Chambre avec entrée

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : Chambre avec entrée Histoire érotique Publiée sur HDS le 06-05-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Chambre avec entrée
Temps de lecture ~ 20 minutes

La première fois que j'ai vu le tableau, je n'ai pas compris ce qu'il me voulait.

C'était une reproduction, d'abord, sur une fiche de catalogue mal imprimée, le format A4 gondolé par l'humidité de mon bureau de la rue de Thorigny. J'avais vingt-huit ans, un poste de chargée d'études au musée, et la certitude un peu naïve que toute œuvre finit par livrer son sens à qui sait regarder. Le tableau s'appelait Chambre avec entrée, peint en 1987 par une certaine Vera Solanas, peintre américaine morte en 1994 sans avoir connu la moindre reconnaissance institutionnelle. Mon directeur m'avait confié le dossier pour une rétrospective modeste, une salle au fond de l'aile nord, six toiles et un catalogue de soixante pages. Rien d'important, selon lui. Je pouvais m'y atteler entre deux projets sérieux.

J'ai retourné la fiche dans mes mains pendant un long moment.

La femme dans le tableau était nue, debout au centre d'une pièce vide, la tête entièrement recouverte d'un linge blanc. Pas un bandeau, pas une écharpe, quelque chose de plus total, de plus solennel, un voile qui tombait des épaules aux clavicules et effaçait le visage sans effacer le corps. Ses pieds nus touchaient un sol de béton. Ses bras pendaient le long de son corps avec une sorte de calme qui n'était pas l'abandon mais son contraire, une attention portée vers l'intérieur. À droite du cadre, un homme en costume sombre s'appuyait contre un encadrement de porte jaune. Il ne regardait pas la femme. Il regardait ailleurs, ou plutôt il regardait quelque chose hors du champ, à mi-voix avec le monde extérieur, une mallette sous le bras, le geste d'une main tendue vers la poignée ou vers le mur, impossible à trancher. Par la fenêtre, à gauche, on devinait les toits plats d'une ville sans époque.

Ce qui me frappait, c'était la lumière. Elle venait de la gauche, oblique et froide, et elle découpait le corps de la femme avec une précision anatomique qui n'avait rien de cruel, au contraire, quelque chose de cérémoniel, comme si la lumière était là pour rendre compte, pour enregistrer.

***

J'ai commandé le catalogue raisonné de Vera Solanas, qui n'existait pas. J'ai cherché des articles, des mentions dans des revues spécialisées. J'ai trouvé trois paragraphes dans une monographie consacrée au réalisme américain des années quatre-vingt, deux lignes dans une nécrologie du Art Forum de novembre 1994. On y disait qu'elle avait vécu seule, qu'elle avait très peu montré, qu'elle avait peint surtout des intérieurs. Le mot "énigmatique" revenait deux fois en deux lignes, ce qui signifie en général que personne ne s'est donné la peine de chercher.

Je me suis donné la peine de chercher.

J'ai passé trois semaines à réunir tout ce qui pouvait exister sur Vera Solanas. Des lettres à une amie, conservées dans une collection privée à Baltimore, m'ont appris qu'elle avait eu plusieurs amants, toujours des hommes plus jeunes, toujours des hommes qu'elle ne présentait à personne. Elle écrivait sur la peinture avec une sécheresse qui ressemblait à de la pudeur. Elle écrivait : "Je veux que la toile soit un espace où quelque chose est sur le point d'arriver et n'arrive pas encore. L'instant avant. Toujours l'instant avant."

J'ai relu plusieurs fois.

L'instant avant. La femme voilée debout sur le béton froid, l'homme à la porte, la lumière qui tranche. L'instant avant quoi, exactement ?

***

Ma première hypothèse était la plus simple : une scène de prostitution. L'homme arrive, la femme attend. Le voile sur la tête serait une façon de neutraliser l'identité, de réduire le corps à sa fonction. J'avais lu Millet, je savais que l'effacement du visage pouvait être une forme de liberté autant qu'une contrainte. Mais quelque chose clochait. La posture de la femme n'était pas celle d'une femme qui attend d'être choisie. Elle était trop droite pour cela, trop ancrée dans le sol. Ses pieds ne bougeaient pas, mais ils ne fuyaient pas non plus. Il y avait dans le placement de son corps quelque chose qui ressemblait à une décision prise d'avance.

J'ai noté : hypothèse 1, abandon consenti.

