L'attente

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : L'attente Histoire érotique Publiée sur HDS le 05-07-2026 dans la catégorie Entre-nous, hommes et femmes
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L'attente
Temps de lecture ~ 18 minutes



***

Le pire, c'était l'attente.

Pas l'attente de lui, pas précisément. L'attente de ce que j'allais faire, de ce que j'allais permettre, de ce que j'allais devenir dans le regard d'un homme que je ne connaissais pas encore et que je connaissais déjà entièrement parce que les hommes de ce type, je les avais traversés comme on traverse des pièces d'un appartement trop grand, sans s'arrêter, sans allumer les lumières.

Il s'appelait Rémi. C'est tout ce que je savais. Pas son nom de famille. Pas son métier. Une amie commune, Dorothée, avait prononcé son prénom avec une légère insistance, la façon dont on place un objet fragile sur une table, et j'avais compris que quelque chose était attendu de moi. Je n'avais rien demandé. J'ai noté le prénom. J'ai attendu.

L'attente, pour moi, a toujours eu une consistance physique. Elle se loge entre les omoplates, dans la partie basse de la gorge, dans la peau de l'intérieur des poignets. Elle n'est pas l'anxiété. Elle ressemble davantage à une pression douce, régulière, comme si le corps savait déjà ce que l'esprit refusait encore d'admettre. Je n'attendais pas Rémi. J'attendais ce que Rémi allait déclencher, sans savoir encore si ce serait intéressant, ou seulement agréable, ou les deux, ou ni l'un ni l'autre.

Nous nous sommes rencontrés lors d'un dîner chez Dorothée. Il y avait huit personnes autour de la table, du vin blanc trop froid, une conversation sur Houellebecq qui a duré trop longtemps. Rémi était à l'autre bout de la table. Il n'était pas beau dans le sens usuel du terme. Il avait un visage large, des mains épaisses, des yeux gris qui regardaient les choses avec une attention presque inconvenante. Je l'ai surpris à me regarder de la même façon. Pas avec désir, pas encore. Avec cette sorte de curiosité appliquée qu'on réserve aux problèmes qu'on a décidé de résoudre.

Nous avons échangé douze mots pendant le dîner.

Après, dans l'entrée, en cherchant mon manteau, j'ai senti sa présence dans mon dos avant de l'entendre. Il a dit quelque chose d'anodin. J'ai répondu quelque chose d'anodin. Nous savions tous les deux que ce n'était pas de cela qu'il s'agissait.

Il m'a demandé mon numéro. Je le lui ai donné.

Et l'attente a recommencé.

***

Il a appelé quatre jours plus tard. Pas un message. Un appel, à dix-neuf heures trente. J'avais remarqué l'heure parce que j'étais en train de finir un verre de vin debout dans ma cuisine, les pieds nus sur le carrelage froid, et que j'avais pensé à lui vingt minutes plus tôt sans raison particulière. J'ai répondu à la deuxième sonnerie, pas à la première, par un réflexe absurde de dignité.

Sa voix était grave et posée. Il ne s'est pas excusé du délai. Je n'aurais pas aimé qu'il le fasse. Il m'a proposé un verre pour le surlendemain, dans un bar que je ne connaissais pas, rue des Abbesses. J'ai dit oui. La conversation a duré moins de trois minutes. J'ai raccroché et je suis restée un moment immobile, le téléphone dans la main, à écouter le silence de l'appartement.

Le surlendemain était un jeudi. Ce détail est sans importance et je m'en souviens parfaitement.

***

Le bar était sombre, tapissé de velours bordeaux, avec une musique de jazz assez basse pour ne pas couvrir les voix. J'étais arrivée la première. J'avais choisi une banquette dans un angle. J'avais commandé un Martini que j'avais à moitié bu avant qu'il arrive. Il portait un manteau gris. Il m'a regardée avant d'enlever son manteau, de loin, depuis la porte, et j'ai su à ce moment précis que la soirée allait bien se terminer, au sens où je l'entendais alors.

