La passagère du bus bleu

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Histoire érotique Publiée sur HDS le 06-09-2026 dans la catégorie A dormir debout
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Temps de lecture ~ 20 minutes

Le bus est là depuis avant les cartes. Personne ne sait comment il a fini au cœur de la forêt, à deux kilomètres du chemin forestier le plus proche, enfoncé dans la terre comme s'il avait poussé là, comme une graine. La carrosserie bleue, mangée par le temps sur les flancs, garde pourtant une armature cuivrée qui brille encore par endroits, un éclat chaud et vivant qui ne s'explique pas vraiment dans la lumière filtrée des sous-bois. Des fougères ont colonisé l'intérieur. Des feuilles mortes tapissent le plancher. Les vitres ont disparu depuis longtemps, et le brouillard du matin entre librement, s'installe sur les banquettes bleues avec la familiarité d'un locataire ancien.

Mathieu l'a découvert il y a trois ans, lors d'une randonnée solitaire. Il y revient parfois, sans raison qu'il pourrait formuler, tiré par quelque chose qui ressemble à une mémoire sans souvenir précis, comme un mot qu'on a sur le bout de la langue depuis toujours.

Il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit là.

Il ne s'attendait pas non plus à avoir l'impression, en la voyant, de la reconnaître.

***

Elle est assise sur le banc du fond, les jambes croisées, les mains posées à plat sur la banquette bleue, paumes vers le bas, comme quelqu'un qui prend la mesure d'une surface, ou qui l'apaise. Une couronne de fleurs séchées dans les cheveux blonds et longs qui retombent sur ses épaules. Sa veste dorée capte le peu de lumière qui filtre entre les arbres et la redistribue différemment, plus chaude qu'elle ne devrait l'être. Sa jupe bleu sombre remonte légèrement sur ses cuisses, et elle regarde Mathieu entrer sans bouger, sans sourciller, avec la sérénité de quelqu'un qui attendait, qui sait depuis longtemps qu'il allait venir.

Il s'arrête à mi-couloir. Le plancher craque sous sa botte.

"Tu t'es perdu ?"

Sa voix est posée, légèrement amusée. Légèrement autre chose aussi, une résonance mineure qui traîne un peu après que les mots soient finis, comme si l'air à l'intérieur du bus avait une acoustique particulière.

"Non", dit-il. "Je connais cet endroit."

"Je vois."

Il avance encore d'un pas. L'odeur de la forêt est partout, la mousse humide, la terre froide, et dessous, imperceptiblement, quelque chose de plus chaud et de plus ancien, une odeur florale qui n'appartient à aucune saison précise, qui ne correspond à aucune fleur qu'il pourrait nommer. Il ne saurait pas dire si c'est un parfum ou si c'est l'air lui-même qui a changé depuis qu'elle est là.

Elle s'appelle Lena. Elle le lui dit sans qu'il ait demandé, comme si son prénom était une information pratique, utile pour la suite, mais peut-être seulement l'un de ses prénoms, ou un prénom qu'elle a choisi pour lui ce jour-là. Elle est photographe, ou elle l'était. Elle parle au présent et au passé sans distinguer entre les deux temps, comme si leur frontière ne l'intéressait pas vraiment. Elle a trouvé le bus il y a longtemps, dit-elle, très longtemps, et quand Mathieu demande combien, elle sourit sans répondre.

Il s'assoit sur le banc en face d'elle. Ils parlent peu. La forêt fait tout le bruit nécessaire.

"Tu viens souvent", dit-elle.

"Assez."

"Pourquoi ?"

Il réfléchit honnêtement. "J'aime les endroits que le temps a laissés en paix."

Elle le regarde alors avec une intensité brève, quelque chose qui ressemble à de la reconnaissance, ou à de la surprise devant une réponse juste.

"Le temps ne laisse rien en paix", dit-elle doucement. "Il laisse seulement certaines choses aller à leur propre rythme."

Il ne sait pas quoi répondre à cela. Elle sourit, la fossette à gauche, et quelque chose se déplace dans l'air entre eux, comme si une fenêtre s'était ouverte quelque part.

