Cambriolage (2/3)

- Par l'auteur HDS CDuvert -
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Récit libertin : Cambriolage (2/3) Histoire érotique Publiée sur HDS le 13-06-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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Cambriolage (2/3)
Temps de lecture ~ 30 minutes

Trois semaines.

Lucas avait barré les jours un par un, chaque matin, avec le même stylo rouge accroché au clou planté dans la poutre. Il n'avait pas décidé de le faire. Le premier jour il avait barré par habitude, un geste mécanique de quelqu'un qui compte les jours sans savoir ce qu'il compte, et ensuite il avait continué, parce que cesser d'un coup aurait signifié quelque chose qu'il ne voulait pas nommer.

Trois semaines de cases rouges en diagonale. Vingt-deux jours.

Il ne s'attendait pas à la revoir.

Il s'en était convaincu progressivement, avec la même méthode qu'il appliquait à tout ce qui résistait : systématiquement, sans s'accorder d'exception. Elle était venue, elle était repartie avec ce qu'elle voulait, et le portillon refermé dans la lumière froide du matin avait eu la netteté d'une conclusion. Il n'y avait rien à attendre. Elle n'avait pas l'air du genre à revenir sur ses pas.

Il descendit au sous-sol en milieu d'après-midi, en short et tee-shirt, les pieds dans de vieilles baskets sans lacets. La pièce était fraîche, légèrement humide, traversée par la lumière horizontale des soupiraux. La multi-station occupait le mur du fond, un assemblage de câbles et de poulies et de barres qui avait l'air plus compliqué qu'il ne l'était, les plaques de fonte empilées sur leurs tiges verticales, la sellerie noire craquelée au niveau des coutures par des années d'usage.

Il régla la charge, s'installa, commença.

La traction d'abord. Les épaules, les dorsaux, le mouvement long et contrôlé qui fait travailler le haut du dos dans toute son amplitude, les côtes qui s'écartent à chaque descente, les bras qui se tendent complètement avant la remontée. Il n'avait pas de musique. Il n'en avait jamais eu besoin. Il comptait les séries dans sa tête, régulièrement, et la régularité de l'effort avait depuis longtemps sur lui un effet proche du silence.

Il en était à la troisième série quand la sonnette retentit.

Il resta suspendu à la barre une seconde, les bras fléchis, le menton au niveau des mains. Puis il se laissa descendre lentement, les pieds touchèrent le sol, et il attendit. La sonnette ne retentit pas une deuxième fois. Il attrapa la serviette pendue au montant de la station, s'essuya le front, et monta.

Il ouvrit la porte.

Elle était là.

Jean sombre, pull à col rond d'un gris presque blanc, les cheveux bruns tirés en arrière en une queue basse, quelques mèches détachées de chaque côté du visage. Elle portait un sac en toile sur l'épaule, pas grand, le genre qu'on prend quand on prévoit de rester quelques heures. Ses yeux verts le trouvèrent immédiatement, le même regard direct qu'il n'avait pas oublié, la même façon de regarder sans chercher d'abord, comme si elle savait d'avance exactement où il serait.

Lucas ne dit rien. Elle non plus.

Il y eut une seconde, deux, trois, pendant lesquelles ni l'un ni l'autre ne bougea, et dans cette immobilité quelque chose se posa entre eux comme une évidence tranquille, le genre de chose qui n'a pas besoin d'être formulée parce qu'elle existe déjà entièrement avant les mots.

Il ouvrit la porte plus largement et s'effaça.

Elle entra.

Son regard descendit, sans pudeur, vers son short. Elle s'y arrêta une seconde avec la même attention concentrée qu'elle mettait dans tout ce qu'elle regardait, et le coin de sa bouche bougea à peine.

— Je vois que tu es content de me revoir.

Lucas ne répondit pas. Il n'y avait rien à répondre. Elle avait raison et tous deux le savaient, et la chose était là, visible et sans ambiguïté, et elle le regardait avec cette curiosité sérieuse qu'il avait déjà vue, comme si son propre corps était une information pertinente qu'elle enregistrait sans commentaire superflu.

Son regard se déplaça vers la porte au fond du couloir, celle qui donnait sur l'escalier du sous-sol.

— C'est quoi, en bas ?

— Une installation de musculation.

Elle tourna la tête vers lui. Quelque chose passa dans ses yeux, bref, difficile à nommer.

— Viens. On descend.

***

Elle fit le tour de la station lentement, les mains dans les poches de son jean, examinant l'ensemble avec une attention méthodique, les câbles, les poulies, les plaques empilées sur leurs tiges. Elle s'arrêta devant le banc de développé, le toucha du bout des doigts, la sellerie noire et tiède encore de la chaleur de l'effort récent.

— Installe-toi là.

Lucas la regarda.

— Enlève le tee-shirt, dit-elle. Et montre-moi.

Il n'y avait rien de séducteur dans le ton. C'était le même registre que tout à l'heure, factuel et direct, le registre de quelqu'un qui demande ce dont il a besoin sans se donner la peine d'emballer la demande. Il retira son tee-shirt, le posa sur le montant de la station, et s'allongea sur le banc.

