La dernière séance

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 08-09-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Temps de lecture ~ 25 minutes

La pluie commence vers dix-neuf heures, par petites gifles obliques contre les vitrines du boulevard. Le cinéma Le Chambellan tient encore debout entre une agence immobilière et un kebab fermé le vendredi, sa marquise au néon à moitié éteint clignotant sur le trottoir mouillé. Trois lettres manquent au titre de la séance. Personne ne s'en plaint, il n'y a presque personne.

Élise arrive la première. Tailleur gris anthracite, col boutonné jusqu'au sternum, le genre de vêtement qui dit je n'ai pas de temps à perdre sans avoir besoin de l'expliquer. Elle règle son billet en liquide, glisse son téléphone dans son sac, entre. L'odeur la prend immédiatement, cette odeur particulière des salles vieillissantes, pop-corn refroidi, moquette humide, quelque chose de sucré et de poussiéreux mêlé qui ressemble à de l'enfance.

Elle choisit le milieu du rang F. Habitude.

Thomas arrive dix minutes après, trempé jusqu'aux poignets. Manteau en cuir noir qui sent la pluie et l'huile de valves. Il est musicien, ou plutôt il joue, la nuance compte pour lui, il improvise au piano dans des salles qui ferment à minuit. Ce soir il avait besoin d'obscurité sans bruit. Il repère la salle presque vide, deux autres spectateurs au fond, une femme seule au rang F, et s'installe deux rangées derrière elle sans raison particulière.

Le film commence. Un polar italien des années soixante-dix, sous-titres approximatifs, image rayée sur les bords. La salle sent le velours chauffé par les spots. Élise enlève sa veste, la pose sur le siège voisin. Thomas observe ses épaules, la ligne de son cou sous le chignon serré, et remarque qu'elle ne bouge pas pendant toute la durée des génériques, parfaitement immobile, comme si elle regardait quelque chose que lui ne voit pas.

À un moment, elle tourne la tête. Pas vers lui, vers le côté, vers les sièges vides. Mais il voit son profil dans le halo du projecteur, la courbe nette du menton, les lèvres légèrement entrouvertes sur quelque chose qui ressemble à une réflexion ou à une faim.

Les deux autres spectateurs partent avant la fin. Bruit de manteaux, chuchotements, la porte coupe le faisceau lumineux une seconde puis se referme. Il reste eux deux. La salle devient autre chose, plus petite et plus grande à la fois.

Thomas se lève et s'installe au rang E, juste devant elle. Il sent son souffle dans sa nuque avant même qu'elle ait bougé. Il dit, sans se retourner, à voix basse comme on parle dans les bibliothèques :

"Vous connaissez ce film ?"

Elle met deux secondes. "Non."

"Moi non plus."

Un silence. Sur l'écran, un homme court dans une ruelle sous la pluie. La ressemblance avec le dehors est frappante.

"Thomas", dit-il.

"Élise."

Ils ne se serrent pas la main. Ce serait déplacé. Ou trop tard.

***

Le film se termine sur un fondu au noir qui dure trop longtemps. Ni l'un ni l'autre ne bougent. L'écran blanc diffuse une lumière froide sur les sièges vides, sur la poussière en suspension, sur les mains d'Élise posées à plat sur ses genoux.

Thomas se retourne enfin. Il s'appuie sur le dossier du rang E, les avant-bras croisés, et la regarde sans détour. Pas le genre de regard qui cherche une permission. Le genre qui constate.

"La séance est finie", dit-il.

"Je sais."

Elle ne bouge pas davantage. Lui non plus. La pluie reprend contre les fenêtres hautes, un bruit de feuilles froissées en continu.

Ce qui se passe ensuite est difficile à ordonner exactement. Il se lève, contourne le rang, s'arrête à hauteur de son siège. Elle lève les yeux vers lui, et ce mouvement suffit, ce simple renversement de la nuque, cette façon qu'elle a de le regarder de dessous sans baisser la garde. Il tend la main, pas pour la prendre, juste pour effleurer la ligne de sa mâchoire du bout des doigts, et elle ferme les yeux une seconde, une seule, avant de les rouvrir.