Le mot "consenti" m'a retenue un instant. Je l'ai relu. Il y avait dans ce mot quelque chose qui me concernait plus directement que je ne l'aurais voulu à ce stade de ma réflexion professionnelle.

***

La deuxième hypothèse m'est venue la nuit, vers trois heures du matin, dans mon appartement du onzième arrondissement où je travaillais souvent trop tard. J'avais punaisé une reproduction du tableau au-dessus de mon bureau, et je m'étais réveillée avec l'impression d'avoir pensé à quelque chose d'important pendant mon sommeil.

Ce qui m'avait échappé jusqu'alors, c'était la direction du regard de la femme.

Elle n'avait pas de regard, bien sûr. Le voile effaçait tout. Mais la position de sa tête, légèrement inclinée vers la gauche, vers la fenêtre et non vers la porte, indiquait une attention portée non pas vers l'homme mais vers l'extérieur, vers la lumière. Elle écoutait quelque chose que l'homme ne pouvait pas entendre, ou elle attendait que la lumière lui dise quelque chose que l'homme ne pouvait pas lui dire.

J'ai pensé : peut-être que le tableau ne parle pas de l'homme du tout.

Peut-être que l'homme est secondaire, presque décoratif, et que la vraie question est celle-ci : que ressent-on quand on ne voit pas, et que son propre corps devient le seul instrument disponible pour comprendre le monde ?

J'ai noté : hypothèse 2, la cécité comme amplification sensorielle.

Et là, quelque chose s'est mis en marche dans ma poitrine, lentement, quelque chose qui n'était plus tout à fait de l'ordre de l'analyse.

***

Je me suis levée pour boire de l'eau. J'ai regardé le tableau depuis la cuisine, de loin, avec les yeux mi-clos. Le corps de la femme, à cette distance, perdait ses contours précis et devenait une forme lumineuse sur fond neutre. Une forme offerte. Le mot m'a surprise. Offerte à quoi ? À la lumière. Au regard. À l'inconnu qui allait entrer.

Je suis revenue m'asseoir. J'ai pensé à ma propre peau dans le noir, les nuits où je dormais sans vêtements parce que la chaleur était trop forte, et comment le simple fait de ne pas voir mes propres bras posés sur le drap rendait leur présence plus intense, plus charnelle. J'ai pensé à un amant que j'avais eu à vingt-trois ans, un garçon silencieux qui posait les mains sur moi avec une lenteur calculée, et comment l'attente entre chaque geste était parfois plus troublante que le geste lui-même.

J'ai fermé les yeux.

Debout dans la pièce, les yeux fermés, j'ai essayé d'imaginer ce que la femme du tableau ressentait. La fraîcheur du béton sous les pieds nus. L'air contre la peau. Le bruit de la porte, peut-être, le bruit de la mallette posée quelque part sur le sol. Des pas qui approchent ou n'approchent pas encore.

J'ai rouvert les yeux assez vite.

***

La troisième hypothèse m'a pris davantage de temps.

J'avais passé la matinée aux archives de la bibliothèque Kandinsky, à éplucher des catalogues d'exposition des années quatre-vingt, et j'avais trouvé une mention de Vera Solanas dans le compte rendu d'un colloque sur le corps féminin dans la peinture contemporaine. Elle avait participé à une table ronde. Elle avait dit, selon le compte rendu laconique : "Je peins ce que je connais. Je ne connais pas grand-chose, mais je connais ça."

Je connais ça.

Vera Solanas avait peint ce tableau à partir d'une expérience vécue. Ou d'un désir vécu. Le tableau n'était pas une construction intellectuelle sur l'effacement du sujet féminin, il n'était pas une méditation abstraite sur la cécité, il était quelque chose de plus simple et de plus profond : le souvenir d'une sensation, ou l'anticipation d'une sensation, quelque chose du corps qu'elle avait voulu fixer sur la toile avant de l'oublier.

La femme avec le voile, c'était elle.

L'homme à la porte, c'était un homme qu'elle avait attendu, un homme dont elle n'avait pas vu le visage, pas par contrainte mais par choix, parce que ne pas voir permettait autre chose, une disponibilité totale, une concentration du corps sur lui-même qui ouvrait quelque chose d'autre.

J'ai refermé le dossier.

Je savais ce qu’il me restait à faire.



