Impatience

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 12-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Temps de lecture ~ 30 minutes

Prologue

La table était mise pour deux.

Deux verres, deux assiettes, deux bougies allumées depuis vingt minutes déjà. La flamme avait coulé un peu sur la bougie de gauche, formant une larme de cire blanche sur la nappe en lin. Lena la regardait sans y toucher.

Il était vingt et une heures trente.

Marc avait dit vingt heures. Il avait dit ça avec cette façon qu'il avait de prononcer les choses simples comme si elles étaient des promesses solennelles, la main posée à plat sur la table du café, les yeux dans les siens. Vingt heures, j'y serai.

Elle avait cru ça.

Le téléphone était posé sur le bord de l'évier, côté cuisine. Elle ne l'avait pas regardé depuis dix minutes, ce qui était déjà un progrès. Avant, elle le retournait toutes les trente secondes, comme si l'écran allumé allait changer quelque chose.

Aucun message.

Elle avait cuisiné. Un poulet au citron et aux herbes, du riz sauvage, une salade de roquette avec des pignons grillés. Elle avait mis du soin dans chaque geste, la façon de presser le citron au-dessus de la sauteuse, la façon d'essuyer le bord des assiettes avec le coin d'un torchon propre. Elle avait mis de la musique, une playlist qu'elle avait construite au fil des semaines, des morceaux qu'elle voulait lui faire découvrir.

La musique jouait encore.

Lena avait vingt-huit ans. Elle travaillait dans une agence de communication à trois rues de là, elle connaissait son immeuble mieux que n'importe quel autre endroit au monde, elle avait une façon de marcher dans son appartement, pieds nus, qui trahissait qu'elle s'y sentait souveraine. Grande, les cheveux châtain foncé qu'elle portait souvent relevés, un visage qu'on qualifiait volontiers de sérieux et qui s'ouvrait par surprise quand elle souriait vraiment.

Ce soir, elle ne souriait pas.

Elle éteignit les bougies. La fumée monta, mince et droite, et disparut.

Elle resta un moment debout dans la cuisine, les bras légèrement écartés du corps, comme si elle attendait de savoir ce qu'elle allait faire de ses mains. Le silence après la décision de ne plus attendre avait une texture particulière, presque physique.

Elle alla dans la salle de bain.

Elle resta longtemps sous la douche. L'eau très chaude d'abord, qui rougit sa peau, puis plus froide, qui la réveilla. Elle prit soin d'elle comme on prend soin d'une arme qu'on prépare. Pas avec tristesse. Avec une sorte de détermination calme qui lui était nouvelle, et qu'elle trouvait intéressante à observer en elle-même.

Elle ne rappellerait pas Marc.

Ce soir, elle sortirait. Et ce qui arriverait arriverait.



Chapitre I — La chasse

Elle choisit sa robe avec méthode.

Pas la rouge, trop évidente, trop explicite dans son intention. La noire non plus, trop défensive. Elle prit la verte, un jersey souple qui tombait à mi-cuisse, sans manches, avec un décolleté en V qui descendait juste assez bas pour rendre la question légitime. Une robe qui ne disait rien de précis mais qui laissait le regard travailler.

Dessous, elle hésita.

Elle ouvrit le tiroir du haut, passa les doigts sur les bords de dentelle, les bandes d'élastique, les tissus soyeux. Elle prit un ensemble qu'elle n'avait encore jamais mis, acheté trois semaines plus tôt dans un moment d'optimisme, porté de la boutique à l'appartement dans un petit sac en papier rose et rangé là depuis. Soutien-gorge nude en dentelle fine, très légère échancrure entre les bonnets. Culotte assortie, haute sur les hanches, qui découvrait le haut des cuisses.

Elle s'habilla lentement, avec attention.

Devant le miroir de la salle de bain, elle releva ses cheveux, en tira quelques mèches qui retomberaient sur sa nuque. Du mascara, une ligne fine au crayon sur la paupière supérieure, rien d'autre sur les yeux. Une touche de gloss rose pâle sur les lèvres. Du parfum sur la gorge, sur les poignets, sur la naissance des seins.

Elle s'observa une dernière fois.

Ce qu'elle vit lui convint.

***

Dehors, l'air était tiède, chargé de cette humidité particulière aux soirs de juin à Paris, quand la chaleur du jour reste suspendue entre les façades et les pavés. Elle marcha sur le trottoir sans se presser, les talons bas, une main dans la poche de son imperméable léger qu'elle avait jeté sur ses épaules.

Elle n'avait pas de destination précise.

