La tristesse de Rémy (2)

- Par l'auteur HDS Tounet39270 -
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Récit libertin : La tristesse de Rémy (2) Histoire érotique Publiée sur HDS le 07-06-2026 dans la catégorie Entre-nous, les hommes
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La tristesse de Rémy (2)
Chapitre 2

On discute encore un peu, elle me raconte une anecdote sur son propre rencard foireux pour me faire rire, et pour la première fois depuis longtemps, je souris vraiment. Mais au fond, la tristesse est toujours là, mêlée maintenant à une confusion nouvelle. Pierrick ? Me draguer ? L'idée me tourne dans la tête le reste de la journée, maladroite et inattendue, comme un dessin inachevé dans mon carnet.

Je quitte l'EHPAD un peu plus tard que d'habitude, les mots de Sophie tournant en boucle dans ma tête comme un refrain obsédant. "Il te draguait, Rémy. Ouvre les yeux." Vraiment ? Pierrick ? Ce mec avec son sourire confiant et ses yeux verts qui semblent toujours pétiller d'une énergie que je n'ai plus ? Je marche lentement vers chez moi, les rues de la ville se fondant en un décor flou sous le ciel qui s'assombrit. Mes pas sont lourds, comme si chaque foulée portait le poids de ces huit ans effacés par un simple message. Huit ans avec Laurent. Laurent, avec ses cheveux châtains qu'il laissait pousser un peu trop long, ses yeux bleus qui me faisaient fondre, et cette façon de me serrer dans ses bras qui me faisait me sentir en sécurité. Pourquoi ai-je envoyé ce message de rupture ? Non, c'est lui qui l'a fait. "Je pense qu'on devrait arrêter là." Ces mots me hantent encore, comme une plaie ouverte qui refuse de cicatriser. Et maintenant, Sophie me parle de drague ? Je secoue la tête, enfonçant mes mains dans les poches de mon manteau. Je ne suis pas prêt pour ça. Pas avec cette tristesse qui m'envahit à chaque instant de solitude, qui me fait revivre nos souvenirs : nos voyages en Bretagne, où on marchait sur la plage main dans la main, le vent salé nous fouettant le visage ; nos soirées cinéma où on se disputait pour choisir le film, pour finir par rire et s'embrasser ; ces matins où je me réveillais avec son bras autour de ma taille, et que le monde semblait parfait. Huit ans, bordel. Comment tout ça peut s'évaporer comme ça ?

Arrivé chez moi, je pousse la porte de mon appartement, ce petit deux-pièces qui sent le renfermé et la solitude. Les murs sont nus maintenant, j'ai enlevé toutes les photos de nous, mais leurs ombres sont encore là, comme des fantômes. Je m'assois sur le canapé usé, allume la lampe qui diffuse une lumière jaunâtre, et fixe mon téléphone. Les mots de Sophie résonnent : "Un rencard, pas une visite à l'EHPAD." Pierrick veut me revoir ? Pour quoi faire ? Discuter de dessins ? De sa grand-mère ? Ça n'a pas de sens. Mais peut-être... Non, je chasse l'idée. Ma tristesse est trop épaisse, comme un brouillard qui obscurcit tout. Et si je contactais Laurent ? Juste pour comprendre. Pour avoir une explication, une vraie, pas ce message froid. Mes doigts tremblent en prenant le téléphone. J'ouvre l'application de messagerie, relis nos anciens échanges – des cœurs, des blagues, des "je t'aime" qui me poignardent maintenant. J'hésite, le cœur battant. "Salut Laurent. J'espère que tu vas bien. Je... je n'arrive pas à tourner la page. Peux-tu m'expliquer pourquoi ? Juste pour que je comprenne." J'appuie sur envoyer avant de regretter, et pose le téléphone comme s'il brûlait. Les minutes s'étirent, interminables. Je me lève, fais les cents pas, repense à Pierrick et à son rire maladroit au café. Était-ce vraiment de la drague ? Ses compliments sur mes dessins, sa façon de s'asseoir sans demander... Mais non, c'est ridicule. Je suis trop brisé pour voir clair.

