Le trou noir (7)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le trou noir (7)
Chapitre 7
Le temps n’est plus une ligne droite vers l’avenir, c’est un cercle vicieux qui se referme chaque jour un peu plus sur mon cœur. Depuis qu’Allan a franchi les grilles de la maison d’arrêt, ma vie ressemble à une scène de théâtre dont on aurait éteint les projecteurs. Le duplex est devenu trop vaste, trop silencieux. Chaque recoin me hurle son absence : l'empreinte de son corps sur le canapé, sa brosse à dents restée dans le gobelet en verre, et cette odeur de cèdre et de musc qui s'estompe peu à peu, malgré mes efforts désespérés pour la retenir en serrant ses vieux t-shirts contre mon visage.
Je ne suis pas retourné au restaurant depuis des semaines. Sophie vient me voir, elle m'apporte des plats que je ne mange pas, elle me parle de la brigade qui s'inquiète, mais je ne l'écoute qu'à moitié. Mon esprit est ailleurs, derrière des murs de béton et des barbelés.
J'ai commencé à lui écrire dès le lendemain de son incarcération. Au début, c’était des lettres de colère, de douleur, puis très vite, elles sont devenues ma seule bouée de sauvetage. J'y dépose tout : mes larmes, mes souvenirs, et cet amour insensé qui refuse de mourir.
« Allan, je t'ai écrit dix fois cette semaine. Pourquoi ne réponds-tu pas ? Est-ce que tu essaies de me punir, ou est-ce que tu te punis toi-même ? Je me fiche de la voiture, je me fiche de cette nuit-là. Tout ce que je veux, c'est l'homme qui m'a appris à remarcher. Ne me laisse pas dans ce silence, je t'en supplie. »
Mais le facteur ne passe jamais pour moi. Chaque jour, j'ouvre la boîte aux lettres avec un espoir qui me brûle la gorge, pour n'y trouver que des factures ou des publicités. Ce silence d'Allan est une seconde condamnation, plus cruelle encore que la première. Il applique à la lettre son vœu de me libérer, ignorant que ce silence est la plus terrible des chaînes.
À l'approche du sixième mois, je sens que je perds la raison. Je sais que sa peine touche à sa fin, mais je n'ai aucune date précise. Je me tourne vers Marc, son seul ami fidèle, celui qui possède peut-être la clé de ma délivrance.
Je me rends chez lui une fois, deux fois, dix fois. À chaque visite, c'est le même scénario. Marc m'ouvre la porte, le regard fuyant, le visage marqué par une gêne évidente.
— Nicolas, s'il te plaît, ne reviens plus, me dit-il un mercredi après-midi, la main crispée sur la poignée de sa porte. Allan a été très clair. Il ne veut pas que tu saches quand il sort. Il veut disparaître, refaire sa vie ailleurs. Il dit que c'est le seul cadeau qu'il peut encore te faire : te rendre ta liberté totale.
— Sa liberté ne m'intéresse pas si je ne suis pas avec lui ! je hurle sur le palier, les larmes aux yeux. Marc, tu es son ami, tu devrais comprendre. Il se détruit en croyant me sauver !
— Je lui ai promis, Nicolas. Je ne te dirai rien. Rentre chez toi.
Je repars, le cœur en lambeaux, mais je ne lâche pas. Je reviens chaque jour, je reste assis dans ma voiture en bas de chez Marc, espérant voir un signe, un mouvement, un sac de voyage. Je guette l'homme comme un détective privé, mais Marc reste une tombe.
La veille de ce que je suppose être la fin de sa peine, je suis à bout. Je remonte chez Marc à 22 heures. Je sonne sans discontinuer jusqu'à ce qu'il m'ouvre, en nage, les traits tirés par l'épuisement.
— Marc, je ne partirai pas. Je dormirai sur ton paillasson s'il le faut. Dis-moi quand. Dis-le moi, par pitié.
Marc me regarde longuement. Je vois la lutte intérieure sur son visage. Il soupire, laisse tomber ses épaules, et s'efface pour me laisser entrer. L'appartement est encombré de cartons.
— Il part pour le Sud dès sa sortie, murmure Marc, la voix brisée par la culpabilité d'avoir trahi son ami. Il sort demain matin. À six heures. Si je ne lui avais pas promis de l'emmener directement à la gare, je ne te dirais rien... mais je ne peux plus te voir te détruire comme ça, Nicolas. Il sort à six heures pile. À la porte de service, celle qui donne sur le parking des employés.
Je tombe sur une chaise, le souffle coupé. Demain. Six heures.
Je ne dors pas. Je passe la nuit dans ma voiture, garée à quelques mètres de la prison de Fresnes. La nuit est glaciale, une brume épaisse enveloppe les murs grisâtres de la bâtisse, rendant l'endroit encore plus sinistre. Je tremble de froid et d'angoisse. Est-ce qu'il va me rejeter ? Est-ce qu'il va s'enfuir en me voyant ?