***

Ils sortent du bus ensemble, sans l'avoir décidé, portés par le même mouvement. Elle a laissé sa veste dorée sur la banquette bleue, et dehors, dans la lumière brumeuse de la forêt, Mathieu voit vraiment sa tenue pour la première fois : un corset de cuir qui moule sa taille, une jupe longue bleu pétrole qui frôle le sol de mousse. Un pendentif brille à la base de sa gorge, et il y a quelque chose de bizarre dans ce pendentif, quelque chose qui tourne, imperceptiblement, sans raison mécanique visible.

Elle marche devant lui sur quelques mètres, et les feuilles mortes ne craquent pas vraiment sous ses pas. Pas de la même façon, en tout cas. Un bruit plus doux, plus bref, comme si le sol la connaissait.

Il pense qu'il imagine. Il continue de regarder la courbe de ses épaules nues, la ligne de son dos que le corset dessine avec précision, et il cesse de réfléchir à ce qu'il a entendu ou cru entendre.

Elle s'arrête près d'un grand chêne dont les racines forment un siège naturel recouvert de mousse verte, presque trop parfait pour être naturel. Elle s'y appuie, se retourne.

"Tu me regardes depuis tout à l'heure."

"Oui."

"C'est bien", dit-elle simplement. "Quelquefois les gens ne voient pas."

Il ne demande pas ce qu'elle entend par là. Il s'approche, pose une main sur sa taille juste au-dessus du corset, là où le tissu de la jupe est tiède. Elle ne recule pas. Elle lève la tête vers lui avec la patience de quelqu'un qui a attendu, qui peut encore attendre, mais qui préfère que cela arrive maintenant.

Le premier baiser est long, silencieux, et au moment où leurs lèvres se touchent, Mathieu a la sensation fugace d'avoir déjà fait cela, pas dans une autre vie, plutôt dans un rêve récurrent dont il n'a jamais retenu les détails au réveil. Ses lèvres sont douces, et elle l'embrasse avec une franchise tranquille, les mains qui remontent lentement le long de ses bras.

Quand ils s'écartent, elle a les yeux mi-clos, et dans la lumière diffuse de la forêt, ses iris semblent d'une couleur légèrement différente de tout à l'heure, plus verts, ou plus dorés, difficile à fixer.

Elle prend sa main, l'entraîne vers le bus.

***

Sur la banquette du fond, la lumière dans le bus est diffuse, bleue presque, et elle ne correspond pas tout à fait à la lumière dehors, comme si l'habitacle obéissait à sa propre heure du jour. Les fougères qui poussent près des fenêtres sans vitres sont immobiles, alors que le vent dehors fait bouger les cimes.

Lena s'assoit, attire Mathieu contre elle. Il l'embrasse dans le cou, juste sous l'oreille, et elle incline la tête avec un soupir bas. Sa peau sent la forêt et quelque chose de floral qu'il n'arrive toujours pas à identifier, une odeur de saison sans saison, d'été au cœur de l'automne, de printemps dans la terre froide.

Ses mains trouvent les lacets du corset dans le dos. Il les défait lentement, et le cuir se desserre autour d'elle. Elle aide à l'ôter, et sa poitrine est là, nue dans l'air du bus, les seins ronds et lourds, les mamelons durcis. Elle a la peau très blanche, presque translucide aux endroits où les veines remontent vers la surface, et il suit une de ces lignes du bout du pouce avec quelque chose qui ressemble à de la dévotion.

Il y pose les lèvres. Elle glisse les doigts dans ses cheveux.

"Là", dit-elle, et sa voix a la même résonance basse que tout à l'heure, ce prolongement dans l'air qui n'appartient pas à une acoustique ordinaire.

Il prend le temps de tout cela, du mamelon entre ses lèvres, de la façon dont elle retient son souffle puis le relâche. Il remonte sous la jupe, le long de la cuisse. Elle ne porte rien dessous, et sa chaleur est intense, presque surprenante, comme une source dans la roche froide. Elle est déjà humide quand il la touche là, et les doigts glissent facilement, et elle laisse échapper un son bas qui fait vibrer quelque chose dans le métal du bus, très légèrement.

Il explore avec patience. Deux doigts qui séparent les lèvres, lentement, et il sent sous ses doigts la chaleur qui irradie, l'humidité qui a déjà tout préparé. Le pouce cherche, trouve le point précis où elle durcit sous la pression, une petite capsule de chair gonflée, et il s'y arrête, y revient par cercles étroits.

