Le goût de l'effondrement - chapitre 29

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 14-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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La semaine s’acheva dans un épuisement presque général.

Les cours avaient été particulièrement intensifs. Plusieurs contrôles s’étaient succédés dans différentes disciplines, auxquels s’ajoutaient les lectures, les travaux à rendre et les heures passées à avancer sur nos mémoires. À mesure que les jours s’étaient écoulés, les visages s’étaient creusés, les cafés multipliés entre deux cours et les conversations avaient fini par tourner autour d’une seule perspective : vendredi soir.

Thomas, Claire, Paul et les autres ne parlaient plus que des deux jours qui s’annonçaient.

Dormir. Sortir. Ne rien faire. Oublier pendant quelques heures les dossiers, les lectures et les échéances universitaires. J’étais aussi fatigué qu’eux. Peut-être davantage. Pourtant, je n’attendais pas le week-end avec la même impatience.

Je l’appréhendais.

En semaine, l’université m’offrait encore plusieurs heures durant lesquelles je retrouvais une existence familière. Je suivais mes cours, travaillais avec mes camarades, argumentais, défendais mes idées. Monsieur et Étienne restaient présents dans mon esprit, parfois jusque dans les détails les plus intimes de mon quotidien, cette cage et ce collier me rappelaient à leur bon souvenir, mais ils n’étaient pas physiquement là.

Le week-end supprimait cette distance. Plus de quarante-huit heures avec eux. Quarante-huit heures durant lesquelles la pression, loin de retomber, s’intensifiait. Ce n’était pas nécessairement la dureté de leurs exigences qui m’inquiétait le plus. C’était leur permanence.

Avec Monsieur et Étienne, rien ne semblait insignifiant. Une hésitation, un regard mal placé, une réponse trop lente, une position imparfaite pouvaient être immédiatement relevés. Monsieur corrigeait peu, mais ne laissait rien passer. Étienne, lui, semblait parfois prendre un plaisir particulier à découvrir la petite faille que je n’avais pas remarquée moi-même, puis à l’élargir jusqu’à me faire douter du moindre de mes gestes.

Je devais rester attentif. Toujours. Et surtout, je ne savais jamais ce qu’ils avaient prévu. C’était devenu l’une des choses les plus difficiles à supporter.

Ils pouvaient m’annoncer une sortie quelques minutes avant de partir, modifier le déroulement de la journée, décider d’un exercice, d’une contrainte ou simplement exiger ma disponibilité immédiate. Je n’avais aucun programme auquel me raccrocher.

Je devais m’adapter. À leurs horaires. À leurs décisions. À leurs sollicitations.

Monsieur paraissait toujours savoir exactement ce qu’il faisait et pourquoi il le faisait. Étienne était plus imprévisible, et cette imprévisibilité m’inquiétait davantage encore depuis que j’avais compris que Monsieur ne cherchait nullement à me protéger de lui. Au contraire. Quelques mots sobres suffisaient souvent à lui donner raison. Cette pensée m’accompagna tout le vendredi.

En fin d’après-midi, lorsque notre dernier cours s’acheva, le professeur d’anglais ne nous libéra pas immédiatement. Il posa une liasse de copies sur son bureau. Les conversations cessèrent presque aussitôt.

— Before you leave, I have your papers.

Un soupir parcourut la salle. Il commença à appeler les noms et à rendre les copies de notre devoir avec les notes, sans le moindre commentaire. Il n’en avait pas besoin. Les réactions des étudiants suffisaient. À mesure que les copies circulaient, l’agacement montait.

— Quelqu’un a la moyenne ? murmura Paul.

Personne ne répondit. Claire se retourna vers nous.

— 8,5.

Thomas leva les sourcils.

— Félicitations. Tu es peut-être major.

— Va te faire foutre.

Il sourit. Lorsque nos noms furent appelés, Thomas se leva pour aller chercher notre copie. C’était le devoir que nous avions préparé ensemble sur les institutions politiques européennes. Il revint et la posa entre nous. Nos deux noms figuraient en haut de la première page. Juste en dessous :

8,25/20.

Le professeur avait commenté :

“A disappointingly superficial analysis. Your argument lacks precision, structure and critical depth. At this level, I expect considerably better.”

