La lumière des lunes

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 28-08-2026 dans la catégorie A dormir debout
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temps de lecture ~ 15 minutes

I. La vitre et le regard

La chambre sentait la cire froide et quelque chose de plus doux, presque végétal, que Léonore n'aurait pas su nommer.

Elle était assise sur le lit depuis un moment, les genoux repliés sous elle, le pull en laine beige glissé de l'épaule gauche.

Le pull était trop grand pour elle, volé à quelqu'un de plus fort ou acheté ainsi, et il ne tenait sur son corps que par une sorte de négligence heureuse. L'encolure béait jusqu'à mi-sternum, révélant la naissance de ses seins, deux courbes légères, hautes, dont on devinait la fermeté à la façon dont le tissu les frôlait sans les couvrir vraiment. L'épaule gauche était entièrement nue, l'os de l'épaule saillant sous une peau très blanche, presque translucide dans la lumière des lunes, traversée d'une veine bleue à peine visible à la jonction du cou.

Elle avait vingt-deux ans, vingt-trois peut-être, cet âge où le corps n'a pas encore appris à se tenir autrement que dans sa propre évidence.

Ses cheveux blonds, courts, en désordre, dégageaient entièrement sa nuque, fine, longue, penchée légèrement vers la fenêtre. On voyait le mouvement des vertèbres sous la peau quand elle tournait la tête. Son visage était étroit, les pommettes hautes, la bouche entrouverte avec cette expression d'inachèvement qui n'était pas de la distraction mais une façon d'être au monde, légèrement en avance sur ce qu'elle allait ressentir.

Les genoux repliés sous elle tendaient le bas du pull sur ses cuisses. Le tissu remontait haut, laissant voir la totalité de ses jambes, longues et pâles, les chevilles croisées dans une posture qui avait l'air fortuite mais ne l'était peut-être pas. Entre ses cuisses légèrement entrouverte, l'ombre du pull formait un pli sombre dont on ne savait pas exactement jusqu'où il allait, et c'est ce qu'on regardait sans vouloir le montrer.

Elle ne portait rien sous le pull. On le comprenait à la façon dont le tissu épousait ses hanches sans résistance, à la façon dont ses mamelons marquaient la laine de deux points précis quand l'air de la chambre se refroidissait.

Ses mains étaient posées sur ses genoux, les doigts ouverts, immobiles.

Dehors, les deux lunes suspendues dans un ciel de sable bleu éclairaient le désert d'une lumière sans chaleur. Ce monde n'était pas tout à fait le sien. Elle y vivait depuis trois saisons et n'avait toujours pas trouvé le nom exact de la couleur du ciel la nuit.

Elle regardait par la fenêtre en ogive.

D'abord la silhouette, là-bas, immobile au milieu des dunes. Une forme sombre, une femme debout face aux lunes, qu'elle reconnaissait sans pouvoir dire pourquoi. Quelqu'un qui attendait, ou qui contemplait, ou qui priait une divinité sans temple.

Puis elle avait entendu le souffle.

Pas celui du vent. Celui d'un homme.

Elle avait tourné la tête vers la porte entrouverte de la salle de bains et c'est là qu'elle avait vu Kaël.

Il n'avait pas entendu Léonore rentrer. Il était debout devant le miroir, de trois quarts, le dos légèrement courbé, une main à plat sur la surface froide du lavabo et l'autre autour de son sexe. Il se masturbait lentement, les yeux mi-clos, la respiration longue et irrégulière. Il portait encore sa chemise ouverte sur la poitrine, déboutonnée jusqu'au ventre, et rien d'autre.

Léonore ne bougea pas.

Elle avait retenu sa respiration par réflexe, et maintenant elle n'osait plus la relâcher. Elle regardait. La main de Kaël montait et descendait avec une régularité presque hypnotique, le poignet souple, le mouvement ni pressé ni brutal. Son sexe était pleinement érigé, la peau tendue, la tête légèrement plus sombre que le reste, et Léonore observa cela avec une précision dont elle fut elle-même surprise, comme si ses yeux effectuaient un relevé de quelque chose qu'ils n'auraient eu qu'une seule chance de voir.

Le miroir lui renvoyait le profil de Kaël. Les muscles de la mâchoire. Le cou incliné. La toison sur le sternum.

