La montée
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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La montée
Temps de lecture ~ 15 minutes
I. Le rez-de-chaussée
L'immeuble a l'âge de ses pierres, quelque chose entre 1890 et la Grande Guerre, une de ces bâtisses du dix-huitième arrondissement dont les façades gardent encore la mémoire des loyers modestes et des cours communes. La cage d'escalier s'ouvre sur un vestibule dallé de carreaux noirs et blancs usés en leur centre, polis par un siècle de semelles. Le bois de la rampe est sombre, presque brun-rouge, nourri à l'huile de lin pendant des décennies, et le fer forgé qui court le long des volées forme des arabesques de feuilles et de tiges entrelacées que quelqu'un a peintes en noir mat à une époque où l'on prenait encore soin des choses.
Clara s'arrête au pied de la première marche.
Elle a trente et un ans. Les cheveux roux, relevés à la hâte en un chignon qui laisse quelques mèches sur la nuque et les tempes. Une robe verte, tissu souple, col rond, qui tombe juste sous les genoux. Des bottines à lacets, noires, à semelle plate. Elle n'a rien dessous, ou presque : un soutien-gorge en coton fin couleur chair, une culotte assortie. Voilà tout ce qui la sépare de l'air.
Elle lève les yeux.
L'escalier monte en spirale rectangulaire sur cinq étages, découpant le vide en un puits de lumière que la verrière du dernier palier inonde d'une lumière grise et froide. On voit d'ici, en regardant vers le haut, les balustrades qui se répètent en écho, palier après palier, comme une suite de cadres emboîtés. Une odeur de cire ancienne, de pierre légèrement humide, et quelque chose d'indéfinissable, une pointe de térébenthine peut-être, ou de vieux bois chauffé par le soleil du matin.
Quelque part au cinquième, Adrien l'attend.
Ils ont fixé les règles la veille, au lit, en fumant. Lui avait posé la règle comme on pose une carte : à chaque palier, un vêtement. Peu importe qui se trouve dans l'escalier. Peu importe qui descend, qui sort, qui regarde. Elle monte, et elle se dépouille. Elle avait dit oui sans réfléchir longuement, ou plutôt, elle avait senti que la réflexion n'était pas le bon outil pour répondre à une chose pareille. Ce qui avait répondu en elle était plus ancien et plus direct que la réflexion.
Elle pose la main sur la rampe. Le bois est frais sous les doigts.
Elle commence à monter.
***
II. Le premier palier
La première volée compte douze marches. Les planches craquent par endroits, un craquement régulier, presque musical, qui accompagne sa montée comme une basse continue. Les portes des appartements du premier sont fermées. On entend, très feutrée, une radio derrière le 1B, une voix parlée, informations ou podcast, impossible à distinguer.
Clara arrive sur le premier palier et s'arrête.
Elle ne réfléchit pas longtemps. La règle est simple et elle l'a acceptée, et il y a dans l'acceptation d'une règle une forme de soulagement que les gens qui n'ont jamais joué comme ça ne comprennent pas : on n'a plus à décider. On n'a qu'à faire. Elle s'assoit sur la dernière marche, défait les lacets de la bottine droite, puis de la gauche, les retire l'une après l'autre, les pose contre le mur. Ses pieds nus sur les planches. Le bois est plus froid qu'elle ne l'attendait.
Elle se relève, ses chaussures restent là.
Elle reprend la montée, pieds nus, les semelles silencieuses à présent sur le bois. La sensation change immédiatement : elle perçoit les irrégularités du plancher, le grain du bois, une latte plus rugueuse, une autre plus lisse, vernissée encore après tant d'années. Il y a quelque chose de légèrement obscène dans le fait de marcher pieds nus dans un escalier commun, quelque chose qui touche à une intimité déplacée, comme si une frontière avait déjà été franchie sans que personne l'ait vu.
Mais quelqu'un la voit.
Alors qu'elle aborde la deuxième volée, une porte s'ouvre au premier : un homme d'une cinquantaine d'années, veste grise, serviette sous le bras, qui sort manifestement pour aller travailler. Il lève les yeux, voit Clara qui monte, pieds nus, la robe verte, les cheveux roux dans le matin. Son regard descend vers les pieds nus sur les marches, remonte vers son visage. Elle ne s'arrête pas. Elle ne ralentit pas. Elle le regarde une seconde, juste le temps de croiser son regard, et elle continue de monter.
L'homme reste une fraction de seconde immobile sur son palier, puis il referme sa porte derrière lui et commence à descendre. Elle entend ses pas dans son dos, réguliers, qui s'éloignent vers le vestibule. Peut-être a-t-il décidé de ne pas comprendre. Peut-être a-t-il compris et préfère ne rien montrer. Ça lui est égal.
***
III. Le deuxième palier
La deuxième volée est plus longue. Quatorze marches. La lumière change légèrement, la verrière commence à jouer son rôle, un rectangle de clarté froide au-dessus du puits. Clara arrive sur le deuxième palier et s'arrête, une main sur la rampe.
Elle défait la ceinture de la robe, non, il n'y a pas de ceinture. Elle cherche, deux secondes, la logique du vêtement. Une fermeture à glissière dans le dos, dans la couture latérale gauche. Elle l'attrape, la tire du bas vers le haut, et la robe s'ouvre sur son flanc. Un mouvement des épaules, un passage par la tête, et le tissu vert glisse, tombe, s'affaisse en cercle sur les planches du palier.
Elle reste en soutien-gorge et culotte, les pieds nus sur le bois.
Elle se penche, ramasse la robe, la pose pliée sur le rebord de la fenêtre du palier, une fenêtre donnant sur la cour intérieure, trois carreaux, une plante en pot que quelqu'un a abandonnée là.