Je restai immobile. Thomas relut le commentaire puis eut un petit rire.

— Eh bien… on a connu mieux.

Je ne répondis pas.

— “At this level, I expect considerably better”, répéta-t-il. Il est merveilleux. On dirait qu’on vient personnellement de décevoir toute l’université.

Je fixais toujours la note. 8,25.

— Alex ?

— C’est mauvais.

— Oui.

Il avait répondu avec une simplicité presque désarmante.

— Mais personne n’a la moyenne, ajouta-t-il.

Il regarda autour de nous. Les protestations se multipliaient. Certains comparaient déjà leurs copies, d’autres contestaient les critères de notation. Claire, avec son 8,5, semblait effectivement se situer parmi les meilleures notes.

— Quand toute une promo se plante, reprit Thomas, il y a peut-être un moment où le problème ne vient pas uniquement de la promo.

Je savais qu’il avait raison. Cela ne changeait rien. Je relus le commentaire.

Superficial. Lacks precision. Lacks structure. Lacks critical depth.

Et surtout :

I expect considerably better.

Cette dernière phrase me frappa davantage que la note elle-même. J’attends considérablement mieux à ce niveau. Je pensai immédiatement à Étienne. À son exigence intellectuelle. À la manière dont il pouvait démonter un raisonnement en quelques questions. Puis une phrase qu’il avait prononcée quelques jours auparavant me revint avec une précision désagréable :

Un étudiant qui ne se concentre pas pendant ses cours, ça mérite une punition.

Ce jour-là, il s’était amusé de ma peur. Cette fois, j’avais une mauvaise note entre les mains.

— Alex ?

Je relevai la tête. Thomas me regardait.

— Quoi ?

— Tu es devenu blanc.

— Ça va.

— Non.

Je repliai la copie.

— C’est juste la note.

Il m’observa encore quelques secondes. Puis je vis son expression changer. Il avait compris.

— Attends…

Je rangeai mes affaires.

— Tu as peur de rentrer à cause de ça ?

Je ne répondis pas.

— Alex, c’est notre note. On a fait le devoir ensemble.

— Je sais.

— Et personne n’a la moyenne.

— Je sais aussi.

— Alors ?

Je refermai mon sac.

— Je vais devoir leur montrer.

Thomas se tut. La différence entre nous tenait soudain tout entière dans cette phrase. Nous avions travaillé ensemble. Nous avions rendu le même devoir. Nous avions obtenu la même note. Pour Thomas, 8,25 était une mauvaise note au terme d’une semaine épuisante. Pour moi, elle était déjà devenue quelque chose que j’allais devoir présenter, expliquer, peut-être justifier. Et dont je ne connaissais pas encore les conséquences.

— Tu sais que cette note ne dit rien de ton niveau, reprit Thomas.

— Oui.

— Et tu sais aussi qu’elle est complètement aberrante si personne n’a la moyenne.

— Oui.

— Alors essaie au moins de t’en souvenir quand tu leur annonceras.

Quand tu leur annonceras. Même Thomas parlait désormais comme si cette étape était inévitable. Autour de nous, pourtant, l’atmosphère changeait déjà. Malgré les mauvaises notes, le week-end reprenait ses droits. Paul proposait d’aller boire un verre. Claire annonçait qu’elle comptait dormir jusqu’à midi le lendemain. Quelqu’un lança qu’il n’ouvrirait plus un seul document universitaire avant lundi matin. Thomas rangea son ordinateur.

— Moi, je vote pour qu’on oublie cette merde pendant quarante-huit heures.

Je souris faiblement.

— Et toi ? demanda-t-il. Tu vas pouvoir souffler un peu ?

Je m’arrêtai. Le mot me parut presque étrange. Souffler. Je pensai à la porte de l’appartement. Au palier. À mes vêtements que je retirerais avant de sonner. À Monsieur. À Étienne. À ces deux journées entières dont j’ignorais encore absolument tout. Et maintenant à cette copie que j’allais devoir leur remettre.

— On verra, répondis-je.

