Le goût de l'effondrement - chapitre 27

- Par l'auteur HDS Alexsoumis -
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Récit érotique écrit par Alexsoumis [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 11-10-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Je fus réveillé par Monsieur.

Lorsque j’ouvris les yeux, il était debout au milieu de la mansarde. Une lumière grise entrait par la petite fenêtre du toit et, pendant quelques secondes, je restai prisonnier de cette confusion qui suit les nuits trop courtes.

Puis je le reconnus pleinement.

— Debout, Alex.

Je repoussai la couverture et me levai.

Je n’eus besoin d’aucune autre indication. À peine debout, je m’agenouillai devant lui, posai les mains au sol et descendis lentement jusqu’à me prosterner à ses pieds.

— Bonjour, Monsieur.

— Bonjour, Alex.

Il me laissa quelques secondes ainsi avant de m’ordonner de me relever. La suite appartenait désormais au rituel du matin.

Monsieur s’assit sur le bord du lit et je pris la position attendue. La fessée ne sanctionnait aucune faute. Elle marquait simplement le commencement de la journée, comme Monsieur l’avait décidé depuis mon installation. Je la reçus sans protester. Les premières claques achevèrent de dissiper mon sommeil. Je ne les comptais plus. J’attendais seulement qu’il décide que c’était terminé.

Lorsqu’il me remit debout, mes pensées étaient parfaitement claires.

— En bas. Tu prépares le petit-déjeuner.

Je le suivis jusqu’à la cuisine.

Étienne était déjà là, habillé, assis à table. Il leva les yeux lorsque j’entrai et me détailla tranquillement.

— Voilà notre petite chienne au cul rougi.

Je baissai les yeux.

— Elle a bien dormi ?

— Oui, Professeur.

— Moi qui craignais que la visite de son petit camarade ne l’ait bouleversée.

Je ne répondis pas.

— Étienne t’a parlé, dit Monsieur.

— Pardon, Monsieur.

Je me tournai légèrement vers Étienne.

— Thomas m’a effectivement préoccupé.

— Préoccupé.

Étienne sourit.

— Toujours ce vocabulaire impeccable. Même à poil devant nous, la bite en cage, un collier autour du cou, il reste étudiant en sciences politiques.

Monsieur prit place.

— Il tient à ses mots.

— Je sais. C’est une de ses dernières élégances.

Je sentis immédiatement la morsure de la phrase. Étienne désigna la cuisine.

— Allez, petite chienne. Puisque tu as si bien dormi, rends-toi utile.

Je regardai Monsieur.

— Tu as entendu, dit-il.

— Oui, Monsieur.

Je préparai le café, sortis le pain, le beurre et les confitures, puis disposai le tout devant eux. Étienne me suivait du regard.

— Il sert plutôt bien.

— Il apprend, répondit Monsieur.

— Heureusement. Ce serait désolant de lui retirer autant de choses sans réussir au moins à en faire un domestique convenable.

Monsieur but une première gorgée de café.

— Il progressera.

Ces deux mots me firent davantage rougir que la remarque d’Étienne. Lorsque je les eus servis, Monsieur désigna ma gamelle.

— À toi.

Je versai du café dedans et y déposai plusieurs morceaux de pain. Étienne observa le pain s’imbiber.

— C’est tout de même extraordinaire.

Je savais qu’il parlait de moi avant même qu’il poursuive.

— Hier, monsieur discutait de liberté, de consentement et d’autorité. Ce matin, la chienne attend que son pain soit suffisamment ramolli pour pouvoir le manger sans ses mains.

Monsieur regarda ma gamelle.

— C’est exact.

— Quelle trajectoire intellectuelle.

Je posai la gamelle sur ma couverture et me mis à quatre pattes.

— Commence, ordonna Monsieur.

Je baissai le visage. Le premier morceau de pain se défit presque entre mes lèvres. J’avalai et replongeai vers la gamelle.

— Regarde-le, dit Étienne.

Monsieur tourna les yeux vers moi. Je continuai.

— Ce qui me fascine, reprit Étienne, c’est la rapidité.

Il beurra tranquillement une tartine.

— Il y a encore peu, il aurait probablement trouvé cette scène profondément humiliante.

— Il la trouve toujours humiliante, répondit Monsieur.

Je m'immobilisai presque. Étienne sourit.

— Encore mieux.

Monsieur ajouta simplement :

— Continue, Alex.

Je repris. Du café coula sur mon menton. Étienne eut un petit rire.

