Le Contrat - Chapitre 18: La semaine blanche

- Par l'auteur HDS Pelec -
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Récit libertin : Le Contrat - Chapitre 18: La semaine blanche Histoire érotique Publiée sur HDS le 11-03-2026 dans la catégorie Dominants et dominés
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Le Contrat - Chapitre 18: La semaine blanche
Le premier matin, je me réveillai avec une liberté trop grande pour mon appartement.

Pas de message. Pas d’heure. Pas d’ordre. Pas de “posture”. Le silence avait perdu son propriétaire, et ça le rendait lourd. J’avais attendu ce vide comme un soulagement ; il se révéla être une pièce vide où chaque pas résonne.

Mon corps, libéré, réclama quelque chose de simple. Je le laissai faire. C’était réel, facile, sans obstacle. Et pourtant, quand ce fut fini, une pensée me mordit : le plaisir, sans cadre, avait un goût plat. Pas mauvais. Plat. Comme si mon cerveau, habitué au fil tendu, ne savait plus jouir d’une corde posée sur le sol.

Le deuxième jour, je tentai la normalité en homme : jeans, pull, baskets. Acheter du pain, marcher, respirer. Personne ne me regarda. Personne ne savait rien. Le monde fonctionnait. Ça aurait dû me calmer. Ça m’irrita.

Le troisième jour, je sortis en femme, sans qu’on m’y force, par défi envers moi-même. Pas pour provoquer les autres. Pour me provoquer, moi. La réponse ne vint pas. J’étais juste moi, au milieu des gens, et c’était précisément ça le problème : sans contrainte, sans raison imposée, mon excitation ne savait plus où s’accrocher. La liberté demandait une compétence que je ne maîtrisais pas encore : choisir sans me cacher derrière une justification.

Le quatrième jour, la preuve prit la forme la plus adulte et la plus honteusement simple : tester, sans elle.

Je ne voulais pas “remplacer” quoi que ce soit. Je voulais vérifier si mon désir existait encore hors du cadre. Je voulais une femme, dans l’espoir idiot de revenir à un axe confortable. Je voulais pouvoir me dire : voilà, c’est ça. C’était juste une parenthèse.

Plan bancal. Donc humain.

Je me changeai en homme, sobre, presque anonyme, et je marchai jusqu’au quartier où la ville change de respiration : lumières trop chaudes, bars qui sentent la bière et le parfum bon marché, portes qui s’ouvrent et se referment comme des clignements d’yeux. Un endroit où tout le monde fait semblant de ne pas voir, tout en regardant quand même.

Je ralentis. Elles étaient là, seules ou par deux, manteaux ouverts, bottes, robes qui se battent avec le froid. Certaines souriaient comme on sourit aux clients d’un magasin. D’autres avaient le visage fermé d’une journée trop longue. Je détestai immédiatement ce que je devenais en les regardant : un homme qui choisit au physique, comme on choisit un produit. Et pourtant c’était la vérité de ma démarche. Je venais mettre mon désir en vitrine, pour le regarder fonctionner.

Je la vis sous une lumière jaune, légèrement à l’écart. Elle n’était pas la plus bruyante, ni la plus provocante. Elle avait… une présence. Une silhouette fine mais pleine, une démarche sûre, des hanches qui donnaient l’impression d’un rythme même à l’arrêt. Peau dorée. Cheveux noirs tirés en arrière, lisses, brillants. Bouche dessinée, pas exagérée. Elle avait le genre de beauté qui n’a pas besoin de réclamer l’attention, parce qu’elle sait déjà qu’elle l’a.

Son regard accrocha le mien, net, sans sourire automatique. Puis elle sourit enfin, un sourire rapide, complice, comme si elle avait décidé que ça irait vite.

— Bonsoir, chéri, dit-elle, avec un léger accent chantant, brésilien peut-être, chaud comme un verre qu’on vient de rincer.

Je répondis bonsoir, trop raide. Elle posa deux doigts sur mon avant-bras, juste assez pour me faire comprendre que c’était elle qui donnait le tempo.

— Tu viens ?

Le prix tomba sans détour. Je payai. Elle rangea l’argent d’un geste net, puis elle se pencha et m’embrassa sur la joue — juste à côté des lèvres — comme une promesse courte.

— Allez. On va pas rester dans le froid.