Elle est sur le deuxième palier d'un immeuble ordinaire, en sous-vêtements.
L'air est légèrement plus frais ici, un courant venu d'une fenêtre entrouverte quelque part dans la colonne du bâtiment. Il passe sur sa peau nue, les bras, les épaules, le décolleté, les cuisses. Pas désagréable. Plutôt le contraire : il y a dans le contact de l'air froid sur la peau chaude quelque chose qui ressemble à une caresse involontaire, quelque chose que personne n'a décidé mais qui se produit quand même.
Une porte s'ouvre.
Le 2A. Une jeune femme, vingt-cinq ans peut-être, cheveux noirs coupés court, t-shirt et jean, qui sort avec un sac de courses vide à la main. Elle s'arrête net en voyant Clara, debout en sous-vêtements sur son palier.
Un temps.
Clara ne dit rien. La jeune femme la regarde, et son regard n'est pas celui de l'indignation ni de la surprise scandalisée : c'est quelque chose de plus complexe, une interrogation, une curiosité à peine retenue. Ses yeux descendent et remontent.
« Vous montez ? » dit la jeune femme. Sa voix est calme.
« Au cinquième », dit Clara.
Un silence bref. La jeune femme pose son sac de courses vide sur le carrelage du couloir, derrière sa porte, et revient se placer sur le palier. Elle ne descend pas. Elle attend.
Clara reprend la montée.
Elle entend, derrière elle, les pas de la jeune femme qui commence à la suivre. Pas à pas. Silencieux, ou presque. Elle ne se retourne pas.
***
IV. Le troisième palier
Le troisième palier est légèrement différent des deux premiers : une niche dans le mur avec un ancien porte-parapluies en ferronnerie, inutilisé depuis longtemps. La rampe tourne ici avec une légère accentuation de la courbe, et le puits de lumière est maintenant clairement visible, le rectangle de la verrière au-dessus, plus proche.
Clara s'arrête. La jeune femme aux cheveux courts s'arrête aussi, quelques marches plus bas.
Clara dégrafe le soutien-gorge.
Le geste est simple, deux doigts dans le dos, le fermoir qui lâche, les bretelles qui glissent des épaules. Elle le fait face à la rampe, face au vide de la cage d'escalier, et elle prend un moment à tenir le tissu contre sa poitrine avant de le laisser tomber, pas par hésitation, mais parce qu'il y a dans l'instant juste avant l'irréversible quelque chose qui mérite une seconde d'attention.
Puis elle le lâche.
Ses seins sont libres dans l'air de la cage d'escalier. Ils ne sont pas grands, plutôt menus, les mamelons pâles dans la lumière froide de la verrière, et le froid les a déjà légèrement durcis. Elle pose la main à plat sur sa poitrine une seconde, pas pour se cacher, pour sentir.
La jeune femme en bas de la volée ne fait aucun bruit.
Clara commence à monter. La sensation est nouvelle, pas tout à fait comme d'habitude, l'air sur les seins nus, le léger balancement à chaque marche, la conscience de la nudité partielle dans un espace qui n'y est pas destiné. Les arabesques de la ferronnerie passent à hauteur de ses hanches quand elle monte, et elle laisse sa main courir sur le fer froid une seconde, les volutes des feuilles forgées sous les doigts.
Au troisième, une autre porte. Le 3C, un vieil homme en peignoir, soixante-dix ans, cheveux blancs, qui sort vraisemblablement chercher son journal. Il voit Clara qui monte, torse nu. Il s'arrête, la main sur la poignée. Son visage ne dit pas ce qu'il pense, ou plutôt, il dit quelque chose d'ancien et de tranquille, comme si la surprise avait déjà eu lieu à l'intérieur et que l'extérieur avait choisi le calme.
Il hoche légèrement la tête.
Clara hoche la tête aussi.
Elle continue de monter. En bas, les pas de la jeune femme reprennent. Elle entend, un étage plus bas, la porte du 3C se refermer avec douceur.
***
V. Le quatrième palier
Quatre étages. La verrière n'est plus qu'un palier au-dessus. La lumière est plus franche ici, plus directe, et le froid légèrement plus vif. Clara arrive sur le quatrième palier et sait ce qui lui reste à enlever.
Elle se tourne, dos à la cage, face à la porte du 4B, et elle glisse les pouces dans l'élastique de la culotte. Elle la fait descendre lentement le long des cuisses, des genoux, la laisse tomber à ses pieds, l'enjambe.
Voilà.
Elle est nue.
Nue sur le quatrième palier d'un immeuble du dix-huitième arrondissement, dans une cage d'escalier qui sent la cire et le bois, avec une verrière grise au-dessus et quelqu'un qui la regarde d'en bas.
Elle prend un instant pour être là, vraiment là, dans l'air, dans la lumière, dans le silence relatif de l'immeuble du matin. Ses mains sont à ses côtés, ses pieds nus sur les planches, le parquet lui rend la chaleur qu'il a emmagasinée. Elle sent son sexe, légèrement humide déjà, l'air qui passe entre ses cuisses. Elle sent la rampe, froide, quand elle y appuie les doigts.
La jeune femme arrive sur le palier.
Elle s'arrête à un mètre de Clara. Elle la regarde, vraiment, sans détourner les yeux, et son regard n'est pas voyeuriste au sens vulgaire du terme : il y a dedans quelque chose de plus sérieux, une attention, une reconnaissance de ce qui se passe. La jeune femme a les joues légèrement rosées. Ses lèvres sont entrouvertes.
« Il est au cinquième ? » dit-elle.
« Oui », dit Clara.
