L'heure bleue
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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L'heure bleue
Temps de lecture ~ 12 minutes
Le sentier descend vers la rivière par une pente douce, entre les fougères et les bouleaux. Léa marche devant. Ses chevilles disparaissent dans l'herbe haute, ses épaules bougent légèrement sous le tissu fin de sa robe. Thomas la suit à deux pas, le sac sur l'épaule, les yeux dans son dos.
Ils n'ont rien dit depuis le pont.
C'est une journée de fin août, celle où l'air commence à porter quelque chose d'autre, une promesse de fraîcheur à venir, un léger deuil du soleil. La lumière coupe à travers les feuilles en lames obliques. Tout est encore chaud, mais différemment.
---
La rivière forme ici un coude paresseux. La berge s'élargit en un replat de terre battue et de mousse, à l'abri d'un saule dont les branches touchent presque l'eau. C'est l'endroit qu'ils cherchaient, ou un endroit comme celui-là. Léa pose ses sandales, avance pieds nus jusqu'au bord, regarde le courant.
Thomas étend la couverture sans un mot.
---
Elle se retourne.
Il est assis sur la couverture qu'il vient d'étendre, les avant-bras sur les genoux, les mains pendantes. Il la regarde. Pas comme on regarde quelqu'un qu'on désire, ou pas seulement. Comme on regarde quelqu'un qu'on a failli perdre et qu'on retrouve là, debout au bord d'une rivière, les pieds dans l'herbe mouillée, vivant.
Elle le sait. Il n'a pas besoin de le dire.
---
Il y a eu l'hiver. Les semaines où elle ne répondait plus aux messages, où il laissait sonner sans laisser de message, où il apprenait à distinguer le silence qui demande du temps du silence qui ferme une porte. Il avait appris à ne pas confondre les deux, à force d'erreurs.
Il y a eu le soir de février où elle avait rappelé, tard, sans raison donnée, et où ils avaient parlé jusqu'à trois heures du matin de choses sans importance, des films qu'ils n'avaient pas vus, d'une émission de radio, d'un livre qu'elle avait abandonné à la page cent. Ils n'avaient pas parlé de ce qui s'était passé. Pas ce soir-là.
---
Ce qui s'était passé avait un nom ordinaire et une durée longue. Une période, dirait-elle plus tard, avec ce mot vague qu'on choisit quand les mots précis font trop de bruit. Thomas avait compris à peu près ce que ce mot recouvrait, à la façon dont elle s'était effacée progressivement de leurs projets communs, des week-ends annulés la veille, des dîners où elle était présente en façade seulement, les yeux ailleurs, la voix légèrement en retard sur les phrases.
Il n'avait pas su quoi faire de ça. Il avait fait des erreurs. Trop insistant d'abord, puis trop discret, cherchant l'équilibre sans jamais le trouver tout à fait.
---
Le printemps avait changé quelque chose, lentement, sans qu'on puisse désigner le jour exact. Elle avait recommencé à lui envoyer des photographies, son téléphone orienté vers une fenêtre, une lumière particulière sur un toit, un chat sur un rebord. Des riens qui voulaient dire je suis là encore, je reviens.
Il avait répondu à chaque fois, sobrement, sans en faire trop.
Ils s'étaient revus en avril, puis en mai, avec cette prudence légèrement maladroite des gens qui savent ce qu'ils ont failli perdre et qui ne veulent pas brusquer ce qui se reconstitue. Les premiers dîners avaient été un peu formels, trop attentifs, comme si chacun surveillait ses propres mots. Puis quelque chose s'était détendu, un soir, devant un verre de vin renversé sur la nappe, dans le fou rire qui avait suivi.
---
Aujourd'hui c'est la première fois qu'ils partent ensemble depuis longtemps. Une journée seulement, le train du matin, un pique-nique dans le sac. Rien de spectaculaire. C'est précisément pour ça qu'il a proposé, et précisément pour ça qu'elle a dit oui.
