Une couronne pour Léandre (5 et fin)
Récit érotique écrit par Tounet39270 [→ Accès à sa fiche auteur]
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Une couronne pour Léandre (5 et fin)
Chapitre 5
Clément m’a serré contre lui, un sourire immense, ému, sur les lèvres.
Élise a hoché lentement la tête, une larme au coin de l’œil.
« Alors vous êtes exactement ce dont il a besoin. Et ce dont cette famille a besoin. Bienvenue, Léandre. Vraiment bienvenue. »
Elle s’est levée, s’est approchée, et m’a embrassé sur les deux joues, comme une mère accueille un fils.
Clément m’a enlacé plus fort, murmurant à mon oreille :
« Je t’aime. Merci d’être toi. »
Les jours suivants ont été un tourbillon.
Clément ne me lâchait plus. Partout où nous allions, sa main était dans la mienne, son bras autour de ma taille, ses lèvres sur ma tempe dès qu’il en avait l’occasion. Il ne se cachait plus. Il n’essayait même plus.
Le premier matin, il m’a fait visiter le palais comme un gamin excité :
• la grande galerie aux portraits des anciens souverains (il riait en me montrant celui où il avait douze ans et un appareil dentaire),
• la bibliothèque aux vingt mille livres,
• les écuries royales où il m’a fait monter un cheval blanc nommé Tempête,
• le jardin d’hiver rempli d’orangers, où il m’a embrassé contre une fontaine sous les yeux ébahis de deux jardiniers.
Chaque fois qu’un valet ou un garde nous croisait, Clément serrait ma main plus fort et disait simplement : « Léandre reste avec moi. » Et personne n’osait discuter.
On a quitté le palais presque tous les jours :
• une promenade incognito (enfin, presque) dans la vieille ville de Valenberg, la capitale, où il m’a acheté une écharpe aux couleurs du drapeau « pour que tu sois déjà un peu à nous »,
• un déjeuner dans une auberge de montagne où il m’a nourri de knödel au fromage en me faisant rire comme un idiot,
• une soirée sur le lac de Cristal dans un petit bateau à rames, où il a chanté faux exprès pour me faire pleurer de rire, puis m’a embrassé sous les étoiles.
Les photographes étaient là, bien sûr. D’abord à distance, puis de plus en plus près. Le troisième jour, on était en couverture de tous les journaux : « LE PRINCE HÉRITIER ET SON MYSTÉRIEUX COMPAGNON : QUI EST LÉANDRE VANCE ? » « SCANDALE AU PALAIS : CLÉMENT DE BOURGON AFFICHE SON AMANT FRANÇAIS » « VALENBOURG EN ÉMOI : L’HÉRITIER EST-IL PRÊT À RENONCER AU TRÔNE ? »
Les réseaux sociaux explosaient. Certains nous soutenaient (« enfin un prince moderne ! »), d’autres nous lynchaient (« une honte pour la couronne »). Je tremblais en lisant les titres. Clément, lui, haussait les épaules, m’embrassait devant les caméras et postait même une photo de nous deux sur le compte officiel du palais : moi riant, lui me regardant comme si j’étais le seul être au monde. Légende : « Le bonheur n’a pas besoin de protocole. »
Le roi, lui, ne décolérait pas.
Chaque soir, Clément revenait des appartements royaux le visage fermé. La dernière dispute a eu lieu le vendredi soir.
Je l’attendais dans nos appartements quand il est entré, les traits tirés, les poings serrés.
« Il m’a donné un ultimatum, » a-t-il lâché en claquant la porte. « Toi ou la couronne. Il veut que je t’éloigne. Que je trouve une fiancée “convenable” avant la fin de l’année. »
Je me suis levé, le cœur serré. « Clément… tu ne peux pas renoncer à tout ça pour moi. »
Il m’a plaqué contre le mur, ses mains encadrant mon visage, les yeux brillants de colère et d’amour.
« Écoute-moi bien, Léandre. Je me fiche du trône s’il doit être assis sur des mensonges. Je t’ai trouvé. Toi. Et je ne te lâcherai jamais. Jamais. »
Il m’a embrassé comme si c’était la dernière fois, désespéré, passionné, ses larmes se mêlant aux miennes.
Le lendemain matin, à l’aube, on a frappé à la porte. Un médecin, le visage grave.
« Votre Altesse… le roi vient de faire un second AVC. Cette fois… il n’a pas survécu. »
Clément s’est figé dans mes bras. Je l’ai senti trembler, puis s’effondrer contre moi.
Le roi Philippe-Auguste était mort. Et Clément, mon Clément, venait de devenir roi de Valenbourg.
Les jours qui ont suivi la mort du roi ont été un cauchemar éveillé.
Le palais tout entier était drapé de noir. Les cloches sonnaient sans discontinuer. Les drapeaux étaient en berne. Et Clément… Clément n’était plus le même.
Il passait ses journées en réunions interminables : Conseil de la Couronne, gouvernement, diplomates, archevêque. Il rentrait tard, costume impeccable mais les yeux vides, les traits tirés, comme si chaque heure lui volait un peu plus d’âme. Il me serrait dans ses bras la nuit, fort, presque désespéré, mais il ne parlait presque plus. Il murmurait juste : « Je ne veux pas de ça sans toi. »
Les médias, eux, ne désarmaient pas. « LE ROI CLÉMENT Ier DOIT-IL ABDIQUER POUR SON AMANT ? » « VALENBOURG AU BORD DE LA CRISE CONSTITUTIONNELLE » « UN ROI SANS REINE : LA FIN DE LA DYNASTIE ? »
Le Conseil de régence menaçait ouvertement : si Clément ne se pliait pas aux « traditions » (c’est-à-dire se marier avec une femme noble et produire un héritier dans les deux ans), ils déclencheraient une procédure d’abdication forcée au profit de son cousin Ludwig, un conservateur pur jus que Clément détestait.
Je voyais mon Clément se consumer à petit feu. Il ne dormait plus. Il ne riait plus. Il ne chantait plus faux sous la douche. Il n’était plus que devoir, couronne, protocole.
Un soir, après une énième réunion où le Conseil l’avait acculé, il est rentré dans nos appartements, a fermé la porte à clé et s’est effondré sur le canapé, la tête dans les mains.
