Vera - épisode 2

- Par l'auteur HDS CDuvert -
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Récit libertin : Vera - épisode 2 Histoire érotique Publiée sur HDS le 22-06-2026 dans la catégorie A dormir debout
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Vera - épisode 2
Temps de lecture ~ 22 min



Résumé de l'épisode précédent

Vera a vingt-deux ans. Elle se déplace seule entre les zones, sans appartenir à aucune faction. Un long manteau noir sur la peau nue, une ceinture de cuir, des bottines, un pendentif. Son corps comme instrument de contrôle, la fuite comme forme d'intelligence.

À Kael, ville portuaire en déclin gouvernée par un homme qu'on appelle le Syndic, elle a compris que sa nudité pouvait fonctionner comme une arme. Elle a neutralisé deux miliciens en se dénudant devant eux, les laissant se masturber sous son regard avant de les congédier. Elle a déstabilisé le Syndic lui-même en prenant l'initiative d'une fellation qui l'a laissé sans pouvoir sur la situation.

Elle a ensuite aidé Sael, une mécanicienne rousse chez qui elle logeait, à fuir Kael avec un stock de pièces de haute précision caché sous le plancher. Un garde les a repérées à la sortie. Sael l'a embrassé pendant que Vera le masturbait par derrière jusqu'à l'éjaculation.

La nuit suivante, dans une bâtisse abandonnée, elles ont fait l'amour une dernière fois. Au matin, Sael a offert à Vera le long manteau noir. Elles se sont séparées au croisement des routes.

À mi-chemin, Vera a entendu derrière elle un froissement de cuir contre de la pierre.



I.

Le froissement vient de droite, contre la pierre d'un mur effondré.

Vera ne s'arrête pas. Elle continue trois pas, puis dévie légèrement sa trajectoire, comme si elle évitait une ornière. Elle ajuste le manteau autour de ses épaules. Son regard ne se détourne pas de la route, mais son ouïe cartographie.

Le son ne revient pas.

C'est un bon suiveur. Mais pas parfait. Elle a eu le temps d'identifier la source : pas assez haut pour un homme debout, pas assez bas pour un animal à quatre pattes. Quelque chose entre les deux, ou quelqu'un qui se déplace courbé, à couvert.

Elle calcule la distance au prochain coude de la route. Soixante mètres, peut-être soixante-dix. Là, le chemin tourne derrière une crête de gravats et de ferraille rouillée, ruines d'un bâtiment industriel dont il ne reste que les os. Elle aura trois, peut-être quatre secondes d'angle mort.

Elle prend la décision sans s'y attarder.

Quand elle disparaît derrière la crête, elle n'avance pas. Elle s'arrête, écarte les pieds, colle le dos contre la ferraille froide, et attend.

Le vent porte une odeur de terre sèche et, en dessous, quelque chose d'organique qu'elle ne reconnaît pas encore. Ni fumée, ni huile. Plus proche de la peau humaine, mais différent, comme si la transpiration avait une texture inhabituelle.

Elle entend les pas avant de les voir.

Presque rien. La plante d'un pied nu sur du gravier. Puis le silence. Quelqu'un qui sent qu'il a perdu la trace et qui hésite.

Vera sort du mur au moment exact où la silhouette passe le coude.



Elle le prend par le bras, le fait pivoter, exploite l'élan, et projette le corps contre la ferraille. L'impact est bref et sourd. L'autre réagit vite, trop vite pour un amateur, tente de se dégager en tournant sur lui-même. Elle s'accroche, glisse une jambe en crochet derrière sa cheville, et ils tombent ensemble sur le côté.

Il est nu.

Elle le réalise dans la chute, le contact de la peau contre sa propre main, une peau qui n'a pas la texture ordinaire. Pas froide, pas chaude. Neutre, presque. Et les couleurs, sur l'avant-bras qu'elle tient, changent. La peau prend la teinte de ses propres doigts là où elle le touche, puis s'en éloigne, oscille entre des gris et des ocres qui correspondent exactement à la ferraille rouillée autour d'eux.