Soudain, le téléphone vibre. C'est lui. Laurent. Mon cœur fait un bond. "Salut Rémy. Je vais bien, merci. Pour être honnête, j'ai senti qu'on s'éloignait. Toi avec ton travail, moi avec le mien. C'était plus la même chose. Désolé si le message était brutal, je n’ai pas eu le courage de le dire en face. Prends soin de toi." Je relis trois fois, les yeux embués. Brutal ? C'est tout ? Huit ans résumés à "on s'éloignait" ? Mais il y a une pointe de regret dans ses mots, non ? "Désolé." Peut-être qu'il y a encore de l'espoir. Peut-être qu'il regrette vraiment. Je m'assois, la tête entre les mains, et laisse les larmes couler. Nostalgie pure, comme une vague qui me submerge. Je revois nos anniversaires, nos disputes réconciliées par un baiser, nos projets d'avenir qu'on murmurait dans le noir. Et si je répondais ? Si je disais que je peux changer, que je peux être plus présent ? Mais non, je ne le fais pas. Pas ce soir. Au lieu de ça, mes pensées sur Pierrick se brouillent, se noient dans ce tourbillon. Pierrick, avec son corps de sportif et sa maladresse charmante, devient flou, éclipsé par l'ombre de Laurent. Pourquoi penser à un inconnu quand mon cœur bat encore pour lui ? Je m'allonge sur le canapé, épuisé, et ferme les yeux, espérant secrètement que Laurent m'enverra un autre message, qu'il dira "je me suis trompé, reviens".

Les jours suivants passent dans un brouillard de routine : travail, café, dessins solitaires. Ma tristesse est toujours là, tenace, mais maintenant teintée d'un espoir fragile pour Laurent. Je relis son message tous les soirs, cherche des signes entre les lignes. Et Pierrick ? Il flotte vaguement dans mon esprit, comme un dessin inachevé que j'ai laissé de côté. Le dimanche arrive enfin, et aujourd'hui, je travaille en binôme avec Sophie. C'est rare, mais ça tombe bien ; j'ai besoin de parler. Je me lève tôt, encore hanté par des rêves où Laurent revient, où on recommence tout. L'appartement est froid, je bois un thé vite fait, et pars pour l'EHPAD. En chemin, je repense à son message : "Désolé." Ça veut dire quelque chose, non ? Peut-être qu'il souffre aussi. À l'arrivée, Sophie est déjà là, pimpante comme toujours, en train de préparer les chariots du petit-déjeuner. "Salut Rémy ! Prêt pour une journée en duo ?" dit-elle avec un clin d'œil. Je souris faiblement, en enfilant ma tenue blanche. "Ouais. Euh, Sophie, je peux te demander un conseil ?"

On commence la tournée : aider les résidents à se lever, distribuer les petits-déjeuners. Entre deux chambres, je lui raconte pour le message à Laurent. "Je l'ai contacté, tu sais. Pour comprendre. Il a répondu, mais c'était vague. 'On s'éloignait', qu'il a dit. Mais il s'est excusé. Tu crois qu'il y a encore une chance ?" Sophie me regarde, un sourcil levé, tout en ajustant un oreiller. "Rémy, mon pauvre. Huit ans, ok, mais il t'a largué par message. C'est pas un signe de regret profond, ça. C'est juste poli. Et puis, pense à toi. T'es encore jeune, mignon comme tout avec tes cheveux en bataille. Pourquoi pas regarder ailleurs ?" Je rougis, en poussant le chariot. "Ailleurs ? Genre Pierrick ? Mais je sais pas... Et Laurent, peut-être qu'il reviendra. J'espère encore, tu sais. Ces souvenirs, ils me tuent, mais ils me gardent en vie aussi."

On continue comme ça, entre les tâches. Andrée nous voit passer, nous fait un signe joyeux. "Mes deux préférés ensemble ! Venez me voir plus tard," lance-t-elle. Sophie rit, et moi, je force un sourire. Mais ma nostalgie est palpable ; je parle à Sophie de nos vacances avec Laurent, de comment il me faisait rire avec ses imitations nulles, de ces nuits où on se promettait l'éternité. "C'était parfait, Sophie. Comment oublier ça ?" Elle soupire, en me tapotant le bras. "C'était parfait, mais c'est fini. Et Pierrick ? Il revient aujourd'hui, non ? Ouvre les yeux, cette fois."

