Dépannage

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 02-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Temps de lecture ~ 15 minutes.



La route départementale était vide à cette heure, les champs de colza de chaque côté, jaunes jusqu'à l'horizon. Le moteur avait rendu l'âme sans prévenir, une secousse, un claquement, puis rien. Elle avait appelé le seul garage du coin depuis le bord de la route, et j'étais venu avec la dépanneuse.

Je l'avais regardée comme je regarde tous mes clients, puis quelque chose m'avait troublé : pas ses yeux, pas sa bouche, pas le jean qui moulait ses hanches quand elle s'était levée pour me montrer la voiture. Quelque chose au-dessus de tout ça, une façon qu'elle avait de tenir son corps dans l'espace, une économie dans les gestes, comme si elle savait exactement quelle place elle occupait et que cette place lui suffisait. Elle n'avait pas souri pour me remercier. Elle n'avait pas fait la conversation pendant que j'accrochais sa voiture à la dépanneuse. Elle avait attendu, les bras le long du corps, le visage tourné vers les champs, et ce silence n'était pas de la timidité.

J'avais pensé : cette femme-là ne demande rien à personne.

Et c'est exactement ça qui avait éclairé le reste de la journée.

***

Mon garage sentait le caoutchouc chaud, l'huile de vidange, quelque chose de plus doux en dessous, le bois sans doute, ou de la poussière tiède sur du métal. Deux grandes fenêtres en hauteur laissaient entrer une lumière blanche, coupée en tranches par les châssis. La Lada bleue était garée près du mur du fond. Romain, mon apprenti, vingt ans à peine, s'occupait de pneus à l'autre bout de l'atelier en faisant semblant de ne regarder nulle part.

Elle s'appelait Léa. Elle a attendu une heure sur le banc de bois à l'entrée, à lire son téléphone, à regarder par les fenêtres. Un jean usé aux genoux, une chemise claire boutonnée jusqu'au troisième bouton, des chaussures de ville qui détonaient dans mon garage. Romain lui a apporté un café à onze heures. Elle a souri, un sourire bref, et il est reparti rougir derrière ses pneus.

À un moment, elle s'est levée pour regarder ce que je faisais sous le capot. Je lui ai expliqué. Le carburateur, le joint, au moins deux heures de travail encore. Elle a dit d'accord sans bouger, les bras croisés, les yeux sur mes mains plutôt que sur le moteur.

Vers midi, elle a demandé : ça fera combien, à peu près ?

J'ai dit un chiffre.

Elle n'a rien répondu. Elle est retournée s'asseoir.

***

J'ai remarqué la façon dont elle s'est levée pour prendre son café. Le jean moulait ses hanches différemment quand elle était debout, la couture remontait, le tissu se tendait. Elle le savait peut-être. Peut-être pas.

À treize heures, je lui ai proposé la salle de pause, un sandwich sous cellophane, de l'eau. Elle a accepté le sandwich, refusé l'eau, re-demandé un café. On a mangé face à face, séparés par la table en formica, et elle m'a dit qu'elle revenait de loin, que la voiture appartenait à sa mère, qu'elle avait trente-deux ans et que la dernière fois qu'elle avait mis les pieds dans un garage c'était à la mort de son père.

Mécanicien, son père ?

Elle a souri. Non. Il était tombé du toit du garage d’un voisin à qui il voulait rendre service. Elle a dit ça sans une hésitation, comme si elle avait appris à raconter l'histoire de façon à ce qu'elle ne fasse plus mal. Ou de façon à ce que les autres n'aient pas à faire une tête.

J'ai dit : désolé.

Elle a dit : c'est vieux.

***

En revenant dans l'atelier, je l'ai regardée marcher devant moi. Le jean, les épaules, la nuque dégagée par la tresse. J'ai pensé à la facture qu'elle ne pouvait probablement pas payer. J'ai pensé à autre chose aussitôt, et je m'en suis voulu.

Romain démontait un moyeu en sifflotant. Il ne regardait pas.

J'ai repris le carburateur. Je savais qu'elle était sur le banc dans mon dos, et je sentais son regard là où je ne pouvais pas le voir.

À un moment j'ai dit, sans me retourner : vous venez souvent à Lyon ?

Elle a dit : j'y habite.

Alors vous revenez d'où ?

Un silence. Puis : de chez un homme qui ne méritait pas le trajet.

