Le veilleur et la flamme
Récit érotique écrit par CDuvert [→ Accès à sa fiche auteur]
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Le veilleur et la flamme
Temps de lecture ~ 15 minutes.
La première chose qu'elle remarqua en entrant, c'était l'odeur. Pas celle du feu, bien que le feu fût là, immense, dévorant les bûches avec une régularité presque mécanique. Non, une odeur antérieure au feu, une odeur de pierre froide et de temps accumulé, de cire fondue et de quelque chose d'animal qu'elle ne sut pas nommer tout de suite. Elle s'appelait Lise. Vingt-six ans. Elle était venue pour cataloguer la bibliothèque d'un homme qu'elle ne connaissait pas.
On lui avait dit : le vieil Arenberg. On lui avait dit : il vit seul. On lui avait dit très peu de choses, en réalité.
La pièce était haute, les fenêtres en ogive laissaient entrer une lumière de novembre, blanche et sans chaleur, qui mourait avant d'atteindre le centre de la salle. Le centre appartenait au feu. Tout le reste, les fauteuils aux accoudoirs sculptés, les candélabres hérissés de bougies consumées jusqu'au métal, les crânes cornés fixés au-dessus du manteau de la cheminée, tout gravitait autour de la cheminée comme autour d'un soleil noir.
L'homme était assis dans le fauteuil de droite.
***
Il ne se leva pas quand elle entra. Il tourna la tête dans sa direction avec la lenteur de quelqu'un qui n'a plus rien à prouver au mouvement. Ses cheveux étaient entièrement blancs, épais encore, sa barbe descendait sur le revers sombre de sa veste. Ses mains reposaient à plat sur les genoux, larges, les veines saillantes sous la peau tachée d'âge. Il devait avoir soixante-dix ans, peut-être davantage. Son regard était d'une précision presque insupportable.
"Posez votre manteau," dit-il.
Sa voix était basse, sans inflexion. Pas un ordre, pas une invitation. Une constatation de ce qui allait se passer.
Lise posa son manteau sur le fauteuil vide, à gauche. Elle portait en dessous une robe noire à manches longues, sans ornement. Elle avait les épaules étroites, les poignets fins, les cheveux attachés haut sur la nuque, quelques mèches qui se défaisaient déjà le long de son cou. Elle n'était pas grande. Elle avait le genre de corps qu'on hésite à qualifier parce que les mots le réduisent.
Elle prit place sur le sol, devant la cheminée. Elle ne sut pas expliquer plus tard pourquoi elle s'était assise là, sur les dalles froides, plutôt que dans le second fauteuil. Peut-être parce que le feu tirait, littéralement, le corps vers lui.
Arenberg la regarda s'asseoir sans commentaire.
Dehors, quelque chose se mouvait dans la brume. Une silhouette, ou l'idée d'une silhouette. Lise tourna brièvement la tête vers la fenêtre puis la détourna. Elle avait décidé de ne pas regarder les fenêtres.
***
Ils parlèrent d'abord de la bibliothèque, qui occupait le couloir adjacent et trois des quatre murs de la pièce suivante. Arenberg parlait de ses livres comme d'autres parlent de territoires conquis, avec une précision géographique et une possessivité tranquille. Il connaissait l'emplacement de chaque volume. Il ne demanda jamais à Lise ses références, son parcours, l'université où elle avait soutenu sa thèse. Il semblait supposer que tout cela était sans intérêt, ou acquis.
La conversation dériva. Arenberg parla d'une édition de Sade qu'il avait achetée à Genève dans les années soixante-dix. Il parla d'une femme qui lui avait lu Les Cent Vingt Journées à voix haute, un été entier, dans une maison au bord de la mer. Sa voix ne portait aucune nostalgie. Il rapportait les faits.
Lise l'écouta. Le feu craquait. La cire coulait le long des bougies avec une régularité de sablier. Elle sentait la chaleur des flammes sur son côté gauche, son visage, sa main posée sur les dalles. L'autre côté de son corps restait froid.
Elle ne sut pas à quel moment elle cessa d'écouter les mots pour écouter autre chose. La voix, peut-être. La respiration de l'homme dans le fauteuil. Le fait qu'il ne bougeait pas.
***
Il y eut un silence.
Arenberg dit : "Approchez."
Lise se leva. Elle fit trois pas vers lui. Elle s'arrêta à une distance qui n'était ni intime ni distante, la distance exacte où un geste devient possible sans être inévitable.
Il la regarda de bas en haut, sans hâte. Ses yeux s'arrêtèrent sur ses mains.
"Vous avez les mains froides," dit-il. Ce n'était pas une question.
"Toujours," dit Lise.
Il hocha la tête. Il prit sa main droite dans la sienne. Sa paume était chaude, sèche, d'une chaleur qui n'avait rien d'humide. Il tint la main de Lise quelques secondes, puis la posa sur sa cuisse à lui, à travers le tissu de son pantalon, et la garda là.
Lise sentit la chaleur monter dans ses doigts.
Il ne la regardait plus. Il avait reporté ses yeux vers le feu. Comme si la suite ne dépendait que d'elle, comme s'il avait fait sa part.
Sa cuisse était solide sous le tissu. Lise laissa sa main immobile d'abord, elle sentait le muscle, la chaleur, le léger poids de la main d'Arenberg qui recouvrait la sienne sans l'emprisonner. Puis elle bougea les doigts. Lentement. Un mouvement presque involontaire, la main qui cherche quelque chose qu'elle ne sait pas nommer.