Il y avait un bar qu'elle connaissait rue de la Roquette, pas trop grand, pas trop bruyant, avec une terrasse sous des guirlandes lumineuses et un comptoir en zinc où l'on pouvait s'asseoir seul sans que ça paraisse pathétique. Elle y était allée plusieurs fois avec des amies, une fois avec Marc, au tout début.

Elle n'y pensa pas longtemps.

Elle poussa la porte.

***

L'endroit était à moitié plein. Des groupes aux tables, deux ou trois couples, quelques isolés au comptoir. La lumière était chaude, tamisée, le genre de lumière qui arrondit les visages et rend les gens plus beaux qu'ils ne sont. Ça sentait la bière, le bois, une vague odeur de cuisine qui venait de derrière.

Elle s'installa au comptoir, à l'angle, l'endroit qui permettait de voir la salle sans être face au mur.

Le barman arriva, la regarda avec la neutralité professionnelle des gens habitués à évaluer les clients en deux secondes. Elle commanda un verre de blanc sans consulter la carte.

Elle attendit.

Pas comme elle avait attendu Marc. Autrement. Avec les sens ouverts, attentifs, sans impatience. Elle but une gorgée, posa le verre, laissa son regard circuler dans la salle sans s'arrêter sur rien de précis.

Elle remarqua l'homme à la table du fond environ dix minutes après être entrée.

***

Il était seul. Un livre posé à plat devant lui qu'il ne lisait pas, un verre de rouge à moitié bu. La quarantaine probable, les épaules larges sous une chemise grise à manches retroussées, les avant-bras appuyés sur la table. Un visage régulier, une mâchoire nette, les cheveux un peu longs pour un homme de cet âge mais pas d'une façon qui chercherait à compenser quoi que ce soit.

Ce qui la frappa, c'est qu'il n'avait pas l'air de s'ennuyer.

La plupart des gens seuls dans un bar avaient soit le téléphone à la main, soit ce regard vague qu'on pose sur les murs quand on tue le temps. Lui regardait la salle avec une sorte d'intérêt tranquille, comme quelqu'un qui a l'habitude d'être seul et qui ne le vit pas comme un manque.

Elle le trouva intéressant.

Elle commanda un second verre et décida de voir.

***

La séduction, quand on l'aborde sans romantisme, est une mécanique assez simple.

Lena le savait. Elle avait passé des années à l'ignorer, à préférer les élans spontanés, les rencontres qui arrivent sans qu'on les cherche. Ce soir, elle choisissait de le savoir et d'agir en conséquence.

Elle se tourna légèrement sur le tabouret, croisa les jambes. La robe remonta de deux centimètres sur la cuisse droite. Elle n'y toucha pas.

Elle attendit que son regard passe dans sa direction et, quand il le fit, elle ne détourna pas les yeux tout de suite. Une seconde, deux secondes, puis elle reporta son attention sur son verre.

Il avait vu.

Elle le sentit sans le regarder, avec cette espèce de conscience périphérique qu'on développe dans ces situations, une légère modification de l'atmosphère, quelque chose qui ressemble à une pression douce.

Elle prit une gorgée de vin. Elle le laissa réfléchir.

***

Il vint au bout d'un moment qu'elle ne chronométra pas.

Il s'installa sur le tabouret voisin, sans se presser, avec une aisance qui n'avait rien de calculé. Il commanda un verre au barman, puis se tourna vers elle avec un sourire qui n'était pas un sourire de drague, plutôt le sourire de quelqu'un qui reconnaît une situation pour ce qu'elle est et trouve ça bien.

"Vous attendez quelqu'un ?"

"Non", dit-elle.

Il hocha la tête légèrement, comme si c'était la réponse qu'il attendait et qu'elle lui convenait.

Il s'appelait Julien. Il habitait le quartier depuis cinq ans, travaillait dans l'architecture, avait cette façon d'écouter en inclinant très légèrement la tête qui donnait l'impression qu'on était intéressant. Elle parla peu, lui posa des questions, le laissa occuper l'espace de la conversation tout en maintenant, sous la surface, ce courant léger et constant de l'attention physique.

À un moment, elle se pencha légèrement vers lui pour entendre quelque chose qu'il disait, et sa main effleura la sienne sur le comptoir. Elle ne la retira pas tout de suite.

Il ne la retira pas non plus.

***

La séduction avait une géographie propre, des distances qui se réduisent par paliers, des seuils qui s'ouvrent sans qu'on les nomme. La distance entre leurs corps sur les tabourets avait diminué. Leurs genoux se touchaient maintenant, à peine, mais assez pour que tous les deux en soient conscients sans que l'un ou l'autre en fasse mention.

Elle buvait lentement. Elle n'avait pas soif de vin.