"Il y a des toilettes au fond", dit-elle. Sa voix est égale, presque professionnelle. Mais ses mains se sont crispées sur ses genoux.

Les toilettes féminines sont au bout d'un couloir tapissé de velours bordeaux élimé, entre deux affiches encadrées des années quatre-vingt. Une ampoule nue, un miroir au tain craquelé, des cabines séparées par des cloisons minces. Un rideau de velours, le même bordeaux, ferme l'entrée sur le couloir plutôt qu'une porte. Elle le tire à moitié derrière eux.

Ils se font face dans l'espace étroit entre le lavabo et la première cabine. Il sent le cuir mouillé de son manteau, le parfum boisé qu'il porte au creux du cou. Elle sent le sien sur lui avant qu'il ait bougé.

Il recommence ce qu'il a commencé dans la salle, la main sur la mâchoire, mais cette fois il approche son visage lentement, si lentement qu'elle entend sa propre respiration changer de rythme. Ses lèvres touchent les siennes avec une légèreté presque clinique, une exploration, pas une prise. Elle résiste une fraction de seconde, par réflexe, ou par envie de prolonger ce moment suspendu, puis sa bouche s'ouvre et la langue de Thomas entre doucement, sans hâte, avec cette précision de musicien qui connaît la valeur des silences.

Il embrasse bien. Elle ne s'y attendait pas tout à fait, ou elle s'y attendait mais pas comme ça, pas avec cette patience. Ses dents capturent sa lèvre inférieure, une pression ferme, un léger étirement, et le son qui sort de la gorge d'Élise la surprend elle-même, quelque chose entre le soupir et le grognement, étouffé contre sa bouche à lui.

Ses mains à lui trouvent les boutons du tailleur. Il ne se presse pas. Le premier bouton, le deuxième, ses doigts travaillent avec une assurance tranquille pendant que sa bouche reste sur la sienne. Elle sent la veste s'écarter, l'air frais sur son sternum, puis la chaleur de sa paume qui se glisse contre sa poitrine par-dessus le satin du soutien-gorge.

Il s'arrête là un moment. La main immobile, la chaleur de sa paume traversant le tissu. Elle comprend qu'il attend quelque chose. Pas une permission explicite, plutôt une indication, un signe de sa part à elle.

Elle saisit son poignet et appuie.

Il fait alors glisser l'un des bonnets sur le côté, juste un, et prend le sein dans sa main, le poids et la chaleur de la chair nue contre sa paume. Il trace du pouce le contour du mamelon, une fois, deux fois, jusqu'à ce qu'il se durcisse complètement, et Élise recule d'un demi-pas, les épaules touchant la porte de la cabine derrière elle.

Sa bouche quitte la sienne et descend. La gorge, la clavicule, le haut de la poitrine. Il prend le mamelon entre ses lèvres sans précipitation, la langue d'abord, lente et plate, puis la pointe, puis les dents, juste assez pour que le plaisir ait un bord. Elle pose les mains dans ses cheveux, pas pour guider, pour tenir.

Le miroir au-dessus du lavabo leur renvoie une image fragmentée. Elle ne la regarde pas longtemps.

La main de Thomas quitte sa poitrine et descend le long de son ventre, à plat sur le tissu du tailleur, puis sous la jupe qui remonte facilement sur ses cuisses. Elle ne porte pas de collants, juste les bas qui s'arrêtent mi-cuisse, et le contact de ses doigts sur la peau nue au-dessus de l'élastique tire un frisson visible le long de sa colonne.

Il glisse la main entre ses cuisses. Elle est déjà humide à travers le coton du sous-vêtement, une chaleur dense, et il appuie doucement d'abord, sent la résistance du tissu et dessous la pression en retour du bassin d'Élise qui cherche sa main malgré elle.

"Regarde-moi", dit-il.

Elle avait fermé les yeux. Elle les rouvre. Ils se regardent dans le miroir craquelé, elle de dos, lui penché légèrement, et ce dédoublement a quelque chose d'étrange et de net qui amplifie tout.