Elles montent ensemble la dernière volée.
***
VI. Le cinquième palier
La verrière est directement au-dessus, et la lumière tombe à la verticale sur les planches claires du dernier palier. Le bois ici est moins usé qu'en bas, comme si les locataires du cinquième montaient moins souvent, ou avec plus de légèreté. Les arabesques de la ferronnerie sont les mêmes, mais la hauteur change tout : on voit le puits en dessous, les quatre paliers qui s'emboîtent, les balustrades répétées jusqu'au carrelage du rez-de-chaussée.
Adrien est là.
Il se tient contre la rampe du dernier palier, bras croisés, appuyé au bois de la main courante. La trentaine, grand, un visage régulier qui n'est pas beau au sens ordinaire du terme mais auquel on revient, les yeux gris, un pull anthracite, un jean. Il regarde Clara monter les dernières marches, nue, pieds nus, les cheveux roux dans la lumière de la verrière, et ce qu'il y a dans son regard n'est pas du triomphe, plutôt une forme d'attention concentrée, le regard de quelqu'un qui a attendu et qui voit arriver ce qu'il attendait exactement comme il l'attendait.
Clara arrive sur le palier.
La jeune femme aux cheveux courts s'arrête quelques marches plus bas, à hauteur du palier mais pas dessus, comme si elle avait décidé d'un espace. Elle s'assoit sur la marche, les genoux remontés, et elle regarde.
Adrien décroise les bras.
Il ne parle pas. Il ne dit rien sur le jeu accompli ni sur la nuit précédente ni sur rien. Il tend la main vers elle et la pose à plat sur son ventre, juste en dessous du nombril, la chaleur de la paume contre la peau froide. Clara sent les doigts, la pression légère, et quelque chose dans sa nuque se relâche, une tension qu'elle n'avait pas nommée pendant la montée.
Sa main à elle descend vers la ceinture du jean d'Adrien.
***
VII. La main, la bouche
Elle défait le bouton, puis la braguette, les deux gestes lents, pas parce qu'elle hésite mais parce que la lenteur a une valeur ici, une valeur de soin, de présence à ce qu'on fait. Le jean s'ouvre. Elle glisse la main à l'intérieur du caleçon et referme les doigts sur son sexe, déjà pleinement en érection, lourd, chaud, légèrement humide à l'extrémité.
Un bruit imperceptible de la part d'Adrien, pas tout à fait un soupir, quelque chose de plus contenu.
Clara commence à le masturber, doucement, le poing fermé autour du gland et de la hampe, une pression régulière, pas encore un rythme, plutôt une évaluation réciproque, une prise de connaissance. Elle regarde sa main qui travaille, puis elle relève les yeux vers lui. Il la regarde, les mâchoires légèrement serrées, la respiration qui s'approfondit.
La jeune femme en bas ne fait pas de bruit.
Clara s'agenouille.
Le parquet du palier est dur sous ses genoux, légèrement rugueux, et la fraîcheur du bois monte immédiatement à travers la peau. Elle sort le sexe du caleçon, le tient à la main, l'examine une seconde, le poids, la chaleur, l'odeur légère de peau propre et de désir. Puis elle passe la langue sur le sillon en dessous du gland, lentement, de la base jusqu'à la couronne.
Adrien appuie une main sur la rampe derrière lui.
Clara prend le gland entre ses lèvres. Pas profondément d'abord, juste la tête, la suçant légèrement, la langue qui tourne sur le méat, et elle sent sous ses doigts les pulsations du sexe, le sang qui bat, le durcissement supplémentaire que la bouche produit. Elle descend plus bas, centimètre par centimètre, les lèvres qui glissent sur la hampe, la langue qui s'adapte à la courbe, et elle prend un rythme, lent, régulier, les yeux mi-clos.
Il y a un son maintenant. Pas de voix. Le son de sa bouche sur lui, la succion, le léger bruit humide, et la respiration d'Adrien au-dessus d'elle, de plus en plus audible, de plus en plus contrôlée à grand-peine.
La jeune femme, en bas, s'est levée. Elle est debout sur la marche, les deux mains sur la rampe, et elle regarde. Dans ses yeux quelque chose d'avide et de tranquille à la fois.
Clara sent la main d'Adrien sur ses cheveux, pas pour guider ni pour imposer, pour poser, pour marquer la présence. Elle accélère légèrement, la gorge plus engagée, les joues creusées, et elle l'entend retenir quelque chose, un son qui ne part pas tout à fait, coincé entre la gorge et les dents.
Elle s'arrête.
Elle se relève.
***
VIII. Contre la rampe, au-dessus du vide
Adrien la retourne sans brusquerie. Les mains sur ses hanches, il la positionne face à la rampe, face au vide de la cage d'escalier, les cinq étages qui plongent vers le carrelage noir et blanc du vestibule. Clara pose les deux mains sur la main courante en bois. Le bois est frais, poli, et elle serre fort.
Elle sent son sexe à lui contre elle par derrière, la chaleur, la pression, qui cherche.
Elle écarte les pieds légèrement, s'incline à peine vers l'avant, et il entre.
Le premier contact est lent. L'entrée en elle, progressive, le sexe qui s'enfonce dans un sexe déjà très humide, très chaud, et elle laisse sortir un son qu'elle n'avait pas prévu, court, vif, un son d'animal surpris par le plaisir. Ses mains se crispent sur la rampe. En dessous, le puits de la cage plonge en spirale, les arabesques de fer forgé qui se répètent à l'infini vers le bas.
Adrien commence à bouger.