— Ne t’essuie surtout pas.

Je n’en avais de toute façon pas le droit.

— C’est mieux comme ça. Un peu moins propre, un peu moins digne.

Il se tourna vers Monsieur.

— Ça lui va bien.

Monsieur me regarda quelques secondes.

— Oui.

Ce simple acquiescement me traversa. J’aurais presque préféré qu’il ne dise rien. Étienne poursuivit :

— Tu sais ce que je trouve réussi chez lui ?

Monsieur attendit.

— Le contraste. À l’université, personne ne devinerait.

Il me désigna vaguement avec sa tasse.

— Ils voient un garçon intelligent, cultivé, probablement promis à une belle carrière. Ils l’écoutent parler. Ils lui demandent son avis.

Son regard revint vers moi.

— Et nous, nous savons qu’il commence sa journée le nez dans une gamelle.

Monsieur posa sa tasse.

— Nous savons davantage de choses sur lui qu’eux.

— Beaucoup davantage.

Je terminai mon pain.

— C’est bien, dit Étienne. Tu vois, quand on te donne une tâche adaptée, tu t’en sors parfaitement.

Je sentis mes joues brûler. Monsieur désigna la couverture.

— Position.

Je m’allongeai sur le dos, les bras le long de mon corps. J’écartai largement les cuisses selon la règle établie et fixai le plafond. Étienne se pencha légèrement pour m’observer.

— Voilà.

Il prit son café.

— Là, au moins, il n’y a plus d’ambiguïté.

Je restai immobile.

— Quelle ambiguïté ? demanda Monsieur.

Je compris immédiatement qu’il savait parfaitement ce qu’Étienne voulait dire.

— Celle qu’il entretient encore dehors. Cette illusion qu’il pourrait exister deux Alex : celui de l’université et celui qui nous appartient ici.

Monsieur réfléchit une seconde.

— Il commence à comprendre que non.

— Tant mieux.

Étienne croisa les jambes.

— Parce qu’il serait dommage qu’il prenne ses vêtements pour une restauration de sa dignité.

Je sentis mon ventre se contracter.

— Alex reste Alex, répondit Monsieur.

Un bref soulagement me traversa. Puis il ajouta :

— Seule sa place change.

Étienne sourit.

— C’est beaucoup mieux dit.

Ils reprirent tranquillement leur petit-déjeuner. J’étais toujours allongé à leurs pieds. Après quelques instants, Étienne demanda :

— Au fait, le colloque ?
— Confirmé.

— Dans quinze jours ?

— Oui.

— Trois jours ?

— Trois jours.

— Hôtel réservé ?

— Oui.

Étienne resta silencieux quelques secondes. Puis :

— Et qu’est-ce qu’on fait de la petite chienne ?

Je sentis immédiatement mon attention se tendre. Monsieur répondit comme s’ils discutaient d’un détail d’organisation.

— Je n’ai pas encore décidé.

— Tu ne vas pas le laisser seul.

— Non.

— Évidemment.

Étienne se pencha légèrement vers moi.

— Trois jours sans surveillance… Tu imagines, Alex ?

Je ne répondis pas.

— Professeur t’a parlé, rappela Monsieur.

— Pardon, Monsieur.

— Alors ?
— Non, Professeur.

— Non quoi ?

— Je n’imagine pas que Monsieur me laisse seul pendant trois jours.

— Très bien.

Étienne se redressa.

— Au moins, il ne nourrit plus trop d’illusions.

Monsieur répondit sobrement :

— Très peu.

— Nous progressons.

Ils parlèrent encore quelques secondes du voyage. Puis Étienne reprit :

— Il y aurait le chenil.

Le mot tomba avec une simplicité déconcertante. Je fixai le plafond.

— Ce n’est pas absurde, répondit Monsieur.

Je sentis immédiatement mon ventre se nouer. Étienne le remarqua.

— Oh… Regarde.

Monsieur ne répondit pas.

— Rien qu’un mot et notre petite chienne se raidit. Sauf sa queue bien sûr, bien enfermée, bien protégée, elle n’en a plus les moyens.

Il se pencha vers moi.

— Tu sais ce qu’est un chenil, Alex ?

— Oui, Professeur.

— Très bien. Au moins, tes études supérieures t’auront appris quelque chose d’utile.

Je sentis la honte monter.

— Et qu’est-ce qu’on met dans un chenil ?

Je savais exactement ce qu’il attendait. Je gardai pourtant le silence une seconde de trop. Monsieur intervint, très calmement :

— Réponds.