À 5h45, le ciel commence à virer au bleu acier. Je sors de la voiture, mes jambes flageolantes me portant vers la petite porte en métal dont Marc m'a parlé. Le silence est absolu, seulement troublé par le bourdonnement des néons de sécurité.
À 6h01, un bruit de verrou métallique déchire le silence. La porte grince sur ses gonds.
Une silhouette sort. Allan. Il porte le même manteau que le jour de son procès, mais il semble flotter sur lui. Il a maigri, ses traits sont creusés, et une barbe de quelques jours mange ses joues. Il tient son sac de sport d'une main serrée, le regard fixé sur le sol. Il s'arrête, prend une immense inspiration, les épaules secouées par un frisson.
Il relève la tête et me voit.
Le sac tombe au sol avec un bruit sourd. Allan reste pétrifié, le visage se décomposant sous mes yeux. On se regarde à travers la brume, deux âmes brisées par une tragédie, mais liées par un fil invisible que même la prison n'a pu trancher.
— Pourquoi, Nicolas ? murmure-t-il, sa voix étant plus rauque, plus déchirée que dans mes souvenirs. Je t'avais demandé... je t'avais supplié de m'oublier.
Je m'approche lentement, le visage inondé de larmes que je ne cherche même plus à essuyer. — Je ne peux pas, Allan. J'ai essayé. Chaque jour, chaque seconde. Mais mes jambes ne marchent que pour aller vers toi.
Il secoue la tête, les larmes commençant enfin à perler dans ses yeux sombres. — Je suis un criminel, Nicolas. Je suis celui qui t'a fait ça...
— Tu es celui qui m'a aimé quand j'étais au plus bas. Tu as payé ta dette. Maintenant, laisse-moi payer la mienne en t'aimant en retour.
Il craque. Un sanglot déchirant s'échappe de sa poitrine, un cri de douleur et de soulagement mêlés. Je franchis les derniers centimètres et je me jette contre lui. Ses bras puissants, bien que tremblants, se referment sur moi avec une force désespérée, m'écrasant contre son torse. Il cache son visage dans mon cou, et je sens ses larmes chaudes couler sur ma peau.
Nous restons là, soudés l'un à l'autre devant les murs de la prison, pleurant tout le chagrin, toute la honte et tout l'amour du monde.
Le ciel de l'aube est d'une pâleur de cendre, strié de quelques veines orangées qui tentent de percer la brume glaciale du matin. Devant les murs de la prison, le temps semble suspendu. Je suis toujours accroché au cou d'Allan, respirant son odeur de tabac froid et de savon de cellule, ce parfum de détresse qui ne parvient pas à masquer l'homme que j'aime. Ses mains sont crispées dans le dos de mon manteau, ses doigts s'enfonçant dans le tissu comme s'il craignait que le sol ne se dérobe sous ses pieds.
C'est le bruit d'un moteur et le crissement de pneus sur le gravier qui nous tirent de notre bulle de douleur. Une voiture sombre s'arrête en hâte à quelques mètres de nous. Marc en descend, le visage décomposé par la culpabilité, essoufflé, comme s'il avait couru un marathon mental toute la nuit.
Allan se redresse, mais il ne me lâche pas totalement, une main restant ancrée sur mon épaule. Il regarde son ami arriver, et je sens la tension monter dans ses muscles.
— Marc ? murmure Allan, la voix chargée d'une sourde incompréhension. Qu'est-ce que... qu'est-ce que Nicolas fait là ? Tu m'avais promis.
Marc s'arrête à deux pas de nous. Il ne cherche pas à se défiler. Il baisse les yeux, puis les relève, remplis de larmes.
— Je sais, Allan. Je sais ce que je t'ai promis. J'ai tenu cinq mois. J'ai tenu jusqu'à hier soir. Mais il est venu... il est revenu encore une fois. Allan, si tu l'avais vu. Si tu avais vu ses yeux, si tu avais entendu sa voix... Il se détruisait à petit feu sur mon palier. Je ne pouvais pas te laisser sortir et te laisser partir dans le Sud sans qu'il ait une chance de te dire au revoir. Je ne pouvais pas porter le poids de votre malheur à tous les deux sur mes épaules. Pardonnez-moi, mais je ne pouvais plus me taire.
Allan ne répond pas tout de suite. Il regarde Marc, puis il me regarde, moi. La colère semble se dissoudre dans une immense lassitude. Marc se dirige vers son coffre et en sort deux sacs de voyage remplis d'affaires civiles qu'il avait préparés pour le départ d'Allan.
— Tiens, dit Marc en posant les sacs sur le bitume entre nous. Tes fringues, tes papiers, un peu d'argent. J'ai fait ce que tu m'as demandé. Maintenant, Allan... réfléchis bien à ce que tu veux vraiment. Ne fuis pas par principe. Ne fuis pas par punition. Regarde-le.