J'ai posé ma clé. Je me suis retourné.

Elle me regardait avec une expression que je ne savais pas nommer, ni franchement triste ni franchement ironique. Quelque chose entre les deux, quelque chose qui testait quelque chose.

J'ai dit : long trajet.

Elle a dit : vous pouvez pas savoir.

***

À quinze heures, le carburateur était presque fini. Léa est revenue se poster près de l'établi. Elle ne regardait plus le moteur, elle ne regardait plus mes mains. Elle me regardait, moi, le visage, et quand je croisais son regard elle ne le détournait pas.

J'ai dit : encore une heure.

Elle a dit : je sais.

Puis, après un silence : vous avez chaud ?

J'ai dit que non.

Elle a dit : moi oui. Et elle a commencé à déboutonner sa chemise.

Je l'ai regardée faire. Lentement, les doigts sur chaque bouton, un par un, jusqu'au dernier. Elle a ouvert le tissu sur sa poitrine, ses seins libres en dessous, pas de soutien-gorge, et elle m'a regardé la mater.

J'ai senti quelque chose se tendre dans ma poitrine, dans le ventre, plus bas.

Elle a dit, la voix tout à fait posée : ça vous dérange ?

J'ai dit : non.

***

Romain était dans mon dos quelque part. Je l'entendais respirer, ou peut-être c'était moi.

Elle a gardé la chemise ouverte, les pans écartés, et elle s'est appuyée contre l'établi avec une désinvolture trop calculée pour être inconsciente. Ses seins étaient petits, les mamelons sombres dans l'air froid de l'atelier. Sa peau était pâle, presque bleutée à la lumière des fenêtres, le ventre plat, les flancs nets.

J'ai posé la clé à molette.

Je me suis approché.

Elle n'a pas bougé. Elle a relevé le menton d'un millimètre, peut-être deux.

J'ai pensé, à cet instant précis, qu'elle faisait ça pour la facture. Que c'était une transaction qu'elle avait décidée seule, froide, pratique, et ça m'arrangeait d'y croire parce que ça rendait la situation plus simple. Je savais que, peut-être, c'était faux. Mais je préférais me dire que c’était pour ça..

J'ai dit, à mi-voix : Romain.

L'apprenti a levé la tête.

J'ai dit : tu peux aller chercher les plaquettes dans la réserve ? Les Bosch, au fond à gauche. Prends ton temps.

Romain a dit oui chef sans me regarder et a disparu dans la réserve. La porte s'est refermée. Le compresseur continuait de tourner.

***

Je me suis arrêté à un mètre d'elle.

Le tissu de la chemise se soulevait à chaque inspiration. L'odeur de sa peau était là maintenant, chaude, légèrement sucrée par-dessus quelque chose de plus profond.

J'ai dit son prénom. Une seule fois, à voix basse.

Elle a incliné la tête, très légèrement.

Je lui ai touché le visage d'abord, la joue, le menton. Elle a fermé les yeux une seconde. Mes mains sentaient le savon industriel et malgré ça elle a penché la tête vers ma paume, appuyé la joue contre.

J'ai dit : j'ai les mains sales.

Elle a dit : je sais.

Je l'ai embrassée. Elle a répondu avec la bouche fermée d'abord, puis autrement, les lèvres qui s'ouvrent, la langue qui cherche. Elle avait le goût du café, un peu d'amertume, quelque chose de sucré dessous. Ses mains se sont posées sur ma poitrine, à plat, sans tirer, juste là.

Mes mains à moi ont glissé dans la chemise, sur ses flancs, sa taille, la chaleur de sa peau directement sous les paumes. Elle a laissé un souffle contre ma bouche, pas un soupir, plutôt une expiration brève et brûlante.

***

J'ai reculé d'un pas pour la regarder vraiment.

Elle était là, la chemise ouverte, les mains à plat sur l'établi, les yeux sur moi. Le jean sur les hanches, la ceinture défaite, elle l'avait défait elle-même pendant qu'on s'embrassait sans que je m'en aperçoive. Elle avait les doigts sur le bouton du jean, elle attendait.

J'ai dit : t'es sûre ?

Pas une question. Une façon de lui laisser une sortie.

Elle a dit : depuis ce matin.

J'ai dit : depuis ce matin tu es sûre de quoi exactement ?

