La transparence d'Eléanore

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 14-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Temps de lecture ~ 12 minutes

Éléonore avait signé le contrat un mardi matin, à jeun, avec une clarté d'esprit parfaite.

Pas de contrainte, pas de pression. Juste de la curiosité, et quelque chose de plus ancien, un désir qu'elle portait depuis l'adolescence sans jamais lui donner de nom précis. Être vue. Être regardée par des hommes qui ne peuvent pas toucher. Traverser le monde habillée de rien, protégée par les règles qu'elle a elle-même posées.

Le contrat stipulait quatre heures. Un vernissage, une réception privée dans les salons d'un hôtel particulier du VIIIe, puis la montée des marches jusqu'au portail. Quatre hommes d'affaires, triés sur le volet, tous liés par une clause de confidentialité. Aucun contact physique non sollicité. Aucune photographie.

Elle s'était regardée dans le miroir de l'entrée avant de partir. La robe, si on pouvait appeler ça une robe, n'était qu'un voile de tulle couleur chair, presque imperceptible à l'œil nu, qui dessinait ses épaules sans les couvrir, glissait sur ses seins sans les cacher, s'arrêtait à mi-cuisse en laissant voir la ligne de son ventre, la courbe de ses hanches, le triangle roux de son sexe à peine atténué par le tissu fantôme.

Elle souriait déjà.

***

Ils l'attendaient devant le bâtiment.

Quatre hommes en costume sombre, la cinquantaine, l'habitude du pouvoir inscrite dans la posture. Celui de droite, le plus grand, regardait ailleurs quand elle est arrivée. Les trois autres la regardaient.

Elle n'a pas ralenti. Elle a traversé l'espace entre la voiture et le groupe avec la même démarche qu'elle aurait eue en tailleur Chanel, le dos droit, les épaules ouvertes, les cheveux roux tombant librement sur ses clavicules. La lumière de l'après-midi frappait le voile sous un angle qui le rendait parfaitement translucide, et elle le savait.

Le plus grand a fini par se retourner.

Aucun d'eux n'a dit un mot pendant plusieurs secondes. Elle pouvait entendre le trafic au loin, un klaxon, le vent dans les marronniers. Elle pouvait sentir leurs regards comme une chaleur physique, quatre sources distinctes qui parcouraient son corps avec des vitesses différentes, des arrêts différents.

"Messieurs", a-t-elle dit simplement.

Sa voix était posée. Son sourire aussi. À l'intérieur, entre ses cuisses, quelque chose pulsait doucement, régulièrement, comme un second cœur.

Celui qui se trouvait à sa gauche, cheveux grisonnants, mâchoire forte, a incliné la tête avec une correction presque comique. "Mademoiselle Éléonore."

Elle a reconnu la tension dans sa voix. L'effort qu'il faisait pour maintenir le registre formel pendant que ses yeux descendaient, remontaient, s'arrêtaient sur ses seins. Les mamelons, légèrement saillants sous le froid de la rue, ne lui échappaient pas. Ils n'échappaient à personne.

"On entre ?", a-t-elle proposé.

***

L'intérieur de l'hôtel particulier sentait la cire et le lys.

Des boiseries, des tableaux du XVIIIe, des appliques qui jetaient une lumière ambre sur les parquets. Une dizaine d'autres invités se trouvaient déjà là, tous en tenue de soirée, tous qui se sont retournés à son entrée.

Éléonore n'a pas cherché à minimiser. Elle a pris un verre de champagne sur le plateau d'un serveur, elle a bu une gorgée, et elle a souri à la pièce entière.

Le murmure a parcouru le salon comme une lame d'eau sur le sol.

Les quatre hommes s'étaient répartis autour d'elle sans se concerter, instinctivement, formant un cercle lâche qui la protégeait de la foule tout en l'offrant à leurs propres regards. Elle sentait leur présence dans son dos, sur ses flancs. Sentait, surtout, la qualité particulière du silence qui se faisait quand quelqu'un nouveau entrait dans le salon et la découvrait.

Le plus grand, qui s'appelait Bertrand, s'est approché d'elle par la droite. Il tenait son verre à mi-hauteur, les yeux fixés sur le côté de son visage, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose.

"Vous n'avez pas peur", a-t-il dit.

"Non."

"Pas du tout ?"