Thomas me regarda. Depuis sa visite chez Monsieur, il savait entendre tout ce que certaines de mes réponses ne disaient pas. Il n’insista pas. Nous quittâmes la salle avec les autres. Dans le couloir, les conversations étaient redevenues bruyantes. Les mauvaises notes seraient commentées pendant quelques heures, peut-être contestées le lundi suivant, mais elles n’empêchaient personne de se projeter déjà dans le week-end.

Thomas marchait à côté de moi.

— Sérieusement, Alex, ne te rends pas malade avec ça.

— J’essaie.

— Non. Tu n’essaies pas. Tu es déjà en train d’imaginer ce qu’ils vont te dire.

Je tournai la tête vers lui. Il me connaissait trop bien.

— Et je suppose que tu te demandes surtout ce qu’ils vont te faire.

Je ralentis légèrement.

— Thomas…

— Je me trompe ?

Je ne répondis pas. Il souffla.

— Putain.

Nous arrivions au bout du couloir lorsqu’une silhouette apparut quelques mètres devant nous. Je la reconnus immédiatement.

Étienne.

Il sortait d’un bureau, un dossier sous le bras, en conversation avec un homme que je ne connaissais pas. Costume sombre, chemise claire, lunettes à la main : il avait cette apparence parfaitement maîtrisée que je lui connaissais à l’université. Le chercheur. L’universitaire reconnu. L’homme dont ma mère avait prononcé le nom avec admiration quelques jours plus tôt.

Mon estomac se contracta. Thomas le vit presque au même instant.

— Merde…

Étienne termina tranquillement sa conversation. Il serra la main de son interlocuteur, échangea encore quelques mots, puis tourna la tête. Son regard tomba sur nous. Il s’arrêta.

— Alex.

Un seul mot. Je m’immobilisai. Thomas également. Étienne désigna la porte derrière lui.

— Dans mon bureau.

Mon ventre se noua davantage.

— Oui, Professeur.

Je fis un pas. Thomas attrapa très légèrement ma manche. Je me retournai. Son regard alla vers Étienne, puis revint vers moi. Il baissa la voix.

— Tu crois qu’il va…

Il s’interrompit. Puis, presque à contrecœur, il acheva dans un murmure :

— Te baiser ?

Je restai figé. Le mot me frappa avec une violence presque physique. Pas parce qu’il était vulgaire. Étienne m’avait habitué à bien pire. Mais il venait de la bouche de Thomas. De Thomas, ici, dans ce couloir où quelques étudiants passaient encore derrière nous, leurs sacs sur l’épaule, parlant de leurs notes et de leur week-end.

Je sentis la honte me gagner. Quelques jours plus tôt, Thomas n’aurait jamais pu associer Étienne Delmas et moi dans une phrase pareille. Étienne aurait été pour lui un chercheur reconnu, un universitaire impressionnant que nous pouvions croiser dans les couloirs.

Et moi, j’aurais simplement été Alex. Son ami. Son camarade de promotion. Maintenant, il savait. Il savait assez de choses pour que cette question lui paraisse possible. Et ce fut cela qui m’humilia le plus. Je voulus répondre immédiatement. Non ! Un mot aurait suffi. Un mot simple, évident, presque indigné. Mais je ne le prononçai pas. Parce que je n’en savais rien. Cette impossibilité me brûla davantage que la question elle-même.

Je baissai les yeux. Thomas venait de mettre des mots sur ce que je refusais encore de formuler.

Je relevai les yeux vers Étienne. Il attendait toujours devant son bureau, parfaitement calme, un dossier sous le bras. Il avait l’apparence exacte de l’homme que ma mère admirait lorsqu’elle avait entendu son nom. Le contraste me donna presque le vertige.

— Je ne sais pas, murmurai-je.

À peine les mots prononcés, j’aurais voulu les reprendre. Thomas me fixa. Je vis quelque chose passer dans son regard : de la stupeur d’abord, puis cette inquiétude que je connaissais désormais trop bien.

— Putain, Alex…

Je serrai les mâchoires et entrai dans le bureau. Étienne referma la porte derrière nous. À peine eut-elle claqué qu’il se retourna vers moi.

— Chienne, prosterne-toi.

Je restai une fraction de seconde immobile, surpris par la brutalité immédiate de l’ordre.

— Maintenant.

Je posai mon sac et m’exécutai.