Il régla la charge, saisit la barre, commença.

Le développé couché. Le mouvement descendant, la barre qui vient toucher la poitrine, les pectoraux en plein travail, les bras qui poussent, lents et contrôlés dans la phase montante, la respiration calée sur le geste. Il sentait ses propres muscles se contracter sous la peau, la chaleur familière qui montait dans les épaules et dans les triceps, et au-dessus de lui le plafond bas du sous-sol, les poutres apparentes, la lumière d'un soupirail.

Il entendit ses pas sur le béton.

Elle s'était adossée au mur d'en face.

Il ne la regarda pas tout de suite. Il continua sa série, régulier, la barre montant et descendant dans le silence de la pièce, et il entendait sa respiration à elle, légèrement plus courte que tout à l'heure, et il entendit aussi, au bout d'une ou deux minutes, quelque chose qu'il n'identifia pas immédiatement, un son très discret, le glissement d'un tissu, une fermeture qu'on entrouvre.

Il tourna la tête.

Elle avait les yeux sur lui. Le jean était ouvert au niveau du bouton, pas plus, et sa main avait disparu à l'intérieur, posée à plat contre sa peau, les doigts légèrement inclinés vers le bas. Elle ne cherchait pas à dissimuler la chose. Elle ne cherchait pas non plus à le provoquer délibérément, il n'y avait aucune mise en scène dans sa posture, aucune pose calculée. Elle était simplement là, le dos contre le mur, les épaules droites, les yeux posés sur le mouvement de son corps à lui, et sa main se mouvait sous le tissu avec une discrétion qui n'était pas de la pudeur mais plutôt de la concentration, comme quelqu'un qui travaille.

Lucas replaça la barre sur ses supports.

Il ne la quittait plus des yeux maintenant, et elle le savait, et ça ne changeait rien à ce qu'elle faisait. Son souffle s'était modifié encore, les narines légèrement dilatées, ses lèvres entrouvertes, et sous le tissu du jean il voyait le mouvement de ses doigts, régulier, discret, le poignet qui tournait très légèrement. Ses épaules étaient toujours droites contre le mur mais quelque chose dans la ligne de son cou avait changé, une légère inclinaison vers la gauche, une tension dans les muscles de sa gorge.

Elle avait toujours les yeux sur lui.

Ce regard vert, direct, concentré sur son torse, sur ses bras, sur ses épaules encore gonflées par l'effort, un regard qui consommait ce qu'il voyait avec sérieux et sans détour, et Lucas restait allongé sur le banc, immobile, les poings refermés sur la barre sans la soulever, et regardait l’orgasme venir à elle en silence.

Il vint vite.

Presque trop vite pour ce qu'elle avait voulu montrer, ou ne pas montrer. Un frémissement qui traversa ses épaules, son souffle qui se bloqua une seconde, ses lèvres qui se serrèrent l'une contre l'autre, et pendant deux ou trois secondes son visage perdit la netteté qui le caractérisait depuis le début, quelque chose se déroba derrière ses yeux, quelque chose d'exposé et de bref qui ressemblait à ce qu'il avait vu sur la table, vingt-deux jours plus tôt, quand ses jambes s'étaient refermées de chaque côté de sa tête et que sa main dans ses cheveux avait serré jusqu'à lui faire mal.

Puis ça se referma.

La netteté revint. Sa main quitta son jean, le bouton se reboutonna d'un geste précis, ses épaules se redressèrent contre le mur, et elle inspira par le nez, profondément, une seule fois.

Lucas s'était assis sur le banc.

Il la regarda traverser le sous-sol vers lui. Ses pas sur le béton, son jean reboutonné, ses yeux verts qui ne déviaient pas d'un centimètre. Elle s'arrêta devant lui, passa les doigts dans sa mèche pour la remettre derrière l'oreille, un geste ordinaire et tranquille, et baissa les yeux vers son short.

Elle s'accroupit.

Le short descendit sur ses cuisses, les genoux de la jeune femme sur le béton froid du sous-sol, et sa bouche se referma sur lui avant même qu'il ait eu le temps de prendre une inspiration. Ses deux mains d'abord, une à la base, l'autre remontant par-dessus la première, le poignet qui tournait dans un mouvement court et précis, et sa bouche au-dessus, les lèvres serrées, la langue qui travaillait, et l'ensemble était si direct, si concentré, si dépourvu de toute concession au ralentissement qu'il sentit l'orgasme arriver comme quelque chose qu'on n'a pas le temps d'anticiper.

Il éjacula en moins de deux minutes.

Les mâchoires serrées, les poings sur le bord du banc, la tête penchée vers elle, ses yeux ouverts sur le sommet de son crâne et les mèches brunes qui se défaisaient de leur attache. Elle le tint jusqu'au bout, sa gorge qui travaillait, ses mains qui ne relâchaient pas leur prise, et quand ce fut fini elle se redressa sans un mot, les genoux quittant le béton, debout devant lui, et s'essuya le coin des lèvres du dos de la main.

— Pourquoi ? dit-il.