Son studio n’était pas loin. Escalier étroit. Palier tiède. Porte discrète. À l’intérieur : lumière chaude, draps propres, odeur de savon et de linge. Ça ressemblait moins à un décor qu’à un endroit où l’on travaille sans se salir l’âme.

Elle retira son manteau, se retourna vers moi et, sans perdre une seconde, posa ses mains sur mon col comme si elle arrangeait celui d’un petit ami maladroit. Ses doigts glissèrent sur ma nuque, et elle m’embrassa franchement.

Pas un baiser romantique. Un baiser direct, sûr, qui ne demande pas la permission parce qu’il la suppose — et, dans la seconde où ma bouche répondit, j’entendis mon propre corps dire oui avant que mon cerveau ne se mette à commenter.

Elle sourit contre mes lèvres.

— Voilà… Respire.

Ses mains passèrent sous mon pull, paumes à plat sur mon torse. Elle caressa comme on teste une réaction, comme on vérifie qu’on est bien accordés. Puis elle recula d’un demi-pas, me regarda de haut en bas avec une gourmandise qui n’avait rien de cruel.

— Déshabille-toi, chéri.

Je m’exécutai, un peu trop vite. Elle attrapa mon pull, m’aida d’un geste simple, posa mes vêtements sur une chaise comme si tout ça était parfaitement normal. Puis ce fut son tour : elle fit glisser sa robe, sans théâtre, sans lenteur calculée. Elle se laissa voir.

Et c’est là que je compris.

Mon cerveau eut ce blanc bref, violent, où tout ce qu’on croyait “évident” se réorganise d’un seul coup. Je restai figé une fraction de seconde, trahi par mon visage.

Entre ses jambes, un membre long, masculin.

— T’as une bite ? m’exclamai-je dans un souffle, surpris.

Elle éclata de rire. Un rire franc, clair, presque joyeux, pas méchant, mais terriblement lucide.

— Ah !… mais tu voyais pas ? Normalement, tout le monde voit, chéri !

Elle s’approcha, posa une main sur ma joue, tapota légèrement comme pour me réveiller.

— Tu veux partir, tu pars. Pas de souci. Mais si tu restes, on s’amuse. Tu verras, c’est comme avec une femme, mais en mieux.

Le choix était là, nu, immédiat. Sans discours. Sans cadre imposé. Sans excuse possible.

Je la trouvais belle. Sa présence était chaude, sûre. Et je m’étais promis de regarder mon désir en face.

Je déglutis.

— Je reste.

Son sourire changea. Moins moqueur. Plus sérieux, comme si elle respectait enfin l’homme derrière la crispation.

— Bien.

Elle attrapa ma main et la posa sur sa hanche, comme on place quelqu’un au bon endroit.

— Alors respire. Tu penses trop. C’est pas un entretien d’embauche.

Elle me poussa doucement vers le lit. Pas une violence, une évidence. Puis elle me fit asseoir au bord du matelas et se plaça entre mes jambes, à genoux. Elle leva les yeux vers moi, et je sentis, très simplement, que là, c’était elle qui donnait le tempo. Pas une domination froide, pas une humiliation : une efficacité chaude, une assurance qui te prend en charge.

— Ne bouge pas, murmura-t-elle, sourire au coin de la bouche.

Je ne bougeai pas.

Ses mains firent glisser le tissu, débarrassèrent les obstacles comme on ouvre un paquet qu’on a envie de manger tout de suite. Elle ne cherchait pas à séduire lentement ; elle cherchait à obtenir une réaction claire. Elle me regardait pendant qu’elle s’occupait de moi, comme pour vérifier que je n’étais pas ailleurs.

Et la sensation me coupa immédiatement le souffle.

Je n’avais pas eu, depuis des jours, cette simplicité-là : une bouche chaude, une attention directe, une cadence qui se construit vite et qui te fait perdre la tête sans te demander ton avis. Je serrai les doigts sur le drap. Un son m’échappa. Elle rit, bas.

— Voilà. C’est ça. Laisse.

Elle n’en fit pas un spectacle interminable. Elle savait exactement où mener le corps, et elle y allait. Je sentis la montée arriver trop tôt, trop vite, comme si mon corps avait attendu toute la semaine derrière une porte fermée.

Elle s’arrêta juste avant que je ne bascule complètement, recula, me regarda avec une satisfaction insolente.