— Des chiens, Monsieur.

— À Étienne.

Je corrigeai aussitôt :

— Des chiens, Professeur.

— Voilà.

Étienne sourit.

— Et comme tu es notre petite chienne…

Il laissa volontairement la phrase inachevée. Monsieur termina :

— La proposition se tient.

Je ne pus empêcher mes doigts de se contracter contre la couverture. Étienne le vit.

— Ce qui est charmant, c’est qu’il ne sait même pas de quoi nous parlons.

— Non, répondit Monsieur.

— Un lieu ? Une organisation ? Une cage ? Des gens ? D’autres chiens ?

Il marqua une pause après chaque possibilité.

— Trois jours ? Trois nuits ? Enfermé ? Attaché ? Seul ?

Je ne savais plus quelle image repousser. Étienne sourit.

— Regarde comme son imagination travaille.

Monsieur jeta un bref regard vers moi.

— Je vois.

— Et il n’ose même pas demander.

— Il sait attendre.

— Tu l’as bien dressé.

Monsieur reprit son café.

— Il apprend vite.

Le mot dressé resta pourtant suspendu en moi. Étienne reprit tranquillement :

— Personnellement, j’aime beaucoup le chenil. Symboliquement, c’est parfait.

— Pourquoi ?

— Parce qu’un étudiant peut encore se raconter beaucoup de choses sur lui-même.

Son regard descendit vers moi.

— Une petite chienne déposée au chenil pendant l’absence de ses maîtres, beaucoup moins.

Monsieur acquiesça.

— C’est juste.

Je fermai les yeux une fraction de seconde.

— Les yeux ouverts, dit Monsieur.

Je les rouvris immédiatement. Étienne sourit.

— Même ses échappatoires ne lui appartiennent plus.

— Non, répondit Monsieur.

Le silence qui suivit fut probablement le moment le plus humiliant. Parce qu’il n’y avait plus rien à ajouter.

Puis Monsieur posa sa tasse.

— Autre chose, Alex.

Je restai immobile.

— Ta mère a téléphoné.

Tout ce qui concernait le chenil disparut instantanément.

— Plusieurs fois.

Mon cœur accéléra.

— J’ai répondu au dernier appel.

Je faillis tourner la tête.

— Vous avez parlé à ma mère ?

— Oui.

Étienne eut un petit rire.

— Voilà qui l’inquiète davantage que le chenil.

Monsieur observa mon visage.

— Oui.

Étienne se pencha légèrement.

— C’est touchant.

Je fixai obstinément le plafond.

— Maman ne sait rien, n’est-ce pas ?

— Non, Professeur.

— Elle imagine toujours son fils dans sa petite vie bien rangée ?

Je ne répondis pas.

— Alex.

— Oui, Professeur.

— Elle ignore la gamelle ?

Je sentis mon visage brûler.
— Oui.

— La couverture ?

— Oui.

— La manière dont tu attends à nos pieds ?

— Oui, Professeur.

— La cage ?

Je déglutis.

— Oui.

Étienne se redressa.

— En somme, elle connaît presque tout de son fils sauf sa vie actuelle et de ce qu’il devient.

Monsieur répondit :

— Pour l’instant.

Ces trois mots me glacèrent.

— Qu’est-ce que vous lui avez dit ? demandai-je.

— Que tu allais bien. Que ta situation avait changé. Que tu avais commencé une nouvelle vie.

— Rien d’autre ?

— Rien.

Je respirai enfin.

— Elle voulait te parler.

— Je pourrai l’appeler ?

— Ce soir.

Le soulagement fut immédiat.

— Merci, Monsieur.

— Devant nous.

Mon soulagement disparut.

— Sur haut-parleur.

Le téléphone. Le haut-parleur. Leur présence. Thomas. L’ignominie vécue. La veille au soir me revint brutalement. Sa voix dans la pièce. Mes réponses sous leurs regards. Sa colère. Ses silences.

Et surtout cette phrase :

Je ne veux pas entendre la suite.

Puis il avait raccroché. Je sentis la peur monter.

— Monsieur…

— Oui ?

— Ce sera comme hier soir ?

Étienne éclata d’un petit rire.

— Ah. Nous y voilà.

Monsieur ne répondit pas immédiatement.
— Précise.

— Avec Thomas.

Étienne reprit :

— Il demande si nous allons faire écouter à sa mère ce qu’elle ignore encore de son gentil garçon.