Marc nous laisse là, remontant dans sa voiture pour nous offrir un dernier simulacre d'intimité. Le silence retombe, plus lourd encore. Allan fixe les sacs à ses pieds, ces sacs qui symbolisaient sa fuite, son renoncement, sa disparition programmée dans l'anonymat du Sud.
Je fais un pas vers lui, brisant la distance de sécurité qu'il essaie encore de maintenir.
— Ne les prends pas, Allan. Ou plutôt, laisse-moi les prendre.
Je me baisse, je saisis les sacs de Marc avec une détermination que je ne me connaissais pas, et je me dirige vers ma propre voiture garée un peu plus loin. Je jette les affaires sur la banquette arrière et je reviens vers lui, le visage baigné de larmes mais le regard planté dans le sien, dur comme le diamant.
— Je les ai mis dans ma voiture, Allan. Parce que c'est là qu'est ta place. Avec moi. Dans notre maison.
— Nicolas, tu ne comprends pas... je ne peux pas revenir dans ce duplex, je ne peux pas vivre dans les lieux où je t'ai menti, où j'ai...
— Si, tu peux ! je crie, ma voix résonnant contre les murs de la prison. Viens à la maison. Viens au moins pour une heure, pour une nuit. On parlera si tu en as envie, on restera silencieux si c'est ce qu'il faut, mais ne pars pas comme ça. Pas comme un voleur, pas comme un coupable qui s'échappe.
Il essaie de reculer, mais je l'attrape par les revers de son manteau. Je sens son cœur cogner contre ma paume, une bête traquée qui cherche une issue.
— Écoute-moi bien, Allan. Si tu rentres avec moi, et que tu me regardes dans les yeux, bien en face, et que tu me prouves — que tu me prouves — que tu ne m'aimes plus, alors je te laisserai partir. Je te conduirai moi-même à la gare et je ne dirai plus un mot. Mais sache une chose : si tu pars en m'aimant encore, je te retrouverai. N'importe où. Je chercherai chaque ville, chaque village du Sud, chaque port, chaque refuge. Tu ne te débarrasseras pas de moi par simple sacrifice.
Ses lèvres tremblent. Il est à la limite de l'effondrement. L'air froid du matin semble lui cingler le visage, réveillant des sensations qu'il avait étouffées pendant six mois.
— Je t'ai fait tant de mal, Nicolas... souffle-t-il dans un sanglot étouffé.
— Le mal est fait, Allan. Il est là, dans ma jambe, dans nos souvenirs. Mais le bien est là aussi. Dans tes mains, dans ton cœur. Ne pars pas maintenant... s'il te plaît. Pas comme ça. Pas après tout ce qu'on a traversé pour arriver à cet instant précis.
Je lui prends la main. Elle est glacée, mais dès que mes doigts s'entrelacent aux siens, une chaleur immédiate circule entre nous. Il ne résiste plus. Sa tête retombe, son front venant se poser sur mon épaule dans un signe de reddition totale. Il pleure, de grands sanglots silencieux qui secouent sa carcasse fatiguée.
— Viens, je murmure contre ses cheveux. On rentre.
Je le guide doucement vers ma voiture. Je l'installe côté passager, là où il m'a si souvent attendu. Je boucle sa ceinture comme on prend soin d'un blessé de guerre. Je prends le volant et je démarre, laissant derrière nous les murs de Fresnes, laissant derrière nous la porte de fer et le bruit des verrous.
Pendant tout le trajet, il ne dit pas un mot. Il regarde la ville s'éveiller par la vitre, ses mains posées à plat sur ses cuisses, tremblantes. De temps en temps, je pose ma main sur la sienne, juste pour m'assurer qu'il est bien là, qu'il ne va pas s'évaporer.
Quand nous arrivons devant l'immeuble du duplex, il hésite une seconde à descendre. Je ne le presse pas. Je sors, je prends ses sacs, et j'attends. Finalement, il sort de la voiture. Il lève les yeux vers notre fenêtre, là-haut, où les stores sont encore baissés.
— C'est notre maison, Allan, je lui dis doucement en lui tendant la main. On va juste monter. On va juste exister, tous les deux, loin du monde.
Il prend ma main, serre ses doigts sur les miens, et nous franchissons le porche.
Le silence du duplex est assourdissant lorsque la porte se referme derrière nous. C’est un silence différent de celui des mois passés ; il n’est plus vide, il est saturé de tout ce que nous n’avons pas dit, de toute la douleur accumulée entre ces murs. Allan reste planté dans l’entrée, immobile, ses sacs de voyage posés à ses pieds comme les vestiges d’une vie qu’il ne reconnaît plus. Il ne retire pas son manteau. Il semble craindre que s’il se met trop à l'aise, le sol ne se dérobe à nouveau.
Je le regarde. La lumière crue du matin souligne les cernes profonds sous ses yeux et la maigreur de son visage. Il évite de regarder les meubles, les photos, tout ce qui pourrait lui rappeler le bonheur qu'il pense avoir volé.
— Enlève ta veste, Allan. Tu es chez toi, je murmure en m'approchant.
