé. Je lui dis que cette organisation m’imposait une discipline que je n’avais jamais connue auparavant.
Étienne sourit.
Discipline.
Je compris à son expression qu’il avait relevé le mot.
Je poursuivis.
Je lui expliquai que je sortais moins, que je travaillais davantage, que j’avais retrouvé une rigueur dont j’avais probablement besoin. À chaque phrase, je sentais leurs regards. Lorsque je parlais de travail, Monsieur m’observait. Lorsque je parlais de discipline, Étienne souriait. Lorsque j’évoquais ma nouvelle vie, tous les deux me regardaient. Et peu à peu, quelque chose d’étrange se produisit. Je cessai presque de regarder le plafond. Mes yeux passaient de Monsieur à Étienne tandis que je répondais à ma mère.
Comme si son regard à elle, absent, avait été remplacé par les leurs.
Elle n’avait que ma voix. Eux avaient mon corps, ma position impudique, mon collier et tous les silences entre mes phrases. Je pouvais choisir mes mots avec elle. Avec eux, aucun mot ne pouvait dissimuler quoi que ce soit. Je lui dis que j’étais heureux.
Un silence se fit à l'autre bout du téléphone, puis ma mère me répondit. Mais je regardais Monsieur. Il soutint mon regard.
Je répétai :
— Oui. Vraiment heureux.
Cette fois, Monsieur acquiesça très légèrement. Presque imperceptiblement. Étienne, lui, ne souriait plus. Il me regardait avec une intensité différente, comme si cette phrase-là l’intéressait davantage que toutes les autres.
Parce qu’elle ne cachait rien.
Je pouvais remplacer obéissance par discipline, règles par organisation, soumission par nouvelle vie.
Mais je n’avais pas besoin de trouver un autre mot pour heureux. C’était vrai. Et je compris soudain que Monsieur le savait. Son regard ne me demandait pas de le proclamer. Il constatait simplement que j’étais capable de le dire à ma mère.
Je poursuivis encore quelques minutes. Je lui promis de donner davantage de nouvelles. Je lui demandai de ne pas s’inquiéter. Puis vint le moment de raccrocher. Je lui souhaitai une bonne soirée. La communication s’interrompit.
Le silence revint dans le salon.
Et leurs regards restèrent sur moi. Je demeurai allongé, exactement dans la même position. Pendant quelques secondes, personne ne parla.
C’était presque pire.
Je pris soudain conscience que durant toute la conversation j’avais été observé. Chaque hésitation. Chaque mot choisi. Chaque silence. Chaque fois que j’avais contourné une vérité sans réellement mentir. Monsieur avait tout vu. Étienne aussi.
Enfin, Étienne rompit le silence.
— Finalement, tu n’as presque pas menti.
Monsieur répondit :
— Il a choisi ce qu’il voulait dire.
— C’est beaucoup plus élégant.
Étienne se leva et vint jusqu’à moi. Je suivis son déplacement des yeux.
— Maman peut dormir tranquille, petite salope.
Il me regarda longuement.
— Son fils travaille bien. Il prépare peut-être une thèse. Il est heureux. Et il a trouvé un excellent chercheur pour l’encadrer.
Monsieur acquiesça.
— Tout est vrai.
Étienne eut un petit rire.
— C’est justement ça qui est délicieux.
Son regard descendit encore une fois sur moi avant de revenir vers mes yeux.
— Elle avait ta voix, Alex.
Une pause.
— Nous avions le reste.
Je sentis mon visage brûler.
Monsieur ajouta simplement :
— Et tu n’as pas eu besoin de mentir.
Je fixai de nouveau le plafond. C’était peut-être cela qui me troublait le plus. Pendant vingt minutes, ma mère avait écouté le récit de ma nouvelle vie. Monsieur et Étienne avaient regardé cette vie pendant que je la racontais. Et aucun des trois n’avait entendu — ni vu — exactement la même histoire.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Merci, baïta, 🙏 pour votre lecture attentive et votre enthousiasme ! Delmas semble décidément exercer sur vous une certaine fascination… Je me demande toutefois si vous lui laisseriez aussi volontiers les commandes une fois confrontée à son caractère : à distance, un personnage conserve quelques avantages ! 😜
Vous avez très bien relevé le jeu des vérités à plusieurs sens. Alex ne raconte pas tout à fait la même chose à chacun, alors même qu’il prononce les mêmes mots. Sa mère y entend une promesse de réussite, tandis que les autres saisissent ce qu’il tait. C’est cet équilibre fragile entre vérité, silence et interprétation qui m’intéresse.
Et votre façon de préserver certains espaces de votre vie donnerait sans doute matière à quelques échanges animés avec Delmas… Merci pour votre fidélité et pour ce regard si personnel sur le récit.👍
Vous avez très bien relevé le jeu des vérités à plusieurs sens. Alex ne raconte pas tout à fait la même chose à chacun, alors même qu’il prononce les mêmes mots. Sa mère y entend une promesse de réussite, tandis que les autres saisissent ce qu’il tait. C’est cet équilibre fragile entre vérité, silence et interprétation qui m’intéresse.
Et votre façon de préserver certains espaces de votre vie donnerait sans doute matière à quelques échanges animés avec Delmas… Merci pour votre fidélité et pour ce regard si personnel sur le récit.👍
(chienne baïta (celle qui regrette que les Maîtres choisissent toujours d'autres personnes qu'elle, mais qui segmente sa soumission à certains aspects de sa vie))
Décidément la charge mentale, le stress et les douleurs physiques élaborés par Docteur Delmas me font vraiment regretter de ne pas le connaître.
Quelle délicieuse idée que ces vérités équivoques voire polysémiques offertes aux Maîtres et à la maman ! Très captivant.
Décidément la charge mentale, le stress et les douleurs physiques élaborés par Docteur Delmas me font vraiment regretter de ne pas le connaître.
Quelle délicieuse idée que ces vérités équivoques voire polysémiques offertes aux Maîtres et à la maman ! Très captivant.
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