Il poussa un petit son. Pas un gémissement, pas encore. Plutôt un raclement dans la gorge, quelque chose d'involontaire.

Léonore sentit la chaleur monter dans son ventre. Elle ne se leva pas. Elle continua à regarder, la main sur sa propre cuisse, les doigts légèrement crispés sur la laine du pull.

Ce n'était pas du voyeurisme, se dit-elle, sans vraiment y croire. C'était de la contemplation.

Elle bougea enfin, imperceptiblement, pour mieux voir. Son genou heurta le bois du montant du lit. Le son fut bref, pas plus fort qu'un craquement, mais Kaël se figea instantanément.

Il ne se retourna pas tout de suite.

Il resta une seconde, deux, la main immobile, le regard relevé vers le miroir, et c'est ainsi qu'il la vit, dans le reflet, assise sur le lit derrière lui, le pull glissé, les yeux posés sur lui sans équivoque.

Silence. Pas de gêne. Pas d'excuse.

Kaël ne lâcha pas son sexe.

***

II. L'aveu sans paroles

Il se retourna lentement. Faisait face à Léonore, la chemise ouverte, la main toujours en place mais immobile désormais. Il la regarda regarder. Il y avait quelque chose de nu dans la façon dont il attendait, quelque chose qui n'avait rien à voir avec l'absence de vêtements.

Léonore glissa du lit et se leva. Elle ne dit rien. Elle marcha jusqu'au chambranle de la salle de bains et s'y appuya, les bras croisés sur la poitrine, à moins d'un mètre de lui.

Il reprit son mouvement.

Lentement. Les yeux sur elle.

Elle sentit sa propre respiration changer de rythme, devenir plus courte, plus consciente d'elle-même. Elle déploya les bras, laissa ses mains se caler de chaque côté du chambranle, comme si elle avait besoin d'un appui. Le pull glissa un peu plus sur son épaule. Elle le laissa glisser.

Kaël regardait ses clavicules. Le début de sa gorge. Le mouvement de sa poitrine sous la laine.

Il accéléra légèrement.

Léonore porta sa main à son pull et l'ouvrit tout à fait, d'un geste simple et sans théâtre, le laissant tomber au sol. Elle ne portait rien dessous. La lumière de la bougie sur la table de nuit éclairait sa peau d'un côté seulement, laissant l'autre dans une ombre bleue qui venait des lunes par la fenêtre. Ses seins étaient ronds, les mamelons déjà durs, et elle ne fit aucun geste pour les couvrir ni pour les offrir. Elle était là, debout, comme une évidence.

Kaël laissa échapper un son qui n'était plus un raclement de gorge.

Sa main accélérait encore. Léonore regardait son sexe, le mouvement du poignet, la façon dont son bassin commençait à aller légèrement à la rencontre de sa propre main. Elle porta ses doigts à son ventre, du plat de la paume, et les fit descendre sous l'élastique de sa petite culotte. Elle ne le retira pas. Elle se toucha là, directement, sans détour, les yeux toujours sur Kaël.

Elle était humide depuis plusieurs minutes déjà. Depuis avant. Depuis la première seconde où elle l'avait vu dans le miroir.

Le son de leurs respirations s'entremêlait dans l'espace étroit de la salle de bains. L'odeur avait changé. Quelque chose de chaud et de légèrement animal s'était superposé à l'air froid de la nuit.

Kaël dit son prénom. Une seule fois. Pas comme une question.

Elle retira sa main de sa culotte et la fit glisser au sol d'un mouvement des hanches. Elle était entièrement nue maintenant, dans le chambranle, la lumière partagée entre la bougie et les lunes. Elle ouvrit légèrement les jambes, juste assez pour que Kaël voie, et reprit sa main là où elle l'avait laissée.

Kaël ferma les yeux une demi-seconde, les rouvrit, ne les quitta plus.

Ce fut long. Cela dura le temps que dure une marée, ou presque. Ils se regardaient se toucher, ils respiraient fort, l'espace entre eux n'était pas tout à fait un vide mais une matière tendue et chargée, quelque chose qu'on aurait pu couper.

Léonore sentit l'orgasme approcher et s'en éloigna volontairement, retirant ses doigts, laissant la vague refluer.