Elle a souri, différemment, le sourire d'une femme qui décide. Elle a fait glisser le jean sur ses hanches, sur ses cuisses, l'a envoyé sur le sol d'un coup de pied. En dessous, un slip blanc, très simple, le tissu lavé des centaines de fois.

***

Je la voulais. Pas de façon abstraite, pas de façon polie. Une envie physique, concrète, qui occupait tout le corps et rendait la pensée difficile. Cette envie, je l'avais depuis le matin, depuis la route départementale et la façon dont elle m'avait regardé accrocher la dépanneuse. Quatre heures à la tenir à distance, à parler carburateur, à écouter son histoire de père tombé d'un toit.

Maintenant elle était là, les hanches nues dans mon atelier, la lumière sur elle.

J'ai posé les mains sur ses cuisses, à l'intérieur, et je les ai remontées lentement. Elle avait les muscles qui se tendaient sous mes paumes. Mes pouces ont atteint le bord du slip, l'ont suivi vers l'intérieur, et elle a retenu son souffle.

Elle a dit, très bas : là.

J'ai dit : ici ?

Elle a dit : oui, là, exactement là.



Je l'ai tenue contre l'établi, une main entre ses cuisses par-dessus le slip, la paume sur sa chaleur. Le tissu était humide. Elle s'est mordu la lèvre et a regardé par-dessus mon épaule, vers la porte de la réserve, puis elle a regardé de nouveau vers moi.

J'ai tiré le slip sur ses hanches. Lentement. Elle l'a dégagé d'un coup de pied, et il est tombé quelque part entre une boîte de filtres et le sol.

Le garage sentait maintenant autre chose, par-dessus l'huile et le caoutchouc. Quelque chose de chaud, de vivant, d'elle.

J'ai glissé les doigts entre ses lèvres. Elle était très humide, le sexe gonflé, la chaleur contre mes doigts rugueux. Elle a baissé la tête en avant et j'ai entendu un son dans sa gorge, étouffé, contrôlé, retenu à cause de Romain derrière la porte.

J'ai dit, tout contre son oreille : tu fais ça souvent, avec des inconnus ?

Elle a mis quelques secondes. Puis : non. Jamais.

J'ai dit : je te crois pas.

Elle a relevé la tête et m'a regardé en face. Elle a dit : comme tu veux.

***

Le compresseur s'est arrêté.

Dans le silence, le bruit de mes doigts sur elle était nu, mouillé, régulier. Elle avait une main sur mon épaule, les ongles dans le tissu de la combinaison. Sa respiration était courte, scandée, un souffle à chaque mouvement.

J'ai commencé à la caresser avec deux doigts, sans presser, en suivant les lèvres de haut en bas, en évitant le clitoris pour laisser son impatience monter. Elle a bougé les hanches vers ma main. J'ai continué sans accélérer.

Elle a dit, très bas, presque pour elle-même : continue.

J'ai dit : j'ai pas l'intention de m'arrêter.

Ses hanches ont commencé à bouger vers ma main, le bassin qui cherchait, qui demandait sans demander. J'ai inséré deux doigts, lentement, et j'ai senti son corps entier se raidir, les jambes qui s'écartaient d'elles-mêmes, les mains qui cherchaient un appui.

La ponceuse de Romain a redémarré dans la réserve. Elle a laissé un son passer, plus aigu, qu'elle a coupé net.

J'ai dit : chut.

Elle a dit, les dents serrées : facile à dire.

***

Elle est venue sans prévenir.

Ses hanches se sont soulevées de l'établi, brusquement, et son sexe s'est refermé sur mes doigts avec une force qui m'a arrêté net. J'ai senti les contractions, profondes, par vagues serrées, la chaleur qui pulsait contre ma paume. Ses cuisses se sont refermées sur ma main, les muscles durs, tremblants.

Elle avait mis son poing contre sa bouche.

Un son est passé quand même, bas, long, presque une note, qu'elle a coupé à mi-chemin. Sa tête était rejetée en arrière, le cou tendu, une veine visible sous la peau pâle. Ses doigts avaient saisi le bord de l'établi et ne lâchaient pas.

Je n'ai pas bougé les doigts. Je les ai gardés en place, à l'intérieur, et j'ai senti chaque secousse, chaque réplique, jusqu'aux plus petites, jusqu'à ce que son corps décide lui-même que c'était fini.

Ça a duré plus longtemps que je ne m’y attendais.