Vers midi, comme prévu, Pierrick arrive. Il entre dans le salon commun, un sac de pâtisseries à la main – des éclairs au chocolat, l'odeur emplit l'air. Il embrasse Andrée, s'assoit avec elle, et ils discutent avec des grands sourires. De loin, je l'observe : ses cheveux bruns bien coiffés, son pull ajusté qui souligne ses muscles, ses gestes assurés. Puis, après une demi-heure, il se lève et s'approche du poste où Sophie et moi rangeons des dossiers. "Salut Rémy," dit-il, avec ce sourire hésitant mais chaleureux. Ses yeux verts accrochent les miens un peu plus longtemps que nécessaire, et je sens une chaleur monter. "Et salut... euh, Sophie, c'est ça ?" Elle hoche la tête, un sourire malicieux aux lèvres. Pierrick se tourne vers moi, pose une main sur mon épaule – un geste bref mais ferme, comme pour me retenir. "Ça va ? T'as l'air... pensif. J'ai apporté des éclairs, si tu veux en prendre un pendant ta pause." Sa main s'attarde une seconde de trop, et je cligne des yeux, maladroit. "Oh, euh, merci Pierrick. C'est gentil. Je... ouais, peut-être." Il rit nerveusement, en se grattant la nuque. "Et tes dessins ? T'en as fait de nouveaux ? J'aimerais bien voir, un de ces jours. Genre, autour d'un café... ou d'un dîner ?" Il se penche un peu, son parfum – un mélange boisé et frais – m'effleure, et il touche brièvement mon bras, comme pour souligner ses mots. "T'es libre ce soir ?"

Je rougis, balbutie : "Euh, je... je sais pas. Avec le travail..." Mais cette fois, je sens quelque chose. Cette insistance, ce contact. Est-ce de la drague ? Sophie, à côté, tousse discrètement. Pierrick recule, un peu rouge lui aussi. "D'accord, pas de pression. À bientôt alors." Il retourne vers Andrée, mais pas sans un dernier regard par-dessus l'épaule.
Dès qu'il est hors de portée, Sophie m'attrape le bras et m'entraîne dans la salle de repos. "Bon, là, Rémy, on parle sérieusement. Assieds-toi." Je m'exécute, le cœur battant. Elle ferme la porte, croise les bras. "T'as vu ça ? La main sur l'épaule, le toucher au bras ? 'Autour d'un dîner' ? C'est pas subtil, ça ! Il te drague, et pas maladroitement cette fois. Il est entreprenant, le gars. Ses yeux qui te dévorent, son parfum qui envahit l'espace... Ouvre les yeux, enfin ! T'es pas invisible, Rémy. T'es mignon, gentil, et ce Pierrick le voit."

Je fixe mes mains, tremblantes. "Mais... Laurent. Son message, il s'est excusé. Peut-être qu'il reviendra. Je nostalgie tellement, Sophie. Huit ans, c'est pas rien. Et Pierrick ? Si c'est de la drague, pourquoi moi ? Je suis déprimé, mal coiffé, brisé." Elle s'assoit en face, prend mes mains. "Justement. T'es authentique. Pas besoin d'être parfait. Et Laurent ? C'est du passé. Ce message, c'était une fermeture polie, pas une porte ouverte. Regarde Pierrick : il revient chaque dimanche, te cherche du regard, trouve des excuses pour te toucher. C'est mignon, non ? Maladroit au début, mais maintenant, il ose. Imagine : un café avec lui, rire de ses blagues, oublier un peu ta tristesse."

Ses mots s'infiltrent, doucement. Je repense au geste de Pierrick, à son sourire. Pour la première fois, je vois les allusions : les compliments, les invitations persistantes, les contacts physiques. "Peut-être... que t'as raison. Mais j'espère encore pour Laurent. C'est confus." Elle sourit. "C'est normal. Prends ton temps. Mais la prochaine fois qu'il propose, dis oui. La vie continue, Rémy. Et qui sait, Pierrick pourrait être le remède à ta tristesse."
On discute encore longtemps, elle me raconte ses propres histoires de cœurs brisés pour me réconforter.

Je reste assis dans la salle de repos un moment après que Sophie est partie pour continuer la tournée, les mains encore tremblantes sur mes genoux. Ses mots tournent en boucle dans ma tête :
— Ouvre les yeux, Rémy. Il te drague.
Et ce minuscule éclat d’espoir qu’elle a allumé, mêlé à ma nostalgie tenace pour Laurent, me laisse confus, comme si mon cœur était un puzzle dont les pièces ne s’emboîtent plus. Je repense à son message, encore et encore – « Désolé si le message était brutal » – et je me demande si c’est une porte entrouverte ou juste une fermeture polie, comme Sophie l’a dit. Huit ans de souvenirs me submergent : nos promenades le long de la Seine, où Laurent me prenait la main en riant de mes blagues nulles ; ces dîners improvisés où on partageait une pizza froide parce qu’on était trop occupés à s’embrasser ; ces nuits où je me blottissais contre lui, sentant son cœur battre contre le mien, et que je me sentais complet. Comment tout ça a pu s’effondrer ? Par un message. Un fichu message. Ma tristesse est toujours là, lourde comme un manteau mouillé, et l’idée de Pierrick – avec ses yeux verts et ses gestes maladroits – me semble presque absurde. Pourquoi moi ? Je suis un désastre ambulant ces jours-ci : cheveux en bataille que je n’arrive pas à coiffer, yeux cernés par les nuits blanches, et ce corps svelte qui semble plus frêle que jamais. Pourtant, Sophie a raison sur un point : ses touches, ses invitations… Peut-être que je suis aveugle.