— Pas encore, chéri.

Le “pas encore” me rendit fou. Elle se releva, m’embrassa, puis posa deux doigts sous mon menton.

— Maintenant, c’est ton tour.

Je clignai des yeux. Mon cerveau tenta de redevenir professeur, juge, commentateur. Elle le coupa net d’un rire.

— Allez. Fais pas ton timide. Tu l’as demandé, la liberté. La liberté, ça veut dire que tu assumes.

Elle me guida, d’un geste sûr, vers elle. Pas besoin de longues explications. Elle savait ce qu’elle voulait, et elle savait comment le demander sans discours : elle me plaça, elle me fixa du regard, et ce regard disait tout.

Je m’approchai.

Je savais, dans un coin de tête, que c’était la première fois que je faisais ça “pour de vrai”. Cette pensée me traversa comme une décharge : gêne, peur de mal faire, peur d’aimer trop, peur de ce que ça dirait de moi. Elle le vit.

— Respire, chéri. Doucement. Tu me suis.

Son accent rendait l’ordre plus doux, mais c’était bien un ordre.

Je commençai. Maladroitement au début, avec cette conscience aiguë de mon propre geste. Puis elle posa sa main sur l’arrière de ma tête, pas pour m’écraser, pour me guider. Elle bougea légèrement le bassin, donna la cadence, comme une danse rapide dont elle connaissait la musique.

Et, pendant une seconde, ce fut étrangement familier. Les mêmes réflexes que lorsque Madame Stella m’avait fait “m’entraîner” sur son jouet : la prudence au début, l’attention au rythme, cette peur idiote de mal faire. Sauf qu’ici, rien n’était plastique, rien n’était neutre. Il y avait la chaleur d’une peau, une respiration qui changeait, des micro-réactions qui ne se simulent pas. À chaque variation de mon geste, elle répondait : un frisson, un soupir, une main dans mes cheveux qui ne guidait pas seulement, mais qui réagissait.

Et c’est là que je compris ce qui me manquait, jusque-là, sans pouvoir le nommer : le vivant. Le “comme” devenait “mieux”. Plus humain. Plus simple. Plus vrai.

— Oui… comme ça, souffla-t-elle, et sa voix, même un peu moqueuse, vibrait d’une satisfaction réelle.

Son souffle changea. Son corps réagit. Et cette réaction me fit basculer : je cessai de me regarder faire. Je ne cherchais plus la “preuve”. Je cherchais sa réponse. Et sa réponse venait, chaude, immédiate.

Elle laissa échapper un rire bref, presque content.

— Tu apprends vite.

Je sentis, en moi, un mélange étrange : une honte qui se dissout et une excitation qui monte. La première fois, ce n’est pas l’acte qui marque le plus ; c’est le moment où tu acceptes de ne pas être “au-dessus” de ce que tu fais. Où tu acceptes d’être un corps parmi les autres.

Elle me fit relever la tête, me prit le visage dans ses mains et m’embrassa, puis attrapa un petit emballage dans un tiroir, geste automatique, rapide, sans même y penser.

— Capote. Toujours.

Pas de débat. Pas de question. Une règle. Et cette règle, paradoxalement, rendait tout plus simple.

Elle me fit pivoter avec une assurance tranquille, comme si elle savait exactement ce qu’elle allait obtenir de moi. Je sentis sa main se poser sur ma hanche, puis plus bas, ferme, précise.

— Maintenant, tu vas être sage, chéri. Respire.

La première sensation fut un choc de chaleur et de pression, assez net pour me couper l’air. Je me raidis, puis je me forçai à obéir : souffle bas, épaules qui lâchent, ventre qui cesse de se défendre. Elle attendit une seconde. Pas par romantisme. Par intelligence. Pour que mon corps cesse de se battre contre lui-même.

— Voilà… oui.

Et là, de nouveau, cette impression de déjà-vu me traversa : la même logique que le gode-ceinture de Madame Stella. La pression qui s’impose. L’instant où le corps se crispe par réflexe. Puis cette bascule, quand on cesse de résister et qu’on laisse la sensation s’installer.