Je fermai les yeux.

— Ouvre-les, dit Monsieur.

J’obéis.

— Réponds à Étienne.

— J’ai peur que ce soit comme avec Thomas, Professeur.

— Pourquoi ? Ta mère pourrait être ravie de t’entendre te faire baiser.

Je savais qu’il se moquait de moi.

— Étienne…

— Oui ?

— Elle ne comprendrait pas.

— Ça, je veux bien le croire.

Il regarda Monsieur.

— Imagine la conversation. « Bonjour Madame, votre fils va très bien. Il se fait actuellement déboiter le cul, gaver la gueule pendant que vous lui parlez.

Monsieur eut un léger sourire.

— Elle poserait probablement des questions.

— Et quelles réponses !

Étienne revint vers moi.

— Tu lui dirais quoi, Alex ? Que tu viens de prendre ton petit-déjeuner sans les mains ? Que tu aimes te faire baiser telle une chienne en chaleur ?

Je ne répondis pas.

— Que tu portes une cage de chasteté pour t’empêcher de te toucher la nouille ?

Silence.

— Que nous cherchons où te mettre pendant notre voyage ?

Je sentis mon cœur battre plus vite.

— Que le chenil tient la corde ?

Monsieur intervint enfin.

— Il choisira ce qu’il dira.

Je respirai légèrement mieux. Mais Monsieur ajouta :

— Nous écouterons.

Étienne sourit.

— Évidemment.

Puis, presque doucement :

— Et si maman demande pourquoi tu n’as plus ton téléphone ?

Je ne répondis pas.

— Ou avec qui tu vis ?

Toujours rien.

— Ou pourquoi ta voix tremble ?

Je déglutis. Étienne attendit quelques secondes.

— Ou simplement : « Est-ce que tu es heureux, mon chéri ? »

Cette question me frappa davantage que les précédentes. Monsieur le vit.

— Celle-là te trouble.

— Oui, Monsieur.

— Pourquoi ? demanda Étienne. Elle est pourtant facile.

Je tournai légèrement les yeux vers lui avant de me reprendre.

— Parce que je lui répondrais oui.

Étienne resta silencieux. Monsieur également. Puis Étienne sourit.

— Voilà qui est beaucoup plus humiliant que tout le reste.

Je ne compris pas.

— Pourquoi ?

— Parce qu’une gamelle, une cage ou un chenil peuvent toujours être présentés comme quelque chose qu’on t’impose.

Il se pencha légèrement.

— Mais expliquer à ta mère que tu es heureux ainsi…

Il laissa la phrase mourir.

Monsieur termina sobrement :

— Ce serait la vérité.

Je fixai le plafond.

— Oui, Monsieur.

Étienne reprit sa tasse.

— Pauvre maman.

Monsieur ne le reprit pas.

Il acquiesça simplement.

— Ce soir, nous verrons.

Et leur petit-déjeuner continua au-dessus de moi.

Une heure plus tard, je quittai l’appartement pour rejoindre l’université.

J’avais retrouvé mes vêtements, mon sac, mes livres, tout ce qui, vu de l’extérieur, faisait de moi l’étudiant que j’avais toujours été. Pourtant, en descendant l’escalier, j’avais la boule au ventre.

La matinée tournait encore dans ma tête. Le colloque. Trois jours. Le chenil.

Mais surtout ma mère.

Ce soir.

Je l’entendais déjà décrocher. Je connaissais la façon dont elle prononcerait mon prénom, puis les questions qui viendraient presque immédiatement. Pourquoi n’avais-je pas répondu à ses appels ? Pourquoi était-ce un inconnu qui avait finalement décroché ? Qui était cet homme ? Où vivais-je exactement ? Pourquoi ne lui avais-je rien dit ?

Et derrière moi, ou à côté de moi, il y aurait Monsieur et Étienne.

Silencieux.

À écouter.

Cette seule perspective suffisait à nouer mon ventre.

La veille, Thomas avait été au bout du téléphone. J’avais entendu sa colère, son incompréhension, puis son refus. Mais Thomas savait déjà. Il avait vu la cage, ma nudité sur le palier, mes positions, mon obéissance. Il avait vu Étienne me donner des ordres et Monsieur les approuver.

Ma mère ne savait rien. C’était toute la différence. À plusieurs reprises sur le trajet, je tentai mentalement de préparer mes réponses.

Oui, maman, tout va bien. Celle-là était facile.

Oui, je suis heureux. Elle était vraie.