Il ne dit rien.
Elle déplaça sa main vers l'intérieur de la cuisse. Le tissu était fin là, usé par les années. Elle sentait la chaleur du corps en dessous, une chaleur plus dense, plus profonde. Elle approcha encore. Du bout des doigts, à travers le pantalon, elle rencontra le début de quelque chose, un renflement discret encore, mais réel, orienté vers la droite.
Arenberg respira plus lentement.
***
Lise s'agenouilla sur les dalles, entre ses jambes.
La position était naturelle, presque géométrique, dictée par les proportions du fauteuil et de son propre corps. Elle n'eut pas le sentiment de s'abaisser. Elle eut le sentiment de trouver le seul endroit exact où se mettre.
Elle posa les deux mains à l'intérieur de ses cuisses. Le tissu était chaud à cet endroit, moite par endroits. Elle remonta lentement, et sous ses paumes elle sentit le sexe d'Arenberg se préciser, s'allonger le long de l'aine, tendre le tissu avec une régularité de marée.
Elle déboutonna le pantalon. Ses doigts travaillèrent sans précipitation. La ceinture, le bouton, la braguette à glissière. Le bruit de la fermeture fut recouvert par un craquement du feu.
Elle écarta le tissu. Il portait en dessous un caleçon de coton blanc, et sous le coton blanc son sexe était maintenant entièrement dressé, couché contre son ventre, visible dans toute sa longueur. Lise regarda. Elle prit le temps de regarder. Il était épais à la base, la hampe légèrement incurvée, le gland recouvert encore par le prépuce qui s'était à demi rétracté, et dans l'entrebâillement du tissu elle apercevait les testicules, lourds, tombant naturellement entre les cuisses ouvertes.
Elle glissa la main droite sous le coton. Elle saisit le sexe à la base. La chaleur était intense, presque surprenante, le sexe d'un homme est toujours plus chaud qu'on ne l'attend, comme un objet qui aurait accumulé de la température pendant des heures. Il pulsait légèrement contre sa paume, un battement lent, régulier. Elle referma les doigts. Pas serré. Juste assez pour que la peau soit tendue.
Elle fit descendre le caleçon.
***
Le sexe d'Arenberg se dressa librement dans l'air chaud de la pièce. Lise le tint vertical, le temps de le regarder encore. La lumière du feu jouait dessus par intermittence, orange puis sombre puis orange, révélant les veines sur la longueur de la hampe, le gland maintenant entièrement découvert, d'un rouge sombre presque violet, brillant légèrement à la pointe où une première goutte venait d'apparaître.
Elle referma les doigts et commença.
Un mouvement du poignet d'abord, ample et lent, la main descendant jusqu'à la base puis remontant jusqu'à ce que la peau du prépuce recouvre à demi le gland, puis redescendant. Elle maintenait une pression constante, ni trop forte ni trop légère. Elle sentait le sexe répondre à chaque passage, s'affermir encore, le gland s'empourprer davantage, et la goutte au sommet s'élargissait, transparente, avant de couler sur le côté.
Arenberg avait les yeux vers le feu. Ses mains reposaient toujours sur les accoudoirs. Il ne bougeait pas, à l'exception de sa respiration qui s'était approfondie, plus lente, plus lourde, et du sexe lui-même qui pulsait dans la main de Lise à chaque mouvement.
Elle accéléra légèrement. Pas beaucoup. Juste pour sentir le changement. Le sexe glissait bien dans sa paume maintenant, lubrifié par ses propres sécrétions. L'odeur avait changé dans la pièce. Quelque chose de plus animal, de plus proche, se mêlait à la cire et à la fumée.
De la main gauche, elle saisit les testicules. Doucement, les tenant en coupe, les faisant rouler dans sa paume. La peau de l'aine d'Arenberg se couvrit de chair de poule. Il laissa échapper un son bref, presque rien, un son qui n'était pas tout à fait un mot.
Elle continua. La main droite montait et descendait avec une régularité hypnotique. Elle variait légèrement la pression, plus ferme dans le mouvement descendant, plus légère en remontant, et elle sentait les conséquences de cette variation dans le souffle de l'homme au-dessus d'elle, dans la façon dont son bassin bougeait imperceptiblement à la rencontre de sa main.
Elle pressa le pouce sur le filet du gland, à chaque passage vers le haut. Il fit entendre un son plus long cette fois. Elle recommença, méthodiquement.
***
Elle marqua une pause.
Sa main était immobile, refermée sur lui, et elle sentait le sexe battre fort entre ses doigts. Elle leva les yeux vers Arenberg. Il la regardait enfin. Son regard avait perdu quelque chose de son opacité habituelle. Il était là, pleinement là, les lèvres légèrement séparées sous la barbe blanche.
"Continuez," dit-il.
Elle porta sa bouche sur le gland.
Elle le prit entre ses lèvres sans l'aspirer, juste pour sentir la chaleur, la texture, la goûter. Un goût de sel et de quelque chose d'amer, légèrement, pas désagréable. Elle fit tourner sa langue autour du rebord du gland. Elle sentait sous sa langue les petites crêtes, le frein, la sensibilité qui rendait le corps de l'homme au-dessus d'elle involontairement bavard.