Sauf qu’ici, ce n’était pas une mécanique. C’était une cadence qui s’adaptait à mon souffle, à mes réactions, à mes limites. Elle ralentissait quand il fallait, repartait quand je suivais. Et, malgré l’absurdité de tout ce que je m’étais raconté pour venir “me prouver” quelque chose, une vérité simple s’imposa, presque insolente :

J’aimais ça.

J’avais déjà aimé l’imitation. Là, avec le réel, c’était plus net, plus chaud, plus profond dans le corps. Moins “performance”, plus sensation. Et je me surpris à la suivre sans honte, juste parce que mon corps disait oui.

— Voilà, fit-elle, satisfaite, comme si elle venait de me ramener à l’essentiel. Tu vois ? Tu sais faire.

Puis je compris ce que je n’avais jamais compris “en théorie” : il y a une différence entre imaginer et sentir. Là, tout était sensation globale. Envahissement. Rythme. Une présence derrière. Un mouvement qui s’impose. Et surtout : cette impression d’être pris en charge, porté, traversé, sans que je puisse tricher.

Je laissai échapper un son. Elle rit, franchement.

— Tu vois ? Tu survis.

Elle accéléra un peu, ralentit, changea d’angle. Elle savait exactement comment te faire perdre tes mots tout en te gardant conscient. À chaque fois que je tentais de réfléchir, le plaisir me rappelait à l’ordre.

— Ça va ? demanda-t-elle, sans s’arrêter.

Je n’aurais pas voulu lui donner ce pouvoir-là. Je le lui donnai quand même.

— Oui.

— Plus fort.

Je serrai les dents, puis je dis, plus fort :

— Oui.

Son rire éclata, presque fier, comme si elle venait de gagner une bataille contre mon orgueil.

Et puis, sans prévenir, elle s’arrêta. Net. Un cri rauque s’échappa d’elle. Elle jouissait. Puis elle se retira.

Le vide me fit presque mal.

Elle me fit me retourner, me ramena face à elle, et son regard, cette fois, n’était plus moqueur. Il était direct.

— Maintenant, c’est toi. Tu veux finir ?

Je n’avais plus de stratégie. Plus de preuve à fabriquer. Plus de masque. Il n’y avait que le corps, la chaleur, la fatigue douce dans les jambes, et une envie simple.

Elle me mit une capote, se plaça, me guida, et je pris le relais. Le rythme vint vite, parce que mon corps était déjà au bord depuis trop longtemps. Je la regardai, je la sentis réagir, et cette réaction me rendit plus animal, plus présent.

Elle murmura quelque chose en portugais, un juron léger, une phrase qui sonnait comme une bénédiction insolente. Son accent se brisa sur mon prénom — qu’elle connaissait, elle, parce qu’ici, on te demande ton prénom comme on te demande ton manteau : pour faire semblant que c’est intime.

La montée arriva, brutale de simplicité. Un point de non-retour, et puis le relâchement. Le moment où tout se vide, où la tête devient claire, où le corps cesse de lutter.

Elle resta contre moi une seconde, main sur mon ventre, comme pour m’empêcher de retomber trop vite dans mes pensées.

— Voilà, dit-elle, satisfaite.

Elle eut un petit sourire, presque tendre, mais sans mensonge.

— Tu vois ? T’es venu te prouver un truc. Et tu repars avec autre chose.

Je ris, essoufflé, incapable de répondre. Elle me tendit de l’eau. Je bus. Le monde revint par morceaux.

Je me rhabillai lentement. Elle ne joua pas “la copine” jusqu’au bout : un dernier baiser rapide, un clin d’œil, la porte.

Dehors, l’air froid me frappa comme un rappel. Et pourtant, dans ce calme nouveau, une absence restait vive. La semaine sans cage n’avait pas effacé Madame Stella. Elle avait seulement révélé ce qu’elle occupait en moi : pas seulement un désir, mais une structure. Une architecture. Une manière de tenir le monde.

Le sixième jour, aucun message. Évidemment. Je vérifiai mon téléphone quand même, comme on vérifie une porte qu’on sait fermée.

Et puis je fis quelque chose que je n’avais pas prévu : je retournai voir l’escorte de la veille.

Pas pour “me prouver” quoi que ce soit, cette fois. Au contraire. J’y allais en connaissance de cause. Pour la sentir, elle, réellement. Pour retrouver cette chaleur précise, cette présence vivante qui avait balayé mes stratégies comme on chasse de la poussière d’un revers de main.