— Je veux qu’il en soit ainsi chaque fois que nous serons seuls tous les deux. Dès que cette porte se ferme, tu te prosternes. Je ne veux plus avoir à te le demander.

— Oui, Professeur.

— Bien.

Je gardai le front baissé. Le silence s’installa. Je ne voyais plus que ses chaussures devant moi. Il ne disait rien. Cette attente devint rapidement plus difficile à supporter que ses ordres. Pourquoi m’avait-il appelé ? Je repensai à Thomas, à sa question murmurée quelques secondes auparavant.

Tu crois qu’il va… te baiser ?

Et à ma réponse.

Je ne sais pas.

Je ne savais effectivement rien. Étienne fit quelques pas autour de moi.

— Tu as peur, petite chienne ?

— Oui, Professeur.

— Je le vois.

Il s’arrêta derrière moi.

— Tu trembles.

Je tentai de me maîtriser.

— Inutile de lutter contre ça. C’est beaucoup plus intéressant lorsque ton corps dit la vérité avant toi.

Je fermai les yeux.

— Tu ne sais même pas pourquoi je t’ai fait entrer ici, n’est-ce pas ?

— Non, Professeur.

— Tu ne sais pas ce que je vais te dire.

Il marqua une pause.

— Ni ce que je vais te demander.

Une autre.

— Ni ce que je vais te faire.

Je sentis mon ventre se contracter davantage. Étienne le savait. Il n’avait même pas besoin de me voir entièrement pour comprendre l’effet de ses paroles.

— Voilà.

Sa voix était presque satisfaite.

— C’est exactement ce que je voulais voir.

Je ne répondis pas.

— Embrasse chacune de mes chaussures.

La honte me traversa. J’obéis. Une chaussure. Puis l’autre.

— Encore.

Je recommençai.

— Plus lentement.

Je m’exécutai. Étienne me laissa faire avant de reprendre :

— Cambre-toi.

Je modifiai ma position.

— Davantage.

J’obéis.

— Plus haut ton cul de salope.

Je sentis mon visage s’échauffer.

— Voilà. Ne bouge plus.

Il recommença à marcher lentement autour de moi.

— C’est curieux, n’est-ce pas ? Il y a moins d’une minute, tu étais encore dans le couloir avec Thomas.

Je me raidis.

— Deux étudiants qui terminaient leur semaine. Deux camarades qui parlaient à voix basse avant de rentrer chez eux.

Il s’arrêta.

— Et maintenant regarde où tu es.

Je fixai le sol.

— Enfin… non. Justement. Tu ne peux pas vraiment te regarder.

Un petit rire.

— Dommage.

Je serrai les mâchoires.

— Qu’est-ce que Thomas t’a demandé avant que tu entres ?

Mon souffle se suspendit.

— Professeur…

— Ce n’est pas une question compliquée.

Je gardai le silence.

— Les mots exacts.

Je sentis la chaleur gagner mes joues.

— Il m’a demandé si vous alliez…

Je m’arrêtai.

— Continue.

— …me baiser.

Étienne resta silencieux quelques secondes. Puis sa voix prit cette légèreté mauvaise que je commençais à connaître.

— Tiens donc. Thomas aurait-il changé d’avis ?

Je ne répondis pas
.
— Après tout, il est peut-être plus curieux qu’il ne veut bien l’admettre. Il aimerait peut-être te voir te faire défoncer le cul et t’entendre gémir comme une grosse salope.

— Non, Professeur.

La réponse m’échappa immédiatement. Étienne eut un rire bref.

— Oh… Voilà que tu le défends.

— Il ne voudrait pas voir ça.

— Tu en es certain ?

— Oui, Professeur.

— Comme tu étais certain, il y a quelques jours, qu’il ne supporterait pas de te voir obéir devant nous ?

Je me tus.

— Et pourtant il est resté.

— Parce que c’est mon ami.

— Je sais.

Étienne laissa passer un silence.

— C’est justement ce qui rend la chose intéressante.

Je sentis ma gêne augmenter.

— Peut-être qu’il serait horrifié, reprit-il. Peut-être qu’il détournerait les yeux. Peut-être qu’il m’insulterait encore.

Il marqua une pause.

— Mais maintenant, l’idée existe dans sa tête. Il t’imagine avec ma queue te labourant le cul.