Elle dit : dehors.

***

III. Le désert et la troisième silhouette

Ils sortirent pieds nus sur le sable froid.

Le désert nocturne de ce monde avait une texture particulière sous les pieds, plus ferme que du sable ordinaire, presque comme du sel compacté. Les deux lunes étaient hautes. La plus grande, bleutée, donnait au paysage une clarté presque indécente. On voyait loin. On voyait trop.

La silhouette était toujours là.

À deux cents mètres peut-être, immobile, tournée vers l'horizon. Léonore la regarda en marchant. Elle reconnut les épaules. Maren. La voisine. La femme qui vivait à la lisière du camp depuis que Léonore était arrivée, qui ne parlait à personne, qui sortait la nuit regarder les lunes comme si elle attendait quelque chose qui n'était jamais venu.

Léonore prit la main de Kaël et l'entraîna dans la direction opposée, vers une dune plus haute, là où le sable formait un bol naturel, à l'abri du vent.

Ils n'étaient pas à l'abri du regard.

C'était le but.

Elle le fit asseoir d'abord, puis s'agenouilla entre ses cuisses. Le sol était froid sous ses genoux. Elle prit son sexe dans sa main, le sentit palpiter, le sentit répondre à la pression de ses doigts. Elle pencha la tête et prit la pointe dans sa bouche, la langue à plat, très lente, recueillant son goût, un peu salé, légèrement âcre, vivant. Elle ferma les yeux une seconde pour le goûter vraiment, puis les rouvrit, parce qu'elle voulait voir.

Elle voulait voir Maren.

La silhouette n'avait pas bougé. Mais Léonore savait que la clarté des lunes portait loin dans le bol de sable. Elle savait qu'on pouvait les voir de là-bas si on regardait.

Sa bouche descendit le long du sexe de Kaël, remonta, sa main suivant le rythme, et Kaël posa sa paume ouverte sur le haut de son crâne, juste pour toucher. Le son qu'il fit alla se perdre dans le sable comme un caillou dans de l'eau.

Elle caressa longuement, sans se presser.

D'abord la langue seule, la pointe d'abord, traçant le contour du gland avec une précision presque clinique, s'attardant sur le frein, ce point où la peau change de texture et où Kaël ne put retenir un tressaillement. Elle nota le tressaillement. Elle y revint.

Le sexe de Kaël avait un poids dans sa main, une chaleur propre, distincte de la chaleur de sa paume. Elle le tenait à la base, les doigts refermés sans serrer, sentant les battements du sang sous la peau, réguliers, de plus en plus rapides à mesure qu'elle travaillait.

Elle prit la tête entre ses lèvres.

Lèvres serrées, bouche en légère pression, elle descendit lentement sur lui, centimètre par centimètre, sentant sa propre salive s'accumuler, faciliter le passage, et elle alla jusqu'où elle pouvait aller sans forcer, jusqu'à sentir la résistance au fond de sa gorge, et elle s'arrêta là, immobile, le tenant ainsi prisonnier, et elle entendit Kaël retenir son souffle au-dessus d'elle.

Elle remonta aussi lentement.

Jusqu'à la pointe, sans le lâcher tout à fait, les lèvres refermées sur lui comme un anneau, et elle sentit la chair palpiter contre sa langue.

Le sable était froid sous ses genoux. Le froid remontait le long de ses tibias, gagnait ses cuisses, mais le haut de son corps brûlait, la bouche, la gorge, le ventre. L'air du désert dans ses narines était sec et minéral. L'odeur de Kaël dans sa bouche était autre chose entièrement, chaude et concentrée, avec quelque chose de musqué qui lui allait directement à la tête.

Elle recommença.

Plus longue descente, cette fois. Plus lente encore. La langue à plat contre la face inférieure de son sexe pendant toute la durée du mouvement, et sa main à la base se mit à tourner légèrement, un mouvement du poignet, lent, en sens inverse de sa bouche.

Kaël posa sa paume sur le haut de son crâne. Pour sentir le mouvement de sa tête, juste, comme on pose la main sur quelque chose pour en vérifier la réalité.

Léonore leva les yeux vers lui un instant. Il la regardait, la bouche entrouverte, le souffle court. Elle le vit déglutir.