Elle descendit lentement. Sa bouche accueillit la moitié de la longueur. Ses lèvres serrées glissèrent sur la hampe. Elle remonta. Descendit encore, un peu plus. Elle maintint un rythme délibérément lent, la main droite reprenant son travail sur la partie qu'elle ne couvrait pas avec la bouche, les deux mouvements s'accordant.
Le feu craquait. Les bougies coulaient. Arenberg avait posé une main sur les cheveux de Lise, sans peser, juste là, un contact.
Elle sentait dans sa bouche les premiers signes d'imminence, une rigidité accrue, une imperceptible modification du goût, et le bassin qui ne se contrôlait plus tout à fait. Elle se retira. Elle reprit le travail à la main seule, plus rapide maintenant, plus ferme.
Il dit son prénom, une fois. Ou peut-être qu'il ne dit rien et qu'elle imagina son prénom dans son souffle.
Il jouit lentement d'abord, comme quelqu'un qui résiste à quelque chose d'inévitable, puis d'un coup, complètement. Sa main dans ses cheveux se ferma brièvement. Le sperme jaillit chaud sur ses doigts, en plusieurs temps, abondant, et Lise garda la main en mouvement jusqu'au bout, jusqu'à ce que les soubresauts cessent et que le sexe sous ses doigts commence à se détendre avec la lenteur des choses qui ont pris leur temps.
***
Elle resta à genoux un moment.
Le feu avait baissé. Une des bougies s'éteignit d'elle-même.
Elle se releva. Elle alla chercher un mouchoir dans la poche de son manteau. Elle s'essuya les mains. Elle s'assit à nouveau sur les dalles, mais cette fois plus près du fauteuil, le dos contre l'accoudoir, et il laissa sa main descendre et reposer sur l'épaule de Lise. Le poids de sa main était réel. Pas symbolique. Juste réel.
Ils gardèrent le silence quelques minutes.
Puis Arenberg dit : "Il y a du vin dans le couloir. Deuxième porte à gauche."
Sa voix était la même. Basse, sans inflexion.
Lise pensa : je devrais partir. Elle ne bougea pas.
***
Le vin était un bourgogne ouvert depuis plusieurs heures, qui avait pris l'air et la température ambiante du couloir. Elle rapporta la bouteille et deux verres. Elle s'assit dans le fauteuil de gauche. Ils burent. La conversation reprit là où elle s'était arrêtée, la bibliothèque, les livres, une femme dans une maison au bord de la mer. Arenberg avait reboutonné son pantalon avec des gestes tranquilles.
Quelque temps passa.
Ce fut lui qui se leva en premier. Il alla vers la cheminée et posa une nouvelle bûche. Le feu remonta. La pièce fut à nouveau pleine de lumière ondulante, et dans la fenêtre de droite, Lise aperçut à nouveau la silhouette dans la brume, toujours immobile, peut-être plus proche.
Elle se leva à son tour. Elle s'approcha d'Arenberg, qui restait debout devant la cheminée, les bras le long du corps.
Elle prit sa main et la guida vers le bas de sa robe.
***
Il n'avait pas bougé. Elle dut saisir son poignet et conduire sa main sous le tissu de la robe. Ses doigts rencontrèrent d'abord la soie du sous-vêtement, puis, après qu'elle eut écarté le tissu sur le côté, sa peau nue.
Sa main était chaude sur elle. Il ne fit rien d'abord. Il laissa sa paume reposer à plat contre le bas-ventre de Lise, contre la toison légère, et il attendit. Comme s'il voulait qu'elle formule ce qu'elle voulait, non par des mots, mais par une pression, une orientation.
Elle pressa légèrement sa main contre elle.
Il fit glisser deux doigts entre les lèvres. Il les sentit humides. Elle l'était depuis longtemps, quand elle s’était mise à genoux peut-être, depuis plus tôt peut-être, elle n'aurait pas su dire. Il explora lentement, sans chercher quoi que ce soit en particulier, juste pour prendre la mesure. Son majeur trouva l'entrée du vagin, s'y attarda, puis remonta vers le clitoris.
Lise s'appuya contre lui. Son dos contre le torse d'Arenberg. Sa tête contre son épaule. Elle fermait les yeux par intervalles, les rouvrait sur le feu.
Son doigt était précis. Pas rapide. Précis. Il faisait de petits cercles autour du clitoris, s'en approchait, s'en éloignait, revenait. Elle entendait sa propre respiration changer. Ses hanches se mirent à bouger légèrement, cherchant le contact, le dosant.
Il introduisit deux doigts dans le vagin. Lentement. Elle sentit le remplissage, l'étirement doux des parois, et il referma la main de façon à ce que la paume frotte le clitoris pendant que les doigts bougeaient à l'intérieur, un mouvement combiné, et Lise dit quelque chose qu'elle ne put pas identifier comme un mot.
La chaleur du feu sur ses jambes nues. L'odeur de la cire, du vin, de sa propre excitation. Le bruit du feu et de sa respiration.
Il ne dit rien. Sa main travaillait avec une régularité absolue.
Elle jouit debout, appuyée contre lui, ses propres mains cramponnées aux poignets d'Arenberg, le corps tendu vers l'avant puis revenant en arrière contre sa poitrine, et il la tint pendant que les vagues passaient, lentes et longues, les unes après les autres, jusqu'à ce que le corps de Lise cesse de trembler et devienne lourd.
***
Il la conduisit jusqu'au fauteuil. Elle s'y assit, les jambes encore incertaines.