Elle pose son front contre son épaule. Sa respiration change de rythme, plus courte, plus haute dans la poitrine.

Il ne précipite rien. Le pouce tourne, s'attarde, varie la pression par degrés imperceptibles, et ses hanches commencent à bouger contre sa main, lentes et régulières, avec la même certitude tranquille qu'elle met dans tout ce qu'elle fait. Pas une demande. Une indication.

Il glisse un doigt à l'intérieur.

Elle retient son souffle une seconde. Il sent les muscles s'ouvrir puis se refermer, une chaleur humide et étroite qui l'accueille, qui pulse légèrement contre sa phalange comme quelque chose de vivant au sens le plus large du terme, au sens végétal, au sens de la sève dans l'aubier. Il reste immobile un instant, laisse cette chaleur l'informer, apprendre sa propre pression.

Puis il en glisse un deuxième.

Un son sort d'elle, bas, retenu, qui part du sternum. Ses ongles s'enfoncent légèrement dans son bras.

Les deux doigts bougent ensemble, d'abord en va-et-vient lent, presque imperceptible, puis en s'incurvant vers le haut, cherchant la paroi intérieure, le point où la texture change légèrement sous la pulpe des doigts. Quand il le trouve, elle lève la tête une fraction de seconde, comme surprise, avant de la laisser retomber contre son épaule.

"Continue", dit-elle, la voix légèrement plus rauque, légèrement plus basse que d'habitude, avec cette résonance particulière qui semble venir de plus loin que sa gorge.

Il continue. Le pouce sur son clitoris reprend son travail, et les doigts à l'intérieur maintiennent leur pression, leur rythme, et les deux mouvements s'accordent peu à peu dans une cadence commune. Elle est très humide maintenant, il entend sa propre main dans le silence du bus, un bruit doux et régulier qui se mêle à la respiration de Lena, au vent dehors, à rien d'autre.

Ses hanches ont accéléré sans qu'elle s'en rende compte, ou sans qu'elle cherche à contrôler cela. Elle se presse contre sa main avec une insistance croissante, et il accompagne le mouvement plutôt qu'il ne le mène, laissant son corps lui dire ce qu'il veut. Les cuisses se resserrent par intermittence sur sa main, puis s'ouvrent à nouveau, et chaque fois qu'elles se referment il sent les contractions intérieures se préciser, s'organiser.

Elle tremble par vagues courtes. Le front toujours contre son épaule, les ongles dans son bras, la respiration saccadée qui ne reprend son rythme qu'un instant avant de se briser à nouveau. Il ne s'arrête pas, ne ralentit pas, maintient exactement la même pression, le même rythme, et c'est cela qu'elle voulait, cette régularité implacable qui ne la laisse pas redescendre.

La jouissance arrive doucement d'abord, une longue vague de fond qui commence quelque part sous ses doigts et remonte, et Lena pousse un son très bref, presque rien, puis tout à coup l'arc de tension, son corps entier qui se redresse, le dos qui se cambre loin du dossier, la nuque qui se renverse en arrière, les cuisses qui se ferment sur sa main jusqu'à l'immobiliser. Les contractions autour de ses doigts sont fortes, régulières, longues, et il les compte sans le vouloir, cinq, six, sept, avant qu'elles commencent à s'espacer.

Elle retombe contre lui, la respiration longue et lente, le corps lourd et chaud, les muscles qui se relâchent un par un.

Il garde les doigts en elle encore quelques secondes, immobiles, laisse la chaleur descendre autour d'eux, puis les retire doucement. Elle frissonne une fois, brièvement, à ce retrait.

Et c'est à ce moment-là, dans le silence qui suit, que Mathieu voit, à la périphérie de son regard, les fougères à l'intérieur du bus se redresser légèrement, toutes ensemble, comme si une respiration les avait traversées de bas en haut. Pas le vent. Quelque chose de plus orienté, de plus précis, qui vient du dedans plutôt que du dehors.

Il regarde Lena. Elle a les yeux fermés, le visage lisse, la couronne de fleurs séchées intacte dans ses cheveux. Sous sa main, sur sa taille, il sent son pouls revenir à son rythme normal, lent, très lent, plus lent que n'importe quel pouls humain au sortir d'un orgasme.