Il écarte le tissu sur le côté et glisse deux doigts en elle d'un mouvement ferme, les phalanges légèrement courbées vers le haut. Elle retient son souffle une seconde entière. Ses talons s'enfoncent dans la moquette usée, ses genoux fléchissent imperceptiblement, et ses mains se referment sur les épaules de Thomas avec une force qui l'étonne elle-même.

Il commence lentement, très lentement, les deux doigts qui progressent et reviennent, les articulations travaillant contre la paroi interne avec régularité. Elle sent chaque mouvement avec une précision inhabituelle, la chaleur, la friction, la légère brûlure du plaisir qui s'accumule. Sa bouche à lui est revenue sur son cou, il mord doucement sous l'oreille, et le son de cette bouche contre sa peau se mêle au bruit humide de sa propre chair qui se soulève à sa rencontre.

Son rythme change, imperceptiblement d'abord, puis de façon plus marquée, les doigts plus profonds, le pouce qui vient chercher son clitoris par intermittence comme une note qu'il pose et reprend. Élise appuie le front contre son épaule. Sa respiration est courte, irrégulière, les mots ne lui servent plus à rien.

Il s'arrête net.

Elle relève la tête, le souffle coupé, les yeux brillants. Il retire doucement ses doigts, porte sa main à ses lèvres sans la quitter du regard, lèche ce qui reste avec une attention de dégustation.

"On est bien là", dit-il simplement.

Elle observe sa bouche une seconde, puis son visage tout entier, et quelque chose dans son expression à elle change, une décision prise en silence, le genre qui ne se reformule pas.

"Il y a une salle de projection au premier", dit-elle. Sa voix est revenue, égale, mais avec quelque chose en moins, un blindage, une couche de surface.

Il hoche la tête.

Elle rajuste son soutien-gorge, reboutonne le bas de sa veste, récupère son sac resté pendu à la poignée de la cabine. Dans le miroir, elle vérifie son chignon, qui tient encore, presque intact, et cette incongruité la fait sourire malgré elle.

Thomas le voit.

"Quoi ?" demande-t-il.

"Rien", dit-elle. Et elle sort la première dans le couloir bordeaux.

***

L'escalier qui monte à la salle de projection est étroit, la rampe en fer forgé descellée par endroits. Élise monte devant, Thomas deux marches derrière. Il voit ses jambes dans la semi-obscurité, les bas qui s'arrêtent mi-cuisse, la ligne d'ombre sous la jupe qui se déplace à chaque marche. Il pose la main sur sa hanche sans s'arrêter. Elle continue de monter.

La porte du foyer du premier est ouverte. Une pièce longue et basse, des fauteuils club en cuir craquelé rangés contre les murs, une console en formica, des affiches sous verre. Une seule applique allumée au fond, lumière jaune et faible, juste assez pour distinguer les formes. L'odeur ici est différente, moins sucrée, plus sèche, poussière ancienne et vernis écaillé.

Il y a une alcôve dans le mur du fond, entre deux armoires métalliques, un espace d'un mètre de large à peine, sans doute l'emplacement d'un ancien guichet. Une étagère en bois à mi-hauteur, des bobines vides empilées dessus.

Thomas s'arrête au milieu de la pièce. Élise fait encore deux pas, puis se retourne vers lui. Ils sont face à face dans la lumière jaune, à deux mètres de distance, et il y a quelque chose de presque formel dans cet espace entre eux, comme si la distance elle-même était une question.

Il s'avance lentement. Pas vers son visage cette fois. Il passe dans son dos, ses mains qui remontent le long de ses bras depuis les poignets jusqu'aux épaules, et sa bouche qui trouve sa nuque sous le chignon. Elle incline la tête en avant, offre son cou. Il embrasse la peau là, juste sous l'attache des cheveux, un endroit précis et sensible, et elle sent le frisson descendre jusqu'au bas de son dos.

Ses mains reviennent sur les boutons du tailleur, les reprend là où il les avait laissés. Les derniers boutons cette fois, jusqu'en bas. La veste s'ouvre complètement, il la fait glisser des épaules, la pose sur l'étagère de l'alcôve. Puis il déboutonne le haut de la jupe à la taille, une fermeture éclair sur le côté, et la jupe tombe en cercle sur la moquette.