Elle le plaque au sol. Il cesse de résister d'un coup, comme si la chute avait évacué quelque chose. Elle s'assoit sur ses reins, les deux genoux de chaque côté, et elle regarde.

Un homme. Jeune, difficile à dire exactement. Taille moyenne, corps mince et tendu, le genre de corps qui court beaucoup et mange peu. Les traits du visage sont nets, presque ordinaires, à ceci près que la couleur de peau du front et des joues continue de bouger, de se stabiliser lentement sur une teinte intermédiaire entre la terre et la pierre. Les yeux, eux, ne changent pas. Iris pâles, presque incolores, fixés sur elle avec quelque chose qui n'est pas de la peur.

Il est nu, entièrement. Pas d'armes visibles, pas de sac, pas de ceinture. Rien.

Sous elle, elle sent l'érection.

Elle ne bouge pas. Elle note le fait avec la même neutralité qu'elle noterait n'importe quelle information utile.

La lutte a produit ça en lui. La proximité, l'impact, l'adrénaline, ou simplement la chaleur de son propre corps sur le sien. Peu importe la cause. Ce qu'elle voit, c'est l'usage possible.

Elle se lève sans le lâcher, lui tire le bras pour le mettre debout, et dit, simplement :

"Tu as de la corde sur toi ?"

Il la regarde.

"Non. "

Sa voix est basse, légèrement rauque. Pas hostile.

Vera tire de sa ceinture une lanière de cuir préventive, pliée en deux, qu'elle garde pour ce genre d'usage. Elle l'attache par les poignets dans le dos, pas assez serré pour couper la circulation, assez pour qu'il ne puisse pas se dégager sans effort visible.

Il la laisse faire.



II.

Ils s'installent contre le mur de ferraille, à l'abri du vent. Vera sort de sa sacoche une lampe à huile, l'allume au briquet à silex. La flamme est petite et régulière. À la lumière, la peau de l'homme-caméléon se stabilise sur quelque chose de proche du cuivre foncé, avec des reflets qui bougent quand il respire.

Elle s'assoit en face de lui, les jambes croisées. Le manteau reste fermé. Elle l'observe.

Il soutient le regard. Il n'est pas à l'aise mais il ne cède pas non plus. Il y a une sorte de dignité dans sa façon de rester assis droit, les bras liés dans le dos, l'érection encore visible et patente entre ses cuisses, sans qu'il fasse le moindre geste pour la dissimuler.

"Tu me suis depuis le croisement ?" dit-elle.

"Depuis Kael."

Elle enregistre ça. Depuis Kael. Il a vu la fuite, ou il attendait sur la route. L'une ou l'autre hypothèse dit quelque chose de sa façon d'opérer.

"Pourquoi ?"

"Je voulais voir où tu allais."

"Et maintenant tu sais."

"Nulle part en particulier," dit-il. "Ce qui est intéressant."

Vera le regarde une seconde de plus. Il y a quelque chose dans la façon dont il parle, une économie de mots qui correspond à quelqu'un habitué à ne pas parler souvent. Les solitaires ont ce rythme-là.

"Tu connais la route de l'est."

"Je connais la zone. Oui."

Elle croise les mains sur ses genoux. "Alors on va avoir une conversation."

Il baisse les yeux sur ses mains liées, puis les relève vers elle. "Une conversation."

"Tu me donnes ce que je veux savoir. Je te donne quelque chose en échange."

Un silence. Il regarde la lampe, pas elle. "Qu'est-ce que tu veux savoir ?"

"Ce qu'il y a. L'eau, l'abri, les factions qui tiennent les routes. Ce qui me tuera si je ne le sais pas."

Il réfléchit. Vera attend. Elle est bonne pour attendre.

"Et en échange," dit-il enfin, sans finir la phrase. Le ton n'est pas obscène. Il pose juste la question à sa façon.

Vera ouvre légèrement le manteau. Pas entièrement, juste assez pour que la lumière de la lampe atteigne sa peau, l'intérieur de sa cuisse, le creux entre ses seins. Elle le referme.

"Ça dépend de ce que tu me donnes," dit-elle.

Il s'appelle Lyss. Il ne donne pas d'autre nom, et elle n'en demande pas.