Il la regarde au bord de la rivière, les orteils dans l'eau, les cheveux ramassés en désordre sur la nuque, et ce qu'il ressent n'a pas de nom simple. Ce n'est pas du soulagement, pas exactement, ou pas seulement. C'est quelque chose de plus calme et de plus solide, une certitude tranquille qui s'installe là où il y avait eu de la crainte.
Elle se retourne vers lui. Leurs regards se tiennent une seconde.
Elle revient, s'assoit. Leurs épaules se touchent. La rivière fait un bruit de fond continu, presque musical, une note tenue.
---
C'est lui qui commence, mais à peine. Il pose la main sur sa nuque, sous les cheveux relevés par la chaleur. La peau là est fine, légèrement humide. Elle ferme les yeux. Il approche sa bouche de sa tempe, ne l'embrasse pas tout de suite, reste à un centimètre, respire.
Elle dit son nom.
Juste son nom.
Il l'embrasse alors dans le cou, lentement, comme s'il apprenait. Elle incline la tête pour lui donner plus. Sa main à lui glisse le long de sa colonne, s'arrête dans le creux du dos, s'y pose à plat. Elle sent la chaleur de sa paume à travers le tissu.
---
Ils s'allongent sans se presser. La couverture est rugueuse sous ses omoplates, l'herbe fait une légère pression à travers. Elle entend le saule bouger, un oiseau quelque part, la rivière toujours. Thomas est au-dessus d'elle, appuyé sur un coude, et il la regarde encore.
Elle remonte les mains dans ses cheveux, le tire doucement vers elle.
Le baiser est long, attentif. Il prend le temps de sa lèvre inférieure, de l'angle de sa bouche. Elle sent son souffle changer sous ses paumes. Il descend le long de sa gorge avec les lèvres, pose la main sur sa poitrine par-dessus la robe, la sent se soulever et s'abaisser.
---
La robe a des boutons dans le dos. Il les défait un par un. Elle reste immobile, les yeux ouverts sur le feuillage du saule, les mains à plat sur ses cuisses. Chaque bouton est une attente supplémentaire. Quand le tissu s'ouvre enfin sur sa peau, il la touche là, entre les omoplates, du bout des doigts, comme si la peau était quelque chose de rare.
Elle porte un soutien-gorge beige, simple. Il le défait. Glisse les bretelles. Elle retourne la robe devant, la laisse tomber. Il la regarde.
Sa poitrine est petite, les mamelons déjà sombres, déjà dressés dans l'air du dehors. Il se penche, en prend un entre ses lèvres, le bord d'abord, puis plus franchement. Elle pose la main dans ses cheveux. Il entend sa respiration se fragmenter légèrement.
---
Elle défait sa chemise à lui pendant qu'il l'embrasse dans le cou. Ses doigts se trompent de bouton, recommencent. Quand elle pose les mains sur son torse, elle ferme les yeux, remonte vers ses épaules, les longe.
Il se redresse, retire la chemise. Le soleil touche son épaule gauche en diagonale.
Elle le tire à nouveau vers elle.
Ils se retrouvent côte à côte sur la couverture, peau contre peau de la clavicule à la hanche. Il glisse la main sous l'élastique de sa culotte, lentement, lui laissant le temps d'un mouvement. Elle ne bouge pas, au contraire, elle écarte légèrement les jambes, un geste infime qui dit tout.
---
Sa main descend. Elle est chaude là, très chaude, et humide déjà. Il ne bouge pas encore, laisse sa paume reposer contre elle, sent son pouls. Elle inspire profondément par le nez, expire par la bouche.
Il commence à la caresser. Des mouvements petits, circulaires, sans chercher à aller vite. Elle pose la jambe sur la sienne, s'ouvre davantage. Sa main à elle cherche son torse, s'y accroche.
L'eau de la rivière. Le vent dans le saule. Son souffle qui prend une autre texture, plus courte, plus urgente.
Il descend avec les lèvres. Retire la culotte. Elle ne dit rien, tend les bras à plat de chaque côté, regarde le ciel entre les feuilles.