Elle est debout en soutien-gorge et petite culotte noirs et bas, dos à lui, dans la lumière de l'applique. Il s'immobilise une seconde derrière elle, et elle entend sa respiration changer, quelque chose qui n'est pas tout à fait un soupir mais qui lui ressemble.

Ses mains descendent sur ses hanches, ses paumes épousent la courbe des fesses par-dessus le coton du sous-vêtement, puis il glisse les doigts dans l'élastique et fait descendre la culotte lentement, jusqu'aux chevilles, où elle l'enjambe sans un mot.

Il pose les deux mains à plat sur ses fesses, les doigts écartés, sent le poids et la chaleur de la chair. Il s'agenouille. Sa bouche descend le long de la colonne vertébrale, vertèbre après vertèbre, jusqu'au creux des reins. Elle s'appuie légèrement vers l'avant, les mains sur l'étagère de l'alcôve, et attend.

Sa langue descend encore. Il embrasse chaque fesse, lentement, en prenant son temps, puis il écarte doucement avec les deux pouces et pose sa bouche dans le sillon entre elles. Elle pousse un son court et net. Sa langue explore, remonte, redescend, insistante, et Élise sent ses avant-bras fléchir, ses coudes chercher l'appui de l'étagère.

Il se relève, reprend sa position debout derrière elle. Elle l'entend défaire sa ceinture, puis le froissement du tissu. Il se colle dans son dos, sa peau chaude contre la sienne, et elle sent contre ses fesses la longueur de son sexe, déjà dur, lourd, qui appuie sans insister encore.

"Penche-toi un peu", dit-il, les lèvres contre son oreille.

Elle déplace ses pieds, élargit légèrement l'écartement, et s'incline vers l'avant depuis les hanches, les avant-bras sur l'étagère, le dos à plat. Il glisse une main entre ses cuisses par devant, reprend ce qu'il avait interrompu en bas, les doigts qui cherchent et trouvent, et elle est encore plus ouverte que tout à l'heure, plus humide, le sexe gonflé qui palpite contre sa paume.

Il continue ainsi un moment, les doigts qui travaillent pendant qu'il appuie son sexe contre elle sans entrer encore. Elle commence à bouger les hanches malgré elle, un mouvement lent et régulier, son corps qui cherche une pression plus directe.

Il retire sa main. L'instant d'après il est contre elle, le gland posé à l'entrée de son sexe, et il entre d'un seul mouvement continu, lent mais sans pause, jusqu'à ce que ses hanches touchent ses fesses. Elle baisse la tête entre ses bras. L'étagère craque.

Il reste immobile une seconde, enfoncé en elle jusqu'à la base, et cette immobilité est presque pire que le mouvement, cette plénitude qui attend. Elle sent son propre cœur battre à cet endroit précis.

Puis il commence.

Lent d'abord, le retrait presque complet avant le retour, chaque poussée mesurée, les hanches qui reviennent contre ses fesses avec un bruit sourd et charnu qui se répercute dans la pièce vide. Ses mains tiennent ses hanches à deux mains, les pouces dans le creux au-dessus des fesses, et il la maintient à l'angle exact qui lui convient, sans brutalité, avec la précision de quelqu'un qui sait ce qu'il cherche.

Elle sent la profondeur à chaque retour, le frottement de sa verge contre ses parois internes, cette pression particulière qui va et vient et s'accumule. Ses bras tremblent légèrement. Elle mord l'intérieur de sa lèvre.

Le rythme s'accélère par degrés. Ses hanches à lui frappent les siennes maintenant avec régularité, le son de leurs peaux qui se rejoignent ponctue la pièce comme un battement. L'étagère craque à chaque poussée. Une bobine roule et tombe sur la moquette.

"Plus fort", dit-elle. Sa voix sort à peine, comprimée par l'effort et la position.

Il obéit. Les hanches qui claquent maintenant, les mains qui serrent davantage, et Élise pousse un son long et grave qui lui échappe complètement, qui monte depuis son ventre et sort sans filtre dans la salle vide. Il répond par un grognement sourd, accélère encore, et pendant une minute entière il n'y a plus que ce bruit, ce rythme, l'étagère qui craque, leurs respirations qui se mêlent.