Les premières poussées sont longues, mesurées, il entre jusqu'au fond et se retire presque complètement, un rythme qui n'a pas encore de vitesse mais qui a une profondeur, une qualité d'occupation, et Clara sent chaque mouvement de la tête à la plante des pieds, une onde qui remonte la colonne vertébrale à chaque aller-retour.
La jeune femme aux cheveux courts a monté les dernières marches. Elle se tient maintenant sur le palier, à trois ou quatre mètres d'eux, debout, les bras croisés, et elle regarde. Son visage a changé depuis le deuxième palier : les lèvres plus entrouvertes, les yeux plus brillants, la respiration visible dans le léger mouvement de sa poitrine.
Adrien accélère.
Les mains d'Adrien sont sur les hanches de Clara, pas douces, pas brutales, fermes, et il la tire vers lui à chaque poussée, une synchronisation qui fait que chaque aller devient plus profond, plus précis. Clara entend le bruit de leurs corps, le choc régulier de la peau contre la peau, le grincement léger de la rampe sous la pression de ses mains, et elle entend sa propre voix, des sons qu'elle ne contrôle plus vraiment, des sons qui viennent d'un endroit où le contrôle n'a pas cours.
Elle baisse les yeux vers le vide.
Cinq étages. Le carrelage tout en bas. Les balustrades en spirale. Elle voit ses propres mains blanches sur le bois sombre, les veines sur le dos de la main, les jointures crispées. Elle sent le bois sous ses paumes, la ferronnerie froide contre ses cuisses à chaque poussée d'Adrien qui la projette légèrement vers l'avant.
Il y a quelque chose dans le vertige de la hauteur qui amplifie tout. Le corps sait qu'il est suspendu au-dessus du vide, et quelque chose de très vieux dans le corps répond à ça, une présence plus aiguë à chaque sensation, une acuité.
La jeune femme glisse une main sous son t-shirt.
Clara la voit du coin de l'œil, ce mouvement discret, la main qui disparaît sous le tissu, et quelque chose dans le fait d'être regardée ainsi, désirée ainsi, par quelqu'un qu'elle ne connaît pas, dont elle ne sait rien, ajoute une couche à ce qu'elle ressent déjà, une chaleur supplémentaire qui monte du bas-ventre.
Adrien plonge une main sur le devant, cherche son clitoris, le trouve, et la pression de ses doigts là, combinée aux poussées, produit quelque chose d'immédiatement différent, une intensité qui déborde le cadre ordinaire du plaisir, qui ressemble à quelque chose de plus total.
Clara entend sa propre respiration, haletante, saccadée, et elle entend Adrien derrière elle dont la respiration a perdu toute retenue, un souffle régulier et forcé, le son d'un corps au travail et au bord.
Les poussées deviennent plus courtes, plus rapides.
Elle sent son propre orgasme qui approche, pas comme une vague, plutôt comme une pression qui croît dans un espace fermé, quelque chose qui cherche à sortir. Elle serre les mains sur la rampe. Elle incline la tête en arrière, les cheveux roux dans la lumière grise de la verrière, les yeux fermés, le visage levé vers le rectangle de ciel froid au-dessus du puits.
Quand ça vient, ça vient en plusieurs temps.
D'abord une secousse, presque électrique, à la base du ventre. Puis une onde qui monte, lente, irrémédiable, et qui prend tout ce qu'elle trouve en chemin, les cuisses, le bas du dos, la nuque, et elle crie, pas un cri de théâtre, un son bref et haut qui part seul, qui traverse la cage d'escalier et monte vers la verrière.
Adrien vient une seconde après, les mains cramponnées à ses hanches, une ou deux poussées plus profondes, plus violentes, et il émet un son lui aussi, long, étouffé, la tête contre l'épaule de Clara.
Ils restent ainsi un moment, appuyés à la rampe, au-dessus du vide.
Le bois craque légèrement sous leur poids.
La lumière de la verrière tombe toujours à la verticale sur le palier, indifférente.
***
IX. Épilogue
La jeune femme aux cheveux courts a retiré sa main de sous son t-shirt. Elle se tient toujours là, à quelques mètres, et son visage maintenant est apaisé d'une façon particulière, comme après quelque chose qui s'est achevé.
Clara se redresse lentement. Elle n'a plus froid. Le palier, le bois, la ferronnerie, la verrière : tout est exactement comme avant, et rien n'est pareil.
Adrien remonte son jean, pose une main dans le dos de Clara, juste au creux, une main qui dit quelque chose sans utiliser de mots. Elle tourne la tête vers lui. Il ne sourit pas mais son visage est ouvert, détendu, le visage de quelqu'un qui a obtenu exactement ce qu'il avait voulu.
La jeune femme s'approche. Elle s'arrête à un mètre, les yeux sur Clara.
« C'était pour vous deux », dit-elle doucement. Une affirmation, pas une question.
« Oui », dit Clara. Un temps. « Et pour vous, si vous vouliez. »
La jeune femme hoche la tête, une fois, lentement.
Puis elle descend.
On l'entend longtemps, ses pas dans l'escalier, qui s'espacent palier après palier, jusqu'au silence du rez-de-chaussée. La porte du vestibule claque doucement, et c'est tout.
Clara reste encore un moment sur le palier du cinquième, nue dans la lumière de la verrière, les deux mains sur la rampe, les yeux dans le vide de la cage d'escalier. En bas, tout au fond du puits, le carrelage noir et blanc luit faiblement, propre et ancien, indifférent à tout ce qui s'est passé au-dessus.
Les vêtements sont encore là, aux paliers en dessous. La robe verte sur le rebord de la fenêtre du deuxième. Les bottines contre le mur du premier.
Elle devra descendre les chercher.
Elle n'est pas pressée.