Elle baissa les yeux vers l'horizon.

Maren n'avait pas bougé.

La lumière des deux lunes portait sur deux cents mètres au moins et le bol de sable où ils se trouvaient n'offrait aucune cachette, aucune ombre. Léonore le savait depuis le début. Elle avait choisi cet endroit précisément parce qu'il n'offrait aucune cachette.

Elle ne pouvait pas voir le visage de Maren à cette distance. Mais la silhouette faisait face à eux. La légère inclinaison de la tête avait changé. Elle n'était plus tournée vers les lunes.

Léonore reprit Kaël dans sa bouche.

Plus décidément, cette fois. Les lèvres serrées, la succion marquée, la tête allant et venant à un rythme qui cherchait quelque chose de précis. Elle voulait le sentir approcher. Elle voulait l'amener jusqu'au bord et l'y laisser, suspendu, avant de le ramener en arrière. Elle voulait que ça dure, que le désert entier puisse voir combien ça durait.

Sa propre chaleur entre ses cuisses était une information constante. Elle était trempée. Elle le savait sans avoir besoin de vérifier.

Elle ralentit brusquement.

Kaël exhala avec une frustration à peine contenue. Ses doigts se resserrèrent imperceptiblement sur son crâne.

Elle le maintint ainsi, au ralenti, les lèvres à peine mobiles, la langue lente, jusqu'à ce qu'elle sente la tension dans ses cuisses se relâcher d'un cran. Puis elle reprit.

Elle fit cela trois fois. Peut-être quatre. Le temps perdit sa forme normale dans le froid et la lumière bleue des lunes.

À un moment elle s'arrêta complètement, laissa sa bouche se rouvrir, prit le temps de regarder son sexe luisant de sa salive dans la lumière des lunes. La peau était sombre à la base, plus claire vers la pointe, et il y avait une goutte à l'extrémité, translucide, que la lumière rendit un instant argentée. Elle la recueillit avec la langue, la garda un moment dans sa bouche, goûta l'amertume légère et tranchée.

Elle entendit un bruit.

Pas de Kaël.

Elle releva la tête vers l'horizon.

Maren avait fait quelques pas dans leur direction. Pas beaucoup. Peut-être dix mètres. Elle s'était arrêtée à nouveau, et Léonore, même à cette distance, crut voir que ses bras n'étaient plus croisés comme avant. Qu'une main reposait sur son ventre, ou près de son ventre, dans un geste qui n'avait pas l'air tout à fait innocent.

Léonore sentit quelque chose monter en elle qui n'était pas uniquement du désir.

Une fierté. Quelque chose d'animal et de calme à la fois.

Elle reprit Kaël dans sa bouche une dernière fois, profondément, avec toute la chaleur qu'elle avait, et elle l'entendit prononcer son prénom d'une voix qui n'avait plus rien de contrôlé. Elle s'arrêta. Elle retira sa bouche avec une lenteur délibérée.

Elle se releva.

***

IV. Andromaque sous les deux lunes

Elle l'enjamba.

Le sable était ferme sous leurs deux poids. Kaël s'allongea sur le dos, les bras le long du corps, et Léonore s'installa sur lui, les genoux de chaque côté de ses hanches, le corps droit, les épaules en arrière. Elle le saisit par la base et le plaça contre elle, laissa sa propre chaleur et son humidité envelopper le gland, sans descendre encore.

Elle attendit.

La lumière des lunes tombait sur elle entièrement. Sur ses épaules, ses seins, son ventre. Sur le sable clair autour d'eux deux. Si Maren regardait maintenant, elle verrait tout.

Léonore descendit.

L'entrée fut lente, millimètre par millimètre, et son corps l'accueillit avec une résistance d'abord, puis une capitulation totale. Elle sentit le sexe de Kaël remplir l'espace en elle avec une précision qui lui fit fermer la bouche sur un souffle. Pas un cri. Quelque chose de plus bas, de plus rentré, qui sortit par le nez.

Elle ne bougea pas tout de suite.

Elle resta assise sur lui, pleinement prise, les mains posées sur le sternum de Kaël, et elle regarda en direction de la dune lointaine.

Maren s'était retournée.