Il s'est assis en face de moi. Pas à côté. En face. J'ai apprécié ça. On se voyait. On pouvait regarder ce qu'il y avait à regarder sans se contorsionner.

Il a commandé un whisky sans glace.

La conversation a été longue. Il parlait de son travail, architecture d'intérieur, d'une commande à Lyon qui le fatiguait, d'un livre sur Mies van der Rohe qu'il avait relu pendant l'été. Je parlais peu. Je l'observais. Je regardais ses mains sur le verre, la façon dont il se penchait légèrement en avant quand il voulait souligner quelque chose, la façon dont il s'arrêtait parfois au milieu d'une phrase pour vérifier que je suivais encore. Je suivais. Je me demandais si ses mains seraient aussi calmes sur mon corps qu'elles l'étaient sur le verre.

Vers vingt-deux heures, il a dit, sans transition : « Vous voulez qu'on y aille ? »

Je n'ai pas demandé où. J'ai pris mon manteau.

***

Son appartement était rue Lepic, à sept minutes à pied. Nous avons marché côte à côte sans nous toucher. L'air était froid, le genre de froid de novembre qui a une odeur, bitume et feuilles mortes et un fond de fumée quelque part. Il ne tenait pas mon bras. Je n'en avais pas besoin.

L'appartement était grand et presque vide. Des livres, des maquettes posées sur des tréteaux, une lumière basse venue de lampes au sol. Pas de tableau aux murs. Deux fauteuils et un canapé gris autour d'une table basse en verre. Il a allumé d'autres lampes. Il a mis de la musique, quelque chose de lent que je n'ai pas reconnu. Il m'a proposé du vin.

J'ai dit oui au vin.

Je me suis assise dans un des fauteuils. Il a apporté deux verres, il s'est assis sur le canapé, de biais, les jambes légèrement ouvertes, et nous avons continué à parler de choses qui n'avaient plus aucune importance. J'avais les deux mains autour du verre de vin. Il m'a regardé les mains.

Il a dit : « Vous avez les poignets très fins. »

Ce n'était pas une déclaration. C'était une observation, du même ton dont il aurait parlé de la proportions d'une fenêtre. Je n'ai pas répondu. Je l'ai regardé poser son verre sur la table, se lever, venir s'agenouiller devant le fauteuil où j'étais assise, et prendre mon verre de mes mains pour le poser à son tour.

Il n'a rien dit d'autre.

***

Ce qui s'est passé ensuite, je voudrais le raconter lentement, parce que la lenteur était précisément ce qui le rendait insupportable, au bon sens du terme. Je veux dire par là qu'il y avait un point où la lenteur devenait une forme de cruauté raffinée, et que j'y ai consenti avec tout ce que je possédais de lucidité.

Il a posé ses deux mains sur mes genoux. À travers le tissu de la robe, sa chaleur était immédiate, presque choquante. Il n'a pas bougé. Il a simplement laissé le poids de ses paumes là, et il m'a regardée.

J'avais le dos droit. Je respirais régulièrement, ou du moins je m'y appliquais.

Ses pouces ont commencé à tracer de petits cercles sur l'extérieur de mes genoux. Rien d'autre. Ses yeux ne quittaient pas les miens. Il n'a pas souri. Il observait quelque chose, il mesurait quelque chose, et j'avais la conscience aiguë d'être un objet d'étude consentant, ce qui n'est pas une position humiliante mais au contraire une position qui réclame un certain courage.

Ses mains ont remonté très légèrement le long de mes cuisses. Toujours à travers le tissu. La robe était en crêpe, fine, et la friction était nette, précise, dessinant sur ma peau la carte de son intention.

Il s'est levé.

Il ne s'est pas éloigné. Il s'est simplement mis debout et a tendu la main.

Je me suis levée.