Il dit qu'il vit dans la zone depuis deux saisons. Avant ça, il vient de plus loin au nord, d'une région qu'il nomme par un chiffre de route plutôt que par un nom, comme les gens qui n'ont jamais eu de carte mais qui ont mémorisé les bifurcations.

Il parle lentement. Pas par réticence, par habitude.

Vera écoute. Elle ne prend pas de notes. Elle a une bonne mémoire pour les informations utiles.

Mais il ne dit pas encore ce qu'elle veut entendre. Il parle de lui, de sa trajectoire, de vagues généralités sur la zone. Elle le laisse faire quelques minutes, puis elle tend la main et pose une paume ouverte sur sa cuisse.

Il s'arrête de parler.

Sa peau, là, est tiède. Elle garde la main immobile. Pas une caresse, pas encore. Juste le contact.

"L'eau," dit-elle. "Les points d'eau que tu connais."

Il reprend. Sa voix a changé, légèrement, juste un peu plus tendue aux consonnes. Il décrit un point d'eau à deux heures vers l'est, une source creusée sous une dalle de ciment, protégée des intempéries mais pas gardée. Puis un autre, au nord-est, tenu par un petit groupe qui échange l'accès contre des heures de travail.

Vera déplace sa main, très lentement, vers l'intérieur de la cuisse. Elle ne monte pas encore. Elle s'arrête à mi-chemin, laisse la chaleur de sa paume agir.

Il s'interrompt.

"Continue," dit-elle.

Il continue. La voix est plus courte maintenant, les phrases plus fragmentées. Il parle d'une bâtisse à trois heures vers l’est, toit partiellement intact, utilisée par des passants mais sans résident permanent. Un abri de transit que la plupart ignorent parce que l'entrée est camouflée sous un éboulis.

Sa respiration a changé. Les muscles de sa cuisse sont rigides sous sa main. Son sexe est totalment dressé, maintenant.

Vera laisse ses doigts avancer un peu plus haut. Elle effleure la base de son érection, juste le bout des doigts, comme si c'était accidentel.

"Les factions sur la route."

Il ferme les yeux une seconde. Sa peau pulse doucement, les reflets cuivrés s'intensifiant sur sa poitrine, sa gorge. Elle comprend que ses émotions se lisent sur lui différemment de sur quelqu'un d'ordinaire. Pas dans l'expression du visage. Dans la lumière de la peau.

Il parle plus vite. Une faction à l'est tient la bifurcation vers le col, deux hommes en permanence, armés mais pas disciplinés. Une autre, au sud, plus organisée, évite la route principale mais taxe les sentiers. Un groupe de mutants, quelque part dans les collines, qui ne s'approche pas des routes.

Sa voix se brise légèrement sur les derniers mots.

Vera referme la main autour de lui, sans mouvement encore. Juste la prise, ferme et chaude.

"Autre chose que je dois savoir."

"La source," dit-il, la respiration courte. "La première. Il y a des marques sur la dalle. Des anciennes. Elles indiquent une cache. Du matériel médical, probablement. Personne n'a encore trouvé comment ouvrir la dalle."

Vera commence à bouger la main.



III.

Elle prend son temps.

Les informations sont venues plus vite qu'elle ne l'espérait. Il a tout donné, poussé par la progression régulière de sa main, par l'alternance entre la promesse et la retenue. Mais précipiter la fin serait une erreur de calcul. La générosité dans l'échange est aussi une information qu'on laisse à l'autre, quelque chose qu'il emportera.

Elle s'approche, s'assoit à côté de lui plutôt qu'en face. Le flanc contre le sien. Elle sent sa chaleur, l'odeur de sa peau, organique et légèrement minérale, comme si la terre avait laissé une trace en lui.

Elle libère ses mains.

Il ne bouge pas immédiatement. Il reste assis, les bras relâchés de chaque côté, et la regarde de côté avec une attention très calme.

Vera referme la main autour de lui.

Il est encore entièrement dur, tendu depuis trop longtemps, et elle sent sous sa paume la chaleur et le battement sourd du sang. Elle commence lentement, un mouvement de la main qui descend jusqu'à la base, s'y attarde, remonte jusqu'au bout avec une pression régulière et sans hâte. Elle ne cherche pas à en finir. Elle cherche à étirer.