Je pris mon temps. Je me préparai comme on se prépare à une décision, pas comme on se déguise. Sous-vêtements féminins, collants, robe sobre, perruque, maquillage léger. Une version de moi qui, au bureau, aurait déclenché une panique générale. Là, dans mon miroir, elle déclenchait autre chose : un calme nerveux, une audace presque tranquille. Je sortis ainsi, en femme, la gorge serrée et la nuque droite, comme si je portais un secret à la lumière.

Le quartier chaud m’avala dans son bruit tiède, ses vitrines, ses néons. Les regards glissèrent sur moi, puis passèrent. Et, au bout de la rue, je la revis sous la même lumière jaune.

Elle me repéra instantanément.

Son visage s’illumina d’une reconnaissance amusée. Puis elle éclata de rire, un rire franc qui n’avait rien de méchant, plutôt une joie moqueuse, comme si elle venait de surprendre une suite logique.

— Mais non… C’est toi !

Elle s’approcha, me dévisagea de haut en bas avec une gourmandise insolente, puis posa deux doigts sous mon menton, exactement comme la première fois, sauf qu’aujourd’hui c’était moi qui lui offrais l’évidence.

— Chéri… Tu reviens, et en plus tu viens comme ça ? Tu t’es fait belle pour moi ?

Je rougis. Elle rit encore, et son accent donnait à chaque syllabe une rondeur presque tendre.

— Attends… la dernière fois tu faisais une tête de poisson. Là, tu fais la tête de quelqu’un qui sait. J’adore.

Je ne trouvai rien d’intelligent à répondre. Je n’avais que la vérité.

— Je voulais… recommencer.

Elle pencha la tête, faussement sérieuse.

— Ah oui ? Et tu veux quoi, exactement, cette fois ?

Je déglutis. Je n’avais plus envie de me cacher derrière des mots propres.

— Je veux te sentir. Pour de vrai.

Son sourire s’élargit. Un sourire de prédatrice sympathique.

— Voilà. On avance.

Elle prit ma main, et sa paume chaude, sûre, me traversa comme une décharge. Elle me tira contre elle, m’embrassa sur la bouche sans préambule, comme si nous reprenions une phrase interrompue. Puis elle me guida vers l’escalier.

Dans son studio, la lumière était la même, les draps étaient propres, l’odeur de savon aussi. Sauf que, cette fois, tout avait changé : je n’étais pas là par accident. Je n’étais pas là pour sauver une image. J’étais là pour choisir.

Elle referma la porte, se retourna, et se mit à rire encore en me regardant.

— Tu sais quoi ? Je suis contente. Parce que là, tu peux pas faire semblant.

Elle posa ses mains sur mes épaules, puis descendit ses doigts le long de mes bras, comme si elle s’appropriait le tissu, la peau, le personnage que j’avais construit.

— Tourne.

Je tournai sur moi-même, docile. Elle ajusta ma perruque d’un geste expert, essuya au pouce un détail de maquillage, puis claqua doucement sa langue, satisfaite.

— Mmh. Pas mal. Vraiment pas mal.

Elle m’attira de nouveau et m’embrassa, plus lentement, plus profond, comme si elle goûtait mon courage. Sa main glissa sur ma hanche, me ramena contre elle, et je sentis mon corps répondre tout de suite, trop vite, comme si la semaine entière avait été une longue préparation.

Elle se déshabilla sans théâtre. Et moi, je ne clignai même pas. Je ne tressaillis pas. Je la regardai, simplement, avec ce mélange d’envie et de respect qu’on a quand on cesse enfin de réduire l’autre à une “preuve”.

Elle remarqua mon calme et sourit.

— Voilà. Là, t’es belle.

Puis elle me fit reculer jusqu’au lit et posa une main ferme sur mon sternum.

— À genoux, chéri.

Je m’agenouillai. Et je m’occupai d’elle. Cette fois, je ne cherchais pas à bien faire : je cherchais sa réaction. Ça change tout. Ce que j’avais appris avec Madame Stella revenait, oui — la prudence, l’attention au rythme, l’obsession de la cadence — mais ici c’était plus vivant, plus humain : la peau chaude, le souffle qui se brise, les micro-frissons qui ne se jouent pas. Elle ne “laissait” pas faire : elle répondait.

