La femme dans le cadre

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : La femme dans le cadre Histoire érotique Publiée sur HDS le 29-04-2026 dans la catégorie Entre-nous, les femmes
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Couleur du fond :
La femme dans le cadre
Temps de lecture ~ 15 min

I. Le Vernis et la Chair

La galerie municipale ferme à dix-neuf heures.

Nora le sait depuis trois semaines, depuis la première fois qu'elle a poussé la lourde porte de bois sombre et découvert la salle du fond, celle que les visiteurs traversent sans s'arrêter parce qu'il n'y a pas de cartels explicites, pas de noms célèbres, rien de valeur, rien que des toiles aux formats irréguliers accrochées à intervalles inégaux sur un mur couleur de cendre.

Nora s'est arrêtée.

Elle s'est arrêtée devant le tableau le plus grand, celui qui occupe presque toute la hauteur du mur, et elle n'a plus bougé pendant vingt minutes. Une gardienne est venue lui demander si tout allait bien. Nora a dit oui, bien sûr, merci, et elle n'a pas tourné la tête.

Dans le tableau, une femme.

Blonde, les cheveux relevés à la hâte, quelques mèches libres sur la nuque. Une robe ou peut-être une chemise de nuit, blanche, tombant d'une épaule. La peau très pâle, presque lumineuse, avec quelque chose dans la gorge et les clavicules qui rappelle l'ivoire ancien. Elle regarde droit devant elle, les yeux d'un vert trouble, comme si la couleur ne s'était pas encore décidée. Derrière elle, une forêt nocturne, des arbres tordus, un ciel où la lune n'est qu'une suggestion.

Ce n'est pas la beauté du tableau qui a cloué Nora sur place.

C'est que la femme la regarde.

Pas dans le sens général où un portrait bien peint suit le spectateur des yeux. La femme du tableau regarde Nora, spécifiquement, avec une attention que Nora ne saurait qualifier d'autre mot que “personnelle”.

Elle est revenue le lendemain. Et le surlendemain. Chaque soir, elle arrive vers dix-huit heures trente, traverse les salles sans regarder les autres toiles, s'installe devant le grand tableau et reste jusqu'à la fermeture. Elle a commencé à apporter un carnet. Elle n'écrit rien dedans.

Nora a trente-deux ans, des cheveux noirs qui lui descendent dans le dos, une peau brune qui prend le soleil même en hiver. Elle travaille à mi-temps pour une maison d'édition spécialisée dans les livres d'art et consacre le reste de son temps à ne pas peindre. Elle a des toiles vierges dans son appartement depuis quatre ans. Elle n'y touche pas. Elle ne sait pas pourquoi elle les conserve.

Ce soir, c'est vendredi.

Le gardien qui ferme les grilles a pris l'habitude de la saluer par son prénom. Elle lui répond avec un sourire et repart vers la sortie, son manteau boutonné jusqu'au col, les mains dans les poches. Dehors, la pluie. Elle marche vite. Dans sa tête, les yeux verts.

***

La troisième semaine, Nora découvre quelque chose.

Elle regarde le tableau depuis un bon moment quand elle remarque, dans la partie inférieure droite, presque hors du cadre, une main. Pas la main de la femme, une autre main, dont on ne voit que les doigts, effleurant le bas de la robe blanche. Nora se penche. Elle est certaine de ne pas avoir vu cette main lors de ses visites précédentes.

Elle sort son téléphone, photographie le tableau. Rentre chez elle. Transfère la photo sur son ordinateur, l'agrandit. La main est là, indiscutable, quatre doigts clairs sur le tissu blanc.

Elle retourne à la galerie dès le lendemain matin.

La main n'est plus dans le tableau.

Nora reste longtemps face à la toile, les bras croisés, le souffle un peu court. Elle cherche une explication raisonnable. Un autre tableau projetant une ombre. Un reflet. Elle ne trouve rien de satisfaisant.

***

La quatrième semaine, la femme du tableau sourit.

C'est infime, à peine une inflexion au coin de la bouche, mais Nora en est certaine. Elle photographie le tableau chaque soir désormais. Elle compare. La bouche a changé. Légèrement, imperceptiblement, mais elle a changé.

Nora ne le dit à personne. Elle ne sait pas comment formuler une chose pareille. Elle n'est pas non plus sûre de vouloir une explication.

Le vendredi soir, juste avant la fermeture, la gardienne annonce les dix minutes réglementaires dans les haut-parleurs. Nora enroule son écharpe, ramasse son sac. Elle regarde une dernière fois le tableau.