Sa peau change. Les teintes ambrées reviennent sur sa poitrine, plus intenses qu'avant, et descendent vers son ventre.

Elle accélère légèrement, juste assez pour l'amener un peu plus haut, puis ralentit, puis s'arrête. La main immobile, juste la prise, ferme et chaude.

Il expire lentement par le nez.

Elle reprend. Le rythme monte sur huit ou dix mouvements, la respiration de Lyss qui se raccourcit, sa peau qui s'embrase sur ses épaules et dans le creux de ses coudes, les couleurs qui courent plus vite. Ses mains à lui cherchent quelque chose à tenir, trouvent le sol de terre, s'y agrippent.

Elle s'arrête encore.

"Vera."

Sa voix est rauque, presque indistincte. Pas une plainte. Une constatation.

Elle attend que sa respiration redescende d'un degré. Elle lit les couleurs de sa peau comme un instrument de mesure, sait à quoi ressemble la limite sur lui maintenant, sait exactement où elle l'a amené et d'où elle le tire.

Elle reprend une troisième fois, plus lentement encore, un seul mouvement long et continu de la base jusqu'au bout, la pression de la paume bien répartie. Il se fige. Les couleurs sur sa gorge sont presque orangées, presque lumineuses dans la nuit de la lampe à huile.

Elle retire la main.

Un son s'échappe de lui, bref et involontaire. Il penche la tête en arrière, les yeux fermés, les muscles du ventre contractés.

Elle attend.

Quand elle juge que la vague s'est retirée d'un cran, elle se lève, fait le tour de lui, et s'assoit sur ses genoux, face à lui. Elle ouvre le manteau, pas entièrement, juste assez pour que sa peau soit contre la sienne, la chaleur de son ventre contre le bas du sien.

Il ouvre les yeux.

Elle prend son visage dans ses deux mains et l'embrasse, lentement, en prenant le temps de la bouche et de ce qu'elle dit sans mots. Puis elle prend sa main et la guide.

Lyss est attentif. C'est ce qu'elle avait estimé, et le contact le confirme. Pas pressé, pas maladroit. Ses doigts apprennent la forme de sa cuisse avant de monter, s'arrêtent là où elle s'arrête, reprennent quand elle reprend. Sa peau change sous l'excitation, des ondes d'ambre et de cuivre qui courent sur ses épaules, descendent le long de ses bras.

Vera contrôle le rythme. C'est sa façon. Elle décide de ce qu'elle prend, de quand, de combien.

Mais elle s'aperçoit, assez vite, que l’abandon vient aussi, et qu'elle ne l'avait pas entièrement prévu. Sa main à lui sur la peau de son ventre produit quelque chose de simple et de physique. Elle appuie légèrement les deux paumes sur ses épaules pour le guider vers le bas.

Il comprend sans explication.

Sa bouche est précise et sans excès. Il prend le temps. Vera le laisse faire, les deux mains ouvertes sur ses épaules, la tête légèrement en arrière, les yeux sur le ciel noir entre les crêtes de ferraille. L'air sent la rouille et la poussière sèche et, sous tout ça, la lampe à huile et la chaleur de deux corps proches.

Elle revient à lui avant d'aller trop loin. Elle le retourne d'une pression des mains, se met à genoux au-dessus de lui, le manteau glissant de ses épaules et formant un fond sombre sur le sol de terre. Elle ajuste l'angle, descend lentement, le laisse entrer avec une lenteur qui est autant pour elle que pour lui.

Il pose les mains sur ses cuisses. Pas pour la guider, juste pour tenir quelque chose.

Sa peau change encore, des teintes plus chaudes, presque lumineuses dans l'obscurité, des dorés et des orangés qui courent sur sa poitrine et remontent vers sa gorge. Vera y lit l'intensité comme on lit une carte. Elle module son rythme en conséquence, s'arrête quand les couleurs s'emballent, reprend plus lentement, étire la montée.

Il ne parle pas. Elle non plus.