Les suivantes l’étaient beaucoup moins. Avec qui vis-tu ? Pourquoi n’as-tu plus ton téléphone ? Qui est cet homme qui m’a répondu ?

Et surtout celle qu’Étienne avait formulée quelques minutes plus tôt :

Est-ce que tu es libre ?

Je n’avais toujours pas trouvé de réponse qui ne soit ni un mensonge ni une vérité impossible à expliquer.

Lorsque j’arrivai à l’université, le bruit du hall me ramena brutalement à une réalité presque rassurante. Des étudiants parlaient devant les distributeurs, d’autres couraient déjà vers leurs cours. Quelqu’un m’adressa un salut auquel je répondis machinalement. Ici, rien n’avait changé. Ou plutôt : personne ne savait que tout avait changé.

Je cherchai Thomas. Je le trouvai près d’une fenêtre. Et dès que je le vis, mes propres inquiétudes reculèrent un instant. Il avait une mine épouvantable. Les traits tirés, les yeux rougis, les cheveux en désordre. Lui qui avait toujours cette manière un peu négligée mais finalement assez maîtrisée de s’habiller semblait avoir attrapé ce matin-là les premiers vêtements à sa portée.

Je m’approchai.

— Salut.

Il leva les yeux.

Son regard s’arrêta sur moi pendant plusieurs secondes.

— Salut.

— Tu n’as pas dormi ?

Un rire bref lui échappa.

— Ça se voit tant que ça ?

— Oui.

Il passa une main sur son visage.

— Alors non. Pratiquement pas.

Je savais pourquoi.

— À cause d’hier ?

Thomas me fixa.

— À ton avis ?

Je baissai légèrement les yeux.

— J’ai tout repassé dans ma tête, reprit-il. Toute la nuit.

— Tout ?

— Tout, Alex.

Il parlait bas maintenant.

— Le palier. Toi qui te déshabilles devant moi. Le fait que tu attendes devant cette putain de porte qu’on t’autorise à entrer. Delmas. Ses ordres. La gifle. Toi par terre…

Sa mâchoire se contracta.

— Et l’appel.

Je ne bougeai plus.

— Surtout l’appel.

La coïncidence me glaça. Ce soir, un autre appel aurait lieu. Thomas détourna un instant les yeux.

— Cette nuit, j’ai failli prendre mon téléphone je ne sais combien de fois.

Je le regardai.

— Pour m’appeler ?

— Justement, non.

Il eut un rire bref, amer.

— C’est ça qui m’a rendu dingue. Je ne pouvais même pas t’appeler.

Je ne répondis pas.

— Ton téléphone n’est plus avec toi. Je le sais.

Il passa une main sur son visage.

— Si j’appelle ton numéro, ce n’est même pas toi que je suis certain de joindre. C’est peut-être lui qui décroche. Ou Delmas. Ou personne.

— Thomas…

— Tu te rends compte de ce que ça fait ?

Sa voix n’était pas forte, mais sa colère était intacte.

— J’avais envie de savoir si ça allait. J’avais envie de te parler après ce qui s’était passé. Et je me suis retrouvé devant mon téléphone à me dire que je n’avais même plus de moyen de te joindre directement.

Je baissai les yeux.

— Et le pire, reprit-il, c’est que toi, tu ne pouvais pas davantage m’appeler.

Je ne répondis pas. Il eut un mouvement de tête.

— Enfin si. Tu pouvais. On l’a bien vu hier.

Il me fixa.

— Mais seulement lorsqu’eux avaient décidé que tu pouvais le faire.

La phrase resta entre nous.

— C’est ça que je n’ai pas réussi à sortir de ma tête cette nuit, Alex. Avant, si j’avais besoin de te parler, je t’appelais. Si tu avais envie de me parler, tu m’appelais. C’était tellement banal qu’on n’y pensait même pas.

Il marqua une pause.

— Maintenant, même ça passe par eux. Et pour entendre quoi… des choses qui me casse les couilles.

Je relevai les yeux vers lui.

— Je l’ai accepté.

— Je sais.

Sa réponse tomba immédiatement.

— Et arrête de croire que ça me rassure.

Il inspira profondément avant d’ajouter, plus calmement :

— C’est justement parce que je sais que tu l’as accepté que je n’ai pas dormi.

Quelques secondes passèrent. Puis son regard descendit brièvement sur moi.

Il remonta presque immédiatement.

— Tu l’as aujourd’hui ?

Je fronçai les sourcils.

— Quoi ?