Il ralentit avant qu'elle arrive. Pas pour la faire attendre, pour quelque chose d'autre.

"Retourne-toi", dit-il.

Elle se redresse, les jambes légèrement instables. Il se retire doucement. Elle se retourne face à lui dans l'alcôve, son dos contre l'étagère maintenant, et ils sont face à face dans la lumière jaune, tous deux la respiration courte, elle à moitié nue, lui debout devant elle, son sexe luisant de son humidité à elle.

Il prend son visage entre ses mains et l'embrasse. Long, lent, presque tendre. Incompatible avec ce qui vient de se passer, ou parfaitement cohérent, selon ce qu'on croit de ces choses.

"La salle de projection", dit-il contre ses lèvres.

Elle hoche la tête.

Il ramasse sa jupe sur la moquette et la lui tend.

***

La salle de projection est derrière une porte métallique au bout d'un couloir sans fenêtre. Élise connaît le chemin, elle est venue une fois pour une visite organisée par une association de quartier, il y a deux ans, avant que le cinéma commence à fermer certains soirs. Elle pousse la porte. L'odeur arrive en premier, huile de moteur, ozone, une légère acidité de pellicule ancienne.

La pièce est petite et encombrée. Le projecteur occupe le centre, une machine des années soixante-dix en métal brossé, massive et silencieuse, ses deux bobines vides comme deux yeux ronds dans l'obscurité. Une table de travail en chêne contre le mur du fond, des boîtes de pellicule empilées sur des étagères métalliques, un fauteuil pivotant en skai noir usé au dossier. Une petite fenêtre rectangulaire donne sur la salle en contrebas, le faisceau de la veilleuse de sécurité traverse le verre et trace un rectangle de lumière blanche sur le sol de la cabine.

Thomas entre derrière elle, referme la porte. Il fait le tour du projecteur, pose la main sur le métal froid de la machine comme on pose la main sur quelque chose de familier.

"Tu sais faire fonctionner ça ?" demande Élise.

"Non." Il la regarde. "Toi ?"

"Non."

Elle s'assoit sur le bord de la table de travail, les mains posées à plat de chaque côté d'elle. La jupe remonte légèrement sur ses cuisses. Elle a remis sa veste de tailleur en montant l'escalier, les boutons du bas toujours ouverts.

Thomas s'approche. Il reste debout devant elle, à hauteur de ses genoux, et commence à défaire les boutons qui restent fermés, lentement, depuis le haut. Elle ne l'aide pas et ne l'empêche pas. Le tissu s'écarte. Il sort la veste de ses épaules pour de bon cette fois, la pose sur le dossier du fauteuil. Puis il dégraffe le soutien-gorge dans son dos d'une seule main, un geste qui trahit une habitude ancienne, et le fait glisser le long de ses bras.

Elle est nue jusqu'à la taille, les bas toujours en place, assise sur la table dans la lumière rectangulaire du projecteur. Il recule d'un pas pour la regarder. Pas longtemps, juste assez pour que ce regard ait un poids.

Ses mains prennent ses seins, les deux à la fois, les paumes qui en épousent le poids, les pouces qui circulent sur les mamelons jusqu'à ce qu'ils se dressent. Elle renverse légèrement la tête en arrière, les yeux mi-clos, et laisse échapper un souffle lent par le nez.

Il l'embrasse dans le cou, descend sur sa gorge, ses clavicules, puis sa bouche prend un mamelon et le travaille avec la langue, lent et précis, avant que ses dents n'interviennent, une pression qui fait durcir sa respiration. L'autre mamelon entre ses doigts, roulé et pincé doucement, et Élise pose une main dans ses cheveux sans le guider, juste le contact.

Il remonte vers sa bouche. Elle l'embrasse en tirant sur sa chemise, la sort de son pantalon, défait les boutons depuis le bas pendant qu'il continue le haut. La chemise rejoint la veste sur le fauteuil. Elle pose les deux mains à plat sur son torse, sent les muscles sous la peau, la chaleur, un peu de transpiration dans le creux du sternum.