« Ils vont me forcer, Léandre. Ils vont me forcer à choisir. »
Je me suis agenouillé devant lui, j’ai pris son visage entre mes mains.
« Tu ne peux pas abdiquer. Valenbourg a besoin de toi. Tu es le seul qui peut faire évoluer ce pays. Tu le sais. »
Il a relevé la tête, les yeux pleins de larmes.
« Je me fous de Valenbourg si tu n’es pas là. »
J’ai senti mon cœur se briser en mille morceaux.
Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. Je l’ai regardé dormir, épuisé, les traits crispés même dans le sommeil. Et j’ai pris ma décision.
Le lendemain matin, avant qu’il ne se réveille, j’ai écrit une lettre. Une seule page. Que j’ai posée sur l’oreiller à côté de lui.
« Clément,
Je t’aime plus que tout au monde. C’est pour ça que je pars.
Tu es né pour être roi. Pas juste un roi, mais un grand roi. Celui qui fera évoluer Valenbourg, qui ouvrira les portes, qui montrera que l’amour n’a pas besoin de couronne pour être légitime.
Je ne serai jamais la raison pour laquelle tu perds ça. Je ne serai jamais le poids qui t’empêche de voler.
Je rentre à Honfleur. Je ne te demande pas de me chercher. Je te demande juste de vivre. De régner. D’être heureux, même si ce n’est plus avec moi.
Tu seras toujours mon prince charmant. Celui qui s’est pris une tarte Tatin sur la tête.
Je t’aime. Pour toujours.
Léandre »
J’ai embrassé son front une dernière fois, encore endormi. J’ai pris le petit sac que j’avais préparé dans la nuit. Et je suis parti.
Dans le couloir, Élise m’attendait. Elle avait les yeux rougis. Elle m’a pris dans ses bras sans un mot, longtemps.
« Tu es courageux, » a-t-elle murmuré. « Trop courageux. »
Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas pu.
La berline m’a déposé à l’aéroport privé. Je suis monté dans le premier vol commercial pour Paris.
Et quand l’avion a décollé, j’ai pleuré en silence, la tête contre le hublot, regardant Valenbourg s’éloigner.
Pour lui. Pour qu’il devienne le roi qu’il devait être.
Même si ça signifiait que je ne serais plus à ses côtés.
Les jours se sont transformés en semaines, les semaines en deux mois interminables.
Chaque matin, je regardais mon téléphone avec l’espoir idiot d’un message. Chaque soir, l’écran restait noir. Pas un mot. Pas un appel. Rien.
Je me disais que c’était mieux comme ça. Qu’il avait compris. Qu’il était devenu roi. Et que moi, j’étais redevenu le serveur de Honfleur.
Au Coin des Artistes, c’était l’enfer doux-amer. Tout le monde me reconnaissait. Les clients me regardaient avec curiosité, pitié, ou admiration. Certains prenaient des photos discrètes. Mes collègues me posaient mille questions que je détournais avec un sourire forcé. « Alors, c’est fini avec le prince ? » « Tu vas revenir là-bas ? » « Il est beau en vrai, hein ? »
Je servais les cafés, je chantais le soir, mais ma voix sonnait faux. Je passais mes pauses à regarder les infos sur mon téléphone, le cœur serré.
Les journalistes disaient tous la même chose : « Le couronnement de Sa Majesté Clément Ier est prévu dans trois mois. » « Le roi semble changé depuis la mort de Philippe-Auguste. » « Il est plus distant, plus sombre. On ne le voit presque plus sourire. » « Aucune fiancée en vue. Le mystère reste entier. »
Je voyais les images de lui : costume noir impeccable, visage fermé, regard perdu. Il ressemblait à un roi. Mais pas à mon Clément.
Et puis, un soir de novembre, deux mois jour pour jour après mon départ.
J’étais en train de servir une table quand un homme d’une quarantaine d’années, costume élégant, accent valenbourgeois léger, s’est approché du comptoir. Il m’a regardé longuement, un sourire au coin des lèvres.
« Vous êtes bien Léandre Vance ? »
J’ai hoché la tête, méfiant.
« Je viens de Valenbourg. Vous êtes au courant de la nouvelle ? »
J’ai froncé les sourcils. « Quelle nouvelle ? »
Il a sorti son téléphone, m’a montré un article officiel du palais, daté d’hier.
« Sa Majesté Clément Ier a fait voter une réforme constitutionnelle historique, adoptée à l’unanimité par le Conseil de la Couronne. Désormais, l’héritier du trône de Valenbourg peut être de toute orientation sexuelle. Le mariage ou l’union civile avec une personne du même sexe est reconnu comme pleinement légitime pour la succession. La loi est rétroactive. »
J’ai lâché le plateau. Les tasses se sont brisées au sol.
L’homme a souri plus largement.
« Il l’a fait pour vous, vous savez. Il a dit devant tout le pays : “Je ne serai roi que si je peux l’être en étant moi-même.” Et il a gagné. »
J’ai senti mes jambes trembler. Les larmes sont montées toutes seules.
Mon téléphone est resté silencieux dans ma poche. Aucun message. Aucun appel.
Juste cette loi. Juste cette phrase, gravée dans le marbre de Valenbourg.
Et pour la première fois depuis deux mois, j’ai compris qu’il ne m’avait pas oublié.
Il avait changé le monde. Pour nous.
Les jours suivants l’annonce de la réforme ont été un mélange de chaos et de vide. Les médias français s’étaient emparés de l’histoire : « LE PRINCE DE VALENBOURG RÉFORME LA SUCCESSION POUR SON AMOUR FRANÇAIS » « LÉANDRE VANCE : LE SERVITEUR QUI A CHANGÉ UNE COURONNE » Je me cachais derrière mon tablier, servant les cafés avec un sourire forcé, ignorant les clients qui murmuraient ou prenaient des photos. Mes collègues essayaient de me protéger, mais c’était peine perdue. Chaque soir, je rentrais chez moi, fixais mon téléphone silencieux, et me demandais si j’avais fait le bon choix.
Puis, un soir pluvieux, trois jours après l’article, la porte du Coin des Artistes s’est ouverte avec son tintement habituel. Je levais la tête pour accueillir le client quand je l’ai vu.
Clément.
