La loge
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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La loge
Temps de lecture ~ 15 minutes
Nous avons pris place au second rang, les deux sœurs s'asseyant à mes côtés.
Je les connaissais depuis six mois, depuis le dîner chez Marianne où elles étaient arrivées ensemble, l'une portant une robe noire, l'autre la même robe en ivoire, comme si leur ressemblance ne suffisait pas et qu'il fallait encore souligner leur façon d'occuper l'espace à deux. Claire était l'aînée de quelques mois, brune aux yeux clairs. Inès, la cadette, portait les cheveux courts et avait ce regard légèrement en retrait des gens qui observent plus qu'ils ne parlent. Toutes deux avaient la taille mince, les poignets fins, et une façon identique de pencher la tête quand elles écoutaient.
Ce soir-là, à l'opéra, Claire s'était assise à ma gauche. Inès à ma droite. J'avais réservé les places depuis trois semaines, sans savoir encore que la soirée prendrait la tournure qu'elle prit.
La salle était pleine. Les lumières se stabilisèrent un moment dans leur éclat, puis commencèrent leur descente lente. Un murmure se répandit dans l'assistance, ce bruissement particulier des soirées où le public sait qu'il va recevoir quelque chose d'important. L'orchestre accordait ses instruments, chaque instrument cherchant son accord dans le bruit des autres, et le son produit par cet accord manqué était presque aussi beau que la musique à venir.
J'avais posé mes mains sur mes genoux. Claire portait une veste en velours bordeaux qui s'ouvrait sur une chemise de soie crème. Inès était en noir, avec un décolleté que la pénombre rendait plus profond qu'il n'était. Leurs deux parfums se mêlaient dans l'air autour de moi, quelque chose de fleuri pour l'une, de boisé pour l'autre, et l'effet conjugué produisait une troisième odeur qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre.
Les lumières s'éteignirent.
---
Le premier acte était *Pelléas*. Debussy, que j'aime pour ses silences autant que pour ses notes. Il y a dans cet opéra une façon de laisser les choses non dites qui agit sur le corps davantage que sur l'esprit.
Claire avait croisé ses jambes vers moi. Je sentais la chaleur de sa cuisse sans la toucher. Inès, à ma droite, s'était légèrement penchée vers l'avant, les coudes sur les genoux, le menton dans les paumes. Sa nuque était visible au-dessus de son col, une nuque pâle et nette que j'ai regardée longtemps.
Ce fut Claire qui bougea en premier.
Sa main trouva la mienne dans l'obscurité avec la précision de quelqu'un qui sait ce qu'il fait. Elle ne me prit pas la main, elle la posa simplement sur ma cuisse, doigts ouverts, sans pression. Un geste qui n'était pas encore une invitation mais qui n'était plus rien non plus.
Sur scène, Mélisande chantait. Sa voix montait dans l'obscurité de la salle, fine et presque fragile, et il y avait quelque chose d'insupportable dans sa beauté.
Je n'ai pas bougé. La main de Claire restait là, tiède et immobile. Puis ses doigts ont commencé à bouger, à peine, avec la lenteur de quelqu'un qui n'est pas sûr d'être observé. Elle remontait vers l'intérieur de ma cuisse, par millimètres, sans quitter le tissu du pantalon. Je regardais la scène. Ma respiration s'était imperceptiblement modifiée.
À ma droite, Inès s'était redressée. Je ne la regardais pas, mais je savais qu'elle regardait sa sœur. Ou peut-être regardait-elle la scène. Je ne savais pas encore si elles avaient prévu cela ensemble, ou si Claire agissait seule, et l'incertitude elle-même était une forme d'excitation.
La main de Claire atteignit l'intérieur de ma cuisse et s'y arrêta.
Nous avons regardé la fin du premier acte dans cet état, elle avec la main posée sur moi, moi avec le reste du corps immobile, et la musique qui s'élevait dans l'obscurité comme si elle commentait ce que nous faisions.
---
L'entracte arriva. Les lumières remontèrent lentement.
Claire retira sa main avec le même naturel qu'elle l'avait posée. Elle se tourna vers moi et sourit, un sourire bref et parfaitement ordinaire, comme si nous discutions du programme. Inès, à ma droite, me regardait aussi. Son regard était différent, plus direct, moins amusé. Elle dit, à voix basse : « Tu veux boire quelque chose. »
Ce n'était pas une question.
Nous avons quitté nos sièges. Dans le foyer, parmi les autres spectateurs, elles se comportaient avec une aisance parfaite. Claire parlait de la mise en scène, de la soprano, du chef d'orchestre dont elle avait lu une interview récente. Inès buvait son champagne sans rien dire, mais elle me regardait régulièrement, de biais, avec quelque chose dans les yeux qui ressemblait à de la patience.
Nous n'avons pas parlé de ce qui venait de se passer.
Quand les lumières du foyer ont commencé à clignoter pour annoncer la reprise, Inès a posé sa main sur mon bras. Un geste simple, bref. Elle a dit, toujours à voix basse : « On a loué une loge pour le second acte. »
Je l'ai regardée.
« Claire préfère les loges », a-t-elle ajouté, comme si cela expliquait tout.