La femme a posé une main à plat sur le bord intérieur du cadre.

Du côté de Nora.



II. La Lisière

Nora revient le soir même.

Elle attend dans le café d'en face jusqu'à vingt-deux heures, jusqu'à ce que les lumières du bâtiment soient toutes éteintes. Puis elle traverse la rue, remonte l'allée latérale, essaie la petite porte de service qu'un livreur laisse parfois entrouverte. La porte cède.

Elle n'allume pas. Elle connaît le chemin.

La salle du fond est plongée dans une obscurité presque complète. Seul filtre un peu de lumière orangée depuis la rue, par un vasistas haut dans le mur. Nora avance jusqu'au tableau. Elle s'arrête à cinquante centimètres.

La main est toujours là, posée sur le rebord du cadre, les doigts légèrement recourbés, comme si la femme s'appuyait contre une fenêtre de l'intérieur.

Nora lève la sienne.

Sa main tremble un peu. Elle l'approche du cadre doré, du bois sculpté, des volutes de feuilles et d'entrelacs. Elle pose deux doigts sur le bord. En dessous des siens, séparés par l'épaisseur du bois et du vernis, les doigts de la femme.

La chaleur est immédiate.

Pas la chaleur du bois, pas la tiédeur de l'air. Une chaleur vivante, qui monte depuis le cadre jusqu'au poignet de Nora, jusqu'au creux de son coude. Elle retient sa respiration. Sous ses doigts, quelque chose bouge, une légère pression, comme si la femme du tableau appuyait en retour.

Nora referme la main sur le bord du cadre.

Et le tableau l'aspire.

Ce n'est pas un mot qu'elle choisit après coup pour décrire la sensation. C'est la sensation elle-même : une aspiration, douce, régulière, comme un récipient qui se vide par la bonde. Son corps ne résiste pas. Elle franchit le cadre comme on passe un rideau de perles, avec la même légèreté, le même bruissement.

De l'autre côté, l'odeur est celle de la résine et de la terre mouillée.

***

La forêt est moins sombre qu'elle ne l'est dans le tableau. La lune est là, plus présente, presque pleine. Les arbres tordus projettent des ombres longues sur un sol recouvert de mousse.

La femme est à trois mètres d'elle.

De près, elle est plus grande que Nora ne l'imaginait. La robe blanche lui arrive aux chevilles, le tissu légèrement froissé, comme si elle avait dormi dedans. Ses cheveux blonds sont effectivement relevés à la hâte, quelques mèches dans le cou, d'autres sur les tempes. Ses yeux sont verts, d'un vert qui dans la lumière de lune vire vers le gris.

Elle dit :

"Tu as mis du temps."

Sa voix est basse, avec une inflexion légèrement étrangère que Nora ne saurait pas identifier.

"Je ne savais pas que c'était possible," dit Nora.

"Tu le savais. Tu l'as su dès la première fois."

Nora ne répond pas. C'est vrai.

La femme s'appelle Ilse. Elle n'explique pas d'où elle vient ni comment elle s'est retrouvée dans le tableau. Elle dit seulement qu'elle attend depuis longtemps, et que Nora est la première à voir la main.

"Les autres voyaient quoi ?"

"Un tableau."

Elles marchent dans la forêt. Nora ne se pose pas la question de savoir si c'est raisonnable. La mousse est réelle sous ses pieds, les branches qu'elle écarte pour passer sont réelles, la rosée qui mouille ses chaussures est réelle. Ilse marche à côté d'elle, leurs épaules parfois proches, parfois pas.

Nora demande :

"Tu es seule ici ?"

Ilse dit oui.

Puis elle dit :

"Je ne l'étais pas. Avant. Mais ça remonte à longtemps."

Elles s'arrêtent dans une clairière où la lune tombe droit. Ilse se retourne vers Nora, et Nora voit pour la première fois l'expression complète de son visage, sans le filtre du vernis, sans la distance du cadre. Il y a de la fatigue, une fatigue ancienne et tranquille. Il y a autre chose aussi, quelque chose qui ressemble à de la faim.

Nora fait un pas vers elle.

III. Ce qui se passe dans la clairière

Ilse ne recule pas.

Elle attend, les mains légèrement ouvertes le long du corps, et Nora voit son souffle dans l'air froid, un nuage blanc, régulier. Nora lève la main et touche la mâchoire d'Ilse, le pouce sur la pommette, les doigts contre le cou. La peau est tiède. Pas froide comme Nora le craignait à moitié, pas froide comme quelque chose qui n'est pas vivant. Tiède et réelle.