***

Il m'a emmenée vers la fenêtre, pas vers la chambre. La fenêtre donnait sur la rue en contrebas, les lumières de la ville, un café encore ouvert dont on voyait les banquettes rouges depuis là-haut. Il s'est placé derrière moi. J'entendais sa respiration, régulière, plus profonde que dans le bar. Ses mains ont saisi mes bras, les deux, depuis les poignets jusqu'aux épaules, une pression ferme et lente comme si il prenait la mesure de quelque chose.

Je regardais la rue.

Ses pouces sont remontés le long de la face interne de mes avant-bras, depuis les poignets jusqu'au pli du coude. Un mouvement ample, régulier. La peau de l'intérieur du bras est d'une sensibilité que j'avais oubliée, ou que je n'avais jamais vraiment connue de cette façon, une sensibilité presque indécente parce qu'elle n'a rien à voir avec les zones qu'on désigne habituellement comme sexuelles, et pourtant elle communique directement avec elles, par des voies que le corps connaît et que l'esprit n'a pas cartographiées.

Ses doigts continuaient. Lents. Le même trajet. Les poignets, l'avant-bras, le pli du coude, le retour. Les poignets, l'avant-bras, le pli du coude, le retour.

J'ai fermé les yeux.

La ville en dessous de moi a cessé d'exister. Il n'y avait plus que ses mains sur mes bras, et quelque chose qui commençait à se rassembler dans le bas de mon ventre, une concentration, une densification progressive, comme si tout le reste de mon corps n'était plus qu'un territoire périphérique et que l'essentiel se jouait là, en ce point précis de gravité.

Il a posé ses lèvres dans mon cou, juste sous l'oreille.

Le contact de sa bouche, la chaleur légère de son souffle, la pression douce de ses lèvres qui ne bougeaient pas encore, qui étaient simplement là comme une question, et ses mains qui continuaient sur mes bras, inlassables, le même trajet, les poignets, l'avant-bras, le pli du coude, j'ai senti tout se contracter et se relâcher au même instant, une vague unique, brève et totale, qui est partie de quelque part entre mes hanches et a traversé tout le reste sans demander la permission.

Mon genou a plié légèrement. J'ai mis une main sur le montant de la fenêtre.

Il m’a retournée face à lui. Nos lèvres se sont trouvées. Son baiser était lent, précis, il prenait son temps comme il avait pris son temps sur mes bras, et quelque chose s'est remis à se rassembler, plus vite maintenant, parce que son corps était contre le mien, que je snetais la pression dure de son sexe contre mon ventre et que ses mains avaient repris leur trajet sur mes avant-bras avec cette même régularité obstinée.

Je n'ai pas exactement su quand ça a commencé. Je savais seulement, en temps réel, que c'était en train d'arriver, que c'était réel, que ses simples caresses sur mes bras et la pression sur mon clitoris étaient en train de me traverser entièrement, une secousse profonde et sourde qui montait sans se presser, qui n'avait pas besoin de se presser parce qu'elle était déjà là, elle avait toujours été là, elle n’attendait plus la permission.

Je serrais les dents. Pas de douleur, non, plutôt la concentration de quelqu'un qui retient quelque chose de lourd au-dessus de sa tête et qui sait que ses bras vont céder. Je maintenais ma respiration à un rythme presque normal, je posais mon attention sur des détails neutres, le tissu de sa veste sous mes mains, la lumière du café en contrebas, le froid de la vitre à quelques centimètres de mon front, tout ce qui appartenait au monde extérieur et qui ne me demandait rien.

Ses lèvres continuaient dans mon cou, tièdes et immobiles, une simple présence.

Ses pouces remontaient le long de mes avant-bras.

Je serrais. Quelque chose dans mon ventre s'était contracté avec une force tranquille, organisée, et refusait de relâcher. J'avais les cuisses légèrement serrées, sans m'en être rendu compte, comme si mon corps avait pris ses propres dispositions pendant que j'essayais de penser à autre chose. La sensation était là, pleine, ronde, impossible à ignorer, une pression qui occupait tout l'espace disponible et qui cherchait une sortie par où je ne lui en donnais pas.