Il fait reculer ses hanches contre le bord de la table, la fait s'allonger progressivement sur le dos, les jambes pendant dans le vide, et remonte sa jupe jusqu'à la taille. Elle est entièrement ouverte sous lui, les cuisses écartées, et la lumière blanche de la veilleuse tombe exactement là, sans ménagement.

Il s'agenouille sur le sol devant la table.

Sa bouche trouve l'intérieur de sa cuisse gauche, remonte lentement, s'arrête juste avant, revient en arrière, recommence sur la cuisse droite. Elle connaît ce jeu et il lui coûte. Ses hanches bougent légèrement, une demande silencieuse qu'elle ne formule pas.

Il cède. Sa langue touche son sexe, d'abord à plat, un seul passage lent de bas en haut, et le son qu'Élise produit à ce contact résonne dans la petite pièce, aigu et court, comme surpris. Il recommence, plus appuyé, la langue qui s'attarde sur le clitoris, des cercles lents d'abord puis plus serrés, et ses deux mains à lui tiennent l'intérieur de ses cuisses, les pouces qui maintiennent les lèvres légèrement écartées.

Elle mouille abondamment. Il boit ce qui vient, sans ostentation, avec une application tranquille qui la rend folle plus sûrement que n'importe quelle brutalité. Deux doigts entrent en elle pendant que sa langue continue, courbés vers le haut, et le double mouvement produit une friction interne qui lui arrache un gémissement long, les reins qui se soulèvent de la table.

Il accélère. La langue plus rapide, les doigts qui s'enfoncent et reviennent avec un bruit humide et franc, et Élise pose les deux mains sur sa tête sans plus prétendre à l'indifférence, ses paumes qui appuient, ses doigts qui serrent ses cheveux. Le bord de la jouissance approche, visible, presque tactile.

Il s'arrête.

Elle laisse échapper un juron entre ses dents.

Il se relève, les lèvres luisantes, et la regarde avec une expression qui n'est pas de la cruauté mais quelque chose d'aussi net, une intention.

"Retourne-toi", dit-il.

Elle glisse de la table, se retourne, s'appuie sur les avant-bras sur la surface en chêne, le dos offert. Il la rejoint, se colle dans son dos, son sexe dur contre ses fesses, et ses mains remontent le long de ses flancs jusqu'à ses seins qu'il prend dans ses paumes.

Il frotte son sexe entre ses fesses sans entrer, un mouvement lent, la verge qui glisse dans le sillon, et elle sent le gland s'arrêter par intermittence contre son entrée, appuyer légèrement, repartir. Elle creuse les reins pour chercher ce contact.

Sa main droite quitte son sein, descend sur son ventre, entre ses cuisses, reprend le travail de sa langue, deux doigts en elle pendant que son pouce s'occupe du clitoris. Elle est dans un état de tension si complète que ses avant-bras tremblent sur la table.

"Maintenant", dit-elle. Pas une demande. Un état de fait.

Il guide son sexe et entre en elle par derrière d'un mouvement lent et continu, ses hanches contre ses fesses, sa main toujours entre ses cuisses. La pénétration dans cette position est différente, plus profonde d'une façon qui tient à la géographie des corps autant qu'à autre chose, et elle baisse la tête, le front presque sur la table.

Il reste un instant sans bouger, sa poitrine contre son dos, sa bouche contre sa nuque.

Puis il commence à bouger, les hanches qui reculent et reviennent, lent d'abord, et sa main entre ses cuisses maintient ce rythme à l'intérieur, deux temporalités qui se superposent. Elle est pleine de lui de partout à la fois, de sa chaleur dans son dos, de ses doigts, de son sexe au fond d'elle, et le plaisir n'a plus de bord précis, il occupe tout l'espace disponible.

Le rythme monte. Les poussées deviennent plus franches, la table bouge légèrement sur le sol, une boîte de pellicule tombe de l'étagère sans que ni l'un ni l'autre ne le remarque. Ses doigts sur son clitoris sont maintenant rapides et précis, sans interruption, et Élise sent la vague monter depuis ses reins, irradier vers ses cuisses et son ventre, ses mains qui se ferment sur le bord de la table.