Je n'avais pas d'amant à l'époque, pas de relation suivie depuis plusieurs mois. Il y avait Thomas, un photographe que j'avais rencontré lors d'un vernissage en janvier, avec qui j'avais échangé quelques messages sans suite, quelque chose de suspendu entre nous que ni lui ni moi n'avions encore résolu. Je lui ai envoyé un message direct, sans détour : "J'ai besoin que tu m'aides avec quelque chose. C'est pour mon travail, d'une certaine façon. Viens vendredi soir."

Il a répondu en moins de dix minutes : "Je serai là."



J'ai passé les jours suivants à préparer la chose avec un soin qui m'a lui-même surpris.

J'ai réfléchi à l'espace. Mon appartement avait un couloir assez long qui donnait sur le salon, et le salon recevait en fin d'après-midi une lumière oblique par les fenêtres nord-ouest, quelque chose de comparable à la lumière dans le tableau, froide et précise, sans sentimentalité. J'ai déplacé les meubles pour dégager le centre de la pièce, j'ai posé un tapis sur le parquet pour avoir quelque chose sous les pieds nu. J'ai réfléchi au voile. Pas un foulard, pas un bandeau, quelque chose de plus ample, de plus total. J'ai trouvé dans une armoire un châle de soie ivoire assez grand pour envelopper entièrement la tête, les épaules, tomber jusqu'aux clavicules. Je l'ai lavé, repassé, posé sur la chaise.

J'ai réfléchi à ce que je mettrais, ou ne mettrais pas. La femme du tableau était entièrement nue. J'y avais pensé longtemps, et j'avais compris que c'était une condition nécessaire, pas un détail facultatif. Le voile sur la tête et le corps nu étaient deux éléments d'un même dispositif : priver le regard, exposer le reste. Toute la peau disponible, toute la peau à l'écoute.

J'ai écrit à Thomas : "Je serai nue. J'aurai les yeux couverts. Tu n'as pas à faire quoi que ce soit que tu ne veuilles pas faire. Mais j'ai besoin que tu entres dans la pièce, que tu t'arrêtes, que tu restes un moment sans parler."

Il a mis plus longtemps à répondre cette fois. Puis : "Je comprends. Je serai là à vingt heures."

***

Le vendredi, j'ai bu un verre de vin blanc vers dix-neuf heures, debout dans la cuisine, en regardant la lumière décliner sur les toits. Je n'avais pas mangé depuis le déjeuner, pas par ascèse particulière, mais parce que je n'avais pas faim, parce que quelque chose d'autre occupait la place. Une forme d'attention. Je me suis douchée longuement, j'ai laissé couler l'eau chaude sur ma nuque, sur mes épaules, j'ai pris soin de ma peau avec une huile légère qui sentait le sésame et quelque chose de plus doux, imperceptible. Je me suis regardée dans le miroir sans complaisance ni sévérité, juste pour vérifier que j'étais là, que mon corps était là, présent et prêt.

À dix-neuf heures quarante-cinq, je me suis déshabillée dans le salon.

J'ai posé mes vêtements sur la chaise, à côté du châle. J'ai senti l'air de la pièce sur ma peau, plus froid que je ne m'y attendais, les bras, les cuisses, le ventre. Je me suis placée au centre du tapis, dos à la fenêtre, face à la porte du couloir. J'ai pris le châle de soie, je l'ai posé sur ma tête, j'ai laissé le tissu tomber sur mes épaules. L'obscurité est arrivée doucement, pas violente, une obscurité filtrée par la soie ivoire qui laissait passer une lumière diffuse, blanche, sans contours.

J'ai laissé mes bras tomber le long de mon corps.

J'ai attendu.

***

L'attente a duré environ un quart d'heure. Je ne l'ai mesurée à rien, pas à ma montre que je ne portais plus, mais plutôt à la modification progressive de mon état intérieur. Au début, j'étais debout dans mon salon avec un châle sur la tête, et j'avais conscience du ridicule possible de la situation, une femme nue dans son appartement qui prépare une sorte de mise en scène pour un homme qu'elle connaît à peine. Puis le temps a changé de texture. Le froid sur mes bras n'était plus désagréable, il était informatif. J'entendais des bruits que je n'entendais pas d'habitude, la circulation en bas, une voix dans l'immeuble, le bruit de ma propre respiration.

Ma peau s'était mise à écouter.

C'est la seule façon que j'ai de dire ce que je ressentais. Pas une excitation immédiate, sexuelle au sens strict, mais quelque chose de plus diffus et de plus total, une disponibilité du corps entier, chaque centimètre de peau légèrement en éveil, légèrement tendu vers l'extérieur.