Elle a tourné la tête vers lui. De près, il était moins lisse qu'à distance. Une cicatrice fine courait le long de son menton. Des yeux d'un gris sérieux.

"Peur de quoi ?", a-t-elle demandé.

Il n'a pas répondu. Il a regardé sa bouche, puis ses seins, avec une franchise soudaine qui a effacé toute la politesse du décor. Un regard nu. Elle a senti la chaleur progresser entre ses jambes, s'étaler, se préciser.

"Du regard des autres", a-t-il finalement dit.

"C'est exactement pour ça que je suis là."

***

Ils l'ont suivie à l'étage sur une invitation de l'organisateur, un cinquième homme qu'elle ne connaissait pas, qui avait réservé une salle à part. Un appartement meublé, bibliothèques, canapés de cuir, une fenêtre qui donnait sur les toits.

Là, le protocole a glissé d'un cran.

Éléonore s'est placée au centre de la pièce et les a regardés s'installer, certains debout, Bertrand assis en face d'elle, les coudes sur les genoux, les yeux ouverts.

"Je veux que vous me regardiez", a-t-elle dit. "C'est tout ce que je veux."

Elle a saisi le bas du voile et l'a soulevé lentement, pas sur elle, juste assez pour le faire frémir, pour dégager ses cuisses jusqu'en haut, jusqu'à l'os de la hanche, jusqu'à rendre parfaitement visible ce que le tissu avait jusqu'alors seulement laissé deviner.

Aucun d'eux n'a bougé.

Elle a laissé le voile retomber. Puis elle l'a saisi par les épaules et l'a fait glisser vers le sol avec la lenteur d'une chose naturelle. La robe s'est accumulée à ses pieds. Elle était nue maintenant, totalement nue, ses cheveux roux sur ses épaules, ses pieds nus sur le parquet, ses seins sans aucun artifice dans la lumière ambre des lampes.

Son ventre était plat, ses hanches larges, ses cuisses longues. La toison rousse entre ses jambes, éclairée d'en bas par un lampadaire, brillait presque.

Elle a entendu quelqu'un expirer lentement, à sa gauche.

Elle a glissé une main sur son ventre, pas pour se couvrir, pour sentir sa propre peau sous ses doigts, pour s'ancrer dans son propre corps pendant que leurs regards la traversaient de partout.

Sa paume est descendue jusqu'au bas-ventre. S'est posée, à plat, sans bouger encore.

Bertrand s'est penché en avant. "Continuez", a-t-il dit.

***

Il n'y avait aucun accord entre eux sur ce qui était autorisé et sur ce qui ne l'était pas.

Il n'en fallait pas. Éléonore fixait les règles par le seul mouvement de son corps.

Ses doigts ont glissé entre ses lèvres, lentement, avec la précision de quelqu'un qui se connaît. Elle était humide depuis le salon, depuis les marches, peut-être depuis le miroir de l'entrée. Le contact de ses propres doigts l'a traversée comme un courant. Un son léger, involontaire, s'est échappé d'elle.

Les quatre hommes regardaient.

Elle a fermé les yeux une fraction de seconde, les a rouverts. Elle voulait voir leurs visages pendant qu'elle se touchait. Bertrand avait les mâchoires contractées, les mains à plat sur ses genoux. Celui à sa gauche avait défait son premier bouton de col sans s'en rendre compte, ou peut-être qu'il s'en rendait compte, peut-être que c'était tout ce qu'il s'accordait.

Elle a frotté le bout de son index sur son clitoris, régulièrement, sans se presser. Le plaisir montait par nappes, dense, et son souffle changeait de rythme. Ses genoux ont légèrement fléchi, elle a redressé le dos pour compenser, a écarté davantage les pieds.

Ses seins se soulevaient à chaque respiration.

Elle a glissé deux doigts à l'intérieur d'elle, profondément, et le son qu'elle a fait alors, bas, gorge serrée, a changé quelque chose dans la pièce. Elle l'a senti. L'air s'est épaissi. Un des hommes a changé de position sur son siège.

Elle a retiré les doigts, les a portés à sa bouche, les a goûtés en les regardant.

Bertrand s'est levé.

Il a traversé les deux mètres qui les séparaient et s'est arrêté à quelques centimètres d'elle. Ses yeux demandaient. Elle a hoché la tête, imperceptiblement.