Il s'agenouilla devant elle.
Le mouvement l'étonna. Pas qu'il se mette à genoux, il le fit avec la même fluidité économe que tous ses gestes. Ce qui l'étonna, c'est qu'il le fit, lui.
Il prit ses chevilles dans ses mains et les éloigna l'une de l'autre. Il remonta les paumes le long de ses mollets, de l'intérieur des genoux, de l'intérieur des cuisses. Il écarta le sous-vêtement sur le côté et il posa la bouche sur elle.
Sa barbe, d'abord. Le contact fut une surprise, une rugosité douce et envahissante contre la peau des cuisses, contre les lèvres. Puis sa langue.
Il ne cherchait pas d'emblée le clitoris. Il prenait son temps, la bouche ouverte sur les lèvres, la langue qui glissait lentement entre elles, qui pressait sans pénétrer, qui remontait par intervalles vers le clitoris puis repartait. Lise avait les mains dans sa chevelure blanche, elle ne tirait pas. Elle posait simplement les mains là, pour sentir le mouvement de sa tête.
Il était méthodique. Comme s'il faisait quelque chose qui lui était familier et dont il connaissait la durée. Sa langue s'attarda à l'entrée du vagin, la pointe pressant vers l'intérieur. Il aspira légèrement. Lise laissa échapper un son long.
Quand il remonta vers le clitoris, il y resta. De la pointe de la langue d'abord, des cercles très petits, très précis. Puis un léchage plus large, plus plat. Puis à nouveau la précision. Elle sentait le plaisir se concentrer, se nouer quelque part entre le bas du ventre et la nuque. Ses cuisses se refermèrent légèrement sur sa tête. Il les écarta de nouveau de ses mains, fermement.
Elle jouit une seconde fois, différemment. Plus lentement, plus profond, sans l'urgence de la première fois, quelque chose qui prenait le corps entier et le rendait inutilisable pendant quelques secondes.
***
Elle l'aida à se relever.
Il était de nouveau bandé, visible à travers le tissu du pantalon. Elle déboutonna à nouveau. Il ne résista pas, ne participa pas non plus. Il la laissa faire.
Elle le guida vers la chaise et s'installa sur lui à califourchon, le dos tourné vers la cheminée. Elle tint le sexe à la verticale, s'y posa, le laissa entrer lentement. Sa propre humidité facilitait tout. Elle s'assit complètement, sentit le remplissage, la profondeur, et demeura immobile un moment, assise sur lui, les yeux vers le feu.
Puis elle commença à bouger.
Elle se souleva lentement et se laissa retomber. Ses mains sur ses épaules à lui pour l'équilibre. Ses genoux écartés de part et d'autre du fauteuil. Elle trouva un rythme, ample d'abord, qui couvrait toute la longueur. Elle sentait le sexe d'Arenberg en elle à chaque descente jusqu'à la base, et cette sensation de plénitude répétée organisait quelque chose dans le bas de son ventre, une construction lente.
Ses hanches bougèrent différemment. Elle cessa de se soulever pour onduler, un balancement d'avant en arrière, le sexe ancré profond pendant qu'elle se frottait contre le pubis de l'homme en dessous d'elle. Sa respiration devint plus courte. Ses cuisses commencèrent à trembler légèrement sous l'effort.
Arenberg avait posé les mains sur ses hanches. Il ne guidait pas. Il tenait, simplement, le poids de ses paumes sur elle.
Elle modifia à nouveau, une alternance entre les deux mouvements, la montée et descente et le frottement, et l'accumulation de tout cela, la chaleur du feu dans son dos, le poids des mains sur ses hanches, le sexe en elle, sa propre voix qu'elle entendait comme à distance, tout cela convergeait.
Elle se pencha en avant, le visage contre son cou, et dans la dernière minute elle ne bougea plus que les hanches, très vite, très serré, cherchant le point exact et quand elle le trouva elle s'y tint jusqu'au bout.
Il la suivit peu après. Ses mains sur ses hanches se resserrèrent, il se souleva légèrement du fauteuil, deux, trois fois, et le sexe en elle pulsait pendant qu'il se répandait.
***
Ils restèrent emmêlés dans le fauteuil un long moment.
Le feu baissait à nouveau. La pièce sentait le sexe et la cire et le vin.
Lise regardait les fenêtres. La silhouette dans la brume avait disparu, ou peut-être que la brume avait tout absorbé. Dehors, il n'y avait plus rien que la nuit grise et quelques formes qui pouvaient être des arbres, pouvaient être autre chose.
"La bibliothèque," dit Arenberg.
"Demain," dit Lise.
Il ne répondit pas. Elle sentit sa poitrine se soulever, lentement, sous son oreille. La régularité du souffle qui devient autre chose.
Elle ne bougea pas. La chaleur du feu atteignait encore, juste, leurs pieds sur les dalles.
Les bougies, une par une, finissaient de mourir.
***
Elle se réveilla seule dans le fauteuil. La cheminée contenait des braises rouges encore chaudes, et sur la petite table à sa gauche il y avait une tasse de café dont la vapeur montait droit, sans que rien dans la pièce ne vienne la troubler. Elle entendit, du couloir adjacent, le bruit d'un livre qu'on pose sur une étagère. Puis le silence. Puis un autre livre.
Elle prit la tasse. Elle attendait.