Sa voix était plus rauque qu'il ne l'aurait voulu.

Elle le regarda. Quelque chose passa dans ses yeux, un calcul rapide, ou peut-être autre chose, il n'aurait pas su dire.

— On était trop excités tous les deux. Ça n'aurait rien donné.

Il remit son tee shirt et attendit qu'elle continue.

— Maintenant il faut qu'on prenne notre temps.

Elle dit ça avec le même calme qu'elle mettait dans toutes ses phrases, ce calme qui n'était pas de l'indifférence mais quelque chose de plus intérieur, plus construit, comme une décision prise longtemps à l'avance et qu'on n'a plus besoin de justifier. Mais il y avait quelque chose dans la façon dont elle avait regardé le sol une fraction de seconde avant de finir sa phrase, quelque chose de très bref et de presque imperceptible, comme un mot barré dans une phrase avant d'être dit.

Lucas l'avait vu.

Il ne dit rien.

Elle releva les yeux vers lui, les yeux verts qui reprenaient leur netteté habituelle, et elle passa de nouveau la main dans ses cheveux, ce geste qu'elle faisait quand elle passait à la suite, et il se demanda depuis combien de temps elle répétait exactement ce geste, et ce qu'il effaçait à chaque fois.

***

Elle fit le tour de la pièce du regard.

Lentement, sans se presser, les yeux allant des espaliers fixés au mur de gauche jusqu'aux tapis de sol empilés dans l'angle, la station de musculation avec ses câbles et ses plaques, le banc au centre, les anneaux suspendus à la poutre par des sangles réglables. Elle prenait l'inventaire avec cette attention méticuleuse qu'il lui connaissait déjà, la façon qu'elle avait d'enregistrer un espace comme on lit un texte, ligne après ligne, sans rien laisser de côté.

Puis elle revint sur lui.

— Déshabille-moi.

Elle avait dit ça simplement, sans préambule, les bras légèrement écartés du corps, les paumes tournées vers l'avant dans un geste qui n'était ni une pose ni une invitation calculée, juste une disponibilité offerte, nette et sans ornement.

Lucas se leva du banc.

Il s'approcha d'elle et s'arrêta à quelques centimètres. Il la dominait d'une tête, peut-être un peu plus, et depuis cette hauteur il voyait le haut de son crâne, les cheveux bruns avec quelques mèches encore échappées de l'attache, et il voyait aussi la ligne de ses épaules sous le pull, étroites, tendues légèrement vers le haut comme quelqu'un qui attend sans vouloir le montrer.

Il posa les mains sur elle.

Les poignets d'abord, qu'il prit doucement entre ses paumes, pas pour les retenir, juste pour sentir, et il sentit sous ses doigts le pouls qui battait là, vif et régulier, plus vif que son visage ne le laissait paraître. Puis ses mains remontèrent le long de ses avant-bras, lentement, jusqu'aux coudes, et de là jusqu'aux épaules, et il glissa les doigts sous le col du pull pour trouver le tissu et commencer à le soulever.

Elle leva les bras d'elle-même.

Le pull passa par-dessus sa tête, les bras levés, les mèches qui se défaisaient tout à fait de leur attache, et quand le tissu disparut il découvrit la peau de ses épaules, du haut de son dos, le soutien-gorge noir et simple qui fermait dans le dos par deux agrafes. Il le laissa pour l'instant. Ses mains descendirent le long de ses flancs, sentant sous ses paumes les côtes, la légère concavité de la taille, et il s'arrêta là, les pouces dans la courbe, sans appuyer.

Sa peau était froide en surface. Dessous, ça battait.

Il fit descendre ses mains vers le jean, trouva le bouton, l'ouvrit. La fermeture glissa, et il glissa le jean sur ses hanches avec lenteur, ses deux pouces dans la ceinture, sentant la chaleur qui montait de sa peau à mesure que le tissu descendait, les hanches d'abord, puis le haut des cuisses, puis les cuisses entières qui apparurent dans la lumière froide des soupiraux, longues et pâles, la peau d'une finesse presque transparente à l'intérieur.

Le jean tomba sur le béton.

Elle en sortit d'un pas, comme la première fois, et Lucas resta agenouillé devant elle une seconde, les yeux à la hauteur de la culotte noire, de la toison qu'il devinait sous le tissu fin, avant de se relever.

Il passa les mains dans son dos et défit les deux agrafes du soutien-gorge.

Les bretelles glissèrent d'elles-mêmes le long de ses épaules. Il retira le soutien-gorge et le posa quelque part sur le banc sans le regarder, parce qu'il regardait ses seins, petits et hauts, les mamelons déjà durcis, et il posa les deux paumes à plat sur elle, doucement, juste le poids des mains, sentant sous ses paumes la douceur et la chaleur et sous la douceur le battement accéléré de sa cage thoracique.

La culotte ensuite.

Il la fit descendre sans se baisser, les doigts dans l'élastique, le tissu glissant sur ses hanches, ses cuisses, le béton du sol. Et elle était nue dans son sous-sol, les pieds sur le béton froid, debout devant lui sous la lumière grise des soupiraux, et il prit le temps de la regarder entièrement, cette fois, pas dans l'obscurité d'une entrée mais dans cette lumière hivernale et directe qui ne cachait rien.