À un moment, elle regarda ses mains. Des mains larges, les doigts longs, un peu carrés au bout. Des mains qui avaient l'air de savoir faire les choses, de connaître les matières, les textures. Elle imagina brièvement ces mains sur elle et sentit quelque chose se contracter bas dans son ventre, une sensation nette, sans ambiguïté.

Elle leva les yeux vers lui.

Il la regardait déjà.

"On pourrait aller ailleurs", dit-elle.

Ce n'était pas une question.

Il paya les deux verres sans discussion, enfila sa veste. Il lui tint la porte en sortant, une main dans le bas de son dos, à peine, juste le bout des doigts sur le jersey, mais la chaleur traversa le tissu et alla se loger quelque part de précis.

Dehors, l'air sentait encore la chaleur du jour.

Ils marchèrent côte à côte vers son immeuble, à deux cents mètres.



Chapitre II — Le dévoilement

Elle ouvrit la porte de l'appartement et entra la première.

Elle n'alluma pas le plafonnier. Juste la lampe du salon, celle qui donnait une lumière basse et ambrée, le genre de lumière qui transforme un appartement ordinaire en quelque chose d'autre. Elle entendit Julien refermer la porte derrière lui, le déclic du verrou, ses pas sur le parquet.

Elle alla dans la cuisine, ouvrit le réfrigérateur.

"Je peux t'offrir du vin. Ou autre chose."

"Du vin, c'est bien."

Elle sortit la bouteille entamée, deux verres, revint dans le salon. Il était debout près de la bibliothèque, regardait les dos des livres avec cet intérêt tranquille qu'elle lui avait déjà vu au bar. Elle posa les verres sur la table basse, servit.

Il prit le sien sans s'asseoir.

Ils se regardèrent.

***

Il y avait dans l'air quelque chose de suspendu, une qualité particulière du silence entre deux personnes qui savent ce qui va se passer et choisissent de ne pas se précipiter. Lena aimait ce moment. Elle avait parfois l'impression que c'était le meilleur, celui où tout était encore entier, possible, ouvert.

Elle but une gorgée en le regardant par-dessus le bord du verre.

Il posa le sien sur l'étagère et s'approcha.

Il ne la toucha pas tout de suite. Il s'arrêta à une distance qui n'était plus neutre, assez près pour qu'elle sente la chaleur de son corps, pour percevoir l'odeur légère de sa peau, quelque chose de propre avec une note boisée en dessous. Elle leva les yeux vers lui. Il était plus grand qu'elle d'une tête.

Sa main vint se poser sur sa mâchoire, très doucement, le pouce longeant la ligne de la pommette. Un geste lent, presque interrogatif.

Elle ferma les yeux une seconde.

***

Le baiser fut d'abord précis et contenu, les lèvres fermées, une pression tranquille qui cherchait à savoir. Puis sa bouche s'ouvrit sous la sienne et le baiser changea de nature, devint plus profond, plus sûr, sa main dans ses cheveux maintenant, l'autre à plat dans son dos qui l'attirait vers lui.

Elle sentit son corps répondre avant même d'y penser.

Elle porta les mains à sa poitrine, sentit sous sa paume le tissu de la chemise, la chaleur en dessous, le léger battement. Elle commença à défaire les boutons, un par un, sans interrompre le baiser.

Il la laissa faire.

La chemise s'ouvrit. Elle glissa les mains à l'intérieur sur la peau nue, remonta vers les épaules, la fit tomber. Il avait un torse large, peu de poils, une ligne de ventre nette. Elle posa les lèvres sur sa clavicule, sentit le souffle qu'il retint.

***

Ses mains à lui trouvèrent la fermeture éclair dans le dos de la robe. Un mouvement simple, vers le bas, et le tissu se relâcha sur ses épaules. Elle le laissa descendre le long de ses bras, de ses hanches, et tomber à ses pieds.

Elle resta debout dans la lumière ambrée, en soutien-gorge et culotte, les épaules en arrière, sans se couvrir.

Il la regarda.

Ce regard-là, elle en avait besoin sans l'avoir su jusqu'à cette seconde. Un regard qui prenait le temps, qui ne glissait pas, qui s'attardait sur la courbe de sa gorge, sur la dentelle fine du soutien-gorge, sur le ventre lisse, sur les hanches que la culotte haute encadrait sans les cacher. Un regard qui évaluait sans juger, qui appréciait sans hâte.

"Tu es belle", dit-il, et c'était une constatation, pas un compliment.

Elle ne répondit pas. Elle fit un pas vers lui, porta les mains dans son dos à lui cette fois, défit la boucle de sa ceinture.