Léonore ne pouvait pas voir ses yeux à deux cents mètres. Mais elle vit que la silhouette faisait face à eux, maintenant, et qu'elle ne bougeait plus.

Elle commença à bouger les hanches.

Pas un balancement de haut en bas, pas encore, mais un mouvement circulaire, lent, qui utilisait tout ce qu'il y avait en elle de lui, qui cherchait chaque angle. Les mains de Kaël montèrent sur ses cuisses, les pouces appuyant légèrement dans le creux de l’aine, et il la laissa mener.

Elle accéléra.

Ses hanches trouvèrent un rythme, régulier puis syncopé, ses cuisses travaillaient contre le sable, son ventre se contractait à chaque descente. Le bruit de leurs corps joints dans le silence du désert était à la fois infime et obscène, humide et percussif, et l'air froid de la nuit sur sa peau en sueur créait une sensation qui n'avait pas de nom.

Elle se pencha légèrement en avant. Kaël gémit. Elle se redressa. Elle creusa le bas du dos, changeant l'angle de pénétration, sentit quelque chose en elle se préciser, se concentrer, comme un point chaud qui grossissait à chaque passage.

Elle regardait Maren.

Elle ne savait pas si la femme au loin la regardait ou regardait les lunes ou regardait le néant de l'horizon. Elle ne voulait pas le savoir. Elle voulait être regardée. Elle voulait que son corps en mouvement dans la lumière des deux lunes soit visible de partout, de tous, un fait du monde aussi clair que les étoiles.

Kaël dit son prénom encore, d'une voix rendue rauque par ce qui approchait.

Elle sentit l'orgasme commencer à se former dans ses cuisses.

Pas encore une vague. Quelque chose de plus petit d'abord, une tension précise, presque localisable, qui irradiait depuis l'intérieur de ses cuisses vers le haut, vers le creux du ventre, vers la jonction exacte de leurs deux corps. Elle reconnut la sensation. Elle sut ce qu'elle était.

Elle ne s'en éloigna pas. Elle s'y enfonça.

Ses hanches changèrent de caractère. Le mouvement perdit sa grâce circulaire et devint direct, frontal, chaque descente allant chercher quelque chose de précis, un endroit en elle que le sexe de Kaël frôlait à chaque passage et qu'elle voulait maintenant heurter franchement. Elle se penchait légèrement en avant sur la montée, se redressait sur la descente, creusait le bas du dos pour modifier l'angle, et à chaque ajustement la sensation se précisait encore, se densifiait, cessait d'être diffuse pour devenir un foyer.

Kaël sentit le changement.

Ses mains sur ses cuisses se resserrèrent. Il ne chercha plus à la guider, ne chercha plus rien, il répondit seulement, du bassin, poussant à la rencontre de sa descente avec une régularité qui correspondait exactement à la sienne. Leurs corps s'accordèrent ainsi, sans négociation, sans paroles, comme deux instruments qui trouvent la même mesure sans chef. Le bruit de leurs corps dans le silence du désert se fit plus net, plus répété, plus franc. Le sable autour d'eux gardait l'empreinte de leurs genoux, de ses pieds, du dos de Kaël.

L'air était froid sur sa nuque, sur ses omoplates, sur les faces internes de ses bras.

Tout le reste brûlait.

Elle ne regardait plus Maren. Elle ne regardait plus rien de précis. Son regard était levé vers le ciel de ce monde, bleu sombre, encombré de lunes et d'étoiles inconnues, et elle le regardait comme on regarde un plafond quand on tombe, c'est-à-dire sans le voir vraiment, parce que la chute occupe toute la place.

La tension dans ses cuisses était devenue une pression. La pression était devenue une accumulation. L'accumulation cherchait une issue.

Kaël gémit, sourd, la gorge fermée, et le son alla dans le sable sans laisser de trace.

Léonore accéléra encore.

Ses cuisses travaillaient dur maintenant, le sable sous les genoux de Kaël se déplaçait légèrement à chaque poussée, et elle sentait sa propre humidité couler le long de l'intérieur de ses cuisses, tiède contre le froid de la nuit, et l'odeur de leurs deux corps mêlés montait dans l'air sec et y restait, sans vent pour l'emporter. Quelque chose dans le bas de son ventre se contracta une première fois, une contraction brève, presque une alerte, et elle reconnut le signe.