Quand tout s'est relâché, elle a soufflé par le nez, longuement, les épaules qui tombaient. Elle a rouvert les yeux. Elle m'a regardé avec quelque chose de nu dans le regard, pas de la gratitude, pas de la tendresse, quelque chose de plus simple et de plus difficile à soutenir.

J'ai retiré les doigts lentement. Elle a eu un dernier frisson, involontaire.

Quand elle a rouvert les yeux, son regard était différent. Plus lent, plus lourd, quelque chose de dénoué.

Elle a dit : à ton tour.

Elle a dit ça simplement, sans coquetterie, comme une évidence.

Je ne transcrirai pas tout ce qui a suivi dans l'ordre exact où ça s'est passé. Ce n'est pas une question de pudeur. C'est qu'à un certain niveau de désir, la chronologie se défait. Il y a des images, des sensations, des sons, et entre eux des blancs.

Elle s'est agenouillée sur le béton sans que je lui aie rien demandé. Elle a défait ma combinaison avec des gestes précis, les boutons un par un jusqu'à la ceinture, puis elle a tiré le tissu sur mes hanches. Elle a pris mon sexe dans ses deux mains, en a apprécié le poids un instant, les pouces qui en suivaient la longueur sans se presser. Elle m'a regardé pendant qu'elle le faisait. Ce regard direct, sans ornement, comme si elle vérifiait quelque chose.

Elle a fermé la bouche sur le gland, doucement, la langue à plat dessous, et a commencé à descendre.

Lentement. Très lentement. Elle ne cherchait pas à en finir. Elle prenait, revenait à la pointe, aspirait légèrement, reprenait. Sa salive avait rendu la peau brillante, tendue. Elle avait une main posée à la base, les doigts refermés, le poignet qui tournait en rythme avec sa bouche. L'autre main s'était posée sur ma cuisse, à plat, et je sentais ses ongles qui appuyaient par intermittence quand elle descendait plus bas.

Ses joues se creusaient à chaque mouvement. La tresse avait glissé sur le côté.

J'avais une main sur le montant de l'établi. L'autre s'est posée sur sa tête, légèrement, sans la forcer, juste pour sentir le mouvement sous ma paume.

Elle a accéléré par à-coups, puis ralenti, puis repris, comme si elle écoutait quelque chose dans ma respiration et répondait à ce qu'elle entendait. À un moment elle a retiré la bouche entièrement, a passé la langue sur toute la longueur depuis la base jusqu'à la pointe, lentement, les yeux levés vers moi. J'ai dû m'appuyer plus fort contre l'établi.

Elle a souri, une seconde, puis a repris.

La porte de la réserve s'est ouverte.

Romain a traversé une partie de l'atelier. Ses pas ont résonné sur le béton, réguliers, puis ils se sont arrêtés quelques mètres derrière nous.

Léa n'a pas bougé. Pas ralenti. Rien.

Un silence de trois secondes, peut-être quatre. Puis les pas ont rebroussé chemin. La porte de la réserve s'est refermée.

Elle a dit, sans s'arrêter, juste assez fort pour que je l'entende : il est resté longtemps ?

J'ai dit : trois secondes.

Elle a dit, les lèvres encore sur moi : il reviendra pas.

J'ai dit : non.

Elle a repris avec quelque chose de plus appuyé, la main plus ferme à la base, la bouche plus profonde, et j'ai senti la chaleur de sa gorge contre la pointe quand elle a descendu jusqu'au bout. J'ai retenu ma respiration. Elle a tenu cette position une seconde, deux, puis est remontée lentement, la langue qui glissait sous le frein en partant.

J'ai dit, la voix qui n'était plus tout à fait la mienne : arrête.

Elle s'est immobilisée. Elle a levé les yeux.

J'ai dit : je veux pas finir comme ça.

Elle a regardé mon visage une seconde, a compris, et s'est relevé

***

Je l'ai relevée, retournée face à l'établi. Elle a posé les avant-bras sur le métal froid et écarté les pieds d'elle-même, la chemise remontée sur le dos, les hanches offertes dans la lumière blanche des fenêtres.

Je me suis placé derrière elle.

La prendre a pris du temps, centimètre par centimètre, en sentant sa chaleur se refermer sur moi avec une pression qui m'a coupé la respiration. Elle a baissé la tête entre ses bras, le front contre ses poignets croisés, et un son long est sorti d'elle, grave, prolongé, sans retenue pour la première fois depuis le matin.