***

Ils finirent de se déshabiller mutuellement avec une lenteur qui n'était pas de la timidité mais de l'attention. Il défit l'agrafe du soutien-gorge, le fit glisser sur ses bras. Ses seins étaient moyens, fermes, les mamelons déjà durcis dans l'air de la pièce. Il les cueillit dans ses paumes avec une douceur qui la surprit, pouces sur les pointes, et elle sentit le courant descendre directement du thorax au bas-ventre.

Elle inclina la tête en arrière.

Il prit ça comme une invitation et baissa la tête, prit l'un dans sa bouche, la langue tournant lentement. Elle laissa échapper un son bref, involontaire. Ses mains à elle trouvèrent ses cheveux et s'y accrochèrent sans forcer.

***

Ils glissèrent vers le canapé sans avoir décidé de le faire.

Elle se retrouva allongée sur le dos, lui à demi penché sur elle, sa bouche sur sa gorge, sur la courbe de ses seins, sur le sternum. Elle sentait contre sa cuisse la pression nette de son érection à travers le tissu du pantalon, et cette sensation concrète, précise, renforça encore ce qui montait en elle depuis le bar, une chaleur sourde et insistante.

Ses doigts à lui longèrent les bords de la culotte, la ligne des hanches, l'intérieur de la cuisse. Il prenait son temps. Elle comprit qu'il aimait ça, le chemin, pas seulement l'arrivée.

Elle écarta légèrement les jambes.

***

Il remonta vers elle, l'embrassa longuement, puis ses doigts glissèrent sous le tissu.

Elle était mouillée, vraiment, d'une façon qu'elle n'aurait pas pu feindre et n'avait aucune raison de feindre. Il le sentit sous ses doigts et fit un son bas dans sa gorge, quelque chose entre l'approbation et le désir.

Il commença à la caresser.

Pas avec précipitation, pas avec cette efficacité mécanique que certains hommes confondaient avec la compétence. Il cherchait, ajustait, lisait ses réactions avec une attention soutenue. Sa paume à plat d'abord, la pression diffuse, puis deux doigts qui traçaient des cercles lents autour du clitoris sans y toucher directement, s'en approchant, s'en éloignant.

Elle sentit sa respiration se modifier.

***

Il fit glisser la culotte sur ses cuisses, ses chevilles, la laissa tomber. Elle était entièrement nue maintenant, lui encore en pantalon, et ce déséquilibre avait quelque chose d'érotique en soi, une forme de vulnérabilité assumée qui n'était pas de la faiblesse.

Sa main revint entre ses jambes.

Cette fois il ne détourna pas la trajectoire. Il trouva le clitoris directement, la pulpe du pouce en cercles lents et réguliers, et Lena ferma les yeux, sentit ses hanches répondre sans qu'elle leur en donne l'ordre, un mouvement involontaire vers la pression, vers la chaleur.

"Là", dit-elle à voix basse.

Il n'accéléra pas. Il maintint le rythme, précis, constant, jusqu'à ce qu'elle sente le plaisir s'organiser sous ses doigts comme quelque chose qui se construit vers un point précis.

***

Elle vint une première fois, les cuisses qui se refermaient sur sa main, le souffle coupé, la tête renversée dans les coussins. Pas un orgasme fracassant, plutôt une première vague, longue, qui se vida lentement et la laissa détendue, les muscles relâchés, la peau sensible partout.

Il retira sa main, remonta vers elle.

Elle sentait contre sa hanche l'évidence de son désir à lui, dur, insistant. Elle porta la main sur le devant de son pantalon, sentit sa longueur sous le tissu, entendit son souffle changer.

"À ton tour", dit-elle.

Et elle le fit basculer doucement sur le dos.



Chapitre III — L'offrande



Elle le déboutonna sans se presser.



Le pantalon d'abord, la ceinture déjà défaite, puis le tissu qu'elle fit descendre sur ses hanches avec ses pouces. Il souleva légèrement le bas du dos pour l'aider. Le caleçon suivit. Elle recula d'un genou pour le regarder entièrement.



Il était beau nu. Pas d'une beauté travaillée, pas le corps de quelqu'un qui passe ses matins en salle de sport, plutôt une beauté fonctionnelle, naturelle, les épaules larges, le ventre plat sans être sculpté, les hanches étroites. Et son sexe dressé contre son ventre, épais, la peau tendue, un détail anatomique qu'elle regarda sans fausse pudeur.



Elle aimait regarder.



***



Elle s'installa entre ses jambes, prit appui sur ses avant-bras de chaque côté de ses cuisses. Elle ne le toucha pas tout de suite. Elle sentait sa tension, l'attente dans ses muscles, la façon dont sa respiration s'était suspendue.



Elle posa d'abord les lèvres sur son ventre, juste sous le nombril. La peau était chaude, légèrement salée sous sa bouche. Elle sentit son ventre se contracter au contact.