Puis j'ai entendu la serrure.

***

La porte d'entrée, puis des pas dans le couloir, lents et réguliers. Thomas ne courait pas, ne se précipitait pas. Il avançait avec une délicatesse que je n'avais pas prévue, comme s'il avait compris sans qu'il soit nécessaire de lui expliquer davantage. Les pas se sont arrêtés.

Je savais qu'il était dans l'encadrement de la porte. Je ne le voyais pas. Je sentais sa présence comme on sent une variation de température, quelque chose dans l'air qui se modifie, qui devient moins vide.

Il ne parlait pas.

Je ne bougeais pas.

Nous sommes restés ainsi un moment qui m'a paru long et qui n'était peut-être pas long du tout. Et pendant ce moment, quelque chose s'est produit dans mon corps que je n'avais pas anticipé : une chaleur qui commençait au creux des cuisses et remontait lentement, sans raison précise, sans contact, sans même un geste, uniquement parce qu'il était là et que je ne le voyais pas. L'impossibilité de voir produisait quelque chose d'actif, une imagination du corps, une projection sensorielle vers lui à travers l'espace.

Je sentais mon propre sexe se réveiller dans le silence.

***

Ses pas ont repris.

Il s'approchait. Je l'entendais sur le parquet, puis sur le tapis, puis très proche. L'air entre nous était différent, plus chaud légèrement, et je percevais son odeur, quelque chose de sobre, une eau de toilette légère et sous elle quelque chose de plus personnel, de plus animal.

Sa main a touché mon épaule.

Juste une main, posée à plat sur mon épaule droite, sans pression particulière, sans mouvement. Mais après un quart d'heure de peau seule dans l'air froid, après tout ce silence et cette attente, ce contact a traversé mon corps comme une onde. J'ai senti mes mamelons se durcir, j'ai senti le frisson descendre le long de ma colonne vertébrale, j'ai senti mes genoux vouloir légèrement fléchir, et je les ai tenus droits par un effort de volonté qui était lui-même une forme de plaisir.

Il a laissé sa main sur mon épaule un long moment. Puis il l'a fait glisser lentement, très lentement, le long de mon bras. Pas une caresse au sens courant, plutôt une reconnaissance, une prise de possession extrêmement lente qui respectait le rythme qu'il avait compris être le bon.

Sa main a atteint mon poignet. S'est arrêtée.

***

Je n'ai pas bougé les mains. Je les laissais pendre, je laissais la chose arriver à son rythme, je laissais mon corps recevoir sans anticiper. La soie sur mon visage était tiède maintenant, imprégnée de ma propre chaleur, et sous elle je voyais rien que la lumière diffuse et blanche qui traversait le tissu, et c'était suffisant, c'était même parfait parce que cela m'obligeait à construire Thomas autrement, à le construire à partir de ses sons, de son odeur, de la pression de sa paume sur mon poignet.

Il a soulevé ma main, l'a portée à sa bouche.

Ses lèvres sur l'intérieur de mon poignet. Juste les lèvres, puis la langue, brève, sur la veine. J'ai retenu ma respiration sans le décider.

Puis il a posé ma main contre sa poitrine, à travers la chemise, et j'ai senti les battements de son cœur, réguliers mais rapides, et quelque chose s'est déplacé en moi à savoir qu'il n'était pas indifférent, que sa propre maîtrise de la situation lui coûtait quelque chose, que son calme apparent recouvrait la même montée que le mien.

***

Il m'a guidée. Pas avec des mots, avec les mains, légèrement, une pression dans le bas du dos qui me faisait reculer d'un pas, puis ses mains sur mes hanches qui me tournaient vers la fenêtre. Je l'ai laissé faire. Je suivais la direction sans la connaître à l'avance, et chaque mouvement nouveau avait la qualité d'une petite surprise, quelque chose à recevoir sans défense.

Il s'est placé derrière moi.

Ses mains ont remonté de mes hanches vers ma taille, lentement, sur les côtes, sous les seins sans les toucher encore. J'entendais sa respiration, plus proche, dans mon cou, dans la soie au-dessus de ma nuque. Ses pouces ont dessiné un arc sous mes seins, de part et d'autre, sans s'y poser vraiment. J'ai senti mes lèvres s'entrouvrir.

Puis ses mains ont bougé, et il a pris mes seins dans ses paumes.