Pas en costume princier, mais en jean sombre, pull noir, casquette basse sur les yeux. Deux gardes du corps discrets derrière lui, mais c’était lui. Mon Clément.
Il a balayé la salle d’un regard, m’a vu, et son visage s’est illuminé d’un sourire qui m’a transpercé le cœur.
Les clients ont commencé à murmurer, les téléphones à sortir. Il s’est dirigé droit vers le comptoir, ignorant tout, et avant que je puisse dire un mot, il a sauté par-dessus, m’a attrapé par la taille et m’a embrassé.
Un baiser vorace, désespéré, comme si deux mois de manque explosaient d’un coup. Ses lèvres ont écrasé les miennes, sa langue envahissant ma bouche avec urgence, ses mains glissant sous mon tablier pour me plaquer contre lui. Je sentais son corps dur, chaud, son sexe déjà tendu contre mon ventre à travers le tissu. J’ai gémi dans sa bouche, mes doigts agrippés à son pull, oubliant le monde autour.
Les clients ont hoqueté, applaudi, filmé. Mon patron, Marcel, est sorti de la cuisine, bouche bée.
Clément s’est écarté juste assez pour murmurer contre mes lèvres : « Tu m’as manqué. Plus que tout. »
Puis, sans me lâcher, il s’est tourné vers Marcel (mon patron).
« Léandre ne reviendra plus travailler ici. C’est officiel. Envoyez-moi la facture pour son préavis ou ce que vous voulez. Il part avec moi. Maintenant. »
Marcel a bafouillé un « Bien sûr, Votre… euh… Majesté », et Clément l’a remercié d’un hochement de tête.
Il m’a pris la main et m’a entraîné vers la sortie, sous les applaudissements et les flashs. Les gardes du corps ont ouvert la voie jusqu’à la berline.
Dans la voiture, à peine la portière fermée, il m’a poussé sur la banquette arrière, s’allongeant sur moi. Ses mains partout : arrachant mon tablier, déboutonnant ma chemise, descendant mon jean en un geste fébrile. Je faisais pareil, tirant sur son pull pour révéler son torse pâle, musclé, cette cicatrice que j’aimais tant. On était nus en quelques secondes, la vitre fumée nous isolant du monde.
« Putain, tu m’as manqué », a-t-il grogné contre mon cou, mordillant la peau, descendant sur mon torse pour sucer mes tétons, les pinçant entre ses dents jusqu’à ce que je crie. Ses mains ont glissé sur mes hanches, m’écartant les cuisses pour se placer entre elles. Son sexe était dur, brûlant contre le mien, frottant l’un contre l’autre en mouvements lents, torturants.
Je l’ai attrapé, l’ai caressé fermement, sentant les veines pulser sous mes doigts, le gland luisant de précum. Il a gémi mon nom, a craché dans sa main pour l’humidifier, puis a guidé son sexe vers mon entrée. Il a poussé doucement d’abord, le gland forçant le passage, l’étirement brûlant me faisant haleter. Puis d’un coup plus ferme, il s’est enfoncé jusqu’à la garde, ses couilles contre mes fesses.
« Oh merde… tellement serré… » a-t-il murmuré, immobile un instant pour me laisser m’habituer. Puis il a commencé à bouger : lents au début, profonds, sortant presque entièrement avant de replonger. Ses couilles tapaient rythmiquement contre mes fesses, un bruit humide et obscène qui remplissait la voiture. J’ai enroulé mes jambes autour de sa taille, mes ongles dans son dos, laissant des marques rouges.
Il a accéléré, ses coups de reins plus rapides, plus durs, me pilonnant sans merci. On a changé de position : il m’a fait asseoir sur lui, chevauchant son sexe, contrôlant le rythme. Ses mains sur mes hanches, me guidant de haut en bas, ses couilles claquant contre mes fesses à chaque descente. Puis à quatre pattes sur la banquette, lui derrière moi, me prenant avec force, une main dans mes cheveux pour tirer ma tête en arrière, l’autre caressant mon sexe dur.
Au bout de vingt minutes de sueur, de gémissements, de corps claquant l’un contre l’autre, l’orgasme est monté. Clément s’est retiré, s’est agenouillé au-dessus de moi, se caressant rapidement. Il a joui en longs jets chauds sur mon torse, mon ventre, mon sexe, grognant mon nom comme une prière.
On s’est effondrés l’un sur l’autre, essoufflés, collants de sueur et de sperme, riant doucement dans le cou l’un de l’autre.
« Ne me quitte plus jamais », a-t-il murmuré.
« Jamais », ai-je promis.
La berline roulait toujours, vers l’aéroport, vers Valenbourg. Vers notre avenir.
Trois mois plus tard, le grand jour.
Le ciel de Valenbourg était d’un bleu presque irréel, le soleil faisait scintiller les dorures du palais et les vitraux de la cathédrale Saint-Walburge. Toute la principauté s’était arrêtée. Les rues étaient noires de monde, les drapeaux bleus et or flottaient partout, les cloches sonnaient à la volée.
Et moi, j’étais là.
Dans une loge privée de la cathédrale, vêtu d’un costume sur mesure gris perle conçu par le tailleur royal, le cœur battant si fort que je croyais qu’on l’entendait dans toute la nef. Élise, à côté de moi, m’a serré la main. « Respire, mon garçon. Tu es magnifique. »
La musique a commencé. L’orgue a rugi. Et Clément est entré.
En grand uniforme de cérémonie : habit bleu nuit, écharpe bleu roi, médailles, épée au côté. Mais quand il a levé les yeux vers la loge, il n’y avait plus de protocole. Il m’a souri. Juste à moi. Et j’ai su que tout était à sa place.
La cérémonie a été longue et solennelle : l’archevêque, les vœux, la couronne posée sur sa tête (lourde, ancienne, incrustée de saphirs), le serment au peuple, les acclamations qui ont fait trembler les vitraux.
« Vive le roi Clément Ier ! »
Puis, quand tout le monde croyait que c’était fini, Clément s’est tourné vers l’assemblée, a pris le micro, et a parlé d’une voix claire qui a résonné dans toute la cathédrale :
« Aujourd’hui, je ne suis pas seulement couronné roi. Aujourd’hui, je deviens aussi l’homme le plus heureux du monde. »
Il a levé la main vers la loge. « Léandre Vance, viens. »
Un murmure immense a traversé la nef. Les caméras du monde entier se sont braquées sur moi.