Je connaissais cet endroit. Je l'avais déjà habité.

Je savais aussi qu'on n'y reste jamais longtemps.

Ses pouces ont appuyé un peu plus fort dans le pli de mes coudes, une pression ferme, presque anodine, et c'est ça qui a tout défait. Pas un geste spectaculaire. Pas une accélération, pas une intrusion, rien que ses pouces dans ce creux de peau trop sensible et la pression sur mon ventre, et mon corps a décidé sans moi, brusquement, avec une brutalité tranquille qui ne ressemblait pas à ce que j'attendais.

L’orgasme m’a submergée, venant du fond, se déversant par-dessus les digues que je m’étais efforcée de bâtir, irrépressible.

Mes cuisses se sont écartées d'un coup, seules.

Un son est sorti de moi que je n'ai pas choisi, court, étranglé, presque une syllabe sans mot. Mes mains ont quitté sa veste et cherché autre chose, la fenêtre, l'air, n'importe quoi de fixe, parce que le reste ne l'était plus. La vague n'est pas montée. Elle était déjà là, entière, et elle s'est répandue depuis le centre vers tout le reste en même temps, les cuisses, le bas du dos, quelque chose qui remontait jusqu'à la base de la nuque et qui faisait trembler les bras.

Je ne tenais plus debout de la même façon.

Mon dos a cherché le mur derrière moi, et il n'y en avait pas, il n'y avait que la fenêtre, alors je me suis appuyée devant contre lui malgré moi, le front contre sa mâchoire, et le tremblement continuait par vagues courtes qui se succédaient sans me laisser reprendre pied, une, encore une, encore, comme un écho qui refuse de mourir.

Sa bouche a cherché la mienne à ce moment précis.

J'ai murmuré, contre sa bouche : « Pardon. »

Mes genoux ont cédé ensemble.

Je me suis retrouvée à genoux devant lui, les mains posées sur ses cuisses, le visage à hauteur de sa ceinture, et j'avais encore la conscience très nette de ce qui venait de se passer dans mon corps, les dernières répliques de ce tremblement intérieur, et je voulais quelque chose de précis, je savais ce que je voulais, mes mains ont défait sa ceinture avec une assurance qui ne ressemblait pas à de la hâte mais à de la résolution.

Je l'ai pris dans ma bouche.

Il était déjà entièrement dur, chaud, avec un pouls que je sentais contre ma langue. Je l'ai tenu à la base, j'aimais sentir sous mes doigts cette tension que j'avais provoquée, cette preuve concrète que l'attente avait eu lieu des deux côtés. Ma langue a suivi le contour, longé le bord, est revenue Je n'étais pas pressée. J’aurais voulu durer.

Sa main a effleuré mes cheveux, déjà incontrôlée.

Sa respiration avait changé. Moins régulière, plus courte. J'ai senti ses cuisses se contracter légèrement sous mes paumes. J'ai approfondi le mouvement, plus lent encore, et j'entendais sa respiration qui cherchait son rythme et ne le trouvait plus.

Il a dit, d'une voix que je ne lui connaissais pas encore, tendue et presque brisée : « Attention. »

Il a joui presque immédiatement après, un seul mot pour seul préambule, dans ma bouche, et j'ai tenu, j'ai reçu, j'ai senti la chaleur et l'amertume et cette pulsation qui se répétait par vagues courtes. Je l'ai gardé un moment encore. Puis j'ai relevé la tête.

Il m'a regardée depuis là-haut, les cheveux un peu défaits, la main encore dans mes cheveux, et son regard avait quelque chose que je n'arrivais pas encore à nommer.

***

La nuit a duré longtemps.