Sa main s'est posée sur sa hanche. Une seule main, ouverte, chaude. Il n'a rien fait d'autre dans un premier temps, il a juste tenu sa hanche comme on tient quelque chose de précieux qu'on risque de briser.

Puis il a glissé la main dans son dos, l'a attirée contre lui, et l'a embrassée.

Pas un baiser d'approche. Un baiser franc, direct, qui prenait sa bouche sans détour. Elle a senti la laine de son costume contre ses seins nus, le tissu légèrement rugueux sur ses mamelons, et le contraste entre sa nudité à elle et l'habillement complet de Bertrand a produit quelque chose d'immédiat, une conscience aiguë de sa propre peau, de chaque centimètre de surface exposée.

Les trois autres regardaient toujours.

Éléonore, la bouche contre celle de Bertrand, gardait les yeux ouverts.

C'était ça, le cœur de la chose. Être tenue, être vue pendant qu'on est tenue. Le regard des autres transformait le contact en quelque chose d'autre, quelque chose sans nom précis, qui ressemblait à une forme de liberté complète. Pas de l'exhibitionnisme au sens pauvre du terme, pas la simple satisfaction d'être regardée. Quelque chose de plus complexe. La sensation d'exister pleinement, d'occuper l'espace sans restriction, d'être à la fois l'objet du désir et la seule personne à décider de ce qu'il advient.

Sa main à lui a glissé entre ses cuisses.

Elle a gémi contre sa bouche.

Ses doigts à lui ne ressemblaient pas aux siens. Plus larges, plus lents d'abord, tâtonnant le long de l'intérieur de sa cuisse comme s'il apprenait le chemin. Elle a écarté légèrement les pieds pour lui faciliter l'accès, un geste instinctif, et elle l'a senti progresser, remonter, atteindre la chaleur humide de son sexe avec une précision qui lui a coupé le souffle.

Il a rompu le baiser.

Il voulait la regarder, elle le comprenait. Elle lui a laissé son visage, la nuque légèrement renversée, les paupières lourdes mais les yeux toujours ouverts, toujours tournés vers la pièce, vers les trois hommes qui ne bougeaient pas.

Celui au col ouvert s'était approché d'un mètre sans qu'elle le remarque. Elle l'a vu maintenant. La fixité de son regard. La façon dont ses mains restaient le long du corps, crispées légèrement, deux poings mous.

Bertrand a glissé un doigt à l'intérieur d'elle.

Le son qui est sorti d'elle était bas, continu, presque surpris. Elle n'avait pas prévu que la présence des autres intensifierait les sensations à ce point. Elle connaissait la théorie, elle s'était imaginé la scène des dizaines de fois, mais la réalité physique de la chose était d'un autre ordre. Le plaisir arrivait de partout à la fois, du doigt de Bertrand qui s'enfonçait et se retirait lentement, de la pression de sa paume sur son pubis, des regards qui la traversaient comme des faisceaux.

Il a ajouté un second doigt.

Elle a posé sa main sur son avant-bras, pas pour l'arrêter, pour sentir le mouvement sous sa peau, les muscles qui travaillaient.

"Tournez-vous", a-t-il dit.

Elle a obéi sans réfléchir, dos à lui maintenant, face aux trois autres. Face à leurs visages. Le plus jeune des quatre, qu'elle n'avait pas encore considéré attentivement, avait une trentaine d'années à peine, des traits réguliers, une expression de concentration presque douloureux. Ses yeux allaient de son visage à ses seins, de ses seins au mouvement de la main de Bertrand entre ses jambes, visible maintenant sous cet angle, visible pour tout le monde dans la pièce.

Elle a senti une chaleur monter jusqu'à ses joues.

Bertrand, dans son dos, a retiré ses doigts. Elle a eu le temps de sentir le manque avant qu'il ne la saisisse par les hanches et la guide vers le bras du canapé. Cuir sombre, frais. Il a exercé une pression légère entre ses omoplates et elle a compris, s'est penchée en avant, les paumes à plat sur l'assise, les fesses offertes.

Le bruit de sa ceinture, puis de sa fermeture.

Elle regardait toujours les trois autres.

Quand il est entré en elle, lentement, par friction progressive, elle a laissé tomber la tête entre ses bras et fermé les yeux une seconde, une seule, le temps d'absorber la plénitude. Il était large, plus qu'elle n'avait anticipé, et le premier passage avait ce caractère irréversible des seuils franchis.

