Le tentateur (5)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le tentateur (5)
Chapitre 5
Je nous porte jusqu’au lit sans me retirer, m’effondre sur le dos avec lui toujours empalé sur moi. Il s’affale sur mon torse, épuisé, couvert de sueur et de nous deux, respiration rauque contre ma peau.
Silence. Seul le bruit de nos cœurs qui cognent.
Je reste en lui. Il reste sur moi.
Je me retire lentement de lui. Tom pousse un petit soupir épuisé, les yeux mi-clos, un sourire vague encore accroché aux lèvres. Je ne le regarde plus. Je me lève, les jambes molles, les jambes lourdes, le corps encore tremblant de l’orgasme. Je traverse la chambre sans un mot, pieds nus sur le parquet froid, et je ferme la porte de la salle de bain derrière moi.
Le verrou claque. Je m’appuie contre la porte, le front contre le bois, et ça vient d’un seul coup : les larmes. Silencieuses, brûlantes, impossibles à arrêter. Je glisse jusqu’au sol, dos contre la porte, visage dans les mains. Je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus ce que je veux. Je ne sais plus si j’aime Carolina ou si je l’ai jamais vraiment aimée comme il faut. Tout ce que je sais, c’est que je viens de baiser son frère dans notre lit et que j’ai joui comme jamais de ma vie.
Je me relève, tremblant, et je fais couler la douche à fond. L’eau est glacée d’abord, puis brûlante. Je reste dessous, longtemps, très longtemps. Les yeux fermés, la tête contre la faïence. Je laisse l’eau emporter la sueur, le sperme, l’odeur de Tom sur ma peau. Mais pas les souvenirs, pas les images. Elles restent collées à moi.
Des coups légers à la porte. « Nick… » La voix de Tom, basse, un peu inquiète.
Je serre les dents. « Va-t’en. » Ma voix se brise. « Retourne dans la chambre d’amis. Laisse-moi. »
Silence. Puis le bruit de ses pas qui s’éloignent.
Je reste sous l’eau jusqu’à ce que mes doigts soient fripés et que mes larmes se mélangent à l’eau qui coule. Jusqu’à ce que je sois vide.
Quand je sors enfin, l’appartement est plongé dans le noir. Seule une petite lampe est restée allumée dans le couloir. Je passe une serviette autour de mes hanches, les cheveux dégoulinants. Je m’arrête devant la porte de la chambre. J’hésite. Longtemps.
Je ne peux aller dormir sur le canapé. Je peux partir. Je peux faire semblant que rien n’a eu lieu.
Mais je suis tellement perdu, tellement seul dans ma propre tête, que l’idée de dormir sans personne près de moi me terrifie.
Je pousse la porte sans bruit. Tom est allongé sur le dos, un drap remonté jusqu’à la taille, bras rejeté au-dessus de la tête, endormi. Il a l’air paisible. Presque fragile. Je reste là, debout, à le regarder respirer. Puis, doucement, comme si je risquais de le réveiller en le touchant, je soulève le drap et je m’allonge tout au bord du lit, le plus loin possible de lui, sur le dos, les yeux fixés au plafond.
Je ne bouge plus. Je n’ose même pas respirer trop fort.
Quelques minutes passent. Peut-être une heure. Je ne sais pas.
Un bras glisse doucement autour de ma taille. Je me raidis. Tom s’est réveillé ; je le sens se rapprocher dans mon dos, lentement, sans un mot. Il ne me serre pas fort. Il pose juste son bras sur moi, sa main ouverte sur mon ventre, sa poitrine contre mon dos. Chaud. Calme. Présent.
Je reste crispé une seconde… puis mon corps lâche. Je pousse un soupir tremblant, presque un sanglot étouffé. Il resserre un peu son étreinte, juste assez pour que je sente qu’il est là. Sa respiration régulière contre ma nuque.
Je ferme les yeux. Pour la première fois depuis des heures, mon cœur ralentit. Je ne sais toujours pas qui je suis. Mais là, tout contre lui, je ne suis plus seul avec cette question.
Et je m’endors.
Les mois ont passé dans un silence de plomb.