Ilse ferme les yeux.

Nora approche son visage. Elle prend son temps. Elle sent d'abord le souffle d'Ilse contre sa bouche, l'odeur légère de résine dans ses cheveux, et puis leurs lèvres se trouvent, doucement, sans urgence. Ilse embrasse comme quelqu'un qui se souvient de quelque chose. Nora l'embrasse comme quelqu'un qui découvre ce dont elle manquait.

Le baiser s'approfondit lentement.

Ilse pose les mains sur les hanches de Nora, ses paumes à travers le tissu du manteau. Nora glisse les doigts dans la nuque d'Ilse, dans les mèches échappées. La bouche d'Ilse est chaude. Elle sent la chaleur de la langue d'Ilse contre la sienne, la légère pression des dents sur sa lèvre inférieure. Un son monte dans la gorge de Nora sans qu'elle le décide.

Ilse défait les boutons du manteau un par un, sans quitter la bouche de Nora.

Nora porte en dessous un chemisier et un jean. Ilse glisse les deux mains sous le chemisier, contre la peau du ventre. Ses doigts sont habiles et lents, ils remontent le long des flancs, sous les côtes, et Nora retient un frisson qui n'est pas du froid.

"Ici ?" demande Nora.

"Ici," dit Ilse. "Il n'y a personne."

Nora enlève son manteau, le pose sur la mousse. Ilse déboutonne le chemisier. Elle le fait en regardant Nora dans les yeux, et Nora soutient ce regard. Quand le chemisier s'ouvre, Ilse baisse les yeux sur la peau brune, le soutien-gorge noir, le ventre plat avec sa légère rondeur au bas. Elle pose une main à plat sur le sternum de Nora, juste au-dessus du cœur.

"Tu as peur ?" dit-elle.

"Non," dit Nora.

Et c'est vrai. Elle n'a pas peur. Elle a autre chose, une tension basse et continue, une chaleur qui descend depuis la gorge jusqu'au creux du ventre.

Ilse dégrafe le soutien-gorge. Elle le pose sur le manteau. Puis elle regarde la poitrine de Nora, les seins assez lourds, la peau sombre des mamelons dans l'air froid. Ilse se penche et prend l'un d'eux entre ses lèvres. Sa langue est douce, précise, sans précipitation. Nora pose la main dans ses cheveux.

Elle sent la bouche d'Ilse se refermer, la succion légère, la langue qui tourne, s'attarde. Le mamelon durcit immédiatement. L'autre sein est dans la paume d'Ilse, le pouce en mouvement. Nora penche la tête en arrière, les yeux sur la lune.

Elle dit le prénom d'Ilse à voix basse.

***

Elles s'allongent sur le manteau.

La mousse cède sous leur poids avec un bruit humide et doux. Nora déboutonne le jean, l'enlève avec la culotte d'un seul geste, se retrouve nue sur le tissu et la mousse. L'air est frais sur ses cuisses, sur son ventre. Ilse s'agenouille à côté d'elle et la regarde un moment, longuement, avec cette attention tranquille qui est la sienne.

"Tu es belle," dit-elle.

Nora n'a pas l'habitude qu'on lui dise ça avec cette simplicité, sans ornements, comme une observation.

Ilse fait glisser la robe blanche par-dessus sa tête. En dessous, rien. Elle est longue et pâle dans la lumière de lune, les seins petits et hauts, le ventre légèrement bombé, la toison blonde et claire entre les cuisses. Ses hanches ont des proportions que Nora n'aurait pas devinées sous la robe. Elle s'allonge à côté de Nora, sur le flanc, et passe une jambe sur les siennes.

Elles s'embrassent encore. Cette fois il y a davantage d'urgence, quelque chose qui commence à déborder. Les mains d'Ilse descendent sur le ventre de Nora, s'attardent sur les hanches, sur l'intérieur des cuisses. Nora écarte légèrement les jambes. Ilse fait monter sa main sans y aller directement, en longeant la cuisse, en effleurant le pli de l'aine, et Nora perçoit le battement sourd de son propre sang.

Quand les doigts d'Ilse atteignent le sexe de Nora, Nora est déjà mouillée, la chair gonflée et chaude. Ilse glisse deux doigts entre les lèvres, sans pénétrer encore, juste une pression lente du haut en bas. Nora se mord la lèvre.

