Le Contrat - Chapitre 27: Ce qu’on déclenche
Récit érotique écrit par Pelec [→ Accès à sa fiche auteur]
Auteur homme.
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Le Contrat - Chapitre 27: Ce qu’on déclenche
« Éloïse. »
Le mot revenait chaque soir, posé dans l’air de l’appartement avec la régularité d’un métronome. Pas à chaque phrase, pas de façon ostentatoire. Juste là, de temps en temps, comme une pierre qu’on repose à la même place après l’avoir tenue dans la main. Elle l’utilisait dans des contextes ordinaires, pour donner un ordre, pour corriger une posture, pour conclure une séance. Sans appuyer dessus. Sans me regarder d’une façon particulière pour en mesurer l’effet.
— Éloïse. Dos droit.
— Éloïse. Respire.
— Éloïse. Viens.
La troisième fois que j’y avais répondu sans réfléchir, j’avais senti quelque chose se déplacer en moi, pas un effondrement, pas une capitulation, plutôt un léger déclic, comme lorsqu’un mécanisme trouve enfin la position pour laquelle il a été conçu. Je n’avais rien dit. Je n’avais pas analysé. J’avais continué, et le prénom avait continué avec moi, millimètre par millimètre, comme tout ce qu’elle faisait.
Ce glissement-là m’inquiétait. Il me fascinait aussi. Les deux ensemble, dans un espace intérieur que je n’arrivais pas encore à nommer proprement.
Au bureau, je maintenais la surface. Tenue sobre, badge, dossiers, voix tenue. Mais depuis quelques jours, il y avait cette chaise vide dans l’open space qui pesait différemment selon les heures. Le matin, je pouvais encore me raconter des explications raisonnables. Déplacement. Télétravail. Arrêt maladie. L’après-midi, les explications tenaient moins bien. Le soir, elles ne tenaient plus du tout.
Je lui avais envoyé trois messages. Rien.
Le quatrième matin, je m’arrêtai près du comptoir de Nadia en arrivant, sous prétexte de déposer un courrier interne.
— Julien n’est plus là ? dis-je, le ton aussi neutre que possible.
Nadia leva les yeux. Une fraction de seconde d’hésitation, le genre qui précède une réponse qu’on a envie d’édulcorer.
— Il a quitté l’entreprise, dit-elle. La semaine dernière.
— Ah.
— Oui.
Elle ne développa pas. Je ne demandai pas. Je repris mon chemin vers l’ascenseur avec ce mot dans la gorge : quitté. Pas absent. Pas en déplacement. Parti.
La journée passa avec cette information posée quelque part dans ma poitrine, lourde et silencieuse, comme un objet qu’on a ramassé sans savoir encore quoi en faire. Je travaillai. Je répondis aux mails. Je préparai les dossiers du lendemain. Mes mains faisaient les gestes, ma tête était ailleurs, à tourner autour d’une question que je n’arrivais pas à formuler proprement et qui pourtant revenait, insistante, à intervalles réguliers : est-ce qu’elle y était pour quelque chose ?
À seize heures trente, je vis passer Madame Stella dans le couloir vitré qui longeait l’open space. Elle allait vers la salle de réunion du fond, dossier sous le bras, démarche droite, la même ligne qu’au premier jour. Elle ne regarda pas dans ma direction.
Je posai mon stylo.
Je me levai.
Je la rattrapai dans le couloir, juste avant qu’elle n’atteigne la salle de réunion. Elle entendit mes pas et se retourna, sourcil légèrement levé, avec cet air de quelqu’un qu’on interrompt sans raison valable.
— Madame Steiner, dis-je.
Nous étions au bureau. C’était le nom qu’elle portait ici, celui qui figurait sur les plaques et les organigrammes, celui qui séparait ce couloir de son appartement du cinquième.
— Je vous écoute, dit-elle, la voix plate, professionnelle.
Je baissai légèrement la voix. Pas assez pour être théâtral, juste assez pour que la conversation reste entre nous.
— Julien a quitté l’entreprise.
— En effet.
— Est-ce que vous y êtes pour quelque chose ?
Le silence qui suivit dura exactement le temps qu’elle choisit de lui faire durer. Ni plus ni moins. Elle me regarda avec cette fixité froide qui ne cherchait ni à rassurer ni à intimider, qui constatait simplement, qui évaluait. Derrière les vitres de la salle de réunion, deux silhouettes attendaient déjà autour de la table.
— C’est une question professionnelle ou personnelle ? dit-elle enfin.