Cette semaine où Carolina était à Milan, Tom avait dormi chaque nuit dans mon lit, sans que rien d’autre ne se produise. Il se glissait sous la couette, restait de son côté, et je restais du mien. Parfois, au milieu de la nuit, son bras venait se poser sur ma taille ; je ne le repoussais pas. C’était tout. Le dimanche soir, quand Carolina est revenue de Milan, j’ai simplement dit : « Tu reprends la chambre d’amis à partir de ce soir. » Il a hoché la tête, pris ses affaires et, le lendemain matin, il était parti. Il n’est jamais revenu dormir à l’appartement. Il avait son propre chez-lui, à vingt minutes en métro. Il venait encore pour les repas de famille, les anniversaires, mais il rentrait toujours chez lui le soir. Je ne l’ai plus jamais laissé franchir la porte de ma chambre.
Et puis vint le jour du mariage.
Deux heures avant la cérémonie. L’appartement est vide. Carolina est déjà chez ses parents depuis la veille avec sa mère et les demoiselles d’honneur. Je suis seul, en costume gris anthracite, cravate parfaitement nouée, debout devant le miroir du salon. Je regarde l’homme qui me fait face et je ne le reconnais plus.
La porte s’ouvre sans bruit. Tom entre. Costume noir, chemise blanche impeccable, cheveux encore humides. Il referme derrière lui, reste à distance.
Je soupire. « Tom… pas aujourd’hui. »
Il avance d’un pas. « Tu vas vraiment le faire ? »
Je ferme les yeux une seconde. « Oui. »
Un autre pas. « Tu l’aimes ? »
Ma voix claque. « Ça ne te regarde pas. »
Il continue d’avancer, calme, implacable. « Si. Parce que moi, je t’aime. Et toi, tu mens depuis six mois. À elle. À toi. »
Je sens la rage monter. « Dégage. »
Je fonds sur lui, l’attrape par le col de la chemise à deux mains, le plaque violemment contre le bord de la grande table de salle à manger. Les verres tremblent. Une bouteille d’eau tombe et roule au sol.
On se fixe, à dix centimètres, respiration courte, rage et désir mélangés. Je vais lui hurler dessus. Au lieu de ça, je l’embrasse.
Brutal. Désespéré. Mes lèvres écrasent les siennes, mes dents mordent sa lèvre, ma langue force le passage. Il répond tout de suite, avec la même violence, mains dans mes cheveux, tirant fort.
Je le fais pivoter, le penche sur la table. Il se laisse faire, paumes à plat sur le bois. Je relève sa chemise d’un geste sec, défais sa ceinture, descends pantalon et boxer jusqu’à mi-cuisses. Il est déjà dur, déjà luisant. Je déboutonne mon pantalon, libère ma queue, crache dans ma paume et m’enduis rapidement.
Je le pénètre d’un seul coup de reins, sans préambule. Il pousse un râle rauque, dos cambré, doigts crispés sur le bord de la table. Je m’enfonce jusqu’à la garde, grogne contre sa nuque.
Pas un mot. Juste des coups de reins brutaux, rapides, profonds. La table cogne contre le mur. Ses gémissements sont étouffés, animaux. Il pousse en arrière à chaque fois, avide. Je glisse une main devant, l’empoigne, le branle en rythme. Il jouit en premier, un cri contenu, son sperme gicle sur le bois verni. Je jouis juste après, profondément enfoui, en longues pulsations brûlantes qui le remplissent.
Je reste une seconde sur son dos, tremblant.
Je me retire brusquement, remonte mon pantalon, ajuste ma cravate. Je ne le regarde pas. Tom reste encore une seconde penché sur la table, souffle court, puis se redresse lentement. Il remonte son boxer, referme sa ceinture, passe une main tremblante dans ses cheveux. Ses lèvres sont gonflées, ses yeux brillants. Il ne dit rien.
Je prends ma veste, mes clés, mon téléphone. Je passe devant lui sans un mot. J’ouvre la porte, je sors, je claque derrière moi.
Dans le couloir, j’entends ses pas derrière moi. L’ascenseur arrive. On monte ensemble, côte à côte, sans se toucher, sans se regarder. Deux hommes en costume impeccable. Deux frères dans la loi. Rien ne trahit ce qui vient de se passer, sauf l’odeur de sexe qui flotte encore autour de nous.
Dans la voiture, je conduis. Tom est assis à l’arrière, côté droit. Il regarde par la fenêtre. Je le vois dans le rétroviseur : visage fermé, mâchoire crispée. Il a lissé sa chemise, recoiffé ses cheveux. On dirait juste un témoin de mariage un peu nerveux.