Élise m’a poussé doucement. « Va, mon fils. »
Je suis descendu, les jambes tremblantes, jusqu’à l’autel. Clément m’attendait, la couronne sur la tête, les yeux brillants.
Il a pris mes mains devant des milliers de personnes, devant les caméras, devant l’Histoire.
« Léandre, » a-t-il dit, la voix forte pour que tout le monde entende, « veux-tu m’épouser ? Pas comme prince consort, pas comme favori. Comme mon égal. Mon mari. Mon roi. »
Un silence total. Puis j’ai souri, les larmes aux yeux.
« Oui. Mille fois oui. »
Il m’a embrassé. Un baiser long, profond, passionné, devant le monde entier. Les applaudissements ont explosé. Certains pleuraient. D’autres criaient de joie. Les cloches ont redoublé.
Le soir même, dans la grande salle du trône transformée en salle de bal, on s’est mariés. Pas de cérémonie religieuse supplémentaire : juste nous deux, les anneaux, les vœux, et Élise qui nous a unis au nom de la nouvelle loi qu’il avait fait passer.
Il m’a passé l’anneau, simple, en or blanc et saphir.
« Avec cet anneau, je te donne tout : ma couronne, mon cœur, ma vie. »
J’ai fait de même.
« Avec cet anneau, je te donne tout : ma voix, mes chansons, mon amour. Pour toujours. »
Et quand le maître de cérémonie a prononcé :
« Je vous déclare mariés, Sa Majesté le roi Clément Ier et Son Altesse royale le prince Léandre, époux du roi. »
Clément m’a pris dans ses bras, m’a fait tourner sous les lustres, et m’a embrassé encore, sous les feux d’artifice qui explosaient dans le ciel de Valenbourg.
Cette nuit-là, dans la chambre royale, il m’a déshabillé lentement, m’a porté jusqu’au lit à baldaquin, et m’a fait l’amour comme un roi fait l’amour à son roi : lentement, profondément, passionnément, jusqu’à ce qu’on s’effondre, couronne de travers, anneaux aux doigts, et qu’il murmure contre ma peau :
« Maintenant, c’est officiel. Tu es à moi. Et je suis à toi. Pour toujours. »
Et dehors, tout Valenbourg dansait. Parce que pour la première fois de son histoire, le royaume avait deux rois. Et qu’ils s’aimaient.
Epilogue
C’est un soir de juin, tiède et doré, exactement comme celui où tout a commencé.
Le palais est silencieux. Les gardes savent qu’à cette heure-ci, le roi et son époux ne veulent personne.
Je suis sur la grande terrasse qui domine le lac de Cristal, là où Clément m’avait emmené en secret la première nuit, pour me montrer les étoiles comme un gamin émerveillé.
Dix ans ont passé. Quelques fils d’argent dans ses cheveux blonds, des rides légères au coin des yeux quand il sourit. Et pourtant, quand il me regarde, il a toujours vingt-neuf ans, une trace de caramel sur le front et un rire dans la gorge.
Il arrive derrière moi, pieds nus sur les dalles tièdes, et passe ses bras autour de ma taille. Il n’a plus besoin de dire « je t’aime ». Son corps le dit à chaque respiration.
« Tu te souviens ? » murmure-t-il contre mon oreille.
Je tourne la tête, effleure ses lèvres.
« De chaque seconde. »
Il sort de sa poche une petite boîte usée, en velours bleu nuit. Je la reconnais aussitôt : celle de nos alliances du couronnement.
Il l’ouvre. À l’intérieur, deux anneaux neufs, plus simples, en or mat, gravés à l’intérieur :
Clément & Léandre
Tarte Tatin – 06 juin 2015
Pour toujours
Il prend ma main gauche, retire l’ancienne alliance – celle qui a traversé les tempêtes, les réformes, les nuits blanches, les matins de miel, les disputes et les réconciliations – et glisse la nouvelle.
« Dix ans aujourd’hui », dit-il, la voix tremblante. « Dix ans que tu as renversé une tarte sur la tête d’un prince. Dix ans que tu m’as appris que je pouvais être un homme avant d’être un roi. Dix ans que je me réveille à côté de toi et que je remercie le ciel d’avoir glissé sur cette flaque. »
Les larmes me montent, brûlantes.
« Dix ans que tu m’as donné un royaume », je réponds. « Et que tu m’as appris que le vrai trône, c’était ton cœur. »
Il pose son front contre le mien.
« Je ne serai jamais assez riche, assez puissant, assez roi pour mériter ce que tu m’as donné, Léandre. Mais je passerai le reste de ma vie à essayer. Chaque jour. Chaque baiser. Chaque regard. »
Je l’embrasse, lentement, profondément, comme la première fois. Comme la dernière fois. Comme toutes les fois.
En bas, sur le lac, Élise est assise sur un banc, un livre à la main, un sourire paisible aux lèvres. Elle lève les yeux vers nous, nous voit enlacés, et hoche la tête avec cette tendresse de mère qui sait que son fils a trouvé sa maison.
Le vent porte jusqu’à nous le son lointain d’une guitare : c’est moi, il y a dix ans, chantant Vagues de Minuit pour un inconnu qui allait changer ma vie.
Clément me prend dans ses bras, me soulève comme le premier soir, et me porte jusqu’au petit salon bleu, celui où sa mère m’avait accueilli comme un fils.
Il me dépose sur le canapé, s’allonge sur moi, et murmure contre mes lèvres, les yeux pleins de larmes :
« Merci d’avoir renversé cette tarte. Merci d’être resté. Merci d’être mon seul et unique royaume. »
Je pleure.
Il pleure.
Et on s’embrasse, lentement, tendrement, comme si le temps s’était arrêté.
Dehors, le soleil se couche sur Valenbourg, sur un pays qui a appris l’amour. Dedans, deux hommes, deux cœurs, une seule vie.
Et dans la boîte ouverte sur la table, les vieilles alliances brillent encore, témoins muets du plus beau des contes de fées : celui où le serveur a épousé le roi, et où ils vécurent heureux, seuls tous les deux, mais plus jamais seuls, pour toujours et bien au-delà.