---
La loge était petite, au premier niveau, avec trois chaises et une balustrade en bois verni. De là, on voyait la scène de biais, mais on voyait surtout la salle, le public disposé en rangs serrés sous les lustres. J'ai compris pourquoi elles avaient réservé une loge.
J'ai repris place au centre. Claire à ma gauche, Inès à ma droite. Les chaises étaient rapprochées par l'étroitesse de l'espace. Nos épaules se touchaient presque.
Les lumières ont baissé pour la seconde fois.
Sur scène, l'acte reprenait. La voix de Pelléas, grave et retenue. La salle en contrebas était une masse obscure et silencieuse, tournée vers la lumière de la scène. Dans la loge, il faisait plus chaud qu'en salle, et l'obscurité était plus complète.
Ce fut Inès qui commença.
Sa main ne tâtonna pas. Elle trouva ma cuisse directement, avec une assurance différente de celle de Claire, plus ferme, presque autoritaire. Ses doigts se posèrent haut, très haut, et la pression était nette et délibérée. Je n'ai pas bougé. À ma gauche, Claire avait appuyé son épaule contre la mienne. Je sentais sa chaleur sur toute la longueur du bras.
Inès fit courir ses doigts vers le haut jusqu'à sentir sous le tissu ce que sa pression avait commencé à provoquer. Elle s'arrêta là. Sa main encercla légèrement la forme à travers l'étoffe du pantalon, sans serrer encore, avec la patience tranquille de quelqu'un qui a du temps.
À ma gauche, Claire avait pris ma main et la guidait. Elle l'a portée vers elle, vers sa cuisse, sous le bord de sa jupe. Sa peau était chaude. Elle a orienté mes doigts vers l'intérieur, les a laissés là, puis a retiré sa main pour me laisser continuer seul si je le voulais.
Je le voulais.
J'ai remonté lentement l'intérieur de sa cuisse, du bout des doigts, en sentant la texture de sa peau changer à mesure que je progressais. Claire avait légèrement écarté les jambes. Sur scène, Mélisande chantait encore, sa voix dans l'obscurité de la salle comme une chose sans corps, pure et lointaine.
Mes doigts atteignirent le bord de sa culotte. Elle ne portait rien en dessous, seulement le tissu fin et légèrement humide déjà. J'ai laissé ma main là, sans bouger, sentant sa chaleur contre ma paume. Elle a expiré très doucement, un souffle à peine audible que j'ai senti plus que je ne l'ai entendu.
Inès, de son côté, avait défait le premier bouton de mon pantalon. Ses doigts travaillaient avec une lenteur délibérée, comme si l'urgence ne l'intéressait pas. Le second bouton. Elle glissa la main à l'intérieur.
---
Ce qui suivit dura le temps que dure une œuvre qu'on ne compte plus.
La main d'Inès referma ses doigts sur moi. Sa prise était précise et ferme, et elle commença un mouvement régulier, très lent, sans quitter la scène des yeux. On aurait pu croire, à la voir, qu'elle écoutait la musique. Elle écoutait peut-être. Je ne suis pas sûr que les deux choses s'excluent.
Ma main, sous la jupe de Claire, avait écarté le tissu de sa culotte. Mes doigts touchaient maintenant sa chair directement, le pli chaud et humide entre ses lèvres. Elle était douce, très douce, et mouillée déjà d'une façon qui rendait le moindre mouvement de mes doigts presque silencieux dans l'obscurité de la loge. J'ai glissé un doigt entre ses lèvres, lentement, en cherchant le centre de sa chaleur. Elle a posé sa main sur la mienne, par-dessus la jupe, sans forcer, juste pour sentir le mouvement de l'intérieur.
En contrebas, le public était immobile. Des centaines de gens dans le noir, tournés vers la lumière. Personne ne regardait dans notre direction. Et même si quelqu'un avait regardé, il n't aurait vu que trois silhouettes dans l'obscurité d'une loge, l'une légèrement inclinée vers l'autre, les deux bras à des angles légèrement inhabituels.
Inès avait accéléré son mouvement, très peu, un degré seulement, mais je le sentais dans ma respiration qui cherchait à rester égale. Elle se penchait parfois vers moi, son visage à quelques centimètres du mien dans l'obscurité. Je sentais son souffle. Elle ne m'embrassait pas encore. Elle attendait quelque chose.
Claire, elle, avait fermé les yeux. Je voyais son profil dans la lumière diffuse qui montait de la scène. Son menton légèrement relevé, ses lèvres entrouvertes. Mes doigts avaient trouvé son clitoris, une petite bosse ferme au-dessus du pli, et j'appuyais par cercles lents. Elle portait une main à sa bouche, non pas pour cacher un son, mais comme quelqu'un qui se retient de quelque chose sans encore savoir quoi.
J'ai introduit un doigt en elle. Puis deux. Avec lenteur, en sentant ses parois m'accueillir, chaudes et serrées. Son bassin fit un mouvement imperceptible vers ma main, un début de va-et-vient que je suivis du poignet. Elle mordait maintenant sa paume. Sur scène, une scène de séparation se jouait, les voix montant l'une vers l'autre sans jamais se rejoindre.
Inès me regardait faire.