FIN
La première chose qu'elle remarqua en entrant, c'était l'odeur. Pas celle du feu, bien que le feu fût là, immense, dévorant les bûches avec une régularité presque mécanique. Non, une odeur antérieure au feu, une odeur de pierre froide et de temps accumulé, de cire fondue et de quelque chose d'animal qu'elle ne sut pas nommer tout de suite. Elle s'appelait Lise. Vingt-six ans. Elle était venue pour cataloguer la bibliothèque d'un homme qu'elle ne connaissait pas.
On lui avait dit : le vieil Arenberg. On lui avait dit : il vit seul. On lui avait dit très peu de choses, en réalité.
La pièce était haute, les fenêtres en ogive laissaient entrer une lumière de novembre, blanche et sans chaleur, qui mourait avant d'atteindre le centre de la salle. Le centre appartenait au feu. Tout le reste, les fauteuils aux accoudoirs sculptés, les candélabres hérissés de bougies consumées jusqu'au métal, les crânes cornés fixés au-dessus du manteau de la cheminée, tout gravitait autour de la cheminée comme autour d'un soleil noir.
L'homme était assis dans le fauteuil de droite.
***
Il ne se leva pas quand elle entra. Il tourna la tête dans sa direction avec la lenteur de quelqu'un qui n'a plus rien à prouver au mouvement. Ses cheveux étaient entièrement blancs, épais encore, sa barbe descendait sur le revers sombre de sa veste. Ses mains reposaient à plat sur les genoux, larges, les veines saillantes sous la peau tachée d'âge. Il devait avoir soixante-dix ans, peut-être davantage. Son regard était d'une précision presque insupportable.
"Posez votre manteau," dit-il.
Sa voix était basse, sans inflexion. Pas un ordre, pas une invitation. Une constatation de ce qui allait se passer.
Lise posa son manteau sur le fauteuil vide, à gauche. Elle portait en dessous une robe noire à manches longues, sans ornement. Elle avait les épaules étroites, les poignets fins, les cheveux attachés haut sur la nuque, quelques mèches qui se défaisaient déjà le long de son cou. Elle n'était pas grande. Elle avait le genre de corps qu'on hésite à qualifier parce que les mots le réduisent.
Elle prit place sur le sol, devant la cheminée. Elle ne sut pas expliquer plus tard pourquoi elle s'était assise là, sur les dalles froides, plutôt que dans le second fauteuil. Peut-être parce que le feu tirait, littéralement, le corps vers lui.
Arenberg la regarda s'asseoir sans commentaire.
Dehors, quelque chose se mouvait dans la brume. Une silhouette, ou l'idée d'une silhouette. Lise tourna brièvement la tête vers la fenêtre puis la détourna. Elle avait décidé de ne pas regarder les fenêtres.
***
Ils parlèrent d'abord de la bibliothèque, qui occupait le couloir adjacent et trois des quatre murs de la pièce suivante. Arenberg parlait de ses livres comme d'autres parlent de territoires conquis, avec une précision géographique et une possessivité tranquille. Il connaissait l'emplacement de chaque volume. Il ne demanda jamais à Lise ses références, son parcours, l'université où elle avait soutenu sa thèse. Il semblait supposer que tout cela était sans intérêt, ou acquis.
La conversation dériva. Arenberg parla d'une édition de Sade qu'il avait achetée à Genève dans les années soixante-dix. Il parla d'une femme qui lui avait lu Les Cent Vingt Journées à voix haute, un été entier, dans une maison au bord de la mer. Sa voix ne portait aucune nostalgie. Il rapportait les faits.
Lise l'écouta. Le feu craquait. La cire coulait le long des bougies avec une régularité de sablier. Elle sentait la chaleur des flammes sur son côté gauche, son visage, sa main posée sur les dalles. L'autre côté de son corps restait froid.
Elle ne sut pas à quel moment elle cessa d'écouter les mots pour écouter autre chose. La voix, peut-être. La respiration de l'homme dans le fauteuil. Le fait qu'il ne bougeait pas.
***
Il y eut un silence.
Arenberg dit : "Approchez."
Lise se leva. Elle fit trois pas vers lui. Elle s'arrêta à une distance qui n'était ni intime ni distante, la distance exacte où un geste devient possible sans être inévitable.
Il la regarda de bas en haut, sans hâte. Ses yeux s'arrêtèrent sur ses mains.
"Vous avez les mains froides," dit-il. Ce n'était pas une question.
"Toujours," dit Lise.
Il hocha la tête. Il prit sa main droite dans la sienne. Sa paume était chaude, sèche, d'une chaleur qui n'avait rien d'humide. Il tint la main de Lise quelques secondes, puis la posa sur sa cuisse à lui, à travers le tissu de son pantalon, et la garda là.
Lise sentit la chaleur monter dans ses doigts.
Il ne la regardait plus. Il avait reporté ses yeux vers le feu. Comme si la suite ne dépendait que d'elle, comme s'il avait fait sa part.
Sa cuisse était solide sous le tissu. Lise laissa sa main immobile d'abord, elle sentait le muscle, la chaleur, le léger poids de la main d'Arenberg qui recouvrait la sienne sans l'emprisonner. Puis elle bougea les doigts. Lentement. Un mouvement presque involontaire, la main qui cherche quelque chose qu'elle ne sait pas nommer.
Il ne dit rien.