"Tu peux faire du bruit," dit Ilse. "Il n'y a personne."

Nora lâche un souffle, quelque chose entre le soupir et le gémissement. Les doigts d'Ilse remontent, trouvent le clitoris, s'y posent avec une légèreté déconcertante. Un mouvement circulaire, patient, qui s'ajuste à chaque réaction de Nora. Ilse la regarde. Elle regarde le visage de Nora, les lèvres entrouvertes, les yeux qui se ferment.

Nora glisse sa main vers le sexe d'Ilse en retour.

La chaleur est immédiate sous ses doigts, le tissu luisant, les lèvres serrées et gonflées. Ilse laisse échapper un son bref. Nora explore doucement, mémorisant les contours, trouvant le rythme qui fait s'approfondir la respiration d'Ilse. Elles se touchent en miroir, chacune à l'écoute de l'autre, la forêt autour d'elles parfaitement silencieuse sauf pour leurs souffles et l'herbe qui chuchote.

La jouissance monte en Nora par vagues distinctes.

Elle sent les doigts d'Ilse entrer en elle, deux doigts qui recourbent légèrement et appuient à l'intérieur sur une zone précise, pendant que son pouce continue sur le clitoris. Nora gémit franchement. Elle perd un peu le fil de sa propre main, qu'elle pose à plat sur la toison d'Ilse le temps de rassembler son attention.

"Ne t'arrête pas," dit Ilse.

Nora reprend. Ses doigts rentrent dans la chaleur d'Ilse, ses pouces travaillent. Elles ont trouvé un rythme commun, improbable et naturel, et la lune les éclaire toutes les deux, les corps entremêlés sur le manteau sombre.

Nora jouit la première.

Ça vient du bas du ventre et ça monte d'un coup, une contraction longue et profonde qui se répand dans les cuisses, dans la colonne vertébrale. Elle geint, les hanches soulevées, la nuque dans la mousse, et Ilse garde sa main en place, deux doigts à l'intérieur et le pouce immobile, laissant Nora onduler contre elle jusqu'au bout.

Quand la vague se retire, Nora reprend les doigts d'Ilse entre les siens, les enlève avec douceur. Elle se redresse sur un coude.

"À toi," dit-elle.

***

IV. La Bouche et le Vernis

Nora fait basculer Ilse sur le dos.

Elle prend son temps sur le chemin, sa bouche dans le cou, sur l'épaule, sur le haut du sein. Elle sent Ilse se raidir légèrement sous ses lèvres, pas de résistance mais une attente, une retenue ancienne qui commence à se défaire. Nora descend sur le ventre d'Ilse, y pose sa joue un instant, sent la respiration monter et descendre en elle.

Elle écarte les cuisses d'Ilse avec les deux mains.

Le sexe d'Ilse est clair dans la lumière de lune, les lèvres s'entr'ouvrant légèrement, luisantes, l'odeur douce et précise, quelque chose d'animal et de propre à la fois. Nora s'allonge sur le ventre entre les jambes d'Ilse et pose ses lèvres sur le clitoris sans préambule.

Ilse retient son souffle.

Nora y revient, lentement. Elle fait monter la langue depuis le bas des lèvres, longue pression, remonte. Elle prend le clitoris entre ses lèvres, tire légèrement, relâche. Ilse a posé une main dans les cheveux de Nora, sans appuyer, juste présente. Sa respiration est courte et régulière.

Nora insère un doigt. Ilse est serrée, très chaude, et le son qu'elle émet est différent de ceux d'avant, plus grave, moins contenu. Nora ajoute un deuxième doigt, les oriente vers l'avant, et reprend sa bouche sur le clitoris en même temps.

Les hanches d'Ilse bougent. Nora tient le rythme, doigts et langue, attentive à chaque resserrement, à chaque accélération dans la respiration. La main d'Ilse dans les cheveux de Nora se referme. Ilse dit quelque chose en une langue que Nora ne reconnaît pas, deux ou trois mots à voix basse, puis elle jouit, le dos soulevé de la mousse, les cuisses refermées sur les épaules de Nora, une série de contractions longues que Nora sent autour de ses doigts.

Nora garde la bouche douce, les doigts immobiles à l'intérieur.

Le silence revient. Les arbres. La lune qui a bougé.

Ilse tire Nora vers le haut, l'amène contre elle, bras autour de ses épaules. Elles restent ainsi, peau contre peau, la sueur légère de Nora contre la pâleur d'Ilse. Nora sent le cœur d'Ilse sous sa paume, rapide puis ralentissant, ralentissant.