Il tressaille à ce mot : chez toi. Il finit par obéir avec des gestes lents, presque douloureux. Je prends son manteau et le pends au crochet, à sa place habituelle. Ce geste simple, quotidien, me déchire le cœur.
On s'installe dans le salon. Je sers deux cafés, mais la vapeur qui s'en échappe est la seule chose qui semble bouger dans la pièce. Allan est assis sur le rebord du canapé, les mains jointes entre ses genoux, le regard fixé sur le tapis.
— Je n'aurais pas dû revenir, Nicolas, commence-t-il d'une voix sourde. Chaque objet ici me rappelle le mensonge. Quand je regarde ce parquet, je vois le moment où je t'ai fait croire que j'étais ton sauveur alors que j'étais ton bourreau. Je sens le poids de chaque seconde passée à te cacher la vérité alors que je t'aimais déjà. C'est une trahison que rien ne peut laver.
— Tais-toi, Allan. Regarde-moi.
Il lève lentement les yeux vers moi. Ils sont remplis d'une détresse si pure qu'elle balaye mes dernières traces d'amertume.
Je me lève et je m'agenouille devant lui, entre ses jambes, exactement comme il le faisait pour soigner ma jambe. Je pose mes mains sur ses genoux. Il veut reculer, mais je serre ma prise.
— Écoute-moi bien. Ces six mois de silence, je les ai passés à décortiquer chaque instant de notre vie. J'ai eu de la haine, oui. J'ai voulu te hurler ma douleur. Mais à la fin, il ne restait qu'une seule certitude. L'homme qui m'a renversé était un inconnu ivre et désespéré. L'homme qui m'a soigné, qui m'a aimé, qui s'est dénoncé pour me libérer, c'est toi. Et cet homme-là, Allan, c'est celui que j'aime.
— Tu ne peux pas me pardonner ça, Nicolas... Ce n'est pas humain.
— Si, c'est précisément ce qui nous rend humains. Je te le dis en face, sans l'ombre d'un doute : je te pardonne. Pas parce que c'est facile, mais parce que tu as payé le prix. Tu as offert ta liberté pour racheter ton erreur. Regarde ma jambe, Allan. Elle marche. Elle court. Tu as passé des mois à réparer ce que tu avais brisé avec une dévotion que personne d'autre n'aurait eue. Je te pardonne tout. L'accident, le mensonge, le silence. Tout est effacé.
Des sanglots muets secouent ses épaules. Il pose son front contre le mien, et pour la première fois, je sens ses défenses s'écrouler. Il accepte enfin de me croire. Il accepte que l'amour puisse être plus vaste que la faute.
Je relève son visage entre mes mains. Mes pouces essuient les larmes qui coulent dans sa barbe de quelques jours. Je plonge mon regard dans le sien, cherchant l'homme derrière le détenu, l'amant derrière le coupable.
Et je l'embrasse.
Ce n'est pas un baiser de passion brute comme autrefois. C'est un baiser lent, d'une douceur infinie, chargé d'une tristesse qui s'évapore peu à peu pour laisser place à une espérance fragile. C'est notre premier vrai baiser. Le premier où il n'y a plus de masque, plus de secret, plus de "si seulement".
Ses lèvres sont fraîches, un peu tremblantes, mais elles s'ouvrent sous les miennes avec une reconnaissance bouleversante. Nos langues se cherchent, s'apprivoisent, se goûtent après des mois d'absence. C'est un baiser langoureux qui semble durer une éternité. Je sens son souffle s'apaiser, ses mains qui montent enfin pour s'égarer dans mes cheveux, me serrant contre lui avec une tendresse désespérée.
Dans ce baiser, il y a le goût de la prison, le sel de nos larmes, la fatigue de l'attente, mais surtout la promesse d'un nouveau départ. On se redécouvre, peau contre peau, sans l'ombre de la voiture noire, sans le fracas de la table renversée. Il n'y a plus que nous deux, ici et maintenant.
On se sépare de quelques centimètres, nos fronts toujours collés, nos souffles mêlés. Allan a les yeux fermés, un léger sourire de paix flottant enfin sur ses lèvres.
— Je t'aime, Nicolas, murmure-t-il comme une prière exaucée. Je t'aime tellement que j'en ai eu peur.
— Je le sais, Allan. Je le sais depuis toujours.
On reste ainsi, enlacés au milieu du salon, alors que le soleil inonde enfin la pièce. Le chemin sera long, nous le savons. Il y aura des cauchemars, des moments de doute, des regards en arrière. Mais pour la première fois, nous n'avons plus peur de la vérité.
Je me blottis contre son torse puissant, écoutant le rythme régulier de son cœur. Il est revenu. Non pas comme un sauveur de pacotille, mais comme un homme debout, lavé de ses fautes par le feu de l'aveu et la grâce du pardon.
— Tu restes ? je demande dans un souffle.
— Je ne bougerai plus jamais, promet-il en resserrant ses bras autour de moi.
Fin du chapitre 7.