La porte de la salle de repos s’ouvre soudain, et Sophie réapparaît, les joues un peu roses d’avoir couru dans les couloirs. Elle porte un plateau avec des serviettes propres, mais son regard est déterminé, comme si elle avait mijoté un plan pendant les cinq minutes où elle était partie.
— Rémy, debout ! T’es pas sérieux, là. Tu ne vas pas laisser passer ça.
Je cligne des yeux, surpris, en me redressant maladroitement sur ma chaise.
— Quoi ? Sophie, on a encore des résidents à aider, je…
Elle pose le plateau avec un bruit sec et croise les bras, son uniforme blanc froissé aux manches.
— Non, non, non. Écoute-moi. Ce Pierrick, il t’a apporté des éclairs au chocolat, et toi, tu bafouilles un « peut-être » ? C’est du sabotage pur et simple. Tu vas y aller tout de suite, accepter son éclair, et discuter un peu. Et promis, juré, si il t’invite encore – parce qu’il va le faire, crois-moi –, tu dis oui. Pas de « je sais pas », pas de « avec le travail ». Oui. Point final.
Je rougis jusqu’aux oreilles, mon cœur s’emballant comme un moteur grippé.
— Mais… Laurent… Et si…
Elle m’interrompt d’un geste de la main, ses yeux bleus plantés dans les miens.
— Laurent, c’est du passé. Tu mérites mieux qu’un message froid. Allez, promets-le-moi. Pour ton bien.
Je soupire, vaincu par son insistance, et marmonne un « D’accord, je promets » qui sonne faible même à mes oreilles.
Elle sourit triomphalement, me tire par le bras pour me lever, et me pousse presque hors de la pièce.
— Vas-y maintenant, avant qu’il parte. Et souris, bon sang ! T’es mignon quand tu souris.
Je traverse le couloir comme un automate, mes pas hésitants sur le linoléum usé qui sent le désinfectant et la lavande fanée. Le salon commun est animé : quelques résidents jouent aux cartes, d’autres somnolent devant la télé qui diffuse un vieux film en noir et blanc. Andrée est toujours là, son châle sur les épaules, en train de rire avec Pierrick qui lui raconte une anecdote, un éclair à moitié mangé dans la main. Il est assis à côté d’elle, son corps athlétique penché en avant, ses cheveux bruns impeccablement coiffés contrastant avec les miens qui retombent en mèches rebelles sur mon front. Ses yeux verts captent la lumière de la fenêtre, et quand il me voit approcher, son sourire s’élargit subtilement, comme si ma présence illuminait quelque chose en lui. Une petite allusion, presque imperceptible : il redresse légèrement les épaules, ajuste son pull d’un geste nerveux, et son regard s’attarde une seconde de trop sur mon visage, comme s’il mémorisait mes traits – mes yeux marron qu’on dit mignons, ma silhouette svelte enveloppée dans l’uniforme blanc. Je sens une chaleur monter en moi, mais je la chasse, pensant encore à Laurent et à ces huit ans qui me hantent.
— Euh, salut Pierrick.
Andrée tourne la tête vers moi, ses yeux pétillants.
— Ah, Rémy ! Viens donc t’asseoir avec nous. Pierrick a apporté des délices.
Pierrick se lève à moitié, me tendant le sac de pâtisseries avec un sourire chaleureux.
— Oui, sers-toi. J’en ai pris en plus, au cas où… tu sais, pour quelqu’un qui apprécie les bonnes choses.