Le contact était ferme, sans brutalité, deux mains qui enveloppaient, qui soupesaient légèrement, et j'ai senti sous la soie une bouffée de chaleur monter à mon visage, j'ai senti entre mes cuisses une humidité qui n'était plus une promesse mais un fait. Ses pouces ont trouvé mes mamelons et les ont frôlés, d'abord à peine, puis avec une pression circulaire répétée, et j'ai émis un son bref, involontaire, quelque chose entre le soupir et la plainte.

***

Il a continué longtemps ainsi, les mains sur mes seins, les lèvres contre ma nuque à travers la soie, et j'apprenais à chaque seconde quelque chose de nouveau sur la façon dont mon corps répondait quand il ne pouvait pas anticiper, quand chaque sensation arrivait de l'extérieur sans être précédée d'un regard, d'un signal visuel. La caresse sur le mamelon gauche durait un peu plus longtemps que sur le droit, ou peut-être pas, je ne pouvais pas vérifier, je ne pouvais qu'enregistrer, accumuler, laisser la chaleur monter.

Ses mains ont quitté mes seins.

L'absence de contact a été presque douloureuse. Et puis ses mains ont touché mes hanches à nouveau, ont glissé sur l'extérieur de mes cuisses, ont remonté vers l'intérieur, et sa main gauche s'est posée sur mon ventre à plat tandis que sa main droite continuait à descendre, le long de l'intérieur de ma cuisse, m'effleurant à peine, instillant une électricité sous la peau sans jamais aller directement à l'endroit où tout mon corps l'appelait.

J'avais les genoux vraiment instables maintenant.

Sa main droite est remontée, a frôlé le haut de mes cuisses, a effleuré le bord de mon sexe avec un soin presque chirurgical et tout à fait délibéré, et j'ai reculé légèrement contre lui, cherchant sans le formuler à l'obliger à aller plus loin. Il n'a pas bougé plus vite.

***

Quand il a finalement posé la main entière sur mon sexe, la paume contre mon pubis, les doigts épousant la forme de mes lèvres, j'ai eu l'impression que quelque chose se déverrouillait. Pas un orgasme, pas encore, quelque chose de plus structurel, comme si un verrou cédait dans la profondeur de mon bassin et que le plaisir, qui s'était accumulé depuis des minutes, se mettait à circuler plus librement.

Il ne bougeait pas la main. Il laissait juste la chaleur se faire, la pression.

Puis un doigt, le majeur, a longé le sillon central, avec une lenteur absurde, et j'ai senti l'humidité de mon propre désir contre le tissu de sa paume, et j'ai eu légèrement honte et pas honte du tout, simultanément, les deux ensemble.

***

Il m'a accompagnée vers le canapé sans que je m'en rende bien compte, ses mains me guidaient, je marchais à reculons, le tissu de soie toujours sur ma tête, la lumière blanche diffuse toujours unique paysage visible. Puis le bord du canapé contre mes genoux, puis sa main dans mon dos qui m'inclinait doucement, et je me suis retrouvée allongée sur le dos, les jambes encore au bord.

Il s'est agenouillé.

Ses mains ont ouvert mes cuisses sans précipitation, et ses lèvres ont d'abord touché l'intérieur de mes genoux. La même progression, la même patience insupportable et magnifique, remontant millimètre par millimètre, et j'entendais ma propre respiration dans le silence de l'appartement, saccadée et trop rapide, et je ne faisais rien pour la contrôler.

Quand sa bouche a atteint mon sexe, j'ai soulevé les hanches.

Sa langue était précise, méthodique, elle prenait le temps de tout cartographier avant de se concentrer, elle repassait, revenait, apprenait. Elle a trouvé le point exact où tout convergeait, et elle y est restée, avec une régularité qui n'était pas mécanique mais intentionnelle, et j'ai senti la montée commencer vraiment, pas la chaleur diffuse du début mais quelque chose de plus direct, de plus urgent, une accumulation qui avait sa propre logique.

***

Mes mains avaient saisi quelque chose, le coussin du canapé peut-être, et je ne voyais rien, rien que la lumière blanche à travers la soie, et je n'entendais que sa respiration contre moi et ma propre voix qui commençait à sortir sans que je la reconnaisse vraiment, des sons courts, comprimés, qui s'espaçaient de moins en moins.

Il a glissé un doigt en moi.