Elle déplaça sa main vers l'intérieur de la cuisse. Le tissu était fin là, usé par les années. Elle sentait la chaleur du corps en dessous, une chaleur plus dense, plus profonde. Elle approcha encore. Du bout des doigts, à travers le pantalon, elle rencontra le début de quelque chose, un renflement discret encore, mais réel, orienté vers la droite.
Arenberg respira plus lentement.
***
Lise s'agenouilla sur les dalles, entre ses jambes.
La position était naturelle, presque géométrique, dictée par les proportions du fauteuil et de son propre corps. Elle n'eut pas le sentiment de s'abaisser. Elle eut le sentiment de trouver le seul endroit exact où se mettre.
Elle posa les deux mains à l'intérieur de ses cuisses. Le tissu était chaud à cet endroit, moite par endroits. Elle remonta lentement, et sous ses paumes elle sentit le sexe d'Arenberg se préciser, s'allonger le long de l'aine, tendre le tissu avec une régularité de marée.
Elle déboutonna le pantalon. Ses doigts travaillèrent sans précipitation. La ceinture, le bouton, la braguette à glissière. Le bruit de la fermeture fut recouvert par un craquement du feu.
Elle écarta le tissu. Il portait en dessous un caleçon de coton blanc, et sous le coton blanc son sexe était maintenant entièrement dressé, couché contre son ventre, visible dans toute sa longueur. Lise regarda. Elle prit le temps de regarder. Il était épais à la base, la hampe légèrement incurvée, le gland recouvert encore par le prépuce qui s'était à demi rétracté, et dans l'entrebâillement du tissu elle apercevait les testicules, lourds, tombant naturellement entre les cuisses ouvertes.
Elle glissa la main droite sous le coton. Elle saisit le sexe à la base. La chaleur était intense, presque surprenante, le sexe d'un homme est toujours plus chaud qu'on ne l'attend, comme un objet qui aurait accumulé de la température pendant des heures. Il pulsait légèrement contre sa paume, un battement lent, régulier. Elle referma les doigts. Pas serré. Juste assez pour que la peau soit tendue.
Elle fit descendre le caleçon.
***
Le sexe d'Arenberg se dressa librement dans l'air chaud de la pièce. Lise le tint vertical, le temps de le regarder encore. La lumière du feu jouait dessus par intermittence, orange puis sombre puis orange, révélant les veines sur la longueur de la hampe, le gland maintenant entièrement découvert, d'un rouge sombre presque violet, brillant légèrement à la pointe où une première goutte venait d'apparaître.
Elle referma les doigts et commença.
Un mouvement du poignet d'abord, ample et lent, la main descendant jusqu'à la base puis remontant jusqu'à ce que la peau du prépuce recouvre à demi le gland, puis redescendant. Elle maintenait une pression constante, ni trop forte ni trop légère. Elle sentait le sexe répondre à chaque passage, s'affermir encore, le gland s'empourprer davantage, et la goutte au sommet s'élargissait, transparente, avant de couler sur le côté.
Arenberg avait les yeux vers le feu. Ses mains reposaient toujours sur les accoudoirs. Il ne bougeait pas, à l'exception de sa respiration qui s'était approfondie, plus lente, plus lourde, et du sexe lui-même qui pulsait dans la main de Lise à chaque mouvement.
Elle accéléra légèrement. Pas beaucoup. Juste pour sentir le changement. Le sexe glissait bien dans sa paume maintenant, lubrifié par ses propres sécrétions. L'odeur avait changé dans la pièce. Quelque chose de plus animal, de plus proche, se mêlait à la cire et à la fumée.
De la main gauche, elle saisit les testicules. Doucement, les tenant en coupe, les faisant rouler dans sa paume. La peau de l'aine d'Arenberg se couvrit de chair de poule. Il laissa échapper un son bref, presque rien, un son qui n'était pas tout à fait un mot.
Elle continua. La main droite montait et descendait avec une régularité hypnotique. Elle variait légèrement la pression, plus ferme dans le mouvement descendant, plus légère en remontant, et elle sentait les conséquences de cette variation dans le souffle de l'homme au-dessus d'elle, dans la façon dont son bassin bougeait imperceptiblement à la rencontre de sa main.
Elle pressa le pouce sur le filet du gland, à chaque passage vers le haut. Il fit entendre un son plus long cette fois. Elle recommença, méthodiquement.
***
Elle marqua une pause.
Sa main était immobile, refermée sur lui, et elle sentait le sexe battre fort entre ses doigts. Elle leva les yeux vers Arenberg. Il la regardait enfin. Son regard avait perdu quelque chose de son opacité habituelle. Il était là, pleinement là, les lèvres légèrement séparées sous la barbe blanche.
"Continuez," dit-il.
Elle porta sa bouche sur le gland.
Elle le prit entre ses lèvres sans l'aspirer, juste pour sentir la chaleur, la texture, la goûter. Un goût de sel et de quelque chose d'amer, légèrement, pas désagréable. Elle fit tourner sa langue autour du rebord du gland. Elle sentait sous sa langue les petites crêtes, le frein, la sensibilité qui rendait le corps de l'homme au-dessus d'elle involontairement bavard.
Elle descendit lentement. Sa bouche accueillit la moitié de la longueur. Ses lèvres serrées glissèrent sur la hampe. Elle remonta. Descendit encore, un peu plus. Elle maintint un rythme délibérément lent, la main droite reprenant son travail sur la partie qu'elle ne couvrait pas avec la bouche, les deux mouvements s'accordant.