— Je ne sais pas.
Elle inclina très légèrement la tête, d’un millimètre, ce geste qui signifiait qu’elle avait enregistré quelque chose.
— Les départs font partie de la vie d’une entreprise, dit-elle. Vous avez un dossier à me remettre pour demain matin.
— Oui, Madame Steiner.
— Bien.
Elle se retourna, poussa la porte de la salle de réunion, entra. La porte se referma derrière elle avec un déclic propre, définitif, le genre qui ne laisse pas de place pour la suite.
Je restai dans le couloir une seconde, à regarder son profil derrière la vitre, déjà tourné vers les deux personnes assises, déjà dans autre chose, le dossier ouvert devant elle, la voix posée, la ligne droite. Comme si notre échange venait de ne pas avoir lieu.
Je retournai à mon poste.
Ni oui ni non. Ni confirmation ni démenti. Juste cette phrase : les départs font partie de la vie d’une entreprise. Une phrase qui pouvait vouloir dire n’importe quoi et qui, précisément parce qu’elle pouvait vouloir dire n’importe quoi, voulait dire quelque chose de précis.
Je le sus dans mes mains avant de le savoir dans ma tête : elles s’étaient mises à trembler légèrement, posées à plat sur le bureau, comme si mon corps avait compris avant moi.
Le soir, seul dans mon appartement, je ne pus pas lire. Je ne pus pas regarder l’écran. Je tournai dans les quatre pièces avec cette question qui ne se résolvait pas, qui grossissait au contraire à chaque tour, qui prenait de nouvelles formes selon l’angle depuis lequel je l’abordais.
Si elle avait fait partir Julien, c’était à cause de ce que j’avais révélé. C’était mécanique, implacable : je lui avais dit, et quelque chose s’était déclenché que je n’avais pas anticipé. J’avais cru rendre un secret, solder une dette, retrouver le cadre. Je n’avais pas pensé aux conséquences de l’autre côté. Je n’avais pas pensé à Julien.
Julien qui m’avait demandé si j’allais bien. Julien et son café, n’importe quand. Julien et son sourire maladroit dans des toilettes de bureau, ses mains qui tremblaient légèrement sur mes hanches, sa façon d’apprendre vite.
Je m’assis sur le canapé. Je fixai le mur.
Peut-être qu’elle n’y était pour rien. Peut-être que Julien avait trouvé autre chose, un autre poste, une meilleure opportunité, une raison qui n’avait rien à voir avec moi ni avec elle. Peut-être que je construisais une causalité depuis ma culpabilité parce que la culpabilité a besoin d’un objet pour exister.
Peut-être.
Mais sa réponse dans le couloir n’était pas celle de quelqu’un qui n’y était pour rien. Elle aurait pu dire non. Un mot, simple, et j’aurais eu quelque chose à quoi me raccrocher. Elle n’avait pas dit non.
Mon téléphone vibra.
Je le regardai sans le prendre pendant deux secondes. Un numéro que je connaissais, que je n’avais pas vu s’afficher depuis trop longtemps.
Julien.
Je décrochai.
Il n’y avait pas de voix. Un message, finalement, envoyé juste après la tentative d’appel manquée, comme s’il avait raccroché avant que ça ne sonne vraiment, comme s’il avait changé d’avis à mi-chemin et choisi les mots plutôt que la voix.
« Je suis parti. C’était mieux ainsi. Pour tout le monde je crois. Prends soin de toi. »
Je lus le message trois fois. Puis une quatrième, pour voir si quelque chose changeait à la quatrième lecture. Rien ne changea.
« Prends soin de toi. »
Pas d’explication. Pas d’accusation non plus, ce qui était peut-être pire. Juste cette phrase finale, polie et fermée, le genre qu’on écrit quand on a décidé de ne pas écrire ce qu’on pense vraiment.
« Pour tout le monde je crois. »
Je posai le téléphone sur la table basse, face retournée.
Dans le silence de l’appartement, la culpabilité prit sa forme définitive : pas une certitude, pas une preuve, juste cette conviction sourde et stable qu’en rendant mon secret à Madame Stella j’avais déclenché quelque chose que Julien avait payé à ma place. Que le cadre avait des bords que je n’avais pas vus parce que je regardais ailleurs. Que choisir, comme je l’avais cru faire depuis quelques semaines, ne suffisait pas à mesurer ce que les choix produisent autour de soi.
Je restai longtemps sans bouger, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains.
Éloïse, avait-elle dit ce soir-là, deux doigts sous mon menton.