Sa main se referma dans mes cheveux, pas pour me contrôler, pour me guider. Et son accent rendait ses ordres plus insolents, presque rieurs.

— Comme ça… oui… ne t’arrête pas.

Je sentis son corps se tendre, puis se retenir. Elle n’alla pas jusqu’au bout. Elle me repoussa d’un geste bref, efficace, comme on coupe une phrase au milieu.

— Stop. Viens.

Elle me tira contre elle, m’embrassa, puis me fit pivoter. Elle prit clairement la main. Derrière moi, sa présence s’imposa avec la même logique que le gode-ceinture : pression, chaleur, l’instant où le corps veut se défendre, puis la bascule — quand on respire bas et qu’on arrête de lutter.

Sauf que là, ce n’était pas une mécanique. C’était une cadence qui s’ajustait à mon souffle. Elle ralentissait quand je me crispais, repartait quand je la suivais. Et je reconnus, avec une clarté presque humiliantement simple, que j’aimais cette sensation. Comme avec le jouet — mais mieux. Plus dense. Plus chaud. Plus vrai.

Elle ne jouit pas. Je le sentis à sa façon de garder la maîtrise, de ne pas se laisser emporter, de rester dans le travail précis du rythme. Puis elle s’arrêta net.

Le vide me fit presque mal.

Elle se pencha près de mon oreille, et elle se moqua gentiment, avec un rire franc :

— Ah… tu voulais “me sentir”, hein ? Alors recommence. Mais cette fois, tu vas me finir.

Elle me fit me retourner, me ramena devant elle, debout, si proche que je sentais sa chaleur sans même la toucher.

— À genoux, encore.

Je m’exécutai. Et je recommençai.

Cette fois, elle ne me guida pas seulement : elle se donna. Sa main dans mes cheveux se fit plus exigeante. Son souffle changea. Elle cessa de plaisanter. Et tout devint plus brutalement humain : le corps qui répond sans politesse, l’urgence qui monte, cette tension qui n’a rien de “propre” dans la tête mais qui est d’une vérité parfaite dans la peau.

— Oui… oui… comme ça…

Son bassin se figea une seconde, puis trembla. Elle étouffa un rire, pas moqueur cette fois : un rire arraché, surpris de lui-même. Et elle atteignit son pic contre ma bouche, sans détour, sans élégance inutile.

Je sentis une chaleur brève, une densité, et surtout un goût que je ne connaissais pas : amer et salé, très particulier, presque choquant parce que c’était la première fois. Mon cerveau voulut mettre un mot dessus. Mon corps, lui, comprit avant les mots. Je restai immobile une seconde, à la fois sonné et fasciné, comme si je venais de franchir une porte dont je n’avais même pas vu la poignée.

Elle me retint par les cheveux, me força à lever la tête. Ses yeux brillaient d’une satisfaction tranquille.

— Voilà, chéri. Là, tu peux pas faire semblant.

Elle me relâcha. Je respirai, lentement, encore agenouillé, la gorge chaude, la tête vide.

Elle posa une paume sur mon ventre, comme pour me ramener au monde.

— Ça va ?

— Oui, soufflai-je.

Elle rit doucement, gentiment moqueuse.

— Bien. Alors tu as ce que tu voulais.

Je me relevai, encore chaud, encore tremblant, incapable d’avoir une phrase brillante. Elle me sourit et ajouta, presque tendre dans sa moquerie :

— Et tu vois ? Tu reviens. En robe. En connaissance de cause. Tu me fais rire, chéri.

Elle me tendit de l’eau. Je refusai. Je voulais garder son goût en bouche. Le monde revint par morceaux.

En sortant, l’air froid me frappa le visage comme une gifle douce. Je descendis les marches trop vite, encore tremblant, et ce n’est qu’au premier néon du trottoir que je le compris : mon maquillage avait coulé.

Je le sentis avant de le voir, cette humidité fine au coin des yeux, ce trait qui a glissé, cette sensation poisseuse qui transforme un visage en aveu. Je passai le dos de la main sous ma joue. Noir. Un peu. Pas assez pour “tout effacer”, assez pour me trahir.

Je continuai malgré tout, la gorge encore chaude, la tête trop vide pour paniquer correctement.

Et c’est là qu’un homme s’approcha.