Il y a juste le son de leurs souffles, le crissement discret du cuir de la ceinture, l'huile qui brûle dans la lampe.

Elle laisse venir la fin à son propre rythme, sans la forcer. Quand elle arrive, elle arrive dans l'ordre des choses. Lyss émet un son bref et contenu, sa peau explose en lumières ambrées qui s'éteignent lentement, et Vera reste immobile sur lui quelques secondes, les deux paumes posées sur sa poitrine, sentant le pouls redescendre sous ses mains.

Elle se lève. Elle reprend le manteau. Elle remet la ceinture.

Lyss est allongé sur la terre, les yeux ouverts, sa peau revenue à une teinte neutre et calme. Il la regarde se rhabiller sans rien dire.

"La source," dit-elle. "Tu m'y emmènes demain matin."

"D'accord."

Elle éteint la lampe. L'obscurité est complète et immédiate.

"Tu dors là," dit-elle. "Ou ailleurs. Comme tu veux."

Il ne répond pas. Mais quand elle s'allonge contre le mur, à deux mètres de lui, elle entend sa respiration se stabiliser dans l'obscurité, lente et régulière. Il reste.



IV.

L'aube est grise et sèche.

Vera se lève avant lui, ou croit le faire. Quand elle se retourne, il est debout, appuyé contre la ferraille, déjà couleur de rouille et d'ombre. Sa peau au repos est ainsi : elle fond dans ce qui est autour, sans effort apparent, comme un réflexe.

"Tu fais ça tout le temps ?" dit-elle.

"Quoi."

"Disparaître dans le décor."

Il regarde ses propres avant-bras. "Je ne le choisis pas toujours. Quand je suis calme, ça se fait seul."

Vera récupère sa sacoche. "Deux heures vers l'est, tu as dit."

"Deux heures à mon rythme. Peut-être un peu plus au tien."

Elle lève les yeux. Il ne sourit pas, mais il y a quelque chose dans le ton.

"On vérifie ça," dit-elle, et elle part la première.

Il court bien.

Elle l'avait estimé à sa façon de se déplacer la veille, mais la route le confirme. Il a un pas économe, les pieds nus qui lisent le sol avec précision, une façon de porter le poids qui ne se fatigue pas. Il reste un mètre derrière elle sans effort, et elle ne cherche pas à le distancer. Ce n'est pas le moment.

La zone est ouverte ici, d'anciens champs devenus friches, des lignes d'arbres morts, des structures de métal à moitié enfouies dans la terre. L'air sent le métal froid et, par intermittence, quelque chose de végétal, une herbe qui pousse dans les fissures du bitume effondré.

Lyss parle peu en marchant. Il indique les bifurcations, ajuste la trajectoire, signale une fois d'un geste bref une forme à l'horizon qui pourrait être humaine mais qui disparaît avant qu'elle ait le temps de l'évaluer. Il connaît la zone comme quelqu'un qui l'a parcourue longtemps, pas à la façon d'un habitant mais d'un passant régulier.

Elle lui pose des questions courtes. Il répond sans développer.

Elle apprend qu'il est seul depuis plus d'un an. Qu'il y avait d'autres mutants avec lui avant, un groupe de cinq, mais que le groupe s'est défait sur une mauvaise décision au sujet d'une route tenue. Deux morts, les autres dispersés. Il n'en sait plus rien.

Il ne dit pas ça comme une plainte. Il le dit comme on dit la météo.

Vera reconnaît quelque chose dans ce rapport-là à la perte. Elle ne le nomme pas, mais elle le reconnaît.

La source est exactement là où il avait dit.

Une dalle de béton armé, posée à plat dans une légère dépression du terrain, entourée de hautes herbes sèches qui la dissimulent à quiconque ne sait pas la chercher. Une roue de métal sur le côté, rouillée mais fonctionnelle, commande une pompe manuelle. L'eau qui monte est claire. Vera goûte. Froide, légèrement calcaire, sans arrière-goût suspect.

Elle boit longuement.

Autour, la dépression forme une cuvette naturelle, abritée du vent par les herbes et par un amas de ciment effondré qui devait être un bâtiment plus petit. L'endroit est invisible depuis la route. Le ciel au-dessus est ouvert, ce qui est rare, une longue trouée de gris pâle entre deux masses de nuages bas.