Il la prit contre lui.

Ses deux bras se refermèrent autour d'elle, lentement, l'attirant vers sa poitrine, et elle vint, sans résister, la joue contre son torse, la chaleur de son corps nu contre le sien. Il sentait la totalité d'elle contre lui, les seins aplatis sur son torse, le ventre contre son ventre, les cuisses qui touchaient les siennes, et il sentait aussi la tension dans ses épaules à elle, une rigidité légère qui n'était pas du rejet mais quelque chose de plus compliqué, quelque chose qui ressemblait à de l'effort.

Il baissa les yeux vers son visage.

Elle regardait devant elle, quelque part vers le milieu de son torse, les lèvres closes, les mâchoires légèrement serrées. Une mèche brune traversait sa joue.

— Je voudrais t'embrasser, dit-il.

Elle leva la tête vers lui.

Le regard vert, direct comme il l'avait toujours été, mais quelque chose d'autre dedans maintenant, quelque chose qui n'était pas de la défiance ni du calcul, quelque chose de plus nu que ça, plus proche de la surface. Elle le regarda une seconde, deux, et fit non de la tête.

Un mouvement lent, presque imperceptible. Non.

Mais son corps tremblait contre lui.

Pas beaucoup. Un frémissement continu et léger qui parcourait ses épaules et descendait le long de son dos, le genre de tremblement qu'on ne choisit pas et qu'on ne peut pas tout à fait cacher quand quelqu'un vous tient contre lui. Et ses yeux, ses yeux verts qui disaient oui avec la même certitude que la tête qui bougeait lentement de droite à gauche disait non, ses yeux disaient autre chose entièrement.

Lucas posa les lèvres sur les siennes.

Elle se figea.

Une fraction de seconde de pétrification absolue, le souffle suspendu, le corps immobile entre ses bras, et il sentit contre sa bouche la résistance de ses lèvres fermées, la tension du refus encore là, encore présente, et il ne bougea pas, il resta là, les lèvres posées sur les siennes sans appuyer davantage, attendant.

Quelque chose céda.

Pas progressivement. D'un coup, comme une porte qu'on retient longtemps et qui s'ouvre brusquement sous la pression accumulée. Ses lèvres s'ouvrirent, et ce qui suivit n'avait rien de la lenteur de ce qui venait de se passer. Elle l'embrassa avec une brutalité soudaine qui le prit de court, sa bouche contre la sienne, sa langue qui entra sans détour, ses mains qui montaient le long de son dos et lui griffaient la peau et Lucas répondit avec la même force, les bras se resserrant autour d'elle, sa main dans ses cheveux, le baiser profond et presque violent, les dents qui se frôlaient, les souffles mêlés.

Puis ça s'apaisa.

Lentement, le baiser perdit de son urgence sans s'interrompre, devint quelque chose de plus long, de plus attentif, les lèvres qui exploraient plutôt qu'elles n'assaillaient, la langue plus douce, les souffles qui se régulaient. Lucas sentait dans ses bras le tremblement de la jeune femme qui ne s'était pas tout à fait dissipé, et il garda les paumes à plat dans son dos, la maintenant contre lui sans appuyer, juste assez pour qu'elle sente le contact.

Sa main glissa entre eux.

Il ne l'avait pas vu venir, il était dans le baiser, les yeux fermés, et sa main à elle était là, paume ouverte contre son ventre, qui descendait sans hâte vers l'élastique de son short. Elle le franchit, les doigts qui se refermaient sur lui, doucement cette fois, sans l'urgence méthodique de la première fois ni la rapidité de tout à l'heure, quelque chose de différent dans la prise, quelque chose qui prenait le temps de sentir ce qu'elle tenait.

Elle le tint dans sa main et commença à bouger, lentement.

Un mouvement régulier et doux, la prise ni trop ferme ni trop lâche, le poignet qui imprimait une légère torsion à la remontée, le pouce passant sur la pointe à intervalles mesurés. Lucas continuait de l'embrasser, sa main toujours dans ses cheveux, l'autre à plat dans son dos, et il sentait entre ses jambes la chaleur revenir, lentement, différemment de tout à l'heure, pas cette urgence aveugle mais quelque chose qui prenait sa place avec plus de patience, qui montait par degrés dans la chaleur de son souffle et du contact de leurs deux corps.

Il durcit dans sa main.

Elle le sentit et ne changea pas de rythme, maintint la même régularité tranquille, et il sentait ses doigts s'ajuster légèrement à la nouvelle tension, la prise qui s'adaptait sans s'accélérer, et dans sa bouche à elle le baiser continuait, plus doux maintenant, presque lent, comme si les deux choses s'accordaient l'une à l'autre sans qu'elle l'ait décidé consciemment.

Lucas posa le front contre le sien.

Ils respiraient dans le même espace, leur souffle mêlé dans le silence du sous-sol, et sa main continuait, lente et régulière, et le tremblement dans les épaules de la jeune femme n'avait pas cessé, il était là encore, sous ses paumes, persistent et involontaire.