"Reste," dit Ilse.

"Je ne peux pas," dit Nora.

"Pas pour toujours. Cette nuit seulement."

***

Nora ne repart pas cette nuit-là.

Elles font l'amour deux fois encore, dans la forêt, puis à l'orée d'un espace qui ressemble à une chambre sans murs, une clarté différente, un sol de pierre chaude. La deuxième fois, Ilse est sur Nora, leurs sexes qui se frottent l'un contre l'autre dans une position qui demande aux deux corps une attention et une précision particulières. Nora tient les hanches d'Ilse, guide le mouvement, ajuste l'angle. Les clitoris se rencontrent à chaque oscillation, et le plaisir s'accumule lentement, méthodiquement, jusqu'à ce que Nora entende Ilse reprendre sa respiration par saccades et sente dans ses propres cuisses l'imminence d’une rupture.

Elles jouissent presque ensemble, avec un léger décalage, Ilse d'abord, puis Nora sur l'onde de la première.

La troisième fois est plus tard, quand la lune est basse. Ilse prend Nora par-derrière, sans pénétration, seulement ses doigts qui viennent de derrière, longs et précis, pendant que Nora est allongée sur le flanc et qu'Ilse est contre son dos. C'est long et silencieux et Nora pleure un peu à la fin, sans raison qu'elle saurait nommer.

"C'est normal," dit Ilse.

Elle dit ça simplement, comme elle dit tout.



V. Le Cadre, de l'autre côté

Au matin, la lumière dans la forêt change.

Nora le sent avant de le voir, quelque chose dans la qualité de l'air, un amincissement. Ilse est assise à côté d'elle, la robe blanche remise, les genoux contre la poitrine. Elle regarde la direction d'où est venue Nora.

"Il faut que tu rentres."

Nora s'habille. Le manteau est humide de rosée mais intact. Elle glisse les bras dans les manches, boutonne. Elle regarde Ilse.

"Est-ce que tu peux sortir ?"

Ilse secoue la tête.

"J'ai essayé. Il faut qu'on me voie. Il faut que quelqu'un voie la main."

"Tu attends que quelqu'un d'autre te voie ?"

"Non," dit Ilse. "J'attends que toi, tu reviennes."

Nora s'accroupit devant elle. Elle prend le visage d'Ilse entre ses mains, l'embrasse une fois, longuement. Ilse pose les mains sur ses poignets et les garde là.

"Reviens ce soir," dit Ilse.

"Ce soir," dit Nora.

Le passage dans l'autre sens se fait sans aspiration, juste une résistance légère, comme passer dans de l'eau peu profonde. Nora se retrouve dans la salle obscure, face au tableau. Dans le tableau, Ilse est debout, les mains le long du corps, les yeux verts posés sur Nora.

Elle sourit, distinctement.

Nora pose deux doigts sur le bord doré du cadre. Sous les siens, les doigts d'Ilse, la chaleur, la légère pression.



Épilogue

Nora revient ce soir-là.

Et le suivant. Et le suivant encore.

La gardienne la salue par son prénom et ne lui demande plus si tout va bien. Le livreur a arrêté de fermer la porte de service, ce qui n'a peut-être rien à voir avec Nora. Elle n'y pense pas.

Elle passe ses nuits dans la forêt du tableau et ses matins dans son appartement, à dormir jusqu'à midi sur des draps qu'elle change moins souvent. Elle a ouvert une des toiles vierges. Elle ne sait pas encore ce qu'elle va peindre, mais elle a posé une première couche de fond brun-orangé et l'a regardée sécher.

Il y a une chose qu'elle n'a pas dite.

La dernière nuit, avant de passer le cadre dans le sens du retour, elle a vu derrière Ilse, dans les arbres, une lumière. Une fenêtre, ou quelque chose comme une fenêtre. Elle n'a pas posé de question. Ilse n'a rien dit. Mais Nora a pensé que peut-être, si quelqu'un de l'autre côté du tableau voyait la main d'Ilse, si ce quelqu'un posait les doigts sur ce cadre là, la direction s'inverserait.

Elle n'en est pas sûre.

Elle y pense en posant les mains sur la toile vierge, en étalant la peinture avec le plat de la main, en cherchant la couleur exacte d'un certain vert trouble, indécis, qui pourrait être gris selon la lumière.

Elle n'a pas encore décidé si c'était une question ou une promesse.

FIN

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