---
Il la prend entre ses lèvres sans précipitation. Elle a un goût légèrement salé, tiède, une odeur de peau au soleil mêlée d'autre chose, plus intime. Il prend le temps, remonte, redescend, s'attarde. Ses hanches commencent à répondre, un mouvement lent d'abord, presque imperceptible.
Elle pose la main sur sa tête. Pas pour guider, pour rester en contact.
Quand le plaisir monte, ses orteils se crispent dans l'air, son dos se creuse légèrement. Elle murmure quelque chose, une syllabe répétée, sans signification autre qu'elle-même. Il continue, au même rythme. Elle vient doucement, comme une vague longue, les yeux fermés sur le soleil filtré.
---
Il remonte vers elle. Elle l'embrasse encore, les mains dans son dos, retrouve le goût de sa propre bouche sur ses lèvres. Elle défait son pantalon. Il l'aide. Ils se retrouvent nus sur la couverture, au bord de la rivière, dans cet après-midi de fin août qui ne ressemble à aucun autre.
Elle le sent contre elle. Chaud, ferme.
Elle pose la main, referme les doigts, l'entend retenir son souffle. Le prend en elle lentement, en guidant. L'entrée est douce, progressive, comme une chose longtemps attendue qui se pose enfin.
---
Il ne bouge pas tout de suite. Ils restent comme ça, immobiles, à s'habituer. Elle sent son poids sur elle, sa poitrine contre la sienne, son souffle dans son cou.
Puis il commence à bouger.
Des mouvements longs, profonds, au rythme de quelque chose qu'il semble entendre et qu'elle entend aussi. La couverture frotte légèrement sous elle. L'herbe plie sous leurs poids combinés. Il y a des sons, les siens, les siens à lui, mêlés à ceux de la rivière et du vent.
Elle noue les jambes autour de ses reins. Il change légèrement d'angle. Elle ouvre la bouche sans qu'un son en sorte.
---
Le soleil bouge sur leurs corps, les ombres des feuilles changent de forme. Il y a un moment où ils se regardent dans les yeux en plein mouvement, et quelque chose passe entre eux qui n'est pas que du désir.
Ils prennent le temps qu'il faut.
Ce n'est pas une décision, c'est un accord tacite, le corps qui refuse de se presser parce que quelque chose dans cet endroit, dans cette lumière, dans la façon dont ils en sont arrivés là, commande la lenteur. Il bouge en elle avec régularité, profondément, et elle reçoit chaque mouvement les yeux mi-clos, la bouche légèrement ouverte, les mains à plat sur ses omoplates.
Le soleil a glissé. Il touche maintenant sa hanche à elle, son flanc à lui, découpe leurs corps en zones d'ombre et de chaleur. Les feuilles du saule bougent au-dessus, leurs ombres passent sur la peau comme des doigts.
---
Il s'arrête.
Pas parce qu'il le faut. Parce qu'il en a envie, parce qu'il veut la regarder. Elle ouvre les yeux, surprise d'abord, puis elle comprend. Il est au-dessus d'elle, immobile, en elle toujours, et il la regarde.
Elle soutient son regard.
C'est un moment étrange et plein, suspendu entre le désir et autre chose, quelque chose sans nom précis, une reconnaissance peut-être, ou une gratitude, ou simplement la conscience aiguë d'être là, ensemble, dans cet après-midi qui n'appartient qu'à eux. Elle sent son poids, sa chaleur, le léger battement de son pouls là où ils se rejoignent.
Elle lève la main, pose la paume sur sa joue.
Il tourne légèrement la tête, effleure ses doigts des lèvres. Puis reprend son mouvement.
---
Elle noue les jambes plus haut sur ses reins, change l'angle, et il entre plus profondément. Un son lui échappe, bref, involontaire. Il répond en accélérant à peine, juste ce qu'il faut pour sentir sa réaction, pour la lire dans la façon dont ses mains se resserrent sur ses épaules et dont son souffle se décompose.