***

Elle rompit le baiser.

Ses mains quittèrent son short, remontèrent vers le bas de son tee-shirt, et elle le saisit à deux poignets et le fit passer par-dessus sa tête avec le même geste qu'elle avait eu pour le sien, les bras levés, le tissu qui disparaît. Elle le posa sur le banc, les yeux déjà revenus sur son torse, et elle le regarda comme elle regardait tout, attentivement, sérieusement, ses paumes à plat sur ses pectoraux, sentant la chaleur et le relief des muscles sous ses mains.

Le short ensuite. Elle l'abaissa sur ses cuisses sans s'agenouiller, les deux pouces dans l'élastique, le tissu qui glisse, et il en sortit d'un pas, pieds nus sur le béton froid, nu devant elle dans la lumière grise du sous-sol.

Elle tourna la tête vers les tapis empilés dans l'angle.

— Là.

Elle en prit un, le déroula sur le béton, le lissa du plat de la main. Un carré de mousse recouverte de vinyle noir, épais, stable. Elle se redressa et le regarda.

— Allonge-toi.

Lucas s'allongea sur le dos, les bras le long du corps, les yeux vers le plafond bas, les poutres, la lumière. Il entendit ses pas sur le béton. Elle vint s'agenouiller à côté de lui, les genoux sur le bord du tapis, et il tourna la tête vers elle.

Elle avait les yeux sur son visage.

Sa main se leva et vint se poser sur sa joue, la paume contre sa pommette, les doigts qui remontaient vers la tempe et la mâchoire. Un geste lent, presque hésitant, si différent de tout ce qu'il avait vu d'elle jusqu'ici que Lucas ne bougea pas, retenant jusqu'à sa respiration, de peur que le moindre mouvement brusque rompe quelque chose. Elle explorait les lignes de son visage du bout des doigts, le front, le nez, la commissure des lèvres, avec une attention qui ressemblait à de la stupeur, comme quelqu'un qui touche quelque chose qu'il ne s'était pas autorisé à toucher avant.

Ses doigts descendirent vers son cou, sa clavicule, le sternum.

Elle posa la paume à plat sur sa poitrine, sentit son cœur battre dessous, et quelque chose traversa son visage, bref et indéfinissable, qu'elle effaça aussitôt.

Elle leva une jambe et vint s'installer au-dessus de lui.

Les genoux de part et d'autre de ses hanches, son poids assis sur ses cuisses à lui, les mains posées sur son torse pour trouver l'équilibre. Depuis cette hauteur elle le dominait, et Lucas la regardait depuis le sol, ce corps nu au-dessus du sien, la ligne de son ventre, les seins, le visage encadré par les mèches brunes qui retombaient de chaque côté.

Elle avança les hanches, très lentement.

Il sentit le contact avant de le comprendre. La chaleur d'abord, dense et humide, ses lèvres intimes qui vinrent se poser sur lui, pas pour le prendre, juste pour se poser, la chair gonflée et ouverte qui s'appuyait sur toute la longueur de son sexe allongé contre son ventre. Le contact était total, direct, sans intermédiaire, et Lucas sentit dans ses propres cuisses quelque chose se contracter d'un coup.

Elle bougea.

Un mouvement vers l'avant, lent, les lèvres qui glissaient sur lui depuis la base jusqu'à la pointe, la chaleur humide qui avançait le long de son membre dans une pression douce et continue. Puis elle revint, aussi lentement, le trajet inverse, la même chaleur, la même pression, et Lucas sentit sa chair se comprimer légèrement sous son poids à elle, sous le gonflement de sa chair à elle.

Elle recommença.

Un va-et-vient régulier et tranquille, sans précipitation, ses hanches qui avançaient et reculaient dans un balancement presque imperceptible, juste ce mouvement, juste ce frottement, ses lèvres intimes qui s'écartaient légèrement à chaque passage sur le gland et se refermaient au retrait. Lucas entendait le bruit humide de ce contact, très discret, qui ponctuait chaque mouvement avec une précision qui lui brouillait légèrement la vue.

Il ne la pénétra pas.

Il ne bougea pas. Il restait allongé sous elle, les bras le long du corps, et il rassemblait tout ce qu'il avait, toute la concentration et la patience qu'il connaissait, pour rester immobile pendant qu'elle se mouvait sur lui, pendant que la chaleur et l'humidité de sa chair glissaient sur lui avec cette régularité tranquille qui était en train de le défaire centimètre par centimètre.

Il leva les mains.

Ses paumes se posèrent sur ses hanches, doucement, sans appuyer, juste le contact. Il les fit remonter lentement le long de ses flancs, sentant les côtes sous ses doigts, la concavité de la taille, et il posa les pouces à plat sur son ventre et les fit glisser vers les hanches dans une caresse longue et ouverte. Elle continua de bouger, les yeux mi-clos maintenant, et il sentait sous ses paumes la légère modification de son rythme, quelque chose d'infiniment plus lent que ce qu'il avait eu d'elle jusqu'ici, quelque chose qui prenait le temps d'exister.