"Ne t'arrête pas", dit-elle. Sa voix sort brisée, méconnaissable.

Il n'arrête pas. Les hanches qui frappent les siennes, les doigts qui ne cèdent pas, et la jouissance arrive enfin, longue et violente, qui secoue son bassin en vagues successives, lui arrache des sons qu'elle n'entend pas elle-même, sa gorge qui travaille toute seule pendant que ses genoux fléchissent et que seule la table la tient debout.

Il ralentit progressivement, les hanches qui continuent mollement pendant qu'elle redescend, ses doigts qui s'immobilisent mais restent en place. Sa bouche dans sa nuque, ses lèvres ouvertes sur sa peau en sueur.

Elle reste appuyée sur la table, les bras mous, la respiration qui se calme par degrés.

Quand elle se retourne, les jambes encore instables, il est debout contre la table lui aussi, son sexe encore dur et luisant. Il y a sur son visage quelque chose qu'elle n'avait pas vu avant, pas de la vulnérabilité exactement, mais quelque chose d'ouvert, une surface sans protection.

Elle pose la main sur sa joue. Lui tient le poignet sans serrer.

"Assieds-toi", dit-elle en montrant le fauteuil pivotant.

***

Il s'assoit dans le fauteuil. Le skaï craque sous son poids, le dossier penche légèrement en arrière. La lumière rectangulaire de la veilleuse tombe maintenant sur lui, sur son torse nu, sur son sexe dressé contre son ventre.

Élise reste debout devant lui. Elle fait descendre sa jupe, lentement, la fait tomber à ses pieds. Les bas, ensuite, détachés l'un après l'autre avec une économie de gestes qui n'a rien de spectaculaire et qui est pourtant difficile à ne pas regarder. Elle les roule jusqu'aux chevilles, les ôte. Elle est entièrement nue maintenant dans la petite pièce, dans la lumière blanche et froide, et elle supporte ce regard sans bouger, sans croiser les bras, sans rien faire d'autre que le laisser arriver.

Il dit son prénom. Juste son prénom.

Elle s'avance. S'agenouille devant lui sur la moquette, les genoux sur le tissu élimé, et pose les deux mains sur ses cuisses. Son sexe est à hauteur de son visage, chaud, tendu, avec cette odeur mêlée qui est la leur maintenant, à tous les deux.

Elle prend sa base entre le pouce et l'index, le tient sans serrer, et pose d'abord les lèvres sur le gland, un contact fermé, presque un baiser. Elle sent le tressaillement qui traverse ses cuisses. Elle recommence, les lèvres qui s'ouvrent légèrement cette fois, la langue qui sort et touche le dessus du gland, lente, à plat, un seul passage.

Il pose la main dans ses cheveux. Pas pour appuyer, pour sentir.

Elle prend le gland dans sa bouche, juste le gland, la langue qui tourne lentement autour, qui cherche le frein sous la couronne et s'y attarde. Il laisse échapper un son sourd, les cuisses qui se contractent légèrement sous ses paumes à elle.

Elle descend progressivement, la bouche qui s'élargit pour l'accueillir, les lèvres serrées sur la verge, et remonte en aspirant doucement, la friction humide et régulière. Sa main à la base accompagne le mouvement, monte quand sa bouche descend, descend quand elle remonte, les deux rythmes coordonnés.

Il sent bon. Elle ne s'y attendait pas non plus, ou elle ne s'était pas posé la question, et cette pensée traverse sa tête pendant qu'elle travaille, absurde et précise à la fois.

Elle accélère par degrés, les joues creuses, la gorge qui accepte davantage à chaque descente. Le bruit de sa bouche sur lui emplit la cabine, humide et franc, et sous ses paumes les cuisses de Thomas sont maintenant rigides, les tendons visibles à l'intérieur.

"Élise." Sa voix sort comprimée.

Elle lève les yeux vers lui sans s'arrêter. Ce contact, ses yeux sur les siens pendant qu'elle le prend dans sa bouche, lui coûte visiblement quelque chose, une résistance qui cède. Sa main dans ses cheveux se ferme doucement, pas pour diriger, pour se raccrocher.