Il apprend à la connaître depuis des mois. Il la connaît différemment là, entièrement, dans les détails que le quotidien ne donne pas, la texture de sa respiration quand le plaisir monte, la façon dont ses jambes tremblent légèrement aux cuisses, la manière dont elle renverse la tête en arrière et expose sa gorge comme si elle s'abandonnait à quelque chose de plus grand qu'elle.
---
Il descend vers son cou. Pose les lèvres sur le tendon, remonte vers l'oreille, y souffle doucement. Elle frissonne malgré la chaleur. Ses doigts à elle remontent dans ses cheveux, s'y accrochent.
Il accélère encore, un cran, régulier, constant. Elle commence à répondre avec les hanches, un mouvement d'abord timide, puis plus affirmé, qui va à sa rencontre, qui crée entre eux une cadence commune.
Le bruit de la rivière se mêle à leurs souffles. L'herbe plie et se relève sous la couverture. Il y a le frottement du tissu sous ses omoplates, la pression de ses mains à lui dans son dos, l'odeur de leur peau mêlée, transpiration légère et soleil et quelque chose de plus sombre, plus intime.
---
Elle sent le plaisir se rassembler, pas encore au sommet, mais présent, concentré, insistant. Elle le dit, ou plutôt elle ne le dit pas vraiment, elle émet un son qui le dit à sa place, et il comprend, il ajuste, descend une main entre eux, pose le pouce à l'endroit exact où elle en a besoin.
Elle ouvre la bouche. Ferme les yeux.
Ses hanches prennent un mouvement propre, plus urgent, qui cherche. Il maintient la pression, ne change rien, continue à bouger en elle au même rythme, profond et régulier, pendant que sa main travaille autrement, en cercles lents, attentifs.
---
Ça monte vite maintenant.
Elle sent ses propres muscles se contracter, une tension qui part du ventre et descend jusqu'aux cuisses, qui remonte vers la gorge. Elle pose les deux mains à plat dans son dos, les doigts écartés, et quand ça arrive, vraiment, elle les referme d'un coup, les ongles dans sa peau.
Le plaisir la traverse par vagues longues, plus fort que la première fois, plus profond, enraciné dans quelque chose qui déborde le corps. Elle entend sa propre voix, un son continu qui ne ressemble à rien d'autre, et elle ne cherche pas à le retenir.
Il ne s'arrête pas. Maintient tout, le rythme, la pression, jusqu'à ce que les vagues s'espacent et qu'elle relâche lentement les mains dans son dos.
---
Alors il se laisse aller.
Il prend son visage entre les mains, l'embrasse, et dans le baiser il y a quelque chose de désespéré et de doux à la fois. Son rythme change, devient moins régulier, plus pressé, les hanches qui cherchent, qui trouvent. Elle sent en lui ce basculement, ce moment où il n'est plus tout à fait là, où le plaisir l'emporte.
Elle le tient. Les bras autour de ses épaules, la joue contre sa tempe, les lèvres près de son oreille.
Il vient le visage dans son cou, les mains crispées sous ses épaules comme s'il voulait l'empêcher de partir. Un son sourd, retenu, puis le poids de son corps entier qui s'abandonne contre elle.
---
Ils restent ainsi, sans bouger, leurs souffles qui reviennent ensemble.
Sous eux, la couverture est froissée, chaude. L'herbe a pris la forme de leurs corps. La lumière a encore bougé pendant qu'ils n'y faisaient pas attention, le soleil plus bas maintenant, plus orange, l'ombre du saule couvrant leurs pieds jusqu'aux chevilles.
Elle garde les bras autour de lui. Pose la main à plat entre ses omoplates, sent sa respiration se régulariser.
La rivière continue, indifférente et fidèle. Un martin-pêcheur traverse le courant en ligne droite.
L'ombre du saule a avancé jusqu'à leurs pieds.
Elle dit, sans lever les yeux, que l'eau doit être froide.
Il dit qu'ils pourraient vérifier.
Elle rit. Un rire petit, vrai. Elle se lève la première, traverse la berge pieds nus jusqu'à l'eau, entre dedans jusqu'aux genoux. Se retourne vers lui, les bras légèrement écartés, les yeux clairs.