Ses mains remontèrent vers ses seins.

Il les cueillit dans ses paumes, sans serrer, le poids de chacun dans le creux de ses mains, et il passa les pouces sur les mamelons avec la même lenteur qu'elle mettait dans ses hanches. Elle laissa échapper un son très bref, à peine audible, et ses hanches marquèrent une légère hésitation dans leur rythme avant de reprendre.

Il sentait le clitoris à chaque passage.

Il n'aurait pas pu ne pas le sentir, ce petit renflement ferme qui frôlait le gland à chaque aller, qui s'y appuyait une fraction de seconde avec une pression différente des autres, plus concentrée, et qui repartait, et qui revenait, et les yeux de la jeune femme s'ouvraient un peu moins à chaque fois.

Lucas mobilisait tout.

La respiration d'abord, qu'il gardait basse et régulière malgré tout, inspirant par le nez, expirant lentement, refusant à son propre corps la précipitation qu'il réclamait. Les jambes, qu'il maintenait immobiles sur le tapis. Les hanches, contre lesquelles elle pesait de tout son poids et qui voulaient monter vers elle et qu'il retenait, les muscles du bas du ventre contractés dans un effort silencieux et continu. Il était au bord depuis plusieurs minutes déjà, au bord d'une façon presque douloureuse, et il ne bougeait pas, il la caressait et ne bougeait pas, parce qu'elle avait dit qu'il fallait prendre le temps et parce que pour la première fois depuis qu'il la connaissait il voyait sur son visage quelque chose qu'il voulait voir aller jusqu'au bout.

Elle avait posé les deux mains à plat sur sa poitrine.

Ses bras légèrement tendus, le poids de son buste en avant, et ses hanches continuaient, ce balancement lent et inexorable, et sa respiration maintenant n'avait plus rien de la maîtrise du début. Elle expirait par la bouche, de longues expirations irrégulières, la tête légèrement penchée en avant, les mèches brunes qui retombaient, et Lucas voyait sur son cou les muscles qui se tendaient à chaque passage du clitoris sur le gland, cette infime crispation qui trahissait ce qu'elle ne montrait pas encore.

Il remonta une main dans son dos.

La paume à plat entre ses omoplates, sans appuyer, juste là, sentant la chaleur de sa peau et le tremblement qui recommençait, ce même tremblement qu'il avait senti tout à l'heure quand il la tenait contre lui, ce frémissement continu et involontaire qui parcourait ses épaules et descendait vers les reins.

Son rythme changea.

Imperceptiblement d'abord. Le va-et-vient qui se resserre, l'amplitude qui diminue, les hanches qui ne font plus que de petits cercles serrés autour du point de friction, autour du clitoris appuyé maintenant en continu contre le gland dans un frottement précis et répété qui n'était plus du tout la même chose que ce qui avait commencé quelques minutes plus tôt.

Elle gémit.

Un son plein, sans retenue, qui monta dans le silence du sous-sol et résonna contre les murs de béton, et ses bras plièrent, son buste s'affaissa vers lui, ses mains qui cherchaient ses épaules et les saisissaient, et Lucas referma les deux bras autour d'elle dans le même mouvement, les paumes dans son dos, la maintenant contre lui.

L'orgasme la prit entièrement.

Pas le frémissement contenu de tout à l'heure contre le mur, pas le spasme bref et silencieux. Quelque chose de plus long, de plus profond, qui partait du bassin et remontait le long de son dos sous ses paumes à lui, ses hanches qui continuaient leur mouvement de façon involontaire, cherchant le contact encore et encore, son corps entier qui s'abandonnait à lui de tout son poids dans un long tremblement.

Elle laissa échapper des sons qu'il ne lui avait pas entendus, des sons sans calcul, sans contrôle, des sons qui venaient de plus loin que la gorge.

Lucas serra les bras.

Il la tint contre lui, les deux paumes ouvertes dans son dos, et il ne bougea pas, il la laissa se consumer contre lui, la chair de la jeune femme qui pulsait contre son sexe à lui par vagues successives, ses ongles dans ses épaules, son souffle haché contre son cou.

Il ne chercha rien pour lui.

Il la tint, simplement, les bras refermés sur elle et sur ce qu'elle traversait, et dehors les soupiraux laissaient entrer une lumière qui avait légèrement changé de couleur pendant qu'ils étaient là, le blanc de l'après-midi qui tirait vers le gris du soir, et le sous-sol était silencieux autour d'eux, silencieux et froid, sauf là où leurs corps se touchaient.

Le tremblement reflua par degrés.

Ses ongles relâchèrent ses épaules. Ses hanches s'immobilisèrent. Sa respiration revint, lente, profonde, le souffle chaud contre le cou de Lucas. Elle resta là, sur lui, contre lui, le poids de son corps entier appuyé sur sa poitrine, et elle ne bougea pas pour s'écarter.

Il garda les bras fermés.

Il ne dit rien. Elle non plus. Dehors, quelque chose, un volet, une branche, bougea dans le vent, et le son traversa le soupirail et disparut.