Je voudrais dire qu'elle a été violente, ou tendre, ou les deux à tour de rôle, mais la vérité est plus difficile à saisir. Elle a été continue. Il n'y a pas eu de moment où l'un de nous deux s'est retiré de l'autre, même dans les pauses, même dans le silence. Nous sommes allés vers la chambre à un moment que je ne saurais pas situer dans le temps. Il y avait un grand lit bas, des draps blancs, une fenêtre sans rideaux qui laissait entrer la lumière diffuse de la ville.

Il m'a déshabillée avec la même attention qu'il avait mise à regarder mes poignets dans le bar. Un geste à la fois. La fermeture Éclair dans le dos, lentement. Les bretelles de la robe. Il s'est reculé pour regarder. Je n'ai pas bougé. Je savais qu'il regardait avec la même curiosité appliquée du début, et que j'étais dans ce regard quelque chose qu'il était en train d'apprendre, pas de posséder.

Il m'a allongée sur le lit. Il s'est allongé à côté de moi, pas encore sur moi, et ses mains ont repris leur exploration depuis les épaules, le long des côtes, sur la courbe des hanches. Il prenait son temps. Il était revenu à lui, entièrement, et il y avait quelque chose de presque scientifique dans sa façon de parcourir mon corps, non par froideur mais par application, comme si chaque centimètre de peau méritait une attention séparée.

Sa bouche a suivi le même chemin que ses mains.

Je ne bougeais pas beaucoup. Je regardais le plafond. J'écoutais ma propre respiration qui devenait irrégulière puis s'accélérait puis se brisait par endroits. Il y a des hommes qui font l'amour comme s'ils voulaient quelque chose. Rémi faisait l'amour comme s'il était en train de comprendre quelque chose, et la différence est importante.

Ses lèvres ont atteint l'intérieur de mes cuisses. Il s'est arrêté là, pas par calcul, mais parce qu'il avait senti quelque chose, je le voyais dans la façon dont il s'immobilisait, les mains posées à plat sur ma peau. Puis il a continué. Sa langue a trouvé le centre de tout, et j'ai cessé de regarder le plafond parce que mes yeux se sont fermés d'eux-mêmes.

Il était patient. Il ne cherchait pas à provoquer, il cherchait à comprendre. Sa langue traçait des chemins, revenait sur ses pas, appuyait légèrement puis s'allégeait, et mon corps répondait à chaque variation avec une précision que je trouvais presque embarrassante. Je n'étais plus en train de penser. Je n'avais plus de pensées utilisables. J'avais des sensations qui se superposaient, des vagues qui ne se ressemblaient pas, et quelque chose qui montait depuis le bas de moi-même avec une détermination à laquelle il n'y avait pas d'argument à opposer.

Quand j'ai joui, c'était long et profond, le type d'orgasme qui ne s'annonce pas bruyamment mais qui prend tout, silencieusement, qui réclame le corps entier et laisse derrière lui une sorte de vide propre.

Il a attendu que je revienne.

Puis il s'est placé sur moi. Je l'ai senti de nouveau dur contre moi, je l'ai accueilli, et il est entré lentement, en maintenant un contact visuel que j'aurais voulu fuir et que je n'ai pas fui. Ses hanches se mouvaient avec la même régularité que ses mains sur mes bras un peu plus tôt. Régulières. Persistantes. Une pression qui revenait et revenait.

Je lui ai mis les mains sur le dos. Je sentais le déplacement de ses muscles sous mes paumes. Je sentais son souffle contre ma joue, plus rapide maintenant, et je sentais tout ce que son corps faisait au mien depuis l'intérieur, ce frottement profond et répété, ce point de contact qui devenait à chaque retour plus précis et plus urgent.

Il a changé l'angle. Légèrement. La différence était immédiate et radicale.

J'ai dit quelque chose que je n'ai pas entendu moi-même.