Je gare devant l’église. Les invités commencent à arriver. On sort en même temps. On se croise sur le parvis, à deux mètres l’un de l’autre. Nos regards se croisent une fraction de seconde. Rien. Aucun signe. Aucun mot.
Il passe devant moi, monte les marches, salue la mère de Carolina d’un sourire poli. Je reste en bas une seconde, respire un grand coup, ajuste ma cravate une dernière fois.
Puis je monte à mon tour.
Je vais épouser sa sœur. Et lui, il sera là, au premier rang, à me regarder dire oui.
Comme si rien n’avait jamais existé entre nous. Comme si, dans dix minutes, je n’allais pas détruire trois vies en même temps.
L’église est pleine à craquer. Les vitraux jettent des taches de lumière rouge et bleue sur la nef. L’orgue joue doucement, presque timidement. Carolina est là, devant moi, sublime dans sa robe blanche, le voile léger qui tremble à chaque souffle. Elle me sourit, les yeux brillants, confiante, heureuse, amoureuse.
Je l’entends à peine. Les mots du prêtre me parviennent comme à travers un épais brouillard.
« … et maintenant, les époux vont prononcer leurs vœux. »
Je sens tous les regards sur moi. Ma mère, au premier rang, qui pleure déjà de joie. Le père de Carolina, droit comme un i, fier. Et Tom, à gauche, juste derrière Carolina, témoin du marié. Costume noir impeccable, mains jointes devant lui. Il ne sourit pas. Il me regarde. Intensément. Depuis le début de la cérémonie, il n’a pas détouré les yeux une seule fois.
Le prêtre me tend le micro. « Nick… vous pouvez commencer. »
Je prends le micro. Ma main tremble. Je tourne la tête vers Carolina. Elle est si belle. Si pure. Si certaine.
Je cherche ses yeux. Et puis je cherche ceux de Tom, juste derrière elle.
Nos regards se verrouillent.
Tout s’arrête. Le temps. Le bruit. L’orgue. Les respirations.
Une larme coule sur ma joue. Une seule. Mais elle dit tout.
Je baisse le micro, lentement.
« Carolina… »
Ma voix se brise. Un murmure dans l’église bondée.
« Je suis désolé. Je… je ne peux pas. »
Un souffle de stupeur parcourt l’assemblée. Carolina écarquille les yeux, le voile tremble.
« Je t’aime… mais pas comme tu mérites d’être aimée. Je viens de comprendre… trop tard… qui je suis vraiment. Et ce n’est pas l’homme que tu attends devant cet autel. »
Je tourne légèrement la tête vers Tom. Il est blême, les yeux brillants, immobile, mais je vois sa poitrine se soulever trop vite.
Je reviens à Carolina. Les larmes coulent maintenant sur ses joues, mais elle ne bouge pas.
« Je ne veux pas te faire souffrir toute une vie. Tu mérites quelqu’un qui sera sûr, à cent pour cent, chaque matin en se réveillant. Et moi… je ne le serai jamais. Pardonne-moi. »
Je pose le micro sur le bord de l’autel. Je fais un pas en arrière.
Un silence de mort tombe sur l’église.
Je descends les trois marches, lentement. Je passe devant les premiers rangs. Ma mère porte la main à sa bouche. Le père de Carolina se lève à moitié, rouge de colère.
Je m’arrête à hauteur de Tom. Je ne le regarde pas. Je n’ose pas.
Je continue jusqu’à la grande porte. Je pousse le battant.
La lumière du jour m’aveugle.
Je sors.
Et je ne me retourne pas.
Épilogue
Cinq ans plus tard.
Je suis revenu à l’église un soir de décembre. Il pleuvait, le même genre de pluie fine pluie froide qui tombait le jour où j’ai tout fait exploser. L’église était ouverte, presque vide. Une vieille dame priait dans un coin. J’ai pris place au dernier rang, là où personne ne m’avait vu, ce jour-là.
J’ai regardé l’autel longtemps. Je revoyais Carolina, radieuse, juste avant que je dise non. Je revoyais Tom, debout derrière elle, les mains jointes, les yeux fixés sur moi comme s’il me suppliait de choisir enfin la vérité.