Le temps n’est plus une ligne droite vers l’avenir, c’est un cercle vicieux qui se referme chaque jour un peu plus sur mon cœur. Depuis qu’Allan a franchi les grilles de la maison d’arrêt, ma vie ressemble à une scène de théâtre dont on aurait éteint les projecteurs. Le duplex est devenu trop vaste, trop silencieux. Chaque recoin me hurle son absence : l'empreinte de son corps sur le canapé, sa brosse à dents restée dans le gobelet en verre, et cette odeur de cèdre et de musc qui s'estompe peu à peu, malgré mes efforts désespérés pour la retenir en serrant ses vieux t-shirts contre mon visage.
Je ne suis pas retourné au restaurant depuis des semaines. Sophie vient me voir, elle m'apporte des plats que je ne mange pas, elle me parle de la brigade qui s'inquiète, mais je ne l'écoute qu'à moitié. Mon esprit est ailleurs, derrière des murs de béton et des barbelés.
J'ai commencé à lui écrire dès le lendemain de son incarcération. Au début, c’était des lettres de colère, de douleur, puis très vite, elles sont devenues ma seule bouée de sauvetage. J'y dépose tout : mes larmes, mes souvenirs, et cet amour insensé qui refuse de mourir.
« Allan, je t'ai écrit dix fois cette semaine. Pourquoi ne réponds-tu pas ? Est-ce que tu essaies de me punir, ou est-ce que tu te punis toi-même ? Je me fiche de la voiture, je me fiche de cette nuit-là. Tout ce que je veux, c'est l'homme qui m'a appris à remarcher. Ne me laisse pas dans ce silence, je t'en supplie. »
Mais le facteur ne passe jamais pour moi. Chaque jour, j'ouvre la boîte aux lettres avec un espoir qui me brûle la gorge, pour n'y trouver que des factures ou des publicités. Ce silence d'Allan est une seconde condamnation, plus cruelle encore que la première. Il applique à la lettre son vœu de me libérer, ignorant que ce silence est la plus terrible des chaînes.
À l'approche du sixième mois, je sens que je perds la raison. Je sais que sa peine touche à sa fin, mais je n'ai aucune date précise. Je me tourne vers Marc, son seul ami fidèle, celui qui possède peut-être la clé de ma délivrance.
Je me rends chez lui une fois, deux fois, dix fois. À chaque visite, c'est le même scénario. Marc m'ouvre la porte, le regard fuyant, le visage marqué par une gêne évidente.
— Nicolas, s'il te plaît, ne reviens plus, me dit-il un mercredi après-midi, la main crispée sur la poignée de sa porte. Allan a été très clair. Il ne veut pas que tu saches quand il sort. Il veut disparaître, refaire sa vie ailleurs. Il dit que c'est le seul cadeau qu'il peut encore te faire : te rendre ta liberté totale.
— Sa liberté ne m'intéresse pas si je ne suis pas avec lui ! je hurle sur le palier, les larmes aux yeux. Marc, tu es son ami, tu devrais comprendre. Il se détruit en croyant me sauver !
— Je lui ai promis, Nicolas. Je ne te dirai rien. Rentre chez toi.
Je repars, le cœur en lambeaux, mais je ne lâche pas. Je reviens chaque jour, je reste assis dans ma voiture en bas de chez Marc, espérant voir un signe, un mouvement, un sac de voyage. Je guette l'homme comme un détective privé, mais Marc reste une tombe.
La veille de ce que je suppose être la fin de sa peine, je suis à bout. Je remonte chez Marc à 22 heures. Je sonne sans discontinuer jusqu'à ce qu'il m'ouvre, en nage, les traits tirés par l'épuisement.
— Marc, je ne partirai pas. Je dormirai sur ton paillasson s'il le faut. Dis-moi quand. Dis-le moi, par pitié.
Marc me regarde longuement. Je vois la lutte intérieure sur son visage. Il soupire, laisse tomber ses épaules, et s'efface pour me laisser entrer. L'appartement est encombré de cartons.
— Il part pour le Sud dès sa sortie, murmure Marc, la voix brisée par la culpabilité d'avoir trahi son ami. Il sort demain matin. À six heures. Si je ne lui avais pas promis de l'emmener directement à la gare, je ne te dirais rien... mais je ne peux plus te voir te détruire comme ça, Nicolas. Il sort à six heures pile. À la porte de service, celle qui donne sur le parking des employés.
Je tombe sur une chaise, le souffle coupé. Demain. Six heures.
Je ne dors pas. Je passe la nuit dans ma voiture, garée à quelques mètres de la prison de Fresnes. La nuit est glaciale, une brume épaisse enveloppe les murs grisâtres de la bâtisse, rendant l'endroit encore plus sinistre. Je tremble de froid et d'angoisse. Est-ce qu'il va me rejeter ? Est-ce qu'il va s'enfuir en me voyant ?