Je serrai les mâchoires.

— C’est lui qui l’a formulée, Alex. Pas moi.

Je ne trouvai rien à répondre.

— Il t’a regardé dans ce couloir et il s’est demandé si, quelques secondes plus tard, je pouvais te faire entrer ici pour te baiser comme une pute que tu deviens.

Je fermai les yeux.

— Et toi, au lieu de rire de cette idée, qu’est-ce que tu lui as répondu ?

Je connaissais déjà la question. Elle me faisait pourtant toujours aussi honte.

— Que je ne savais pas, Professeur.

Le silence qui suivit me parut interminable. Puis Étienne eut un rire bref.

— Voilà. C’est beaucoup plus intéressant.

Il s’approcha de nouveau.

— Ce n’est pas ce que Thomas imagine qui devrait te gêner, petite chienne.

Sa voix descendit presque jusqu’au murmure.

— C’est qu’il te connaît désormais suffisamment pour avoir pu l’imaginer.

Il se tut un instant, puis

— Relève-toi, petite chienne.

Je me redressai. Je restai devant lui, silencieux, attendant la suite. Étienne me contempla encore quelques secondes, comme s’il vérifiait que ce qui venait de se passer avait laissé sur moi l’effet qu’il recherchait. Puis il retourna tranquillement derrière son bureau.

— Tu vas m’attendre près de ma voiture, sur le parking des enseignants.

Je fus surpris.

— Professeur ?

— Tu as très bien entendu.

Il rangea quelques documents dans sa sacoche.

— Tu peux retrouver Thomas avant. Je suppose qu’il t’attend quelque part dans le couloir.

Évidemment, il avait deviné.

— Tu pourras même poursuivre votre conversation.

Son sourire reparut. Je baissai les yeux.

— Et puisque tu te demandes certainement pourquoi je te demande de m’attendre…

Il referma sa sacoche.

— Avec Monsieur, nous t’emmenons à la campagne ce week-end.

Je relevai les yeux malgré moi.

Étienne sourit franchement.

— Le grand air fera du bien à notre petite chienne.

Je ne sus quoi répondre. La campagne. Tout le soulagement que j’avais éprouvé à l’idée d’avoir enfin terminé cette semaine universitaire disparut. Où ? Pour quoi faire ? Où allions-nous dormir ? Qu’avaient-ils prévu ? Les questions se précipitèrent, mais je n’en posai aucune. Étienne le remarqua.

— C’est bien. Tu commences à comprendre qu’il n’est pas nécessaire de tout savoir à l’avance.

Il désigna la porte.

— Va.

— Oui, Professeur.

Je récupérai mon sac et sortis du bureau. Le couloir me heurta presque par sa banalité. Des étudiants riaient, parlaient de leur soirée, se souhaitaient un bon week-end. Quelques minutes seulement s’étaient écoulées. Rien n’avait changé.

Sauf moi.

J’étais pourtant exactement comme avant d’entrer : habillé, mon sac à l’épaule, perdu parmi les autres étudiants. Rien ne permettait de deviner ce qui venait de se passer derrière cette porte. Et malgré cela, j’avais l’impression que tout se voyait. Je retrouvai Thomas un peu plus loin, près des escaliers. Il m’avait attendu.

Dès qu’il m’aperçut, il se redressa.

— Ça va ?

— Oui.

Il me dévisagea.

— Arrête avec tes « oui ».

Je baissai les yeux.

— Qu’est-ce qu’il s’est passé ?

— Il a voulu me rappeler ma place.

Le visage de Thomas se ferma.

— D’accord.

Il attendit quelques secondes.

— Tu veux m’en dire plus ?

Je secouai la tête.

— Pas vraiment.

— Alors je ne te demande pas.

Cette réponse me soulagea presque. Nous commençâmes à descendre l’escalier. Après quelques marches, pourtant, je m’arrêtai.

— Thomas…

Il se retourna.

— Quoi ?

Je sentis déjà la chaleur gagner mon visage.

— Ce que tu m’as demandé avant que j’entre…

— Oui ?

— Il me l’a fait répéter.

Thomas fronça les sourcils.

— Répéter quoi ?