Il la rejoint.
Le sentier descend vers la rivière par une pente douce, entre les fougères et les bouleaux. Léa marche devant. Ses chevilles disparaissent dans l'herbe haute, ses épaules bougent légèrement sous le tissu fin de sa robe. Thomas la suit à deux pas, le sac sur l'épaule, les yeux dans son dos.
Ils n'ont rien dit depuis le pont.
C'est une journée de fin août, celle où l'air commence à porter quelque chose d'autre, une promesse de fraîcheur à venir, un léger deuil du soleil. La lumière coupe à travers les feuilles en lames obliques. Tout est encore chaud, mais différemment.
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La rivière forme ici un coude paresseux. La berge s'élargit en un replat de terre battue et de mousse, à l'abri d'un saule dont les branches touchent presque l'eau. C'est l'endroit qu'ils cherchaient, ou un endroit comme celui-là. Léa pose ses sandales, avance pieds nus jusqu'au bord, regarde le courant.
Thomas étend la couverture sans un mot.
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Elle se retourne.
Il est assis sur la couverture qu'il vient d'étendre, les avant-bras sur les genoux, les mains pendantes. Il la regarde. Pas comme on regarde quelqu'un qu'on désire, ou pas seulement. Comme on regarde quelqu'un qu'on a failli perdre et qu'on retrouve là, debout au bord d'une rivière, les pieds dans l'herbe mouillée, vivant.
Elle le sait. Il n'a pas besoin de le dire.
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Il y a eu l'hiver. Les semaines où elle ne répondait plus aux messages, où il laissait sonner sans laisser de message, où il apprenait à distinguer le silence qui demande du temps du silence qui ferme une porte. Il avait appris à ne pas confondre les deux, à force d'erreurs.
Il y a eu le soir de février où elle avait rappelé, tard, sans raison donnée, et où ils avaient parlé jusqu'à trois heures du matin de choses sans importance, des films qu'ils n'avaient pas vus, d'une émission de radio, d'un livre qu'elle avait abandonné à la page cent. Ils n'avaient pas parlé de ce qui s'était passé. Pas ce soir-là.
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Ce qui s'était passé avait un nom ordinaire et une durée longue. Une période, dirait-elle plus tard, avec ce mot vague qu'on choisit quand les mots précis font trop de bruit. Thomas avait compris à peu près ce que ce mot recouvrait, à la façon dont elle s'était effacée progressivement de leurs projets communs, des week-ends annulés la veille, des dîners où elle était présente en façade seulement, les yeux ailleurs, la voix légèrement en retard sur les phrases.
Il n'avait pas su quoi faire de ça. Il avait fait des erreurs. Trop insistant d'abord, puis trop discret, cherchant l'équilibre sans jamais le trouver tout à fait.
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Le printemps avait changé quelque chose, lentement, sans qu'on puisse désigner le jour exact. Elle avait recommencé à lui envoyer des photographies, son téléphone orienté vers une fenêtre, une lumière particulière sur un toit, un chat sur un rebord. Des riens qui voulaient dire je suis là encore, je reviens.
Il avait répondu à chaque fois, sobrement, sans en faire trop.
Ils s'étaient revus en avril, puis en mai, avec cette prudence légèrement maladroite des gens qui savent ce qu'ils ont failli perdre et qui ne veulent pas brusquer ce qui se reconstitue. Les premiers dîners avaient été un peu formels, trop attentifs, comme si chacun surveillait ses propres mots. Puis quelque chose s'était détendu, un soir, devant un verre de vin renversé sur la nappe, dans le fou rire qui avait suivi.
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Aujourd'hui c'est la première fois qu'ils partent ensemble depuis longtemps. Une journée seulement, le train du matin, un pique-nique dans le sac. Rien de spectaculaire. C'est précisément pour ça qu'il a proposé, et précisément pour ça qu'elle a dit oui.