Il décide, là encore, qu'il imagine.

Mais cette fois-ci, la décision lui demande un effort.

***

Elle reprend son souffle les yeux fermés, puis elle se redresse et défait son pantalon avec des gestes précis. Elle le prend dans sa main, et sa paume est chaude, d'une chaleur qui va au-delà de la simple température corporelle, quelque chose qui irradie et descend dans les muscles.

Elle glisse de la banquette, s'agenouille sur les feuilles mortes du plancher, et la scène a quelque chose d'étrange et de juste à la fois, de rituel presque, la femme aux cheveux blonds et à la couronne de fleurs séchées à genoux sur le plancher d'un bus que la forêt a recouvert comme une offrande.

Elle l'embrasse d'abord sur la cuisse intérieure, là où la peau est plus fine, presque transparente, là où le sang bat légèrement sous la surface. Ses lèvres sont chaudes, plus chaudes que l'air, et elle prend son temps sur cette peau-là, des baisers lents qui remontent par degrés vers l'aine, qui s'arrêtent juste avant, qui reviennent, comme si elle cartographiait quelque chose, comme si elle lisait.

Il retient sa respiration.

Elle ne se presse pas. Elle pose la joue contre sa cuisse une seconde, les yeux fermés, et il voit le mouvement de ses narines, l'odeur de sa peau qu'elle prend, et quelque chose dans ce geste est plus intime que tout ce qui a précédé.

Puis elle le prend entre ses lèvres.

Sa bouche est brûlante, d'une chaleur sèche et profonde qui contraste avec l'humidité de la langue, et la sensation est si nette, si immédiate, qu'il laisse échapper un son malgré lui. Il pose la main dans ses cheveux, sans forcer, juste pour sentir le mouvement, et sous ses doigts les mèches blondes ont la texture de l'herbe dans la chaleur de l'été, sèches et vivantes en même temps, légèrement électriques au toucher.

Elle commence lentement. La langue d'abord, qui trace le contour, qui s'attarde sur ce que la pression révèle, méthodique sans être mécanique. Les lèvres ensuite qui se referment et descendent, et remontent, et la chaleur de sa bouche se déplace avec elles, un mouvement de marée régulier qui a sa propre logique interne, sa propre mesure, comme quelque chose qui obéit à un rythme plus ancien que la volonté.

Il ne la guide pas. Sa main dans ses cheveux reste légère, passive, elle est là pour recevoir l'information, la cadence de la tête qui va et vient, la texture des mèches entre ses doigts. C'est tout ce qu'il peut faire. Le reste lui échappe complètement.

Elle varie la pression avec une précision qui n'a rien d'aléatoire. Quelques secondes de serrement fort, la langue qui tourne en même temps dans un mouvement contraire, puis le relâchement, les lèvres qui glissent à peine, presque rien, juste assez pour que le manque soit physiquement perceptible. Il apprend qu'il y a une différence entre le plaisir et l'attente du plaisir, et que la frontière entre les deux est l'endroit où elle opère.

Il regarde vers le bas.

Elle lève les yeux au même moment, et ils se regardent.

Ses yeux sont gris dans la lumière bleue du bus, ou verts, ou d'une couleur qui n'a pas de nom exact dans la palette ordinaire des couleurs humaines, une couleur qui change selon l'angle ou selon autre chose, quelque chose d'interne à elle. Il a renoncé à la fixer. Il la reçoit, c'est tout.

Dans ce regard, il y a quelque chose d'immense et de tranquille. Pas la tranquillité de l'indifférence, plutôt celle de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il fait et pourquoi, qui n'a pas besoin d'être rassuré sur l'effet produit parce que l'effet n'est pas la finalité. Il y a quelque chose d'ancien dans ses yeux, dans la façon dont elle le regarde depuis cette position, les lèvres autour de lui, les mains posées à plat sur ses cuisses, quelque chose qui ne correspond à aucun âge précis, qui déborde peut-être du temps compté en années.

Il soutient ce regard quelques secondes. C'est difficile. Pas parce que c'est gênant, mais parce que c'est trop, trop direct, trop chargé de quelque chose qu'il ne saurait pas nommer.