Je me suis tourné vers elle. Dans la semi-obscurité, son regard était noir et parfaitement lisible. Elle me tint ce regard un moment, puis elle se pencha et m'embrassa, lentement, en continuant son mouvement de la main, les deux choses simultanées, sa bouche et sa prise. Elle embrassait avec une concentration totale, sans douceur excessive ni hâte, la bouche bien ouverte, la langue directe. Elle prit ma lèvre inférieure entre ses dents et la tint là, très légèrement.
Claire prit ma main et la pressa contre elle, plus fort. Un signal simple.
J'ai accéléré.
Elle a laissé échapper un son bref, étouffé dans sa paume. Inès s'est écartée de moi pour regarder sa sœur. Quelque chose passa entre elles, un regard que je ne sus pas déchiffrer, une communication antérieure à moi et extérieure à moi. Puis Inès reporta son attention sur ce qu'elle faisait et accéléra à son tour, et nous étions là tous les trois dans l'obscurité de la loge, la musique en dessous de nous comme une chose continue et indifférente.
---
Claire jouit la première, la tête rejetée en arrière contre le dossier de sa chaise, le souffle cassé et retenu, le corps traversé d'une contraction longue et silencieuse. Elle resta ainsi plusieurs secondes, les cuisses serrées sur ma main, avant de se dénouer lentement, vertèbre après vertèbre.
Inès avait regardé sa sœur avec une attention totale. Sa main s'était arrêtée un instant sur moi, comme suspendue.
Elle se leva.
Dans l'étroitesse de la loge, elle s'agenouilla devant moi avec une facilité qui n'avait rien d'accidentel. Elle fit descendre mon pantalon juste ce qu'il fallait, le tissu sur mes cuisses, et prit le temps de me regarder avant de faire quoi que ce soit d'autre. Ce regard avait quelque chose de particulier, pas de la provocation et pas non plus de la tendresse, quelque chose entre les deux qui ressemblait à de la curiosité satisfaite.
Sa bouche se posa sur moi.
Elle commença par le bas, par la base, remontant lentement le long de la face inférieure jusqu'à la tête. Elle prit le temps de sentir, de goûter, la langue plate d'abord, puis en pointe pour suivre le rebord. Quand elle m'entoura enfin de ses lèvres, ce fut sans hâte, avec une pression dosée et délibérée, descendant jusqu'à mi-hauteur puis remontant, sa main à la base pour compléter le mouvement.
Claire, à mes côtés, avait posé sa tête sur mon épaule. Sa main chercha la mienne et la prit, entrelacant ses doigts aux miens. Elle regardait sa sœur travailler avec une expression que je ne pouvais pas voir complètement dans l'obscurité, mais qui me semblait apaisée.
Sur scène, la musique avait changé de registre. Quelque chose de plus sombre, de plus lourd, une descente chromatique dans les cordes.
Inès avait augmenté la pression de ses lèvres. Sa main se déplaçait en accord avec sa bouche, les deux mouvements synchrones et précis, et je commençais à sentir monter quelque chose que je ne voulais pas laisser monter trop vite. Sa nuque bougeait dans l'obscurité de la loge, ce mouvement régulier et régulier qui ressemblait à une respiration. Je posai ma main libre sur ses cheveux, pas pour guider, juste pour sentir.
Claire serrait ma main.
J'ai regardé la scène. Pelléas et Mélisande, séparés par toutes les conventions du monde, se parlaient à travers une fenêtre. Leurs voix montaient l'une vers l'autre, deux lignes mélodiques qui s'approchaient sans jamais se confondre. Il y avait quelque chose dans cette image, deux êtres tendus l'un vers l'autre dans l'impossibilité, qui rendait ce qui se passait dans la loge plus intense encore.
Inès prit toute la longueur. Lentement, sans brusquerie, jusqu'à ce que je sente sa gorge, puis elle remonta, aspirant, la langue contre la face inférieure pendant tout le trajet.
Je me suis penché légèrement en avant. Elle recommença.
---
Claire s'était levée sans bruit.
Elle avait soulevé sa jupe et enjambé mes cuisses, dos à la scène, face à moi dans l'obscurité. Inès s'écarta. Claire s'abaissa sur moi lentement, guidant elle-même le mouvement, et quand je la pénétrai ce fut par degrés, son corps s'ajustant au mien avec une précision qui avait quelque chose d'inévitable.
Elle s'immobilisa.
Nous étions ainsi, elle assise sur moi, nos visages à quelques centimètres, son souffle sur ma bouche. En dessous de nous, la salle entière regardait la scène, des centaines de gens dans l'obscurité parfaite, ignorants. Je pouvais voir, pardessus l'épaule de Claire, le décor illuminé, les silhouettes des chanteurs en costume.
Elle commença à bouger, très peu, un balancement des hanches d'avant en arrière plutôt qu'un mouvement de haut en bas, de sorte que le mouvement était invisible de l'extérieur. Je sentais en elle chaque degré de ce balancement. Sa chaleur était considérable. Ses mains tenaient le bord de la balustrade derrière moi pour garder l'équilibre.
Inès s'était assise sur la chaise libre, jambes croisées, et nous regardait.