À 5h45, le ciel commence à virer au bleu acier. Je sors de la voiture, mes jambes flageolantes me portant vers la petite porte en métal dont Marc m'a parlé. Le silence est absolu, seulement troublé par le bourdonnement des néons de sécurité.
À 6h01, un bruit de verrou métallique déchire le silence. La porte grince sur ses gonds.
Une silhouette sort. Allan. Il porte le même manteau que le jour de son procès, mais il semble flotter sur lui. Il a maigri, ses traits sont creusés, et une barbe de quelques jours mange ses joues. Il tient son sac de sport d'une main serrée, le regard fixé sur le sol. Il s'arrête, prend une immense inspiration, les épaules secouées par un frisson.
Il relève la tête et me voit.
Le sac tombe au sol avec un bruit sourd. Allan reste pétrifié, le visage se décomposant sous mes yeux. On se regarde à travers la brume, deux âmes brisées par une tragédie, mais liées par un fil invisible que même la prison n'a pu trancher.
— Pourquoi, Nicolas ? murmure-t-il, sa voix étant plus rauque, plus déchirée que dans mes souvenirs. Je t'avais demandé... je t'avais supplié de m'oublier.
Je m'approche lentement, le visage inondé de larmes que je ne cherche même plus à essuyer. — Je ne peux pas, Allan. J'ai essayé. Chaque jour, chaque seconde. Mais mes jambes ne marchent que pour aller vers toi.
Il secoue la tête, les larmes commençant enfin à perler dans ses yeux sombres. — Je suis un criminel, Nicolas. Je suis celui qui t'a fait ça...
— Tu es celui qui m'a aimé quand j'étais au plus bas. Tu as payé ta dette. Maintenant, laisse-moi payer la mienne en t'aimant en retour.
Il craque. Un sanglot déchirant s'échappe de sa poitrine, un cri de douleur et de soulagement mêlés. Je franchis les derniers centimètres et je me jette contre lui. Ses bras puissants, bien que tremblants, se referment sur moi avec une force désespérée, m'écrasant contre son torse. Il cache son visage dans mon cou, et je sens ses larmes chaudes couler sur ma peau.
Nous restons là, soudés l'un à l'autre devant les murs de la prison, pleurant tout le chagrin, toute la honte et tout l'amour du monde.
Le ciel de l'aube est d'une pâleur de cendre, strié de quelques veines orangées qui tentent de percer la brume glaciale du matin. Devant les murs de la prison, le temps semble suspendu. Je suis toujours accroché au cou d'Allan, respirant son odeur de tabac froid et de savon de cellule, ce parfum de détresse qui ne parvient pas à masquer l'homme que j'aime. Ses mains sont crispées dans le dos de mon manteau, ses doigts s'enfonçant dans le tissu comme s'il craignait que le sol ne se dérobe sous ses pieds.
C'est le bruit d'un moteur et le crissement de pneus sur le gravier qui nous tirent de notre bulle de douleur. Une voiture sombre s'arrête en hâte à quelques mètres de nous. Marc en descend, le visage décomposé par la culpabilité, essoufflé, comme s'il avait couru un marathon mental toute la nuit.
Allan se redresse, mais il ne me lâche pas totalement, une main restant ancrée sur mon épaule. Il regarde son ami arriver, et je sens la tension monter dans ses muscles.
— Marc ? murmure Allan, la voix chargée d'une sourde incompréhension. Qu'est-ce que... qu'est-ce que Nicolas fait là ? Tu m'avais promis.
Marc s'arrête à deux pas de nous. Il ne cherche pas à se défiler. Il baisse les yeux, puis les relève, remplis de larmes.
— Je sais, Allan. Je sais ce que je t'ai promis. J'ai tenu cinq mois. J'ai tenu jusqu'à hier soir. Mais il est venu... il est revenu encore une fois. Allan, si tu l'avais vu. Si tu avais vu ses yeux, si tu avais entendu sa voix... Il se détruisait à petit feu sur mon palier. Je ne pouvais pas te laisser sortir et te laisser partir dans le Sud sans qu'il ait une chance de te dire au revoir. Je ne pouvais pas porter le poids de votre malheur à tous les deux sur mes épaules. Pardonnez-moi, mais je ne pouvais plus me taire.
Allan ne répond pas tout de suite. Il regarde Marc, puis il me regarde, moi. La colère semble se dissoudre dans une immense lassitude. Marc se dirige vers son coffre et en sort deux sacs de voyage remplis d'affaires civiles qu'il avait préparés pour le départ d'Allan.
— Tiens, dit Marc en posant les sacs sur le bitume entre nous. Tes fringues, tes papiers, un peu d'argent. J'ai fait ce que tu m'as demandé. Maintenant, Allan... réfléchis bien à ce que tu veux vraiment. Ne fuis pas par principe. Ne fuis pas par punition. Regarde-le.
Marc nous laisse là, remontant dans sa voiture pour nous offrir un dernier simulacre d'intimité. Le silence retombe, plus lourd encore. Allan fixe les sacs à ses pieds, ces sacs qui symbolisaient sa fuite, son renoncement, sa disparition programmée dans l'anonymat du Sud.