Elle reprend son mouvement, les yeux fermés maintenant, et l'intensité monte d'un cran, la bouche plus serrée, la langue plus active, un rythme qui s'accélère légèrement sans se précipiter, et sa main s'est déplacée, les doigts qui encerclent la base pendant que les lèvres travaillent la longueur, et la coordination entre les deux est parfaite, absolue, comme quelque chose d'appris sur une durée qu'on ne mesure pas en semaines ni en mois.

Il sent le plaisir monter depuis le bas du ventre, une chaleur qui remonte par paliers le long de la colonne, et sa main dans les cheveux blonds se resserre légèrement, involontairement, et il entend sa propre respiration qui change de rythme, plus courte, plus haute.

Elle s'arrête.

Nettement, sans transition, elle relève la tête et ses lèvres le libèrent avec un son très bas, presque rien. Elle reste à genoux, le regarde. Elle essuie le coin de sa bouche du dos de la main, un geste tranquille, sans hâte.

"Pas encore", dit-elle. Sa voix a la même résonance qu'au début, ce prolongement dans l'air du bus qui n'appartient pas à une acoustique ordinaire. "Pas comme ça."

Il respire fort. Il ne répond pas.

***

Elle remonte sa jupe et s'installe sur lui, les genoux de chaque côté de ses hanches, la jupe bleue étalée autour d'eux deux comme une corolle. Les fougères visibles par les fenêtres sans vitres forment un tableau derrière elle, immobiles, attentives d'une façon qui n'est pas celle des plantes ordinaires.

Elle le prend dans sa main, le guide. La chaleur de sa paume est la même que tout à l'heure, cette chaleur qui va au-delà de la simple température corporelle, et quand elle le place à l'entrée d'elle, cette chaleur-là redouble, humide et précise, et elle descend lentement.

Lentement, vraiment. Elle ne presse rien. Elle prend sa longueur par degrés, s'arrête, laisse son corps s'adapter, descend encore, et Mathieu sent chaque centimètre de serrement progressif, chaque ajustement intérieur, la chaleur qui l'enveloppe par étapes comme quelque chose qui décide de l'accueillir plutôt que de simplement le recevoir. Il pose les mains sur ses hanches sans appuyer, juste pour sentir le mouvement, pour lutter contre l’impression de tomber.

Elle s'immobilise quand elle est entièrement sur lui, les yeux fermés. Sa poitrine se soulève dans une longue inspiration, et Mathieu remarque que ses lèvres bougent légèrement, comme si elle disait quelque chose en silence, dans une langue ou dans un souffle, impossible à déchiffrer.

Dans l'air du bus, quelque chose change. Pas le vent, pas la lumière. Une pression, légèrement différente, la même sensation que quand les oreilles s'ajustent à l'altitude, ou que quand l'orage arrive sans encore se montrer. Le métal des sièges alentour semble se contracter d'un degré. Une fougère, à l'intérieur, remue sans raison.

Elle ouvre les yeux. Ils sont dorés maintenant, franchement, sans équivoque, et elle le regarde avec quelque chose qui n'est pas tout à fait du désir au sens ordinaire du terme, quelque chose de plus large, comme si le désir était le mot le plus approchant mais pas le mot exact.

Elle commence à bouger.

Les hanches qui se soulèvent et s'abaissent, un balancement d'abord très lent, presque liturgique, qui suit un rythme à elle, intérieur, non négociable. Mathieu ne bouge pas encore. Il la laisse faire, les mains toujours sur ses hanches, et il regarde, parce qu'il y a quelque chose à voir qui mérite d'être vu : le ventre qui se creuse à chaque remontée, les seins qui oscillent légèrement, la couronne de fleurs séchées dans les cheveux blonds qui captent la lumière et la redistribuent en petits éclats mouvants sur les parois bleues du bus.

Il prend les seins dans ses mains. Ils sont lourds et chauds, et elle incline la tête en arrière une seconde, les yeux refermés, quand ses pouces trouvent les mamelons. Il sent entre ses paumes les battements de son cœur, plus forts qu'ils ne devraient l'être, ou à un rythme légèrement décalé du sien, comme deux horloges dans la même pièce.