Vera fait le tour de la dalle. Les marques dont Lyss avait parlé sont là, gravées dans le béton à mi-hauteur, une série de traits qui ne ressemblent pas à une écriture mais à une notation fonctionnelle, angles et chiffres. Elle passe les doigts dessus.

"Tu sais ce que ça veut dire ?"

"Non," dit Lyss. "J'ai essayé de soulever la dalle. Elle est trop lourde, seul."

Vera s'accroupit, examine les bords. Il y a un système de levier intégré dans l'armature, deux crochets de métal sur le côté opposé à la roue. Elle cherche l'outil, ne trouve rien autour. Elle retourne à sa sacoche, sort une tige de fer pliée à angle droit qu'elle porte pour les serrures difficiles. Elle l'insère dans un des crochets.

"Prends l'autre," dit-elle.

Ils soulèvent ensemble. La dalle résiste, puis cède d'un coup, pivote sur un axe invisible et révèle une cavité d'un mètre carré, profonde d'environ cinquante centimètres. À l'intérieur, une caisse métallique fermée par deux loquets.

Vera remonte la caisse. Elle l'ouvre.

Du matériel médical, comme il avait dit. Plus de médicaments, trop fragiles pour survivre dans ces conditions. Mais des instruments : des sutures, des lames de bistouri encore emballées, des compresses stériles sous vide, deux seringues à usage unique scellées, une pince hémostatique, un rouleau de gaze. Et, au fond, un sachet de sel cristallisé et un petit flacon brun, cire de scellement intact, sans étiquette.

Elle prend le flacon, le renifle à travers la cire. Antiseptique ou analgésique, difficile à dire. Elle le range.

"Bon voyage," dit-elle pour elle-même. Elle prend ce qui est utile et referme la caisse.



V.

Lyss s'est éloigné de quelques pas pendant qu'elle examinait la cache. Il est debout au bord de la cuvette, les bras légèrement écartés, la peau qui se règle sur les teintes des herbes sèches autour de lui, les ocres et les beiges. Dans cette lumière grise, il est presque invisible si on ne sait pas où regarder.

Vera le regarde.

Il y a une qualité particulière dans la façon dont il occupe l'espace. Pas de dépense inutile. Comme si, à force de ne pas appartenir aux endroits où il passe, il avait appris à prendre moins de place que son corps réel.

Elle comprend ça aussi.

Elle pose la sacoche sur la dalle, défait la ceinture, laisse le manteau glisser de ses épaules jusqu'à terre.

L'air de la matinée est frais sur sa peau. Le sol de la cuvette est couvert d'une herbe courte et dense, et l'eau de la source a laissé une légère humidité dans la terre.

"Il y a de l'eau," dit-elle. "Autant en profiter."

Elle se lave lentement.

La pompe donne un filet régulier, froid et constant. Elle se met dessous, laisse l'eau lui tomber sur les épaules, dans le cou, le long du dos. Le froid est immédiat et précis, et il y a quelque chose de délibéré dans la façon dont elle reste dessous, les deux paumes ouvertes sur ses cuisses, les yeux fermés, le menton légèrement levé.

Elle sent son regard.

Elle ne cherche pas à le provoquer. Elle se lave, simplement. Mais elle sait ce que produisent certaines choses, et elle ne les dissimule pas non plus.

L'eau descend le long de sa cage thoracique, s'attarde dans le creux de son ventre, coule entre ses cuisses. Elle prend le savon dur qu'elle garde dans sa sacoche, petite chose grise qui sent le suif et le cèdre. Elle se savonne les bras, le cou, les épaules, avec des gestes méthodiques et lents.

Quand elle rouvre les yeux, Lyss s'est rapproché. Il est à trois mètres, debout, les bras le long du corps, la peau dans une teinte intermédiaire entre ses propres couleurs naturelles et la lumière de l'eau, quelque chose d'irisé et de mouvant.

Il la regarde sans parler. son sexe est dur et dressé.