Fin.
Clément m’a serré contre lui, un sourire immense, ému, sur les lèvres.
Élise a hoché lentement la tête, une larme au coin de l’œil.
« Alors vous êtes exactement ce dont il a besoin. Et ce dont cette famille a besoin. Bienvenue, Léandre. Vraiment bienvenue. »
Elle s’est levée, s’est approchée, et m’a embrassé sur les deux joues, comme une mère accueille un fils.
Clément m’a enlacé plus fort, murmurant à mon oreille :
« Je t’aime. Merci d’être toi. »
Les jours suivants ont été un tourbillon.
Clément ne me lâchait plus. Partout où nous allions, sa main était dans la mienne, son bras autour de ma taille, ses lèvres sur ma tempe dès qu’il en avait l’occasion. Il ne se cachait plus. Il n’essayait même plus.
Le premier matin, il m’a fait visiter le palais comme un gamin excité :
• la grande galerie aux portraits des anciens souverains (il riait en me montrant celui où il avait douze ans et un appareil dentaire),
• la bibliothèque aux vingt mille livres,
• les écuries royales où il m’a fait monter un cheval blanc nommé Tempête,
• le jardin d’hiver rempli d’orangers, où il m’a embrassé contre une fontaine sous les yeux ébahis de deux jardiniers.
Chaque fois qu’un valet ou un garde nous croisait, Clément serrait ma main plus fort et disait simplement : « Léandre reste avec moi. » Et personne n’osait discuter.
On a quitté le palais presque tous les jours :
• une promenade incognito (enfin, presque) dans la vieille ville de Valenberg, la capitale, où il m’a acheté une écharpe aux couleurs du drapeau « pour que tu sois déjà un peu à nous »,
• un déjeuner dans une auberge de montagne où il m’a nourri de knödel au fromage en me faisant rire comme un idiot,
• une soirée sur le lac de Cristal dans un petit bateau à rames, où il a chanté faux exprès pour me faire pleurer de rire, puis m’a embrassé sous les étoiles.
Les photographes étaient là, bien sûr. D’abord à distance, puis de plus en plus près. Le troisième jour, on était en couverture de tous les journaux : « LE PRINCE HÉRITIER ET SON MYSTÉRIEUX COMPAGNON : QUI EST LÉANDRE VANCE ? » « SCANDALE AU PALAIS : CLÉMENT DE BOURGON AFFICHE SON AMANT FRANÇAIS » « VALENBOURG EN ÉMOI : L’HÉRITIER EST-IL PRÊT À RENONCER AU TRÔNE ? »
Les réseaux sociaux explosaient. Certains nous soutenaient (« enfin un prince moderne ! »), d’autres nous lynchaient (« une honte pour la couronne »). Je tremblais en lisant les titres. Clément, lui, haussait les épaules, m’embrassait devant les caméras et postait même une photo de nous deux sur le compte officiel du palais : moi riant, lui me regardant comme si j’étais le seul être au monde. Légende : « Le bonheur n’a pas besoin de protocole. »
Le roi, lui, ne décolérait pas.
Chaque soir, Clément revenait des appartements royaux le visage fermé. La dernière dispute a eu lieu le vendredi soir.
Je l’attendais dans nos appartements quand il est entré, les traits tirés, les poings serrés.
« Il m’a donné un ultimatum, » a-t-il lâché en claquant la porte. « Toi ou la couronne. Il veut que je t’éloigne. Que je trouve une fiancée “convenable” avant la fin de l’année. »
Je me suis levé, le cœur serré. « Clément… tu ne peux pas renoncer à tout ça pour moi. »
Il m’a plaqué contre le mur, ses mains encadrant mon visage, les yeux brillants de colère et d’amour.
« Écoute-moi bien, Léandre. Je me fiche du trône s’il doit être assis sur des mensonges. Je t’ai trouvé. Toi. Et je ne te lâcherai jamais. Jamais. »
Il m’a embrassé comme si c’était la dernière fois, désespéré, passionné, ses larmes se mêlant aux miennes.
Le lendemain matin, à l’aube, on a frappé à la porte. Un médecin, le visage grave.
« Votre Altesse… le roi vient de faire un second AVC. Cette fois… il n’a pas survécu. »
Clément s’est figé dans mes bras. Je l’ai senti trembler, puis s’effondrer contre moi.
Le roi Philippe-Auguste était mort. Et Clément, mon Clément, venait de devenir roi de Valenbourg.
Les jours qui ont suivi la mort du roi ont été un cauchemar éveillé.
Le palais tout entier était drapé de noir. Les cloches sonnaient sans discontinuer. Les drapeaux étaient en berne. Et Clément… Clément n’était plus le même.
Il passait ses journées en réunions interminables : Conseil de la Couronne, gouvernement, diplomates, archevêque. Il rentrait tard, costume impeccable mais les yeux vides, les traits tirés, comme si chaque heure lui volait un peu plus d’âme. Il me serrait dans ses bras la nuit, fort, presque désespéré, mais il ne parlait presque plus. Il murmurait juste : « Je ne veux pas de ça sans toi. »
Les médias, eux, ne désarmaient pas. « LE ROI CLÉMENT Ier DOIT-IL ABDIQUER POUR SON AMANT ? » « VALENBOURG AU BORD DE LA CRISE CONSTITUTIONNELLE » « UN ROI SANS REINE : LA FIN DE LA DYNASTIE ? »
Le Conseil de régence menaçait ouvertement : si Clément ne se pliait pas aux « traditions » (c’est-à-dire se marier avec une femme noble et produire un héritier dans les deux ans), ils déclencheraient une procédure d’abdication forcée au profit de son cousin Ludwig, un conservateur pur jus que Clément détestait.
Je voyais mon Clément se consumer à petit feu. Il ne dormait plus. Il ne riait plus. Il ne chantait plus faux sous la douche. Il n’était plus que devoir, couronne, protocole.
Un soir, après une énième réunion où le Conseil l’avait acculé, il est rentré dans nos appartements, a fermé la porte à clé et s’est effondré sur le canapé, la tête dans les mains.
« Ils vont me forcer, Léandre. Ils vont me forcer à choisir. »
Je me suis agenouillé devant lui, j’ai pris son visage entre mes mains.