***

Elle se redressa.

Un mouvement souple, les paumes qui quittent ses épaules, le buste qui se relève, et avant qu'il ait compris ce qui se passait elle avait pivoté sur les genoux et se retrouvait à quatre pattes sur le tapis, les mains à plat devant elle, le dos horizontal, les hanches hautes.

— Maintenant, dit-elle. Tu vas me prendre comme ça.

Sa voix avait retrouvé quelque chose de sa netteté, mais pas tout à fait, pas encore, il restait dedans une légère raucité qui trahissait ce qui venait de se passer, ce qu'elle n'avait pas tout à fait fini de traverser.

Lucas se redressa et vint se positionner derrière elle.

Il s'agenouilla, les genoux écartés de part et d'autre de ses jambes, et il prit le temps de regarder ce que la lumière grise des soupiraux lui offrait. La ligne de son dos, longue et droite, la courbe des reins qui se creusait avant de se relever vers les fesses, les hanches étroites, la toison sombre entrouverte entre ses cuisses légèrement écartées. Il était encore dur, ou redevenu dur, il ne savait plus très bien, et il posa son sexe dans le creux entre ses fesses sans chercher encore l'entrée, juste ce contact, la chaleur de sa peau contre lui.

Il posa les deux paumes dans son dos.

Il les fit descendre lentement depuis les omoplates jusqu'aux reins, suivant la colonne, sentant sous ses paumes chaque vertèbre, la douceur de la peau tendue sur le muscle. Ses mains contournèrent les hanches et remontèrent vers les côtes, vers les seins qui pendaient légèrement dans cette position, et il les prit, les deux, la chaleur et le poids dans ses paumes, et il sentit les mamelons se durcir encore contre ses mains.

Elle ne dit rien. Sa tête était baissée, les cheveux retombant en rideau de chaque côté de son visage.

Il quitta ses seins et laissa glisser une main vers le bas du ventre, vers l'intérieur des cuisses, et il trouva la chaleur humide, les lèvres gonflées, et il comprit qu'elle était prête depuis longtemps, que tout ce qui venait de se passer l'avait laissée dans un état dont elle n'était pas encore revenue.

Il se présenta à l'entrée de la vulve.

Le gland contre les lèvres, cette chaleur dense et précise qui l'accueillit immédiatement, et il s'arrêta là une seconde, les deux mains revenues sur ses hanches, les pouces dans le creux juste au-dessus des fesses. Il sentait sous ses pouces le léger tremblement qui n'avait pas quitté son corps, et il prit une inspiration lente.

Il entra en elle.

Lentement. D'une poussée unique et continue, sans hâte, sentant la chaleur serrée s'ouvrir autour de lui centimètre par centimètre, la résistance douce qui cédait progressivement, et il avança jusqu'à ce que ses hanches touchent ses fesses, jusqu'à ce que plus rien ne les sépare, et il s'arrêta là, enfoncé jusqu'à la garde, laissant à sa chair le temps de l'accueillir entièrement.

Elle exhala lentement, une longue expiration qui traversa tout son corps.

Il commença à bouger.

Des allers et retours profonds et lents, un retrait presque complet, les lèvres de la jeune femme qui se refermaient sur le gland dans la résistance de l'aspiration, puis une poussée longue et régulière jusqu'au fond, ses hanches qui heurtaient les fesses avec une douceur calculée. Il sentait à chaque fois le fond de sa chaleur, cette limite précise qui se logeait contre lui, et il sentait ses propres mains serrer légèrement les hanches étroites à chaque impact, un réflexe incontrôlable et bref.

Le bruit de leurs corps dans le silence du sous-sol.

Ce bruit humide et sourd qui ponctuait chaque mouvement, qui s'installait dans l'espace bas et froid de la pièce et le remplissait d'une façon qui rendait tout le reste inexistant. Lucas entendait sa propre respiration, régulière encore mais plus tout à fait, et il entendait celle de la jeune femme, courte, hachée, un son à chaque poussée qui montait dans la gorge sans qu'elle cherche à le retenir.

Il accéléra par degrés.

Le rythme qui s'installe de lui-même, les hanches qui trouvent leur cadence, et avec l'accélération quelque chose changea dans la texture de sa chaleur autour de lui, quelque chose se resserra légèrement, et Lucas sentit dans ses cuisses à lui la première vague d'une chaleur qui n'était pas encore urgente mais qui annonçait.

Il glissa une main vers l'avant.

Le long de sa hanche, vers le bas-ventre, et ses doigts trouvèrent le clitoris, ce petit renflement ferme qu'il reconnut sous la pointe, et il commença à tourner, des cercles lents, et elle répondit immédiatement, les hanches qui reculèrent vers lui dans un mouvement involontaire, cherchant les deux contacts à la fois, sa bouche qui laissa échapper un son continu et bas.

L'autre main quitta sa hanche et remonta vers les seins.

Il en cueillit un, la paume à plat sous le poids, le mamelon entre deux doigts, et il continua, les deux mains en même temps, les cercles sur le clitoris et la pression sur le sein, et ses propres hanches qui s'enfonçaient maintenant dans un rythme qui n'avait plus rien de lent.