FIN
I. Le rez-de-chaussée
L'immeuble a l'âge de ses pierres, quelque chose entre 1890 et la Grande Guerre, une de ces bâtisses du dix-huitième arrondissement dont les façades gardent encore la mémoire des loyers modestes et des cours communes. La cage d'escalier s'ouvre sur un vestibule dallé de carreaux noirs et blancs usés en leur centre, polis par un siècle de semelles. Le bois de la rampe est sombre, presque brun-rouge, nourri à l'huile de lin pendant des décennies, et le fer forgé qui court le long des volées forme des arabesques de feuilles et de tiges entrelacées que quelqu'un a peintes en noir mat à une époque où l'on prenait encore soin des choses.
Clara s'arrête au pied de la première marche.
Elle a trente et un ans. Les cheveux roux, relevés à la hâte en un chignon qui laisse quelques mèches sur la nuque et les tempes. Une robe verte, tissu souple, col rond, qui tombe juste sous les genoux. Des bottines à lacets, noires, à semelle plate. Elle n'a rien dessous, ou presque : un soutien-gorge en coton fin couleur chair, une culotte assortie. Voilà tout ce qui la sépare de l'air.
Elle lève les yeux.
L'escalier monte en spirale rectangulaire sur cinq étages, découpant le vide en un puits de lumière que la verrière du dernier palier inonde d'une lumière grise et froide. On voit d'ici, en regardant vers le haut, les balustrades qui se répètent en écho, palier après palier, comme une suite de cadres emboîtés. Une odeur de cire ancienne, de pierre légèrement humide, et quelque chose d'indéfinissable, une pointe de térébenthine peut-être, ou de vieux bois chauffé par le soleil du matin.
Quelque part au cinquième, Adrien l'attend.
Ils ont fixé les règles la veille, au lit, en fumant. Lui avait posé la règle comme on pose une carte : à chaque palier, un vêtement. Peu importe qui se trouve dans l'escalier. Peu importe qui descend, qui sort, qui regarde. Elle monte, et elle se dépouille. Elle avait dit oui sans réfléchir longuement, ou plutôt, elle avait senti que la réflexion n'était pas le bon outil pour répondre à une chose pareille. Ce qui avait répondu en elle était plus ancien et plus direct que la réflexion.
Elle pose la main sur la rampe. Le bois est frais sous les doigts.
Elle commence à monter.
***
II. Le premier palier
La première volée compte douze marches. Les planches craquent par endroits, un craquement régulier, presque musical, qui accompagne sa montée comme une basse continue. Les portes des appartements du premier sont fermées. On entend, très feutrée, une radio derrière le 1B, une voix parlée, informations ou podcast, impossible à distinguer.
Clara arrive sur le premier palier et s'arrête.
Elle ne réfléchit pas longtemps. La règle est simple et elle l'a acceptée, et il y a dans l'acceptation d'une règle une forme de soulagement que les gens qui n'ont jamais joué comme ça ne comprennent pas : on n'a plus à décider. On n'a qu'à faire. Elle s'assoit sur la dernière marche, défait les lacets de la bottine droite, puis de la gauche, les retire l'une après l'autre, les pose contre le mur. Ses pieds nus sur les planches. Le bois est plus froid qu'elle ne l'attendait.
Elle se relève, ses chaussures restent là.
Elle reprend la montée, pieds nus, les semelles silencieuses à présent sur le bois. La sensation change immédiatement : elle perçoit les irrégularités du plancher, le grain du bois, une latte plus rugueuse, une autre plus lisse, vernissée encore après tant d'années. Il y a quelque chose de légèrement obscène dans le fait de marcher pieds nus dans un escalier commun, quelque chose qui touche à une intimité déplacée, comme si une frontière avait déjà été franchie sans que personne l'ait vu.
Mais quelqu'un la voit.
Alors qu'elle aborde la deuxième volée, une porte s'ouvre au premier : un homme d'une cinquantaine d'années, veste grise, serviette sous le bras, qui sort manifestement pour aller travailler. Il lève les yeux, voit Clara qui monte, pieds nus, la robe verte, les cheveux roux dans le matin. Son regard descend vers les pieds nus sur les marches, remonte vers son visage. Elle ne s'arrête pas. Elle ne ralentit pas. Elle le regarde une seconde, juste le temps de croiser son regard, et elle continue de monter.
L'homme reste une fraction de seconde immobile sur son palier, puis il referme sa porte derrière lui et commence à descendre. Elle entend ses pas dans son dos, réguliers, qui s'éloignent vers le vestibule. Peut-être a-t-il décidé de ne pas comprendre. Peut-être a-t-il compris et préfère ne rien montrer. Ça lui est égal.
***
III. Le deuxième palier
La deuxième volée est plus longue. Quatorze marches. La lumière change légèrement, la verrière commence à jouer son rôle, un rectangle de clarté froide au-dessus du puits. Clara arrive sur le deuxième palier et s'arrête, une main sur la rampe.
Elle défait la ceinture de la robe, non, il n'y a pas de ceinture. Elle cherche, deux secondes, la logique du vêtement. Une fermeture à glissière dans le dos, dans la couture latérale gauche. Elle l'attrape, la tire du bas vers le haut, et la robe s'ouvre sur son flanc. Un mouvement des épaules, un passage par la tête, et le tissu vert glisse, tombe, s'affaisse en cercle sur les planches du palier.
Elle reste en soutien-gorge et culotte, les pieds nus sur le bois.
Elle se penche, ramasse la robe, la pose pliée sur le rebord de la fenêtre du palier, une fenêtre donnant sur la cour intérieure, trois carreaux, une plante en pot que quelqu'un a abandonnée là.
Elle est sur le deuxième palier d'un immeuble ordinaire, en sous-vêtements.