« Tu ne peux pas abdiquer. Valenbourg a besoin de toi. Tu es le seul qui peut faire évoluer ce pays. Tu le sais. »
Il a relevé la tête, les yeux pleins de larmes.
« Je me fous de Valenbourg si tu n’es pas là. »
J’ai senti mon cœur se briser en mille morceaux.
Cette nuit-là, je n’ai pas dormi. Je l’ai regardé dormir, épuisé, les traits crispés même dans le sommeil. Et j’ai pris ma décision.
Le lendemain matin, avant qu’il ne se réveille, j’ai écrit une lettre. Une seule page. Que j’ai posée sur l’oreiller à côté de lui.
« Clément,
Je t’aime plus que tout au monde. C’est pour ça que je pars.
Tu es né pour être roi. Pas juste un roi, mais un grand roi. Celui qui fera évoluer Valenbourg, qui ouvrira les portes, qui montrera que l’amour n’a pas besoin de couronne pour être légitime.
Je ne serai jamais la raison pour laquelle tu perds ça. Je ne serai jamais le poids qui t’empêche de voler.
Je rentre à Honfleur. Je ne te demande pas de me chercher. Je te demande juste de vivre. De régner. D’être heureux, même si ce n’est plus avec moi.
Tu seras toujours mon prince charmant. Celui qui s’est pris une tarte Tatin sur la tête.
Je t’aime. Pour toujours.
Léandre »
J’ai embrassé son front une dernière fois, encore endormi. J’ai pris le petit sac que j’avais préparé dans la nuit. Et je suis parti.
Dans le couloir, Élise m’attendait. Elle avait les yeux rougis. Elle m’a pris dans ses bras sans un mot, longtemps.
« Tu es courageux, » a-t-elle murmuré. « Trop courageux. »
Je n’ai pas répondu. Je n’ai pas pu.
La berline m’a déposé à l’aéroport privé. Je suis monté dans le premier vol commercial pour Paris.
Et quand l’avion a décollé, j’ai pleuré en silence, la tête contre le hublot, regardant Valenbourg s’éloigner.
Pour lui. Pour qu’il devienne le roi qu’il devait être.
Même si ça signifiait que je ne serais plus à ses côtés.
Les jours se sont transformés en semaines, les semaines en deux mois interminables.
Chaque matin, je regardais mon téléphone avec l’espoir idiot d’un message. Chaque soir, l’écran restait noir. Pas un mot. Pas un appel. Rien.
Je me disais que c’était mieux comme ça. Qu’il avait compris. Qu’il était devenu roi. Et que moi, j’étais redevenu le serveur de Honfleur.
Au Coin des Artistes, c’était l’enfer doux-amer. Tout le monde me reconnaissait. Les clients me regardaient avec curiosité, pitié, ou admiration. Certains prenaient des photos discrètes. Mes collègues me posaient mille questions que je détournais avec un sourire forcé. « Alors, c’est fini avec le prince ? » « Tu vas revenir là-bas ? » « Il est beau en vrai, hein ? »
Je servais les cafés, je chantais le soir, mais ma voix sonnait faux. Je passais mes pauses à regarder les infos sur mon téléphone, le cœur serré.
Les journalistes disaient tous la même chose : « Le couronnement de Sa Majesté Clément Ier est prévu dans trois mois. » « Le roi semble changé depuis la mort de Philippe-Auguste. » « Il est plus distant, plus sombre. On ne le voit presque plus sourire. » « Aucune fiancée en vue. Le mystère reste entier. »
Je voyais les images de lui : costume noir impeccable, visage fermé, regard perdu. Il ressemblait à un roi. Mais pas à mon Clément.
Et puis, un soir de novembre, deux mois jour pour jour après mon départ.
J’étais en train de servir une table quand un homme d’une quarantaine d’années, costume élégant, accent valenbourgeois léger, s’est approché du comptoir. Il m’a regardé longuement, un sourire au coin des lèvres.
« Vous êtes bien Léandre Vance ? »
J’ai hoché la tête, méfiant.
« Je viens de Valenbourg. Vous êtes au courant de la nouvelle ? »
J’ai froncé les sourcils. « Quelle nouvelle ? »
Il a sorti son téléphone, m’a montré un article officiel du palais, daté d’hier.
« Sa Majesté Clément Ier a fait voter une réforme constitutionnelle historique, adoptée à l’unanimité par le Conseil de la Couronne. Désormais, l’héritier du trône de Valenbourg peut être de toute orientation sexuelle. Le mariage ou l’union civile avec une personne du même sexe est reconnu comme pleinement légitime pour la succession. La loi est rétroactive. »
J’ai lâché le plateau. Les tasses se sont brisées au sol.
L’homme a souri plus largement.
« Il l’a fait pour vous, vous savez. Il a dit devant tout le pays : “Je ne serai roi que si je peux l’être en étant moi-même.” Et il a gagné. »
J’ai senti mes jambes trembler. Les larmes sont montées toutes seules.
Mon téléphone est resté silencieux dans ma poche. Aucun message. Aucun appel.
Juste cette loi. Juste cette phrase, gravée dans le marbre de Valenbourg.
Et pour la première fois depuis deux mois, j’ai compris qu’il ne m’avait pas oublié.
Il avait changé le monde. Pour nous.
Les jours suivants l’annonce de la réforme ont été un mélange de chaos et de vide. Les médias français s’étaient emparés de l’histoire : « LE PRINCE DE VALENBOURG RÉFORME LA SUCCESSION POUR SON AMOUR FRANÇAIS » « LÉANDRE VANCE : LE SERVITEUR QUI A CHANGÉ UNE COURONNE » Je me cachais derrière mon tablier, servant les cafés avec un sourire forcé, ignorant les clients qui murmuraient ou prenaient des photos. Mes collègues essayaient de me protéger, mais c’était peine perdue. Chaque soir, je rentrais chez moi, fixais mon téléphone silencieux, et me demandais si j’avais fait le bon choix.
Puis, un soir pluvieux, trois jours après l’article, la porte du Coin des Artistes s’est ouverte avec son tintement habituel. Je levais la tête pour accueillir le client quand je l’ai vu.
Clément.