Il hésita.

Cette fois, son regard se posa clairement sur mon entrejambe.

Je compris.

— Tu veux parler de ma cage de chasteté ?

— Oui.

— Oui. Je la porte.

Thomas ferma les yeux une seconde.

— Même ici.

— Même ici.

— Toute la journée ?

— Oui.

Il me regarda comme s’il cherchait encore à s’habituer à cette idée.

— Et Monsieur a toujours la clé ?

— Oui.

— Tu ne l’as jamais ?

— Non.

— Même quand tu es à l’université.

— Même quand je suis à l’université.

Thomas passa une main sur son visage.

— C’est dingue.

Je ne répondis pas.

Son regard descendit encore une fois malgré lui.

— Personne ne le sait ?

— Non.

— À part moi.

— À part toi.

— Et Delmas.

— Oui.

Il hocha lentement la tête.

— Donc tu peux être là toute la journée, suivre tes cours, aller à la bibliothèque, bosser avec nous, boire un café… et personne ne peut savoir que tu portes ça.

— C’est le principe.

— Non.

Sa réponse fut immédiate.

— Ce n’est pas « le principe ». C’est précisément ce qui me fout mal à l’aise.

Je le regardai.

— Pourquoi ?

Thomas désigna vaguement le hall.

— Regarde autour de toi. Pour tout le monde ici, tu es exactement le même Alex qu’il y a quinze jours.

Je suivis son regard. Des visages familiers. Des étudiants. Des conversations ordinaires.

— Moi aussi, je te voyais comme ça jusqu’à hier.

Il baissa la voix.

— Maintenant, je sais.

Je ne répondis pas.

— Hier, je croyais que ce qui me choquait, c’était de voir cette cage.

Il secoua la tête.

— Ce matin, je crois que c’est pire.

— Pourquoi ?

— Parce que je ne la vois pas.

Je fronçai les sourcils.

— Je ne comprends pas.

— Moi, si.

Il me fixa.

— Elle est cachée. Mais je sais qu’elle est là. Je sais que tu n’as pas la clé. Je sais qui l’a. Et je sais ce que ça signifie pour toi.

Il marqua une pause.

— Alors maintenant, quand je te regarde habillé comme ça, je vois les deux.

Cette phrase me troubla.

— Les deux quoi ?

— L’Alex que tout le monde voit.

Puis, plus doucement :

— Et celui que j’ai découvert hier.

Je restai silencieux.

Thomas me regarda encore quelques secondes.

— Et je ne sais pas encore comment faire tenir les deux, ensemble.

La sonnerie retentit dans le couloir. Autour de nous, les étudiants commencèrent à rejoindre les salles. Thomas ramassa son sac.

— On y va ?

— Oui.

Nous fîmes quelques pas. Puis il me demanda :

— Et toi ? Ça va ce matin ?

La question était simple. Ma réponse aurait dû l’être aussi. Je pensai au chenil. À ma mère. Au téléphone posé sur haut-parleur ce soir. À Monsieur et Étienne qui écouteraient chacune de mes réponses.

— Oui.

Thomas s’arrêta.

Il me regarda.

— Tu mens très mal.

Je souris malgré moi.

— Je sais.

Pour la première fois depuis que je l’avais retrouvé, quelque chose ressemblant presque à l’ancien Thomas passa dans son regard.

— Qu’est-ce qu’il y a ?

J’hésitai. Je pouvais lui parler du colloque. Du chenil. De ma mère.

Je ne le fis pas.

— Rien dont j’aie envie de parler maintenant.

Thomas me fixa encore un instant. Puis il hocha la tête.

— D’accord.

Pas de question supplémentaire. Pas d’ordre. Pas d’insistance. Un simple d’accord.

Après le début de matinée que je venais de vivre, cette facilité avec laquelle il acceptait ma limite me troubla presque autant que le reste. Nous reprîmes notre marche vers l’amphithéâtre. Et pendant quelques mètres, nous redevînmes simplement deux étudiants en retard pour leur cours.

Presque.

Les avis des lecteurs

L'avis de Alexsoumis
Votre souci du bien-être animal est louable. Un ouvrage consacré à nos amis à quatre pattes répondrait sans doute mieux à vos attentes. Ici, les personnages sont humains — ce qui, je vous l’accorde, ne garantit pas qu’ils se conduisent toujours comme tels.

L'avis d'un lecteur :
A l'heure actuelle les sévices faits aux animaux sont punis très sévèrement.
Dont acte.


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