Elle descendit lentement.



Un baiser sur la ligne de l'aine, puis l'autre côté, puis la face interne de la cuisse, tout près sans y être. Il émit un son qu'il retint à moitié, une sorte de soupir contenu. Elle sourit sans qu'il le voie.



***



Quand elle prit enfin sa verge entre ses doigts, il laissa échapper l'air qu'il retenait depuis plusieurs secondes.



Elle le tint à la base, sentit le pouls contre sa paume, la chaleur dense du sang. Elle fit monter sa main lentement jusqu'à la pointe, redescendit, s'arrêta. Recommença. Un mouvement régulier, pas pour provoquer l'orgasme mais pour installer le plaisir, pour l'allumer et l'y maintenir.



Puis elle abaissa la tête et prit le gland entre ses lèvres.



***



Sa langue d'abord, le bout de la langue sur le frein, ce point précis dont elle connaissait l'efficacité, des cercles minuscules, une pression légère. Elle sentit sa cuisse tressauter contre son épaule.



Elle prit davantage dans sa bouche.



Elle aimait ça, vraiment, pas comme une performance ni comme un sacrifice mais comme quelque chose qui lui donnait un pouvoir tranquille, immédiat, sans ambiguïté. Elle aimait la sensation de plénitude contre sa langue, la chaleur, le poids, cette façon qu'avait un homme de devenir entièrement présent, entièrement là, réduit à ce seul endroit où elle posait sa bouche.



Elle bougea la tête, lentement, avec une pression régulière des lèvres. Sa main à la base suivait le mouvement, une continuité de sensation du gland jusqu'à la racine. Elle sentait ses cuisses se raidir légèrement de chaque côté d'elle, ses mains qui trouvèrent ses cheveux sans appuyer, juste se poser là, accompagner.



***



Elle modifia le rythme par paliers, plus lent, plus profond, puis plus vif, plus léger, en lisant ses réactions avec la même attention qu'il avait mise à la caresser. À un moment il murmura son prénom, ou plutôt il le souffla, comme si c'était la seule chose qu'il avait encore la capacité de produire.



Elle le sentit approcher de quelque chose et s'arrêta.



Pas par cruauté. Par calcul précis, parce qu'elle voulait la suite et qu'elle voulait l'y emmener entier, sans qu'il ait rien dépensé encore.



Elle remonta le long de son corps, s'allongea sur lui, sa bouche contre la sienne. Il l'embrassa avec une intensité qui n'était plus tout à fait la même que la première fois, quelque chose de plus urgent maintenant, de plus nu.



***



Il la retourna.



Pas brutalement, mais avec une décision nouvelle, les mains sur ses hanches, et elle se laissa faire avec plaisir parce que c'était exactement ce qu'elle voulait, être retournée, être prise en charge, passer de l'actif au réceptif avec cette fluidité que seul un certain accord entre deux corps permet.



Elle se retrouva sur le dos, lui au-dessus d'elle, et il descendit.



***



Sa bouche sur sa gorge d'abord, sur ses seins, le temps qu'il fallait, sans bâcler. Puis le sternum, le ventre, le nombril. Elle sentit ses mains à plat sur ses hanches, une pression qui l'immobilisait doucement, lui signifiait de ne pas bouger.



Elle posa les mains sur ses cheveux.



Il prit le temps de souffler contre sa peau, juste au-dessus du pubis, un souffle chaud qui ne touchait rien encore et qui pourtant fit monter en elle une vague de chaleur précise. Elle sentit l'humidité entre ses cuisses, son propre désir qui avait repris depuis les caresses du canapé et n'avait pas diminué.



***



Sa langue trouva le clitoris sans hésiter.



Elle arqua le dos.



Il travailla avec méthode et sensibilité à la fois, la pointe de la langue d'abord, des petits cercles légers qui la firent gémir, puis une pression plus large, plus profonde, la langue à plat qui couvrait davantage. Il alterait les rythmes, les pressions, et à chaque fois qu'elle croyait avoir saisi le motif il le modifiait légèrement, la maintenant dans un état d'attention aiguë, tendue vers le prochain mouvement.



Ses mains sur ses hanches l'empêchaient de bouger autant qu'elle aurait voulu. Elle prit conscience qu'elle essayait d'appuyer son bassin contre sa bouche et qu'il résistait, doucement, la maintenant à la distance qu'il choisissait.



Ce contrôle-là, elle le trouva intensément érotique.



***



Il glissa un doigt en elle.



La pénétration fut douce, progressive, sa bouche ne s'interrompant pas sur le clitoris. Elle était assez mouillée pour que ce soit immédiat, sans friction, juste la sensation d'être ouverte, occupée, remplie d'une façon qui allumait autre chose que ce que sa langue faisait déjà.