Pas en costume princier, mais en jean sombre, pull noir, casquette basse sur les yeux. Deux gardes du corps discrets derrière lui, mais c’était lui. Mon Clément.
Il a balayé la salle d’un regard, m’a vu, et son visage s’est illuminé d’un sourire qui m’a transpercé le cœur.
Les clients ont commencé à murmurer, les téléphones à sortir. Il s’est dirigé droit vers le comptoir, ignorant tout, et avant que je puisse dire un mot, il a sauté par-dessus, m’a attrapé par la taille et m’a embrassé.
Un baiser vorace, désespéré, comme si deux mois de manque explosaient d’un coup. Ses lèvres ont écrasé les miennes, sa langue envahissant ma bouche avec urgence, ses mains glissant sous mon tablier pour me plaquer contre lui. Je sentais son corps dur, chaud, son sexe déjà tendu contre mon ventre à travers le tissu. J’ai gémi dans sa bouche, mes doigts agrippés à son pull, oubliant le monde autour.
Les clients ont hoqueté, applaudi, filmé. Mon patron, Marcel, est sorti de la cuisine, bouche bée.
Clément s’est écarté juste assez pour murmurer contre mes lèvres : « Tu m’as manqué. Plus que tout. »
Puis, sans me lâcher, il s’est tourné vers Marcel (mon patron).
« Léandre ne reviendra plus travailler ici. C’est officiel. Envoyez-moi la facture pour son préavis ou ce que vous voulez. Il part avec moi. Maintenant. »
Marcel a bafouillé un « Bien sûr, Votre… euh… Majesté », et Clément l’a remercié d’un hochement de tête.
Il m’a pris la main et m’a entraîné vers la sortie, sous les applaudissements et les flashs. Les gardes du corps ont ouvert la voie jusqu’à la berline.
Dans la voiture, à peine la portière fermée, il m’a poussé sur la banquette arrière, s’allongeant sur moi. Ses mains partout : arrachant mon tablier, déboutonnant ma chemise, descendant mon jean en un geste fébrile. Je faisais pareil, tirant sur son pull pour révéler son torse pâle, musclé, cette cicatrice que j’aimais tant. On était nus en quelques secondes, la vitre fumée nous isolant du monde.
« Putain, tu m’as manqué », a-t-il grogné contre mon cou, mordillant la peau, descendant sur mon torse pour sucer mes tétons, les pinçant entre ses dents jusqu’à ce que je crie. Ses mains ont glissé sur mes hanches, m’écartant les cuisses pour se placer entre elles. Son sexe était dur, brûlant contre le mien, frottant l’un contre l’autre en mouvements lents, torturants.
Je l’ai attrapé, l’ai caressé fermement, sentant les veines pulser sous mes doigts, le gland luisant de précum. Il a gémi mon nom, a craché dans sa main pour l’humidifier, puis a guidé son sexe vers mon entrée. Il a poussé doucement d’abord, le gland forçant le passage, l’étirement brûlant me faisant haleter. Puis d’un coup plus ferme, il s’est enfoncé jusqu’à la garde, ses couilles contre mes fesses.
« Oh merde… tellement serré… » a-t-il murmuré, immobile un instant pour me laisser m’habituer. Puis il a commencé à bouger : lents au début, profonds, sortant presque entièrement avant de replonger. Ses couilles tapaient rythmiquement contre mes fesses, un bruit humide et obscène qui remplissait la voiture. J’ai enroulé mes jambes autour de sa taille, mes ongles dans son dos, laissant des marques rouges.
Il a accéléré, ses coups de reins plus rapides, plus durs, me pilonnant sans merci. On a changé de position : il m’a fait asseoir sur lui, chevauchant son sexe, contrôlant le rythme. Ses mains sur mes hanches, me guidant de haut en bas, ses couilles claquant contre mes fesses à chaque descente. Puis à quatre pattes sur la banquette, lui derrière moi, me prenant avec force, une main dans mes cheveux pour tirer ma tête en arrière, l’autre caressant mon sexe dur.
Au bout de vingt minutes de sueur, de gémissements, de corps claquant l’un contre l’autre, l’orgasme est monté. Clément s’est retiré, s’est agenouillé au-dessus de moi, se caressant rapidement. Il a joui en longs jets chauds sur mon torse, mon ventre, mon sexe, grognant mon nom comme une prière.
On s’est effondrés l’un sur l’autre, essoufflés, collants de sueur et de sperme, riant doucement dans le cou l’un de l’autre.
« Ne me quitte plus jamais », a-t-il murmuré.
« Jamais », ai-je promis.
La berline roulait toujours, vers l’aéroport, vers Valenbourg. Vers notre avenir.
Trois mois plus tard, le grand jour.
Le ciel de Valenbourg était d’un bleu presque irréel, le soleil faisait scintiller les dorures du palais et les vitraux de la cathédrale Saint-Walburge. Toute la principauté s’était arrêtée. Les rues étaient noires de monde, les drapeaux bleus et or flottaient partout, les cloches sonnaient à la volée.
Et moi, j’étais là.
Dans une loge privée de la cathédrale, vêtu d’un costume sur mesure gris perle conçu par le tailleur royal, le cœur battant si fort que je croyais qu’on l’entendait dans toute la nef. Élise, à côté de moi, m’a serré la main. « Respire, mon garçon. Tu es magnifique. »
La musique a commencé. L’orgue a rugi. Et Clément est entré.
En grand uniforme de cérémonie : habit bleu nuit, écharpe bleu roi, médailles, épée au côté. Mais quand il a levé les yeux vers la loge, il n’y avait plus de protocole. Il m’a souri. Juste à moi. Et j’ai su que tout était à sa place.
La cérémonie a été longue et solennelle : l’archevêque, les vœux, la couronne posée sur sa tête (lourde, ancienne, incrustée de saphirs), le serment au peuple, les acclamations qui ont fait trembler les vitraux.
« Vive le roi Clément Ier ! »
Puis, quand tout le monde croyait que c’était fini, Clément s’est tourné vers l’assemblée, a pris le micro, et a parlé d’une voix claire qui a résonné dans toute la cathédrale :
« Aujourd’hui, je ne suis pas seulement couronné roi. Aujourd’hui, je deviens aussi l’homme le plus heureux du monde. »
Il a levé la main vers la loge. « Léandre Vance, viens. »
Un murmure immense a traversé la nef. Les caméras du monde entier se sont braquées sur moi.