Elle inclina la tête en arrière.

Le ciel se creusa autour d'elle. Les deux lunes étaient hautes et froides et indifférentes et elles éclairaient son corps en sueur, ses seins, le galbe de son ventre, la courbe de sa gorge offerte à la lumière, et elle pensa une demi-seconde à Maren qui regardait peut-être, qui voyait peut-être tout cela depuis sa dune, et la pensée ajouta quelque chose à ce qui montait en elle, quelque chose de chaud et de légèrement honteux qui n'était pas de la honte.

La vague se souleva.

Pas doucement. Brusquement, comme une masse d'eau qui trouve une brèche. Elle la sentit partir du bas du ventre et se propager vers le haut, vers la gorge, vers les mains, vers les pieds enfoncés dans le sable, et ses cuisses se serrèrent autour des hanches de Kaël et ses bras se tendirent, les poings fermés sur rien, et elle cria.

Pas un cri de douleur. Pas un cri de peur. Une note, longue, portée, qui n'avait pas de mot pour la contenir, qui sortit d'elle comme quelque chose qui avait attendu longtemps de sortir. Le désert la reçut sans écho. Il n'y avait rien pour la renvoyer, pas de mur, pas de falaise, rien que le sable et le ciel, et le cri alla se perdre là-dedans comme s'il avait toujours appartenu à l'espace.

Ses contractions intérieures commencèrent, longues, profondes, chacune séparée de la suivante par une fraction de seconde d'attente.

Kaël se contracta sous elle à ce même instant.

Elle le sentit se raidir d'abord, les mains de part et d'autre de ses hanches, les doigts dans le sable, le dos légèrement décollé du sol, et puis il laissa échapper un son qui n'était plus un gémissement, quelque chose de plus bas, de plus entier, et elle le sentit battre en elle. Chaud. Répété. Un pouls à l'intérieur d'elle-même, régulier puis irrégulier puis s'espaçant, et à chaque battement ses propres contractions répondaient, se refermaient autour de lui, le réclamaient encore.

L'écho était intérieur. C'était le seul écho disponible dans ce désert.

Elle ne bougea plus. Elle resta assise sur lui, les genoux dans le sable froid, les paumes à plat sur son sternum, sentant sous ses mains le cœur de Kaël battre à toute vitesse et commencer, lentement, à se calmer. Ses propres contractions s'espacèrent. Devinrent plus légères. S'éteignirent l'une après l'autre, comme des bougies.

Son souffle était réduit à presque rien.

Elle leva les yeux vers Maren.

La silhouette était toujours là, immobile, tournée vers eux. Le vent du désert faisait bouger le bas de sa robe, légèrement, juste assez pour que Léonore voie qu'elle était vivante et qu'elle avait tout vu.

Léonore ne bougea pas.

Elle resta ainsi, dressée dans la lumière des deux lunes, les cuisses encore serrées autour de Kaël, le corps nu et visible de partout, jusqu'à ce que le froid entre vraiment dans ses os et qu'elle consente enfin à descendre.

***

Épilogue

Maren était toujours debout sur la dune quand ils se relevèrent.

Ils ne la rejoignirent pas. Ils rentrèrent à la chambre, pieds nus dans le sel du désert, les épaules qui se touchaient.

La bougie s'était éteinte. La lumière des lunes entrait par la fenêtre en ogive et posait un rectangle bleu sur le lit défait, sur le pull en laine au sol, sur le miroir de la salle de bains encore embué.

Léonore s'allongea sur le dos.

Elle pensa à Maren, là-bas, dans le froid. À ce qu'elle avait vu ou n'avait pas vu. À la façon dont le désert, la nuit, rendait les corps à la fois minuscules et absolument évidents.

Elle ferma les yeux.

La lumière des deux lunes continua de tomber sur elle, à travers la fenêtre, longtemps.

Fin.

Les avis des lecteurs

L'avis d'un lecteur :
Belle histoire très érotique hors du temps agréable à lire. Daniel

L'avis d'un lecteur :
Quelle belle écriture ! Merci à vous …
Très bonne maîtrise du suspense , et belle restitution des éléments naturels !
C’est très beau !
Merci ! JIP, auteur dur ce site !


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