Je me suis immobilisé, enfoui jusqu'au fond.

Son sexe pulsait autour du mien. Je sentais les battements de son cœur de l'intérieur.

Elle a dit : bouge pas. Encore une seconde.

J'ai dit : je peux pas.

Elle a dit : si. Reste là.

J'ai obéi.

***

Le rythme s'est installé naturellement, lent d'abord, les hanches qui revenaient contre les siennes, le son sourd et régulier de la peau contre la peau dans l'air froid. Elle poussait en retour, son dos qui se cambrait, les omoplates saillantes sous la chemise froissée.

J'avais une main sur sa hanche, l'autre glissée sous elle, à plat sur son ventre.

Elle a dit : plus fort.

J'ai dit : t'es sûre ?

Elle a relevé la tête, tourné le visage vers moi sur le côté, les joues rouges, les cheveux épars sur le cou. Elle a dit : j'ai pas conduit quatre heures pour rien.

J'ai accéléré.

***

Les bruits ont changé, plus denses, plus mouillés, plus francs. Sa voix s'est remise à sortir, syllabe par syllabe, des sons sans mots qui rebondissaient contre les murs de parpaings. La lumière des fenêtres tombait sur son dos en biais. Sa peau luisait.

J'ai glissé la main vers l'avant, entre ses cuisses.

Elle a dit : oui, là, comme ça, exactement, continue.

Je n'ai pas répondu. Je n'en étais plus capable.

Son corps s'est tendu d'un coup, les jambes raides, le dos creux, les mains plaquées contre le mur du fond. Un cri court, vrai, qu'elle a à moitié étouffé avec le bras. Ses hanches ont eu un mouvement incontrôlé et son sexe s'est contracté sur moi avec une violence que je n'attendais pas.

Je suis venu quelques secondes plus tard, les mains sur ses hanches, la tête penchée en avant, un son dans la poitrine qui n'appartenait qu'à moi.

***

On est restés immobiles longtemps. Elle les avant-bras sur l'établi, moi contre elle, à reprendre souffle dans l'odeur mêlée de nos deux corps.

La ponceuse de Romain s'était arrêtée depuis un moment.

Elle s'est redressée, a ramassé son jean, l'a enfilé. Son slip, elle l'a regardé une seconde et fourré dans sa poche.

Elle s'est retournée vers moi.

Le rouge aux joues, les cheveux défaits, une tache d'huile fraîche sur le poignet qu'elle n'avait pas avant. Elle m’a regardé remonter ma combinaison sans rien dire. Puis elle a dit, la voix posée : c'est prêt demain ?

J'ai dit : demain matin.

Elle a hoché la tête, a repris son téléphone, commandé un taxi.

Romain est sorti de la réserve vingt minutes plus tard, les yeux sur ses chaussures, un carton dans les bras qu'il n'avait clairement pas eu besoin d'aller chercher.

***

Le taxi est arrivé juste après.

Elle est partie sans se retourner. La portière a claqué. Les phares ont balayé le mur du fond.

Je suis resté à finir le carburateur dans l'odeur qu’elle m’avait laissé d’elle.

Je n'ai pas demandé son numéro. Je n'ai pas demandé l'histoire de l'homme qui ne méritait pas le trajet. Je me suis dit qu'elle avait fait ça parce qu'elle avait besoin de quelque chose de simple et de physique après une journée qui avait mal tourné. Une façon de reprendre le dessus. De se réapproprier son corps.

Elle est revenue le lendemain.

Devant la voiture, Je lui ai tendu ses clefs, et elle a demandé la facture. Nous sommes retournés à l’intérieur pour l’imprimer et elle a payé sans un mot, par carte.

En montant dans la voiture, elle a dit : la prochaine fois que je passe par là…

J'ai dit : ouais.

Ce n'était pas une promesse. C'était mieux que ça.

J’en ai su plus par Romain qui le tenait d'une cousine qui connaissait sa mère : Léa est thérapeute sexuelle à Lyon. Elle a un cabinet, des patients, une spécialisation dans les troubles du désir. Elle avait conduit quatre heures pour aller annoncer à cet homme qu'elle le quittait, elle avait repris la route, la voiture avait lâché. Et dans le garage, avec moi, elle n'avait pas cherché à se consoler, ni à se venger, ni à payer quoi que ce soit.

Elle avait simplement voulu faire l’amour.

Fin

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