Le regard d'Inès sur nous deux avait une qualité particulière, ni voyeuriste ni détachée, plutôt le regard de quelqu'un qui reconnaît quelque chose qu'il connaît déjà. Elle avait glissé une main sous sa propre jupe. Son mouvement était à peine perceptible, un léger tremblement de l'avant-bras.
Claire accéléra.
Son balancement prit de l'ampleur, toujours contenu, toujours silencieux, mais plus profond maintenant, et je commençais à sentir à chaque va-et-vient la totalité de ce contact, sa chaleur et son étroitesse et l'humidité qui rendait tout cela presque insupportablement précis. Elle avait appuyé son front contre le mien. Ses yeux étaient ouverts. Nous nous regardions de très près dans le noir.
Je posai mes mains sur ses hanches et accompagnai son mouvement.
Sur scène, quelqu'un chantait sa propre mort à venir.
Claire prit mon visage entre ses mains. Elle m'embrassa, longtemps, pendant que son corps continuait son travail, coupant l'un de l'autre sans les séparer. Sa bouche était ouverte et chaude et elle embrassait avec quelque chose qui ressemblait à de la gratitude ou peut-être à de la concentration, je n'aurais pas su faire la différence.
Inès avait fermé les yeux. Son avant-bras bougeait davantage maintenant.
Claire se détacha de ma bouche. Elle se redressa légèrement, variant l'angle, et quelque chose changea entre nous, une pression différente, plus directe. Elle fit une petite inspiration courte. Ses mains sur mes épaules se resserrèrent.
Elle jouit de nouveau, différemment que la première fois, avec moins de retenue cette fois, une série de contractions que je sentais à l'intérieur d'elle, son corps qui serrait le mien par pulsations successives pendant qu'elle retenait son souffle. Je la tenais par les hanches et je ne bougeais plus, pour sentir ça seulement, la façon dont son plaisir se propageait dans son corps et dans le mien.
Inès, à nos côtés, laissa échapper un son bref et étouffé.
---
Nous avons changé de place dans l'obscurité, avec les précautions nécessaires et un peu de maladresse, parce que la loge était petite et que nous étions trois et que nous portions encore nos vêtements, en grande partie.
Inès prit la place de sa sœur.
Elle était différente. Là où Claire avait bougé par balancements lents et progressifs, Inès posa les mains à plat sur mes cuisses et s'éleva et s'abaissa, directement, sans détour. Son rythme était plus rapide, plus délibéré. Elle ne m'embrassa pas. Elle me regarda, les yeux ouverts dans l'obscurité, avec une expression que je cherchai à lire et que je ne sus pas entièrement déchiffrer. Quelque chose qui ressemblait à de la résolution.
Claire, sur la chaise libre, nous regardait avec ce même regard apaisé.
Inès montait et descendait sur moi avec une régularité qui avait quelque chose d'implacable. Sa chaleur, sa façon à elle de tenir, différente de celle de sa sœur, plus serrée peut-être, ou simplement différente d'une façon que je ne pouvais pas nommer. Elle posait le poids de ses mains sur mes cuisses à chaque descente. Sa respiration était courte et contrôlée.
Je pris ses hanches. Elle ne modifia pas son rythme.
Sur scène, l'acte approchait de sa fin. Les voix montaient vers quelque chose d'irrémédiable, cette façon que Debussy a de construire des résolutions qui ne résolvent rien, qui laissent tout ouvert et tout douloureux.
Inès posa une main sur sa propre gorge. Elle montait toujours, descendait toujours, et quelque chose dans son visage se modifiait par degrés, une crispation légère autour des yeux, la mâchoire moins détendue. Elle était proche.
Je l'attirai vers moi d'une pression des mains sur ses hanches. Elle céda, se pencha, et son front toucha le mien. Nous respirions le même air.
Elle dit, très bas, presque sans son : « Maintenant. »
Je ne sais pas si elle s'adressait à moi ou à elle-même.
Elle jouit sans cri, avec une tension dans tout le corps qui dura longtemps, les mains agrippées à mes épaules, le visage dans mon cou, son souffle chaud contre ma peau. Je la tenais. Et dans cet état de tension et de chaleur et de présence totale de son corps contre le mien, je la rejoignis, une montée longue et inévitable qui culmina dans le silence de la loge pendant que la musique en dessous de nous atteignait son point le plus haut.
Nous restâmes ainsi un moment.
Les voix sur scène descendirent vers le grave. Les cordes accompagnèrent cette descente. Quelqu'un mourait, sur scène, et la musique ne le dramatisait pas, ne le commentait pas, l'accompagnait seulement, avec une économie absolue.
---
Claire nous tendit des mouchoirs de sa pochette, avec le calme de quelqu'un qui avait prévu toutes choses. Inès s'était relevée. Nous avons réajusté nos vêtements dans l'obscurité, les uns les autres, avec une complicité pratique qui n'avait plus rien d'érotique et qui n'en avait pas besoin.
Nous nous sommes rassis.
Les dernières mesures de l'opéra. La voix de Mélisande, mourante, qui chantait encore. Cette façon qu'a Debussy de finir sans accords de résolution, en laissant la musique se dissoudre plutôt que se conclure.
Inès avait pris ma main dans le noir. Claire avait appuyé son épaule contre la mienne, comme au début.