L'air est légèrement plus frais ici, un courant venu d'une fenêtre entrouverte quelque part dans la colonne du bâtiment. Il passe sur sa peau nue, les bras, les épaules, le décolleté, les cuisses. Pas désagréable. Plutôt le contraire : il y a dans le contact de l'air froid sur la peau chaude quelque chose qui ressemble à une caresse involontaire, quelque chose que personne n'a décidé mais qui se produit quand même.
Une porte s'ouvre.
Le 2A. Une jeune femme, vingt-cinq ans peut-être, cheveux noirs coupés court, t-shirt et jean, qui sort avec un sac de courses vide à la main. Elle s'arrête net en voyant Clara, debout en sous-vêtements sur son palier.
Un temps.
Clara ne dit rien. La jeune femme la regarde, et son regard n'est pas celui de l'indignation ni de la surprise scandalisée : c'est quelque chose de plus complexe, une interrogation, une curiosité à peine retenue. Ses yeux descendent et remontent.
« Vous montez ? » dit la jeune femme. Sa voix est calme.
« Au cinquième », dit Clara.
Un silence bref. La jeune femme pose son sac de courses vide sur le carrelage du couloir, derrière sa porte, et revient se placer sur le palier. Elle ne descend pas. Elle attend.
Clara reprend la montée.
Elle entend, derrière elle, les pas de la jeune femme qui commence à la suivre. Pas à pas. Silencieux, ou presque. Elle ne se retourne pas.
***
IV. Le troisième palier
Le troisième palier est légèrement différent des deux premiers : une niche dans le mur avec un ancien porte-parapluies en ferronnerie, inutilisé depuis longtemps. La rampe tourne ici avec une légère accentuation de la courbe, et le puits de lumière est maintenant clairement visible, le rectangle de la verrière au-dessus, plus proche.
Clara s'arrête. La jeune femme aux cheveux courts s'arrête aussi, quelques marches plus bas.
Clara dégrafe le soutien-gorge.
Le geste est simple, deux doigts dans le dos, le fermoir qui lâche, les bretelles qui glissent des épaules. Elle le fait face à la rampe, face au vide de la cage d'escalier, et elle prend un moment à tenir le tissu contre sa poitrine avant de le laisser tomber, pas par hésitation, mais parce qu'il y a dans l'instant juste avant l'irréversible quelque chose qui mérite une seconde d'attention.
Puis elle le lâche.
Ses seins sont libres dans l'air de la cage d'escalier. Ils ne sont pas grands, plutôt menus, les mamelons pâles dans la lumière froide de la verrière, et le froid les a déjà légèrement durcis. Elle pose la main à plat sur sa poitrine une seconde, pas pour se cacher, pour sentir.
La jeune femme en bas de la volée ne fait aucun bruit.
Clara commence à monter. La sensation est nouvelle, pas tout à fait comme d'habitude, l'air sur les seins nus, le léger balancement à chaque marche, la conscience de la nudité partielle dans un espace qui n'y est pas destiné. Les arabesques de la ferronnerie passent à hauteur de ses hanches quand elle monte, et elle laisse sa main courir sur le fer froid une seconde, les volutes des feuilles forgées sous les doigts.
Au troisième, une autre porte. Le 3C, un vieil homme en peignoir, soixante-dix ans, cheveux blancs, qui sort vraisemblablement chercher son journal. Il voit Clara qui monte, torse nu. Il s'arrête, la main sur la poignée. Son visage ne dit pas ce qu'il pense, ou plutôt, il dit quelque chose d'ancien et de tranquille, comme si la surprise avait déjà eu lieu à l'intérieur et que l'extérieur avait choisi le calme.
Il hoche légèrement la tête.
Clara hoche la tête aussi.
Elle continue de monter. En bas, les pas de la jeune femme reprennent. Elle entend, un étage plus bas, la porte du 3C se refermer avec douceur.
***
V. Le quatrième palier
Quatre étages. La verrière n'est plus qu'un palier au-dessus. La lumière est plus franche ici, plus directe, et le froid légèrement plus vif. Clara arrive sur le quatrième palier et sait ce qui lui reste à enlever.
Elle se tourne, dos à la cage, face à la porte du 4B, et elle glisse les pouces dans l'élastique de la culotte. Elle la fait descendre lentement le long des cuisses, des genoux, la laisse tomber à ses pieds, l'enjambe.
Voilà.
Elle est nue.
Nue sur le quatrième palier d'un immeuble du dix-huitième arrondissement, dans une cage d'escalier qui sent la cire et le bois, avec une verrière grise au-dessus et quelqu'un qui la regarde d'en bas.
Elle prend un instant pour être là, vraiment là, dans l'air, dans la lumière, dans le silence relatif de l'immeuble du matin. Ses mains sont à ses côtés, ses pieds nus sur les planches, le parquet lui rend la chaleur qu'il a emmagasinée. Elle sent son sexe, légèrement humide déjà, l'air qui passe entre ses cuisses. Elle sent la rampe, froide, quand elle y appuie les doigts.
La jeune femme arrive sur le palier.
Elle s'arrête à un mètre de Clara. Elle la regarde, vraiment, sans détourner les yeux, et son regard n'est pas voyeuriste au sens vulgaire du terme : il y a dedans quelque chose de plus sérieux, une attention, une reconnaissance de ce qui se passe. La jeune femme a les joues légèrement rosées. Ses lèvres sont entrouvertes.
« Il est au cinquième ? » dit-elle.
« Oui », dit Clara.
Elles montent ensemble la dernière volée.