Il la regarde au bord de la rivière, les orteils dans l'eau, les cheveux ramassés en désordre sur la nuque, et ce qu'il ressent n'a pas de nom simple. Ce n'est pas du soulagement, pas exactement, ou pas seulement. C'est quelque chose de plus calme et de plus solide, une certitude tranquille qui s'installe là où il y avait eu de la crainte.
Elle se retourne vers lui. Leurs regards se tiennent une seconde.
Elle revient, s'assoit. Leurs épaules se touchent. La rivière fait un bruit de fond continu, presque musical, une note tenue.
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C'est lui qui commence, mais à peine. Il pose la main sur sa nuque, sous les cheveux relevés par la chaleur. La peau là est fine, légèrement humide. Elle ferme les yeux. Il approche sa bouche de sa tempe, ne l'embrasse pas tout de suite, reste à un centimètre, respire.
Elle dit son nom.
Juste son nom.
Il l'embrasse alors dans le cou, lentement, comme s'il apprenait. Elle incline la tête pour lui donner plus. Sa main à lui glisse le long de sa colonne, s'arrête dans le creux du dos, s'y pose à plat. Elle sent la chaleur de sa paume à travers le tissu.
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Ils s'allongent sans se presser. La couverture est rugueuse sous ses omoplates, l'herbe fait une légère pression à travers. Elle entend le saule bouger, un oiseau quelque part, la rivière toujours. Thomas est au-dessus d'elle, appuyé sur un coude, et il la regarde encore.
Elle remonte les mains dans ses cheveux, le tire doucement vers elle.
Le baiser est long, attentif. Il prend le temps de sa lèvre inférieure, de l'angle de sa bouche. Elle sent son souffle changer sous ses paumes. Il descend le long de sa gorge avec les lèvres, pose la main sur sa poitrine par-dessus la robe, la sent se soulever et s'abaisser.
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La robe a des boutons dans le dos. Il les défait un par un. Elle reste immobile, les yeux ouverts sur le feuillage du saule, les mains à plat sur ses cuisses. Chaque bouton est une attente supplémentaire. Quand le tissu s'ouvre enfin sur sa peau, il la touche là, entre les omoplates, du bout des doigts, comme si la peau était quelque chose de rare.
Elle porte un soutien-gorge beige, simple. Il le défait. Glisse les bretelles. Elle retourne la robe devant, la laisse tomber. Il la regarde.
Sa poitrine est petite, les mamelons déjà sombres, déjà dressés dans l'air du dehors. Il se penche, en prend un entre ses lèvres, le bord d'abord, puis plus franchement. Elle pose la main dans ses cheveux. Il entend sa respiration se fragmenter légèrement.
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Elle défait sa chemise à lui pendant qu'il l'embrasse dans le cou. Ses doigts se trompent de bouton, recommencent. Quand elle pose les mains sur son torse, elle ferme les yeux, remonte vers ses épaules, les longe.
Il se redresse, retire la chemise. Le soleil touche son épaule gauche en diagonale.
Elle le tire à nouveau vers elle.
Ils se retrouvent côte à côte sur la couverture, peau contre peau de la clavicule à la hanche. Il glisse la main sous l'élastique de sa culotte, lentement, lui laissant le temps d'un mouvement. Elle ne bouge pas, au contraire, elle écarte légèrement les jambes, un geste infime qui dit tout.
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Sa main descend. Elle est chaude là, très chaude, et humide déjà. Il ne bouge pas encore, laisse sa paume reposer contre elle, sent son pouls. Elle inspire profondément par le nez, expire par la bouche.
Il commence à la caresser. Des mouvements petits, circulaires, sans chercher à aller vite. Elle pose la jambe sur la sienne, s'ouvre davantage. Sa main à elle cherche son torse, s'y accroche.
L'eau de la rivière. Le vent dans le saule. Son souffle qui prend une autre texture, plus courte, plus urgente.
Il descend avec les lèvres. Retire la culotte. Elle ne dit rien, tend les bras à plat de chaque côté, regarde le ciel entre les feuilles.