Je suis resté jusqu’à la fermeture. Le sacristain a éteignait les lumières une à une. Quand il est passé près de moi, il a simplement posé une main sur mon épaule, sans rien dire, et il est parti.
Dehors, j’ai marché jusqu’au cimetière italien, à dix minutes. Je ne sais même pas pourquoi j’ai pris cette rue-là. Et puis je l’ai vue.
Une petite tombe toute simple, au fond, sous un cyprès. Un nom gravé en lettres sobres :
Tom Rinaldi 1994 – 2029
Juste ça. Pas de phrase, pas de fleurs fanées, pas de photo. Quelqu’un avait laissé une cigarette éteinte sur la pierre, comme une offrande.
Je me suis agenouillé dans la boue. Je n’ai pas pleuré tout de suite. J’ai juste posé ma main sur la pierre glacée, là où son nom était écrit, et j’ai murmuré :
« Pardon. Pardon d’avoir eu peur. Pardon d’avoir attendu trop longtemps. Pardon de t’avoir laissé partir seul. »
Les larmes sont venues après, brûlantes, silencieuses, interminables. Je suis resté là jusqu’à ce que la pluie me transperce, jusqu’à ce que mes doigts soient bleus de froid, jusqu’à ce que je n’aie plus de voix.
Je ne sais pas de quoi il est mort. Un accident, une maladie, trop d’alcool, trop de silence ; personne n’a voulu me le dire. On m’a simplement prévenu par un cousin lointain, trois jours après l’enterrement. Je n’étais même pas là pour porter son cercueil.
Je n’ai plus jamais ouvert le tiroir où dort sa chemise noire. Je n’ai plus jamais dit son nom à voix haute.
Je vis encore. Je mange, je dors, je respire. Mais quelque chose en moi s’est arrêté net, ce soir-là, sous la pluie, devant une tombe trop petite.
J’ai enfin compris qui j’étais. Mais la seule personne qui aurait pu entendre cette vérité est sous terre. Et moi, je marche dessus.
Je suis libre. Et je ne le serai plus jamais.
Fin.
Je nous porte jusqu’au lit sans me retirer, m’effondre sur le dos avec lui toujours empalé sur moi. Il s’affale sur mon torse, épuisé, couvert de sueur et de nous deux, respiration rauque contre ma peau.
Silence. Seul le bruit de nos cœurs qui cognent.
Je reste en lui. Il reste sur moi.
Je me retire lentement de lui. Tom pousse un petit soupir épuisé, les yeux mi-clos, un sourire vague encore accroché aux lèvres. Je ne le regarde plus. Je me lève, les jambes molles, les jambes lourdes, le corps encore tremblant de l’orgasme. Je traverse la chambre sans un mot, pieds nus sur le parquet froid, et je ferme la porte de la salle de bain derrière moi.
Le verrou claque. Je m’appuie contre la porte, le front contre le bois, et ça vient d’un seul coup : les larmes. Silencieuses, brûlantes, impossibles à arrêter. Je glisse jusqu’au sol, dos contre la porte, visage dans les mains. Je ne sais plus qui je suis. Je ne sais plus ce que je veux. Je ne sais plus si j’aime Carolina ou si je l’ai jamais vraiment aimée comme il faut. Tout ce que je sais, c’est que je viens de baiser son frère dans notre lit et que j’ai joui comme jamais de ma vie.
Je me relève, tremblant, et je fais couler la douche à fond. L’eau est glacée d’abord, puis brûlante. Je reste dessous, longtemps, très longtemps. Les yeux fermés, la tête contre la faïence. Je laisse l’eau emporter la sueur, le sperme, l’odeur de Tom sur ma peau. Mais pas les souvenirs, pas les images. Elles restent collées à moi.
Des coups légers à la porte. « Nick… » La voix de Tom, basse, un peu inquiète.
Je serre les dents. « Va-t’en. » Ma voix se brise. « Retourne dans la chambre d’amis. Laisse-moi. »
Silence. Puis le bruit de ses pas qui s’éloignent.
Je reste sous l’eau jusqu’à ce que mes doigts soient fripés et que mes larmes se mélangent à l’eau qui coule. Jusqu’à ce que je sois vide.