La chaleur montait.

Elle partait de l'endroit précis où sa chair se refermait sur lui à chaque retrait et remontait le long du ventre en vagues de plus en plus rapprochées. Il sentait chaque détail, la pression exacte des parois autour de lui, la légère torsion de ses hanches à elle qui modifiait l'angle d'un centimètre et changeait tout, le frôlement du fond à chaque poussée complète, la chaleur dense et continue qui l'enveloppait et qui pulsait maintenant légèrement, et il comprit que la jeune femme approchait de nouveau.

Il maintint les cercles sur le clitoris.

La même régularité, la même pression, implacable, pendant que ses hanches trouvaient leur vitesse, plus profond à chaque poussée, le bruit de leurs corps qui s'amplifiait, et la jeune femme gémissait maintenant sans discontinuer, des sons ouverts et longs qui résonnaient contre le béton, et ses bras fléchirent légèrement, son front qui descendait vers le tapis.

Lucas sentit ses propres mâchoires se serrer.

La chaleur avait envahi tout le bas de son corps, ses cuisses, son ventre, la base de son sexe qui pulsait à chaque poussée avec une intensité qui rétrécissait le monde à cet endroit précis. Il ne contrôlait plus le rythme, le rythme le contrôlait, ses hanches qui s'enfonçaient dans un mouvement continu et sans nuance, profond, régulier, et la jeune femme sous lui qui s'arc-boutait pour recevoir chaque impact.

Il éjacula.

Depuis la racine, une déflagration longue et totale qui neutralisa tout le reste d'un coup, ses hanches pressées contre ses cuisses dans une poussée finale et profonde, et il sentit gicler son sperme et sa propre chaleur se répandre au fond d'elle par vagues successives, chaque vague arrachant un son qu'il ne retint pas, la main toujours sur le clitoris, les doigts qui ne s'arrêtèrent pas.

Elle bascula dans la même seconde.

Ses bras cédèrent, son buste tomba sur le tapis, et sous la main de Lucas le clitoris pulsait contre ses doigts pendant que sa chair se contractait autour de lui en spasmes profonds et réguliers, et elle criait dans le tapis, les deux mains refermées sur le vinyle noir, son dos qui ondulait sous ses paumes.

Il resta en elle.

Immobile, les hanches contre elle, sentant les derniers frémissements de sa jouissance à elle se dissiper lentement autour de lui, ses propres bras qui tremblaient légèrement de chaque côté d'elle.

Puis il se retira doucement, et s'allongea à côté d'elle.

***

Ils restèrent un long moment sans bouger.

Le béton du sous-sol était froid hors du tapis, l'air immobile et légèrement humide, et leurs deux corps allongés l'un contre l'autre sur le carré de mousse noire, Lucas sur le dos, elle sur le côté, sa tête posée dans le creux de son épaule, une main à plat sur sa poitrine. Il avait refermé un bras autour d'elle, la paume dans son dos, et elle l’avait laissé faire, ce qui en soi lui semblait une chose considérable.

Sa respiration était revenue, lente et profonde.

La sienne aussi.

Elle bougea légèrement, pas pour partir, juste pour ajuster sa tête dans le creux de l'épaule, et elle dit, dans le silence, sans préambule :

— Je suis sûre que ça va marcher, cette fois.

Lucas la sentait contre lui, la chaleur de tout son corps, et il regarda le plafond bas et les poutres et il laissa passer quelques secondes avant de demander ce qu'il voulait demander depuis vingt-deux jours.

— Pourquoi moi ?

Elle ne répondit pas tout de suite. Sa main sur sa poitrine bougea légèrement, les doigts qui traçaient quelque chose sans y penser.

— Parce que je t'avais remarqué à la salle de muscu.

Lucas resta immobile.

Quelque chose se déplaça dans sa mémoire, lentement, cherchant, et il trouva. Une silhouette petite et brune sur un tapis de jogging, au fond de la salle, il y a combien de temps, six semaines, deux mois. Il ne l'avait pas regardée vraiment, juste enregistrée, la façon dont elle courait, les épaules droites, les yeux devant elle, sans écouteurs. Il n'avait pas retenu le visage.

Il aurait dû retenir le visage.

Elle ne développa pas. Il ne demanda pas. La chose était posée entre eux comme un fait suffisant, une explication qui n'en demandait pas d'autre pour l'instant, et Lucas sentait contre son épaule la chaleur de sa tempe et sous sa paume la respiration régulière de son dos.

— Reste, dit-il.

Un silence.

— Non. Je dois partir.

Sa voix était redevenue ce qu'elle avait été au début, posée et sans appel, la voix de quelqu'un qui a décidé avant d'entrer. Mais elle ne bougea pas tout de suite. Elle resta encore là, la main à plat sur sa poitrine, la tête dans le creux de son épaule, quelques secondes de plus que nécessaire pour quelqu'un qui doit partir.

Puis elle se leva.

À suivre…

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Texte coquin : Cambriolage (2/3)
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