Je fais un pas vers lui, brisant la distance de sécurité qu'il essaie encore de maintenir.
— Ne les prends pas, Allan. Ou plutôt, laisse-moi les prendre.
Je me baisse, je saisis les sacs de Marc avec une détermination que je ne me connaissais pas, et je me dirige vers ma propre voiture garée un peu plus loin. Je jette les affaires sur la banquette arrière et je reviens vers lui, le visage baigné de larmes mais le regard planté dans le sien, dur comme le diamant.
— Je les ai mis dans ma voiture, Allan. Parce que c'est là qu'est ta place. Avec moi. Dans notre maison.
— Nicolas, tu ne comprends pas... je ne peux pas revenir dans ce duplex, je ne peux pas vivre dans les lieux où je t'ai menti, où j'ai...
— Si, tu peux ! je crie, ma voix résonnant contre les murs de la prison. Viens à la maison. Viens au moins pour une heure, pour une nuit. On parlera si tu en as envie, on restera silencieux si c'est ce qu'il faut, mais ne pars pas comme ça. Pas comme un voleur, pas comme un coupable qui s'échappe.
Il essaie de reculer, mais je l'attrape par les revers de son manteau. Je sens son cœur cogner contre ma paume, une bête traquée qui cherche une issue.
— Écoute-moi bien, Allan. Si tu rentres avec moi, et que tu me regardes dans les yeux, bien en face, et que tu me prouves — que tu me prouves — que tu ne m'aimes plus, alors je te laisserai partir. Je te conduirai moi-même à la gare et je ne dirai plus un mot. Mais sache une chose : si tu pars en m'aimant encore, je te retrouverai. N'importe où. Je chercherai chaque ville, chaque village du Sud, chaque port, chaque refuge. Tu ne te débarrasseras pas de moi par simple sacrifice.
Ses lèvres tremblent. Il est à la limite de l'effondrement. L'air froid du matin semble lui cingler le visage, réveillant des sensations qu'il avait étouffées pendant six mois.
— Je t'ai fait tant de mal, Nicolas... souffle-t-il dans un sanglot étouffé.
— Le mal est fait, Allan. Il est là, dans ma jambe, dans nos souvenirs. Mais le bien est là aussi. Dans tes mains, dans ton cœur. Ne pars pas maintenant... s'il te plaît. Pas comme ça. Pas après tout ce qu'on a traversé pour arriver à cet instant précis.
Je lui prends la main. Elle est glacée, mais dès que mes doigts s'entrelacent aux siens, une chaleur immédiate circule entre nous. Il ne résiste plus. Sa tête retombe, son front venant se poser sur mon épaule dans un signe de reddition totale. Il pleure, de grands sanglots silencieux qui secouent sa carcasse fatiguée.
— Viens, je murmure contre ses cheveux. On rentre.
Je le guide doucement vers ma voiture. Je l'installe côté passager, là où il m'a si souvent attendu. Je boucle sa ceinture comme on prend soin d'un blessé de guerre. Je prends le volant et je démarre, laissant derrière nous les murs de Fresnes, laissant derrière nous la porte de fer et le bruit des verrous.
Pendant tout le trajet, il ne dit pas un mot. Il regarde la ville s'éveiller par la vitre, ses mains posées à plat sur ses cuisses, tremblantes. De temps en temps, je pose ma main sur la sienne, juste pour m'assurer qu'il est bien là, qu'il ne va pas s'évaporer.
Quand nous arrivons devant l'immeuble du duplex, il hésite une seconde à descendre. Je ne le presse pas. Je sors, je prends ses sacs, et j'attends. Finalement, il sort de la voiture. Il lève les yeux vers notre fenêtre, là-haut, où les stores sont encore baissés.
— C'est notre maison, Allan, je lui dis doucement en lui tendant la main. On va juste monter. On va juste exister, tous les deux, loin du monde.
Il prend ma main, serre ses doigts sur les miens, et nous franchissons le porche.
Le silence du duplex est assourdissant lorsque la porte se referme derrière nous. C’est un silence différent de celui des mois passés ; il n’est plus vide, il est saturé de tout ce que nous n’avons pas dit, de toute la douleur accumulée entre ces murs. Allan reste planté dans l’entrée, immobile, ses sacs de voyage posés à ses pieds comme les vestiges d’une vie qu’il ne reconnaît plus. Il ne retire pas son manteau. Il semble craindre que s’il se met trop à l'aise, le sol ne se dérobe à nouveau.
Je le regarde. La lumière crue du matin souligne les cernes profonds sous ses yeux et la maigreur de son visage. Il évite de regarder les meubles, les photos, tout ce qui pourrait lui rappeler le bonheur qu'il pense avoir volé.
— Enlève ta veste, Allan. Tu es chez toi, je murmure en m'approchant.
Il tressaille à ce mot : chez toi. Il finit par obéir avec des gestes lents, presque douloureux. Je prends son manteau et le pends au crochet, à sa place habituelle. Ce geste simple, quotidien, me déchire le cœur.