Soixante ans, peut-être plus. Manteau beige un peu trop grand, cheveux gris clair, démarche lente mais décidée. Il me regarda comme on regarde une option. Pas méchamment. Pire : naturellement. Il s’arrêta à un mètre, inclina la tête, sourire léger, banal.

— C’est combien, ma jolie ?

La phrase me glaça. Pas parce qu’elle était violente. Parce qu’elle était simple. Administrative. Comme s’il me demandait l’heure.

Je restai figé une seconde. Mon cerveau se mit à chercher une sortie : rire, m’excuser, fuir, faire semblant de ne pas avoir entendu. Mon corps, lui, ne savait pas quoi faire de ce nouveau rôle qu’on me collait dessus d’un regard.

Je balbutiai quelque chose. Rien de clair.

Il reprit, toujours calme, un peu plus près, comme si mon hésitation faisait partie du jeu.

— Une demi-heure ? Une heure ? Allez… dis-moi.

Je sentis mon cœur taper. Je regardai autour. Des voitures passaient, indifférentes. Deux silhouettes plus loin, une femme fuma sans lever la tête. Le quartier avalait la scène sans jugement, comme s’il avait tout vu cent fois.

Et, une fraction de seconde, une pensée bizarre me traversa : je pourrais répondre. Je pourrais inventer un prix. Je pourrais jouer. Je pourrais… continuer. Je pourrais devenir ce qu’il croit voir. Le simple fait que l’idée existe me donna la nausée et une excitation froide, en même temps. Le mélange exact que je détestais en moi.

Je déglutis. J’hésitai. Mon silence dura trop longtemps.

Puis je retrouvai enfin ma voix.

— Non, dis-je.

Trop faible. Je répétai, plus net, en reculant d’un pas :

— Non. Je… non. Vous vous trompez.

— Non ? demanda-t-il, avec un petit rire gras. Allez, tu vaux bien cent cinquante balles.

Quelque chose claqua en moi. Pas de peur. Pas de honte. Une colère sèche, immédiate, comme une gifle intérieure. “Tu vaux”. Comme si j’étais un objet dont il venait de négocier le prix.

Ma voix changea sans que je la décide. Elle tomba plus bas, plus masculine, tranchante.

— Je vaux rien du tout pour vous. Et je ne suis pas à vendre.

Il cligna des yeux. Son sourire se fissura, surpris par le timbre autant que par le refus. Il recula d’un demi-pas, comme si la scène venait de changer de catégorie.

— Ah… pardon, ma belle. Je croyais que…

Il fit un geste vague de la main, désignant mon visage, ma tenue, le maquillage qui avait coulé. Il ne termina pas sa phrase.

— Vous avez cru ce qui vous arrangeait, coupai-je. Bonne soirée.

Je ne lui laissai pas le temps de retrouver une réplique. Je tournai les talons, la gorge serrée, le maquillage qui coulait sur ma peau comme une preuve de trop, et cette certitude nouvelle qui brûlait derrière les dents : je pouvais être docile, oui. Mais je n’étais pas une marchandise.

Je portai de nouveau la main à mon visage. Noir. Un peu. Cette fois, ça ne me semblait plus un simple maquillage. C’était une frontière. Et je venais de comprendre à quel point on peut la franchir sans s’en rendre compte.

Je repris ma marche, plus vite. Et, au fond, quelque chose de plus inquiétant encore s’installait : ce n’était pas seulement Madame Stella que je n’avais pas “effacée” de ma semaine.

C’était l’idée que mon corps, mon apparence, mon rôle… pouvaient devenir, pour les autres, une évidence qu’ils achètent.

Et je ne savais pas encore si je voulais fuir ça… ou si une part de moi venait d’y goûter aussi.

Le septième jour, je préparai une tenue. Puis je la reposai. Je fis du café que je ne bus pas. Je répétai “je suis libre” comme une prière qui ne prend pas.

À vingt heures trente, je sortis.

À vingt heures quarante-cinq, je me retrouvai au bout de sa rue. Je restai à distance, comme un animal qui connaît le chemin de la main qui le nourrit, mais qui hésite à se laisser caresser.

Je regardai l’heure. 20 h 58.

Je fis un pas vers l’immeuble.

Puis je m’arrêtai.

Il n’y avait, à cet instant, qu’une respiration tenue, et une porte quelque part qui pouvait s’ouvrir… ou rester à jamais derrière moi.

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