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Il la prend entre ses lèvres sans précipitation. Elle a un goût légèrement salé, tiède, une odeur de peau au soleil mêlée d'autre chose, plus intime. Il prend le temps, remonte, redescend, s'attarde. Ses hanches commencent à répondre, un mouvement lent d'abord, presque imperceptible.
Elle pose la main sur sa tête. Pas pour guider, pour rester en contact.
Quand le plaisir monte, ses orteils se crispent dans l'air, son dos se creuse légèrement. Elle murmure quelque chose, une syllabe répétée, sans signification autre qu'elle-même. Il continue, au même rythme. Elle vient doucement, comme une vague longue, les yeux fermés sur le soleil filtré.
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Il remonte vers elle. Elle l'embrasse encore, les mains dans son dos, retrouve le goût de sa propre bouche sur ses lèvres. Elle défait son pantalon. Il l'aide. Ils se retrouvent nus sur la couverture, au bord de la rivière, dans cet après-midi de fin août qui ne ressemble à aucun autre.
Elle le sent contre elle. Chaud, ferme.
Elle pose la main, referme les doigts, l'entend retenir son souffle. Le prend en elle lentement, en guidant. L'entrée est douce, progressive, comme une chose longtemps attendue qui se pose enfin.
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Il ne bouge pas tout de suite. Ils restent comme ça, immobiles, à s'habituer. Elle sent son poids sur elle, sa poitrine contre la sienne, son souffle dans son cou.
Puis il commence à bouger.
Des mouvements longs, profonds, au rythme de quelque chose qu'il semble entendre et qu'elle entend aussi. La couverture frotte légèrement sous elle. L'herbe plie sous leurs poids combinés. Il y a des sons, les siens, les siens à lui, mêlés à ceux de la rivière et du vent.
Elle noue les jambes autour de ses reins. Il change légèrement d'angle. Elle ouvre la bouche sans qu'un son en sorte.
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Le soleil bouge sur leurs corps, les ombres des feuilles changent de forme. Il y a un moment où ils se regardent dans les yeux en plein mouvement, et quelque chose passe entre eux qui n'est pas que du désir.
Ils prennent le temps qu'il faut.
Ce n'est pas une décision, c'est un accord tacite, le corps qui refuse de se presser parce que quelque chose dans cet endroit, dans cette lumière, dans la façon dont ils en sont arrivés là, commande la lenteur. Il bouge en elle avec régularité, profondément, et elle reçoit chaque mouvement les yeux mi-clos, la bouche légèrement ouverte, les mains à plat sur ses omoplates.
Le soleil a glissé. Il touche maintenant sa hanche à elle, son flanc à lui, découpe leurs corps en zones d'ombre et de chaleur. Les feuilles du saule bougent au-dessus, leurs ombres passent sur la peau comme des doigts.
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Il s'arrête.
Pas parce qu'il le faut. Parce qu'il en a envie, parce qu'il veut la regarder. Elle ouvre les yeux, surprise d'abord, puis elle comprend. Il est au-dessus d'elle, immobile, en elle toujours, et il la regarde.
Elle soutient son regard.
C'est un moment étrange et plein, suspendu entre le désir et autre chose, quelque chose sans nom précis, une reconnaissance peut-être, ou une gratitude, ou simplement la conscience aiguë d'être là, ensemble, dans cet après-midi qui n'appartient qu'à eux. Elle sent son poids, sa chaleur, le léger battement de son pouls là où ils se rejoignent.
Elle lève la main, pose la paume sur sa joue.
Il tourne légèrement la tête, effleure ses doigts des lèvres. Puis reprend son mouvement.
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Elle noue les jambes plus haut sur ses reins, change l'angle, et il entre plus profondément. Un son lui échappe, bref, involontaire. Il répond en accélérant à peine, juste ce qu'il faut pour sentir sa réaction, pour la lire dans la façon dont ses mains se resserrent sur ses épaules et dont son souffle se décompose.