La salle resta silencieuse plusieurs secondes après la dernière note,
Nous avons pris place au second rang, les deux sœurs s'asseyant à mes côtés.
Je les connaissais depuis six mois, depuis le dîner chez Marianne où elles étaient arrivées ensemble, l'une portant une robe noire, l'autre la même robe en ivoire, comme si leur ressemblance ne suffisait pas et qu'il fallait encore souligner leur façon d'occuper l'espace à deux. Claire était l'aînée de quelques mois, brune aux yeux clairs. Inès, la cadette, portait les cheveux courts et avait ce regard légèrement en retrait des gens qui observent plus qu'ils ne parlent. Toutes deux avaient la taille mince, les poignets fins, et une façon identique de pencher la tête quand elles écoutaient.
Ce soir-là, à l'opéra, Claire s'était assise à ma gauche. Inès à ma droite. J'avais réservé les places depuis trois semaines, sans savoir encore que la soirée prendrait la tournure qu'elle prit.
La salle était pleine. Les lumières se stabilisèrent un moment dans leur éclat, puis commencèrent leur descente lente. Un murmure se répandit dans l'assistance, ce bruissement particulier des soirées où le public sait qu'il va recevoir quelque chose d'important. L'orchestre accordait ses instruments, chaque instrument cherchant son accord dans le bruit des autres, et le son produit par cet accord manqué était presque aussi beau que la musique à venir.
J'avais posé mes mains sur mes genoux. Claire portait une veste en velours bordeaux qui s'ouvrait sur une chemise de soie crème. Inès était en noir, avec un décolleté que la pénombre rendait plus profond qu'il n'était. Leurs deux parfums se mêlaient dans l'air autour de moi, quelque chose de fleuri pour l'une, de boisé pour l'autre, et l'effet conjugué produisait une troisième odeur qui n'appartenait ni à l'une ni à l'autre.
Les lumières s'éteignirent.
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Le premier acte était *Pelléas*. Debussy, que j'aime pour ses silences autant que pour ses notes. Il y a dans cet opéra une façon de laisser les choses non dites qui agit sur le corps davantage que sur l'esprit.
Claire avait croisé ses jambes vers moi. Je sentais la chaleur de sa cuisse sans la toucher. Inès, à ma droite, s'était légèrement penchée vers l'avant, les coudes sur les genoux, le menton dans les paumes. Sa nuque était visible au-dessus de son col, une nuque pâle et nette que j'ai regardée longtemps.
Ce fut Claire qui bougea en premier.
Sa main trouva la mienne dans l'obscurité avec la précision de quelqu'un qui sait ce qu'il fait. Elle ne me prit pas la main, elle la posa simplement sur ma cuisse, doigts ouverts, sans pression. Un geste qui n'était pas encore une invitation mais qui n'était plus rien non plus.
Sur scène, Mélisande chantait. Sa voix montait dans l'obscurité de la salle, fine et presque fragile, et il y avait quelque chose d'insupportable dans sa beauté.
Je n'ai pas bougé. La main de Claire restait là, tiède et immobile. Puis ses doigts ont commencé à bouger, à peine, avec la lenteur de quelqu'un qui n'est pas sûr d'être observé. Elle remontait vers l'intérieur de ma cuisse, par millimètres, sans quitter le tissu du pantalon. Je regardais la scène. Ma respiration s'était imperceptiblement modifiée.
À ma droite, Inès s'était redressée. Je ne la regardais pas, mais je savais qu'elle regardait sa sœur. Ou peut-être regardait-elle la scène. Je ne savais pas encore si elles avaient prévu cela ensemble, ou si Claire agissait seule, et l'incertitude elle-même était une forme d'excitation.
La main de Claire atteignit l'intérieur de ma cuisse et s'y arrêta.
Nous avons regardé la fin du premier acte dans cet état, elle avec la main posée sur moi, moi avec le reste du corps immobile, et la musique qui s'élevait dans l'obscurité comme si elle commentait ce que nous faisions.
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L'entracte arriva. Les lumières remontèrent lentement.
Claire retira sa main avec le même naturel qu'elle l'avait posée. Elle se tourna vers moi et sourit, un sourire bref et parfaitement ordinaire, comme si nous discutions du programme. Inès, à ma droite, me regardait aussi. Son regard était différent, plus direct, moins amusé. Elle dit, à voix basse : « Tu veux boire quelque chose. »
Ce n'était pas une question.
Nous avons quitté nos sièges. Dans le foyer, parmi les autres spectateurs, elles se comportaient avec une aisance parfaite. Claire parlait de la mise en scène, de la soprano, du chef d'orchestre dont elle avait lu une interview récente. Inès buvait son champagne sans rien dire, mais elle me regardait régulièrement, de biais, avec quelque chose dans les yeux qui ressemblait à de la patience.
Nous n'avons pas parlé de ce qui venait de se passer.
Quand les lumières du foyer ont commencé à clignoter pour annoncer la reprise, Inès a posé sa main sur mon bras. Un geste simple, bref. Elle a dit, toujours à voix basse : « On a loué une loge pour le second acte. »
Je l'ai regardée.
« Claire préfère les loges », a-t-elle ajouté, comme si cela expliquait tout.