Quand je sors enfin, l’appartement est plongé dans le noir. Seule une petite lampe est restée allumée dans le couloir. Je passe une serviette autour de mes hanches, les cheveux dégoulinants. Je m’arrête devant la porte de la chambre. J’hésite. Longtemps.
Je ne peux aller dormir sur le canapé. Je peux partir. Je peux faire semblant que rien n’a eu lieu.
Mais je suis tellement perdu, tellement seul dans ma propre tête, que l’idée de dormir sans personne près de moi me terrifie.
Je pousse la porte sans bruit. Tom est allongé sur le dos, un drap remonté jusqu’à la taille, bras rejeté au-dessus de la tête, endormi. Il a l’air paisible. Presque fragile. Je reste là, debout, à le regarder respirer. Puis, doucement, comme si je risquais de le réveiller en le touchant, je soulève le drap et je m’allonge tout au bord du lit, le plus loin possible de lui, sur le dos, les yeux fixés au plafond.
Je ne bouge plus. Je n’ose même pas respirer trop fort.
Quelques minutes passent. Peut-être une heure. Je ne sais pas.
Un bras glisse doucement autour de ma taille. Je me raidis. Tom s’est réveillé ; je le sens se rapprocher dans mon dos, lentement, sans un mot. Il ne me serre pas fort. Il pose juste son bras sur moi, sa main ouverte sur mon ventre, sa poitrine contre mon dos. Chaud. Calme. Présent.
Je reste crispé une seconde… puis mon corps lâche. Je pousse un soupir tremblant, presque un sanglot étouffé. Il resserre un peu son étreinte, juste assez pour que je sente qu’il est là. Sa respiration régulière contre ma nuque.
Je ferme les yeux. Pour la première fois depuis des heures, mon cœur ralentit. Je ne sais toujours pas qui je suis. Mais là, tout contre lui, je ne suis plus seul avec cette question.
Et je m’endors.
Les mois ont passé dans un silence de plomb.
Cette semaine où Carolina était à Milan, Tom avait dormi chaque nuit dans mon lit, sans que rien d’autre ne se produise. Il se glissait sous la couette, restait de son côté, et je restais du mien. Parfois, au milieu de la nuit, son bras venait se poser sur ma taille ; je ne le repoussais pas. C’était tout. Le dimanche soir, quand Carolina est revenue de Milan, j’ai simplement dit : « Tu reprends la chambre d’amis à partir de ce soir. » Il a hoché la tête, pris ses affaires et, le lendemain matin, il était parti. Il n’est jamais revenu dormir à l’appartement. Il avait son propre chez-lui, à vingt minutes en métro. Il venait encore pour les repas de famille, les anniversaires, mais il rentrait toujours chez lui le soir. Je ne l’ai plus jamais laissé franchir la porte de ma chambre.
Et puis vint le jour du mariage.
Deux heures avant la cérémonie. L’appartement est vide. Carolina est déjà chez ses parents depuis la veille avec sa mère et les demoiselles d’honneur. Je suis seul, en costume gris anthracite, cravate parfaitement nouée, debout devant le miroir du salon. Je regarde l’homme qui me fait face et je ne le reconnais plus.
La porte s’ouvre sans bruit. Tom entre. Costume noir, chemise blanche impeccable, cheveux encore humides. Il referme derrière lui, reste à distance.
Je soupire. « Tom… pas aujourd’hui. »
Il avance d’un pas. « Tu vas vraiment le faire ? »
Je ferme les yeux une seconde. « Oui. »
Un autre pas. « Tu l’aimes ? »
Ma voix claque. « Ça ne te regarde pas. »
Il continue d’avancer, calme, implacable. « Si. Parce que moi, je t’aime. Et toi, tu mens depuis six mois. À elle. À toi. »
Je sens la rage monter. « Dégage. »
Je fonds sur lui, l’attrape par le col de la chemise à deux mains, le plaque violemment contre le bord de la grande table de salle à manger. Les verres tremblent. Une bouteille d’eau tombe et roule au sol.
On se fixe, à dix centimètres, respiration courte, rage et désir mélangés. Je vais lui hurler dessus. Au lieu de ça, je l’embrasse.
Brutal. Désespéré. Mes lèvres écrasent les siennes, mes dents mordent sa lèvre, ma langue force le passage. Il répond tout de suite, avec la même violence, mains dans mes cheveux, tirant fort.