Je ne savais plus très bien qui portait ce prénom. Ni ce qu’il avait coûté.
Le mot revenait chaque soir, posé dans l’air de l’appartement avec la régularité d’un métronome. Pas à chaque phrase, pas de façon ostentatoire. Juste là, de temps en temps, comme une pierre qu’on repose à la même place après l’avoir tenue dans la main. Elle l’utilisait dans des contextes ordinaires, pour donner un ordre, pour corriger une posture, pour conclure une séance. Sans appuyer dessus. Sans me regarder d’une façon particulière pour en mesurer l’effet.
— Éloïse. Dos droit.
— Éloïse. Respire.
— Éloïse. Viens.
La troisième fois que j’y avais répondu sans réfléchir, j’avais senti quelque chose se déplacer en moi, pas un effondrement, pas une capitulation, plutôt un léger déclic, comme lorsqu’un mécanisme trouve enfin la position pour laquelle il a été conçu. Je n’avais rien dit. Je n’avais pas analysé. J’avais continué, et le prénom avait continué avec moi, millimètre par millimètre, comme tout ce qu’elle faisait.
Ce glissement-là m’inquiétait. Il me fascinait aussi. Les deux ensemble, dans un espace intérieur que je n’arrivais pas encore à nommer proprement.
Au bureau, je maintenais la surface. Tenue sobre, badge, dossiers, voix tenue. Mais depuis quelques jours, il y avait cette chaise vide dans l’open space qui pesait différemment selon les heures. Le matin, je pouvais encore me raconter des explications raisonnables. Déplacement. Télétravail. Arrêt maladie. L’après-midi, les explications tenaient moins bien. Le soir, elles ne tenaient plus du tout.
Je lui avais envoyé trois messages. Rien.
Le quatrième matin, je m’arrêtai près du comptoir de Nadia en arrivant, sous prétexte de déposer un courrier interne.
— Julien n’est plus là ? dis-je, le ton aussi neutre que possible.
Nadia leva les yeux. Une fraction de seconde d’hésitation, le genre qui précède une réponse qu’on a envie d’édulcorer.
— Il a quitté l’entreprise, dit-elle. La semaine dernière.
— Ah.
— Oui.
Elle ne développa pas. Je ne demandai pas. Je repris mon chemin vers l’ascenseur avec ce mot dans la gorge : quitté. Pas absent. Pas en déplacement. Parti.
La journée passa avec cette information posée quelque part dans ma poitrine, lourde et silencieuse, comme un objet qu’on a ramassé sans savoir encore quoi en faire. Je travaillai. Je répondis aux mails. Je préparai les dossiers du lendemain. Mes mains faisaient les gestes, ma tête était ailleurs, à tourner autour d’une question que je n’arrivais pas à formuler proprement et qui pourtant revenait, insistante, à intervalles réguliers : est-ce qu’elle y était pour quelque chose ?
À seize heures trente, je vis passer Madame Stella dans le couloir vitré qui longeait l’open space. Elle allait vers la salle de réunion du fond, dossier sous le bras, démarche droite, la même ligne qu’au premier jour. Elle ne regarda pas dans ma direction.
Je posai mon stylo.
Je me levai.
Je la rattrapai dans le couloir, juste avant qu’elle n’atteigne la salle de réunion. Elle entendit mes pas et se retourna, sourcil légèrement levé, avec cet air de quelqu’un qu’on interrompt sans raison valable.
— Madame Steiner, dis-je.
Nous étions au bureau. C’était le nom qu’elle portait ici, celui qui figurait sur les plaques et les organigrammes, celui qui séparait ce couloir de son appartement du cinquième.
— Je vous écoute, dit-elle, la voix plate, professionnelle.
Je baissai légèrement la voix. Pas assez pour être théâtral, juste assez pour que la conversation reste entre nous.
— Julien a quitté l’entreprise.
— En effet.
— Est-ce que vous y êtes pour quelque chose ?
Le silence qui suivit dura exactement le temps qu’elle choisit de lui faire durer. Ni plus ni moins. Elle me regarda avec cette fixité froide qui ne cherchait ni à rassurer ni à intimider, qui constatait simplement, qui évaluait. Derrière les vitres de la salle de réunion, deux silhouettes attendaient déjà autour de la table.
— C’est une question professionnelle ou personnelle ? dit-elle enfin.
— Je ne sais pas.
Elle inclina très légèrement la tête, d’un millimètre, ce geste qui signifiait qu’elle avait enregistré quelque chose.