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La loge était petite, au premier niveau, avec trois chaises et une balustrade en bois verni. De là, on voyait la scène de biais, mais on voyait surtout la salle, le public disposé en rangs serrés sous les lustres. J'ai compris pourquoi elles avaient réservé une loge.
J'ai repris place au centre. Claire à ma gauche, Inès à ma droite. Les chaises étaient rapprochées par l'étroitesse de l'espace. Nos épaules se touchaient presque.
Les lumières ont baissé pour la seconde fois.
Sur scène, l'acte reprenait. La voix de Pelléas, grave et retenue. La salle en contrebas était une masse obscure et silencieuse, tournée vers la lumière de la scène. Dans la loge, il faisait plus chaud qu'en salle, et l'obscurité était plus complète.
Ce fut Inès qui commença.
Sa main ne tâtonna pas. Elle trouva ma cuisse directement, avec une assurance différente de celle de Claire, plus ferme, presque autoritaire. Ses doigts se posèrent haut, très haut, et la pression était nette et délibérée. Je n'ai pas bougé. À ma gauche, Claire avait appuyé son épaule contre la mienne. Je sentais sa chaleur sur toute la longueur du bras.
Inès fit courir ses doigts vers le haut jusqu'à sentir sous le tissu ce que sa pression avait commencé à provoquer. Elle s'arrêta là. Sa main encercla légèrement la forme à travers l'étoffe du pantalon, sans serrer encore, avec la patience tranquille de quelqu'un qui a du temps.
À ma gauche, Claire avait pris ma main et la guidait. Elle l'a portée vers elle, vers sa cuisse, sous le bord de sa jupe. Sa peau était chaude. Elle a orienté mes doigts vers l'intérieur, les a laissés là, puis a retiré sa main pour me laisser continuer seul si je le voulais.
Je le voulais.
J'ai remonté lentement l'intérieur de sa cuisse, du bout des doigts, en sentant la texture de sa peau changer à mesure que je progressais. Claire avait légèrement écarté les jambes. Sur scène, Mélisande chantait encore, sa voix dans l'obscurité de la salle comme une chose sans corps, pure et lointaine.
Mes doigts atteignirent le bord de sa culotte. Elle ne portait rien en dessous, seulement le tissu fin et légèrement humide déjà. J'ai laissé ma main là, sans bouger, sentant sa chaleur contre ma paume. Elle a expiré très doucement, un souffle à peine audible que j'ai senti plus que je ne l'ai entendu.
Inès, de son côté, avait défait le premier bouton de mon pantalon. Ses doigts travaillaient avec une lenteur délibérée, comme si l'urgence ne l'intéressait pas. Le second bouton. Elle glissa la main à l'intérieur.
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Ce qui suivit dura le temps que dure une œuvre qu'on ne compte plus.
La main d'Inès referma ses doigts sur moi. Sa prise était précise et ferme, et elle commença un mouvement régulier, très lent, sans quitter la scène des yeux. On aurait pu croire, à la voir, qu'elle écoutait la musique. Elle écoutait peut-être. Je ne suis pas sûr que les deux choses s'excluent.
Ma main, sous la jupe de Claire, avait écarté le tissu de sa culotte. Mes doigts touchaient maintenant sa chair directement, le pli chaud et humide entre ses lèvres. Elle était douce, très douce, et mouillée déjà d'une façon qui rendait le moindre mouvement de mes doigts presque silencieux dans l'obscurité de la loge. J'ai glissé un doigt entre ses lèvres, lentement, en cherchant le centre de sa chaleur. Elle a posé sa main sur la mienne, par-dessus la jupe, sans forcer, juste pour sentir le mouvement de l'intérieur.
En contrebas, le public était immobile. Des centaines de gens dans le noir, tournés vers la lumière. Personne ne regardait dans notre direction. Et même si quelqu'un avait regardé, il n't aurait vu que trois silhouettes dans l'obscurité d'une loge, l'une légèrement inclinée vers l'autre, les deux bras à des angles légèrement inhabituels.
Inès avait accéléré son mouvement, très peu, un degré seulement, mais je le sentais dans ma respiration qui cherchait à rester égale. Elle se penchait parfois vers moi, son visage à quelques centimètres du mien dans l'obscurité. Je sentais son souffle. Elle ne m'embrassait pas encore. Elle attendait quelque chose.
Claire, elle, avait fermé les yeux. Je voyais son profil dans la lumière diffuse qui montait de la scène. Son menton légèrement relevé, ses lèvres entrouvertes. Mes doigts avaient trouvé son clitoris, une petite bosse ferme au-dessus du pli, et j'appuyais par cercles lents. Elle portait une main à sa bouche, non pas pour cacher un son, mais comme quelqu'un qui se retient de quelque chose sans encore savoir quoi.
J'ai introduit un doigt en elle. Puis deux. Avec lenteur, en sentant ses parois m'accueillir, chaudes et serrées. Son bassin fit un mouvement imperceptible vers ma main, un début de va-et-vient que je suivis du poignet. Elle mordait maintenant sa paume. Sur scène, une scène de séparation se jouait, les voix montant l'une vers l'autre sans jamais se rejoindre.
Inès me regardait faire.