Elle a relevé la tête.

Le plus jeune s'était encore rapproché. À deux mètres maintenant. Il regardait l'endroit exact où Bertrand la pénétrait, le va-et-vient lent, les mains de Bertrand sur ses hanches. Puis ses yeux sont remontés vers elle et elle lui a souri, le souffle court, les lèvres entrouvertes.

Il a rougi.

Bertrand a augmenté le rythme. La friction était précise, profonde, et chaque poussée lui arrachait un son qu'elle ne cherchait pas à contenir. Le cuir du canapé crissait légèrement. La lumière des lampes faisait des ombres mouvantes sur les boiseries. Quelque part dans la pièce, quelqu'un respirait fort.

Elle a glissé une main sous elle pour atteindre son clitoris.

Le double contact, ses doigts à elle et les poussées de Bertrand, a produit quelque chose d'immédiat. L'orgasme n'était plus une perspective, c'était une chose présente, là, qui attendait qu'on lui donne la permission.

"Regardez-moi", a-t-elle dit aux trois hommes.

Sa voix était rauque. Elle ne l'avait pas prévu ainsi. L'ordre était sorti naturellement, sans calcul, parce qu'elle en avait besoin, parce que leurs regards étaient devenus partie intégrante du plaisir, indissociables de la main de Bertrand sur sa hanche, de sa propre main entre ses cuisses.

Les trois l'ont regardée.

Le premier orgasme est arrivé sans prévenir, en vague longue, qui commençait bas dans le ventre et irradiait vers les cuisses, les reins, les épaules. Elle a pressé son front contre ses avant-bras et serré les dents mais le son est passé quand même, un long gémissement étranglé qui s'est évanoui dans le silence de la pièce.

Bertrand ne s'est pas arrêté.

Il a changé d'angle, légèrement, et chaque poussée atteignait maintenant un point différent, plus haut, plus intense d'une façon qui frôlait l'insupportable. Elle a retiré sa main, plus capable de tenir les deux fils à la fois, et s'est abandonnée au seul mouvement de Bertrand.

Ses genoux tremblaient.

Le plus jeune s'était encore rapproché. Il était à un mètre maintenant, debout, les poings serrés, le regard fixé sur son visage à elle, pas sur son corps, sur son visage. Elle l'a regardé en retour. Elle a vu quelque chose dans ses yeux qui ressemblait à de la dévotion, ou à de la détresse, les deux peut-être, les deux ensemble.

Elle a tendu la main vers lui.

Il a regardé sa main comme si elle appartenait à une autre espèce. Puis il s'est avancé et l'a prise.

Sa paume était moite. Elle l'a gardée serrée pendant que Bertrand, derrière elle, prenait un rythme plus lourd, plus décidé, les hanches qui claquaient sourdement contre les siennes. Elle a senti qu'il approchait à la façon dont ses mains se contractaient sur ses hanches, aux sons qu'il faisait dans sa gorge, au fait qu'il avait cessé de ménager ses forces.

Le second orgasme est arrivé avec Bertrand, leurs deux corps accordés sur le même tempo. Elle a serré la main du jeune homme si fort qu'il a tressailli. Elle a crié, un son court, sec, qui s'est répercuté contre les boiseries.

Bertrand s'est immobilisé, profondément ancré, les mains à plat sur ses reins.

Le silence qui a suivi était épais, habité.

***

Elle a lâché la main du jeune homme, s'est redressée lentement. Ses cheveux lui tombaient devant les yeux. Elle les a repoussés d'un geste précis et a regardé la pièce, les quatre hommes, les visages, les costumes froissés ou non, les verres de champagne que personne n'avait finis.

Elle a souri.

Pas le sourire mondain du salon. Quelque chose de plus simple, de plus intime, le sourire de quelqu'un qui vient d'aller chercher exactement ce qu'il cherchait et l'a trouvé.

Elle a ramassé le voile à ses pieds et l'a laissé retomber sur ses épaules sans le nouer.

"Merci", a-t-elle dit.

À tous. À chacun. Au jeune homme qui la regardait encore. À Bertrand qui re-bouclait sa ceinture avec des gestes calmes. Aux deux autres qui n'avaient pas bougé de l'heure et qui avaient quand même tout donné, leurs regards, leur retenue, leur désir contenu.

Elle est sortie de la pièce en premier.

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