Il a maintenu cet angle. Il n'a pas accéléré. Il a maintenu, obstinément, et j'ai senti monter une seconde fois quelque chose qui n'était pas exactement de même nature que la première fois, plus vaste, plus diffus, comme si ce n'était plus seulement mon bas-ventre qui était concerné mais l'ensemble de ma cage thoracique, ma gorge, l'intérieur de mes bras, les mêmes endroits qu'au début contre la fenêtre.

J'ai joui une autre fois et lui avec moi, presque simultanément, en tout cas suffisamment proches pour que cela ressemble à une réponse.

***

Nous sommes restés allongés sans parler.

Sa main était posée sur mon ventre. La chaleur de sa paume était précise, nette, réelle. J'écoutais sa respiration revenir à la normale. Par la fenêtre sans rideaux, la lumière de Paris était orange et constante. Il était peut-être trois heures du matin. Je n'avais pas envie de vérifier.

Je pensais à l'attente. Aux quatre jours entre son appel et notre rendez-vous. Aux deux jours entre le dîner chez Dorothée et son appel. À l'attente dans le bar pendant qu'il enlevait son manteau. À l'attente dans le fauteuil pendant qu'il s'agenouillait. À l'attente contre la fenêtre pendant que ses mains remontaient le long de mes avant-bras encore et encore, sans se presser, comme si la lenteur était une fin en soi.

Je me suis demandé si j'allais rester.

J'ai décidé de rester.

Non pas par attachement particulier, pas encore, mais parce que quelque chose n'était pas terminé. Pas entre nous. En moi. Il restait quelque chose à observer, à traverser, à recevoir. Rémi dormait déjà, ou s'approchait du sommeil, sa respiration s'était alourdie et sa main sur mon ventre avait cessé de bouger. Je suis restée immobile à côté de lui et j'ai regardé le plafond et j'ai pensé à rien de précis, juste le bruit de la ville en dessous, juste sa chaleur contre moi, juste la légèreté étrange qui suit certaines nuits.

***

Le matin, il faisait du café dans la cuisine quand je me suis levée. Je l'entendais depuis la chambre. L'odeur du café a précédé tout le reste. Je me suis habillée. J'ai trouvé mes chaussures sous le fauteuil du salon. La lumière du matin dans l'appartement était différente de la lumière de la nuit, plus blanche, plus directe, et les maquettes sur les tréteaux avaient une présence que je n'avais pas vue la veille.

Il m'a donné une tasse. Nous nous sommes assis à la table de la cuisine, lui en face de moi, les deux mains autour de sa tasse, les yeux gris dans la lumière du matin.

Nous avons parlé de choses qui n'avaient aucune importance.

À un moment, il a dit qu'il avait une réunion à dix heures.

J'ai dit que je devais aussi partir.

Nous nous sommes levés en même temps. Dans l'entrée, il a pris mon manteau et me l'a tenu, un geste simple, presque anachronique. J'ai passé les bras dans les manches. Sa main a effleuré mon épaule. Juste une seconde. Puis il a ouvert la porte.

Dans l'escalier, j'ai entendu la porte se refermer.

Dans la rue, l'air était froid et vif, avec une lumière de novembre qui rendait tout très net, les façades, les pavés, le ciel pâle au-dessus des toits. Je marchais vers le métro. Je pensais à la nuit. Je pensais à ses mains sur mes bras contre la fenêtre. Je pensais à la régularité de ce mouvement, les poignets, l'avant-bras, le pli du coude, le retour. Je pensais à ce que j'avais dit, ce seul mot, “pardon”, après mon orgasme prématuré.

Il m'a rappelée quatre jours plus tard.

J'ai attendu la deuxième sonnerie avant de décrocher, par ce même réflexe absurde. Et pendant ces deux sonneries, pendant cette durée de rien du tout, j'ai senti la pression douce entre les omoplates, dans la gorge, dans la peau des poignets.

Le meilleur, c'était l'attente.

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Texte coquin : L'attente
Histoire sexe : Une rose rouge
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