Élise m’a poussé doucement. « Va, mon fils. »
Je suis descendu, les jambes tremblantes, jusqu’à l’autel. Clément m’attendait, la couronne sur la tête, les yeux brillants.
Il a pris mes mains devant des milliers de personnes, devant les caméras, devant l’Histoire.
« Léandre, » a-t-il dit, la voix forte pour que tout le monde entende, « veux-tu m’épouser ? Pas comme prince consort, pas comme favori. Comme mon égal. Mon mari. Mon roi. »
Un silence total. Puis j’ai souri, les larmes aux yeux.
« Oui. Mille fois oui. »
Il m’a embrassé. Un baiser long, profond, passionné, devant le monde entier. Les applaudissements ont explosé. Certains pleuraient. D’autres criaient de joie. Les cloches ont redoublé.
Le soir même, dans la grande salle du trône transformée en salle de bal, on s’est mariés. Pas de cérémonie religieuse supplémentaire : juste nous deux, les anneaux, les vœux, et Élise qui nous a unis au nom de la nouvelle loi qu’il avait fait passer.
Il m’a passé l’anneau, simple, en or blanc et saphir.
« Avec cet anneau, je te donne tout : ma couronne, mon cœur, ma vie. »
J’ai fait de même.
« Avec cet anneau, je te donne tout : ma voix, mes chansons, mon amour. Pour toujours. »
Et quand le maître de cérémonie a prononcé :
« Je vous déclare mariés, Sa Majesté le roi Clément Ier et Son Altesse royale le prince Léandre, époux du roi. »
Clément m’a pris dans ses bras, m’a fait tourner sous les lustres, et m’a embrassé encore, sous les feux d’artifice qui explosaient dans le ciel de Valenbourg.
Cette nuit-là, dans la chambre royale, il m’a déshabillé lentement, m’a porté jusqu’au lit à baldaquin, et m’a fait l’amour comme un roi fait l’amour à son roi : lentement, profondément, passionnément, jusqu’à ce qu’on s’effondre, couronne de travers, anneaux aux doigts, et qu’il murmure contre ma peau :
« Maintenant, c’est officiel. Tu es à moi. Et je suis à toi. Pour toujours. »
Et dehors, tout Valenbourg dansait. Parce que pour la première fois de son histoire, le royaume avait deux rois. Et qu’ils s’aimaient.
Epilogue
C’est un soir de juin, tiède et doré, exactement comme celui où tout a commencé.
Le palais est silencieux. Les gardes savent qu’à cette heure-ci, le roi et son époux ne veulent personne.
Je suis sur la grande terrasse qui domine le lac de Cristal, là où Clément m’avait emmené en secret la première nuit, pour me montrer les étoiles comme un gamin émerveillé.
Dix ans ont passé. Quelques fils d’argent dans ses cheveux blonds, des rides légères au coin des yeux quand il sourit. Et pourtant, quand il me regarde, il a toujours vingt-neuf ans, une trace de caramel sur le front et un rire dans la gorge.
Il arrive derrière moi, pieds nus sur les dalles tièdes, et passe ses bras autour de ma taille. Il n’a plus besoin de dire « je t’aime ». Son corps le dit à chaque respiration.
« Tu te souviens ? » murmure-t-il contre mon oreille.
Je tourne la tête, effleure ses lèvres.
« De chaque seconde. »
Il sort de sa poche une petite boîte usée, en velours bleu nuit. Je la reconnais aussitôt : celle de nos alliances du couronnement.
Il l’ouvre. À l’intérieur, deux anneaux neufs, plus simples, en or mat, gravés à l’intérieur :
Clément & Léandre
Tarte Tatin – 06 juin 2015
Pour toujours
Il prend ma main gauche, retire l’ancienne alliance – celle qui a traversé les tempêtes, les réformes, les nuits blanches, les matins de miel, les disputes et les réconciliations – et glisse la nouvelle.
« Dix ans aujourd’hui », dit-il, la voix tremblante. « Dix ans que tu as renversé une tarte sur la tête d’un prince. Dix ans que tu m’as appris que je pouvais être un homme avant d’être un roi. Dix ans que je me réveille à côté de toi et que je remercie le ciel d’avoir glissé sur cette flaque. »
Les larmes me montent, brûlantes.
« Dix ans que tu m’as donné un royaume », je réponds. « Et que tu m’as appris que le vrai trône, c’était ton cœur. »
Il pose son front contre le mien.
« Je ne serai jamais assez riche, assez puissant, assez roi pour mériter ce que tu m’as donné, Léandre. Mais je passerai le reste de ma vie à essayer. Chaque jour. Chaque baiser. Chaque regard. »
Je l’embrasse, lentement, profondément, comme la première fois. Comme la dernière fois. Comme toutes les fois.
En bas, sur le lac, Élise est assise sur un banc, un livre à la main, un sourire paisible aux lèvres. Elle lève les yeux vers nous, nous voit enlacés, et hoche la tête avec cette tendresse de mère qui sait que son fils a trouvé sa maison.
Le vent porte jusqu’à nous le son lointain d’une guitare : c’est moi, il y a dix ans, chantant Vagues de Minuit pour un inconnu qui allait changer ma vie.
Clément me prend dans ses bras, me soulève comme le premier soir, et me porte jusqu’au petit salon bleu, celui où sa mère m’avait accueilli comme un fils.
Il me dépose sur le canapé, s’allonge sur moi, et murmure contre mes lèvres, les yeux pleins de larmes :
« Merci d’avoir renversé cette tarte. Merci d’être resté. Merci d’être mon seul et unique royaume. »
Je pleure.
Il pleure.
Et on s’embrasse, lentement, tendrement, comme si le temps s’était arrêté.
Dehors, le soleil se couche sur Valenbourg, sur un pays qui a appris l’amour. Dedans, deux hommes, deux cœurs, une seule vie.
Et dans la boîte ouverte sur la table, les vieilles alliances brillent encore, témoins muets du plus beau des contes de fées : celui où le serveur a épousé le roi, et où ils vécurent heureux, seuls tous les deux, mais plus jamais seuls, pour toujours et bien au-delà.
Fin.
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