Je le fais pivoter, le penche sur la table. Il se laisse faire, paumes à plat sur le bois. Je relève sa chemise d’un geste sec, défais sa ceinture, descends pantalon et boxer jusqu’à mi-cuisses. Il est déjà dur, déjà luisant. Je déboutonne mon pantalon, libère ma queue, crache dans ma paume et m’enduis rapidement.
Je le pénètre d’un seul coup de reins, sans préambule. Il pousse un râle rauque, dos cambré, doigts crispés sur le bord de la table. Je m’enfonce jusqu’à la garde, grogne contre sa nuque.
Pas un mot. Juste des coups de reins brutaux, rapides, profonds. La table cogne contre le mur. Ses gémissements sont étouffés, animaux. Il pousse en arrière à chaque fois, avide. Je glisse une main devant, l’empoigne, le branle en rythme. Il jouit en premier, un cri contenu, son sperme gicle sur le bois verni. Je jouis juste après, profondément enfoui, en longues pulsations brûlantes qui le remplissent.
Je reste une seconde sur son dos, tremblant.
Je me retire brusquement, remonte mon pantalon, ajuste ma cravate. Je ne le regarde pas. Tom reste encore une seconde penché sur la table, souffle court, puis se redresse lentement. Il remonte son boxer, referme sa ceinture, passe une main tremblante dans ses cheveux. Ses lèvres sont gonflées, ses yeux brillants. Il ne dit rien.
Je prends ma veste, mes clés, mon téléphone. Je passe devant lui sans un mot. J’ouvre la porte, je sors, je claque derrière moi.
Dans le couloir, j’entends ses pas derrière moi. L’ascenseur arrive. On monte ensemble, côte à côte, sans se toucher, sans se regarder. Deux hommes en costume impeccable. Deux frères dans la loi. Rien ne trahit ce qui vient de se passer, sauf l’odeur de sexe qui flotte encore autour de nous.
Dans la voiture, je conduis. Tom est assis à l’arrière, côté droit. Il regarde par la fenêtre. Je le vois dans le rétroviseur : visage fermé, mâchoire crispée. Il a lissé sa chemise, recoiffé ses cheveux. On dirait juste un témoin de mariage un peu nerveux.
Je gare devant l’église. Les invités commencent à arriver. On sort en même temps. On se croise sur le parvis, à deux mètres l’un de l’autre. Nos regards se croisent une fraction de seconde. Rien. Aucun signe. Aucun mot.
Il passe devant moi, monte les marches, salue la mère de Carolina d’un sourire poli. Je reste en bas une seconde, respire un grand coup, ajuste ma cravate une dernière fois.
Puis je monte à mon tour.
Je vais épouser sa sœur. Et lui, il sera là, au premier rang, à me regarder dire oui.
Comme si rien n’avait jamais existé entre nous. Comme si, dans dix minutes, je n’allais pas détruire trois vies en même temps.
L’église est pleine à craquer. Les vitraux jettent des taches de lumière rouge et bleue sur la nef. L’orgue joue doucement, presque timidement. Carolina est là, devant moi, sublime dans sa robe blanche, le voile léger qui tremble à chaque souffle. Elle me sourit, les yeux brillants, confiante, heureuse, amoureuse.
Je l’entends à peine. Les mots du prêtre me parviennent comme à travers un épais brouillard.
« … et maintenant, les époux vont prononcer leurs vœux. »
Je sens tous les regards sur moi. Ma mère, au premier rang, qui pleure déjà de joie. Le père de Carolina, droit comme un i, fier. Et Tom, à gauche, juste derrière Carolina, témoin du marié. Costume noir impeccable, mains jointes devant lui. Il ne sourit pas. Il me regarde. Intensément. Depuis le début de la cérémonie, il n’a pas détouré les yeux une seule fois.
Le prêtre me tend le micro. « Nick… vous pouvez commencer. »
Je prends le micro. Ma main tremble. Je tourne la tête vers Carolina. Elle est si belle. Si pure. Si certaine.
Je cherche ses yeux. Et puis je cherche ceux de Tom, juste derrière elle.
Nos regards se verrouillent.
Tout s’arrête. Le temps. Le bruit. L’orgue. Les respirations.
Une larme coule sur ma joue. Une seule. Mais elle dit tout.
Je baisse le micro, lentement.