Il apprend à la connaître depuis des mois. Il la connaît différemment là, entièrement, dans les détails que le quotidien ne donne pas, la texture de sa respiration quand le plaisir monte, la façon dont ses jambes tremblent légèrement aux cuisses, la manière dont elle renverse la tête en arrière et expose sa gorge comme si elle s'abandonnait à quelque chose de plus grand qu'elle.
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Il descend vers son cou. Pose les lèvres sur le tendon, remonte vers l'oreille, y souffle doucement. Elle frissonne malgré la chaleur. Ses doigts à elle remontent dans ses cheveux, s'y accrochent.
Il accélère encore, un cran, régulier, constant. Elle commence à répondre avec les hanches, un mouvement d'abord timide, puis plus affirmé, qui va à sa rencontre, qui crée entre eux une cadence commune.
Le bruit de la rivière se mêle à leurs souffles. L'herbe plie et se relève sous la couverture. Il y a le frottement du tissu sous ses omoplates, la pression de ses mains à lui dans son dos, l'odeur de leur peau mêlée, transpiration légère et soleil et quelque chose de plus sombre, plus intime.
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Elle sent le plaisir se rassembler, pas encore au sommet, mais présent, concentré, insistant. Elle le dit, ou plutôt elle ne le dit pas vraiment, elle émet un son qui le dit à sa place, et il comprend, il ajuste, descend une main entre eux, pose le pouce à l'endroit exact où elle en a besoin.
Elle ouvre la bouche. Ferme les yeux.
Ses hanches prennent un mouvement propre, plus urgent, qui cherche. Il maintient la pression, ne change rien, continue à bouger en elle au même rythme, profond et régulier, pendant que sa main travaille autrement, en cercles lents, attentifs.
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Ça monte vite maintenant.
Elle sent ses propres muscles se contracter, une tension qui part du ventre et descend jusqu'aux cuisses, qui remonte vers la gorge. Elle pose les deux mains à plat dans son dos, les doigts écartés, et quand ça arrive, vraiment, elle les referme d'un coup, les ongles dans sa peau.
Le plaisir la traverse par vagues longues, plus fort que la première fois, plus profond, enraciné dans quelque chose qui déborde le corps. Elle entend sa propre voix, un son continu qui ne ressemble à rien d'autre, et elle ne cherche pas à le retenir.
Il ne s'arrête pas. Maintient tout, le rythme, la pression, jusqu'à ce que les vagues s'espacent et qu'elle relâche lentement les mains dans son dos.
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Alors il se laisse aller.
Il prend son visage entre les mains, l'embrasse, et dans le baiser il y a quelque chose de désespéré et de doux à la fois. Son rythme change, devient moins régulier, plus pressé, les hanches qui cherchent, qui trouvent. Elle sent en lui ce basculement, ce moment où il n'est plus tout à fait là, où le plaisir l'emporte.
Elle le tient. Les bras autour de ses épaules, la joue contre sa tempe, les lèvres près de son oreille.
Il vient le visage dans son cou, les mains crispées sous ses épaules comme s'il voulait l'empêcher de partir. Un son sourd, retenu, puis le poids de son corps entier qui s'abandonne contre elle.
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Ils restent ainsi, sans bouger, leurs souffles qui reviennent ensemble.
Sous eux, la couverture est froissée, chaude. L'herbe a pris la forme de leurs corps. La lumière a encore bougé pendant qu'ils n'y faisaient pas attention, le soleil plus bas maintenant, plus orange, l'ombre du saule couvrant leurs pieds jusqu'aux chevilles.
Elle garde les bras autour de lui. Pose la main à plat entre ses omoplates, sent sa respiration se régulariser.
La rivière continue, indifférente et fidèle. Un martin-pêcheur traverse le courant en ligne droite.
L'ombre du saule a avancé jusqu'à leurs pieds.
Elle dit, sans lever les yeux, que l'eau doit être froide.
Il dit qu'ils pourraient vérifier.
Elle rit. Un rire petit, vrai. Elle se lève la première, traverse la berge pieds nus jusqu'à l'eau, entre dedans jusqu'aux genoux. Se retourne vers lui, les bras légèrement écartés, les yeux clairs.
Il la rejoint.
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