Un second doigt.



Elle sentit le muscle s'étirer légèrement, s'adapter. Il courba légèrement les doigts à l'intérieur, chercha, trouva. Elle poussa un son qu'elle ne reconnut pas tout à fait comme le sien, quelque chose de plus grave, de plus profond que ses sons habituels.



---



Il combina les deux, sa bouche sur le clitoris, ses doigts qui se mouvaient en elle avec une pression intérieure constante sur cette paroi antérieure où tout se concentrait. Elle sentit les deux sources de plaisir se rejoindre, former un courant unique qui montait le long de sa colonne, qui irradiait vers ses cuisses, vers ses pieds.



Elle s'entendit lui dire de ne pas s'arrêter.



Elle ne s'en rendit compte qu'après.



***



L'orgasme fut plus long que le premier, plus profond, avec cette qualité particulière des orgasmes provoqués par les deux sources à la fois, à la fois localisé et diffus, une contraction centrale qui se propageait en ondes jusqu'aux extrémités. Elle serra les cuisses sur ses épaules, les mains dans ses cheveux, et laissa le plaisir passer en elle comme quelque chose d'extérieur qui la traversait.



Il ne s'arrêta pas tout de suite.



Il diminua progressivement la pression, la langue plus douce, les doigts immobiles mais encore en elle, la laissant redescendre par paliers. Quand il retira ses doigts, ce fut avec une lenteur qui prolongeait encore la sensation.



Elle resta immobile un moment, les yeux au plafond, la respiration haute.



***



Il remonta vers elle, s'allongea à son côté. Elle sentit contre sa hanche son sexe toujours dur, patient, qui attendait.



Elle tourna la tête vers lui. Dans la lumière ambrée, son visage avait une expression qu'elle n'avait pas vue encore, quelque chose de concentré et d'ouvert à la fois, le visage de quelqu'un qui est entièrement là.



Elle posa la main sur sa joue.



"Viens", dit-elle.



C'était simple. C'était suffisant.



Elle l'attira sur elle, sentit le poids de son corps sur le sien, ses hanches entre ses cuisses, et la pointe de son sexe contre elle, à l'entrée, qui n'attendait plus que sa décision à elle pour franchir le seuil.





Chapitre IV — La possession

Elle le guida de la main.

Un geste simple, précis, ses doigts refermés sur lui pour l'orienter, le positionner, et quand il sentit le contact il s'arrêta, soutenu sur ses avant-bras, les yeux dans les siens, attendant qu'elle lui donne le signal.

Elle inclina le bassin vers lui.

***

Il entra lentement.

Pas d'un seul mouvement, par étapes, s'arrêtant après chaque centimètre comme pour laisser le temps au corps de s'adapter, de le recevoir. Elle sentit l'étirement progressif, la chaleur, le poids de cette présence en elle qui grandissait, qui occupait un espace qu'elle sentait définir par contraste, par la plénitude soudaine.

Elle expira lentement par la bouche.

Quand il fut entièrement en elle, il s'immobilisa.

Ils restèrent ainsi quelques secondes, sa bouche contre sa tempe, son souffle dans ses cheveux, leurs corps ajustés l'un à l'autre dans cette immobilité qui n'était pas un repos mais une reconnaissance, le moment où deux corps enregistrent ce qui vient de changer entre eux.

***

Il commença à bouger.

Des allers-retours lents d'abord, presque entiers, qui retiraient presque tout avant de revenir. Elle sentait chaque mouvement avec une précision inhabituelle, l'effet conjugué des deux orgasmes précédents qui avaient rendu sa peau plus sensible, ses muqueuses plus alertes. Elle entendit le son de leurs corps, ce bruit humide et intime qu'elle n'avait jamais trouvé autre chose que beau, et sa propre respiration qui se calait sur son rythme à lui sans qu'elle y pense.

Ses mains trouvèrent ses reins.

Elle n'appuya pas pour accélérer. Elle les posa là pour sentir le mouvement, la flexion des muscles sous ses paumes, la mécanique vivante et puissante de son corps au travail.

***

Il approfondit progressivement.

Les hanches qui s'abaissaient davantage à chaque retour, qui cherchaient le fond, cette limite intérieure dont l'effleurement provoquait en elle une sensation à la limite de la douleur et du plaisir, une frontière que son corps redéfinissait à chaque poussée. Elle se surprit à ne plus penser à rien d'autre qu'à ça, à l'endroit précis où ils se rejoignaient, à la chaleur, au poids, au rythme.

Marc n'existait plus.

Rien d'autre n'existait.

***

Elle voulut changer.