— Les départs font partie de la vie d’une entreprise, dit-elle. Vous avez un dossier à me remettre pour demain matin.
— Oui, Madame Steiner.
— Bien.
Elle se retourna, poussa la porte de la salle de réunion, entra. La porte se referma derrière elle avec un déclic propre, définitif, le genre qui ne laisse pas de place pour la suite.
Je restai dans le couloir une seconde, à regarder son profil derrière la vitre, déjà tourné vers les deux personnes assises, déjà dans autre chose, le dossier ouvert devant elle, la voix posée, la ligne droite. Comme si notre échange venait de ne pas avoir lieu.
Je retournai à mon poste.
Ni oui ni non. Ni confirmation ni démenti. Juste cette phrase : les départs font partie de la vie d’une entreprise. Une phrase qui pouvait vouloir dire n’importe quoi et qui, précisément parce qu’elle pouvait vouloir dire n’importe quoi, voulait dire quelque chose de précis.
Je le sus dans mes mains avant de le savoir dans ma tête : elles s’étaient mises à trembler légèrement, posées à plat sur le bureau, comme si mon corps avait compris avant moi.
Le soir, seul dans mon appartement, je ne pus pas lire. Je ne pus pas regarder l’écran. Je tournai dans les quatre pièces avec cette question qui ne se résolvait pas, qui grossissait au contraire à chaque tour, qui prenait de nouvelles formes selon l’angle depuis lequel je l’abordais.
Si elle avait fait partir Julien, c’était à cause de ce que j’avais révélé. C’était mécanique, implacable : je lui avais dit, et quelque chose s’était déclenché que je n’avais pas anticipé. J’avais cru rendre un secret, solder une dette, retrouver le cadre. Je n’avais pas pensé aux conséquences de l’autre côté. Je n’avais pas pensé à Julien.
Julien qui m’avait demandé si j’allais bien. Julien et son café, n’importe quand. Julien et son sourire maladroit dans des toilettes de bureau, ses mains qui tremblaient légèrement sur mes hanches, sa façon d’apprendre vite.
Je m’assis sur le canapé. Je fixai le mur.
Peut-être qu’elle n’y était pour rien. Peut-être que Julien avait trouvé autre chose, un autre poste, une meilleure opportunité, une raison qui n’avait rien à voir avec moi ni avec elle. Peut-être que je construisais une causalité depuis ma culpabilité parce que la culpabilité a besoin d’un objet pour exister.
Peut-être.
Mais sa réponse dans le couloir n’était pas celle de quelqu’un qui n’y était pour rien. Elle aurait pu dire non. Un mot, simple, et j’aurais eu quelque chose à quoi me raccrocher. Elle n’avait pas dit non.
Mon téléphone vibra.
Je le regardai sans le prendre pendant deux secondes. Un numéro que je connaissais, que je n’avais pas vu s’afficher depuis trop longtemps.
Julien.
Je décrochai.
Il n’y avait pas de voix. Un message, finalement, envoyé juste après la tentative d’appel manquée, comme s’il avait raccroché avant que ça ne sonne vraiment, comme s’il avait changé d’avis à mi-chemin et choisi les mots plutôt que la voix.
« Je suis parti. C’était mieux ainsi. Pour tout le monde je crois. Prends soin de toi. »
Je lus le message trois fois. Puis une quatrième, pour voir si quelque chose changeait à la quatrième lecture. Rien ne changea.
« Prends soin de toi. »
Pas d’explication. Pas d’accusation non plus, ce qui était peut-être pire. Juste cette phrase finale, polie et fermée, le genre qu’on écrit quand on a décidé de ne pas écrire ce qu’on pense vraiment.
« Pour tout le monde je crois. »
Je posai le téléphone sur la table basse, face retournée.
Dans le silence de l’appartement, la culpabilité prit sa forme définitive : pas une certitude, pas une preuve, juste cette conviction sourde et stable qu’en rendant mon secret à Madame Stella j’avais déclenché quelque chose que Julien avait payé à ma place. Que le cadre avait des bords que je n’avais pas vus parce que je regardais ailleurs. Que choisir, comme je l’avais cru faire depuis quelques semaines, ne suffisait pas à mesurer ce que les choix produisent autour de soi.
Je restai longtemps sans bouger, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains.
Éloïse, avait-elle dit ce soir-là, deux doigts sous mon menton.
Je ne savais plus très bien qui portait ce prénom. Ni ce qu’il avait coûté.
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