Elle accélère. Les hanches qui travaillent plus vite, plus larges, les paumes à plat sur ses épaules pour s'appuyer et prendre de l'élan, et le grincement du vieux banc de métal commence, régulier et crissant, qui s'ajoute aux sons de la forêt, au vent dans les cimes, et à autre chose encore, un bruit très bas, en dessous du grincement et du vent, presque inaudible, comme une fréquence que le corps capte avant l'oreille, comme si la terre sous le bus vibrait d'accord avec eux.

Elle émet des sons. Pas des cris. Des expirations brusques, des sons gutturaux et brefs à chaque descente, qui ont tous cette résonance particulière qu'il lui connaît maintenant, ce prolongement dans le métal et le bois du bus, dans l'air entre les arbres. Comme si l'espace autour d'eux amplifiait ce qu'elle produit, comme si la forêt l'écoutait avec une attention particulière.

Mathieu sent le plaisir monter par vagues régulières et doit résister, tenir, parce qu'il ne veut pas que cela finisse encore, parce que ce qui se passe là dépasse la mécanique du plaisir et il le sait même s'il ne pourrait pas l'expliquer. Il resserre les mains sur ses hanches, ralentit son mouvement à elle en l'ancrant, et elle comprend, accepte, adapte son rythme au sien sans résister.

Il la retourne.

Un mouvement fluide, les mains sous ses omoplates, et elle se laisse faire avec la confiance de quelqu'un qui sait ce qui vient, qui l'a peut-être déjà vécu exactement comme ça, dans un autre corps ou dans le même, dans un autre siècle ou dans celui-ci. Elle est sur le dos sur la banquette bleue, la jupe remontée jusqu'au ventre, les jambes qui s'ouvrent et se referment autour de ses hanches à lui avec une précision qui ne laisse aucun espace entre eux.

Il la re-pénètre lentement, et elle laisse échapper un son long et bas qui fait vibrer quelque chose dans le plafond du bus, un frémissement du métal, imperceptible mais réel.

Leurs visages sont proches. Elle a les yeux ouverts, grands, dorés dans la lumière diffuse, et elle ne le quitte pas du regard. Il y a dans ce regard quelque chose d'insoutenable et de magnétique, quelque chose qui fait que Mathieu ne peut pas détourner les yeux non plus, et ils restent ainsi, face à face, reliés par cet axe vertical pendant qu'il commence à bouger.

Des poussées longues d'abord, qui l'enfoncent profondément et restent là une fraction de seconde avant de se retirer presque entièrement, et elle soupire à chaque fois, les lèvres entrouvertes, les doigts qui cherchent quelque chose à saisir sur la banquette et ne trouvent que le métal froid et lisse. Puis des séquences plus courtes, plus dures, qui arrachent des sons différents, plus bruts, moins contrôlés, et dans ces moments ses yeux se ferment à demi et les muscles de son ventre se contractent visiblement.

Il varie. Il prend le temps de tout l'espace possible entre la lenteur et la vitesse, entre la profondeur et le retrait, et elle s'adapte à chaque variation avec une réactivité qui n'est pas simplement physique, qui ressemble à une écoute, comme si elle sentait son intention avant le geste.

Sa main glisse entre leurs corps. Il la sent se toucher, les doigts qui cherchent et trouvent leur propre rythme pendant qu'il continue le sien, et les deux rythmes s'accordent peu à peu, se synchronisent sans qu'ils aient besoin de se concerter.

Les contractions commencent à l'intérieur d'elle, irrégulières d'abord, de légères impulsions qui se referment brièvement autour de lui puis se relâchent. Il les sent distinctement, comme des questions posées, et il accélère légèrement en réponse, et les contractions s'organisent, se rapprochent, deviennent plus longues et plus profondes.

La main de Lena entre leurs corps s'immobilise.

Son corps entier se tend dans un arc long, les talons qui appuient dans le creux de ses reins à lui, la nuque qui s'enfonce dans la banquette, la poitrine soulevée vers lui. Elle ne fait presque aucun bruit pendant plusieurs secondes, la bouche ouverte sur un son que l'air ne porte pas encore, et puis tout se libère à la fois, un son long qui descend dans les graves, et les contractions autour de lui se succèdent par vagues puissantes et régulières, une pulsation profonde qui dure, qui dure encore, qui ne semble pas vouloir finir.