Elle posa les paumes sur ses épaules et inversa doucement, le faisant rouler sur le côté. Il la suivit sans résistance, comprenant le mouvement avant qu'il soit achevé, et elle se retrouva au-dessus de lui, à genoux de chaque côté de ses hanches, son sexe toujours en elle dans cette nouvelle position.

Elle prit un moment pour sentir la différence.

La pénétration était plus profonde ainsi, plus directe, et le contrôle entièrement entre ses mains. Elle posa les siennes à plat sur son torse, sentit son cœur battre sous sa paume gauche, rapide, concentré.

Elle commença à se mouvoir.

***

D'abord des ondulations du bassin, avant-arrière, qui ne le retiraient presque pas mais qui faisaient varier la pression intérieure, qui trouvaient des angles légèrement différents à chaque mouvement. Elle cherchait quelque chose, l'angle précis où la sensation était maximale, où le bord antérieur de son sexe appuyait exactement là où ses doigts à lui avaient appuyé tout à l'heure.

Elle le trouva.

Un arrêt, un ajustement de quelques millimètres, et la sensation changea de nature, devint plus aiguë, plus ciblée. Elle laissa échapper un son bref et resta dans cette position, recommença le mouvement de bassin en maintenant l'angle.

***

Ses mains à lui se posèrent sur ses cuisses.

Il ne la guidait pas, ne l'accélérait pas, il accompagnait, sentait le rythme qu'elle établissait et le suivait avec ses pouces qui traçaient des lignes lentes sur ses cuisses ouvertes. Son regard levé vers elle avait quelque chose d'intense et de tranquille à la fois, l'attention entière d'un homme qui prend du plaisir et qui regarde prendre du plaisir, et qui trouve les deux également précieux.

Elle aimait être regardée ainsi.

Elle se redressa davantage, les mains dans le bas de son propre ventre, et bougea plus franchement, des mouvements de hanche plus amples maintenant, qui le retiraient à moitié avant de le reprendre, et la friction changea encore de nature, devint quelque chose de plus cru, de plus physique, une évidence animale qu'elle assuma entièrement.

***

Sa respiration se fragmentait.

Elle sentait la montée différemment cette fois, pas comme les deux premières qui étaient arrivées depuis l'extérieur, portées par des mains ou une bouche, mais quelque chose qui venait de l'intérieur et du mouvement, de la répétition et de l'accumulation, un plaisir qui se construisait couche par couche avec chaque va-et-vient.

Il se souleva légèrement sur les coudes.

Sa bouche trouva ses seins depuis en dessous, la langue sur le mamelon droit pendant qu'elle continuait à se mouvoir sur lui, et l'addition de ce contact précis sur le fond de ce qu'elle ressentait déjà fit monter d'un cran brutal tout ce qu'elle avait construit.

Elle accéléra.

***

Les sons dans la pièce changèrent, le bruit de leurs corps plus net, plus rapide, sa propre voix qu'elle n'essayait plus de contrôler, des sons courts et répétés qui suivaient son rythme. Ses cuisses brûlaient légèrement de l'effort, ses doigts sur son torse cherchèrent un appui.

Il la sentit approcher.

Il prit ses hanches entre ses mains, fermement cette fois, pas pour la ralentir mais pour l'ancrer, lui offrir une résistance contre laquelle elle pouvait s'appuyer. Elle pesa sur ses paumes, intensifia le mouvement, sentit le bord de l'orgasme comme une falaise qu'elle approchait et dont elle connaissait déjà la hauteur.

"Ne t'arrête pas", dit-il à voix basse.

Elle ne s'arrêta pas.

***

Ça vint d'un bloc.

Différent encore des deux premiers, plus central, plus profond, une contraction qui partait de là où ils se rejoignaient et irradiait simultanément vers le haut et vers le bas. Elle sentit son propre sexe se contracter sur lui en vagues régulières et l'entendit émettre un son rauque sous elle, ses mains qui se serraient sur ses hanches.

Il la retourna d'un mouvement souple.

***

Elle se retrouva sous lui et il reprit le mouvement, plus vigoureux maintenant, les hanches qui s'abaissaient avec une force nouvelle, et elle était encore dans les ondes de son propre orgasme quand il chercha le sien, le visage dans son cou, son souffle chaud et haché contre sa peau.

Elle l'enlaça.

Les bras autour de ses épaules, les jambes remontées sur ses reins, l'accueillant dans chaque poussée, sentant son corps tout entier tendre vers quelque chose. Elle tourna la tête, posa les lèvres sur sa tempe, sentit la sueur légère sur sa peau.

Il prononça quelque chose qu'elle n'entendit pas.