Le feu craquait. Les bougies coulaient. Arenberg avait posé une main sur les cheveux de Lise, sans peser, juste là, un contact.
Elle sentait dans sa bouche les premiers signes d'imminence, une rigidité accrue, une imperceptible modification du goût, et le bassin qui ne se contrôlait plus tout à fait. Elle se retira. Elle reprit le travail à la main seule, plus rapide maintenant, plus ferme.
Il dit son prénom, une fois. Ou peut-être qu'il ne dit rien et qu'elle imagina son prénom dans son souffle.
Il jouit lentement d'abord, comme quelqu'un qui résiste à quelque chose d'inévitable, puis d'un coup, complètement. Sa main dans ses cheveux se ferma brièvement. Le sperme jaillit chaud sur ses doigts, en plusieurs temps, abondant, et Lise garda la main en mouvement jusqu'au bout, jusqu'à ce que les soubresauts cessent et que le sexe sous ses doigts commence à se détendre avec la lenteur des choses qui ont pris leur temps.
***
Elle resta à genoux un moment.
Le feu avait baissé. Une des bougies s'éteignit d'elle-même.
Elle se releva. Elle alla chercher un mouchoir dans la poche de son manteau. Elle s'essuya les mains. Elle s'assit à nouveau sur les dalles, mais cette fois plus près du fauteuil, le dos contre l'accoudoir, et il laissa sa main descendre et reposer sur l'épaule de Lise. Le poids de sa main était réel. Pas symbolique. Juste réel.
Ils gardèrent le silence quelques minutes.
Puis Arenberg dit : "Il y a du vin dans le couloir. Deuxième porte à gauche."
Sa voix était la même. Basse, sans inflexion.
Lise pensa : je devrais partir. Elle ne bougea pas.
***
Le vin était un bourgogne ouvert depuis plusieurs heures, qui avait pris l'air et la température ambiante du couloir. Elle rapporta la bouteille et deux verres. Elle s'assit dans le fauteuil de gauche. Ils burent. La conversation reprit là où elle s'était arrêtée, la bibliothèque, les livres, une femme dans une maison au bord de la mer. Arenberg avait reboutonné son pantalon avec des gestes tranquilles.
Quelque temps passa.
Ce fut lui qui se leva en premier. Il alla vers la cheminée et posa une nouvelle bûche. Le feu remonta. La pièce fut à nouveau pleine de lumière ondulante, et dans la fenêtre de droite, Lise aperçut à nouveau la silhouette dans la brume, toujours immobile, peut-être plus proche.
Elle se leva à son tour. Elle s'approcha d'Arenberg, qui restait debout devant la cheminée, les bras le long du corps.
Elle prit sa main et la guida vers le bas de sa robe.
***
Il n'avait pas bougé. Elle dut saisir son poignet et conduire sa main sous le tissu de la robe. Ses doigts rencontrèrent d'abord la soie du sous-vêtement, puis, après qu'elle eut écarté le tissu sur le côté, sa peau nue.
Sa main était chaude sur elle. Il ne fit rien d'abord. Il laissa sa paume reposer à plat contre le bas-ventre de Lise, contre la toison légère, et il attendit. Comme s'il voulait qu'elle formule ce qu'elle voulait, non par des mots, mais par une pression, une orientation.
Elle pressa légèrement sa main contre elle.
Il fit glisser deux doigts entre les lèvres. Il les sentit humides. Elle l'était depuis longtemps, quand elle s’était mise à genoux peut-être, depuis plus tôt peut-être, elle n'aurait pas su dire. Il explora lentement, sans chercher quoi que ce soit en particulier, juste pour prendre la mesure. Son majeur trouva l'entrée du vagin, s'y attarda, puis remonta vers le clitoris.
Lise s'appuya contre lui. Son dos contre le torse d'Arenberg. Sa tête contre son épaule. Elle fermait les yeux par intervalles, les rouvrait sur le feu.
Son doigt était précis. Pas rapide. Précis. Il faisait de petits cercles autour du clitoris, s'en approchait, s'en éloignait, revenait. Elle entendait sa propre respiration changer. Ses hanches se mirent à bouger légèrement, cherchant le contact, le dosant.
Il introduisit deux doigts dans le vagin. Lentement. Elle sentit le remplissage, l'étirement doux des parois, et il referma la main de façon à ce que la paume frotte le clitoris pendant que les doigts bougeaient à l'intérieur, un mouvement combiné, et Lise dit quelque chose qu'elle ne put pas identifier comme un mot.
La chaleur du feu sur ses jambes nues. L'odeur de la cire, du vin, de sa propre excitation. Le bruit du feu et de sa respiration.
Il ne dit rien. Sa main travaillait avec une régularité absolue.
Elle jouit debout, appuyée contre lui, ses propres mains cramponnées aux poignets d'Arenberg, le corps tendu vers l'avant puis revenant en arrière contre sa poitrine, et il la tint pendant que les vagues passaient, lentes et longues, les unes après les autres, jusqu'à ce que le corps de Lise cesse de trembler et devienne lourd.
***
Il la conduisit jusqu'au fauteuil. Elle s'y assit, les jambes encore incertaines.
Il s'agenouilla devant elle.
Le mouvement l'étonna. Pas qu'il se mette à genoux, il le fit avec la même fluidité économe que tous ses gestes. Ce qui l'étonna, c'est qu'il le fit, lui.