Il la tient pendant tout cela, les mains glissées sous ses hanches pour la maintenir contre lui, pour ne rien perdre de la pression, et il sent dans ses paumes les frissons qui la traversent, dos et ventre, jusqu'au bout des membres.

Il se laisse aller quelques instants plus tard, le front dans son cou, dans l'odeur florale et forestière de sa peau. La jouissance monte d'un seul mouvement, sans palier, et il s'y abandonne complètement, les mains crispées sur ses hanches, la bouche contre son épaule.

Ils restent ainsi, immobiles, la respiration qui cherche son rythme.

Et alors Mathieu entend, ou croit entendre, quelque chose très loin dans les arbres. Un soupir. Pas d'un seul arbre, pas d'un seul oiseau. Quelque chose de collectif et de lent, comme si la forêt entière avait retenu son souffle depuis le début et le relâchait enfin, comme si elle avait attendu que cela se passe ici, dans ce bus bleu au milieu de ses racines, pour reprendre son souffle normal.

Le bruit très bas cesse. Les fougères à l'intérieur du bus retombent, douces, immobiles à nouveau.

***

Ils restent allongés un moment sur la banquette, elle contre son flanc, la couronne de fleurs toujours dans ses cheveux. La lumière dans le bus a changé. Elle est dorée maintenant, oblique, une lumière de fin d'après-midi, mais Mathieu sait qu'il est arrivé le matin et qu'ils n'ont pas été là si longtemps. Pas si longtemps.

"Ce bus", dit-il après un silence. "Tu sais depuis quand il est là ?"

"Depuis avant que la route existe." Une pause. "Depuis avant la route qui a précédé celle-là."

Il demande son âge. Elle lui dit un nombre, vingt-six, et il y a quelque chose dans la façon dont elle le prononce, une légère hésitation avant, comme si elle avait dû choisir parmi plusieurs réponses possibles.

"La couronne", dit-il en désignant ses cheveux. "Tu la portais déjà quand tu es arrivée ?"

Elle touche les fleurs séchées du bout des doigts. "Elle pousse", dit-elle. "Lentement. Elle change de saison en saison."

Il regarde les fleurs. Dans la lumière dorée, il lui semble en effet en voir de nouvelles, légèrement différentes de celles qu'il a vues au début, plus fraîches peut-être, ou d'une autre espèce, impossible à dire vraiment.

***

La lumière dorée du soir tombe sur la forêt par nappes obliques, et le brouillard qui remonte du sol prend cette couleur, ambre et cuivre, comme si l'air lui-même se changeait en métal précieux. Lena se lève, remet le corset, lace les attaches avec des gestes habituels. Elle repose la veste dorée sur ses épaules et se tourne vers lui.

Mathieu est debout sur le seuil du bus. Il regarde la forêt, les arbres qui disparaissent dans le brouillard doré, les racines couvertes de mousse, le sol qui absorbe la lumière et la rend différemment. Il ne sait pas combien de temps ils ont été là. Il ne sait pas non plus tout à fait où il est, bien qu'il connaisse cet endroit, bien qu'il y soit venu des dizaines de fois.

Lena est à quelques mètres devant lui, sur le chemin qui s'enfonce entre les arbres. Un chemin qui n'existait pas quand il est arrivé ce matin.

Elle se retourne.

Les yeux sont dorés maintenant, clairement, sans ambiguïté possible, dorés comme la lumière du soir, comme les rivets du bus, comme quelque chose d'autre encore qu'il n'arrive pas à nommer.

"Viendras-tu avec moi ?"

Sa voix a la même résonance basse, mais plus forte cette fois, ou plus large, comme si elle venait de plusieurs directions à la fois, comme si les arbres la répétaient légèrement en décalé. Le brouillard doré tourbillonne doucement autour d'elle, autour de ses chevilles et de la jupe bleu pétrole, et elle attend, patiente, avec tout le temps du monde.

Le bus est là derrière lui. Le chemin est là devant.

Mathieu ne bouge pas encore. Il regarde Lena, la forêt qui s'ouvre derrière elle sur quelque chose qu'il ne peut pas voir d'ici.

Elle l’attend.



FIN

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