Vera rince le savon sur son ventre, remonte vers ses seins, prend son temps sur chaque geste. Elle n'est pas en train de s’exhiber pour lui. Elle est en train de se laver. Mais elle laisse l'espace entre eux exister sans le combler, et il y a dans cet espace-là une charge précise.

"Tu peux," dit-elle.

Il s'approche.

Ses mains entrent dans l'eau en même temps qu'il s'approche. L'eau tombe toujours, elle ne coupe pas la pompe. Le froid rend chaque sensation plus nette, plus définie, les contours du corps plus présents à eux-mêmes.

Ses doigts remontent le long de ses flancs, lentement, avec la même attention qu'elle lui avait remarquée la nuit précédente. Sa peau contre la sienne a une texture particulière, ni plus rugueuse ni plus lisse que la normale, mais différente, comme si la température en était légèrement indépendante.

Il se tient derrière elle. L'eau les couvre tous les deux maintenant, il est sous le filet avec elle, et elle sent contre son dos la chaleur de sa poitrine qui contraste avec le froid de l'eau. Sa peau dans son dos change, elle le sent sans le voir, les teintes qui doivent prendre les couleurs de sa propre peau à elle, ce mimétisme qui n'est pas du tout intentionnel et qui rend sa présence à la fois normale et étrange.

Ses mains montent vers sa poitrine. Elle ne l'arrête pas. Elle appuie légèrement les épaules en arrière contre lui, pour le sentir plus entier.

L'eau coule entre eux, trouve tous les interstices, descend le long de son ventre pendant que sa main droite à lui descend aussi, lentement, en dessous du nombril, plus bas encore, avec une précision qui n'est pas de la hardiesse mais de l'attention.

Vera s'appuie davantage.

Sa main trouve ce qu'elle cherche, s'y installe avec une patience qui commence à défaire les calculs dans sa tête. Elle n'empêche pas ça. Elle laisse la pensée s'amenuiser, l'eau froide et la chaleur de lui derrière elle, ses deux mains qui travaillent des régions différentes avec le même soin.

Elle se retourne.



VI.

Face à face, sous l'eau, c'est autre chose.

Elle prend son visage dans ses deux mains et l'embrasse. Pas rapidement. Elle prend le temps de la bouche, de la chaleur derrière les lèvres qui contraste avec le froid extérieur, d'une langue qui explore avec la même curiosité attentive que ses mains avaient montrée.

Sa peau contre son propre visage est douce et change encore, les teintes de ses joues qui s'emballent légèrement sous ses paumes, un peu d'ambre, un peu de doré. Elle le laisse entrer.

Ils glissent vers le sol ensemble, vers l'herbe de la cuvette, à l'abri du vent. L'eau ne les atteint plus mais leurs peaux sont encore froides, et ce froid s'en va lentement au contact l'un de l'autre.

Elle s'allonge sur l'herbe courte, le tire avec elle. Il y a dans sa façon de venir vers elle quelque chose qui n'est pas de la soumission et n'est pas de la domination non plus. Une réponse, juste. Elle décide, il répond. C'est suffisant.

Sa bouche descend sur son cou, sur sa clavicule, sur le haut de sa poitrine. Elle le laisse avancer à son rythme, les yeux ouverts sur le ciel gris, une main dans ses cheveux, pas pour guider, juste pour tenir.

Il prend son temps sur chaque partie de son corps qu'il atteint. Sa bouche sur ses seins est précise et attentive, sans appuyer sur des effets. Sa langue trace des chemins courts et nets. Elle sent sa respiration s'approfondir, se stabiliser sur quelque chose de plus lent.

Elle l'attire vers le haut.



Il entre en elle par un mouvement qui commence lentement et s'approfondit progressivement, jusqu'à ce qu'ils soient l'un contre l'autre sans espace entre eux. Elle sent sa peau partout où elle touche la sienne changer, les teintes de son propre corps se refléter sur lui par endroits, comme s'il prenait sa couleur sur les zones de contact. C'est involontaire, elle le comprend. Simplement ce que fait sa peau quand elle est présente.

Ils restent immobiles une seconde.

Puis elle commence à bouger, et il suit.