Elle sent la modification dans sa chair, le gonflement supplémentaire, la légère pulsation qui commence à la base et remonte. Elle accélère encore, la main qui serre davantage, la bouche qui aspire plus fort, et sa respiration à lui devient courte, saccadée, les hanches qui poussent imperceptiblement vers elle.

Il jouit dans sa bouche avec un son qui ressemble à une chute, long et grave, les hanches qui se soulèvent du fauteuil, la main dans ses cheveux qui serre une seconde puis relâche. Elle sent le goût chaud et salé sur sa langue, avale lentement, continue le mouvement de ses lèvres pendant qu'il redescend, plus doucement, jusqu'à ce que les frémissements de ses cuisses s'arrêtent.

Elle reste agenouillée devant lui. Sa bouche se pose sur son ventre, un baiser simple, sans intention nouvelle. Il prend son visage entre ses mains et la fait relever vers lui, l'embrasse longuement sur la bouche avec ce goût qui est maintenant le leur à tous les deux, sans dégoût ni cérémonie.

Elle se lève, récupère sa jupe sur le sol. S'habille sans hâte. Il la regarde faire depuis le fauteuil, les yeux mi-clos, un bras pendant sur l'accoudoir.

Quand elle est rhabillée, elle s'assoit sur le bord de la table et croise les bras, et ils restent ainsi dans le silence de la cabine, la veilleuse qui bourdonne faiblement, la pluie qui a repris sur les toits.

"Tu viens souvent ici ?" dit-il.

"C'est la deuxième fois en deux ans."

"Pour les films ?"

"Pour l'odeur." Elle marque une pause. "Et toi ?"

"Première fois."

Il se lève, ramasse sa chemise sur le fauteuil, l'enfile sans la boutonner. Il a les cheveux dans tous les sens. Elle ne le lui dit pas.

"Il va fermer, ce cinéma", dit-elle. Ce n'est pas une question.

"Probablement."

"C'est dommage."

Il regarde autour de lui, la machine silencieuse, les boîtes de pellicule, la fenêtre rectangulaire qui donne sur la salle vide en contrebas. "Oui."

Ils descendent ensemble. Dans l'escalier elle devant, lui derrière, la main de Thomas posée brièvement sur le bas de son dos dans le couloir, un geste sans revendication. Elle récupère son manteau au vestiaire, lui le sien, et ils sortent par la porte latérale sur la ruelle.

La pluie a presque cessé. Les pavés brillent sous les réverbères, l'air sent l'asphalte mouillé et quelque chose de végétal qui vient du square au bout de la rue.

Ils s'arrêtent sur le trottoir. Face à face, manteaux boutonnés, comme deux inconnus qui viennent de rater le même bus.

"Je n'ai pas ton numéro", dit-il.

"Non."

Il attend. Elle ne sort pas son téléphone.

"C'est voulu ?" demande-t-il.

Elle regarde la rue, les reflets allongés des réverbères sur les pavés, et réfléchit à la question avec le même sérieux qu'elle mettrait à n'importe quelle autre décision. "Je ne sais pas encore", dit-elle finalement.

Il hoche la tête. Cette réponse lui suffit, ou en tout cas il ne la conteste pas.

Il part vers la gauche. Elle le regarde s'éloigner dans le manteau noir, les mains dans les poches, la démarche tranquille d'un homme qui n'a nulle part où être. À l'angle de la rue il se retourne, pas pour la saluer, juste pour voir si elle est encore là.

Elle est encore là.

Puis il tourne l'angle et disparaît, et elle reste seule sur le trottoir mouillé, son manteau fermé jusqu'au col, à regarder l'endroit où il était. L'enseigne du Chambellan clignote dans son dos, les trois lettres manquantes toujours manquantes.

Elle repart vers le métro. Dans sa tête, sans qu'elle l'ait cherché, commence à se former une question sans objet précis, une de celles qui ne se posent pas mais qui s'installent, doucement, comme de la buée sur une vitre.

Fin.

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