« Carolina… »
Ma voix se brise. Un murmure dans l’église bondée.
« Je suis désolé. Je… je ne peux pas. »
Un souffle de stupeur parcourt l’assemblée. Carolina écarquille les yeux, le voile tremble.
« Je t’aime… mais pas comme tu mérites d’être aimée. Je viens de comprendre… trop tard… qui je suis vraiment. Et ce n’est pas l’homme que tu attends devant cet autel. »
Je tourne légèrement la tête vers Tom. Il est blême, les yeux brillants, immobile, mais je vois sa poitrine se soulever trop vite.
Je reviens à Carolina. Les larmes coulent maintenant sur ses joues, mais elle ne bouge pas.
« Je ne veux pas te faire souffrir toute une vie. Tu mérites quelqu’un qui sera sûr, à cent pour cent, chaque matin en se réveillant. Et moi… je ne le serai jamais. Pardonne-moi. »
Je pose le micro sur le bord de l’autel. Je fais un pas en arrière.
Un silence de mort tombe sur l’église.
Je descends les trois marches, lentement. Je passe devant les premiers rangs. Ma mère porte la main à sa bouche. Le père de Carolina se lève à moitié, rouge de colère.
Je m’arrête à hauteur de Tom. Je ne le regarde pas. Je n’ose pas.
Je continue jusqu’à la grande porte. Je pousse le battant.
La lumière du jour m’aveugle.
Je sors.
Et je ne me retourne pas.
Épilogue
Cinq ans plus tard.
Je suis revenu à l’église un soir de décembre. Il pleuvait, le même genre de pluie fine pluie froide qui tombait le jour où j’ai tout fait exploser. L’église était ouverte, presque vide. Une vieille dame priait dans un coin. J’ai pris place au dernier rang, là où personne ne m’avait vu, ce jour-là.
J’ai regardé l’autel longtemps. Je revoyais Carolina, radieuse, juste avant que je dise non. Je revoyais Tom, debout derrière elle, les mains jointes, les yeux fixés sur moi comme s’il me suppliait de choisir enfin la vérité.
Je suis resté jusqu’à la fermeture. Le sacristain a éteignait les lumières une à une. Quand il est passé près de moi, il a simplement posé une main sur mon épaule, sans rien dire, et il est parti.
Dehors, j’ai marché jusqu’au cimetière italien, à dix minutes. Je ne sais même pas pourquoi j’ai pris cette rue-là. Et puis je l’ai vue.
Une petite tombe toute simple, au fond, sous un cyprès. Un nom gravé en lettres sobres :
Tom Rinaldi 1994 – 2029
Juste ça. Pas de phrase, pas de fleurs fanées, pas de photo. Quelqu’un avait laissé une cigarette éteinte sur la pierre, comme une offrande.
Je me suis agenouillé dans la boue. Je n’ai pas pleuré tout de suite. J’ai juste posé ma main sur la pierre glacée, là où son nom était écrit, et j’ai murmuré :
« Pardon. Pardon d’avoir eu peur. Pardon d’avoir attendu trop longtemps. Pardon de t’avoir laissé partir seul. »
Les larmes sont venues après, brûlantes, silencieuses, interminables. Je suis resté là jusqu’à ce que la pluie me transperce, jusqu’à ce que mes doigts soient bleus de froid, jusqu’à ce que je n’aie plus de voix.
Je ne sais pas de quoi il est mort. Un accident, une maladie, trop d’alcool, trop de silence ; personne n’a voulu me le dire. On m’a simplement prévenu par un cousin lointain, trois jours après l’enterrement. Je n’étais même pas là pour porter son cercueil.
Je n’ai plus jamais ouvert le tiroir où dort sa chemise noire. Je n’ai plus jamais dit son nom à voix haute.
Je vis encore. Je mange, je dors, je respire. Mais quelque chose en moi s’est arrêté net, ce soir-là, sous la pluie, devant une tombe trop petite.
J’ai enfin compris qui j’étais. Mais la seule personne qui aurait pu entendre cette vérité est sous terre. Et moi, je marche dessus.
Je suis libre. Et je ne le serai plus jamais.
Fin.
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
J'ai adoré l'histoire ! C'était émouvant
Beau récit, bien écrit , au point de me demander si ceci serait possible dans la réalité.