Il prit ses chevilles dans ses mains et les éloigna l'une de l'autre. Il remonta les paumes le long de ses mollets, de l'intérieur des genoux, de l'intérieur des cuisses. Il écarta le sous-vêtement sur le côté et il posa la bouche sur elle.
Sa barbe, d'abord. Le contact fut une surprise, une rugosité douce et envahissante contre la peau des cuisses, contre les lèvres. Puis sa langue.
Il ne cherchait pas d'emblée le clitoris. Il prenait son temps, la bouche ouverte sur les lèvres, la langue qui glissait lentement entre elles, qui pressait sans pénétrer, qui remontait par intervalles vers le clitoris puis repartait. Lise avait les mains dans sa chevelure blanche, elle ne tirait pas. Elle posait simplement les mains là, pour sentir le mouvement de sa tête.
Il était méthodique. Comme s'il faisait quelque chose qui lui était familier et dont il connaissait la durée. Sa langue s'attarda à l'entrée du vagin, la pointe pressant vers l'intérieur. Il aspira légèrement. Lise laissa échapper un son long.
Quand il remonta vers le clitoris, il y resta. De la pointe de la langue d'abord, des cercles très petits, très précis. Puis un léchage plus large, plus plat. Puis à nouveau la précision. Elle sentait le plaisir se concentrer, se nouer quelque part entre le bas du ventre et la nuque. Ses cuisses se refermèrent légèrement sur sa tête. Il les écarta de nouveau de ses mains, fermement.
Elle jouit une seconde fois, différemment. Plus lentement, plus profond, sans l'urgence de la première fois, quelque chose qui prenait le corps entier et le rendait inutilisable pendant quelques secondes.
***
Elle l'aida à se relever.
Il était de nouveau bandé, visible à travers le tissu du pantalon. Elle déboutonna à nouveau. Il ne résista pas, ne participa pas non plus. Il la laissa faire.
Elle le guida vers la chaise et s'installa sur lui à califourchon, le dos tourné vers la cheminée. Elle tint le sexe à la verticale, s'y posa, le laissa entrer lentement. Sa propre humidité facilitait tout. Elle s'assit complètement, sentit le remplissage, la profondeur, et demeura immobile un moment, assise sur lui, les yeux vers le feu.
Puis elle commença à bouger.
Elle se souleva lentement et se laissa retomber. Ses mains sur ses épaules à lui pour l'équilibre. Ses genoux écartés de part et d'autre du fauteuil. Elle trouva un rythme, ample d'abord, qui couvrait toute la longueur. Elle sentait le sexe d'Arenberg en elle à chaque descente jusqu'à la base, et cette sensation de plénitude répétée organisait quelque chose dans le bas de son ventre, une construction lente.
Ses hanches bougèrent différemment. Elle cessa de se soulever pour onduler, un balancement d'avant en arrière, le sexe ancré profond pendant qu'elle se frottait contre le pubis de l'homme en dessous d'elle. Sa respiration devint plus courte. Ses cuisses commencèrent à trembler légèrement sous l'effort.
Arenberg avait posé les mains sur ses hanches. Il ne guidait pas. Il tenait, simplement, le poids de ses paumes sur elle.
Elle modifia à nouveau, une alternance entre les deux mouvements, la montée et descente et le frottement, et l'accumulation de tout cela, la chaleur du feu dans son dos, le poids des mains sur ses hanches, le sexe en elle, sa propre voix qu'elle entendait comme à distance, tout cela convergeait.
Elle se pencha en avant, le visage contre son cou, et dans la dernière minute elle ne bougea plus que les hanches, très vite, très serré, cherchant le point exact et quand elle le trouva elle s'y tint jusqu'au bout.
Il la suivit peu après. Ses mains sur ses hanches se resserrèrent, il se souleva légèrement du fauteuil, deux, trois fois, et le sexe en elle pulsait pendant qu'il se répandait.
***
Ils restèrent emmêlés dans le fauteuil un long moment.
Le feu baissait à nouveau. La pièce sentait le sexe et la cire et le vin.
Lise regardait les fenêtres. La silhouette dans la brume avait disparu, ou peut-être que la brume avait tout absorbé. Dehors, il n'y avait plus rien que la nuit grise et quelques formes qui pouvaient être des arbres, pouvaient être autre chose.
"La bibliothèque," dit Arenberg.
"Demain," dit Lise.
Il ne répondit pas. Elle sentit sa poitrine se soulever, lentement, sous son oreille. La régularité du souffle qui devient autre chose.
Elle ne bougea pas. La chaleur du feu atteignait encore, juste, leurs pieds sur les dalles.
Les bougies, une par une, finissaient de mourir.
***
Elle se réveilla seule dans le fauteuil. La cheminée contenait des braises rouges encore chaudes, et sur la petite table à sa gauche il y avait une tasse de café dont la vapeur montait droit, sans que rien dans la pièce ne vienne la troubler. Elle entendit, du couloir adjacent, le bruit d'un livre qu'on pose sur une étagère. Puis le silence. Puis un autre livre.
Elle prit la tasse. Elle attendait.
FIN
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1 avis des lecteurs et lectrices après lecture : Les auteurs apprécient les commentaires de leurs lecteurs
Les avis des lecteurs
Encore un très joli texte d’érotisme de sexe pur sans vulgarité on attend une suite qui je pense n’est pas prévue deux corps se sont rencontrés et mariés sans excès Daniel