Puis son corps se contracta, une rigidité qui parcourut ses épaules, ses reins, ses jambes, et il s'immobilisa en elle, profondément, et elle sentit les pulsations de son orgasme contre ses parois, régulières, décroissantes, comme un cœur qui se calme après l'effort.

***

Le silence revint doucement.

Pas le silence du début de soirée, celui de la table mise pour deux et des bougies éteintes. Un silence différent, habité, chaud, le silence de deux corps qui reprennent leur respiration normale dans un appartement qui a changé de nature en quelques heures.

Il ne bougea pas tout de suite.

Elle non plus.

Elle sentait son poids sur elle, pas écrasant, plutôt rassurant, le poids réel d'un corps réel, et son sexe qui diminuait lentement en elle avec cette intimité particulière de l'après, ce moment où les corps restent joints par inertie et par douceur.

Sa main remonta lentement le long de son dos.



Épilogue — Ce qui reste

Il roula sur le côté, l'emmenant avec lui.

Ils restèrent allongés face à face, sa main à lui dans le bas de son dos, leurs fronts presque en contact. La lampe du salon envoyait encore sa lumière ambrée par la porte entrouverte. Quelque part dehors, une moto passa, lointaine, et le silence se reforma derrière elle.

Lena regardait son visage.

Elle le connaissait depuis trois heures. Elle connaissait la façon dont ses épaules se tendaient quand il retenait un son, la façon dont ses mains se posaient sans hésiter, cette attention tranquille qu'il portait aux choses et aux gens. Elle ne savait presque rien d'autre de lui. Elle trouva que c'était une proportion juste.

***

Il s'endormit avant elle.

Pas d'un coup, progressivement, sa respiration qui s'allongeait, le muscle de sa mâchoire qui se relâchait, la main dans son dos dont la pression diminuait sans disparaître. Elle le regarda faire. Il y avait quelque chose de désarmant dans la façon dont les gens s'endormaient, cette capitulation involontaire, ce moment où le contrôle lâchait entièrement.

Elle n'avait pas sommeil.

Elle se dégagea doucement, prit soin de ne pas le réveiller, et s'assit sur le bord du canapé. La pièce était tiède, légèrement désordonnée, leurs vêtements épars sur le parquet, les deux verres de vin à moitié bus sur la table basse. Elle regarda tout ça sans le nommer.

***

Vers deux heures du matin, Julien ouvrit les yeux.

Il la regarda dans le fauteuil sans paraître désorienté, comme si l'endroit inconnu et la femme en face étaient des données qu'il intégrait calmement. Il s'assit, passa une main dans ses cheveux.

"Je vais y aller", dit-il.

Ce n'était pas une question. Ce n'était pas non plus une façon de fuir. C'était la même chose que tout ce qu'il avait fait depuis le bar, une décision lue dans la situation, juste et sans commentaire.

"Oui", dit-elle.

***

Il se rhabilla dans la pénombre, ramassa sa chemise, l'enfila sans la boutonner entièrement. Elle ne bougea pas du fauteuil. Il prit sa veste sur le porte-manteau, revint vers elle, se pencha et posa les lèvres sur son front, un geste bref et sans ambiguïté, ni promesse ni congé, juste la reconnaissance de ce qui avait existé entre eux pendant quelques heures.

Elle ferma les yeux une seconde.

Il alla jusqu'à la porte, l'ouvrit, se retourna une fois.

"Bonne nuit, Lena."

"Bonne nuit."

La porte se referma. Ses pas dans le couloir, puis l'ascenseur, puis rien.

***

Dans la salle de bain, elle croisa son reflet dans le miroir.

Les cheveux défaits, le mascara légèrement estompé sous les yeux, les lèvres sans gloss, la peau qui gardait encore une rougeur diffuse sur la gorge et les épaules. Un visage qu'elle reconnut sans difficulté, le sien, mais avec quelque chose de différent dans l'expression, quelque chose de moins contracté, de plus installé dans ses propres contours.

Elle se brossa les dents. Elle se lava le visage.

Elle alla se coucher.

***

Le lit sentait le propre, les draps frais, cette odeur neutre et familière qui était celle de sa vie ordinaire. Elle s'allongea sur le dos, les bras le long du corps, regarda le plafond où la lumière des rues dessinait des lignes pâles à travers les rideaux.

Elle ne pensa pas à Julien.

Elle ne pensa pas à Marc.

Elle pensa à rien de précis, laissa les images passer sans les retenir, la table des deux bougies, la lumière du bar, la robe verte sur le parquet, ses propres mains dans des cheveux inconnus, le poids d'un corps sur le sien.

Le plaisir avait été réel.

Elle en était propriétaire entière.

Les yeux se fermèrent sans qu'elle le décide, et le sommeil vint facilement, comme quelque chose de mérité.



Fin.

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