La pénétration, même d'un seul doigt, dans l'état où j'étais, a produit un effet immédiat, ma respiration s'est bloquée une seconde, mes cuisses ont voulu se refermer sur sa main et ne l'ont pas fait parce que je les en empêchais, parce que je voulais que cela continue exactement comme cela continuait. Le doigt bougeait lentement à l'intérieur tandis que sa langue ne cessait pas, et les deux rythmes se répondaient, se coordonnaient, et j'ai compris que je n'allais pas tenir encore longtemps.

Un second doigt. La plénitude subite, l'étirement doux, sa langue toujours.

Je me suis entendue dire son prénom.

***

L'orgasme est arrivé avec la qualité particulière des orgasmes qui ont été longuement préparés : pas une explosion mais une déflagration lente, une vague qui est venue du bas du ventre, a traversé le bassin, a saisi les cuisses, a remonté dans le thorax, et pendant qu'elle remontait sa langue n'a pas arrêté et ses doigts n'ont pas arrêté et j'ai laissé sortir un son long, tenu, qui n'avait plus rien de volontaire.

Mes hanches s'agitaient contre sa bouche.

La vague a duré.

Puis s'est retirée lentement, et j'ai senti mes jambes se détendre entièrement, mes mains ont lâché le coussin, et il y avait dans tout mon corps un relâchement qui n'était pas de l'épuisement mais quelque chose de plus doux, la fin d'une tension qui avait été longtemps maintenue à un niveau inhabituellement élevé.

***

Il est venu s'allonger à côté de moi.

Sa main a effleuré le bord du châle, question sans parole. Je lui ai laissé le retirer. La lumière de l'appartement, même tamisée, m'a semblée très forte une seconde, puis mes yeux se sont ajustés, et j'ai vu son visage tout près du mien, son expression calme et attentive.

Nous n'avons pas parlé tout de suite. Je me suis occupée de lui.

***

Plus tard, j'ai préparé du thé dans la cuisine. Thomas s'était assis sur le canapé, habillé, détendu. Nous avons parlé de choses ordinaires d'abord, puis il a demandé : "C'était pour le tableau ?"

Je lui ai dit oui. Je lui ai dit que je cherchais à comprendre ce que Vera Solanas avait voulu peindre, que je ne croyais pas pouvoir le comprendre par l'analyse seule. Il a réfléchi un moment, il a dit : "Et tu as compris ?"

J'ai pris le temps d'y répondre honnêtement.

***

J'ai compris plusieurs choses simultanément, et la première était la plus simple : Vera Solanas n'avait pas peint une scène de soumission. Elle n'avait pas peint la femme comme objet. Elle avait peint le moment exact où le fait de ne pas voir transforme le corps en instrument de connaissance à part entière. La femme voilée n'était pas passive. Elle était plus active que n'importe qui d'autre dans la pièce, parce que toute son intelligence s'était déplacée dans sa peau.

L'homme à la porte était secondaire. Il était le prétexte nécessaire, le catalyseur, mais le tableau ne le regardait pas vraiment. Le tableau regardait la femme, son dos droit, ses bras le long du corps, ses pieds nus sur le béton. Le tableau regardait l'état intérieur de quelqu'un qui a renoncé à la vue pour accéder à autre chose.

La lumière dans le tableau n'était pas une lumière qui expose. Elle était une lumière qui témoigne.

***

J'ai rédigé le texte du catalogue trois semaines plus tard.

J'ai écrit que Chambre avec entrée était une méditation sur les conditions de la présence, sur ce que signifie habiter son corps entièrement, sur la façon dont le désir peut être une forme de connaissance et non son opposé. J'ai écrit que la femme dans le tableau n'attendait pas d'être sauvée, ni choisie, ni même touchée. Elle attendait d'être pleinement là où elle était.

Mon directeur a trouvé le texte "un peu abstrait".

Je n'ai pas cherché à l'en dissuader.

La rétrospective a eu lieu en novembre. Devant Chambre avec entrée, les visiteurs s'arrêtaient plus longtemps que devant les autres toiles. Certains restaient plusieurs minutes sans rien dire. Une femme d'une cinquantaine d'années a sorti un carnet de son sac et s'est mise à écrire quelque chose, debout, sans s'installer, avec l'urgence de quelqu'un qui veut noter une chose avant de l'oublier.

Je ne lui ai pas demandé ce qu'elle écrivait.

Je savais, à peu près, ce que c'était.

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Texte coquin : Chambre avec entrée
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