Une autre petite allusion : ses mots « quelqu’un qui apprécie les bonnes choses » sont dits avec une douceur particulière, son regard glissant brièvement sur mes lèvres avant de remonter à mes yeux, comme si j’étais l’une de ces « bonnes choses ». Je rougis, prends un éclair au chocolat, le chocolat fondant déjà un peu sous mes doigts.
— Merci. C’est… euh, gentil. Je l’accepte, alors.
Je m’assois sur la chaise libre en face d’eux, mordant dans la pâtisserie pour masquer mon embarras. Le goût est riche, sucré, un contraste avec l’amertume qui m’habite depuis des semaines.
Andrée rit doucement.
— Vous deux, vous devriez sortir ensemble un de ces jours. Pierrick est un excellent cuisinier, tu sais, Rémy.
Je manque de m’étouffer, toussant légèrement, tandis que Pierrick rougit un peu, mais son sourire ne faiblit pas.
— Mamie, arrête.

Il me jette un coup d’œil complice, une main passant distraitement sur son genou, comme s’il imaginait autre chose.
On discute un peu de banalités : le temps qu’il fait dehors, un ciel gris qui menace de pleuvoir ; les histoires d’Andrée sur son enfance dans un village provençal, où elle cueillait des olives avec son mari ; mon travail ici, comment j’aime ces moments avec les résidents pour oublier le reste. Mais tout du long, Pierrick est plus direct cette fois. Il se penche vers moi quand il parle, son parfum boisé m’enveloppant comme une caresse invisible.
— Tu sais, Rémy, j’ai repensé à tes dessins. T’as un talent fou. Ça me fait penser à ces artistes qui capturent l’essence des gens… comme toi, avec ta façon d’écouter mamie.
Une allusion subtile : « capturer l’essence des gens… comme toi », dit avec une intensité dans la voix, ses yeux verts s’adoucissant en me regardant, comme s’il voulait capturer mon essence à moi.
— Merci, c’est rien.
Je balbutie, en essuyant une miette de chocolat sur mes lèvres, mon cœur battant un peu plus fort.
Andrée nous observe avec un sourire malicieux, mais elle feint de somnoler pour nous laisser seuls.
Puis, Pierrick se racle la gorge, plus entreprenant maintenant. Il pose sa main sur la table, tout près de la mienne – pas un toucher direct, mais assez proche pour que je sente la chaleur de sa peau.
— Écoute, Rémy, je vais être direct. J’aimerais vraiment qu’on se voie en dehors d’ici. Chez moi, par exemple. Je cuisine bien, comme l’a dit mamie. Un dîner, rien de compliqué. Juste… pour discuter, pour que je te montre mes propres croquis – j’en fais un peu, moi aussi. Qu’est-ce que t’en dis ? Demain soir ?

Ses mots sont clairs, sa voix un peu plus assurée, mais il y a cette vulnérabilité dans son regard, comme s’il craignait un refus. Une petite allusion finale : en disant « pour que je te montre mes propres croquis », il effleure brièvement le dos de ma main avec son doigt, un geste fugace mais chargé, comme s’il voulait montrer plus que des dessins. Je sens mon visage s’enflammer, mes pensées se bousculant – Laurent, ma promesse à Sophie, cette tristesse qui s’accroche mais qui semble un peu moins lourde face à son sourire.
— Euh… je… ok. Demain soir, chez toi. Ça… ça me va.
Il sourit largement, ses yeux verts pétillant d’une joie sincère.
— Super ! Je t’enverrai l’adresse par message. Vers 19h ? J’ai ton numéro de la dernière fois, au café.
J’acquiesce, encore étourdi, en finissant mon éclair.
Andrée ouvre un œil, feignant la surprise.
— Ah, les jeunes…
Pierrick se lève bientôt, m’effleure l’épaule d’un geste amical – ou plus ? – en disant au revoir.
— À demain, Rémy. J’ai hâte.
Je reste là un moment, le goût du chocolat sur les lèvres, ma tristesse toujours présente mais brouillée par cette perspective nouvelle. Sophie, qui a tout observé de loin, me rejoint avec un pouce levé.
— Bien joué ! T’as dit oui.

Je hoche la tête, confus mais un peu excité malgré moi. Huit ans avec Laurent me hantent encore, mais peut-être que ce dîner chez Pierrick est un pas vers autre chose. Un pas maladroit, comme moi, mais un pas quand même.

Fin du chapitre 2.

Les avis des lecteurs

Rémy ne capte pas le début de ce que tout le monde voit gros comme un camion... Pas que ce soit si rare, sauf que dans la réalité, les Pierrick ne perdent pas leur temps à insister, mais on est dans une fiction... ;)



Texte coquin : La tristesse de Rémy (2)
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