Je me suis tourné vers elle. Dans la semi-obscurité, son regard était noir et parfaitement lisible. Elle me tint ce regard un moment, puis elle se pencha et m'embrassa, lentement, en continuant son mouvement de la main, les deux choses simultanées, sa bouche et sa prise. Elle embrassait avec une concentration totale, sans douceur excessive ni hâte, la bouche bien ouverte, la langue directe. Elle prit ma lèvre inférieure entre ses dents et la tint là, très légèrement.
Claire prit ma main et la pressa contre elle, plus fort. Un signal simple.
J'ai accéléré.
Elle a laissé échapper un son bref, étouffé dans sa paume. Inès s'est écartée de moi pour regarder sa sœur. Quelque chose passa entre elles, un regard que je ne sus pas déchiffrer, une communication antérieure à moi et extérieure à moi. Puis Inès reporta son attention sur ce qu'elle faisait et accéléra à son tour, et nous étions là tous les trois dans l'obscurité de la loge, la musique en dessous de nous comme une chose continue et indifférente.
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Claire jouit la première, la tête rejetée en arrière contre le dossier de sa chaise, le souffle cassé et retenu, le corps traversé d'une contraction longue et silencieuse. Elle resta ainsi plusieurs secondes, les cuisses serrées sur ma main, avant de se dénouer lentement, vertèbre après vertèbre.
Inès avait regardé sa sœur avec une attention totale. Sa main s'était arrêtée un instant sur moi, comme suspendue.
Elle se leva.
Dans l'étroitesse de la loge, elle s'agenouilla devant moi avec une facilité qui n'avait rien d'accidentel. Elle fit descendre mon pantalon juste ce qu'il fallait, le tissu sur mes cuisses, et prit le temps de me regarder avant de faire quoi que ce soit d'autre. Ce regard avait quelque chose de particulier, pas de la provocation et pas non plus de la tendresse, quelque chose entre les deux qui ressemblait à de la curiosité satisfaite.
Sa bouche se posa sur moi.
Elle commença par le bas, par la base, remontant lentement le long de la face inférieure jusqu'à la tête. Elle prit le temps de sentir, de goûter, la langue plate d'abord, puis en pointe pour suivre le rebord. Quand elle m'entoura enfin de ses lèvres, ce fut sans hâte, avec une pression dosée et délibérée, descendant jusqu'à mi-hauteur puis remontant, sa main à la base pour compléter le mouvement.
Claire, à mes côtés, avait posé sa tête sur mon épaule. Sa main chercha la mienne et la prit, entrelacant ses doigts aux miens. Elle regardait sa sœur travailler avec une expression que je ne pouvais pas voir complètement dans l'obscurité, mais qui me semblait apaisée.
Sur scène, la musique avait changé de registre. Quelque chose de plus sombre, de plus lourd, une descente chromatique dans les cordes.
Inès avait augmenté la pression de ses lèvres. Sa main se déplaçait en accord avec sa bouche, les deux mouvements synchrones et précis, et je commençais à sentir monter quelque chose que je ne voulais pas laisser monter trop vite. Sa nuque bougeait dans l'obscurité de la loge, ce mouvement régulier et régulier qui ressemblait à une respiration. Je posai ma main libre sur ses cheveux, pas pour guider, juste pour sentir.
Claire serrait ma main.
J'ai regardé la scène. Pelléas et Mélisande, séparés par toutes les conventions du monde, se parlaient à travers une fenêtre. Leurs voix montaient l'une vers l'autre, deux lignes mélodiques qui s'approchaient sans jamais se confondre. Il y avait quelque chose dans cette image, deux êtres tendus l'un vers l'autre dans l'impossibilité, qui rendait ce qui se passait dans la loge plus intense encore.
Inès prit toute la longueur. Lentement, sans brusquerie, jusqu'à ce que je sente sa gorge, puis elle remonta, aspirant, la langue contre la face inférieure pendant tout le trajet.
Je me suis penché légèrement en avant. Elle recommença.
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Claire s'était levée sans bruit.
Elle avait soulevé sa jupe et enjambé mes cuisses, dos à la scène, face à moi dans l'obscurité. Inès s'écarta. Claire s'abaissa sur moi lentement, guidant elle-même le mouvement, et quand je la pénétrai ce fut par degrés, son corps s'ajustant au mien avec une précision qui avait quelque chose d'inévitable.
Elle s'immobilisa.
Nous étions ainsi, elle assise sur moi, nos visages à quelques centimètres, son souffle sur ma bouche. En dessous de nous, la salle entière regardait la scène, des centaines de gens dans l'obscurité parfaite, ignorants. Je pouvais voir, pardessus l'épaule de Claire, le décor illuminé, les silhouettes des chanteurs en costume.
Elle commença à bouger, très peu, un balancement des hanches d'avant en arrière plutôt qu'un mouvement de haut en bas, de sorte que le mouvement était invisible de l'extérieur. Je sentais en elle chaque degré de ce balancement. Sa chaleur était considérable. Ses mains tenaient le bord de la balustrade derrière moi pour garder l'équilibre.
Inès s'était assise sur la chaise libre, jambes croisées, et nous regardait.