Le rythme s'établit d'abord lentement, une conversation entre leurs deux corps, chacun qui lit l'autre et ajuste. L'herbe est froide sous ses épaules et sous ses cuisses, mais le froid ne l'atteint plus vraiment. Il y a le poids de lui sur elle, bien réparti, jamais écrasant, et le mouvement qui monte progressivement, qui trouve sa propre logique.

Sa peau dans la lumière du matin est traversée par des vagues d'ambre et d'or et d'orangé, les couleurs de l'excitation qui courent de sa gorge vers sa poitrine, descendent sur son ventre. Elle lit ces variations comme une carte, y trouve un plaisir particulier, cette façon de le voir depuis l'intérieur de la sensation.

Elle prend ses hanches dans ses deux mains, l'ancre, lui donne un angle qu'elle veut. Il accepte, ajuste, s'y installe. Elle sent la montée, longue et régulière, qui efface progressivement tout le reste : le froid de l'herbe, le ciel gris, les calculs de la nuit précédente et du matin.

Il reste dans ce rythme-là. Il ne précipite pas. Il suit ce qu'elle donne.

Elle ferme les yeux.

La fin vient par accumulation, pas par brusquerie. Elle n'est pas silencieuse mais elle n'est pas bruyante non plus, un son court et retenu dans la gorge, les deux mains qui agrippent ses épaules, le corps qui se resserre autour de lui une seconde avant de se relâcher complètement.

Lui suit presque immédiatement, sa peau dans une explosion de couleur qui s'éteint lentement, comme des braises.

Ils restent allongés dans l'herbe.

Le ciel est toujours gris.



VII.

Elle se rhabille en premier.

La ceinture, les bottes, le manteau par-dessus. Elle récupère la sacoche, vérifie le contenu, referme.

Lyss s'est assis dans l'herbe, les bras sur les genoux. Il la regarde faire. Sa peau au repos est revenue à quelque chose de neutre, de presque transparent dans la lumière de l'après-midi naissante, comme une eau calme.

"Tu continues vers l'est," dit-il. Ce n'est pas une question.

"Oui."

Il réfléchit un moment. "Il y a une faction au-delà du col qui commerce avec les solitaires. Pas les mutants, ils ne veulent pas de nous. Mais avec des gens comme toi, les sans-faction, ça arrive. Ils ont des ressources. Ils échangent."

"Et ils veulent quoi en retour."

"Des services. Ça dépend des gens."

Vera mémorise. "Tu n'y vas pas."

"Non."

Elle comprend sans qu'il développe. Des services rendus à un groupe qui choisit qui il reçoit, ça ne s'offre pas à un mutant.

Elle attache la dernière boucle de la ceinture. "Le groupe de mutants dans les collines. Tu les connais ?"

Une pause courte. "Certains."

"Si tu les vois, dis-leur qu'une femme sur la route de l'est leur veut du bien."

Il la regarde. "Pourquoi ?"

"Je ne sais pas encore," dit-elle. "Mais ça pourrait servir."

Il hoche la tête. Ce n'est pas un accord, pas une promesse. C'est juste le signe qu'il a enregistré.



Elle prend la route.

La source est derrière elle, Lyss aussi, ou peut-être pas, peut-être qu'il l'accompagne encore quelques centaines de mètres sans qu'elle le sache. Elle ne se retourne pas. S'il est là, il est invisible dans les herbes et les ruines, et l'invisibilité est sa façon d'être dans le monde. Elle respecte ça.

La route de l'est monte doucement vers une ligne de crête basse. De l'autre côté, les collines dont il a parlé, et au-delà le col et la faction qui échange des services.

Elle marche.

À mi-montée, elle perçoit une odeur qui n'était pas là avant. Pas de la fumée. Quelque chose de plus organique, de plus chaud. Quelqu'un a fait cuire quelque chose dans les dernières heures, pas très loin.

Elle ne s'arrête pas, mais sa main se pose brièvement sur la ceinture.

Le pendentif contre sa peau est froid et lourd, comme toujours.

Elle calcule.



A suivre …

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Texte coquin : Vera - épisode 2
Histoire sexe : Une rose rouge
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