Je le regardai. Il comprit. Son visage changea immédiatement.

— Non.

Je baissai les yeux.

— Si.

— Attends. Il t’a fait répéter ce que je t’ai dit ?

— Oui.

— Mot pour mot ?

— Oui.

Thomas resta une seconde immobile. Puis sa colère éclata.

— Mais quel connard, mais quel fils de pute !

Deux étudiants qui descendaient derrière nous tournèrent la tête.

— Thomas…

— Non, attends. Là, ça me concerne aussi.

Il baissa la voix, mais sa colère n’en fut que plus perceptible.

— Ce que je t’ai dit dans ce couloir, je te l’ai dit à toi. Pas à lui.

— Je sais.

— Alors de quel droit il te force à lui répéter une conversation entre nous ?

— Il m’a posé la question.

— Et évidemment tu lui as répondu.

Je me raidis. Thomas le vit immédiatement.

— Non. Merde. Ce n’est pas un reproche contre toi.

Il passa nerveusement une main dans ses cheveux.

— C’est justement ça qui me fout en colère. Il savait que tu répondrais.

Je ne dis rien.

— Tu lui as vraiment répété la phrase entière ?

J’acquiesçai.

— Que je t’avais demandé s’il allait te baiser ?

— Oui.

Thomas lâcha un rire sec, sans la moindre trace d’amusement.

— Génial. Putain… quel connard !

Il regarda vers l’étage que nous venions de quitter.

— Et je suppose qu’il s’en est servi pour te faire honte.

Mon silence lui suffit.

— Évidemment.

Il fit mine de remonter une marche. Je lui attrapai instinctivement le bras.

— Thomas, non.

— Pourquoi non ?

— Parce que je ne veux pas que tu retournes le voir.

— Et moi je n’ai pas envie que ce pervers, totalement cinglé, récupère ce que je te dis pour s’en servir contre toi !

Sa voix avait de nouveau monté.

— Thomas.

Il me regarda.

— S’il te plaît.

Il resta tendu quelques secondes, puis redescendit la marche.

— D’accord. Parce que tu me le demandes.

Nous reprîmes notre chemin. Il était toujours furieux.

— Mais comprends bien une chose, Alex. Tes règles avec lui, c’est ton choix. Je peux détester ça, mais c’est entre vous. Mes paroles, en revanche, ne lui appartiennent pas.

Je ne répondis pas.

— Et ça, je refuse qu’il se l’approprie.

Nous descendîmes encore quelques marches.

— Et maintenant ? demanda-t-il sèchement.

— Je dois attendre Étienne près de sa voiture.

Il s’arrêta de nouveau.

— Évidemment.

— Ils m’emmènent à la campagne ce week-end.

— Qui, « ils » ?

— Monsieur et Étienne.

— Où ?

— Je ne sais pas.

Il me fixa, incrédule.

— Tu ne sais même pas où tu vas ?

— Non.

— Et tu pars quand ?

— Maintenant.

Thomas resta silencieux un instant, puis secoua la tête.

— C’est hallucinant.

— Thomas…

— Non, je ne vais pas recommencer. Je sais : tu as accepté, tu peux refuser, c’est ton choix. J’ai appris la leçon.

Son amertume me fit mal. Puis il ajouta, beaucoup plus bas :

— Mais ne me demande pas de trouver normal que mon meilleur ami parte pour quarante-huit heures avec deux hommes sans même savoir où ils l’emmènent.

Je ne trouvai rien à répondre. Nous arrivâmes devant la sortie. Thomas poussa la porte, puis se retourna vers moi.

— Et s’il te fait encore répéter ce que je viens de dire, tu peux lui transmettre exactement ça.

Il marqua une seconde.

— Je l’emmerde.

Malgré mon malaise, je le regardai presque avec stupeur. Thomas soutint mon regard.

— Mot pour mot, Alex. Cette fois, j’assume.

Puis nous sortîmes ensemble vers le parking.

Les avis des lecteurs

L'avis d'un lecteur :
(baïta)
Hâte de connaître l'implication de Thomas.
Quant au Docteur Delmas je n'ai malheureusement jamais eu l'opportunité de devoir m'exposer écrasé par le joug d'un Maître sadique. Quid d'une obligation auto infligée ?


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