On s'installe dans le salon. Je sers deux cafés, mais la vapeur qui s'en échappe est la seule chose qui semble bouger dans la pièce. Allan est assis sur le rebord du canapé, les mains jointes entre ses genoux, le regard fixé sur le tapis.
— Je n'aurais pas dû revenir, Nicolas, commence-t-il d'une voix sourde. Chaque objet ici me rappelle le mensonge. Quand je regarde ce parquet, je vois le moment où je t'ai fait croire que j'étais ton sauveur alors que j'étais ton bourreau. Je sens le poids de chaque seconde passée à te cacher la vérité alors que je t'aimais déjà. C'est une trahison que rien ne peut laver.
— Tais-toi, Allan. Regarde-moi.
Il lève lentement les yeux vers moi. Ils sont remplis d'une détresse si pure qu'elle balaye mes dernières traces d'amertume.
Je me lève et je m'agenouille devant lui, entre ses jambes, exactement comme il le faisait pour soigner ma jambe. Je pose mes mains sur ses genoux. Il veut reculer, mais je serre ma prise.
— Écoute-moi bien. Ces six mois de silence, je les ai passés à décortiquer chaque instant de notre vie. J'ai eu de la haine, oui. J'ai voulu te hurler ma douleur. Mais à la fin, il ne restait qu'une seule certitude. L'homme qui m'a renversé était un inconnu ivre et désespéré. L'homme qui m'a soigné, qui m'a aimé, qui s'est dénoncé pour me libérer, c'est toi. Et cet homme-là, Allan, c'est celui que j'aime.
— Tu ne peux pas me pardonner ça, Nicolas... Ce n'est pas humain.
— Si, c'est précisément ce qui nous rend humains. Je te le dis en face, sans l'ombre d'un doute : je te pardonne. Pas parce que c'est facile, mais parce que tu as payé le prix. Tu as offert ta liberté pour racheter ton erreur. Regarde ma jambe, Allan. Elle marche. Elle court. Tu as passé des mois à réparer ce que tu avais brisé avec une dévotion que personne d'autre n'aurait eue. Je te pardonne tout. L'accident, le mensonge, le silence. Tout est effacé.
Des sanglots muets secouent ses épaules. Il pose son front contre le mien, et pour la première fois, je sens ses défenses s'écrouler. Il accepte enfin de me croire. Il accepte que l'amour puisse être plus vaste que la faute.
Je relève son visage entre mes mains. Mes pouces essuient les larmes qui coulent dans sa barbe de quelques jours. Je plonge mon regard dans le sien, cherchant l'homme derrière le détenu, l'amant derrière le coupable.
Et je l'embrasse.
Ce n'est pas un baiser de passion brute comme autrefois. C'est un baiser lent, d'une douceur infinie, chargé d'une tristesse qui s'évapore peu à peu pour laisser place à une espérance fragile. C'est notre premier vrai baiser. Le premier où il n'y a plus de masque, plus de secret, plus de "si seulement".
Ses lèvres sont fraîches, un peu tremblantes, mais elles s'ouvrent sous les miennes avec une reconnaissance bouleversante. Nos langues se cherchent, s'apprivoisent, se goûtent après des mois d'absence. C'est un baiser langoureux qui semble durer une éternité. Je sens son souffle s'apaiser, ses mains qui montent enfin pour s'égarer dans mes cheveux, me serrant contre lui avec une tendresse désespérée.
Dans ce baiser, il y a le goût de la prison, le sel de nos larmes, la fatigue de l'attente, mais surtout la promesse d'un nouveau départ. On se redécouvre, peau contre peau, sans l'ombre de la voiture noire, sans le fracas de la table renversée. Il n'y a plus que nous deux, ici et maintenant.
On se sépare de quelques centimètres, nos fronts toujours collés, nos souffles mêlés. Allan a les yeux fermés, un léger sourire de paix flottant enfin sur ses lèvres.
— Je t'aime, Nicolas, murmure-t-il comme une prière exaucée. Je t'aime tellement que j'en ai eu peur.
— Je le sais, Allan. Je le sais depuis toujours.
On reste ainsi, enlacés au milieu du salon, alors que le soleil inonde enfin la pièce. Le chemin sera long, nous le savons. Il y aura des cauchemars, des moments de doute, des regards en arrière. Mais pour la première fois, nous n'avons plus peur de la vérité.
Je me blottis contre son torse puissant, écoutant le rythme régulier de son cœur. Il est revenu. Non pas comme un sauveur de pacotille, mais comme un homme debout, lavé de ses fautes par le feu de l'aveu et la grâce du pardon.
— Tu restes ? je demande dans un souffle.
— Je ne bougerai plus jamais, promet-il en resserrant ses bras autour de moi.
Fin du chapitre 7.
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Les avis des lecteurs
Les paroles de Nicolas feraient chanceler la volonté la plus forte :D