Le regard d'Inès sur nous deux avait une qualité particulière, ni voyeuriste ni détachée, plutôt le regard de quelqu'un qui reconnaît quelque chose qu'il connaît déjà. Elle avait glissé une main sous sa propre jupe. Son mouvement était à peine perceptible, un léger tremblement de l'avant-bras.
Claire accéléra.
Son balancement prit de l'ampleur, toujours contenu, toujours silencieux, mais plus profond maintenant, et je commençais à sentir à chaque va-et-vient la totalité de ce contact, sa chaleur et son étroitesse et l'humidité qui rendait tout cela presque insupportablement précis. Elle avait appuyé son front contre le mien. Ses yeux étaient ouverts. Nous nous regardions de très près dans le noir.
Je posai mes mains sur ses hanches et accompagnai son mouvement.
Sur scène, quelqu'un chantait sa propre mort à venir.
Claire prit mon visage entre ses mains. Elle m'embrassa, longtemps, pendant que son corps continuait son travail, coupant l'un de l'autre sans les séparer. Sa bouche était ouverte et chaude et elle embrassait avec quelque chose qui ressemblait à de la gratitude ou peut-être à de la concentration, je n'aurais pas su faire la différence.
Inès avait fermé les yeux. Son avant-bras bougeait davantage maintenant.
Claire se détacha de ma bouche. Elle se redressa légèrement, variant l'angle, et quelque chose changea entre nous, une pression différente, plus directe. Elle fit une petite inspiration courte. Ses mains sur mes épaules se resserrèrent.
Elle jouit de nouveau, différemment que la première fois, avec moins de retenue cette fois, une série de contractions que je sentais à l'intérieur d'elle, son corps qui serrait le mien par pulsations successives pendant qu'elle retenait son souffle. Je la tenais par les hanches et je ne bougeais plus, pour sentir ça seulement, la façon dont son plaisir se propageait dans son corps et dans le mien.
Inès, à nos côtés, laissa échapper un son bref et étouffé.
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Nous avons changé de place dans l'obscurité, avec les précautions nécessaires et un peu de maladresse, parce que la loge était petite et que nous étions trois et que nous portions encore nos vêtements, en grande partie.
Inès prit la place de sa sœur.
Elle était différente. Là où Claire avait bougé par balancements lents et progressifs, Inès posa les mains à plat sur mes cuisses et s'éleva et s'abaissa, directement, sans détour. Son rythme était plus rapide, plus délibéré. Elle ne m'embrassa pas. Elle me regarda, les yeux ouverts dans l'obscurité, avec une expression que je cherchai à lire et que je ne sus pas entièrement déchiffrer. Quelque chose qui ressemblait à de la résolution.
Claire, sur la chaise libre, nous regardait avec ce même regard apaisé.
Inès montait et descendait sur moi avec une régularité qui avait quelque chose d'implacable. Sa chaleur, sa façon à elle de tenir, différente de celle de sa sœur, plus serrée peut-être, ou simplement différente d'une façon que je ne pouvais pas nommer. Elle posait le poids de ses mains sur mes cuisses à chaque descente. Sa respiration était courte et contrôlée.
Je pris ses hanches. Elle ne modifia pas son rythme.
Sur scène, l'acte approchait de sa fin. Les voix montaient vers quelque chose d'irrémédiable, cette façon que Debussy a de construire des résolutions qui ne résolvent rien, qui laissent tout ouvert et tout douloureux.
Inès posa une main sur sa propre gorge. Elle montait toujours, descendait toujours, et quelque chose dans son visage se modifiait par degrés, une crispation légère autour des yeux, la mâchoire moins détendue. Elle était proche.
Je l'attirai vers moi d'une pression des mains sur ses hanches. Elle céda, se pencha, et son front toucha le mien. Nous respirions le même air.
Elle dit, très bas, presque sans son : « Maintenant. »
Je ne sais pas si elle s'adressait à moi ou à elle-même.
Elle jouit sans cri, avec une tension dans tout le corps qui dura longtemps, les mains agrippées à mes épaules, le visage dans mon cou, son souffle chaud contre ma peau. Je la tenais. Et dans cet état de tension et de chaleur et de présence totale de son corps contre le mien, je la rejoignis, une montée longue et inévitable qui culmina dans le silence de la loge pendant que la musique en dessous de nous atteignait son point le plus haut.
Nous restâmes ainsi un moment.
Les voix sur scène descendirent vers le grave. Les cordes accompagnèrent cette descente. Quelqu'un mourait, sur scène, et la musique ne le dramatisait pas, ne le commentait pas, l'accompagnait seulement, avec une économie absolue.
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Claire nous tendit des mouchoirs de sa pochette, avec le calme de quelqu'un qui avait prévu toutes choses. Inès s'était relevée. Nous avons réajusté nos vêtements dans l'obscurité, les uns les autres, avec une complicité pratique qui n'avait plus rien d'érotique et qui n'en avait pas besoin.
Nous nous sommes rassis.
Les dernières mesures de l'opéra. La voix de Mélisande, mourante, qui chantait encore. Cette façon qu'a Debussy de finir sans accords de résolution, en laissant la musique se dissoudre plutôt que se conclure.
Inès avait pris ma main dans le noir. Claire avait appuyé son épaule contre la mienne, comme au début.
La salle resta silencieuse plusieurs secondes après la dernière note,
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