***
VI. Le cinquième palier
La verrière est directement au-dessus, et la lumière tombe à la verticale sur les planches claires du dernier palier. Le bois ici est moins usé qu'en bas, comme si les locataires du cinquième montaient moins souvent, ou avec plus de légèreté. Les arabesques de la ferronnerie sont les mêmes, mais la hauteur change tout : on voit le puits en dessous, les quatre paliers qui s'emboîtent, les balustrades répétées jusqu'au carrelage du rez-de-chaussée.
Adrien est là.
Il se tient contre la rampe du dernier palier, bras croisés, appuyé au bois de la main courante. La trentaine, grand, un visage régulier qui n'est pas beau au sens ordinaire du terme mais auquel on revient, les yeux gris, un pull anthracite, un jean. Il regarde Clara monter les dernières marches, nue, pieds nus, les cheveux roux dans la lumière de la verrière, et ce qu'il y a dans son regard n'est pas du triomphe, plutôt une forme d'attention concentrée, le regard de quelqu'un qui a attendu et qui voit arriver ce qu'il attendait exactement comme il l'attendait.
Clara arrive sur le palier.
La jeune femme aux cheveux courts s'arrête quelques marches plus bas, à hauteur du palier mais pas dessus, comme si elle avait décidé d'un espace. Elle s'assoit sur la marche, les genoux remontés, et elle regarde.
Adrien décroise les bras.
Il ne parle pas. Il ne dit rien sur le jeu accompli ni sur la nuit précédente ni sur rien. Il tend la main vers elle et la pose à plat sur son ventre, juste en dessous du nombril, la chaleur de la paume contre la peau froide. Clara sent les doigts, la pression légère, et quelque chose dans sa nuque se relâche, une tension qu'elle n'avait pas nommée pendant la montée.
Sa main à elle descend vers la ceinture du jean d'Adrien.
***
VII. La main, la bouche
Elle défait le bouton, puis la braguette, les deux gestes lents, pas parce qu'elle hésite mais parce que la lenteur a une valeur ici, une valeur de soin, de présence à ce qu'on fait. Le jean s'ouvre. Elle glisse la main à l'intérieur du caleçon et referme les doigts sur son sexe, déjà pleinement en érection, lourd, chaud, légèrement humide à l'extrémité.
Un bruit imperceptible de la part d'Adrien, pas tout à fait un soupir, quelque chose de plus contenu.
Clara commence à le masturber, doucement, le poing fermé autour du gland et de la hampe, une pression régulière, pas encore un rythme, plutôt une évaluation réciproque, une prise de connaissance. Elle regarde sa main qui travaille, puis elle relève les yeux vers lui. Il la regarde, les mâchoires légèrement serrées, la respiration qui s'approfondit.
La jeune femme en bas ne fait pas de bruit.
Clara s'agenouille.
Le parquet du palier est dur sous ses genoux, légèrement rugueux, et la fraîcheur du bois monte immédiatement à travers la peau. Elle sort le sexe du caleçon, le tient à la main, l'examine une seconde, le poids, la chaleur, l'odeur légère de peau propre et de désir. Puis elle passe la langue sur le sillon en dessous du gland, lentement, de la base jusqu'à la couronne.
Adrien appuie une main sur la rampe derrière lui.
Clara prend le gland entre ses lèvres. Pas profondément d'abord, juste la tête, la suçant légèrement, la langue qui tourne sur le méat, et elle sent sous ses doigts les pulsations du sexe, le sang qui bat, le durcissement supplémentaire que la bouche produit. Elle descend plus bas, centimètre par centimètre, les lèvres qui glissent sur la hampe, la langue qui s'adapte à la courbe, et elle prend un rythme, lent, régulier, les yeux mi-clos.
Il y a un son maintenant. Pas de voix. Le son de sa bouche sur lui, la succion, le léger bruit humide, et la respiration d'Adrien au-dessus d'elle, de plus en plus audible, de plus en plus contrôlée à grand-peine.
La jeune femme, en bas, s'est levée. Elle est debout sur la marche, les deux mains sur la rampe, et elle regarde. Dans ses yeux quelque chose d'avide et de tranquille à la fois.
Clara sent la main d'Adrien sur ses cheveux, pas pour guider ni pour imposer, pour poser, pour marquer la présence. Elle accélère légèrement, la gorge plus engagée, les joues creusées, et elle l'entend retenir quelque chose, un son qui ne part pas tout à fait, coincé entre la gorge et les dents.
Elle s'arrête.
Elle se relève.
***
VIII. Contre la rampe, au-dessus du vide
Adrien la retourne sans brusquerie. Les mains sur ses hanches, il la positionne face à la rampe, face au vide de la cage d'escalier, les cinq étages qui plongent vers le carrelage noir et blanc du vestibule. Clara pose les deux mains sur la main courante en bois. Le bois est frais, poli, et elle serre fort.
Elle sent son sexe à lui contre elle par derrière, la chaleur, la pression, qui cherche.
Elle écarte les pieds légèrement, s'incline à peine vers l'avant, et il entre.
Le premier contact est lent. L'entrée en elle, progressive, le sexe qui s'enfonce dans un sexe déjà très humide, très chaud, et elle laisse sortir un son qu'elle n'avait pas prévu, court, vif, un son d'animal surpris par le plaisir. Ses mains se crispent sur la rampe. En dessous, le puits de la cage plonge en spirale, les arabesques de fer forgé qui se répètent à l'infini vers le bas.
Adrien commence à bouger.
Les premières poussées sont longues, mesurées, il entre jusqu'au fond et se retire presque complètement, un rythme qui n'a pas encore de vitesse mais qui a une profondeur, une qualité d'occupation, et Clara sent chaque mouvement de la tête à la plante des pieds, une onde qui remonte la colonne vertébrale à chaque aller-retour.
La jeune femme aux cheveux courts a monté les dernières marches. Elle se tient maintenant sur le palier, à trois ou quatre mètres d'eux, debout, les bras croisés, et elle regarde. Son visage a changé depuis le deuxième palier : les lèvres plus entrouvertes, les yeux plus brillants, la respiration visible dans le léger mouvement de sa poitrine.
Adrien accélère.
Les mains d'Adrien sont sur les hanches de Clara, pas douces, pas brutales, fermes, et il la tire vers lui à chaque poussée, une synchronisation qui fait que chaque aller devient plus profond, plus précis. Clara entend le bruit de leurs corps, le choc régulier de la peau contre la peau, le grincement léger de la rampe sous la pression de ses mains, et elle entend sa propre voix, des sons qu'elle ne contrôle plus vraiment, des sons qui viennent d'un endroit où le contrôle n'a pas cours.
Elle baisse les yeux vers le vide.
Cinq étages. Le carrelage tout en bas. Les balustrades en spirale. Elle voit ses propres mains blanches sur le bois sombre, les veines sur le dos de la main, les jointures crispées. Elle sent le bois sous ses paumes, la ferronnerie froide contre ses cuisses à chaque poussée d'Adrien qui la projette légèrement vers l'avant.
Il y a quelque chose dans le vertige de la hauteur qui amplifie tout. Le corps sait qu'il est suspendu au-dessus du vide, et quelque chose de très vieux dans le corps répond à ça, une présence plus aiguë à chaque sensation, une acuité.
La jeune femme glisse une main sous son t-shirt.
Clara la voit du coin de l'œil, ce mouvement discret, la main qui disparaît sous le tissu, et quelque chose dans le fait d'être regardée ainsi, désirée ainsi, par quelqu'un qu'elle ne connaît pas, dont elle ne sait rien, ajoute une couche à ce qu'elle ressent déjà, une chaleur supplémentaire qui monte du bas-ventre.
Adrien plonge une main sur le devant, cherche son clitoris, le trouve, et la pression de ses doigts là, combinée aux poussées, produit quelque chose d'immédiatement différent, une intensité qui déborde le cadre ordinaire du plaisir, qui ressemble à quelque chose de plus total.
Clara entend sa propre respiration, haletante, saccadée, et elle entend Adrien derrière elle dont la respiration a perdu toute retenue, un souffle régulier et forcé, le son d'un corps au travail et au bord.
Les poussées deviennent plus courtes, plus rapides.
Elle sent son propre orgasme qui approche, pas comme une vague, plutôt comme une pression qui croît dans un espace fermé, quelque chose qui cherche à sortir. Elle serre les mains sur la rampe. Elle incline la tête en arrière, les cheveux roux dans la lumière grise de la verrière, les yeux fermés, le visage levé vers le rectangle de ciel froid au-dessus du puits.
Quand ça vient, ça vient en plusieurs temps.
D'abord une secousse, presque électrique, à la base du ventre. Puis une onde qui monte, lente, irrémédiable, et qui prend tout ce qu'elle trouve en chemin, les cuisses, le bas du dos, la nuque, et elle crie, pas un cri de théâtre, un son bref et haut qui part seul, qui traverse la cage d'escalier et monte vers la verrière.
Adrien vient une seconde après, les mains cramponnées à ses hanches, une ou deux poussées plus profondes, plus violentes, et il émet un son lui aussi, long, étouffé, la tête contre l'épaule de Clara.
Ils restent ainsi un moment, appuyés à la rampe, au-dessus du vide.
Le bois craque légèrement sous leur poids.
La lumière de la verrière tombe toujours à la verticale sur le palier, indifférente.
***
IX. Épilogue
La jeune femme aux cheveux courts a retiré sa main de sous son t-shirt. Elle se tient toujours là, à quelques mètres, et son visage maintenant est apaisé d'une façon particulière, comme après quelque chose qui s'est achevé.
Clara se redresse lentement. Elle n'a plus froid. Le palier, le bois, la ferronnerie, la verrière : tout est exactement comme avant, et rien n'est pareil.
Adrien remonte son jean, pose une main dans le dos de Clara, juste au creux, une main qui dit quelque chose sans utiliser de mots. Elle tourne la tête vers lui. Il ne sourit pas mais son visage est ouvert, détendu, le visage de quelqu'un qui a obtenu exactement ce qu'il avait voulu.
La jeune femme s'approche. Elle s'arrête à un mètre, les yeux sur Clara.
« C'était pour vous deux », dit-elle doucement. Une affirmation, pas une question.
« Oui », dit Clara. Un temps. « Et pour vous, si vous vouliez. »
La jeune femme hoche la tête, une fois, lentement.
Puis elle descend.
On l'entend longtemps, ses pas dans l'escalier, qui s'espacent palier après palier, jusqu'au silence du rez-de-chaussée. La porte du vestibule claque doucement, et c'est tout.
Clara reste encore un moment sur le palier du cinquième, nue dans la lumière de la verrière, les deux mains sur la rampe, les yeux dans le vide de la cage d'escalier. En bas, tout au fond du puits, le carrelage noir et blanc luit faiblement, propre et ancien, indifférent à tout ce qui s'est passé au-dessus.
Les vêtements sont encore là, aux paliers en dessous. La robe verte sur le rebord de la fenêtre du deuxième. Les bottines contre le mur du premier.
Elle devra descendre les chercher.
Elle n'est pas pressée.
FIN
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2 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Quelle belle histoire !
Merci pour la qualité du récit !
Merci pour la qualité du récit !
Toujours précis érotique sensuel agréable à lire
.Daniel
.Daniel
